‹ Dialogues sur la concurrence sans limites dans la peinture en batiments ainsi que dans la dorure, la tenture et la vitrerieChapitre 2 sur 4 · LA TENTLRE ET LA Y1TREI\1E · texte numérisé non relu

LA TENTLRE ET LA Y1TREI\1E

La concurrence sans limites nous paraît être un des plus grands fléaux de l'humanité : en privant d'ouvrage des milliers d'ouvriers, elle les réduit à la plus grande misère; elle permet, en quelque sorte^ de tout légilimer. Les actes les plus blâmables, on ne rougit pas de les raconter avec emphase, à tel point que souvent un honnête homme, dans les affaires d'aujourd'hui, est non-seulement ridiculisé, mais encore mal vu de certains confrères.

La manière dont se fait la concurrence dans la peinture est d{>s plus immorales; non-seulement, pour la soutenir, les entrepreneurs sont amenés à calomnier leurs confrères et à tromper les personnes pour lesquelles ils font les travaux ; mais, en outre, à obliger, en quelque sorte, les ouvriers à servir d'instruments à la fraude. De tels exemples ne semblent-ils

pas autoriser quelques-uns de ces derniers à frustrer les entrepreneurs d'une partie du temps qu'ils leur doivent? c'est ce que beaucoup font en effet, et qu'ils appellent vulgairement couler le patron.

Tant que la législation n'interviendra pas pour y mettre un frein en lui donnant une direction tendant au perfectionnement de toutes choses, ce ne sera point une concurrence, mais bien la porte ouverte aux plus grands abus.

Notre position de chef d'industrie nous met trop à même de juger des funestes effets de la concurrence qui n'a point de bornes, pour que nous ne nous permettions pas de donner quelques détails sur les moyens qu'on emploie pour la soutenir dans la peinture en bâtiments.

Ce n'est point sans éprouver un sentiment pénible que nous nous déterminons à dévoiler des turpitudes ; mais nous croyons remplir un devoir dont ceux de nos confrères qui partagent nos idées nous sauront gré, en faisant connaître, par la publicité, dans quelle position se trouvent placées aujourd'hui les personnes qui ont des travaux à faire exécuter, et, d'un autre côté; dans quel embarras sont les entrepreneurs.

L'entrepreneur est embarrassé pour exercer honnêtement sa profession, mais le propriétaire ne l'est pas moins, non pas parce qu'il manque d'entrepreneurs, ou qu'il veuille payer les choses au-dessous de leur valeur réelle, mais bien parce que, ignorant

les moyens de reconnaître la bonne exécution, il ne sait comment faire pour éviter d'être victime de la cupidité.

Le moyen qui lui semble le meilleur pour n'être pas dupe, c'est celui de s'adresser à plusieurs entrepreneurs pour avoir leurs prix et les comparer.

Généralement, la préférence est donnée au meilleur marché; mais, comme il a des limites, les craintes du propriétaire augmentent lorsqu'il voit dans les prix qu'on lui donne des différences de 10 à 40 pour 100, et même plus. Cependant le bon marché est attrayant; pour se mettre en garde contre toute duperie et pour intimider Taudacieux qui aurait la pensée de tromper dans l'exécution des travaux, on lui présente un cahier des charges (1) hérissé des conditions les plus rigoureuses ; mais les précautions qu'on prend ne réussissent pas toujours, cai^ l'entrepreneur est tellement convaincu que ce qu'on lui impose ne présente généralement aucun obstacle à la réalisation de ses projets, qu'il signe presque toujours sans lire, convaincu qu'il est que, toutes les m.esures qu'on croit de sûreté étant prises, on dormira en paix

(i) Les cahiers des charges ont pour but de prévenir les désordres; mais les personnes qui les établissent ne connaissant pas les moyens frauduleux que Ton peut employer, il en résulte que, loin d'atteindre le but qu'elles se proposent , elles ne font que rendre plus ingénieux l'art de se soustraire aux conditions imposées.

sans s'occuper de leur stricte exëculion, et qu'alors il pourra veiller et se mettre en mesure pour tirer parti d'une position qui peut devenir avantageuse au moyen des expédients que lui suggérera son adresse, suivant les circonstances.

D'ailleurs^ qu'a-t-il à craindre en ne suivant pas son marché? Il sait qu'il ne sera condamné à aucune amende, ni à aucune peine correctionnelle; il y a plus, sa conscience est tranquille; car, ne se rendant pas compte de l'embarras du propriétaire, ni de la raison qui le fait agir, il ne voit en lui qu'une personne qui voudrait faire faire les travaux pour rien, si elle le pouvait ; et il lui semble tout naturel alors de ne donner de la marchandise que pour l'argent qu'il doit recevoir : le plus malin attrape l'autre. Cette manière d'agir est considéi ée comme étant de bonne guerre.

Quel triste raisonnement, quels désastres en sont la conséquence! Aujourd'hui on attrape quelqu'un, mais demain on sera attrapé soi-même; et que résulte-t-il de cette lutte de mauvaise foi? la fortune de quelques heureux qui ont pu échapper, la ruine d'un grand nombre d'individus , et la misère des ouvriers, par suite de la diminution des travaux et du salaire.

A l'appui des propositions que nous émettons, nous allons rapj)orter quelques conversations que toi^t lemondeest à même d'avoir entendues; car il ne se passe pas de jours que l'on ne dise ce que nous allons rassembler, ou des choses équivalentes: nous

tairons ce qu'il serait inconveiîianl d^écrire ou ce qui paraîtrait incroyable.

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