MARIA, ROSA, EVA, AGATHE, ANNE, LUCIE
MaRtA.—Dans notre dernier dialogue, nous avons parlé du péché originel et de ses tristes conséquences. Avant d'examiner comment cette chute originelle a été réparée par Notre-Seigneur, voulez-vous que nous nous entretenions aujourd’hui du péché et de ses diverses espècus ?.
Rosa.—C'est logique ; d'autant plus que Notre- Seigneur n’a pas remedié seulement au péché originel, mais encore à tousles autres péchés.
MarrA.—Un péché en général est une désobéissance volontaire à Dieu, soit que le bon Dieu nous ordonne quelque chose par lui-même, soit qu’il le fasse par une autorité qu’il a lui-même établie, comme l'Eglise catholique.
Eva.—Tomber dans le péché, c'est donc désobéir à Dieu, c’est lui refuser ce qu'il demande, c’est même se révolter contre lui !
MartrA.—Précisément ; voilà pourquoi le péché est une injure faite à Dieu lui-même ; Sa Majesté infinie est comme méprisée et insultée par un misérable pécheur.
Eva.—Il est donc juste que Dieu punisse le péché par de grands châtiments !
AGATHE.—Assurément ; car le péché est une offense, dont nous ne pouvons comprendre la malice.
En voici la raison : la malice d’une offense se mesure d’après la nature même de l’offense et aussi d’a-
près la dignité de la personne offensée ; par exemple blesser un roi ou un prince est bien plus grave que blesser un homme ordinaire. Or, Dieu est infiniment au-dessus de tous les rois et de tous les princes ; donc pécher contre lui, c’est commettre une offense qui a en quelque sorte une malice infinie.
ANNE.—C'est vrai; cependant, tous les péchés ne sont pas également graves de leur nature ?
AGATHE.—Evidemment non ; il y a plusieurs especes de péchés:.. Voyons, qui va nous les dire ?
Lucie.—Moi, j'en connais au moins quatre sortes : d’après le principe, il y a le péché originel et le péché actuel ; d’après la manière, il y a les péchés de commission et ceux d’omission ; d’après la gravilé, il y a le péché mortel et le péché véniel ; d’après l’influence, il y a les péchés capitaux.
ANNE.—On a assez parlé du péché originel ; occupons-nous des autres espèces, et d’abord du péché actuel. —Qu'est-ce que le péché actuel ?
Lucre.—Le péché actuel est celui que l’on commet soi-même, de ;sa propre volonté, quand on est parvenu à l’âge de raison.
ANNE.—Le péché actuel, que l’on commet soimême, est donc :l’opposé du péché originel, qui fut commis non par nous, mais par Adam ?
Lucie.—C’est cela ; on appelle ce péché actuel, parce qu’il est commis actuellement, et par un acte de notre propre volonté.
La volonté, voilà la faculté de notre âme qui commet le péché ; c’est elle en effet qui décide librement ne pas vouloir faire ce que Dieu ordonne, ou vouloir faire ce que Dieu défend.
D'où il résulte: que celui qui fait le mal, sans le vouloir, ne commet pas un péché.
De plus, il faut avoir l’âge de raison, c'est-à-dire l’âge où l'on sache discerner le bien du mal ; ce qui arrive ordinairement vers sept ans.
MarrA.—Mais en combien de manières commet-on un péché actuel ?
Rosa.—On commet le péché actuel de deux manières principales : Par commission, quand on pense, quand on dit, quand on fait quelque chose opposée à la loi de Dieu ; c’est ce qu'on appelle encore les péchés du cœur, de la bouche et d'action.
Par omission, quand on néglige volontairement de s'acquitter d’un devoir obligatoire ; par exemple, manquer la messe le dimanche par sa faute, est un péché grave d’omission, un péché mortel.
Eva.—Qu'est-ce donc que le péché mortel ?
AGATHE.—Nous voici arrivés aux deux principales sortes de péchés actuels, le péché mortel et le péché véniel.
Le péché mortel, dit le Catéchisme, est celui qui donne la mort à l’âme ; c’est pour cela qu’on l’appelle mortel.
De même qu'un poison violent, une maladie ou une blessure grave peuvent donner la mort au corps ; ainsi le péché mortel donne la mort à l'âme.
ANNE.—Comment cela ? Notre âme peut-elle mourir ? N’est-elle pas immortelle ?
AGATHE.—Je m'explique ; notre âme a une double vie, une vie naturelle et une vie surnaturelle.
La vie naturelle de l’âme consiste dans l’ensemble
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‘le ses forces vitales et de ses facultés ; c'est elle qui communique au corps la vie et l'activité.
Or, le péché mortel ne lui ôte pas cette vie, le péché mortel ne sépare pas l'âme du corps ; mais ilisépare lâme de Dieu, et ainsi il lui fait perdre la grâce, qui est la vie surnalurelle de âme.
Quand une âme est en état de grâce, elle est unie à Dieu : le Saint-Esprit habite en elle et la fait vivre d'une vie divine. Mais aussitôt le péché mortel commis, l’âme cesse d’être unie à Dieu ; elle tombe alors dans le froid de la mort.
ANXE.—Ne pourrait-on pas expliquer ce mystère par quelque comparaison ?
Rosa.—Ce qui se passe dans une âme au moment où elle commet un péché mortel est en effet un mystère pour nous.
Une des plus belles comparaisons que l’on puisse trouver est celle de La barre de fer.
Prenez une barre de fer rouillée, et jetez-la dans un brasier.ardent ; bientôt la rouille qui l’environne disparaît ; la barre de fer s’échauffe, devient rouge et même blanche, et peut tomber en fusion.
Que s’est-il passé ? C’est toujours une barre de fer, mais d’un fer qui a acquis des propriétés qu'il n’avait pas naturellement, celles d’échauffer, de brûler et même d'éclairer. Il a acquis une forme nouvelle : il est devenu igniforme.
Prenez cette même barre encore rouge et incandescente, et jetez-la dans un bain d’eau froide, Instantanément elle perd ses propriétés acquises : de blanche ou rouge, elle redevient noire; de brûlante, elle redevient froide ; de molle et malléable, elle devient dure comme l'acier.
Voilà une image ‘assez frappante des effets produits en notre âme par la grâce sanctifiante. L’âme, unie à Dieu, devient en quelque sorte semblable à Lui, comme le fer devient semblable au feu. Mais, que le péché mortel ‘vienne la séparer de Dieu, aussitôt l’âme perd tous ses privilèges et retombe, non dans sa première condition, mais dans un état pire ; c'est un ange déchu, une sorte de démon, un être dégradé, digne d'attirer sur elle la colère de Dieu.
ANNE.—Alors, l’âme, en état Ge péché mortel et séparée de Dieu, est-elle comme un cadavre ?
RosA.—Oui ; de même que le corps sans âme n’est qu'un cadavre, incapable de rien faire et hideux à voir ; ainsi l’âme, sans la grâce et séparée de Dieu, ne peut rien faire de méritc're pour le ciel ; elle a perdu sa beauté divine ; elle n’est plus qu’un être hideux aux yeux de Dieu.
Marra.—Cela me rappelle la belle leçon que saint Louis, roi de France, donna un jour à son ami Joinville, au retour de la croisade pendant laquelle ils avaient vu en Orient beaucoup de lépreux.
La lèpre, vous le savez, est une maladie horrible, repoussante, contagieuse et assez souvent mortelle. Les lépreux voient tout leur corps se couvrir de plaies ulcéreuses et infectes, qui rongent leurs membres et finissent par les faire mourir dans des souffrances atroces.
Saint Louis fit done un jour à Joinville cette question : “Qu’aimeriez-vous mieux, être lépreux ou commettre un péché mortel ? ”
Joinville s’écria : “ Ah ! plutôt trente péchés mortels que l’horrible lèpre ! ”
“Cest fort mal répondu, reprit le saint roi, car
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vous devriez savoir qu'il n’y a pas de lèpre aussi laide que le péché mortel.”
Qu'est en effet une maladie qui défigure et qui tue le corps, en comparaison du péché mortel qui ruine la beauté et détruit la via surnaturelle de l’âme !
Lucie.—C'est vrai; et je comprends mieux maintenant ce que le Catéchisme veut dire, quand il affirme que le péché mortel donne la mort à l'âme, en lui ôtant la vie de la grâce, en attirant la colère divine sur elle, et en la rendant digne des peines de l'enfer.
ANNE.—L'enfer ! Le feu éternel ! Ces mots me font trembler de peur! Est-ce que le péché mortel peut mériter un si grand châtiment ?
AGATHE.—Oui, il n°v a pas à en doutér ; qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, il y a un enfer, comme nous le prouverons plus tard.
Il n’y a pas non plus à douter que le péché mortel ne mérite l’enfer ; car Dieu est infiniment jusfe. comme nous l’avons déjà dit.
Rosa.— Du reste, puisque les démons sont en enfer, il convient que ceux qui imitent les mauvais anges dans leur désobéissance recoivent le même châtiment.
Eva.—Cest juste : dautant plus que le péché mortel rend esclave de Satan: “Car, dit saint Pierre, celui qui est vaineu devient l'eselare de celui qui l’a vaincu.”
Le démon devient donc le vainqueur et le tyran de ceux qu'il fait tomber dans le péché mortel ; et il
aurait droit da les entraîner aussitôt dans l'enfer, son royaume, si le bon Dieu, par miséricorde, ne l'en empêchait, afin de donner au pécheur le temps de faire pénitence.
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Mais, au moment de la mort, quand le temps de la miséricorde sera passé et que celui de la stricte justice sera venu, alors ‘Dieu livrera Je pécheur au
démon, comme à l’exécuteur de ses vengeances.
LUCIE.—Le péché mortel est done un grand malheur, plus grand que tous ceux qui peuvent nous arriver sur la terre et que la mort même.
C'est qui faisait dire: à la reine Blanche de Castille, mère de saint Louis, ces belles paroles : “ Mon fils, vous savez combien vous m'êtes cher ; cependant, j'aimerais «mieux vous voir mort que coupable d’un péché mortel }”?
ANNE.—Quand est-ce qu'un péché est mortel ?
tOSA.—Un péché est mortel, dit le Catéchisme, quand on désobéit à Dieu en matière grave, avec réflexion sufisante et plein consentement de la volonté.
AGATHE.—Oui, avec ces trois conditions, on à un véritable péché mortel ; au contraire si quelqu’une de ces conditions manque, le péché n'est que véniel, comme nous le dirons tout à l'heure.
Dans le cas de doute, si tel péché est mortel ou ne l'est pas, il vaut mieux,s'en accuser en confession.
ANNE.— Faut-il beaucoup de péchés mortels pour mériter l'enfer ?
AGATHE.—Non, dit le Catéchisme, pour mériter l'enfer, il suffit d’un seul péché mortel !
ANXE.— Un seul péché mortel suffit ?
AGATHE.—Certainement ; de même qu'une seule piqûre d’un serpent très venimeux suffit pour donner la mort au corps ; ainsi un seul péché mortel suffit pour donner la mort à l'âme, pour lui ôter la grâce sanctifiante, la dépouiller de tous ses mérites acquis,
chasser l'Esprit-Naint, la rendre esclave du démon et lui faire mériter d'aller avec lui en enfer.
MaRiA.—Ce fut en effet pour un seul péché mortel d'orgueil que Lucifer et les mauvais anges furent précipités du ciel dans les flammes éternelles !
Eva.—Ce fut pour un seul péché mortel que nos premiers parents perdirent leur innocence et leur sainteté, devinrent dignes de l'enfer et plongèrent toute leur postérité dans le malheur !
ANNE.— Nous devons donc craindre beaucoup de commettre même un seul péché mortel ?
LUCIE.— Oui ; ayons-le en horreur ; et ne faisons pas comme ces pauvres pécheurs qui tombent et retombent sans cesse dans leurs iniquités !
On dirait qu'ils ont perdu la foi, tant ils abusent de la miséricorde de Dieu !
Rosa.—On raconte de saint Isidore, ermite, qu'il fut un jour trouvé les veux remplis de larmes. Un religieux Jui demanda pourquoi il pleurait 7? Je pleure mes péchés, dit-il; n'eussions-nous offensé Dieu qu'une fois, nous n'aurions point assez de larmes pour déplorer un si grand malheur !?
MaRiA.—Naint Anselme de Cantorbéry avait coûtume de dire : “Ki je voyais représentés d’un côté la laideur du péché et de l'autre les tourments de
l'enfer, et que j'eusse à choisir, je préférerais l'enfer plutôt que le péché.”
Eva.—On demandait un jour à un Naint, au nom du roi, de faire une fois seulement une chose coupable : voici ce qu'il répondit : # Vous n'exigez de moi qu'une seule mauvaise action : c’est comme si vous me disiez : Permettez-moi de vous couper une seule fois la tête.”
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AGATHE.—Il me semble que tout ce que nous venons de dire est suffisant pour nous faire prendre la ferme résolution d'éviter, coûte que coûte, le péché mortel.
TouTEs.—Oui, nous en prenons la résolution.
Manrta.—Moi, je prends aussi la résolution d'éviter avec soin même les péchés véniels.
ANNE.—Quest-ce qu'un péché véniel ?
Marra.—Un péché véniel, dit le Catéchisme, est une désobéissance à Dieu, en matière légère ; par exemple, une petite colère, un menu vol, un mensonge joyeux...
ANNE.—C'est cela ; le péché mortel au contraire est une désobéissance en matière grave. Rosa.—Quelquefois cependant un péché en ma-
tière grave ne peut-il pas être seulement véniel ? Par exemple, voilà un homme qui, élant à moilié endormi, blasphème ou fait un mauvais coup...
Va-t-il être coupable d'un péché mortel ?
AGATHE.——-Non, assurément, parce qu'il n’a pas une connaissance suffisante, pour faire un acte libre.
ANNE.—N'est-ce pas ce qui arriva à Noé lorsque, surpris par le vin, il s’enivra et devint, jour son fils Cham, un sujet de scandale ?
AGATHE.—Il me semble en effet que Noé ne fut pas grièvement coupable de cette faute, commise par inadvertance, sans un plein consentement.
MarrA.—De la sorte, pour qu’un péché ne soit que véniel, l’une de ces trois conditions est requise : matière légère, demi-réflexion ou demi-consentement sil y a une matière grave,
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ANNE.—N'est-il pas souvent difficile de distinguer si tel péché est mortel ou seulement véniel ?
Eva.—Cela arrive quelquefois ; néanmoins, on peut généralement se rendre compte si tel péché est véniel ou non, d’après les conditions indiquées.
ANNE.—Un grand nombre de péchés véniels peuvent-ils arriver à former un péché mortel ?
LuctE.—Non ; tous les péchés véniels du monde réunis ne feront jamais un péché mortel ; par exemple, mille mensonges vénielsine pourront former un mensonge mortel.
Cependant, si un certain nombre de péchés, quoique légers pris séparément, comme des petits vols, faisaient par leur union morale un tort considérable au prochain, il pourrait alors y avoir gravité de matière et péché mortel.
ANNE.—Les effels du péché véniels sont-ils bien différents de ceux du péché mortel ?
Rosa.—Assurément ; le péché mortel ôte complétement à notre âme la grâce sanctifiante, tandis queile péché véniel affaiblit seulement en nous la vie de la grâce.
Par exemple, un arbre mort, see et sans vie, ne peut.ni grandir, ni donner des feuilles ou des fruits ; au contraire, un arbre vivant pourra se développer et se couvrir de feuilles et de fruits, en proportion de sa vitalité.
Supposons maintenant que cet arbre soit attaqué par des insectes rongeurs, il perdra de sa vigueur ; il ne recevra plus une sève aussi abondante, il produira moins de fruits, et finira peut-être par mourir.
Manra.—Je comprends ; le péché véniel diminue
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affaiblit en nous la vie surnaturelle, en diminuant les grâces actuelles, qui nous sont nécessaires pour accomplir nos bonnes œuvres.
Les péchés véniels sont comme des insectes, qui s'attaquent à la vie de notre âme.
ANNE.—Le péché véniel est donc à redouter ?
LucIE.—Assurément : d'autant plus que le second effet du péché véniel est de diminuer l'amour de Dieu dans notre cœur.
En effet, on n'aime pas le bon Dieu de tout son cœur, quand on n'évite pas tout ce qui lui déplaît ; un:véritable ami craint toujours de blesser ou de contrister son bon ami.
Rosa.—C'est vrai ; quand on commet délibérément un péché véniel, on contriste le Saint-Esprit, dont on refuse de suivre les inspirations.
Or, quand on ne profite pas des grâces, le bon Dieu cesse de nous en accorder.
ANNE.—Ne dit-on pas aussi que le péché véniel produit des {aches en notre âme ?
Eva.—Oui ; notre âme est moins belle aux veux de Dieu qu'elle l'aurait été si avait bien fidèlement correspondu à la grace ; elle a une beauté amoindrie. ÆElle est comme une fleur, flétrie par les ayons du soleil, où souillée par la poussière, (
AGaTH.—Saint Augustin compare les taches du péché véniel à des pustules purulentes qui, surtout si elles se multiplient, détruisent la beauté du visage.
Le péché véniel est comme une rouille qui s'attaque au morceau d'acier le plus luisamt.
LuciEe.—Il est dit dans la Bible que la sœur de Moïse, ayant un jour murmuré contre son frère, fut aussitôt couverte d’une horrible lèpre,
La lèpre, voilà encore une image du péché véniel.
Rosa.—Ce qui ne peut-être nous fait encore mieux comprendre la malice du péché véniel, c'est qu'il nous rend dignes de peines temporelles en celle vie el en l'autre, c’est-à-dire dans le Purgaltoire.
En cetle vie, le péché véniel attire sur nous une foule de malheurs, d’afilictions, d'infirmités, de maladies...
Voyez avec quelle sévérité Dieu a châtié quelquefois des péchés légers en apparence.
Les Bethsamites furent frappés de mort, parce qu'ils s'étaient permis un regard indiscret sur l’arche d'alliance.
Un Israélite fut lapidé par ordre de Dieu, parce qu'il avait amassé un peu de bois, le jour du sabbat.
Moïse, pour une simple défiance en frappant le rocher d’Horeb, fut condamné à ne voir que de loin la terre promise, sans pouvoir y entrer avec le peuple.
David, en punition d'un sentiment de vanité, vit soixante-dix mille de ses sujets enlevés par la peste.
Eva.—Ces châtiments, aussi soudains que terribles, nous prouvent que la justice divine considère comme très répréhensibles une foule de fautes qui nous paraissent des bagatelles.
ANXNE.—Après ces explications, est-il nécessaire de se demander si nous devons craindre beaucoup le péché véniel ?
AGATHE.—Oui ; car il n'est pas inutile d'insister encore sur cet important sujet.
Le Catéchisme déclare que nous devons craindre beaucoup le péché véniel, pour deux raisons princi-
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pales : parce qu’il offense Dieu, et qu’il conduit souvent au péché mortel.
ANNE.—Je n’avais jamais bien réfléchi à cela ; puisque même le péché véniel offense Dieu, je prends la résolution de n’en plus commettre un seul.
Manra.—C'est une résolution que nous devrions toutes prendre. Malgré cela, nous ne parviendrons pas à éviter complètement toutes les fautes vénielles ; car, la nature humaine est si faible que, même les plus grands Saints ont tous commis quelques péchés véniels, au moins de ceux qu'on appelle péchés véniels de fragilité.
La Sainte Vierge seule n’a jamais commis la moin:dre faute, ni la plus petite imperfection ; son âme a toujours été pleine de grâce.
Rosa.—Puisqu'il en est ainsi, et que nous ne pouvons éviter tous les péchés véniels de fragilité, nous pouvons du moins éviter ceux qu’on appelle péchés véniels de malice, ceux qu’on commet délibérément.
LucIE.—Oui ; avec le secours de Dieu, la vigilance et la prière on peut arriver à éviter ces péchés véniels délibérés et surtout ne pas en contracter l'habitude. |
ANNE.—A quoi s’exposent ceux qui ont l’habitude de commettre beaucoup de péchés véniels ?
LucrE.—Ils s’exposent à tomber bien vite dans le vice, et à glisser insensiblement dans le gouffre du péché mortel.
AGATHE.—C’est en effet ce qu’affirme la sainte Ecriture : “Celui qui méprise les petites choses tombera peu à peu.”—" Celui qui aime le péril y périra.”
Eva.—Du reste, l’expérience démontre que l’ha-
bitude du péché véniel fait perdre peu à peu à l’âme sa délicatesse ; elle tombe dans la fiédeur, cet état lamentable, dont Notre-Seigneur a dit ces terribles paroles : “Plût à Dieu que vous fussiez froid ou chaud ; mais parce que vous êtes tiède je vais vous vomir de ma bouche.”
Rosa.—Le péché mortel peut être comparé à la mort, et le péché véniel à une maladie, qui s'aggravera de jour en jour et deviendra mortelle.
Craignons donc beaucoup même le péché véniel.
Eva.—Sainte Thérèse ne tomba jamais dans une faute grave ; cependant, le bon Dieu lui montra un jour la place qu'elle aurait occupée en enfer, si elle eut continué à vivre dans l’état de tiédeur où elle était tombée, parce qu’elle aurait fini par glisser jusque dans le péché mortel et se serait damnée.
Lucre.—Saint Laurent Justinien était aussi attentif à éviter les légers manquements que les fautes considérables ; il en donnait deux raisons : ‘ Quand on à horreur des moindres péchés, on a horreur des grands. Il suffit d’ailleurs d’avoir la foi et de n’être pas dépourvu de sens pour fuir les péchés, qui nous rendent dignes de la damnation éternelle ; maïs c’est le propre des serviteurs de Dieu de craindre plus que la mort les fautes légères.”
Rosa.—Prenons donc aujourd’hui la ferme résolution d'éviter avec le plus grand soin tout péché véniel, et d'aimer Dieu de tout notre cœur.
TourEes.—Nous en prenons la sincère résolution.
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