LA GOURMANDISE
ManIA.—Passons à un autre vice capital, qui est très commun parmi les enfants, la gourmandise.
Eva.—Les enfants ne sont pas seuls à être gourmands ; il y a aussi bien des grandes personnes qui aiment les bons morceaux ? N'est-ce pas le bon Dieu qui a donné aux aliments leur saveur ?
Eva.—C’est vrai; mais, ce que le bon Dieu désapprouve, c’est l’amour déréglé du boire et du manger ; c’est de manger et de boire, seulement à cause du plaisir qu'on y trouve. Il faut manger pour vivre et non pour flatter la sensualité.
On ne doit se proposer dans cette action que de satisfaire le besoin, afin d’être en état de remplir ses devoirs et de servir Dieu, selon cette parole de saint Paul : “ Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez autre chose, faites tout pour la gloire de Bieu.”
CLAIRE.—Y a-t-il plusieurs manières de pécher par gourmandise ?
AGATHE.—Assurément ; j'en connais au moins quatre :
Manger au-delà du besoin, avec excès ;
Manger précipitamment, avec avidité ;
Manger hors le temps des repas, sans règle ;
Rechercher des mets trop délicats, trop dispendieux pour sa condition...
Cependant, le plus grave de ces défauts, c’est de manger ou de boire plus qu'il ne faut, jusqu’à s’in-
-commoder, se rendre malade ou perdre même la
raison.
Ces excès dans le boire ou le manger produisent les effets les plus funestes.
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JUSTINE.—En effet, un proverbe dit, que la gourmandise a tué plus d’hommes que la guerre. Ce vice altère la santé du corps et occasionne toutes sortes de maladies :. insomnies, douleurs, maux d’estomac ou de tête, indigestions, gastrites, etc.
De même que trop d’eau renverse le moulin, trop de nourriture et de boisson ruine le corps humain.
ALMA.—C’est surtout la santé de l’âme qui est ruinée par la gourmandise ; vous ne verrez jamais un gourmand devenir un Saint.
Les Saints aimaient au contraire à mortifier leur corps, à se priver de tout ce qui pouvait leur procurer du plaisir, afin de dominer leur passions, de faire pénitence et de ne pas laisser le corps, alourdi par trop de nourriture, appesantir l’âme et l’empêcher de s'élever vers Dieu.
On dit qu'un jour saint Bernard but de l’huile, sans s’en apercevoir, au lieu de vin, tant il était peu attentif au goût des aliments qu’il prenait.
BERTHE.—Cependant, dit le Catéchisme, la gourmandise la plus dangereuse est l’ivrognerie, qui fait perdre la raison, rend l’homme semblable à la bête et souvent le fait mourir.
MaARIA.—C’est malheureusement bien vrai ; l’ivrognerie est un vice dégradant, qui avilit l’homme et même le met au-dessous de la bête. Les bêtes mangent et boivent selon leur besoin et s'arrêtent quand elles n’ont plus faim, ni soif ; l’ivrogne au contraire boit sans raison, pour contenter le plaisir qu’il éprouve à boire, jusqu’à ce qu’il soit rempli de cette liqueur spiritueuse, dont les vapeurs lui montent au cerveau et en font un véritable insensé, un
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fou, quelquefois un fou furieux, qui bredouille, qui blasphème, qui parle sans savoir ce qu’il dit, qui frappe et brise ce qui l’offusque, qui se tient à peine debout, qui titube par terre et se met à quatre palles, jusqu’à ce que fatigué de tous ses efforts il s'endorme n'importe où, et se réveille avec une soif plus brûlante que jamais et qu’il recommence ses orgies.
ANNA.—Que ce vice est dégradant ! Il me semble que les ivrognes devraient prendre tous les moyens
possibles pour ne pas contracter une si mauvaise habitude.
CLAIRE.—Quels moyens faut-il prendre pour ne pas tomber dans l’ivrognerie ?
Eva.—Il y a quatre moyens excellents pour ne pas tomber dans l’ivrognerie : 1° ne pas aller au cabaret ; ?° ne prendre aucune boisson enivrante entre les repas ; 3° fuir la société de ceux qui aiment à boire ; 4° s’engager dans la société de tempérance et en suivre les règles.
AGATHE.— Voilà en effet quatre moyens excellents, capables de guérir tous les ivrognes, s’ils étaient mis exactement en pratique.
Malheureusement, les ivrognes les observent fort peu ; on dirait qu’ils n’en ont pas la force, tant ils sont énervés, tant la vue d’une bouteille les fascine, tant l’habitude de l’ivrognerie est violente, une fois qu’elle est contractée !
JUSTINE.—C’est vrai; on voit rarement des ivrognes se corriger ; et de nos jours surtout le nom-
bre des ivrognes, au lieu de diminuer, serable plutôt augmenter.
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Que de familles sont désolées et vivent dans la misère par suite de l’intempérance ! Que de scandales et de péchés, dont l’ivrognerie est la cause ?
CLAIRE.—Quels sont les péchés ordinairement causés par l’ivrognerie ?
JUSTINE.—Ils sont ordinairement bien nombreux, et saint Chrysostôme dit que le démon n'aime rien tant que l’ivrognerie et la débauche, parce que l’homme ivre est un être dégradé, capable de tous les crimes.
Eva.—C'est pour figurer ce vice et les mauvais effets qu'il produit que les Arabes ont imaginé une curieuse fiction.
“ Lorsque la vigne eut été plantée, disent-ils, Satan vint l’arroser avec le sang d’un paon, avec le sang d’un singe, avec le sang d’un lion, et avec le sang d’un pourceau.”?
En effet, dans l’homme ivre on remarque souvent l’orgueil du paon, les grimaces du singe, la colère dn lion, la vilenie du pourceau.
ManRtA.—Oui, l’homme ivre est le plus souvent en colère. Son langage est ordinairement horrible ; sa bouche est comme le cratère d’un volcan qui vomit des laves immondes. Saint Chrysostôme dit encore que l’homme ivre devient comme un suppôt du démon, qui profite de l’ivresse pour mettre, sur les Jèvres de son esclave, les jurements, les blasphèmes et les mauvaises paroles qu’il ne peut naturellement proférer lui-même.
ANNA—On a toujours remarqué que les ivrognes sont particulièrement portés aux actions déshonnêtes, et que les liqueurs fortes sont pour l’impureté ce que
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l’huile est pour le feu ; au lieu d’éteindre l’incendie, l'huile ne fait que l’activer.
C’est pourquoi, saint Jérôme déclare qu’il ne croira Jamais qu'un ivrogne soit chaste.
. ALMA.—Je crois que nous avons assez parlé de ce vice honteux, pour nous le faire détester et nous en préserver à jamais ; disons maintenant quelques mots de la vertu opposée à la gourmandise.
BERTHE.—C’est la fempérance ou la sobriété.
“ L'homme tempérant, dit saint Augustin, n’use de la nourriture et de la boisson qu'avec une sage modération, et ne s’y attache pas avec une affection déréglée.” ;
La tempérance exige d’abord que l’on mange à des heures réglées, autant que cela se peut ; ceux qui mangent ou boivent sans nécessité, hors du repas, ne tardent pas à contracter des habitudes contraires à la sobriété et quelquefois des infirmités difficiles à guérir.
CLAIRE.—Quelles sont les principales règles de la sobriété pendant les repas ?
AGATHE.—La sobriété veut que l’on ne prenne que la quantité de nourriture, nécessaire pour conserver la santé et les forces ; qua l’on évite toute avidité dans la manière de boire ou de manger ; que l’on ne se plaigne jamais de la qualité ou de l’assaisonnement des mets. Il faut aussi être prévenant et charitable pour tous ceux qui sont à la même table, et enfin sanctifier cette action dangereuse par la prière avant et après les repas.
EvA.—On raconte que saint Macaire, ayant reçu une belle grappe de raisin, la présenta à celui qui était
près de lui à table ; celui-ci fit de mêrne et l’offrit à son voisin, qui fit de même ; de telle sorte que tous les autres religieux ayant obéi au même esprit de charité, la grappe revint intacte à saint Macaire.
MaARIA.—Prenons toutes les résolutions d’éviter la gourmandise et de faire à chaque repas une légère mortification, pour expier tous nos péchés, pour imiter Jésus qui a jeûné et fait pénitence, et qui sur la croix n’a eu pour étancher sa soif brûlante que du fiel et du vinaigre.
Toures.—Nous prenons la résolution d’éviter désormais tout péché de gourmandise.