LA PARESSE
Eva.—Je voudrais bien connaître un moyen pour triompher du vice de la paresse.
La paresse, c’est le défaut de tous les hommes en général, mais des enfants en particulier.
Disons donc ce qu’est la paresse ?
ANNA.—La paresse est un amour déréglé du repos, qui fait qu’on néglige ses devoirs d’état et de religion, plutôt que de se faire violence.
C’est à bon droit qu’on range ce vice parmi les péchés capitaux ; car, il n’y a pas de péchés, pas de désordres auxquels la paresse ne conduise : on l’appelle quelquefois la mère de tous les vices.
Le paresseux est en effet ordinairement un fainéant ; il passe les jours, les mois et les années à ne rien faire ou à faire des riens, des choses inutiles ; il remplit avec négligence ses devoirs de religion ; la prière est ou entièrement omise, ou mal faite ; les sacrements soit abandonnés, ou reçus sans la préparation nécessaire,
JUSTINE.—Le paresseux ne s’acquitte pas mieux des devoirs de son état. [’enfant par exemple,
adonné à la paresse, ne profite point de l’éducation qu'on lui donne : il ne fait rien de ce qu’on lui prescrit ou le fait mal, sans attention, sans application ; de là, son esprit n’est pas cultivé, sa mémoire n’est pas exercée ; il sort de la maison d’éducation presque aussi ignorant qu'il y était entré.
Qu’arrive-t-il ? Si on lui donne un emploi, qui exige des lumières et des connaissances, il est incapable d’en exercer les fonctions ; il s’en acquitte mal ; son incapacité est reconnue ; il est mis de côté.
Alors, que de regrets d’avoir perdu le.temps de sa jeunesse ! Mais il est trop tard !
ALMA.—Ce n’est pas tout ; la paresse produit la faiblesse de caractère : le paresseux n’a pas la force d'entreprendre les choses les plus faciles ; il .est arrêté par le moindre obstacle, tout lui paraît impossible, parce qu’il ne.veut faire aucun effort ; il manque de cœur !
BERTHE.— Il manque aussi de constance ; s’il conçoit quelque entreprise ou le désir de se corriger, ce désir est faible et ne dure pas longtemps ; il se lasse bientôt et il retombe dans sa première indolence.
“ Les désirs tuent le paresseux, dit l’Esprit-Saint ; il veut et il ne veut pas ; il veut aujourd’hui une chose, et demain une autre.”
ANNA.—De là, cette nonchalance qui l’accompagne partout, cette langueur qui ne lui laisse aucun goût pour ses devoirs ; de là, cette insensibilité qui le rend sourd aux remontrances et aux exhortations ; rien ne le remue, rien ne le touche, ni les reproches qu’on lui fait, ni.les bons exemples qu’il a sous les yeux.
AGATHE.—Et ce qui est plus déplorable encore,
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c’est l’état intérieur de l’âme du paresseux. “ L’oisivelé, dit un Saint, est l’hameçon avec lequel le démon fait la pêche.” En effet, le paresseux fuit le travail, aime les lieux de divertissement, va à droite et à gauche, selon .son caprice, et il ne voit pas l’occasion du péché que le démon cache sous un de ces appâts que l’on nomme sensualité, lecture immorale, compagnies dangereuses, paroles bouffonnes, pensées deshonnêtes, etc., etc.
Eva.—Oui, l’oisiveté ressemble à la rouille, qui attaque, ronge et dévore lentement les métaux les plus durs.
L’oisivité ressemble à l’eau dormante, qui ne tarde pas à se corrompre, et à devenir de la boue ou un lieu de :retraite pour toutes sortes d’animalcules immondes.
Pour un démon qui tente un homme occupé, il .y en a cent qui assiègent l’homme oisif.
ManrtA.—L’'Ecriture compare l’âme lâche et indolente à une terre inculte et abandonnée. “ J’ai passé, dit l’auteur inspiré, par le champ du paresseux, et il était plein de mauvaises herbes ; les épines en couvraient toute la surface, et l’enceinte de pierre qui devait l’environner était renversée.”
CLAIRE.— Voici encore l’exhortation que Dieu luimème adresse au paresseux : “ Allez à la fourmi, à paresseux ! Considérez sa conduite, et apprenez d’elle à être sage ; car, quoiqu’elle n’ait ni chef qui la conduise, ni maître qui l’instruise, elle a soin de faire sa provision pendant l’été, et d’amasser dans la moisson de quoi se nourrir.
Jusqu'à quand dormirez-vous ? Quand vous réveillerez-vous de votre sommeil ? Si vous ne sortez de
LES PÉOHÉS CAPITAUX 113
votre assoupiesement, l’indigence viendra fondre sur vous et vous accablera.”
JUSTINE.—L/indigence et la misère, voilà encore une des tristes conséquences de la paresse. (C'est ce que Franklin exprimait ainsi : “ La faim regarde à la porte de l’ouvrier qui travaille, mais elle n'ose entrer.” “ Fainéantise voyage si lentement que pauvreté l’a bientôt attrapée.”
ALMA.—On demandait un jour à Bellarmin quelle classe d’hommes était dans la meilleure condition pour opérer son salut ; il répondit : “Ce sont Les ouvriers, qui gagnent tous les jours leur pain à la sueur de leur front ; car, de bon matin ils commencent un travail qui dure jusqu'au soir ; il ne leur reste donc pas de loisir pour la paresse, et en même temps ils trouvent toutes sortes d'occasions pour pratiquer la vertu.”
BERTHE.—Arrêtons-nous sur les inconvénients de la paresse ; disons enfin quelle est la vertu opposée
.à la paresse ?
CLAIRE.—C'est la diligence, l'amour du travail, une sainte activité qui fait remplir fidèlement tous les devoirs, en vue de s2 soumettre à la volonté de Dieu'et de lui plaire en tout.
L'homme diligent est assidu à ce qu’il fait ; le succès couronne presque toujours ses efforts et sa constance.
L’ouvrier laborieux, dit un proverbe, est comme la bonne marchandise que tout le monde recherche ; personne au contraire ne veut du paresseux.
BERTHE.—En conséquence de ce que nous venons de dire sur la paresse et sur tous les autres péchés
capitaux, prenons encore la ferme résolution de combattre ces vices, qui sont en nous au moins en germe ; car, nous l’avons vu, le péché originel a vicié notre nature et tous les descendants d’Adam sont plus ou moins portés vers tel ou tel défaut.
Que chacun s’examine avec soin pour reconnaître quel est son côté faible, quel ennemi il a surtout à redouter et à combattre, quelles sont les tentations contre lesquelles il devra se préserver...
CLAIRE.—Comment se préserver des tentations ?
BErTHE.—Les préservatifs à employer contre les tentations sont : 1° la-prière et les sacrements, 2° la vigilance et la fuite des occasions surtout des mauvaises compagnies.
Nous ‘parlerons plus tard en détail de ces divers moyens ; pour le moment, qu’il nous suffise de nous rappeler ces paroles de Job : “ La vie de homme sur la terre est une guerre continuelle.”
Cette guerre nous est faite principalement par le démon, qui rôde sans cesse autour de nous comme un lion rugissant, cherchant quelqu'un à dévorer. Résistons-lui, forts dans la foi. Revêtons-nous d’une armure spirituelle : ayons pour ceinture la vérité, pour cuirasse la justice, pour chaussure les maximes de l'Evangile, pour bouclier la foi, pour casque et pour épée la parole de Dieu.
ANNA.—Pour terminer ce long et si important sujet, je connais une belle histoire ; voulez-vous qne je: vous la raconte ?
TouTes.—Oui, raconte-nous cette histoire ?
ANNA.—Un ancien solitaire de l'Orient, interrogé par ses disciples sur la manière de combattre les vices,
leur répondit par une figure ; comme on se trouvait dans un lieu planté d’arbres, il ordonna à l’un de ses disciples d’arracher un tout jeune plant qu'il lui montra ; le disciple l’arracha sans peine et d’une seule main.
Le solitaire lui désigna ensuite un autre arbuste un peu plus grand, que le disciple arracha aussi, mais avec plus d’effort et en y mettant les deux mains.
Pour en arracher un troisième, il fallut qu’un des compagnons du :jeune homme lui aidât ; et encore. n'en vinrent-ils à bout qu’avec une grande difficuité.
Enfin, le solitaire leur en montra un quatrième, qui était beaucoup plus gros. Tous les jeunes disciples unirent leurs efforts, mais ne purent les déraciner.
Mes chers enfants, dit le sage vieillard, il en.est ainsi de nos défauts ; au commencement, quand ils ne sont pas enracinés, il est facile de les extirper, pour peu qu’on soit attentif à les combattre ; mais lorsque, par une longue habitude, on leur a laissé prendre de profondes racines dans le cœur, il est très difficile de les détruire. Travaillez donc de bonne heure à vaincre des ennemis qui, plus tard, seraient comme invincibles et pourraient causer votre perte.”
Marira.—Ce vieillard était sage ; combattons sans cesse nos inclinations perverses, et un jour nous pourrons chanter victoire. Dieu sera notre éternelle récompense dans le Paradis.
TourEs.—Oui, plaise à Dieu que le ciel nous réunisse toutes un jour, auprès de Jésus et de Marie.