‹ Dialogues sur le catéchisme de Québec [microforme]Chapitre 6 sur 25 · MARIE, LOUISE, CLAIRE, AGATHE, LUCIE, ROSE, ANNE · texte numérisé non relu

MARIE, LOUISE, CLAIRE, AGATHE, LUCIE, ROSE, ANNE

MaARïE.—La première vérité, que l'Eglise nous enseigne, est l’existence de Dieu ; aussi, le Symbole des Apôtres, qui est l’abrégé de notre foi, commence-t-il par ces mots : Je crois en Dieu.

Louise.—Allons-nous aujourd’hui parler de Dieu et de ses perfections ? Quel beau sujet !

MaARi£.—Oui ; et tout d’abord, il sera à propos de rappeler brièvement quelques preuves de l’existence de Dieu.

CLAIRE.—-(C’est bon ; car, quoiqu'il n’y ait pas ici des athées, on rencontre quelquefois dans le monde des gens assez insensés pour nier l’existence de Dieu. Ordinairement, ce sont des gens que l’orgueil ou le vice ont rendus impies ; la pensée de Dieu les gène, et ils voudraient bien s’en défaire.

AGATHE.—Oh ! les malheureux, qui osent ainsi s'attaquer à Dieu lui-même ! Si je rencontrais jamais un de ces impies, je lui dirais franchement : Vous êtes un monstre sans yeux, sans oreilles, $ans esprit, sans cœur !

Sans yeux ; car, si vous en aviez, vous verriez partout dans la création les marques de la puissance et de la sagesse de Dieu.

Sans oreilles ; car, vous devriez entendre la voix de votre conscience et le témoignage de tous les peuples.

Sans esprit ; puisque vous méconnaissez, comme les brutes, celui qui a tout fait en ce monde.

Sans cœur ; puisque vous êtes un ingrat envers votre insigne bienfaiteur et votre Père.

Lucte.—Voilà de l’indignation ; mais raisonnons avec un peu plus de calme. Je désirerais savoir s’il y a: beaucoup de preuves de l’existence de Dieu ?

Ross.—Moi, j’en connais plusieurs ; cependant il y eu a trois surtout qui me frappent : c’est l’harmonte qui règne dans le monde, la nécessité d’une cause première pour toutes les créatures, et la révélation que Dieu a fait de lui-même.

ANNE.—Que tu es savante ! Explique-nous donc ces preuves, en commençant par la première.

RosEe.—L’harmonie qui règne dans le monde ? Il n’y a qu’à ouvrir les yeux et à réfléchir un instant. Regardons le ciel ; quel magnifique spectacle ! Qui donc a fait cette voûte immense ? Qui a suspendu tous ces globes éclatants : le soleil, qui répand partout la lumière et la chaleur ; la lune et les étoiles, qui brillent au firmament pendant la nuit, et qui recommencent chaque jour leur course majestueuse avec une régularité admirable ?

Abaiïssons nos regards sur la terre, pour y considérer la foule innombrable d'animaux dont elle est peuplée ; cette variété d’arbres, de plantes et de fruits dont elle couverte ; la quantité prodigieuse de poissons que renferment la mer et les fleuves ; la multitude des oiseaux qui volent dans les airs. Quel peut être l’auteur de tant de merveilles, si ce n’est l'être tout-puissant, que nous appelons Dieu ?

Attribuer tout cela au hasard, serait une extravagance ; car le hasard n’est qu’un vain mot.

En voyant un beau palais, nous jugeons sans hésiter qu’un habile architecte en a tracé le plan et

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qu'un ouvrier intelligent l’a exécuté ; si quelqu'un venait nous dire que c’est le hasard qui a tout fait, nous Croirions non sans raison qu’ii se moque de nous ou qu'il est un sot... Plus sot encore serai‘ celui qui voudrait nous persuader que l’univers s’est formé par hasard ou tout seul.

MaRiE.—Très bien ! On pourrait encore demander à ce sot si une montre ou une horloge est capable de se faire toute seule, sans horloger ?...

ANNA.—Assurément ! Mais quelle est la seconde preuve, tirée de la nécessité d’une cause première ?

MaRIiE.—C'est ce que j'allais expliquer. Je dis donc que tout effet supposant une cause, comme une horloge suppose un horloger, de même, toutes les créatures qui sont dans ie monde doivent avoir une cause première, à laquelle elles remontent.

Prenons, par exemple, un œuf ; cet œuf, d’où vient-il ?—D’une poule.—Et cette poule ?—D'un autre œuf.—Et ce second œuf ?—D’une autre poule !—-Et cette poule ?—D’un troisième œuf... En remontant ainsi de suite, il faut nécessairement arriver à dire lequel des deux a existé le premier, la poule ou l’œuf.

Si vous dites que c’est l’œuf, il y a donc eu un œuf sans poule ; et d’où est venu cet œuf ?—$i vous dites que la poule a existé avant l’œuf, il y a donc eu une poule qui n’est pas venue d’un œuf ; et alors d’où est venue cette poule ?

Il faut donc trouver la cause première de cet œuf ou de cette poule. Or, nous savons par la Bible que le bon Dieu a créé, au commencement du monde, les premières espèces de tous les êtres : les plantes, les arbres, les poissons, les oiseaux, les animaux et l’homme.

Lovise.—Voilà un raisonnement qui me paraît clsir comme le jour ; et tout seul il suffirait à me convaincre.

Un mot cependant de la troisième preuve.

RosEe.—C’est ceile de la révélation de Dieu par lui-même. Dieu s’est montré souvent aux hommes et leur a parlé, comme à nos premiers parents, à Noé, à Abraham, à Moïse, aux Prophètes ; mais surtout Dieu nous a parlé par Notre-Seigneur, son divin Fils.

Jésus-Christ a prouvé par les plus éclatants miracles qu’il était Fils de Dieu ; donc Dieu existe.

CLAIRE.—C’est absolument certain ; aussi, faisje sans la moindre hésitation ma profession de foi, et je dis de tout cœur : Je crois en Dieu !

ManRtEe.—Essayons maintenant de connaître ce

qu’est Dieu, et quelles sont ses perfeclions.

AGATHE.—Ce sera difficile ; car, j'ai oui dire qu’un jour plusieurs personnes allèrent trouver un philosophe et lui firent cette demande : “ Nous venons vous prier de nous dire clairement ce qu’est Dieu ? ”

Le philosophe réfléchit un instant, puis leur dit : “J’y penserai ; revenez dans trois jours.” Au bout de trois jours, il leur dit encore d’attendre trois jours. Ce ft la même réponse le sixième jour ; le neuvième, il le.r dit : “Je sais bien que Dieu existe, mais je ne puis vous dire ce qu’il est.”

Liuorz.—Ce philosophe était païen et n’avait pas été éclairé par l'Evangile ; mais, un petit enfant qui sait son Catéchisme ne peut-il pas répondre à la question ? Il n’a qu’à dire : Dieu est un esprit infiniment parfait.

Rose.—Pas plus difficile ; néanmoins, il faut ex-

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pliquer cette réponse, et savoir ce qu'est un esprit et un esprit infiniment parfait.

Manie.—Cest cela ; disons donc qu’un esprit est un être immatériel, intelligent, capable de penser, de vouloir et d’agir.

Dieu est un pur esprit, n’ayant ni corps, ni couleur, ni figure. Il ne ressemble à rien de tout ce que nous voyons dans le monde matériel.

Ce qui:nous donne l’idée la moins imparfaite de la spiritualité de Dieu, ce sont notre âme et les Anges, créés à son image.

ANNE.—Cependant, l'Histoire sainte parie souvent des yeux, des oreilles, des mains de Dieu...

Maris.—C’est vrai ; toutefois, ces expressions ne sont qu’un langage figuré, propre à nous faire mieux comprendre la science, la puissance ou les autres perfections de Dieu.

Néanmoins, de ce que Dieu est un pur esprit, il ne faudrait pas conclure qu’il lui est impossible de se rendre sensible par le moyen de quelque objet matériel.

Au contraire, il est arrivé assez souvent que Dieu a emprunté une forme et une voix humaine pour parler aux hommes, par exemple à Adam, à Moïse et à d’autres personnes.

CLAIRE —Je voudrais bien maintenant entendre l'explication des mots infiniment parfait, perfection ?

LucIE.—On entend par perfection une qualité bonne, quelque chose qu’il est mieux d’avoir que de ne pas avoir. La ecience, par exemple, la vertu, sont des perfections ; tandis que l’ignorance et le vice sont des imperfections.

Or, dans le monde, aucune créature n’est absolument parfaite ; toutes pourraient avoir encore quelque chose de plus. Au contraire, Dieu est parfait infiniment ; il a toutes les perfections possibles : la science, la puissance, la bonté... ; et tout cela à un degré infini, de sorte qu’on ne peut rien imaginer qu'il ne le possède parfaitement.

AGATHE.—Oh ! que Dieu est donc parfait et mérite bien notre respect et'notre amour ! On dit qu'un grand savant, qui s'appelait Newton, n’'entendait jamais prononcer le nom de Dieu sans incliner la tête.

Mais parlons des perfections divines ; je voudrais bien les connaître toutes, ou du moins Les principales.

RosE.-—En Dieu tout étant infini, il n'y a au fond qu'une seule perfection ; si l’on considère l’'Etre divin à différents points de vue, on peut distinguer neuf perfections principales, qui sont : l’aséité, l'éternité, l’immensité, la Providence, la science, la puissance, la justice, la sainteté et la miséricorde. Ce sont les perfections indiquées dans notre Catéchisme.

ANNE.—Je n'ai jamais vu ces mots dans le Catéchisme ; c’est la première fois que j'entends prononcer le mot Aséité. Que signifie-t-il ?

Rose.—Aséité veut dire Ætre de soi-même, exister de soi-même sans le concours de personne ; par exemple, tout dans le monde à été créé par Dieu ; mais Dieu a-t-il été créé par quelqu'un ?—Non ; car sil en était ainsi, Dieu aurait quelqu'un au-dessus de lui ; ce qui ne peut être.

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son et qui lui dit : “ Moïse, Moïse, n’approche pas : ôte les chaussures de tes pieds, parce que ce lieu est une terre sainte...” C’était Dieu qui parlait.

Moïse cependant lui demanda son nom ; alors le Seigneur répondit : “Je suis celui qui suis” Ce qui voulait dire : Je suis celui qui existe par luimême, l'Etre suprême, l'Eternel.

ANNE.—Dieu existant par lui-même et de toute éternité, voilà un grand mystère ! N'est-ce pas ce queile Catéchisme a voulu indiquer dans ces mots : Dieu n’a pas eu de commencement, il a toujours été et il sera toujours ?

MARIE.—Précisément ; Dieu n’a pas eu de commencement, car s’il en avait eu un, il y aurait un temps où Dieu n'aurait pas existé ; et alors, qui aurait pu lui donner l’existence ?

Dieu a donc toujours existé, avant tous les siècles, avant que le soleil et la terre existassent, avant que rien fut créé. Dieu existait seul, pleinement heureux dans la contemplation de son essence infinie.

CLAIRE.—-Lorsqu’on représente le bon Dieu sous la figure d’un beau vieillard, avec une longue barbe et de blancs cheveux, n'est-ce pour marquer qu’il est très vieux ?

Lucie.—Dieu n’est ni vieux, ni jeune ; il est toujours le même ; l’éternité, voilà son âge.

CLAIRE.—L'éternité ! maïs combien de millions d’années ou de siècles cela peut-il faire ?

Lucie.—L’éternité ne peut s'exprimer par un nombre, quelque grand qu'il soit ; des millions d’années sont moins pour Dieu qu’une minute dans la vie d'un homme.

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