SCÈNE II
DIANE, M"e DE KERMIC.
DIANE, s'éveillant à moitié.
'. onarJ Asthon ! Léonard!
m^" DE KERMIC, la regardant.
^^ Luil toujours lui! ô mon Dieu! Léonard As-
tiii*^si ce n'est pas l'honneur, j'ose espérer du
moins qiïc la pitié aura parlé dans ton cœur,
DIANE, se réveillant.
Qui est là ?
M™e DE KERMIC.
Moi, mon enfant.
DIANE
Ahl oui, je me rappelle, je me suis endormie près de vous... pardonnez-moi, ma mère.
M^e DE KERMIC.
Te pardonner!... ahl j'aurais voulu prolonger Lien long-temps ces heures d'un sommeil que tu ne connais plus. C'est un repos, au moins, parmi tant de douleurs.
DIANE
Non, ma mère... cest du sommeil; mais ce n'est pas du repos, car sa pensée m'y a poursui\ic encore.
Mme DE KERMIC.
Toujours?
DIANE
Oui, ma mère, j'étais dans ce fatal pavillon, appuyée sur celte fenêtre d'où vous me dites qu'on voit de si loin, écoutant les vagues murmures du vent, les cris des bergers qui passent, cherchant, dans l'air un son de cette voix que j'ai tant écoutée, pleurant de ne rien entendre, me penchant à cette fenêtre pour qu'il me vU, moi qui ne puis le voir, et ne comptant que le bruit des heures qui me disaient qu'il ne venait pas.
M"e DE KERMIC.
Hélas! n'est-ce pas ainsi tous les jours?
DIANE, avec désespoir.
Oui, ma mère, j'ai dormi comme je veille : je l'ai attendu.
H>»« DE EBBBnC.
Diane, espère encore, mon enfant, espère. DiANB, se levant.
Et que puis-je espérer, depuis un an qu'il a fui l'asile que nous lui avions donné, depuis cette affreuse nuit où, pour la seconde fois je le sauvai de la mort, depuis celle nuit honteuse, où, pour prix de sou salut, il me laissa le déshonneur?... Rien, pas un souvenir de lui, aucune nouvelle...
W^t> DE KERMIC.
Pauvre Diane !
DIANE, vivement.
Aucune, n'est-ce pas?
urne DE KERMIC
Aucune... mais tu sais que, condamné à mort, il a été obligé de se réfugier en Angleterre.
DIANE
Mais autrefois, mon père aussi, sauvé par ma mère et proscrit comme Léonard Asthon... mon père aussi s'est réfugié en Angleterre, et il vous écrivait... il n'a donc pas voulu écrire... ?
M™» DE KERMIC.
Oublies-tu qu'il y avait entre vous an secret qui t'appartenait encore plus qu'à lui, et qu'il ne pouvait le confier à des lettres que tu n'aurais pu lire...
DIANE
Mais, lorsque vous avez surpris ce secret à mon désespoir, vous lui avez écrit, vous... il n'a donc pas voulu vous répondre?
M™^ DE KERMIC.
Mes lettres ont pu s'égarer; car il m'a fallu lui écrire au hasard, sans savoir où il était.
DIANE
Mais il se cache donc bien , ou vous ne l'aver guère cherché.
M""» DE KERMIC
Diane !
DIANE
Car enfin ces journaux que vous seule voulez me lire maintenant, ils disent les moindres actions d'hommes dont le nom est obscur à coté de celui de Léonard Asthon. Hier, ils annonçaient encore le retour en France d'un proscrit, et ce proscrit n'éUiit quun pauvre paysan vendéen ; l'autre jour ils racontaient la fuite d'un condamné, et ce condamné était un des soldats de Léonard Asthon. Ils parlent de tous, excepté de lui. Ma mère, je vous crois, car je ne puis voir dans ce silence... mais une heure de clarté, une heure, et je saurai qui me trompe.
U"0 DE KERMIC.
Ma fille !
DIANE
C'est que moi... moi... il serait là, que s'il dédaignait de me parler, je ne le saurais pas... il verrait mes pleurs, il me regarderait eu riant peutêtre, et moi, je pleurerais toujours... je ne pourrais pas même me tuer... je ne le verrais pas!
M™« DE KERMIC.
Diane! chasse ces horribles doutes... Diane, '■--» "pçonner?
MAGASIN THEATRAL
DIANE. '
Mais enfin, osez me dire toute la vérité... F.s> ilOiort?
M^^e DE KERMIC.
n yit, je te le jure.
DIANE, avec joie.
Il vit! [elle s'arrête et reprend avec douleur) il vit I oh I alors, je suis plus malheureuse que je ne croyais... ah! je ne suis pas seulement déhonorée !
M"e DE KERMIC.
Pauvre enfant !
Valérien paraît au fond.
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