‹ Diane de Lys; comédie en cinq actes, en proseChapitre 18 sur 40 · PAUL, DIANE · texte numérisé non relu

PAUL, DIANE

PAUL, entrant- Adieu, Madame.

mjiKE, se levant et essuyant ses yeux. Adieu, Monsieur.

PAUL. Vous pleurez. Madame

DIANE. Comment vous convaincrai-je maintenant ;* Je vous jure pourtant que le duc n'a aucun droit d'agir comme il l'a fait — Je vous le jure !

PAUL. A quoi bon ce serment, Madame, n'êtes-vous pas libre de toutes vos actions? Le hasard me fait être seul chez vous à une heure du matin; vous ne voulez pas qu'on m'y voie et vous me priez d'attendre dans une autre chambre que vous ayez congédié un importun, quoi de plus naturel?

DUNE. Mais que pensez- vous de moi après une pareille scène?

PAUL. Ce que j'en pensais il y a dix minutes.

DIANE. Oh ! vous êtes cruel, Monsieur.

PAUL. Vous vous méprenez au sens de mes paroles, Madame. Quelques choses que je visse ou entendisse, mon opinion est arrêtée sur vous depuis que je vous ai vue. J'ai eu l'occasion de vous rendre un service, vous ^vez voulu le reconnaître, rien de plus simple. Là oîi ma susceptibilité voyait une aumône, mon cœur ne voit plus qu'une bonne action. Je vous en remercie, Madame, et vous demande pardon de ce que je vous ai dit tout à l'heure.

DIANE. Quel langage !

PAUL. C'est le seul que je doive tenir avec vous, madame la comtesse, les larmes que vous répandez en ce moment sont le démenti le plus formel à ce que l'on peut dire de vous Non, Madame, non, rien de tout cela n'est vrai, vous n'avez pas besoin de mêle dire. Je ne veux pas que cela soit. Laissons les sots croire et les méchants répéter ces calomnies, et nous, gens de cœur, faits pour nous entendre, regardons-les de haut et laissons-les passer.

DIANE. Oh ! c'est bien. Monsieur.

PAUL. Je vous ai comprise en un instant, 3Iadame, j'ai compris que votre âme inoccupée laisse tout faire à votre esprit, et l'esprit est souvent un mauvais conseiller pour une femme jeune et belle. En voulez vous h preuve? Je vous connais depuis une

heure à peine et ce peu de temps à suffi pour me donner presque des droits sur vous. Regardez en face la situation où nous sommes vis-à-vis l'un de Tautre et ce que j'en pourrais faire si j'étais un malhonnête homme, ou seulement un homme mal élevé. Vous êtes venue chez moi pour vous y trouver avec un de mes amis. Vous avez consenti à me recevoir et me voilà ici à une heure du matin- Je suis seul avec vous, vous m'avez fait cacher dans votre chambre et vous pleurez de l'insulte que vous a faite un homme dont la fatuité a pris au sérieux quelques coquetteries banales Tandis qu'il vient, celui que nous attendons ne vient pas et le moins impertinent est encore celui qui est venu Vous me demandiez tout à l'heure ce que Maximilien m'avait dit de vous, Madame ; ici même, cinq minutes avant de me présenter, il me disait : « Mon cher, « fais-donc la cour à la comtesse. >^ Il ne vient pas! Pourquoi? Pour me fournir l'occasion après m'avoir donné le conseil, ou parce qu'il est auprès d'une danseuse qu'il ne songe pas à vous sacrifier, à vous, comtesse de Lys. Voilà ce que je pourrais me dire, car voilà la réalité.

MANE. Oui.

PADL. Et après ce qui s'est passé je ne mentirais pas si demain je disais au duc : Vous êtes venu cette nuit chez la comtesse de Lys, j'étais caché dans sa chambre, j'ai tout entendu. Ce serait de mauvais gaût, je le sais, mais cela serait. Quoique vous puis- .^iez dire, on vous répondrait qu'un homme caché la

-^ 79 — nuit dans la chambre d'une femme a bien des droits sur cette femme. Je vous aurais compromise, les bruits passes feraient un chemin facile aux bruits nouveaux, et cependant, nous ne sommes rien l'un à l'autre, je vous donne la main comme à un homme, et je vous appelle madame, comme s'il y avait cent personnes autour de nous- Qu'est-ce que cela prouve? Que vous avez fait dans votre vie je ne sais combien d'imprudences du même genre qui semblaient ne devoir pas amener de conséquences et qui en ont eu... est-ce vrai?

DUNK- Oui, c'est vrai. Que c'est bien à vous de me parler ainsi. Voyez, je ne pleure plus, mais je vous dirai tout. II y a des minutes qui créent des amitiés de vingt ans. Vous serez mon ami, Monsieur, je le veux.

PAUL. Oui, Madame, mais il faut vous arrêter dans cette route, puisqu'il en est temps encore. Faites que votre dignité vous précède et vous protège sans que vous ayez besoin de l'appeler à votre aide, comme vous avez fait tout à l'heure. C'est étrange, n'est-ce pas qu'un homme de mon âge vous donne un semblable conseil ? mais je serais le plus malheureux des hommes maintenant, si je ne vous regardais pas comme la plus pure des femmes.

DIANE. Merci! Cette soirée sera une leçon pour moi ; puis, je tiens à votre estime, car vous êtes un grand esprit et une âme généreuse. Vous m'aiderez, n'est-ce pas? Je suis faible, que voulez-vous, personne ne m'aime et rien ne me protège. Vous

viendrez me voir souvent. Je vous dirai toutes mes actions. Je ne ferai que ce que vous aurez permis. Est-ce cela? Il y a déjà une l)onne chose en moi. J'aime mon père. Je Taime comme vous aimoz votre mère... s'il était près de moi, je n'aurais pas besoin d'un autre appui. Quand je ne serai pas sage, vous me menacerez de le lui dire, et vous verrez comme je redeviendrai docile. C'est convenu, n'est-ce pas ?

PAUL. Tout ce que vous voudrez.

DIANE. Oh ! je vous en prie, prenez de l'empire sur moi, ordonnez, grondez, punissez s'il le faut. Je suis de ces femmes qui ont besoin d'être dominées; ma force est dans les autres.

PAUL. Vous oubliez. Madame, qu'une femme de votre âge et de votre nature ne se laisse dominer que par un seul homme.

DIANE. Par lequel?

PAUL. Par celui qu'elle aime.

DIANE. Ou par l'ami qu'elle estime ; ne voulezvous pas être cet ami ?

PAUL. Éternellement!... Adieu, Madame.

DIANE. Pourquoi adieu ?

PAUL. Il est tard pour moi comme pour le duc.

DIANE. Mais vous reviendrez, n'est-ce pas?

PAUL. Quand vous me le permettrez.

DIANE. Le plus tôt qu'il vous sera possible. Demain.

PAUL. Demain. Adieu, madame la comtesse.

DIANE. Adieu, Monsieur. Pensez à moi j travaillez

pour moi. veux-je dire. {Il lui baise la main et sort.)

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