LES MÊMES, M*"-^ LA MARQUISE DE NERAY, M. LE DUC DE RIVA
DIANE. Bonsoir, duc-
LA MARQUISE. BoDsoir, chère comtesse, ne vous dérangez pas, je prends une tasse de thé.
LE DUC, àZ>/ane. Vous m'avez pardonné?
DIANE. Vous le savez bien... Regardez donc comme 3I"e de Lussieu est jolie.
LE DUC. En êtes-vous bien sûre?
DIANE. Elle se fait une fête de danser ce soir chez la princesse-. Allez l'inviter.
LE DUC Si j'allais encore être le 158«. {Diane se lève et marche dans le salon)
M. DE BOURSAC, à J/i»^ de Lussieu. Qu'est-ce que vous dites au vicomte?
M^e DE LUSSIEU Je Ic groude.-- II fait trop parler de lui dans un monde où Ton parle mal.
MAXiMiLiEN. Je vous posc unc question à vous qui êtes une femme d'esprit.
M'Bc DE LUSSIEU. Voyous-
MAXIMILIEN. Quel cst Ic plus honnête homme de celui qui compromet une femme comme il faut, ou de celui qui se laisse un peu compromettre pour une femme... qui n'est pas comme il faut?
M"°e DE LussiÉu. C'cst cclui qui n'est ni compromettant, ni compromis.
MAXIMILIEN. Vous étcs la femme la plus spirituelle
que je connaisse- • ■ Je vais causer avec M"* de Lussieu .
M"»** DE LUSSIEU. Je VOUS le défends bien. {Maximilien va causer avec Juliette-)
LA MARQUISE, à Diane, Vous allez chez la princesse, ce soir?
DIANE. Oui.
LA MARQUISE. Voulcz-vous uuc placc dans ma voiture?
DIANE. Merci j'ai la mienne , et je ne compte y al« 1er qu'un peu tard.
MAxiMiLiEN, au duc. Ah çà, vous faisiez votre cour àM"e de Lussieu?
LE DUC 3Ia foi non.
MAxiMiLiEN Vous dcvricz répouscr, mou cher, un million de dot, une fille charmante, une mère veuve et pleine d'esprit-
LE DUC. Je ne songe guère à me marier.
MAXIMILIEN. Vous êtcs tristc.
LE DUC. Moi? non.
MAXIMILIEN. Est-ce quc vous êtes toujours amoureux ici?
LE DUC- Pourquoi cette question?
MAXIMILIEN. C'est qu'ou dit qu'il y a bien du nouveau.
LE DUC Vraiment! vous êtes sûr?
MAXIMILIEN Je vous couterai cela.
LE DUC Merci, j'aime autant ne pas le savoir-
MAXIMILIEN. Ah ! vous êtcs amoureux.
M™« DE LcssiEu, à Maximili€7i. La marquise paraît bien gaie ce soir-
MAxiMiLiKN. Elle nura fait une méchanceté à quelqu'un-
M^îe DE LissiBv Vous u'avcz pas l'air de l'aimer.
MAxiMiLiEN. Je ne puis pas la souffrir.
M«ne DE LussiEu. Ne trouvcz-vous pas qu'elle ressemble à M™e de Lusigny?
MAXIMILIEN. Est-ce qu'elle vit toujours M^e de Lusigny ?
M™o DE LUSSIEU. ToujOUrS-
M. DE BOCRSAC Jc la croyaîs morte de vieillesse.
MAxiMiLJEN. Si elle avait dû mourir de cela, il y a longtemps qu'elle serait morte-- Elle a quarantehuit ans !
M™e DE LussiEu- C'cst poH pour moi qui en ai cinquante.
MAXIMILIEN. Vous n'avcz pas cinquante ans, vous en avez deux fois 2b'.
DIANE, à Juliette- Une tasse de thé ma chère enfant?
JULLIETTB. Merci, madame, je regarde cet album.. {Maximilien a pris une tasse de thé et est venu Voffrir
à A/™« de LussieU' M. de Boursac en offre une à
Marceline.)
juLLiETTE, venant à sa mh^e avec Valhum. Voyez donc, maman, le ravissant dessin
Mi»e DE LUSSIEU. En cffct, c'est très-joli ! Regardez donc cela, duc-
LE DUC. Ah ! c'est d'un grand artiste.
M«ne DE LUSSIEU- De qui donc ? Ce n'est signé que d'initiales.
LE DUC. C'est de 31. Paul Aubrv
MAxiMiLiEN. Un de mes amis intimes...
LA jAKKQmsE, jetant un regard sur Diane et s'adressant àMaximilien. Ah! vous connaissez 31. Paul Aubry, vous êtes bien heureux... Je n'entends parler que de ce monsieur depuis quelques jours... Je voudrais bien le voir, — de loin...
MAXIMILIEN. C'est uu de mes camarades de collège.
LA MARQUISE. Il paraît quG c'cst uu hommc à bonnes fortunes... Le savez-vous ?
MAXIMILIEN, iS'^On...
LA MARQUISE. Il cst questiou d'une grande dame qui s'occuperait beaucoup de lui.
MAXIMILIEN. Vraiment !
LA MARQUISE. Pour moi, je n'ai pas voulu le croire.
MAXIMILIEN. Cela peut arriver cependant.
LA MARQUISE- Comment croire qu'une femme qui se respecte consentirait à aimer et même à recevoir ce monsieur.
DIANE. Et pourquoi pas, ma chère marquise?
LA MARQUISE. Un mousieur qui s'appelle Paul Aubry, qui fait des petits tableaux, et qui a son nom en étalage derrière les vitres des marchands... fi donc!
DIANE. Un artiste qui a son nom en étalage comme vous et moi, qui se fait avec son talent ce que nos maris et nos frères se font avec une ambassade ou un mariage... Je me crois aussi grande dame que qui que ce soit, et non-seulement je ne blâme pas celle dont vous parlez d'aimer ce jeune homme„
mais jp la comprends... Quand l'amour s'élève jusqu'à l'intelligence, il est une fois plus grand.
LA MARQUISE. Quel enthousiasmc ! On croirait à vous entendre que vous connaissez ce M. Paul Aubry.
DIANE. Je le connais, et je m'étonne que M. de Ternon qui vient de l'appeler son ami et qui me l'a présenté, ne l'ait pas mieux défendu.
LA MARQUISE. Et pourquoi 31. de Ternon vous l'at-il présenté?
DIANE. Parce qu'il m'a plu de le connaître... J'ai trouvé dans M- Paul Aubry un homme de talent et de cœur •• J'ai continué à le recevoir, et je ne laisserai pas médire chez moi d'un homme qui a franchi deux fois le seuil de ma porte.
LA MARQUISE Pourquoi ce monsieur n'est-il pas ici alors? nous jugerions nous-mêmes.
DIANE- Si 31 Paul Aubry n'est pas ici, ce n'est pas faute que je l'aie prié de venir.
LA MARQUISE. 3Iais il a compris qu'il ne serait pas à sa place-
DIANE. La place d'un homme de cœur et de talent est partout, partout où il peut être compris ••- Assez donc sur ce sujet, marquise, car je n'ai encore dit que la moitié de ce que je pense, et il vaut mieux que je ne dise pas tout.
{Diane s'approche de M^^ de Lussieu)
M^e DE LUSSIEU- Imprudente !
MARCELINE. Voilà cc quc je craignais.
LE DUC- Ce que vous avez fait là est très-bien, comtesse, et je vous le dis quoique j'en souflfre.
LA MARQUISE, se levant. Adieu, ma chère
DIANE. Vous nous quittez déjà ? •••
LA MARQUISE, Oui-, j'ai proiTiis à la princesse d'arriver de bonne heure
DIANE, à un domestique qui passe au fond. La voiture de IVW la marquise-
M'n« DE LussiEu. La micnuc aussi-
LA MARQUISE. Ma chèrc Diane, j'ai oublié de vous demander si vous aviez reçu des nouvelles de votre mari.
DIANE. Non, pas depuis quelque temps-
LA MARQUISE. J'en ai reçu, moi... Vous savez qu'il a une mission pour l'Allemagne?
DIANE. Je l'ignorais-
LA MARQUISE. Il faut qu'il parte prochainement, attendez-le donc dans trois ou quatre jours au plus tard. Nous nous verrons ce soir.
DIANE Oui.
LA MARQUISE Qui VOUS accompaguera ?
DIANE Quelqu'un que je compte présenter à la princesse.
LA BARONNE. Et 06 quelqu'uH... c'est-
DIANE- Vous le verrez-
LE DOMESTIQUE. La voiturc de M^e la marquise- -La voiture de M™« de Lussieu-
DIANE, à Marceline. Reste un instant, toi-
MARCELINE. Sois tranquille.
M^ne DE LUSSIEU, à Diane. Nous allons vous voir-
BiANB. Quelques lignes à écrire et je vous retrouve.
JULIETTE. Adieu, Madame.
DIANE. Adieu, chère enfant
iOLiETTB. Voudrez-vous bien me prêter votre album?
DIANE. Volontiers.
JULIETTE. Je voudrais copier ce dessin de M. Aubry.
DIANE. Demain je vous l'enverrai.
JULIETTE. Merci... {Elle tend son front à Diane qui l'embrasse.) J'en aurai bien soin.
MAxiMiLiEN, à Diayie. Vous avez été méchante pour moi.
DIANE. Vous n'êtes pas ce que vous devriez être pour vos amis... La mauvaise société vous perd.
LE DUC, à Diane. Disposez de moi en toute occasion, et surtout soyez heureuse.
DIANE. Merci mon ami. {Tout le monde s'éloigne peu à peu.)