DIANE, LE COMTE
DJAtiE, poissant tm cri. Ah !
LE COMTE. Je vous ai fait peur, je vous demande pardon.
DUNE. En effet, je m'attendais si peu à vous voir ainsi .. tout à coup, et je m'explique si mal votre visite.
LE COMTE. J'arrive, et j'avais à vous dire quelques mots.
DIANE. Que vous ne pouviez pas remettre à demain.
LE COMTE Non, mais vous voyez que j'y ai mis de la discrétion et que je ne me suis présenté que lorsque vous avez été seule,
DIANE. Voyons... qu'avcz-vous à me dire?
LE COMTE. Vous VOUS rappelez. Comtesse, que le jour de mon départ, en vous disant que j'attendais une lettre ministérielle je vous ai priée de m'envoyer cette lettre dès qu'elle serait arrivée.
DIANE. Je vous l'ai expédiée.
LE COMTE. Et je vous CD remercic... elle contient...
DIANE. Une mission pour rAUemagne... Je le sais, votre sœur me l'a dit.
LE COMTE. Vous avcz doRC vu ma sœur?
DIANE. Je l'ai vue ce soir.
LE COMTE. Moi aussi!... J'avais à lui parler dès mon retour, et je l'ai vue avant de rentrer à l'hôtel... Cette lettre contenait donc une mission pour l'Allemagne, mais ce .que ma sœur ne vous a peutêtre pas dit, c'est combien cette mission est importante, et qu'il me faut partir cette nuit... Et avant de partir...
DIANE. Vous avez voulu me faire vos adieux... Je vous en remercie... Quand partez-vous?
LE COMTE. A l'instant même, la chaise de poste m'attend en bas.
DIANE. Et vous reviendrez?
LE COMTE. Oh ! je n'en sais rien, mais j'ai idée que je ne reviendrai pas de sitôt en France.
DIANE. Pourquoi donc?
LE COMTE. Parce que cette mission remplie, je compte me fixer dans un autre pays.
DIANE. Eh bien ! et moi ?
LE COMTE. C'est justement de cela que je voulais vous parler..' Vous... ma chère Diane, vous m*accompagnerez, je l'espère.
DIANE. C'est selon... Du reste, quand ce sera de votre part une décision irrévocable de vous fixer dans un autre pays que la France, vous me l'écrirez, et alors...
LE COMTE La décision est prise dès maintenant, et
si je me suis permis d'entrer chez vous à deux heures du matin, c'est justement pour vous le dire... Ainsi, chère amie, si vous le voulez bien, nous allons partir.
DIANE. Partir?
LE COMTE. Oui.
DIANE. Partir à cette heure-ci?
LE COMTE, Pourquoi pas?
DIANE. D'abord je n'ai aucune raison de quitter Paris, moi, et surtout comme cela.
LE COMTE, En avez-vous donc d'y rester ?
DUNE. Non, mais je veux réfléchir avant de m'expatrier pour toujours; j'ai ici des parents, des amis, des habitudes que je ne veux pas abandonner aussi brusquement.
LE COMTE. Malheureusement nous n'avons pas de temps à donner à tout cela, puisqu'il faut partir ceite nuit même.
DIANE. Eh bien ! ne m'avcz-vous pas dit en partant que vous ne me demanderiez pas de vous accompagner ?
LE COMTE C'est vrai, mais j'ai changé d'idée.
DUNE. Ah! vous avez eu tort... Et d'oîi vous vient cette idée nouvelle ?
LE COMTÉ. Elle me vient tout simplement de ce que partant pour ne plus revenir, je désire emmener ma femme avec moi, et que, par ordre supérieur, étant forcé de partir très-vite, je suis forcé de la prier de partir très-vite aussi. Tout cela est très-naturel.
DUNE. Et tout cela à cause de cette mission?
LE COMTE. Oui.
DIANE. Eh bien, Monsieur, cette mission, nous n'en avons besoin, ni pour notre fortune, ni pour notre position ; rofuscz-la.
LE COMTE. J'y tiens beaucoup.
DIANE. Je ne vous savais pas si ambitieux.
LE COMTE. Je le suis devenu, à ce qu'il paraît.
DIANE. Soit, partez... Jevous rejoindrai peut-être, mais à coup sûr je ne partirai pas aujourd'hui.
LE COMTE. Il le faut cependant.
DIANE. Il le faut ?
LE COMTE. Oui.
DIANE. Ah! ça, Monsieur, je ne vous reconnais plus... un ordre à moi.
LE coMTK. Non pas un ordre, une volonté tout au plus.
DIANE. Malheureusement , Monsieur , cette volonté n'est pas la mienne... Cessons donc ce badinage et souffrez que je rentre chez moi. {EUe va à la porte qu'elle ti^ouve fermée.) Ma porte est fermée, que veut dire ceci?
LE COMTE. Cela veut dire que vous n'avez même pas besoin de rentrer chez vous... Vous changerez de costume au premier relai.
DIANE. Cela devient sérieux, à ce qu'il paraît.
LE COMTE. Très-sérieux.
DIANE. Du moment que vous m'avez dit avoir vu votre sœur , j'aurais dû me douter de quelque infamie.
LE COMTE. Mais non, Madame, c'est une chose toute simple, je vous le répète... Quoi de plus simple qu'une femme voyageant avec son mari... Où avez-vous vu que cela fût une infamie... Nous sommes partis souvent ainsi et vous ne faisiez aucune objection
DIANE. C'est possible, mais je ne partirai pas avant huit jours.
LE COMTE. Réfléchissez.
bUNE. C'est tout réfléchi.
LE COMTE. C'est votre dernier mot-
DIANE. J'ai dit. {Le comte se dirige vers la cheminée et étend la main vers la sonnette.)
DIANE. Que faites-vous?
LE COMTE. Je vais sonner-
DIANE. Pourquoi faire?
LE COMTE. Pour employer d'autres moyens, puisque U prière est insuffisante.
DIANE. D'autres moyens?
LE COMTE. Oui, Madame.
DIANE. Lesquels?
LE COMTE. Tous ccux quc la loi met en mon pouvoir-
DUNE. La loi... Vous emploierez la force?
LE COMTE. Oui, Madame.
DIANE. Vous ferez un scandale?
LE COMTE. Je ferai tout ce qu'il faudra faire pour que vous partiez.
DIANE. Jouons cartes sur table, Monsieur} vous voulez une séparation.
LE COMTE. Une séparation ! Non, Madame, puisque je veux vous avoir avec moi, — de gré ou de force, voilà tout.
DUNE. Pourquoi?
LE COMTE. Parce que c'est mon droit. Faut-il sonner ?
DIANE. Je partirai. Monsieur, mais à une condition.
LE COMTE. Laquelle?
DIANE. Vous me laisserez seule une heure.
LE COMTE. Pas une minute, Madame.
DIANE. Alors, faites ce que vous voudrez, Monsieur, je reste. {Le comte sonne.)
DIANE. Quelle infamie!
JENNY, paraissant. 3Iadame a sonné.
DIANE, à part. Brave lille, elle se doute de quelque chose. {Haut.) Oui, Jenny, venez, ne me quittez pas.
LE COMTE. Sortez, Mademoiselle.
DIANE. Monsieur !
LE COMTE- J'ordonne à cette fille de sortir...
JENNY, à Voreille de Diane. M. Aubry est dans la rue et ne quitte pas votre porte.
DIANE. Je suis sauvée! {Elle court vers la fenêtre.)
LE COMTE. Que faites-vous Madame?
DIANE. Moi, rien, Monsieur, j'attends vos moyens légaux.
LE COMTE. Que vous 8 dît cette fille?
DIANE. Vous l'avez deviné !... Ah ! vous voulez un scandale, vous l'aurez...
LE COMTE. Madame !
DIANE. Car il doit y avoir je ne sais quelle raison honteuse à votre conduite de ce soir, car vous ue m'aimez pas, car vous ne m'avez jamais aimée, car vous vous souciez peu de mon honneur et de ma vie... Ah ! je suis forte maintenant, je n'ai qu'à ouvrir cette fenc'tre, et si vous m'en empêchez, je n'ai qu'à briser un carreau, et je serai sauvée ; faites un pas, Monsieur, j'appelle.
L£ COMTE. C'est bien, 3!adame, que votre volonté s'accomplisse Dieu m'est témoin que je voulais empêcher ce qui arrive, et que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour vous sauver de vous-même. Si vous m'aviez compris, jamais je ne vous aurais parlé de cet homme, vous me forcez à savoir ce que je voulais ignorer, c'est vous qui l'aurez voulu... Il n'y a plus rien de commun entre nous; vous êtes libre.
DIANE, avec un cri de joie. Libre ! enfin !
LE COMTE. Maintenant, vous ne refuserez plus de me suivre,
DiATVB. Où donc?
LE COMTE. Auprès de votre père... C'est de lui que je vous tiens, c'est à lui qiie je dois vous rendre ; une fois là vous ferez ce que vous voudrez.
DIANE. Nous allons rejoindre mon père?
LB COMTE. Je vous le jure.
DUNE. Vous me le jurez.
LE COMTE. Je vous le juPB sup l'honneuF, 3Iadame ?
DiÀNB, s'asseyant pour écrire. {A part) Cette lettre... à Paul, un mot à Marceline.
LE COMTE. Eh bien! Madame ?
- \\A — DIANE Eh bien ! monsieur, je suis prête à vous