‹ Diane de Lys; comédie en cinq actes, en proseChapitre 26 sur 40 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

DIANE, PAUL

PAUL. Vous avez une amie qui vous défend bien.

DIANE. Vous a-t-elle vu remonter?

PAUL. Non.,, j'ai eu l'air de retourner chez moi,

DIANE. Que vous a-t-elle dit?

PAUL. Rien... Elle est charmante !

— iO-2 —

DIANE. N'allez pas l'aimer... D'ailleur> vous perdriez votre temps.

PAUL. Je le perds bien ici.

DIANE. Comme vous savez le contraire.

PAUL. Dites-vous vrai ? Pour moi, je suis bien heureux.

DIANE. Vous ne mentez pas?

PAUL. Songez qu'avant de vous connaître je n'ai jamais aime.

DIANE. Et M'oeficrthc?

vkVL- Vous m'avez dit vous-mémo que je ne l'aimais pas.

DIANE. Et M"« Aurore ?

PAUL II ne vous manquerait plus que d'être jalouse d'elle.

DIANE. Croj-ez moi, toutes les femmes qui ont été aimées du même homme se ressemblent parun mot, si éloignées qu'elles paraissent les unes des autres... Pourquoi la comtesse de Lys ne serait-elle pas jalouse de la grisette Aurore?

PAUL. Suis-je jaloux du duc?

DIANE. L'ai-je jamais aimé?

vxvL. De Maximilien, vous l'avez aimé celui-là?

DIANE. Comme on aime au couvent, comme toute eune fille aime... ou plutôt croit aimer... le premier homme qu'elle voit, amour semblable aux dents de lait qui sont sans racines et tombent sans secousses.

PACL. Et cependant depuis trois semaines, j'évite de le voir, il n'a pas toujours été un étranger pour

vous, et n*est plus un ami pour moi. Puis il ne parle pas des femmes de votre monde comme je veux en entendre parler maintenant II est de ces hommes qui ont la maladresse de dénigrer la société dont ils sont, au profit de la société plus facile dans laquelle ils entrent. Quand il plaisante les femmes du monde il me blesse... car je les respecte toutes à cause de vous... Où cet amour me mènera-t-il, je n'en sais rien !... Et j'ai peur!

DUNE. Que craignez-vous ?

PAUL. Qu'il n'y ait dans votre existence un autre souvenir que le mien.

DIANE. Encore?

PAUL. Oh ! les noms du duc et de Miximilien que je vous citais tout à l'heure ne m'effrayent pas, et je souriais en parlant d'eux, mais la jalousie de l'inconnu c'est la plus terrible... Je ne vous connais que depuis bien peu de temps, vous êtes jeune, mais que d'années déjà vous avez passées, livrée à vous-même, entourée, aimée... Je vous le pardonnerai si cela est, car le passé n'appartient à personne, pas même à Dieu ; mais dites-moi, Diane, s'il y a au monde un homme qui puisse, dans le fond de son âme, mêler un souvenir à votre nom?

DIANE. Pas un?

PAUL. Pourquoi portez-vous toujours cette bague que j'ai trouvée... jamais une autre ?

DIANE. Elle me vient d'une amie qui est morte. Je lui ai promis de ne jamais la quitter. La voici j prenez-la.

- lOi -

PAUL. Non, pardon, mille fois pardon.

DUNE. Prenez-la au contraire... tenez, je le veu.\ maintenant. Je ne vous demande pas de ne la donner jamais, puisque moi-même je manque au serment que j'avais l'ait de la garder toujours; mais portez-la comme un talisman qui me défendra dans votre cœur contre vos souvenirs et contre les influences, et si un jour vous cessez de m'aimer, si vous ne voulez plus me revoir...

PAUL. Oh ! Diane !

DIANE. Cela peut arriver... eh bien ! si cela arrive, renvoyez-moi celte bague... je comprendrai.

PAUL Entendez -vous?

DIANE. Quoi donc?

PAUL. Le roulement d'une voiture qui s'arrête à voire porte... On dirait une chaise de poste.

DIANE, se lève et va à la croisée. C'en est une-

PAUL. Vous seule demeurez dans cette maison?

DIANE. Oui.

PAUL. Qui donc peut arriver à cette heure ?

DIANE, regardant à la fenêtre et très-tranquillement. C'est mon mari.

PAUL. Votre mari? Votre mari ne devait revenir que dans quelques jours... Un soupçon le ramène. Diane, le comte va nous séparer, Diane, je ne vous quitte pas.

diaNe. Rien ne vous force à me quitter.

PAUL Et si le comte monte ici.

DîANE Le comte ne se présente jamais chez moi.

— fOb — qu'après s'être fait annoncer. Laissons donc mon mari revenir tranquillement chez lui ; asseyez-vous là et causons.

PAUL. C'est étrange.

DIANE. Oh ! nous avons une vie à part, nous autres femmes, dtjns ce monde tant envié. Écoutez, on marche au-dessus de nous, on ouvre les partes, — on les referme, — le comte rentre, — le comte est rentré, tout est dit.

PAUL. Mais cette chaise de poste ne quitte pas votre porte.

DIANE. Le postillon est venu vite et fait souffler ses chevaux.

PAUL. Rappelez-vous, Diane, que vous m'avez juré que rien ne nous séparera.

DIANE. Et qui songe à nous séparer?

PAUL. Souvenez-vous aussi, Diane, que ma vie est à vous-., que pour vous j'oublierais tout! même ma mère.

DIANE. Nous n'en sommes pas là, heureusement.

PAUL. Ah ! tenez, il me passe des idées folles par l'esprit.

DIANE. Dites-les.

PAUL. Par moment, je me demande, puisque je vous aime... puisque vous dites que vous m'aimez, pourquoi nous nous soucions d'autre chose, pourquoi nous n'abandonnons pas tout pour être l'un à l'autre.

DIANE. Paul.

PAUL Oh ! je sais que c'est impossible.

DIANE. Mais rien ne nous séparera, je vous le jure, ayez confiance en moi-

PAUL. Si vous me trompez, j'en mourrai, voilà tout! (Deux heiwes sonnent à la pendule.) A demain.

DIANE. A demain.

PAUL, Je vous verrai, n'est-ce pas ?

DIANE. Oui... Je vous enverrai Jeuny vous dire à quelle heure je pourrai vous recevoir.

PAUL. Il n'y a pas de danger que cette Jeuny ?...

DIANE. Non... c'est une fille dévouée.

PAUL. Adieu donc, pensez à moi-

DIANE. Et vous à moi aussi...

PAUL, lui baisant la main. Demain de bonne heure j'aurai de vos nouvelles.

DIANE. Oui.

PAUL. Comme je vous aime... et vous ?

DIANE. Vous le savez bien... (// sort.)

SCÉiNE IX.

DIANE, seule.

Allons! je suis heureuse! {Elle entr'ouve les rideaux^ regarde dans la rue et reste un instant pensive^ J enny paraît.)

JENNY. Madame la comtesse sait que M. le comte est de retour ?

DIANE. Oui... Le comte n'a rien dit?

JENNY- Non, Madame...

DIANE. Il y a de la lumière dans mon appartement?

JENNY. Oui, Madame...

DUNE. C'est bien, laissez moi...

{Jenny sort. Diane traverse le théâtre et marche v&rs la parle de sa chambre; au moment où elle y arrive, cette porte s^ouvre et le comte pa7'aît.)

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