LES MÊMES, MAXIMILIEN
MAxiMiLiEN, enlisant. On peut entrer?
p.vuL. Oh ! te voilà, toi? je t'attendais- MAxi.MiLiEN. Je ne te dérange pas- PAUL. Pas le moins du monde... Monsieur allait me raconter une histoire-.. Tu connais Monsieur ?
MAXiMiLiEN Parfaitement! Je mo rappelle urètre trouvé ici il y a six mois avec Jlonsieur.
TAL'PiN. Je me souviens aussi-
PAUL. Eh bien ! mon cher, si vous pouvez raconter votre histoire devant un ami, je vous écoute.
TACPiN- Parfaitement !
MAxiMiLiEN. On peut fumer?
PAUL. Pardieu !
TAUPiN. Eh bien ! voici la chose... {A Maximilien) Eles-vous marié, Monsieur?
MAXIMILIEN. Grâces à Dieu, non.
TALPLX. Quelle est votre opinion sur les femmes?
MAXiiiiLiEy. Elle est bien connue ; mauvaise.
TAUPIN. Alors, je puis raconter mou histoire... Vous connaissez M^'^ Taupin?
PAUL. Certainement.
TAUPIN. Vous savez combien de fois j'ai demande à Dieu de me délivrer d'elle.
PAUL. C'est vrai!
MAXIMILIEN. Pardon!... Qui est-ce M'i'* Taupiu?
TAUPi>. C'est ma femme. Monsieur.
MAXIMILIEN. Ah! merci!... C'était simplement pour m'intéresser aux personnages.
TAUPIN. Oui, Monsieur, c'est ma femme, une petite personne bien désagréable-
PAUL. Parfaitement vrai !
TAUPIN. Ceci posé, je reprends le cours de ma narration. J'ai donc pensé que ce serait un grand bonheur pour moi d'être débarrassé de 3I™« Taupin, comme je vous le disais tout à l'heure, soit qu^elle
me fournit un prétexte de séparation, soit qu'elle consentît à décéder au milieu des plus violentes douleurs. Malheureusement M'^^ Taupin se porte comme un charme et m'abrutit de sa fidélité, cette terrible vertu des femmes qui n'aiment pas, et grâce à laquelle elles peuvent nous faire tout le mal imaginable avec cette conclusion : Je ne vous ai jamais trompé!... Cependant, depuis quelque temps M"'* Taupin est plus douce, elle est presque bonne.,.
PAUL. Diable !
TAUPIN. C'est ce que je me suis dit 11 devait évidemment y avoir quelque chose là dessous... xVvanthier au soir, je me faisais cette réflexion en rentrant chez moi, tout en fredonnant un air que j'ai dans la tète depuis deux mois , je mettais le pied sur la première marehe de l'escalier, quand j'entendis ouvrir une porte qu'à son grincement je reconnus pour être la mienne ; et deux bottes, deux bottes triomphantes, deux bottes d'aplomb, deux boites de maitre de maison résonnèrent sur le carré, puis un baiser glissa dans l'air, et une voix, celle de M"'* Taupin dit : « A demain, à trois heures je serai libre, ne manquez pas •• » a-t-elle dit : ne manquez pas ou ne manque pas... je n'en sais rien, ça m'est égal. La porte se referme et les deux bottes se mettent à descendre.
PAUL. Alors les vôtres se mettent à monter?
TAUPIN. Non pas . Je me cache derrière la porte de la cave contiguë à l'escalier, et je vois passer un homme de cinq pieds six pouces au moins, de trente-
— i40 — quatre à trente-cinq ans, décoré, militaire, je le parierais. Oh! un homme superbe et fredonnant Tair que je fredonnais quelques minutes auparavant, mon air de prédilection, c'est ma femme qui le lui aura appris.
MAxiMiLiEN. Qu'avez vous fait alors?
TAUPix. J'ai monté chez moi, je n'ai rien dit de ce que j'avais vu et entendu, j'ai embrassé M™e Taupin, je l'ai appelée mon loulou, j'ai fait un grog et je me suis couché...
PAUL. C'est plein d'intérêt.
TAUPiN. Vous allez voir..- Hier matin, j'ai fait ma malle etj'ai dit à M'^eTaupin : Je pars pour Rouen... Je m'étonne que depuis l'inauguration de ce chemin de fer toutes les femmes coupables ne tressaillent pas quand leur mari leur dit un matin qu'il part pour Rouen. • En effet, dès qu'un mari veut surprendre sa femme, il lui dit : Ma bonne amie, je pars pour Rouen... La femme l'accompagne jusqu'à l'embarcadère, elle l'embrasse et lui demande quand il reviendra. Il lui répond qu'il sera absent huit jours, et arrivé à Maisons, il descend, prend le convoi qui revient à Paris, et vous devinez le reste.
PAUL. Ainsi, cette pauvre M™e Taupin?
TAUPiN. Cette pauvre M^^e Taupin a été plus forte que moi, vous allez voir... Arrivé à Maisons, je me fais descendre, il était une heure, je me dis : Je prendrai le convoi de deux heures un quart, j'arriverai à Paris à trois heures, dix minutes pour aller chez moi, dix minutes pour q e l'homme superbe
— iU —
arrive et recommence la chanson d'hier au soir^ cela fait trois heures vingt minutes, c'est tout ce qu'il faut...
PAiL. C'est juste !
TArpiN. Eh bien! mon cher, je me promène dans le parc en attendant, et devinez ce qui m'arrive?
PAUL. Quoi donc?
TAUPiN. Je manque le convoi.
PAUL. Ah diable !
TAOPiN. Une heure trop tard!... J'étais furieux, j'avais préparé une scène, je veux l'utiliser, je fais ma scène, M°»« Taupin se met en colère. «Eh bien! quand je vous tromperais, me ditelle, vous n'avez pas de preuves, et je ne vous crains pas... Je ne vous ai jamais aime; si vous êtes malheureux, tant pis pour vous, il ne fallait pas m'épouser. » Et par-dessus cette conclusion assez juste, elle me met tout bonnement à la porte, en disant qu'elle est chez elle, que tout lui appartient ; ce qui est vrai. Par mon contrat de mariage, je lui ai reconnu une dot qu'elle n'avait pas; si bien que me voilà sans domicile, mais aussi heureusement sans femme... Épousez donc votre maîtresse !
MAxiMiLiKiN. C'est la même histoire partout.
TAUPiN. Vous avez été trompé aussi?
MAxiMiLiEN. Je fuis, ï\lonsieur, la connaissance d'une danseuse.
TAUPIN. C'est un autre genre.
MAXIMILIEN J'en étais fou !
TAUPIN. Naturellement, vous vous ruinez pour elle.
— Ii2 —
MÂxiMiLiEN. SufBsa minent-
TAUPiN. Et elle vous a trompé?
MAxiMiLiEN. Complètement!
TAiPiN. Enchanté de faire votre connaissance, Monsieur.
MAXIMILIEN. Et j'ai encore reçu pour elle un coup d'cpée de l'autre, que j'avais appelé polisson.
PAUL, monii-ant les épées. Voilà les cpées.
Tkvvi7i,salua7it les armes. Mais de quoi vous plaignez-vous?... Cette aimable personne aurait pu attendre pour vous tromper que vous fussiez ruiné tout à fait, et l'autre aurait pu vous tuer.
PAUL. Aussi, comment diable vas-tu être amoureux d'une femme qui fait des entrechats!
MAXIMILIEN. Je te conseille de plaisanter les gens qui sont amoureux 5 avec cela que tu ne l'as pas été, toi!... Mais parlons de choses sérieuses... Vous n'êtes pas de trop, monsieur Taupin, au contraire. .. J'ai vu 31- de Boursac... A quand le mariage?
TAUPIN. Quel mariage?
MAXIMILIEN. Le mariage de Paul-
TAUPIN. Vous vous luariez?
PAUL. Oh ! ce n'est pas encore fait,
MAXIMILIEN. Pourquoi?
PAUL. Tu le demandes.
MAXIMILIEN. Toujours la comtesse!... Ah ça, mon cher, est-ce que tu n'en finiras pas avec cette histoire-là?... Tu as pourtant fait tout ce qu'il est humainement possible de faire.
PAUL. Soit, mais je ne m'appartiens pas.
MAxiMiLiEN. Parce que?...
PAUL. Parce que je me suis fait un serment à moimême.
MAxiMiLJEN. Serment qui est ?
PAUL. Qui est de me venger.
MAXIMILIEN. De qui?
PAUL. Du comte,
MAXIMILIEN. Que t'a-t- il fait?
PAUL. Tu le sais bien.
MAXIMILIEN. Mon cher monsieur Taupin, vous connaissez l'histoire?
TAUPIN. Je connais la scène entre le mari et Paul à Lyon.
MAXIMILIEN. Mais il ne vous a pas dit la suite.
TAUPIN. Non.
MAXIMILIEN. Eli bien, écoutez ; je vous fais juge. Le comtepartavpc sa femme, c'était son droit, (ju'en pensez- vous?...
TAUPIN. Parbleu !
MAXIMILIEN. Que devait faire Paul ? Se trouver bien heureux d'en être quitte à si bon marché, car, eu somme, ce mari pouvait le tuer... se dire qu'il n'y avait pas à lutter contre une impossibilité aussi solide que celle qu'il venait de rencontrer, revenir à Paris, se remettre au travail, revoir sa mère, ses amis, oublier une liaison qui ne pouvait pas avoir de durée et remercier Dieu que toute sa vie ne fût pas embarrassée d'une femme... Vis-à-vis de la comtesse, il n'avait rien à se reprocher, ce n'était pas plus la faute de l'un que de l'autre, s'ils étaient se-
parés ; c'était la faute des événements, des positions, des droits de la société... Eh bien! savez-vous ce que fait Paul?
TAUPiN. Voyons!
MAxiMiLiEN. Il se nict à suivre le comte et la comtesse, pourquoi? Je vous le demande un peu.
PAUL. Pourquoi? Parce que cette homme m'avait dit en face qu'il me tuerait, et cela, devant une femme, chez lui, et dans un moment où je ne pouvais rien lui répondre... Eh bien, cet homme est un lâche ! car je n'ai pas pu l'amener à se battre, et Dieu sait que j'ai fait tout au monde pour cela... J'ai suivi cet homme comme le chien suit son maître, j'ai mis les pieds dans son ombre, il descendait dans un hôtel, je le suivais ; il se mettait à une table, je m'y asseyais ; il sortait de sa chambre, il m.e trouvait sur le seuil... Rien n'a fait!... Une statue !... Pas «une fois il n'a eu l'air de me voir. Si le courage est dans l'insensibilité, tu as raison, cet homme est brave !
jAUPiN. A quoi bon toutes ces provocations ?
PAUL. Vous ne comprenez donc pas, il emmenait sa femme. Si par un moyen quelconque je ne l'arrêtais pas en route, elle était perdue! Perdue pour moi, et j'aimais mieux tout que de la perdre! Fuir lui était impossible, il n'y avait donc qu'un moyen, c'était de tiier cet homme.
TAUPIN. Mâtin comme vous y allez, vous.
MAXiMiLiEN. Ou d'être tué par lui... Ce qui serait arrivé, car, quoi que tu en dises, c'est un des hom-
mes les plus braves qu'il y ait- Il a fait ses preuves, et de plus, c'est un des meilleurs tireurs du monde. .. Tiens, tu es fou, le mari a été homme de goût et d'esprit au dernierpoint, il voulait garder sa femme, il l'a gardée 5 il savait bien que tôt ou tard tu renoncerais forcément à cette poursuite ridicule... Un artiste ne peut pas donner longtemps la chasse à un millionnaire, le comte n'avait qu'à aller tout droit devant lui pour se débarrasser de toi, c'est ce qu'il a fait... Il est arrivé un jour où l'argent t'a manqué, tu es resté sur la route... Si amoureux que l'on soit, ce n'est pas avec deux jambes que Ton suit une chaise de poste, il a continué tout simplement son chemin, et tout a été dit II a fallu revenir, et pour cela écrire ici, battre monnaie, emprunter, travailler et vendre ensuite à moitié prix pour rendre. Est-ce-vrai?
PAUL. C'est vrai!
TAUPiN. Ah ! mon pauvre ami, vous ne touchez pas de main morte au sentiment.
MAXiMiLiEN. Mais, voycz un peu, mon cher monsieur Taupin, quel bonheur a ce gaillard-là. Il y a des gens qu'une équipée comme la sienne aurait tués ou ruinés. Lui, pas du tout. Il revient; l'affaire avait transpiré juste assez pour être connue d'une vieille femme veuve, très-spirituelle, qu'on nomme M™« de Lussicu, et d'un vieux philo'sophc qu'on nomme 31. de Boursac, et qui est depuis longtemps l'ami de cette dame... La vieille dame désire connaitre le héros de cette aventure dont elle connaît
rhcroïuc-, M. de Boursaclelui présente. La vieille dame a une fille qui, au lieu devoir le côté ridicule de celte histoire, n'en voit que le côté romanesque. Cette jeune fille se passionne pour Paul. Elle a un million de dot, elle est jolie comme un ange, et déclare qu'elle n'épousera jamais que M. Aubry. On parle de ce mariage. M™' de Lnssieu y consent; Paul va dans la maison, il fait sa cour à la demoiselle, il la compromet presque, et quand il s'agit de conclure, il hésite et repousse cette occasion qui se présente une fois dans la vie de l'homme, de faire son bonheur et d'assurer sa fortune.
TAUPix. Vous avez bien tort, mon cher, songez donc ce que c'est : Une famille, cinquante mille livres de rentes, vous pourrez faire de l'art avec des pinceaux d'or. . Mariez-vous, mon cher, mariez-vous-
PACL. Je n'aime pas cette jeune fille.
MAxiMiLiEN. Et tu aimcs toujours l'autre?
PACL. Peut-être.
MAXiMiLiEN. Et tu crois qu'elle reviendra?
PACL. Qui sait?
MAxiMiLiEN. Elle ne pense pas plus à te revenir que sou mari pense à te la ramener... Une femme qui depuis six mois t'a écrit une seule lettre.
PACL. Lettre qui me disait : Mon père est mourant, je reste auprès de lui ; mais je vous jure que nous nous reverrons.
MAXIMILIEN. Et tu crois à cette promesse?
PACL. J'y croirai tant qu'elle ne m'aura pas dit un éternel adieu.
— in —
MAXiMiLiEN. Eh ! mon cher, en amour il n'y a d'adieu éternel que celui qu'on ne dit pas... D'ailleurs comment expliques-tu son silence depuis six mois. Car enfin, une femme qui aime trouve toujours moyen d'écrire.
PACL. Je ne m'expliquerien, j'attends... Il y a làdessous un mystère dont j'aurai le mot un jour, car il est impossible que tout soit fini entre cette femme et moi.
MAxiMiLiEN. Alors pourquoi as-tu paru consentir au mariage qu'on te proposait?-.. Pourquoi as-tu laissé dire, pourquoi as-tu dit toi-même que tu allais te marier, et pourquoi as-tu nommé la jeune fille?
PACL. Dccourat;ement.
MAxiMiLiEx. Il y a une autre raison.
PACL Laquelle?
MAXiMiLiEN. Seras-tu franc ?
PACL. Parle.
MAXiMiLiEN. Ce mariage a été pour toi le dernier moyen de faire revenir la comtesse... Tu t'es dit qu'en apprenant que tu allais te marier, si elle t'aimaitencore, elle allait tenter un effort désespéré pour te revenir, et tu as fait de ce mariage autant de bruit que tu as pu; c'est ce que nous appelons du galvanisme d'amour.
PACL. Tu as peut-être raisoji.
MAxiMiLiEN. Eh bien ! tu as fait une petite infamie, mon cher, parce que tu n'avais pas le droit déjouer avec le bonheur d'une honnête fille qui t'aime fran
chement, pour une coquette qui se moque de toi.
PAUL. Maximilicn !
MAxiMiLiEN. Oh ! tu DG me tueras pas !... Je ne suis pas le mari, et comme c'est moi qui t'ai présenté à la femme, je la connais mieux que toi... Eh bien ! tu mérites d'apprendre ce que je voulais encore te cacher; car j'avais pitié de toi et, d'un autre côté, j'espérais que la raison te reviendrait toute seule... La comtesse a appris que tu voulais te marier et elle n'est pas revenue, sais-tu pourquoi ?... Parce qu'elle ai me...
PACL. Qui?
MAxniiLiEN. La seule personne que tu ne lui pardonneras pas d'aimer.
PAUL. Et cette personne est...
MAxiMFLiEN. Je te le donne en mille,
PAUL. Je ne suis pas en train de plaisanter.
MAXIMILIEN. Ainsi tu ne devines pas, ni vous non plus, monsieur Taupin?.. Le fait est que c'est bizarre : La comtesse aime son mari.
TÂUPiN. Ah ! bah !
PAUL. Son mari !
MAXIMILIEN. Lui-même.
PAUL. Tu deviens fou!
MAXIMILIEN. Non pas !... Oh ! Diane est une femme originale... Son mari la garde, la surveille, ne lui laisse voir personne, elle pleure d'abord, puis, comme son cœur a horreur du repos, un beau jour elle regarde son geôlier conjugal, elle s'aperçoit
— uo —
qu'il est spirituel, élégant, beau garçon, elle se dit qu'elle a été chercher bien loin ce qu'elle avait tout près d'elle et la voilà qui aime le comte-.. Seulementon dit qu'elle a trouvé moyen de le tromper avec lui-même en l'aimant comme un amant et non comme un mari... Eh bien ! A la bonne heure, voilà une femme qui sait tirer parti des situations.
PACL. L'histoire est ingénieuse.
MAxiMiLiEN. Elle est vraie !... en veux-tu la preuve ?
PAUL. Oui.
MAXIMILIEN. Connais-tu l'écriture de la comtesse?
PACL. Si je la connais !
MAXIMILIEN. Crois-tu Ce que je viens de te dire si tu le vois écrit de sa main?
PACL. Je le croirai.
MAXIMILIEN, lui montrant une lettre. Reconnais-tu l'écriture.
PAOL A qui est adressée cette lettre ?
MAXIMILIEN. A M™e Dclaunav chez qui tu t'es présenté une fois pour avoir des nouvelles de Diane et qui a refusé de te recevoir; il est vrai que tu lui avais fait un serment que tu n'as guère tenu... Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Lis tout haut.
PAUL, lisant. « Oui, ma chère Marceline, je suis « heureuse, j'ai enûn compris le bonheur comme " tu le comprends ; le calme est rentré dans ma vie " que je donne toute à mon mari, que j'aime main- » tenant et à qui j'ai bien des choses à faire ou- " blier... Rien ne peut te donner une idée de sa ten- '^ dresse pour moi • Dieu m'a montré la véritable
>^ roulf;, j'y marche librement, j'oublie le passé, je » ne le comprends même plus, et, je te le répète, « je suis heureuse. Si tu veux jamais me revoir au » sein de cette nouvelle vie, il faudra que tu viennes » à Naplcs, car il est certain que je ne retournerai » jamais en France, le pays des souvenirs doulou- » reux et coupables !
« Je t'embrasse, toi et ton enfant, « Dune. »
Comment as-tu cette lettre ?
MAxiMiLiEN. Mme Dclaunay me l'a lue un jour que nous parlions de Diane, je la lui ai demandée, elle me l'a donnée pensant bien que je te la montrerais.
PAUL. Merci !... M°i« de Lussieu reçoit ce soir ?
MAXIMILIEN. Oui.
PAUL. Tu seras chez elle?
MAXIMILIEN. Oui.
PAUL. Et tu crois que si je lui demande la main de M'i« Juliette, elle me l'accordera-
MAXIMILIEN. J'en suis sûr.
PAUL. Je la demanderai ce coir.
MAXIMILIEN. Allons douc!... On a bien delà peine à te rendre heureux
PAUL. Je te reverrai aujourd'hui?
MAXIMILIEN. Nous, dînerons ensemble.
PAUL Et vous, mon cher Taupin?
TAUPiN. Moi, je pars ce soir, mon ami, et j'ai quelques courses à faire avant mon départ.
PAUL. Vous dînerez avec nous, n'est-ce pas?
T.^upiN. Certainement-
- iSl -
PAUL. Alors, à six heures, 3Icssieurs. J'ai besoin d'être seul un instant,- il faut que j'écrive à ma mère.
MAxiMiLiEN. Sois calmc.
PACL. Je le suis... Il est de ces douleurs dans la vie qui font ce que dix années de raisonnement ne feraient pas.
MAxiMiLiEN. A tantôt !
PAUL. Oui. (// serre la main de Taupin.)
TACPiN. Vous souffrez ?
PAUL, avec émotion. Ce ne sera rien. {Ils soi^tent.)
SCÈIVE IV.
PAUL, seul. [Il cache un instant sa tête dans ses mains et ne peut retenir ses larmes, puis se levant et s'essuyant le visage.)
Allons, du courage!... Détruisons toutes les traces de ce passé menteur... Ses lettres, où sont-elles?... Les voilà à côté de celles de Berthe... Pauvre Berthe !•.. qu'est-elle devenue?... Elle m'aimait, je l'ai fait souffrir.. J'aimais celle-ci, et je souffre; c'est justice-.. Mais au moins, Berthe, je garderai de toi un pieux souvenir, tandis que, de cette femme, je ne garderai rien... (// prend les lettres et les déchire.) Et maintenant, écrivons à ma mère, elle sera heureuse de la résolution que je prends. {Il écrit.) « Il n'y a qu'un amour qui ne trompe jamais, ma » bonne et chère mère, c'est l'amour maternel ; si » jamais je t'ai fait de la peine, pardonne-moi; tu
V) es bien ce que j'aime le plus au monde... Viens à « Paris, j'ai besoin de l'avoir auprès de moi, j'ai » besoin d'une aiToction sérieuse; j'ai une douleur w que tu consoleras ; il se prépare peut-être unbon- " heur pourmoi...Cemariage dont je t'avaisparlé..." {On heurte à la porte) Qui vient là?... Entrez... Personne... Je m'étais trompé... « Ce mariage dont » je t'avais parlé... » {Diane entre lentement et va en chancelant jusqu'à lui sans qu'il le voie)