SCÈNE V
DIANE, PAUL
DIANE. Paul! Paul !
PACL, se retournant. Madame?
DIANE, levant son voile. Vous ne me reconnaissez pas?
PAUL. Diane !... elle !... Je ne me trompe pas, c'est à 3i'"e la comtesse de Lys que j'ai l'honneur de parler?
DIANE. Quel est ce langage?... Il y a quelqu'un ici... une femme?
PAUL. Non, Madame, il n'y a que nous deux.
DIANE, Alors, pourquoi me parler ainsi?..- Que vous ai-je fait?
PAUL. J'ai bien connu autrefois une comtesse Diane qui m'avait juré d'être à moi; mais cette femme est morte, puisqu'elle n'a pas tenu son serment- Vous lui ressemblez, madame, mais ce n'est pas vous-
DIANE. Ce qu'on m'a dit est donc vrai?
PAUL. Et que vous a-ton dit, Madame?
DIANE. Que vous alliez vous marier.
PAFL. C'est la vérité.
DIANE. Et vous aimez cette jeune fille?
PAUL. Je l'aime!
DIANE. Et vous m'abandonnez?
PAUL. Vous vous consolerez avec votre nouvel amour.
DIANE. Vous savez bien, Paul, que je n'ai jamais aimé que vous.
PAUL. Que voulez-vous, Madame, je suis las des amours menteurs...
DIANE. Paul!
PAUL. Et je croyais, moi, que la noblesse du nom faisait la noblesse du cœur... Que la pureté du sang faisait la pureté de l'âme et qu'une grande dame ne mentait pas... Comme vous avez dû rire de moi, Madame, mais comme je vous méprise aujourd'hui !
DIANE, .<?e levant. Monsieur, vous venez d'outrager une femme chez vous, une femme qui vous aime, qui vient de briser toute sa vie pour tenir le serment qu'elle vous avait fait. C'est le fait d'un lâche, Monsieur! le savez-vous?
PAUL. C'est possible, Madame, j'ai dit ce que je pensais.
DIANE. Soit! Mais vous avez rompu d'un seul mot tous les liens qui m'unissaient à vous... Je vais partir, vous ne me reverrez jamais ; mais avant de
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parlir, j'exige que vous me donniez rexplication des étranges paroles que vous m'avez dites- Je l'exige ! je l'exige ! entcndez-vouS; Monsieur, et dites maintenant. qu'ave2-^ous à me reprocher?
PAUL. Vous me le demandez ?
DIANE- Oui. je le demande, vous ^ voyez bien.
PAUL. Eh bien, Madame, j'ai à vous reprocher de m'avoir meiiti.
DiA>E. Quand ?
PACL. Quand ne sachant comment rompre avec un amour trop exigeant peut-être, vous avez pris un prétexte pour manquer à votre serment.
DIANE. Quel prétexte ?
PACL. La maladie de votre père.
DIANE, Mon père était mourant. Monsieur.
PAUL. Et maintenant, il est guéri?
DIANE. Ne voyez-vous pas que je suis en deuil?
PAUL. Votre père est mort, Diane ?
DIANE. Oui, 3Ionsieur... continuez... De quoi suisje encore coupable?
PACL. Pourquoi ce silence? Pourquoi ne m'avoir pas écrit la vérité?
DIANE- Jour par jour, heure par heure, je vous ai écrit le récit de la vie douloureuse que je menais loin de vous.
PAUL. Je n'ai rien reçu-
uiANE. Vous mentez. Monsieur.
PAUL. Diane !
DUNE. Ce n'est plus une femme craintive et brisée qui vous parle... c'est une femme qui n'a jamais
menti à sa parole et qui dit que vous mentez à la vôtre.
PAUL Je vous jure, Madame, que depuis six mois je n*ai pas reçu une lettre de vous, je vous le jure sur ma mère !
DiAXB. Et vous ne m'avez pas écrit pour me demander la cause de ce silence ?
PAUL. Je vous ai écrit tous les jours pendant deux mois.
DIANE. Xous avons été trahis, alors.
PAUL. Mais celte lettre adressée à Marceline?
DiA>E. Commentvous n'avez pas compris que pour trouver dans ma vie l'heure de liberté où je devais vous rejoindre, il fallait faire croire à tout le monde et surtout à Marceline, que non-seulement je ne vous aimais plus, mais que j'aimais le comte... Dans les lettres que je vous écrivais, je vous expliquais tout cela, et quand pour toute réponse à ces lettres j'ai appris votre mariage, vous comprenez ce que j'ai souffert.
PAUL. Mais ce mariage, je ne le faisais que par désespoir.
DîASE. Ainsi, vous n'aimez pas une autre femme ?
PAUL, Non.
DIANE. Et vous m'aimez encore comme autrefois?
PAUL. Toujours autant, Diane.
DIANE- Alors tout est sauvé puisque je vous aime et que nous ^•x)ilà réunis.
PAUL. Ah î Diane, que je suis heureux !
DIANE. Comme un instant dejoiepeut faire oublier
sixmois d'inquictude etde douleurs. N'ayant rien reçu de vous, je pouvais tout supposer, et cependant je venais ici, tout le long dn chemin, je me disais : S'il allait être marié, comprenez vous ? j'en serais morte. Mais non, tu m'aimes toujoui'S, tu as été cruel avec moi, tu m'as insultée. Mais qu'est-ce que cela, à côté delà crainte de n'être plus aimée? Tu m'aimes, je ne me souviens plus de rien.
PAUL. Oh! Diane, combien j'ai souffert loin de \oiis.
DIANE. Ah ! quelle existence j'ai menée , moi aussi, entre l'impossibilité de quitter mon père sans commettre un crime, et le désir de tout abandonner pour revenir à vous ; entre mon mari qui ne me quittait plus, qui vous hait et qui m'aime, qui m'aime! Comprenez-vous! et le duc qui était arrivé à croire que je vous avais oublié, et à me reparler de son amour. Enfin, nous voilà réunis.
PAUL. Parle! que faut-il faire? ma vie est à toi.
DIANE. Ecoute, pendant ces six mois de séparation je me suis dit comment j'arrangerais ma vie pour être heureuse sans te rendre malheureux. Oh! je me rappelle notre première conversation , je ne veux pas faire comme Berthe, je ne veux ni entraver ton avenir ni t'ennuyer. Qui m'eût dit, la première fois que je suis venue ici si insoucieuse, que cet inconnu chez qui je venais serait un jour tout mon bonheur en ce monde; la vie est étrange, n'est-ce pas?
PAUL. Elle est heureuse, et je l'aime.
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DIANE Eh bien, sais-tu ce que je vais faire? Je vais partir, je vais aller trouver ta mère, je lui demanderai d'être la mienne; son amour comprendra le mien ; il est des affections si vraies que sans se connaître elles se reconnaissent pour sœurs en se reucontrant. Pour détourner les soupçons, tu resteras à Paris pendant quelque temps, moi, je partirai avec elle. Je tV'crirai tous les jours, tu m'écriras souvent; quand tu ne seras pas là, ta mère et moi nous parlerons de son fils. Quand tu le pourras, tu viendras nous voir, et la vie s'écoulera ainsi, oublieuse, oubliée. Dis-moi, ne sera-ce pas le bonheur? Ai-je fait là un rêve impossible? Est-ce ainsi que j'ai le droit de t'aimer?
PAUL. Oh ! Diane! tues ange ! {Pendant ce temps on a essayé d'ouvrir la porte (Ventrée. On entend le bruit d^une clef dans la serrure.)
DIANE. Ecoutez donc!
PAUL. Il y a quelqu'un à cette porte.
DIANE. Je l'ai fermée. Mais on essaye de l'ouvrir.
PAUL, très-haut. Qui est là?
DIANE. On ne répond rien... C'est le comte... Il aura tout appris... Nous sommes perdus !... fuyons!
PAUL. Fuir encore devant cet homme ? Non !
DIANE. Mon Dieu!
PAUL. Écoute, Diane, tu m'aimes, n'est-ce pas?
DIANE. Si je t'aime !
PAUL. Tu n'as jamais aimé que moi... tu m/en fais le serment?
DIANE. Je te le jure.
PAUL Et la vie nrappartient, n'est-ce pas?... Vivant, à mon amour... mort, à ma mémoire.
DIANE. Oui.
PAUL. Eh bien, Diane, un dernier baiser, et que la volonté de Dieu s'accomplisse. {Il pr-end une paire d'épées et court vers lu porte.) Je suis à vous, Monsieur le comte.
{Diane s'attache à lui. An moment où il a7'rive près delà porte et f ouvre, im coup de pistolet par f^ le comte paraît, Paul chancelle, étend les bras et tofnbe.)
PAUL. Ma mère î
mk^E, tombant évanouie. Ah?
TAUPiN et MAxiMiLiEN, entrant par le haut. Qu'est-ce que c'est?... Paul mort!
LE COMTE, très-ralme. Oui, Messieurs, cet homme était l'amant de ma femme, je me suis fait justice je l'ai tué !