‹ Diane de Lys; comédie en cinq actes, en proseChapitre 5 sur 40 · PAUL, MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

PAUL, MAXIMILIEN

PAUL Je «uis tout à toi.

MAXIMILIEN Elle est gentille cette petite femme- PAUL. Tu fais donc toujours attention aux femmes, toi?

MAxiMTLiE?f. Toujours! C'est la maîtresse de la maison?

PADL. Tu es donc toujours curieux?

MAXiMiLiEN. Habitude d'ambassade-

PAUL. A propos d'ambassade, où vas-tu maintenant?

MAXiMiLiEN. Je crois que je vais être premier secrétaire.

PAL L. Où?

MAxiMiLiEN. A Berlin.

PAUL. Tu ne perds pas de temps !

iMAxiMiLiEN. Je crois bien... Je suis arrivé d'Amsterdam il y a quinze jours.

PAUL. Gagnes-tu au change?

MAxiMiLiEN. Evidemment!... La Prusse vaut mieux quela Hollande... Il y a toujours moins de Hollandais.

PAUL. Oui, mais il y a plus de Prussiens.

MAXIMILIEN. Tiens, c'est vrai ! je n'avais pas songe à cela.

PAUL. Reviens à ce qui t'amène.

MAxiMiLiEX. Je parie que tu l'as oublié...

PAUL. Quoi?

MAXIMILIEN. Ce que je suis venu te demander l'autre jour.

PAUL. Moi! Je n'oublie rien... Veux-tu que je te rapporte tes propres paroles?

MAXIMILIEN. Rapporte !

PAUL. Tu m'as dit : Mon cher Paul, j'aurai un service à te demander prochainement. Je t'ai dit : Quand tu voudras, et tu m'as dit : Eh bien, je reviendrai... Cependant comme ce n'était pas tout à

- 1 7fait une explication que tu me donnais là, et que je

tenais à savoir quel genre de service je pourrais te rendre, je te l'ai demande; à quoi tu m'as répondu qu'il s'agissait tout bonnement de te prêter mon atelier pendant une heure le soir... Est-ce cela?

MAXiMiLiE>\ Parfaitement!... Et tu as supposé ?

PAUL, Que tu voulais faire de la peinture.

MAxiMiLiEN. Farceur ! Eh bien ! voilà ce dont il s'agit, car je ne veux pas faire le discret avec toi.

PAUL. Je serais le premier avec qui tu le ferais, et pour te punir, je ne veux rien savoir... Tu as besoin de mon atelier? [lisse Ihvent.)

MAXIMILIEN. Oui.

PAiL. Ce soir ?

MAXIMILIEN. Oui.

PAUL. A quelle heure ?

MAXiMiLiEN. A huit hcurcs.

PAUL. Et il en est près de sept... Tu as à peine le temps de prévenir la personne.

MAXIMILIEN. La personnt?

PAUL, La personne à.qui tu as donné rendez- vous.

MAXIMILIEN. Je ne m'étonne pas que tu ne me demandes rien, puisque tu sais tout.

PAUL. Pardieu ! je ne suppose pas que tu viennes ici seul...

MAXIMILIEN. Que supposes-tu alors?

PAUL. Que tu as à causer avec quelqu'un qui ne peut ni venir chez toi ni te recevoir.

MAXIMILIEN. Quelqu'un... homme ou femme.

PAUL. Tu grilles de me raconter rhistoirc j tu n'es

qu'un gros fat... Va ne perdons pas de temps à jaser. Va faire prv-^venir.

MÀxiMiLiEN. Oh! elle est prévenue.

PAUL. Et de quoi?

MAxiMiLiEN. Oh ! elle est prévenue qu'il y a rue des Martyrs, no 77, une maison isolée habitée par un peintre célèbre nommé Paul Aubry.

PAUL. Cela commence bien.

MÀXiMiLiEN. Que râtelier dudit peintre est trèscurieux à visiter.

PAUL. Surtout le soir, où l'on ne voit pas clair.

MAXIMILIEN. C'est Cela même... et qu'à partir de huit heures, une femme voilée qui descendrait devant le n° 77, n'aurait qu'à traverser le jardin sans dire une parole au concierge et qu'à tourner la clef qui se trouverait sur la porte, pour pénétrer dans le sanctuaire des arts, et pour y trouver un ami qui l'attendrait avec grande impatience.

PAUL. Joli style!

MAXIMILIEN. C'est asscz bien!

PAUL. Alors, moi, je n'ai plus qu'à sortir en laissant ma clef sur la porte.

MAXIMILIEN. Voilà !

P4UL. Tout est prévu !

MAXIMILIEN. Habitude d'ambassade PAUL. Toujours.

MAXIMILIEN. Seulement.

PAUL. Oh ! il y a un adverbe !

MAXIMILIEN. Supposons que la conférence se prolonge, comTTT^nt rcntreras-tu?

PAUL. J'ai un escalier extérieur qui conduit à ma chambre.

MAxiMiLiEN. A merveille ! Maià si le hasard faisait que tu te rencontrasses dans le jardin avec cette personne ?

PAUL. Je n'aurais pas l'air de la voir, c'est bien entendu !

MAXIMILIEN. Tu cs uu amour.

PAUL. Crois- tu?

MAXIMILIEN. J'en suis sûr... dis donc.

PAUL. Quoi !

MAXIMILIEN Eh bien. . c'est convenu.

PAUL. Ce n'est pas cela que tu voulais dire.

MAXIMILIEN. iS'on.

PAUL. Dis alors. .

MAXiMiLiE.N. Cette jeune femme ..

PAUL. Quelle jeune femme?

MAXIMILIEN Qui sort de chez loi.

PAUL. Eh bien?

MAXIMILIEN. Elle ne viendra pas ce soir ?

PAUL. Non.

MAXIMILIEN C'est que tu comprends... si elle se trouvait avec l'autre.

PAUL. Cela ferait une belle affaire, parce que probablement cette autre n'est pas une grisette comme Aurore.

MAXIMILIEN. Ou l'appelle Aurore?

PAUL. Oui.

MAXIMILIEN. C'est un nom charmant.

PAUL. Tu es bien bon... D'ici à l'heure de ton rendez-vous, que fais-lu?

màximilisn. Je dîne.

PACL. Seul?

MAxiMiLiEN. Ne m'en parle pas^ avec un parent qui m'est tombé tout à l'heure et dont je ne puis pas trop me débarrasser ; j'hérite de lui.

PAUL. Bonne excuse... sans cela nous aurions dîné ensemble.

MAXIMILIEN. Un autre jour. Adieu !

PAUL. Adieu !

MAXIMILIEN. Je pense à une chose.

PAUL. Laquelle?

MAXIMILIEN. Dans le cas où j'aurais besoin une seconde fois de ton atelier.

PAUL. A la même heure?

MAXIMILIEN. Probablement.

PAUL. 11 serait toujours à ta disposition.

MAXIMILIEN. C'est que la personne en question ne pourra peut-être rester que quelques instants ce soir... Elle ne pourra peut-être même pas venir-

PAUL. Tu ne l'as donc pas vue?

MAXIMILIEN. Mais uon, je ne l'ai pas vue, puisque c'est pour la voir que je viendrai.

PAUL. Tu lui as écrit?

MAXIMILIEN. Oui.

PAUL. Et elle t'a fait dire...

MAXIMILIEN. Elle ne m'a pas répondu.

PAUL. Tu appelles cela un rendez-vous, toi?

MAXIMILIEN. Elle viendra.

PAUL. Tu as donc beaucoup d'influence sur elle?

MAX43)iL«iiN. Te suii àaiis une siluaîioi toute [arti-

ciilière vis-à-vis de cette femme J'ai dû l'épouser autrefois... Je te dis que c'est toute une histoire!... On m'a fait partir, on l'a mariée en mon absence, il faut absolument que je la revoie-

PACL. Et pour cela, tu lui écris tout bonnement devenir?

MAXIMILIEN. Oui.

PAUL. Et tu crois qu'elle viendra ?

MAXIMILIEN. Je le parierais.

PADL. Et c'est une femme mariée?

MAXIMILIEN. Mariée !

PAUL. Du monde?

MAXIMILIEN. Du plus grand monde.

PAUL. Et tu l'aimes?

MAXIMILIEN. Je le saurai demain.

PAUL. Tiens, si cette femme vient ici, je comment cerai à croire tout le mal qu'on dit parfois des femmes du monde.

MAXIMILIEN. Et tu Buras tort.

PAUL. Pourquoi?

MAXIMILIEN. D'abord, parce que celle-ci ne vient pas faire de mal chez toi. Ensuite, parce qu'en fît-elle, les autres n'en seraient pas solidaires, enfin parce que cette femme n'est pas une femme comme les autres, c'est au contraire une femme tout à fait à part. C'est dans le monde où elle vit une exception, ne ressemblant à personne qu'à elle-même... Habituée, dès l'enfanec, à ne connaître de guide que sa fantaisie, elle serait originale par système, si elle ne l'était par nature. Dans une société oiî ceux

qui ne seraient pas esclaves du devoir If seraient au moins des apparences, elle veut vivre indépendante... Mariée à un homme d'un grand nom qui la néglige, elle est, toute jeune, abandonnée à ellemême, elle n'a plus sa mère; son père, toujours souffrant, vit à l'étranger, en Italie ; elle n'a pas d'enfants, pas de conseils, pas d'appuis, elle cherche ses distractions dans le bruit, dans le luxe, elle aime l'excentricité... Elle est artiste... Je lui olfre l'occasion de voir à son aise l'atelier d'un grand homme, ce qu'elle n'a probablement jamais vu.. Cela peut la distraire de causer quelques instants avec moi. Pour plus de sûreté, je lui ai écrit qu'il s'agissait de choses très-sérieuses; la curiosité d'une part, de l'autre le souvenir qu'elle a dû garder de moi, voilà plus de raison qu'il n'en faut pour qu'elle vienne au rendez-vous... Qu'en résultera-t-il? .Je n'en sais rieU; c'est l'affaire de son mari.

PAUL. Tu parles comme un livre.

MAXTMiLiEN. Là-dessus je te quitte, mon oncle doit s'impatienter ; s'il allait me déshériter pour occuper le temps.

PAUL. Te reverrai -je ?

MÂXiMiLiEisTu le demandes î. {il regarde l'heure.) Sept heures et demie! Je n'arriverai jamais à temps-.. Adieu!

PAUL. Au revoir, ingrat, donne tes ordres toimême au père Mahulot.

MAxiMiLiEN. Qu'est-ce que c'est que le père Mahulot?

PAUL. C'est mon portier-

MAxiMiLiEN. Et s'il ne me croit pas le droit de lui donner des ordres?

PAUL. Donne-lui 20 francs, il te croira... d'ailleurs, en sortant, je le préviendrai.

Au moment où Maximilien sort^ Taupîn parait.

MAxiMiLiEiN. Adieu! {A Taiipin.) Pardon, Monsieur ?

TAUPm. Passez, Monsieur, je vou? prie {Maximilien sort.)

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