ACTE IV
* Aurait à votre place eu moins de tyrannie*
RICHELIEU
* Si je ne vous avais toujours forcé la main ,
* Notre œuvre à moitié faite avortait en chemin.
* Dans les temps d'anarchie et de lutte où nous sommes,
* Il faut violenter les choses et les hommes ;
* Le despotisme seul féconde le chaos ;
* Je veuxl — L'enfantement du monde est dans ces mots*
* — Et d'ailleurs, le succès a passé la souffrance l * Voyez la royauté, c'est-à-dire la France,
Assise fortement, les deux pieds appuyés
Sur les débris fumants des partis foudroyés 1
Elle a pu, réduisant chez elle les divorces,
Sur l'impie étranger lancer toutes ses forces.
Ses revers au début ne m'inquiètent pas :
Elle est comme un cheval qui choppe aux premiers pas,
Mais dont l'emportement, croissant dans la carrière,
Ne connaît bientôt plus ni fossé ni barrière.
Qu'on ne détourne pas sa course, et je prétends
Qu'elle prenne la tète avant qu'il soit longtemps!
Sire, je vous le dis : un grand siècle commence.
De tous côtés il s'ouvre un horizon immense ;
Le monde ancien expire , et c'est de nos travaux ,
Sire , que datera l'ère des temps nouveaux.
Quelle gloire à cueillir ! et quelle grande chose
Fera mon successeur, s'il comprend et s'il ose!
Mais je le cherche en vain , cet esprit ferme et sûr
Qui pourra de mes plans récolter le fruit mûr,
1 On remplace à la représentatioii ce dernier vers par celai-cî : Oni, saareaz ! Je le dis avec pleine assurance.
H2 DIANE
Et j'aurai la douleur de voir tomber mon œuvre Entre les mains d'un traître, ou celles d'un manœuvre.
LE ROI
G'e^ un orgueil que rien ne saurait surpasser De ne vous croire pas possible à remplacer.
RICHELIEU
* Sire, si je l'étais, pourquoi donc votre haine
* S'est-elle en me gardant imposé tant de gêne?
LE ROI
* Si vous ne l'étiez pas, vous l'êtes aujourd'hui ,
* Vos solides travaux forment un point d'appui
* Sur lequel l'ouvrier, même le plus novice ,
* Pourra d'après vos plans achever l'édifice.
RICHELIEU
* Pour moi , je ne connais propre à me succéder
* Que le père Joseph.
LE ROI, se lerant.
Mieux vaudrait vous garder.
* Non, non ; le successeur, que mon choix vous destine ,
* Assiste à vos travaux depuis leur origine ; ♦Je puis entièrement m'assurer sur sa foi,
* Car en un mot, monsieur, ce successeur c'est moi.
RICHELIEU
* Vous, Sire?
LE ROI
Moi , monsieur. Qu'en pensez-vous?
RICHELIEU
Rien, Sire
LE BOI
* Vous me blâmez au fond et n'osez pas le dire.