‹ Dictionaire des sciences médicalesChapitre 20 sur 43 · GA L · texte numérisé non relu

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qui doit cire banni de nos pharmacies , du moins comme aulipsoriquc.

L'onguent citrin est tout aussi infidèle , et a l'inconvénient grave de faire saliver les malades ; il est trop cher surtout pour les hôpitaux civils et militaires.

On emploie, encore de nos jours, diverses pommades , recommandées par des auteurs estimables , et compose'es avec des substances minérales, soit seules» soit combinées entreelles, ou bien avec des végétaux. Nous allons transcrire ici la composition de quelques-unes de ces pommades.

Onguent de fVerlhof. Mercure précipité , blanc , un gros ; onguent rosat, une once. On donne des frictions d'un gros.

Werlhof employait cet onguent contre la gale et contre les dartres : il se louait de son efficacité' dans ces deux affections ; cependant la salivation est à craindre par l'usage prolongé de cette pommade.

Onguent de Pringle. Soufre , une once ; elle'bore Blanc , sel ammoniac , deux gros de chaque j axon^e , deux onces et demie. On divise en quatre frictions qui suffisent pour la guérison. Le malade fait une friction le soir avant de se coucher.

La pharmacopée d'Augsbourg donne, sous le titre é'unguen- # tum ad scabiem , 1* composition suivante :

Styrax liquide , une once ; térébenthine , beurre, de chaque une once ; suc de limon , une once et demie; cérat lavé , une once ; sel commun , deux onces.

Cette pommade peut bien guérir ; mais elle est dégoûtante dans son usage , et n'est pas sans inconvénient.

Voici un onguent tout aussi peu recommandable ; il est cependant delà pharmacopée d'Espagne de 1794-

Beurre, cire , térébenthine, de chaque deux onces ; cérat , deux onces et demie ; sublimé corrosif, alun calciné, de chaque deux gros ; blanc d'œufs, une once; suc de limon , deux onces.

Onguent de Selle. Mercure précipité blanc j soufre vif, antimoine , de chaque une once et demie ; axonge , huit onces ; huile de laurier , deux gros.

Cet amalgame est digne des siècles barbares , et doit être rejeté par les médecins judicieux.

Pommade de Hufcland , pour la gale opiniâtre. Graisse de vipère , une once ; oxide de zinc précipité , lycopode , de chaque deux gros.

Nous pensons que l'axonge ou l'huile aurait au moins autant de vertu (jue la graisse de vipère. Au reste , il existe des moyens bien supérieurs à celui de M. Hufeland , pour guérir la gale opiniâtre.

G AL 225 M. le professeur Chaussier s'est servi , pendant longtemps , et avec succès , du moyen suivant :

Fleur de soufre , acétate de plomb , de chaque deux parties j sulfate de zinc , une partie.

Oq fait du tout une poudre très-fine ; le malade en prend «ne pincée dont il se frotte la paume des mains. Ce moyen nous parait rationnel j et le nom de sou auteur suffît pour lui mériter la confiance publique.

mais elle peut déterminer des accident analogues à ceux de l'empoisonnement. D'ailleurs , elle gâte singulièrement le linge; quand on le lave , le savon précipite l'oxide , et il se forme une teinture d'un brun noir qui adhère au liage , et qu'il n'est pas facile d'en séparer.

Dans une épidémie où la gale se montrait très-rebelle à Anlibes et thins ses environs, M. Laubcrt , pharmacien eu chef des armées et membre du conseil de santé , obtint d'heureux et constans succès d'une pommade avec le soufre et * l'axonge, avec addition d'oxide de plomb, dans la proportiou d'une partie contre seize de soufre.

L'onguent mercuricl , si puissant dans les affections syphilitiques, est lout-à-f.iit nul contre la gale. Dans les gales, dite* vénériennes , lorsqu'on fait usage de cet onguent , les symptômes vénériens disparaissent , et la gale continue ses ravages.

Les différent oxides de mercure , employés sous la forme dj pommades ou de lotions, quoique incertains, et n'agissant point avec la promptitude du soufre , de la potasse et de la chaux , guérissent cependant la gale , et l'on peut dire, de ces premières substances , qu'elles font mourir le sarcopte ; mais elles ont toutes l'inconvénient grave d'agir à la mauière des poisons, lorsqu'elles sont appliquées comme topiques sur le corps humain. De tous ces oxides, le plus dangereux, et peut-être le moins actif contre la gale, est le muriate suroxigéné de mercure.

C'est ici l'occasion de jeter un coup d'oeil sur la fameuse quintessence antipson'que , remède secret du fameux Meltemberg, et d'apprécier, à leur juste valeur , et le remède , et les assertions de «celui qui le débite. Tous les médecins savent , le vulgaire même aujourd'hui le sait , que c'est le muriate suroxigéné de mercure qui fait la base de cette quintessence. Le sieur Mcttembcrg , qui ose prendre la qualification de chirurgien-major, ^ancien chirurgien en chef des armées , bien qu'il n'ait jamais obtenu de pareils emplois, ni pu les obtenir du gouvernement ; le sieur Mellcmberg , depuis vingt

ans, fatigue la renommée de la récapitulation des prétendues merveilles ope'rées au moyen de sa quintessence , laquelle, selon lui , guérit tomes les gales , toutes les affrétions cachées qui proviennent de cette maladie , et possède la vertu de les prévenir. Il n'a cesse', depuis la mémee'poque , d'assiéger toutes les autorités, les ministres cux-mêmts, pour obtenir le débit de son remède, et surtout uue récompense que fauteur évaluait , il y a 1res- peu d'anne'es,à 400,000 francs, qu'il sollicitait du gouvernement pour lui livrer .«a merveilleuse recette. Des expériences pratiques et analy tiques ont été faites à Paris , à Lyon, à Bruxelles, à Lille , à Nancy , etc. , par des hommes e'galement éclairés et désiutéressés ; toutes attestent que le remède occasionne les accidens les plus graves aux malheureux qui y sont soumis. Ces accidens sont : des spasmes , des coliques, des vertiges, des trcmblcmcns, de la fièvre, du gonflement aux gencives , le plyalisme , etc. qu'il détermine des éruptions consécutives et non psoriques; qu'il cause un prurit excessif, dont les malades sont tourmentés nuit et jour; qu'il est très-infidèle; que, sur quinze militaires traités à l'hôpital du Val-de-Grâce , par exemple , par le sieur Mettembere lui-même, un seul a été guéri, au bout de cinquante jours , d'une gale simple ; que les quatorze autres ont été abandonnés après soixante-dix jours d'un traitemeut inutile, fait par le sieur Mcttembcrg , avec sa fameuse quintessence.

Assailli de nouveau par le sieur Mcttembcrg et par ses pro^ lecteurs, alors en crédit, le gouvernement nomma , en i8i5, une commission composée de MM. Leroux, Percy, Richerand, professeurs de la Faculté de médecine , et Gales, pharmacien en chef de l'hôpital Saint- Louis , à l'effet de soumettre à des expériences décisives et sans réplique , celte merveilleuse quintessence. Ce fut à l'hôpital Saint-Louis que la nouvelle épreuve se fit : 'e sieur M< ttemberg prépara lui-même sôn remède ; les commissaires n'étaient que des témoins passifs. La quintessence, enfermée sous clef, ne sortait du dépôt où elle était conservée, que par les soins de son auteur, qui eut le droit de choisir les sujets sur lesquels il voulait opérer. Les commissaires prirent, pour faire b s expériences comparatives avec d'autres remèdes consacrés en médecine , ceux des malades dont le sieur Mettemberg n'avait pas voulu. Après plusieurs mois d'épreuves , il résulta cet!»* vérité de fait, ou plutôt ce fait incontestable, que IVau de Mettemberg, outre les inconvéniens déjà cités, n'opéra qu'une seule guérison , encore était-elle incertaine , quoiqu'elle se soit fait attendre pendaut deux mois. L'opinion des commissaires fut qu'en supposant qu'on dut accorder une place à la quintessence, parmi les moyens antipsoriques, on ne pouvait lui donner que la dernière.

Quant aux expériences analytiques , il en résulte qu'une bouteille de la quintessence contient une livre onze onces trente-six grains ; que la liqueur, ayant été filtrée , a passe' claire et sans couleur j qu'il est resté sur le filtre dix-huit grains de poudre verte , couleur olive j que ce dépôt est le résultat d'une plante résineuse en poudre , et d'un mélange de sublimé corrosif; que la liqueur filtrée a produit huit grains de la même substance , cristallisée en belles aiguilles.Toutes les expériences chimiques donnent la preuve que la quintessence en question contient du suc de bryone débarrassé de fécule, un peu de quelques plantes vertes en poudre assorties à la vertu que l'auteur veut donner à son remède ; du muriate suroxigéné de mercure, et un peu d'esprit de lavande.

Ces résultats ont été confirmés par un illustre professeur, connu par son habileté dans l'art d'expérimenter, son amour pour la vérité, autant que son grand savoir, par M. Vauquelin enfin. Voyez son analyse insérée dans le Bulletin de phar~ macie, première année, page 354-

Les propriétés préservatives, attribuées par le sieur Mcttcmberg à cette quintessence , ont été réduites aussi à leur juste valeur par des expériences , desquelles il résulte que des hommes , soumis exactement aux lotions , ont , en peu de jours , contracté la gale , ayant été mis en contact avec des galeux. Tous ces faits , publiquement constatés , n'ont point suffi pour arrêter le sieur Mettemberg dans ses démarches auprès de l'autorité et du public jjjl n'a pas craint de publier que les essais faits dans les hôpitaux , dans celui même de Paris , dont nous venons de rapporter le résultat , que tous ces essais avaient confirmé ses assertions sur les avantages de sa quintessence ! *

Ceux qui ont lu les afÇches , les pamphlets du sieur Mettemberg , ceux qui ont connaissance des démarches qu'il a faites auprès du gouvernement pour obtenir l'énorme récompense qu'il sollicite comme un juste salaire dû à sa découverte, s'étonneront sans doute, en apprenant que la composition de sa quintessence se trouve toute entière dans un vieux livre , publié en italien , à Turin , vers i'55o , par Alexis Pedemontanus : on trouve la même recette dans un ouvrage imprimé quatre ans avant la mort de Louis xiv : c'est la Me'decine des -pauvres. Que le lecteur se donne la peine d'ouvrir ce livre , page 447, édition de 1786, article rogne, il pourra apprécier l'étendue du travail du sieur Mettemberg; il jugera de la profondeur des méditations , de l'énormité des sacrifices , des frais, des avances que cette rare découverte a dû coûter a l'homme qui ose s'en dire l'auteur , lorsque , bien certainement^ W n'a eu que la peine de copier une recette dans un 17. r3

livre vulgaire , et le seul par conséquent qui fût à sa portée.* Nos lecteurs excuseront sans doute cette sortie un peu vive, en fuveur du motif qui nous Ta suggérée. Nous avions à faire justice d'un remède dangereux, dYun poison insidieusement vanlé comme le plus merveilleux des spécifiques , et d'un charlatanisme effronté qui a révolté tous les hommes instruits, tous les honnêtes gens. Comment eussions-nous pu apporter dans cettedouble fonction tout le Sang froid qu'exige la gravite' de l'ouvrage où nous* déposons nos pensées /

L'œuf de l'abbé Quiret exige qu'on en parle sur un autre ton : ce bon abbé a tant fait rire à ses dépens ! On se souvient encore de l'importance qu'on a mise aux expériences faites en 1786, par des commissaires pris dans le sein de la Société

employer contre la gale. Voici la receue ae 1 aoue y directeur de la maison des Bluets etBapaume, à Lille.

« Prenez un œuf, ouvrex-cn l'écale , pour en extraire exactement tout le blanc; prenez un quarteron de soufre en poudre, dont vous ferez entrer une partie dans l'écale , en le délayant avec le jaune jusqu'à consistance d'une bonne pâte; fermez l'œuf avec un papier, et enfermez le tout dans uuc enveloppe • de terre glaise; mettez-le cuire ensuite dans la cendre, jusqu'à ce que l'exacte dessiccation de la terre environnante annonce une cuisson parfaite du contenu; retirex-le du feu; ôtez l'écale; réduisez la pâte en poudre , en la broyant dans la main avec un peudclleurde soufre prenez un quarteron de vieux-oing , que vous ferez fondre et clarifier, et que vous mêlerez avec la poudre ci-dessus, en les remuant ensemble jusqu'à ce que le tout soit figé et ait pris consistance. »

La manière de se servir de cet onguent est d'en prendre dans la maiu, et de s'en frotter par" tout le corps. La dose cidessus doit servira la guérison de la plus forte galej on l'emploie en trois frictions , un jour entre deux , et le soir avant de se coucher : ainsi la guérison se fait en six jours au plus , et n'exige ni préparations, ni régime. Il suffit de se laver après ce terme de trois frictions, et quand il resterait quelques rougeurs, elles ne tarderont pas à s'effacer, etl'ou devrait toujours s'en tenir là.

Il est résulté des expériences faites par MM. de Lalouette , Jeanroy-, de Jussieu, Andry, Colombier, de Home, Vicqd'Azyr, Hallé et Chamserti, que le remède de l'abbé guérit la cale, mais non point d'une manière aussi merveilleuse que son auteur l'avait annoncé; que son effet est semblable à celui des autres préparations sulfureuses. L'abbé Quiret s'agita dans ous les sens ; il réclama auprès de toutes les autorisés pour se aire pajer chèrement la prétendue découverte de ce moyc*

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précieux, selon Lu, et dont il assurait que l'idée lui appartenait toute entière. Les savant commissaires que nous venons de nommer ne pouvaient ignorer que ce remède était connu, et qu'on l'avait mis en usa^e bien longtemps avant la naissance de son auteur prétendu. Us énoncèrent ce fait dans le beau rapport rédigé par M. le professeur Halle. Or, l'œuf d'orque la féconde imagination de notre bon abbé avaii pondu pour le salut du genre humain , cet œuf tout frais n'est qu'un vieil œuf, dont la composition se trouve dans des livres imprimés il y a plus d'un siècle. Voici cette composition : « prenez un œuf, percez-le par un de ses bouts; videz tout le blanc, le jaune y restant; vous remplirez la coque de fleur de soufre; Louchez le trou avec de la pâte, et l'enveloppez de même; faites- le cuire au four ; vous mettrez eu poudre ce qu'il y aura dans la coque, et l'incorporerez avec suffisante quantité d'axonge. »

Il y a, comme l'on voit, identité entre le remède de l'abbé Quiret et celui que nous venons de rapporter; et comme ce dernier se trouve dans un livre publié depuis cent cinq ans (Voyez la Médecine des pauvres) t dont l'auteur l'avait pris sans doute dans un autre livre déjà oublié de son temps, il est aisé de juger combien monsieur l'abbé était fondé à s'en donner pour l'inventeur»

Les pommades les plus usitées contre la gale sont celles qui, sont composées de soufre. Nous avons déjà rapporté plusieurs formules où cette substance est employée ; eu voici quelques autres :

Fleurs de soufre non lavées , deux onces ; sel ammoniac réduit en poudre très-fine , deux gros; axonge, quatre onces; mêlez intimement le tout ensemble ; ajoutez pour écarter l'odeur désagréable , vingt-quatre ou trente-six grains d'essence de citron.

On prend un ou deux gros de celte pommade pour en frotter toutes les parties affectées,

Autre : Fleurs de soufre, quatre onces; sel marin, deux onces; axonge ou pulpe de racine de patience, une livre. On emploie deux à quatre gros de cette pommade.

Autre : Poix liquide, trois onces; fleurs de soufre, demionce ; cire jaune, deux gros; faites fondre jusqu'à consistance d'onguent. On ajoute quelquefois deux gros de poudre d'elle'bore noir à cette pommade ; mais cette substance est bannie de la saine pratique.

L'ou doit a M. Louis Valcnlin te Uniment antipsorique suivant : soufre gris ou natif, chanx vive , parties égales, triturés et réduits en pondre très-fine , incorporés dans suffisante quantité d'huile d'olive ou d'amande douce. On forme , dit

M. Alibcrt dans sa Thérapeutique, un linimenl (Tune consistance médiocre , propre à être employé' en frictions , le soir 9 sur les articulations. Il faut que les poudres soient tamisées et parfaitement mêlées. Elles forment un sulfure dechaux. Certains praticiens ajoutent du sel ammoniac; mais cette addition est parfaitement inutile. Quatre, cinq ou huit frictions suffisent pour guérir la gale. Il faut frotter très-légèrement la peau,

Îour qu'il ne survienne point une eflfîorescence érysipélateusc. I faut aussi que le malade porte du linge très-doux. Voici la formule de nos hôpitaux militaires r soufre sublimé, deux livres j sel marin décrépité, une livre ; graisse de porc , huit livres ; porphyrisez le sel marin décrépité , avec un peu d'axonge ; faites ensuite fondre la graisse , et mêlez le tout dans une terrine vernissée. La dose est de deux à quatre gros par jour.

Le soufre est une substance dont l'effet est certain pour faire mourir le sarcopte qui entretient la gale ; mais la graisse à laquelle on unit le soufre , ainsi que les autres remèdes antipsoriques , a des inconvéniens si graves , qu'on a longtemps cherché les moyens de les administrer sous une forme qui permit de se passer des corps gras. Ces inconvéniens sont de deux espèces : les uns oiit rapport à l'individu malade, et les autres sont relatifs au linge, aux habits et aux fournitures des lus. Relativement à l'individu , les inconvéniens sont la saleté qui résulte de l'application de la graisse sur le corps ; l'odeur insupportable que l'on conserve et que l'on porte partout avec soi, après ces dégoûtantes onctions; vient ensuite le danger de supprimer la transpiration par l'usage des frictions

Sraisseuses, lesquelles bouchent les porcs de la peau pour ainsi ire hermétiquement ; ces applications prolongent beaucoup, le traitement , parce que la substance propre à faire périr le sarcopte , ne pénètre qu'avec lenteur , à raison de l'obstacle que lui oppose la graisse; enfin les altérations que les corps gras produisent sur le tissu dermoide , comme les inflammations érysipélateuses , les éruptions boutonneuses , etc. Les inconvéniens qui arrivent an linge à' l'occasion des frictions graisseuses, sont d'abord une puanteur nauséabonde, une saleté hideuse, surtout dans les hôpitaux , cl par dessus tout cela la perte du linge et des fournitures que les lessives les plus actives ne peuvent rendre à leur état primitif, ni préserver d'une prompte destruction.

Aujourd'hui la médecine possède divers moyens pour guérir la gale , sans avoir besoin de l'excipient graisseux ; ce sont ces moyens que nous allons exposer. Avant tout , nous ferons connaître un procédé dans lequel la graisse est employée sans entraîner aucun des désavantages qui viennent de lui être re-

CAL 22f) proches. Ce moyen, connu dès longtemps , mais plus souvent employé depuis trois ans , est attribué à M. Helmerich , l'un des chirurgiens-majors de l'armée française. Cet officier de santé guérissait les galeux de son régiment avec une pommade sulfureuse et graisseuse, dont les effets étaient plus prompts que ceux des remèdes analogues , et qui présentait en outre l'avantage de ne point adhérer au linge avec la même ténacité, puisqu'elle disparaissait entièrement au moyen de la lessive. M. Helmerich, qui se disait auteur de cette pommade , faisait un mystère de sa composition; c'est un tort impardonnable chez un homme de mérite. Cette conduite ne doit point être attribuée à un sentiment de cupidité , mais à l'amour-propre mal entendu ; car il est certain que M. Helmerich n'était point l'inventeur de la pommade en question , déjà connue chez les Allemands, ainsi que nous le ferons voir plus loin. Mais il y avait à l'hôpital militaire de Croningue un médecin très-distingué , rempli de pénétration et de zèle pour l'humanité , M. Burdin ; il avait été témoin des succès de M. Helmerich; il analysa sa pommade, et parvint à en découvrir la composition. Voici la recette adressée an ministre de la guerre par M. Burdin, et la manière de s'en servir pour guérir la gale : deux parties de soufre sublimé, une de potasse pu ri 11 e\\ et huit parties d'axonge. On place le galeux dans un bain ordinaire ; on l'y frotte d'un savon liquide, dit de Flandres ; puis ou le frictionne trois on quatre fois , le même jour et les jours suivans , avec la pommade dont il estquestion. M. Burdin obtint lesmêmesavantages de sa composition , laite d'après les produits de l'analyse, que de l'onguent de M. Helmerich. Les heureux résultats de ce moyen fixèrent l'attention du ministère de la guerre. M. Percy, l'uu des inspecteurs-généraux du service de santé , fut chargé par S. E. de faire, sur des militaires affectés de la gale, les eipériences nécessaires pour constater le mérite du nouveau procédé. Dix-sept soldats , ayant des gales plus ou moins anciennes, mais sans complications avec d'autres maladies, furent soumis aux épreuves, sous la direction de M. Percy. Les essais, faits avec la plus grande exactitude, produisirent les résultats analogues à ceux qu'avaient obtenus , à Croningue , MM. Helmerich et Burdin. Dix des malades qui servirent aux expériences , et qui n'avaient que des galrs simples et récentes , furent guéris en quatre jours avec deux bains de savon et six frictions de la pommade déjà citée. Trois soldats, ayant la gale depuis plusieurs mois, durent prendre deux bains et neuf frictions ; ils guérirent en six jours. La gale était telle, chez ces trois sujets, que le corps semblait n'être couvert que d'une seule croûte. Quatre autres militaires, qui avaient la gale depuis six ou huit mois, out subi un traitement plus long; ils ont

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fait de quinze à vingt- quatre frictions, et n"ont été gne'ris qu'en quatorze, dix-srpl el dix -ru-ut jours. Ces expériences se sont trouvées coïncider avec celles que M. Burdin avait faites , et avec les résultais ordinaires qu'obtenait M. Helmerich.

11 est à remarquer que celte pommade , dans tous les essais qui en ont été faits en diverses circonstances, n'a échouécontre aucune gale, quelque ancienne, quelque compliquée qu'elle fut. Il est aussi courant que son usage ne détermine ni de vives irritations à la peau , ni éruptions nouvelles , et enfin que les malades n'éprouvent , à l'occasion do traitement, aucune incommodité. Les sujets guéris par cette méthode ont été observés longtemps après leur traitement ; aucun n'a essuyé de récidive.

Il résulte des expériences de MM. Percy , Burdin et Helmerich, que les galeux, pris collectivement et indistinctement, peuvent être guéris en huit jours , qui paraît être le terme moyen de ce traitement.

La pommade antipsorique dont nous venons de parler, est d'un prix intrinsèque audessous de tous les moyens du même genre, usités avant celui-ci. Son usage dans les hôpitaux a paru économique sous le rapport du temps , des dépenses de consommation , et de la conservation du linge , objet majeur dans le service administratif. M. Alihert, qui donne la recette de cette pommade dans son Essai sur 1 art de formuler, connaissait ce moyen avant que M. Burdin eût pénétré le secret de M. Helmerich. Depuis quinze ans M. Alibert l'emploie à l'hôpital Saint- Louis , où M. Helmerich en a probablement observé les effets. Il est certain qu'avant ce chirurgien-major on unissait des substances alcalines avec le soufre et la graisse pour guérir la gale. Wedel, dans la Pharmacie acromatique, imprimée en i()8f> , indiquait déjà comme un onguent antipsorique l'huile de sureau , saponifiée au moyen de l'huile de tartre par défaillance. Fox (Formula* medicamenforum seleciœ, 1777) donne une formule semblable à celle qui nous occupe , et qui pourrait bien avoir été connue de M. Helmerich.

D'après ce qui vient d'être exposé, on est fondé à ranger la pommade de sulfure de polasse , dite # Helmerich , parmi les meilleurs moyens propres à être employés contre la gale, tant f ous le rapport de la sûreté, de la promptitude de la guérison , que sous celui de l'économie. Elle est d'un fréquent usage à l'hôpital Saint-Louis.

lin nouveau moyen contre la gale nous a été communiqua* par M. le docteur Pyhorel , l'un de nos chirurgiens- majors les plus distingués par son savoir varié et sou zèle pour les progrès t\e l'art de guérir. Ce moyeu nous parait supérieur au

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précédent, sous tous les rapports déduits plus haut. M. Pyhorel

Srescrit un demi-gros de sulfure de chaux , que le galeux met ans la paume de sa main , et dont il fait, extcmporauément, une pommade , au moyen de l'addition de quelques gouttes d'huile d'olive. Le malade se frotte les mains avec ce mélange, pendant le temps suffisant pour que l'absorption puisse s'opérerj il se met ensuite au lit, ou se tient pies du feu. L'auteur fait faire deux frictions par jour. Pour l'ordinaire, les gales les plus opiniâtres cèdent à la vingtième friction ; souvent le sujet est

Î;uéri après la douzième. La pommade de M. Pyhorel est anaogue au Uniment de M. L. Valentin , cité plus haut.

Nous peusons qu'on pourrait perfectionner la méthode de M. Pyhorel, en préparant la pommade à l'avance, en y ajoutant quelque essence pour modifier l'odeur du soufre , et qu'il serait convenable de ne pas borner les frictions aux mains seulement , lorsqu'il sera possible de se baigner ou de se laver le corps avec une eau savoneuse ; car l'auteur ne restreint , •ans doute , la friction aux mains que pour éviter l'usage des bains autres que ceux de ces parties, qu'il recommande comme objet de propreté.

Ce fut en 1 8 15 , pendant le siège de Glogau , que , manquant de tous les moyens ordinaires pour traiter les galeux de son régiment , M. Pyhorel imagina d'employer celui qui vient d'être exposé ; il en obtint de grands et constans succès sur plus de deux cents malades , dans cette garnison ; et des expériences multipliées, faites depuis, confirment l'excellence de sa méthode. Nous citerons à l'appui des assertions de Hauteur, l'extrait de deux observations qu'il vient de faire à l'hôpital militaire de Saint-Omcr , où il est employé eu qualité de chirurgien-major.

Un soldat âgé de vingt-quatre ans et d'une forte constitution , fut atteint de la gale, et se servit, pour s'en débarrasser, d'une lotion que lui donna un homme étranger à l'art de guérir ; mais ce remède dont il fit usage pendant trois semaines, prodaisit un effet tout contraire ; le prurit devint insupportable , le nombre des pustules augmenta considérablement ; elles étaient grosses , réunies par plaques , particulièrement sur les cuisses et sur les bras; la peau était enflammée; le malade privé de sommeil, éprouvait dans son lit de continuelles agitations ; ses mains étaient tel 1 ement couvertes de pustules , qu'il ne pouvait plus exercer les mouvemens du poignet. C'est dans cet état qu'il entra à l'hôpital de Saint-Omer. On lui fit prendre un bain. Le lendemain il se frictionna selon le procédé indiqué plus haut ; au bout de trois jours , tous les accidens avaient cessé ; le malade avait recouvré le sommeil , la peau était dans l'état naturel , les pustules étaient affaissées. Après neuf jours

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de traitement, le soldat sortit de l'hôpital , parfaitement

guéri.

Un soldat vétéran , âgé de quarante-huit ans , avait le corps couvert de pustules galeuses , dont il était tourmenté nuit et jour. Dès son entrée à l'hôpital , M. Pyhorel employa sans préparation préliminaire, la friction de sulfure de chaux indiquée plus haut : an bout de trois jours, l'irritation était entièrement apaisée, et le malade sortit guéri de l'hôpital au bout de neuf jours.

Treize frictions ont suffi pour guérir le premier sujet ; il n'en a fallu que douze au second. La grande expansibilité du soufre explique comment , en se frottant seulement les mains avec un demi-gros de sulfure de chaux , on parvient à faire mourir les sarcoptes. Toutefois , nous persistons à croire que le succès du remède sera plus prompt et plus certain si les frictions sont faites sur toutes les parties affectées. D'après les calculs que M. Pyhorel a été à portée défaire , son remède ad* ministre dans un hôpital ne coûte que dix francs pour cent galeux , ce qui fait dix centimes par individu.

Nous croyons que ce procédé peut être adopté par les régimens pour le traitement des gales simples , soit en garnison, soit en campagne, puisqu'il réunit à l'avantage d'être très-peu coûteux , celui de guérir prompt ement , et sans gâter le linge et les habits.

Les comités de bienfaisance pourront aussi l'adopter pour en faire l'application aux indigens.

Il nous reste maintenant à exposer des méthodes d'un autre genre , propres au traitement de toutes les gales , auxquelles aucune ne résiste , qui réunissent tous les avantages désirables , sans exposer à ceux des inconvéniens qui peuvent dépendre des procédés dont nous avons parlé précédemment.

Les méthodes qui vont nons occuper sont les lotions, les bains, les fumigations sulfureuses, soit qu'on emploie le soufre seul , soit que cette substance soit alliée ou combinée avec la potasse , la soude , la chaux et un acide quelconque.

M. Alibert , dont le témoignage doit toujours être invoqué lorsqu'il s'agit des maladies de la peau , a mis en vogue à Paris, depuis plus de quinze ans , la. méthode de traiter la gale au moyen d'une lotion dont les effets salutaires sont très-prompts. La méthode de notre savant collègue est simple et commode; elle consiste en une dissolution de sulfure de potasse, et quel-

rfois , de sulfure de soude , à laquelle on ajoute , au moment s'en servir , une quantité suffisante d'acide sulfuriquc. M. Alibert, pour la commodité des personnes qui veulent faire usage de son remède , fait préparer deux bouteilles qui portent, l'une , lo n°. i > la seconde le n°. 2. La hooteille u". 1

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contient la dissolution de sulfure de potasse ou de soude ; la seconde contient de l'acide sulfunque étendu d'eau. La dose de sulfure est depuis uue once par livre d'eau , jusqu'à deux ; celle d'acide sulfurique est de deux à quatre gros , dans la .même quantité de liquide. Sous cette forme, on peut transporter le remède en tout lieu. Lorsqu'on veut en user , on met de l'eau bouillante dan* une. cuvette ordinaire , jusqu'à ce qu'elle en soit aux trois-quarts remplie; puis on ajoute plein un verre à liqueur de la dissolution contenue dans la bouteille n°. i ; après avoir remué ce mélange, on verse pareille quantité de la liqueur contenue dans la bouteille n°. a, ce qui détermine un léger dégagement gazeux. La manière de se servir de ce remède est de tremper une éponge dans ce mélange , et de faire le matin et le soir des lotions sur toutes les

f tardes affectées. Cette méthode si simple est sûre contre toutes es gales; elle ne gâte pas le linge , et peut être mise en usage dans la bonne compagnie , parce qu'elle ne laisse point d'odeur désagréable , et ne produit point de saleté , ni sur le corps , ni sur les habits , inconvéuiens attachés aux pommades. Les gales simples guérissent ordinairement en sept ou huit jours par ce procédé. On trouve le remède de M. Alibert, parfaitement préparé, aux bains d'eaux minérales arttôcielles de Tivoli, dirigés par MM. Triavre et Juriue, dont rétablissement jouit d'une célébrité si bien acquise par lès ta«* lens , le zèle et la probité de ses directeurs.

M. Dupuvtren , chirurgien en chef de l'Hôtel - Dieu , est l'auteur d'une méthode usitée depuis longtemps dans cet établissement. Les succès qu'il a obtenus de son remède , en ont rendu l'usage très-fréquent dans toutes les classes de la société, et surtout dans les corps armés où les chirurgiensmajors se louent également de la promptitude avec laquelle ce remède guérit la gale , de l'économie qu'on retire de son emploi, et de la simplicité de sa composition. Voici la recette de M . Dnpuvtren : Eau c o m m un e , n n c livre et demie ; sulfure de potasse, quatre onces; acide sulfurique, demi-once : la préparation doit être faite en plein air dans un vase de terre ou de fayence. On commence par dissoudre le sulfure de potasse dans l'eau ; on ajoute ensuite par degrés l'acide sulfurique , en agitant le mélange avec un morceau de bois : on renferme cette dissolution daus une bouteille qu'on bouehe exactement avec du liège. La quantité qui vient d'être indiquée est souvent plus que suffisante pour opérer la guérisou d'un galeux. Nulle préparation ne précède ni n'accompagne l'emploi de ce remède : il n'exige même pas un bain pour les gales simples. Cependant , lorsque la maladie est ancienne , trèsétendue, caractérisée par des croûtes épaisses, un ou deux

bains tièdes ne peuvent^ que disposer favorablement la peav à l'action du médicament : pour on faire usage, Ton agite la bouteille , et l'on verse deux, ou trois onces de la solution , dans une assiette de terre ou de fayenec ; le malade y plonge la paume de la main et se frotte toutes les parties où se trouvent* des pustules galeuses, jusqu'à ce que la dose de liqueur prescrite soit épuisée ; ces lotions se renouvellent deux fois par jour, et n'empêchent point le galeux de vaquer à ses occupations. Quatre , huit ou dix frictions , suffisent pour la guérison des gales simples.

M. Dupuytren et les praticiens qui conseillent son remède, le modifient selon l'opiniâtreté de la maladie, 4'àge , le sexe et la constitution des individus; ainsi l'on a employé jusqu'à six onces de sulfure de potasse et une once et demie d'acide sulfuriquc dans une livre et demie d'eau.

On peut substituer, avec un égal succès, le sulfure de soude, le sulfure de chaux, au sulfure de potasse.

Lorsque l'on use de la dissolution de M. Dupuytren , à des doses fort élevées , la gale se guérit avec une extrême promptitude; mais les malades éprouvent des chaleurs, des picotement , des démangeaisons , des éruptions de boutous non psoriques fort incommodes. Il serait peut-être dangereux de guérir aussi promptement les gales anciennes, surtout lorsqu'elles sont caractérisées par des croûtes et des boutons purulcns; le remède préparé dans la proportion que nous avons indiquée la première, n'entraîne aucun inconvénient et n'altère point la peau. Voici le résultat des espériences faites sur un très-grand nombre de soldats galeux, par ordre du ministère, en i8i5, par M. Percy , chirurgien inspecteur-général du service de santé militaire :

Le sixième des galeux a été guéri en deux frictions ou un jour.

Le quart des galeux , en quatre frictions ou deux jours.

Le cinquième, six frictions ou trois jours.

Le quatrième , huit ou dix frictions , quatre ou cinq jours.

Le septième , douze à seize frictions , six à huit jours.

Un seul individu , couvert de gale des pieds à la tête, a exigé l'emploi de dix-huit frictions ; il a été guéri en neuf jours. * On trouve , dit M. Percy dans un rapport fait au mois d'octobre 181 5 , au ministre de la guerre, en divisant le nombre total des frictions faites par le nombre des malades qui ont été traités avec le remède de M. Dupuytren , qu'on n'a employé , terme moyen , que six à sept frictions pour chaque malade. Or, la matière de six à sept frictions s'élève à peine à trente centimes. » Ces avantages bien constatés ont porté à continuer l'emploi du remède que nous venons d'exposer dans le traite-

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ment des galeux reçus à l'hôpital de Paris, et il y est devenu la méthode usuelle. M. Percy conclut, i*. que le sulfure de potasse , avec addition d'un septième ou d'un huitième d'acide fulfurique , mélangé dans quatre ou cinq fois leur poids d'eau, guérit parfaitement la gale ; 2e. que ce remède est facile ; qu'il n'ait ère en rien la santé' des individus affectes de la gale , et qu'il peut être employé' par les militaires et par les gens du peuple, sans que les uns soient obligés de quitter leurs corps, et les autres leurs travaux j 3°. qu'il guérit plus promptement que la plupart des remèdes connus ; 4». qu'il épargne beaucoup de temps , et par conséquent beaucoup de journées d'hôpitaux ; qu'il n'endommage en aucune manière le linge, ni les fournitures, et qu'il est très-économique sous le rapport du prix.

Ce qui vient d'être dit au sujet du remède de M. Dnpuytren, peut s'appliquer à celui de M. Aliberl, dont nous avons parlé précédemment ces deux compositions étant les mêmes quant aux bases , et ne différant que daus le mode de préparation imaginé par chaque inventeur.

Nous devons dire , en qualité d'historien , nue , depuis longtemps , la propriété antipsorique du sulfure de potasse, administré en lotions , était connue des médecins. Niemann , dans les Commentaires d'Hebcrden , conseille l'usage externe de l'hydrogène sulfuré contre l'affection psorique. Hahnemann, dans la Bibliothèque médicale de Blumenbach, tom. m, p. 7 o5,

Î propose la solution de sulfure de potasse dans le traitement de a gale. M. Hufeland donne un pareil conseil dans le journal allemand Der Erfindungen ; le même auteur indique aussi le sulfure de chaux.

En parlant des lotions antipsoriqnes les plus estimées, nous ne devons point omettre celles dont la composition est due à M. Bagnens , médecin en chef d'armée et de l'hôpital de la carde royale , l'un des hommes les plus savans dans la pratique de l'art de guérir. M. Bagneris fait usage d'un gros et jusqu'à deux gros d acide sulfun'que à 66* - mêlé dans huit onces d'une décoction émolliente. On fait des lotions, deux fois par jour, sur toutes les parties malades, de manière à employer toute la quantité qui vient d'être prescrite. Dix à douze jours suffisent pour guérir les gales les plus invétérées. Ce remède , manié par l'habile praticien que nous venons de citer, a toujours eu d'heureux résultats.

Les bains de sulfure de potasse , de sulfure de chaux , de % sulfure de soude, sont d'excellens moyens contre la gale. Les médecins , dans tous les siècles , ont donné de justes éloges aux eaux thermales sulfureuses , qui ont la propriété de guvrir les atfcctiQDS psoriques ; mais les eaux minérales arti-

ficicllcs sont bien plus puissantes- que les eaux naturelles ; parce qu'on peut élever a volonté' la dose de soufre dans les premières. J. P. Frank {Epit. de cur. hom. morbis) , conseillant contre la gale des bains d'eaux tbermales sulfureuses T recommande, à leur défaut, les bains artificiels préparés avec les sulfures alcalins ou terreux. M. Carron , médecin à Annecy , a , plusieurs fois , fait usage de ces bains avec un grand succès. M. Jadelot , médecin de l'hôpital des Enfans , est le premier qui ait imaginé de composer des bains de sulfure de potasse, quelquefois de sulfure de soude , et de constater leur efficacité par de nombreuses expériences. Ce médecin met dans une baignoire ordinaire , faite en bois ou en maçonnerie , remplie d'eau à vingt-neuf degrés de Réaumur , de quatre à cinq onces de sulfure de soude ou de potasse concret, bien préparé, qui, se dissolvant entièrement dans l'eau, lui donne une couleur jaune verdàtre à sa surface, et jaune et rouge foncé en dedans ; dout la cassure soit vitreuse , et qui répande, étant exposé à l'air, une odeur d'hydrogène sulfuré. Les malades restent pendant une heure dans ce bain , auquel on peut ajouter quelquefois une petite quantité d'acide sulfurique , qui favorise le développement du gaz hydrogène sulfuré , lequel est très-délétère pour le sarcopte. 11 convient de prendre des précautions afin que ce gaz n'incommode pas le malade.

Le procédé de M. Jadelot , consacré par de nombreuses expériences , est l'un des meilleurs que Von puisse adopter contre la gale. M. Jacquemin fait un emploi très- étendu de ce moyen dans l'hospice de la maison de détention de la Force : il en obtient des succès constans. Des individus affectés de la gale , d'une manière hideuse , ont été promptement guéris par l'usage des bains de M. Jadelot.

Le terme moyen de la durée du traitement, par cette méthode , est de sept bains : quelques malades guérissent après le second bain ; cenx chez lesquels la maladie est très-invétérée , en prennent quelquefois jusqu'à douze.

Aucune gale , quelles que soient son opiniâtreté et son intensité , ne résiste à la méthode de M. Jadelot.

Les bains préparés avec les sulfures de potasse , de soude et de chaux , ne guérissent point aussi promptement que quelques autres méthodes ; mais ils sont d'un bien plus grand avantage dans les gales très-anciennes, compliquées de cachexies, de fièvres hectiques , de diverses affections organiques , de suppurations devenues habituelles à la peau : premièrement , parce qu'en affaiblissant la dose de sulfure , et en l'augmentant progressivement , l'on n'a point de rétropulsions à craindre ; secondement , parce que ces bains ont la propriété de com-

battre efficacement les affections dont, en pareil cas , la gale se complique.

La méthode par les bains est très-convenable danses hôpitaux tant civits que militaires, ou elle peut être dirigée avec prudence par des hommes éclairés. Les particuliers ne doivent point en faire imprudemment usage dans leurs maisons. Les personnes qui ont de l'aisance trouveront un grand avantage à prendre ces bains dans des établissemens publics , tels que celui de Tivoli , si savamment dirigé par MM. Triayre et Jurine.

M. Jadelot, pour la commodité des voyageurs et celle des personnes qui ne peuvent pas prendre de bains , a composé on liminent de sulfure de potasse , dont l'efficacité égale celle de ses bains.

Voici la composition de ce sous-savon : «Sulfure de potasse , six onces ; savon blanc du commerce , deux livres ; huile de pavot , quatre livres; huile volatile de thym , deux gros. On pile le sulfure de potasse dans un mortier de fer légèrement chauffé ; on le passe de suite dans un tamis , et on l'enferme 9 pulvérisé , dans un flacon bien sec et bien bouché , ou bien l'on fait dissoudre le sulfure de potasse dans le tiers de son

{>oids d'eau , qu'on y ajoute douze heures avant de composer e Uniment. On râpe le savon , et on le fait foudre au baînmarie , dans une marmite de terre, en l'agitant avec uq pilon de bois. On y ajoute la moitié de l'huile de pavot pen à peu , en triturant y et laissant la marmite dans le bain-marie. On met ensuite , dans un mortier de marbre, le sulfure de potasse pulvérise: ; on dissout dans le tiers de son poids d'eau ; on y ajoute peu à peu le mélange d'huile et de savon qui était dans la marmite , en commençant par une très-petite portion de ce mélange , avec laquelle on triture fortement le sulfure de potasse ; on continue de triturer jusqu'à ce qu'il ne reste plus de grumeaux de savon. On mêle ensuite exactement la dernière moitié de l'huile de pavot et l'huile volatile de thym ; on peut préparer six kilogrammes et plus de ce liniment en uné fois. Il doit être conservé dans un vaisseau fermé. Sa couleur est verdàtre et devient blanche par le contact de l'air : sa consistance est à peu près la même que celle du cérat. L'odeur du gaz hydrogène sulfuré y est cntièrempntdétruite parcelle de l'huile volatile qu'on n'ajoute que pour cet effet. On peut substituer dans cette composition le savon amygdalin et l'huile d'amande tu savon du commerce et à l'huile de pavot , et pulper le mélange. Ce Uniment amygdalin hydro-sulfure, a , sur la peau , «ne action encore plus douce que le précédent. Pour appliquer ces préparations au traitemeut de la galè , on étend légèrement , deux fois par jour , en se levant et eu se couchant , U

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dose d'une once environ sur les différentes parties du corps ; spécialement sur celles où il y a des boutons de gale. Quand Ja peau^irrile et se ^rce aisément , il faut avoir soin qu'il »e s'amasse pas de portions de Uniment qui séjournent au pli du coude , sous les airelles , aux am. s , et ou fait laver la peau une fois chaque jour avec de l'eau tiède. Si la gale est simple , il est absolument inutile d'employer d'autres remèdes externes ou internes avec et- lui-ci : quelles que soient l'ancienneté de la maladie , son espèce, et la quantité des boutons ou pustules. Elle se guérit ordinairement aiusi en moins de huit jours , souvent eu quatre jours, quelquefois plus vite , et il n'en recuite aucun mauvais effet pour la sauté. Une seule friction suffit pour diminuer les démangeaisons ou le prurit , au point de permettre aux malades de goûter le repos et le sommeil quand ils en étaient privés auparavant. Dès le second jour, les boutons s'alla Usent ; ils s'ouvrent; ensuite ils s'effaceut et disparaissent plus ou moins rapidement : de légères démangeaisons se font ordinairement sentir encore pendant un ou deux jours après que les boutons sont passés; et il est utile de continuer les frictions jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de démangeaisons. Les qualités utiles de ce procédé curatif paraissent consister, i°. en ce que le liniment hydro-sulfure exerce sur la peau une action qui n'est accompagnée ni de cuisson , ni de picotemens , et qui ne détermine aucune éruption dé pustules étrangères à la gale , celles qui paraissent quelquefois pendant son usage étant manifestement' psoriques ; 2°. celte composition , avec addition d'une builc volatile, n'exhale pas l'odeur insupportable , pour les malades , qu'ont tous les mélanges gras quand ils sont échauffas par la chaleur de la peau et les préparations hydro- sulfurées avec un excipient aqueux ; 3°. loin de gâter le linge, de le uoircir et de le détériorer , comme il arrive avec les onguens et avec certaines lotions , le liniment ne l'altère en rien, et le rend , par sa qualité savoneuse, très- facile à blanchir; 4*- sa préparation , quoique comprenant plusieurs opérations , est facile ; les substances qu'il contient sont sans aucun danger , et on se les procure à un prix fort modique ; 5v il est certain qu'on peut conserver longtemps ce liniment sans que le sulfure s'y altère sensiblement ; et on le donne tout composé aux malades , ce qui les met à l'abri des inexactitudes et dVs erreurs dans les proportions des substances qui le forment. Ce mode de traitement de la gale , facile et tres-neu dispendieux , se trouve à la portée des personnes de toutes les professions et dans tontes les situations ; il ne nécessite aucune interruption dans les occupations habituelles. »

Ceux qui ont fait usage des bains dirigés par les soins de

M. Jadelot , assurent qu'ils excitent fortement la transpirationj qu'ils augmentent l'appétit des malades, et sont un excellent cosmétique pour la peau : un de leurs effets les plus recommandâmes , est d'arrêter le prurit qui cesse assez promptement , de iavoriser le sommeil dont les galeux sont si souvent privés.

Plusieurs praticiens font aujourd'hui un grand usage de suffure de chaux , qu'ils substituent au sulfure de potasse. On emploie la même quantité de ce premier sulfure : on ajoute dans le bain un peu d'acide sulfurique affaibli , afin de favoriser le dégagement de rhydroçène sulfuré. Ce remède est beaucoup moins cher que le sulfure de potasse , et il est pour la peau un meilleur cosmétique.

On reconnaît à peu près les mêmes avantages au sulfure de soude.

Il nous reste maintenant à parler d'une méthode , fort Usitée en ce moment , pour le traitement de la gale , et qui préaente des avantages précieux incontestables. Cette méthode est celle des fumigations sulfureuses. L'observation prouve à tous les praticiens que la vapeur du soufre suffit pour guérir la gale , lorsqu'on est exposé à cette vapeur pendant un temps assez long. Ainsi , nous avons remarqué , daus les hôpitaux militaires , que plusieurs hommes ayant la gale , et auxquels une maladie aiguë nous empêchait de faire subir le traitement antipsorique , guérissaient néanmoins radicalement , après un séjour de quinze à f ingt jours dans les salles où un grand nombre de galeux se frottaient , chaque jour , avec la pommade sulfureuse , auprès d'un poêle ardent. Il suffisait de la vapeur qui s'élevait , et dont ils étaient enveloppés , pour guérir les sujets que d'autres circonstances ne permettaient pas de soumettre à l'usage des frictions. Nous avons aussi . remarqué que les infirmiers attachés aux salles des galeux , ne> contractent jamais la gale; tandis que leurs camarades, employés dans d'autres salles , sont souvent atteints de la contagion pso* rique , soit qu'ils la prennent au dehors , soit qu'ils s'inoculent dans les salles où ils sont attachés , en touchant les malades infectés et non soumis au traitement sulfureux.

On remarque , à l'hôpital Saint- Louis , à Paris , que les religieuses attachées au service des galeux , sont exemptes de la maladie j tandis que celles qui ont un autre département , ne sont point à l'abri de l'affection psorique.

Ces faits , et une foule d'autres observés à divers époques , ont éveillé l'attention de quelques praticiens sur les propriétés antipsoriquesdela vapeur sulfureuse. DéjàGlauber employait, il y a plus d'un siècle et demi , la vapeur du soufre pour guérir la gale. Plusieurs médecins allemands ont , depuis celte

époque , constate' les avantages de cette mëthode. On lit dans la gazette de Saltzbourg , de 179?. , que la vapeur du soufre a été employée avec succès dans le traitement de plusieurs galeux. J. P. Frank (Epitome de cur. homin. morbis) , en parlant de la gale , conseille , contre cette maladie, la vapeur du soufre. Il était réservé à M. Gales de constater , par de nombreuses cxpe'riences , l'efficacité' de ce procédé , et dç le placer , comme il l'est aujourd'hui , au premier rang des moyens anlipsoriqueg.

M. Galès , attache aux hôpitaux civils de Paris depuis 1792 , en qualité de pharmacien , et pendant treize ans à 1 hôpital Saint-Louis, s'occupa avec un zèle soutenu de l'étude de Ja gale et de sa cause : couvaincu que celle-ci dépendait de la présence d'un insecte, il chercha quel pouvait être le meilleur moveu de détruire , le plus promptement possible , cet hôte dangereux 11 savait que le soufre est la substance la plus propre à guérir la gale j car , en exposant les sarcoptes à la vapeur du soufre en combustion , ou seulement élevé par un modique degré de chaleur , il avait vu mourir subitement ces insectes. Il conclut donc de ce phénomène , que la même vapeur devait , en pénétrant sous l'épidémie, donner la mort aux sarcoptes, et guérir la gale en détruisant sa cause : ce moyen lui paraissait bien supérieur aux frictions faites avec l'onguent sulfureux, dont on connaît les inconvéniens et les dégoûts. M. Galès imagina donc un procédé , au mof en duquel ort pourrait traiter la gale avec la seule vapeûr du soufre.

M. Galèsiçnorait que cette méthode avait été usitée ou prescrite avant lui ; il l'affirme du moins , et nous sommes d'autant

Ïilus disposés à le croire , que les écrits où il est fait mention de umigations sulfureuses , étaient presque tombés dans l'oubli , tels que celui de Glauber , intitulé : Furni novi phiïosophtci , etc. Mais M. Galès , s'il n'est pas l'inventeur des fumigations sulfureuses , en est véritablement le restaurateur. Il imagina d'abord , en 1812 , de chauffer le lit des galeux avec une bassinoire remplie de charbons ardens , sur lesquels on jetait du soufre en poudre. Les malades étaient rais dans ces lits brùlans et remplis de vanenrs sulfureuses dont ils s'imprégnaient. Au bout de dix à douze jours d'un pareil traitement, la gale était guérie.

De nombreuses expériences , tontes suivies de succès , confirmèrent l'excellence de la méthode fumieatoire , quanta sa

Sropriété antipsorique ; mais le procédé ae M. Galès avait e grands inconvéniens : l'acide sulfureux , résultant de la combustion du soufre , s'échappait incessamment du lit et incommodait le malade et ses voisins , en excitant des toux quelquefois très-violentes -, les draps des lits où se faisaient les

fumigations , étaient souvent brûlés ou taches de manière à ne pouvoir plus redevenir blancs. De tels inconvénient , nuisibles à la santé des malades et contraires aux intérêts de l'administration , firent abandonner la méthode fumigatoirr imaginée par M. G*lès. Cet expérimentateur zélé imagina un nouveau mode analogue , exempt des défauts 'qu'on reprochait justement au précédent , et réussit, en itJi1! , à foire construire une boite, dans laquelle le malade, étant assis, recevait la f umigation sans qu'il en résultât les inconvéniens attachés à la bassinoire : cependant la boîte de M. Gales était d'une construction tellement imparfaite , que le malade qu'on y renfermait n'y recevait pas seulement le gaz acide sulfureux , mais encore l'acide* carbonique , ce qui pouvait déterminer de graves accidens.

Cependant un jeune savant, dont l'esprit ingénieux ne cesse de faire les plus heureuses applications de la chimie, de la physique et de la mécanique à l'économie domestique , M. Darcet, fils du célèbre professeur de ce nom , devait perfectionner la machine fumigatoire, de manière à lui olertous les inconvéniens qu'on reprochait à celle de M. Gales. Sollicité, par le conseil des hospices , de donner son avis sur la construction de cette machine, il l'exposa en physicien et en chimiste très-habile. 11 démontra que, par la manière dont l'appareil était construit, divers gaz mélangés entraient dans la boite; qu'il résultait de la combustion du charbon et du soufre , qui s'opérait dans l'intérieur de cette boite, une grande quantité J'acide carbonique, d'acide sulfureux, qui pénétrait autour du malade, avec de l'azote et de Pair non décomposé; que le tuyau de sortie était beaucoup trop petit dans son rapport avec le tuyau d'entrée, surtout en considérant la propriété qu'ont, les gaz d'augmenter de volume , en se saturant d'eau en vapeur, ce qui arrivait dans la boîle de M. Galès , par l'effet de la sueur considérable que les malades y éprouvaient; qu'il résultait de ce défaut de construction la sortie du gaz par tous les joints au travers desquels il pouvait se faire jour , ce qui obligeait de coller sans cesse sur ces joints des bandes de papier, pendant que le malade était dans la boite, de serrer fortement un capuchon autour de son cou ; ces procédés inquiétaient, fatiguaient le sujet, en même temps qu'ils étaient dispendieux. Un autre désavantage de l'appareil de M. Galès était l'impossibilité d'en retirer le malade assez promptement, si , dans le cours de la fumigation , il se trouvait assez incommodé pour ne pouvoir plus la supporter. M Darcet fit encore remarquer que, dans l'appareil de M. Gales, la chaleur se répandait inégalement , et ehauflait beaucoup plus les pieds du malade que toutes les autres parties de sou corps , ce qui était 1 16

un défaut capital. M. Darcct , qui consacre ses rares talens a l'utilité publique et au soulagcmentde l'humanité' , avec un désintéressement auquel on doit les plus grands éloges, fut sollicité par l'administration des hospices de vouloir bien diriger la construction de nouveaux appareils , qui n'eussent aucun des inconvéniens reprochés à celui de M. Galès. Les vues paternelles de l'administration des hospices ont été remplies , et même surpassées par l'ingénieux chimiste à cjui elle s'était adressée. L'appareil de M. Galès,inférieurà celui de Glauber et à celui plus moderne de Lalouette , ce qui prouve que M. Galès avait inventé le sien ; cet appareil changea de forme et d'objet sous la direction de M. Darcet. Ce savant a séparé, au moyeu d'un procédé très-ingénieux , le foyer de la combustion du charbon, destiné à chauffer l'appareil, de celui de la combustion du soufre, ce qui obvie aux inconvéniens dont il a été parle plus haut ; on peut élever la chaleur à un très-haut degré dans cette nouvelle machine , sans courir le risque d'y mettre le feu, comme cela était à craindre dans l'appareil de M. Galès. Outre les appareils propres à donner des fumigations individuelles , M. Darcet en a construit un dans lequel douze malades reçoivent en même temps la fumigation; en sorte que 240 individus peuvent être fumigés en un jour par le moyen d'un seu! appareil. La vapeur sulfureuse est facilement retenue dans la boîte de M. Darcct, tandis que, dans celle de M. Galès, les gaz acides sulfureux et acides carboniques s'échappaient de toutes parts et se répandaient dans l'atmosphère environnante. Les boîtes de M. Darcct ont encore cetavantage, qu'elles peuvent être, au besoin , transformées en étuves sèches ou» humides ; qu'on peut varier à l'infini les substances qu'on veut y faire volatiliser, les résines odorantes , les essences, etc. On peut donc dire avec justice , de M. Darcet, qu'en cherchant à perfectionner les appareils fumigatoires , il en est devenu, par le fait, le véritable inventeur.

De tout ce qui vient d'être dit , nous concluerons , ainsi que l'ont fait MM. Mourgues et le duc de la Rochefoucauld , dans un rapport adressé au conseil général des hospices , que l'introduction dans les hôpitaux de Paris des fumigations sulfureuses est duc à M. Galès ; que les premiers moyens de donner des fumigations par la bassiuoire sont susceptibles de graves inconvéniens ; que la boîte qui avait été substituée à ce mode , en 181 3, tout en évitant un grand nombre des désavantages reprochés à la bassinoire , était cependant un appareil incomplet, d'un service difficile ; qu'il était même dangereux, en ce que , dans les applications de la fumigation au malade, l'acide carbonique restait uni à l'acide sulfureux; que néanmoins de* traitemens, faits par les deux moyens de M. Galès, oui été

Suivis de succès, et attestent l'efficacité des fumigations sulfureuses pour la guérison de la gale ; que l'appareil complet , exempt d'inconvéniens , d'une construction solide et économique , le seul dont on fasse usage maintenant à l'hôpital Saint-Louis, et depuis dix-huit mois, n'a point exigé la moindre réparation, et qu'enfin cet appareil, vraiment précieux, est uniquement dû aux dessins de M. Darcet , qui en a suivi l'exécution.

Dans le rapport cité plus haut , et que nous avons sous les yeux , MM. les commissaires ajoutent : « Les ennemis de M. Gales ont répandu dans le public , que l'application de* fumigations sulfureuses au traitement de la gale était depuis longtemps connue, et que M. Gales n'en est pas l'inventeur? nous avons cru devoir vérifier ce point de fait , et nous avons effectivement reconnu que Glauber, médecin - chimiste , a, dans un ouvrage publié eu 1659 , donné la description d'une boite fumigatoire , et a prescrit l'usage des bains à sec , avec le gaz sulfureux , contre la gale ; que le Dictionaire encyclopédique de 1753, article fumigation , indique l'usage des fumigations de soufre contre les maladies cutanées; qu'en 1776", Lalouette , dans un ouvrage qui a pour titre : Nouvelle méthode de traiter les maladies vénériennes parla fumigation , donne la description d'une boite fumigatoire; qu'enfin les docteurs Lafizc et Sédilloc jeune, ont fait, en i8o5 , un rapport à la Société de médecine , sur divers appareils fumigatoires , en usage dans l'établissement des eaux minérales de MM. Paul et Triay re à Paris. Mais , ajoutent les commissaires , quelqu'ancienneté qu'ait pu avoir l'indication des fumigations, en général , et des fumigations sulfureuses en particulier, pour la guérison des maladies cutanées , il n'en est pas moins vrai que cette indication était restée sans exécution , et tombée dans l'oubli , et qu'il est dû à M. Gales d'en avoir ressuscité l'idée et d'en avoir fait la première application dans nos hôpitaux. »

Les appareils fumigatoires appropriés au traitement de la gale, perfectionnés par les procédés de M. Darcet, sont aujourd'hui les seuls dont ou fasse usage, nou-seulcmcnt à l'hôpital Saint-Louis , mais dans les élablissemens particuliers. Il faut distinguer parmi ces nombreux établissemens , celui de M. Gales , situe rue Sainte -Anne , n°. 5g: les malades y reçoivent les soins les plus attentifs et les plus rationnels; une

Sropreté extrême règne dans les salles de fumigation, exemptes e toute odeur de charbon et de soufre. Des lits propres et commodes sont destinés à recevoir les malades après la fumigation ; des employés intclligens surveillent les appareils , assistent les malades sous la surveillance immédiate de M. Gales»

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qui ne néglige rien pour hâter la guérison des personnes qui se confient à ses soins.

Un autre établissement de fumigation et de bains hydro-sulfureux , situé rue du faubourg Saint-Honoré , n°. 3o , est dirigé par M. Prosper, homme industrieux, intelligent, habile pour la manœuvre qu'il a apprise à l'hôpital Saint-Louis , où il a été longtemps employé a surveiller l'administration des différeus bains.

Nous ne terminerons point cet aperçu historique sur rétablissement des fumigations sulfureuses , sans payer un juste tribut d'éloge à M. Mourgues , administrateur des hospices , et à M. Péligot, son collègue j qui, l'un et l'autre, ont favorisé l'établissement de ces appareils à l'hôpital Saint-Louis. M. Péligot, chargé de la direction de ce grand et important hospice, n'a rien néglfgé pour y faire établir les appareils fumigatoires et tous les autres bains , avec une sorte de prodigalité , bien recommandante , puisqu'elle tend au soulagement de l'humanité souffrante. On lui doit, non-seulement les bains de vapeurs sulfureuses, mercurielles , aromatiques, etc. , mais encore les bains de vapeurs aqueuses , dont l'appareil neuf, économique , exempt de tout inconvénient, et réunissant tous les avantages désirables , est encore dû au génie inventif de M. Darcet. Ce dernier appareil est l'unique qui existe dans la capitale , et sans doute, en Europe. Félicitons le savant, rendons grâce à l'administrateur philanthrope , au véritable philosophe , qui s'est immortalisé , lorsqu'à l'occasion de la guerre portée jusque dans notre capitale , les hospices civils étaient encombrés de militaires, affectés du typhus ! C'est aux sollicitudes de M. Péligot que nos infortunés soldats ont dû, les secours bienfaisans et inattendus qui ont sauvé uu si grand nombre d'entre eux du trépas qui les environnait de toutes parts.

Qu'il nous soit permis aussi de comprendre dans nos éloges notre savant collaborateur, M. Biett , l'un des médecins de l'hôpital Saint-Louis, et chargé en chef de la direction des fumigations de toutes les espèces, des bains de vapeur et des bains d'eaux minérales artificielles, etc. Cette partie du service est administrée de manière à exciter l'admiration des connais* seurs et des amis de l'humanité. M. Biett consacre huit heures chaque jour, à surveiller les détails importans qui lui sont confiés , à tenter des expériences qui tendent à constater l'efficacité des diverses méthodes, et à déterminer quelles sont celles qui sont en même temps les plus avantageuses aux individus, et les plus économiques pour l'administration. Notre estimable confrère nous a fourni sur les fumigations sulfureuses des renseignemens précieux pour la rédaction de cet article.

11 résulte des nombreuses expériences faites sur l'emploi des

fumigations sulfureuses dans le traitement de la gale , que ce moyen est un spécifique antipsorique qui me'rile d'être place au premier rang. La perfection que M. Darcet vient d'ajouter aux appareils himigatoires est telle , que les malades ne sont nullement incommodes de la vapeur du soufre , dont l'odeur ne peut se répandre à l'extérieur. Des phtisiques ont habité les salles où ces appareils se trouvaient placés , sans éprouver le moindre inconvénient. On n'a point à craindre que l'usage des fumigations répercute ou supprime trop brusquement la matière de la suppuration qui résulte des gales anciennes, car, outre que l'on peut éloigner les fumigations autant que l'exigent les circonstances où se trouve le malade , c'est que l'effet de cette méthode est d'exciter une transpira* tion abondante, qui s'oppose à toute rétropulsion ; on observe que cette transpiration , d'abord considérable , diminue insensiblement , ensorte que les forces n'en sont point épuisées.

Le gaz sulfureux est d'une telle diffusibilité , qu'il est promp- Icment absorbé par les vaisseaux cutanés ; aussi , dès la première fumigation , les progrès de la gale sont arrêtés ; et, vers la quinzième ou la seizième, la maladie , pour l'ordinaire , disparaît entièrement. Les personnes qui peuvent se faire fumigcr deux fois par jour, guérissent communément en six , huit ou dix jours. Huit grammes de soufre sublimé suffisent pour chaque fumigation.

Après la guérison , il reste de la rougeur à la peau, de la sécheresse , une sorte de rigidité dans les muscles , mais ces

Shénomènes* disparaissent eu peu de jours , et sont le résultat e l'action d>\ ■ itement qu'exerce le gaz sulfureux sur l'appareil cutané et les muscles extérieurs. Lorsque le malade est placé dans l'appareil fumigatoire , sa face devient rouge ; se* veux sont bri'laus, les artères temporales battent avec force , le pouls est considérablement accéléré ; une soif vive se fait rcsseutir , la sueur coule abondamment. On calcule que le malade perd quelquefois une livre par la transpiration; mais chez les sujets sains, l'affaiblissement n'est nullement proportionné à cette perte; ils peuvent , sans inconvénient, s'assujétir à deux , trois, et même quatre fumigations par jour, a Les vapeurs sulfureuses en excitant la peau, dit M. Gales, dans sou Mémoire sur les fumigations sulfureuses , semblent agir par cette voie d'une manière sympathique sur l'appareil digestif, et en accroître l'énercie : presque toujours l'appétit est augmenté ; et c'est sans doute à cette facilité qu'ont les malades de digérer une plus grande quantité d'alimens , qu'est dû le peu de faiblesse que devrait amener une déperdition copieuse de sueur. Quelquefois cependant , on observe des symptômes

d'embarras gastrique , mais qui cèdent bientôt à l'usage des délayans et d'un vomitif. »

L'action des fumigations sulfureuses sur les parties ge'nitales de la femme y est de produire, à la membrane muqueuse qui les tapisse , une astnetion assez grande. Les propriéte's toniques des vapeurs sulfureuses influent également sur les muscles ; elles procurent, à plusieurs parties du corps, une activité' très-grande et un tel besoin de s'exercer, que les malades ne peuvent s'empêcher d'agir.

D'après des expériences faites à l'hôpital Saint- Louis, et constatées par un jury médical , et d'après celles que nous avons suivies nous-mêmes , il résulte que toutes les espèces de gale, et spécialement les gales invétérées , se guérissent également par l'usage des fumigations sulfureuses , la durée d'une fumigation étant ordinairement d'une demi-heure.

Un jury, composé de MM. Pincl , Dubois ,Tartra, Esparron e tBouillon-Lagrange , conclut, de toutes les expériences qu'il a vu faire: «que l'eiHcacité et l'innocuité de ce traitement sont suffisamment constatées; qu'il parait même mériter la préférence dans la plupart , sinon dans la généralité des circonstances ; qu'il importe de le faire connaître , de le propager , de l'établir dans les hôpitaux , spécialement pour le traitement de la gale, et comme auxiliaire au traitement des autres maladies cutanées éruptives et chroniques , et de l'indiquer aux gens de l'art comme un très-bon adjuvant dans cette sorte de cas ; de l'établir à bord des vaisseaux, dans les camps , à la suite des armées, dans les prisons , dans les casernes, etc., etc. ; qu'il est à désirer qu'il se forme des établissemens publics pour l'administration de ce moyen , et pour que tous les particuliers puissent profiter de ses avantages. »

M. Biett, déjà cité à l'occasion de la fumigation sulfureuse , nous a communiqué quelques observations sur ce procédé , lesquels résultent de son expérience à l'hôpital Saint-Louis. Ce médecin a remarqué que la gale pustuleuse, soit discrète , soit confluente, cède plus promptement aux bains avec le sulfure de potasse qu'aux fumigations. Il en est de même des gales accompagnées d'un état cachectique , et caractérisées par des croûtes brunâtres plus ou moins larges sur les bras et 6ur les cuisses ; celles-ci cèdent plutôt à la pommade de sulfure de potasse, dite d'Helniericn^ et aux bains. La gale miliaire est , selon M. Biett , celle qui résiste le moins aux fumigations sulfureuses. Ce médecin a observé que de jeunes adolescens , et quelques femmes, éprouvent des syncopes, des menaces de suffocation dans l'appareil fumigatoire. Il a remarqué que les individus disposés à l'apoplexie, qué les vieillards asthmatiques, que les personnes atteintes de catarrhes chroniques* que

les phtisiques tic peuvent supporter la fumigation sans danger; que les malades attaqués de lésions organiques du cœur, hâtent évidemment leur fin en se soumettant à cette méthode j que les femmes dans l'état de gestation , que celles qui sont sujettes à des hémorragies utérines , éprouvent des pertes à l'occasion des fumigations. Il est donc convenable de renoncer à ce moyen lorsqu'on traite de semblables sujets; les baius hydro-sulfureux, les pommades de sulfure de potasse , de soude ou de chaux, ne présentent point les mêmes inconvéniens.

Les observations que nous avons faites à l'hôpital Saint- Louis , confirmées par l'expérience de M. Biett , nous font

Ecnscr que l'établissement d'appareils fumigàtoires dans les ôpitaux militaires , et dans la plupart des hôpitaux civils , ne fournirait pas les résultats économiques qu'on peut obtenir de plusieurs autres méthodes , i°. parce que dans les hôpitaux les appareils ne suffiraient pas pour fournir à chaque malade plusieurs fumigations par jour afin d'accélérer la guérison ; n9, parce que les sujets , affaiblis par la misère et les maladies antérieures, ne peuvent supporter qu'une fumigation en vingtquatre heures , et qu'il en est même auxquels il faudrait un intervalle plus long. C'est pour les personnes aisées que la méthode fumigatoire est avantageuse ; elles peuvent supporter trois et quatre fumigations par jour sans éprouver d'affaiblissement ; elles peuvent aussi trouver le temps nécessaire pour se soumettre à cette méthode ; c'est ce qui fait que le plus grand nombre des malades traités dans l'établissement de M. Gales guérit eu quatre ou six jours. Nous affirmons ce fait , parce qu'il est parfaitement à notre connaissance.

Un désavantage attaché aux fumigations avec l'acide sulfureux , est l'altération que subit le tissu de la peau , et qu'elle conserve quelques jours après le traitement. On pourrait obvier à cet inconvénient en employant le soufre par un autre procédé que celui de la combustion. Notre confrère, M. Bal lard , médecin en chef de l'hôpital militaire de Saint-Omer, et l'un des médecins militaires les plus savans, nous a communiqué «ne méthode analogue, qu'il emploie avec le plus grand succès. Il place un vase de terre vernissé, d'une profondeur convenable, sur un poêle ou fourneau ordinaire, chauffé suffisamment; il met dans ce vase du soufre en bâton , qui bientôt se liquéfie et laisse échapper un nuage de vapeur , presqu'inscnsible à la vue : le soufre volatilisé se répand avec promptitude dans toute la salle et pénètre tous les objets qui y sont contenus. Les galeux déshabillés doivent être placés en cercle autour du foyer de l'évaporation. Us n'éprouvent aucune incommodité résultante de cette vapeur ; elle ne contient aucune parcelle d'acide sulfureux ; les malades la respirent sans inconvénient»

M. Ballard s'est place* pendant plusieurs minutes de suite, ayant la bouche ouverte sur le vase remoli de soufre liquéfié sans avoir éprouve aucune irritation. Nous avons répété la même expérience , dont, le résultat a été le même pour nous. Les fleur-? bleues suspendues audessus du vase ne subissent aucune altération dans leur couleur. L'eau de chaux voisine de la vapeur ne présente aucun changement. Des phtisiques , placés par M.Bailatd dans la salle où il faisait les fumigations , n'en ont point été incommodés. Notre confrère fixe pour terme moyen de guérisou par ce nouveau procédé , l'espace de huit jours : il a fait des expériences comparatives avec dix «utres méthodes ; et la sienne est celle avec laquelle il a guéri le plus proraptement. Nous indiquons ce moyen si simple , si économique, aux praticiens , surtout à ceux qui exercent dans les hôpitaux , afin qu'ils le soumettent à de nouvelles expériences , au moyen desquelles toutes ses propriétés pourront être définitivement constatées. Nous ajouterons que M. le professeur Kclierand , dans une lettre qu'il vient de nous écrire , en réponse à quelques questions que nous lui adressions sur divers trailemens usités dans la gale , nous annonce qu'il a proposé à l'administration des hospices l'emploi du soufre en vapeur, au moyen de la liquéfaction. Ain.<«i,M. Richeraud,qui u'avait pas connaissance du procédé de M. Ballard, s'est rencontré avec lui : ce célèbre professeur propose de chauffer le soufre dans une cornue , ou il se sublimerait et s'élèverait en vapeur, sans pour cela changer de nature. C'est aussi l'opinion que nous avions conçue en lisant les détails qui nous ont été transmis par M. Ballard , parce qu'il est à craindre que, placé dans le vase dont ce médecin se sert ordinairement, le soufre ne vienne à s'enflammer par l'excès de la chaleur communiquée au moyen du fourneau, et qu'alors il ne se dégage du gaz sulfureux qui incommoderait et occasionnerait de graves accidens aux malades. Au surplus , lorsque les avantages de cette méthode seront constatés, il sera possible d'imaginer un appareil propre à préserver le soufre de toute combustion ; et M. Darcet , si habile dans ces sortes de travaux , pourra être consulté avec avantage pour la confection de ce nouvel appareil.

Nous finirons ce que nous avions à dire sur les méthodes curalives de la gale , par quelques considérations médicales , relatives à la manière générale d'appliquer les traitemens dans cette maladie.

L'ancien U9age , et beaucoup de praticiens l'observent encore , prescrivait des préparations , un traitement préliminaire , qu'on regardait comme importans, avant d'administrer les antipsoriques. On saignait le malade, quelle que fut

sa disposition actuelle , quelle que fut sa constitution ; on le purgeait plusieurs fois} on le mettait à l'usage des bains , des boissons dépuratives , etc. j on lui faisait prendre le soufre intérieurement, au moins pendant huit jours. Souvent ces précautions , empiriques , prolongeaient la gale pendant un mois. Enfin l'on en venait à I usage des frictions, qu'on entremêlait quelquefois de purgatifs. Celui qui se faisait traiter dans son domicile en était quitte pour être affaibli , et pour avoir emploie' trois fois plus de temps qu'il n'en faut réellement pour se guérir. Mais les militaires et les indigens , traités daus les hôpitaux , y contractaient fréquemment des maladies graves et trop souvent mortelles, surtout lorsqu'il régnait dans ces asiles, des épidémies, des affections contagieuses.

Les médecins qui connaissent la véritable cause de la gale , ceux qui l'attribuent à la présence du sarcopte , se hâtent de faire mourir l'insecte , seul moyen de guérir la maladie.

Ainsi donc, toutes les fois qu'un sujet est atteint d'une gale simple , quelle que soit son ancienneté , l'application des moyens antipsoriques , externes, sera le seul traitement rationnel. Il n'exige aucune sujétion, aucun régime. Lorsque l'on fait usage de frictions ou de simples lotions , quelques bains tièdes ou de vapeurs sont avantageux pour disposer la peau , amollir les croûtes et calmer l'irritation causée, soit par la maladie , soit par les topiques usités pour la guérir. Kn général, les bains sont toujours un auxiliaire très-utile employé contre cette affection , parce qu'ils calment le prurit , ouvrent les pores de la peau , et facilitent l'introduction des miasmes ou des substances qui font mourir le sarcopte.

Lorsque la gale est récente, qu'elle n'est encore caractérisée que par des pustules cristallines , il faut se hâter de la guérir ; et le moyen qui la ferait cesser en un jour serait le moyen le plus rationnel.

Si Pexanihèmc psorique excite , depuis longtemps , une suppuration abondante , la prudence exige que le médecin n'accélère point trop la guérison ; il convient de supprimer lentement l'espèce d'exutoire qui s'est établi à la peau. Dans ce cas , il est raisonnable de prescrire au malade quelques purgatious , un régime tonique et légèremeut diaphorétique. Ces sortes de gales doivent être traitées par l'usage des bains sulfureux ou des fumigations. Mais , au lieu de les administrer plusieurs fois dans un jour, on devra les faire prendre à la distance d'un ou deux jours , et même davantage , selon la gravite^des symptômes. Avec ces précautions , Von évite les rétropulsious , les métastases qui pourraient être funestes , ainsi que nous l'avons dit , en décrivant la maladie.

Lorsque la gale est compliquée avec une autre affection, si

s5o G AL

la gale est récente, on doit en débarrasser le malade avec Ie§ précautions convenables , et qui se déduisent d'après l'état des choses. 11 est des cas où l'affection psorique doit être entièrement négligée , pour donner tous les soins à l'autre maladie , lorsqu'elle présente un danger imminent , comme cela s'observe dans les fièvres essentielles, aiguës ; dans les phlegmasies du poumon , de l'abdomen , etc. Ce n'est qu'après la convalescence qu'il faut traiter la gale.

Dans les maladies chroniques , telles que la phthisie, la cachexie , etc. , il est convenable d'employer des moyens fort doux pour guérir la gale ; et si c'est d elle que dépend la maladie , alors le médecin ne saurait apporter trop de prudence dans le traitement de l'exanthème , dont la suppression doit être lente et graduée.

Nous croyons inutile d'insister sur le traitement des compilions ; tout médecin connaît le danger des rétropulsions , et sait qu'il est des irritations externes que , dans certains cas , on doit ne faire cesser cju'avec de grandes précautions , et après avoir remplacé tes irritations par des moyens que l'art entrelient aussi longtemps que les circonstances l'exigent.

Prophylactique. Il est facile de déduire les moyens prophylactiques qu'il convient d'employer contre la gale. Eviter la contagion en fuyant les habitations des galeux , en s'éloignant de ceux»ci, en ne touchant ni leurs vètemens, ni les ustensiles dont ils se servent. Lorsqu'on a été exposé à ces causes , il faut se baigner, se faire des lotions froides, aromatisées par de l'eau de Cologne ou toute autre eau spiritueuse ; et lorsqu'on éprouve déjà un léger prurit, employer des lotions camphrées ou alcalines , sur les parties où l'on ressent de la démangeaison; souvent ces dernières précautions ont fait avorter la gale. C'est surtout en voyageant que l'on est exposé à contracter cette maladie si dégoûtante et si incommode ; les personnes soigneuses de leur santé , qui voyagent dans des voitures publiques , feront sagement de porter des gants , pendant la route , d'éviter le contact immédiat dans la voiture avec les individus qui leur sont inconnus • de ne se coucher qu'habillées dans les lits qui leur paraîtront suspects; et tous le sont , s'ils n'offrent à l'œil et à l'odorat, des preuves non équivoques que les draps n'ont servi à personne depuis qu'ils ont ont été lessivés.

C'est particulièrement dans les provinces où la gale est endémique , ou du moins très - répandue , que ces précautions sont indispensables ; les troupes qui traversent ces contrées n'en sortent ordinairement qu'infectées ; il vaudrait mieux les faire bivaquer que de les exposer, en logeant chex les particuliers , à contracter une maladie qu'elles propagent à leur tour. On a vu, sur deux bataillons du ?<)*. régiment d'infau-

GAL s5r

terîe légère, qui ont traverse la Bretagne pour venir à Paris , en janvier et février 1812 , onze cent quatre-vingt-seize hommes être infectës de gale , acquise pendant ce passage. Dans le même temps les troupes qui traversèrent le Poitou et d'autres provinces limitrophes, ne contractèrent point la gale , parce que ces pays en sont commuuément exempts.

11 suffit de se baigner dans la baignoire qui a servi à un galeux pour être infecté. Les personnes qui vont aux bains publics doiventse précautionner contre cette espèce de contagion.

Le sarcopte de la gale se conserve vivant , et dépose ses œufs dans les vêtemens des galeux. Il convient , avant de se servir de ces objets , de les désinfecter au moyen de la vapeur du soufre; le procédé est fort simple : on met les habits sur une claie, et l'on fait brûler dans un réchaud par terre, et sous les effets infectés , du soufre en quantité suffisante , pour produire le gaz sulfureux nécessaire à la destruction des sarcoptes. On aura soin de faire l'opération dans un lieu bien clos , afin que la vapeur y reste assez longtemps , pour produire l'effet qu'on en attend.

Tous les objets emi ont servi au coucher d'un galeux, tout son linge , doivent être lessivés exactement.

Lorsqu'on vit parmi des personnes atteintes de la gale, c'est une excellente précaution prophylactique de se baigner souvent , surtout à Veau froide , qui a la propriété d'asphyxier les sarcoptes , lesquels , par conséquent , quittent la surface du corps avant de *'être introduits sous l'épidémie.

Les soldats nouvellement recrutés sont très - fréquemment sujets à la gale; c'est toujours au défaut de propreté qu'ils doivent cette maladie. Il est donc convenable de veiller à ce qu'ils changent de linge , à ce qu'ils se baignent ou se lavent le corps fréquemment.

Nous terminerons, ici , ce que nous avons à dire sur l'histoire , la cause et le traitement de la gale. Le sujet est d'un intérêt si général , que nous avons cru devoir le traiter avec quelque détail. Puisse notre travail n'être point inutile à nos confrères, et surtout aux gens du monde , qui , trop souvent

Sour eux, n'ayant point une idée exacte de la gale, sont victimes e l'ignorance et de la cupidité des charlatans qui spéculent sur cette dégoûtante et dangereuse maladie !

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Stenzel , médecin allemand , avait déjà annoncé, en 1723 , que la gale est causée par la présence d'un insecte. Vnyci la page 56 de la dissertation intitulée: Dissertatio de rite perquirendd morborum origine ; Witternb., 1733.

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