GARDIEN
GALACTOPOIESE, s. f.tâey&k&KTo-'roiiiTtK*ilact(/icatio: on désigne par là la faculté qu'ont les mamelles de servir à l'élaboration et à la sécrétion du lait. L'action de ces organes qui les rend propres à opérer la sécrétion laiteuse , ne se développe qu'à de certaines époques de la vie. Pour les tirer de leur état de repos et d'intermittence , il faut qu'un stimulus quelconque agisse sur eux , et augmente l'irritation du mamelon , au point d'y attirer les fluides. Après l'accouchement , l'influence qu'exerce l'utérus sur les mamelles fait qu'elles deviennent un centre de fluxion. A cette époque, elles jouissent de tonte leur activité. La nature n'attend même pas toujours que les femmes soient accouchées pour disposer ces organes à la sécrétion laiteuse. Chez toutes, les fluides commencent à s'y porter en plus grande quantité pendant la grossesse ; il en est même quelques-unes chez lesquelles la sécrétion du lait commence à s'opérer assez abondamment durant les deux derniers mois, pour les forcera se garnir. Cependant, quoique l'action sympathique de l'utérus ait suffi pour la déterminer pendant la grossesse et après les couches , elle cesse bientôt , si la bouche de l'enfant qui pratique la succion n'entretient pas, en s'appliquant sur le bout du sein, l'irritation nécessaire pour soutenir leur action. Ce stimulus matériel exercé sur le mamelon est indispensable, pour que cette fonction continue de s'exercer
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pendant le temps convenable. Une snccion longtemps continuée peut même augmenter accidentellement l'action de l'organe mammaire , au point de de'terminer une sécrétioa laiteuse chez des femmes qui n'ont point eu d'enfans. Ce phénomène a aussi été' observe' chez des hommes qui , pour apaiser des enfans, s'e'taient avise's de leur présenter le seiu. La quantité du lait sécrété, ses qualités , ne sont pas en raison du volume des mameUes , mais en proportion de la vitalité dont elles jouissent ; aussi les femmes dont les seins sont petits, mais fermes, ont quelquefois plus de lait, et un lait de meilleure qualité que celles qui les ont très-volumineux. ( cAnninii )
GALACTOSE, s. f . , de y&KauLiartf , production du lait. Les médecins se servent du terme de galacto se pour désigner l'élaboration , la sécrétion par laquelle le sang , le chyle ou la lymphe, suivant d'autres, est changé en lait par l'action vitale des mamelles. Les physiologistes ne sont point d'accord sur la nature des matériaux qui sont apportés à ces organes, et qui , élaborés par eux , servent à la formation du lait. Les uns pensent que la lymphe est la source du fluide que les mamelles sécrètent ; d'autres soutiennent que les matériaux du lait sont fournis par le sang : cette dernière opinion me parait la plus vraisemblable. Il n'est pas probable, comme l'observent Chaussier , Bichat , que la nature ait adopte un mode particulier pour la transmission des principes qui servent à l'élaboration du lait. Or, toutes les autres sécrétions se font dans des glandes conglomérées, et les matériaux qui y sont employés leur sont apportés par les artères. On voit quelquefois la succion pratiquée par un enfant robuste et avide , faire sortir du sang par les tuyaux lactiferes , quoiqu'il n'y ait point de crevasse. Ce phénomène n'aurait pas lieu si le lait était formé immédiatement par le chyle qui arrive directement aux mamelles.
Si les matériaux de la sécrétion du lait étaient transmis dans les mamelles par les vaisseaux lymphatiques , on ne pourrait attribuer ce transport de la lymphe qu'à ceux qui, des parois de l'abdomen , se rendent vers ces organes; car l'anatomie ap-
Î>rend aue ceux qui s'étendent des seins vers les glandes axilaires aboutissent vers ce dernier lieu , au lieu d'en partir, pour se rendre de là à la veine sous-clavière. Mais , comme l'a fort bien observé M. Roux, on ne peut pas admettre que la lymphe soit apportée par les vaisseaux lymphatiques qui partent des
Sarois de l'abdomen, et traversent la glande mammaire avant 'arriver à la veine sôus-clavicre. Ils sont tron petits, trop peu nombreux pour fournir une quantité de fluides proportionnée à la quantité du lait sécrété. D'ailleurs leur calibre étant plus
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gros au sorlir de h glande qu'avant d'y pe'ne'trer, il est bien plus probable que leur fonction est de charrier le résidu des Il unies employés à la formation du lait, plutôt que d'y déposer ceux qui ont servi à cette sécrétion.
Les physiologistes qui pensent que les principes qui servent à la formation du lait sont apportés par les vaisseaux lymphatiques, objectent que si les artères fournissaient ces matériaux, les mamelles devraient augmenter de calibre dans la proportion du lait qui est élaboré. Cependant leur examen auatomique prouve que le calibre des artères n'est pas augmenté, quelque grande que soit la quantité du lait. Pour fournir à ces organes une quantité de sang proportionnée à celle du lait qu'ils élaborent, il n'est pas nécessaire pour cela que le calibre des vaisseaux augmente : la nature a un moyen plus simple de diriger vers eux , dans cette circonstance , le sang en quantité suffisante. Elle u'a besoin pour cela que d'augmenter leursensibilité et leur action , pendant tout le temps qu'ils sont destinés à opérer la sécrétion du lait. En effet, c'est un axiome en physiologie , que toutes les fois qu'il s'établit vers un organe une irritation, soit naturelle, soit accidentelle, la quantité de fluides qui y aborde augmente dans la même proportion.
Si la quantité des' fluides qui abordent vers les mamelles ne pouvait augmenter, sans que le calibre des vaisseaux ne croisse, on observerait bien plus souvent l'engorgement des seins à la suite des couches. Leur diamètre augmentant dans tous les cas, proportionnellement à la quantité de l'humeur nécessaire à l'entretien de la sécrétion qui doit s'établir, il en arriverait autant lorsqu'elle ne doit pas se continuer, que lorsqu'elle doit avoir lieu pendant quelque temps, parce que la femme nourrit. Si cette quantité plus grande de liquides n'était pas sécrétée par les mamelles, il en résulterait un engorgement inflammatoire : si la sécrétion s'opère et que l'excrétion n'ait pas lieu , il surviendrait un engorgement laiteux, proprement dit : dans le commencement , c'est un simple cndolorissement produit par la stase du lait ; mais s'il devient très-considérable, il survient une tension inflammatoire. ( gaudiek )
GALANGA, s. m., maranta galanga, monandrie , raonogynie , L. balisiers, J. Celte plante croit aux Indes Orientales , et se plaît dans les lieux humides. Ses racines , dit Lamarck , sont tubéreuses , genouillées , horizontales , et garnies de fibres fort longues qui s'enfoncent perpendiculairement dans la terre : on en distingue qui sont rouges à l'intérieur , et d'autres dont la substance est blanche. Les tiges , droites , simples , cylindriques , glabres, s'élèvent à plus de six pieds de hauteur; les feuilles, alternes, finement striées , sont longues d'un pied et demi 7 larges de trois à quatre pouces, et portées
sur des pëtioles courts , dont la base s'élargit en une gaine qui enveloppe la tige : les fleurs , blanchâtres , pédonculécs , disposées en grappe terminale , se composent d'un petit calice monophvllcà trois divisiousj d'une corolle monopétale, tubuleuse, à limbe quadrifïdc et irrégulier , d'une seule étamine, et d'un pistil unique. Le fruit est une petite capsule ovoïde , ressemblant à une baie de géuévrier, rouge dans sa maturité , et contenant deux ou trois graines cordiformes , dures, et d'une saveur âcre.
Je viens de tracer une description succincte du grand galanga : le petit n'en est qu'une variété y suivant Murrav , tandis que, selon d'autres naturalistes , il constitue une espèce distincte ; du moins est-il vrai qu'autant il est inférieur au grand par la proportion de toutes ses parties , autant il le surpasse par l'énergie de ses qualités physiques et ses propriétés médicamenteuses.
Les racines du galanga nous parviennent séchées et coupées par tranches ou par morceaux: elles exhalent une odeur vive , aromatique; elle impriment sur la langue une saveur piquante, et comme brûlante.
Il règne sur l'histoire du galanga une variété, on plutôt une contrariété d'opinions très-remarquable , et surtout très-embarrassante. J'ai lu ce qu'ont écrit sur celte plante Garcias ab Horto , Christophe Àcosta , Pierre- André Mattioli , Antoine Musa Brassavolo , Jean Manardi, et je n'ai su comment il était possible de concilier leurs sentimens divers. Loin de résoudre la question , le savant Geoffroy la rend plus problématique. Le chevalier de Jaucourt se trompe grossièrement lorsqu'il avance que le grand et. le petit galanga ont été inconnus aux Grecs anciens et modernes , ainsi qu'aux Arabes. Les mots ycLhcLjy&ç et y&KAyx&t se trouvent dans les Œuvres de Paul d'Egine et d'Aetius j M vrepsus et Mesué font entrer le galanga dans plusieurs de leurs antidotes ridicules et de leurs monstrueux électuaircs.
Les Indiens en général , et notamment les Malabares , accordent une estime particulière aux racines de galanga , qu'ils emploient comme aliment , comme assaisonnement et comme remède. Ils les réduisent en farine , et en préparent, avec le suc du coco , des pains et des gâteaux qu'ils mangent avec délices , et dont ils prétendent avoir constaté les vertus merveilleuses dans les cas de dyspepsie , d'hystérie , de colique , et dans les affections des voies urinaires.
Les Arabes , qui portent quelquefois jusqu'à la passion l'attachement pour leurs chevaux , emploient souvent la racine de galanga pour ranimer les forces et rétablir la santé de ces animaux utiles.
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Lorsque cette substance exotique fut expédiée pour la première fois en Europe , elle obtint de toutes parts , mais spécialement en France , cet accueil fanatique réservé a toutes les drogues qui joignent au prestige de la nouveauté le mérite de venir de loin. On soutint que la racine de galanga était le plus précieux des aromates, le plu» puissant des toniques ; on en distilla des huiles , on en fit des essences , des teintures ; ou en surchargea des préparations antiques , et on l'introduisit dans les nouvelles : aussi, la voit-on figurer dans les species imperatoris de la Pharmacopée de Wirleraberg, dans l'électuaire bénédict laxatif de Nicolas de Sa le rne, dans l'esprit carminalif de Sylvius , dans l'essence carminative de Wedel , dans Pélixir de vitriol de Mynsicht , etc.
On regardait la racine de galanga , infusée dans le vin , comme un moyen infaillible de prévenir et de dissiper le mal de mer ; on en prescrivait alors un à deux gros , tandis que trente à quarante grains suffisent quand on l'administre eu substance. Au reste, il convient d'observer que cette racine, tant exaltée à l'époque de sa première apparition , est aujourd'hui tombée en désuétude. Complètement bannie de nos cuisines , elle occupe à peine une place sur les tablettes des pharmaciens, bien audessousdu gingembre, du roseau aromatique, du girofle, de la canelle, du poivre, et même de l'angéliquc.
GALBANUM , s. m- Nous avons retenu cette dénomination employée par les Latins , qui l'ont eux - mêmes traduite du grec jcLK&tvn ou yëxCâurn , pour désigner un suc gommo- résineux , concret , tenace, d'une couleur blanchâtre lorsqu'il est récent , jaunâtre ou fauve quand il est vieux , marbré de taches blanches, brillantes , ressemblant beaucoup aux ongles.
Il nousestapporté , tantôt sous forme de grains ou de larmes, purs et demi-lrausparens , tantôt en masses ou en pains bruns, non tachetés, sans la plus légère apparence de pellucidité, et souillés de terre , de sable , de bois ou d'autres impuretés.
Le galbanum imprime sur la langue une sensation de chaleur, d'amertume et d'âcreté -y il exhale une odeur forte particulière qui désagréable pour la plupart des iodividus, ne déplaît point aux hystériques et aux hypocondriaques.
Plusieurs ombcllitêres fournissent , sinon du vrai galbanum, du moins un suc très - analogue. Toutefois , le galbanum en larmes , que les pharmaciens conservent dans leurs officines , parait distiller du bubon galbanum de Linné , qui va se ranger, avec les autres ombellécs , daus la pentaudrie digynie de l'immortel naturaliste suédois.
Cet arbrisseau toujours vert croit en Afrique et en Asie. La tige, cylindrique , grosse comme le pouce , articulée , lisse ,
rameuse, s'élève à la hauteur de trois à cinq pieds. Les feuilles alternes , deux fois ailées , se divisent en foliolrs cunéiformes, striées , incise'es et dcnteVs en leur bord supérieur. Les ombelles , terminales , solitaires au sommet des raraeanx , sont munies de collerettes polyphy Iles. Les (leurs petites , jaunâtres, produisent chacune deux graines accolées , glabres , cylindroïdes, striées , et non ailées.
Toute cette plante , dit Lamarck , est remplie d'un suc visqueux , laiteux , clair , qui découle en petite quantité par l'incision , et quelquefois de lui- même , des noeuds des tiges qui ont trois ou quatre ans; mais ou a généralement l'habitude de couper celles-ci à deux ou trois travers de doigt de la racine , et le suc distille goutte à goutte. Quelques heures après il se condense ,-se durcit , et on le recueille.
Analysé par l'habile pharmacien J. Pelletier, le galbanum a donné r>(i,.S(> de résine, 19,9.8 de gomme, 7,5a, de ligneux , 6, ^4 d'eau et d'huile volatile.
Si , pour apprécier les vertus d'un remède , il suffisait d'accumuler les autorités , peu de substances occuperaient dans les fastes de la matière médicale un rang plusdislingué , plus «minent que le galbanum. En effet , Dioscoride énumère longuement les propriétés de ce suc , et indique le moyen de le purifier. Hippocrate en recommandait l'application contre les affections morbeuses de l'utérus. Galien l'employait dans les cachexies , pour échauffer et stimuler. Le professeur Pinel , thérapeutistc aussi judicieux que nosographe illustre, déclare que le galbanum dissipe les flatuosités et calme les douleurs des intestins qui en proviennent j il ajoute qu'on le regarde comme atténuant dans l'asthme et la toux opiniâtre , et qu'on s'en sert à titre de topique pour calmer certaines névroses.
Le docteur Alibert juge plus sévèrement le galbanum, qui doit à son antique renommée l'avantage de figurer encore parmi les substances médicinales. On le prescrit intérieurement , soit suspendu dans un jaune d'œtlf ou dans un mucilage de gomme arabique , soit incorporé dans des pilules , à la dose de six à vingt grains. Il est plus souvent appliqué à l'extérieur : on en fait des linimens , des emplâtres, des fumigations. Dissous dans le vinaigre, il contribue puissamment à la guérison des cors, selon Spielmann et Bourdet. Digéré daus l'huile de térébenthine , il lui communique une couleur bleuâtre , et constitue le galbanetum de Paracelse , qu'on a vanté avec la plus fastueuse et la plus ridicule exagération.
Le galbanum entre dans une foule de mélanges pharmaceutiques qui , malgré leur composition bizarre ou monstrueuse , n'ont pas entièrement perdu leur vogue, et conservent même des partisans , à la vérité plus ardens qu'éclairés. Je citerai
seulement la tbëriaque , le mithridate , rorvic'tan , le diascnrdium de Fracastor, l'onguent des apôtres ou dodécopharmaque d'Avicennc, le baume utérin de Charas , les enmlâtrcs diaphorélique de Myusicht , diaclrylon gommé, d'aitlixa de Nicolas Myrepsus , divin de Jacijues Lemort , manus dei , magnétique d'Ange Sala , opodeldoch , diabotanum de Blondel.
GALE, s. f . , maladie cutanëe. Les Grecs donnaient à la gale le nom de •sj^js*, de 4«» je frotte ; et les Latins celui de scabics , de scabere , frotter.
Les anciens, selon qu'ils étaient ou Grecs ou Latins, comprenaient, sons les dénominations de ^.apet ou de scabies , non- seulement ! i çale, mais toutes les affections cutanées prurigineuses. C'est ainsi qu'ils confondaient souvent ensemble , comme n'étant que des variétés de la même espèce, la lèpre, les dartres, la gale , etc.
Mais Celse 6t cesser ce désordre nuisible aux progrès de l'art ; il consacra le mot scabies à une seule maladie , celle à laquelle cette dénomination peut s'appliquer avec tant de justesse , et qu'en français nous nommons gale. Les successeurs de l'illustre médecin de Rome adoptèrent la réforme qu'il avait établie; et, depuis cette époque, tous ceux qui ont écrit en langue latine , sur le même sujet , n'ont compris que la gale sous le nom de scabics. Les auteurs des autres nations qui n'ont point emprunté leurs dénominations de la langue de Celse , ont désigné celte maladie par un terme spécial , pris dans la leur, et qui, en général, a la même signification que les expressions grecques et latines, destinées au même usage : ainsi, les Allemands ont le mot kraetze ; les Anglais , itch ; les Espagnols, sarna; les ltalieus, rogna , etc.
Synonymie- éijmologie. D'anciens auteurs français ont donné à la gale le nom de rogne , de l'italien rogna , terme po-
Îtulaire; car les médecins , dont les ouvrages sont écrits ea angue italienne, se servent pour l'ordinaire du mot scabie , qu'ils ont emprunté du latin scabies. Nos pères employaient encore les termes de porcelaine , de gratelle ; mais l'usage a fait prévaloir la dénomination de gale, qui est aussi ancienne que notre langue.
Le mot gale dérive incontestablement de l'un des termes latins callus ou galla. L'on ne sait pas précisément lequel des deux est le radical de la dénomination française. Les partisans de la première étymologie pensent que gale vient de callus , à cause de la dureté que la peau contracte lorsqu'elle est couverte des pustules de la galej ils ajoutent que des auteurs du moyen âge ont écrit calla , en parlant de la gale.
Ceux qui font dériver î'expr espion française du galla , 17. 12
tirent leurs argumens de la ressemblance qu'ils remarquent entre l'affection psorique qui nous occupe , et les diverses productions animo-végétales appelées gales en français, et gallœ en latin ; productions que l'on remarque sur plusieurs parties des
Ï liantes et des arbres , telles que l'écorcc , la fouille et même a fleur, particulièrement sur le chêne. Il est certain que des médecins du moyen âge , écrivant en latin , se sont servi du moi galla , comme synonyme de scabiesy en parlant de la gale dont les hommes sont attciuts. Sans doute ces médecins fondaient la préférence qu'ils donnaient à cette nouvelle expression , sur l'analogie que la gale présente avec la singulière production dont il vient d'être parlé , soit à raison de l'espèce de rapport qu'ils apercevaient entre les formes et l'aspect des unes et des autres; soit peut - être parce que les gales vé-
Séto- animales résultent d'un insecte , origine que des méecins , dès le douzième siècle , attribuaient à la gale des hommes, d'une manière conjecturale, toutefois, puisqu'aucunc expérience, aucune observation précise, n'avait eu lieu pour constater la présence d'un insecte dans les pustules de la gale proprement dite.
Définition. La gale est une éruption cutanée , essentiellement contagieuse , qui s'étend sur toute la surface du corps , le visage excepté j mais <jui est plus abondamment parsemée entre les interstices des doigts, sur le dos des mains,aux poignets, aux coudes, aux parties internes des membres thorachiques et abdominaux, aux aisselles, aux plis des bras et des jambes, à la partie antérieure de la poitrine, dans l'intervalle qui sépare les mamelles chez les femmes, aux aines, sur l'abdomen ; et qui se porte très-rarement à la plante des pieds et à la paume des mains.
Cette maladie se reconnaît aux caractères suivens : des pustules rondes, dures, ordinairement très -multipliées, souvent coufluentes , très-petites , n'excédant point la grosseur d'un grain de millet , et généralement plus petites; qui conservent à leur base la couleur de la peau , et sont cristallines à leur sommet, où elles contiennent une liqueur séreuse légèrement visqueuse ; qui sont quelquefois et consécutivement larges , croûteuscs , agglomérées entre elles , remplies d'une humeur puriforme; qui n'opèrent aucun changement à la peau , ne déterminent ni fièvre , ni chaleur; qui excitent chez tous les individus un prurit continuel , que la chaleur, surtout celle du lit, augmente considérablement ; alors le prurit devient ardent , cuisant et insupportable pour quelques sujets qui sont privés de sommeil , et ue pouvant vaincre le désir de se gratter, finissent par se déchirer la peau et s'ensanglanter. C'est le prurit qui accompagne la gale qui lui a fait donner le nom de gratelle , qu'on lui conserve quelquefois encore dans la conversation
Histoire générale. Les pathologisles font occuper à la gale des places diverses dajis leurs systèmes nosographiques. Dans le cadre de Boissier de Sauvages, et dans celui de Tourtclle , elle se trouve parmi les cachexies; Linné la range parmi les vices ; Vogel et Sagar professent la même doctrine ; Macbridc et Cullen la décrivent dans la classe des maladies locales ; Vitet la classe parmi les inflammations ; M. Tourdes la voit comme une maladie du tissu cellulaire ou lymphatique ; M. Baumes la range dans la classe des oxigénès es , sous-classe de'soxige'nèses , genre helminthèse. Ces classifications contradictoires prouvent que leurs auteurs ignoraient la véritable nature de la gale; il semble cependant que M. Baumes n'en méconnaît point la cause occasionnelle ; mais en employant le mot helminthèse , il a commis une erreur, puisqu'il faudrait induire de celte dénomination que Yacare outiron de la gale, est un ver, ainsi que le pensait Cestoni. L'opinion contraire est prouvée par fous les naturalistes; elle est formellement exprimée par MM. Latreillc , Bosc , Duméril , Huzard , etc. , qui ont parfaitement étudié l'insecte de la gale. Nous pensons que l'erreur de M. Baumes n'a sa source que dans le mauvais choix de son expression , et qu'il sait sur l'acare humain , tout ce que savent les académiciens que nous venons de citer; que , si au lieu à' helminthèse il eût écrit entomèse^ il aurait , sur ce point , l'ait concorder sqn système avec la vérité. M. Pinel nous semble avoir résolu la question , en faisant entrer l'exanthème psorique dans Tordre des phlegmasies cutanées.
La gale est une maladie infiniment répandue ; elle se manifeste à toutes les époques de l'année , plutôt dans la saison chaude que pendant les temps froids ; oti l'observe dans tous les âges de la vie et chez tous les peuples civilisés. Nous ignorons si les sauvages, qui n'ont point de communication avec ceux-ci , sont sujets à cette affection. Toutefois , il es! présumable que l'habitude où est l'homme qui vit soit dans un^tal voisin de celui de la nature , soit dans cet état même , de ne point se vêtir , de se baigner chaque jour , de se faire diverses onctions sur tout le corps , doit le préserver d'une maladie qui «erait pour lui un véritable fléau. Au surplus . celui de nos collaborateurs qui s'occupe , dans un ouvrage périodique , d'enrichir la littérature médicale de savantes recherches sur la médecine de tous les peuples de la terre, et spécialement sur celle des nations sauvages placées aux extrémités du globe , résoudra cette question , d'ailleurs plus curieuse qu'importante pour les progrès de l'art de guérir.
La gale , ainsi qu'on l'a dit plus haut, est essentiellement contagieuse; et c'est une erreur suffisante pour attester tout l'empire que le préjugé de la médecine humorale exerce en-
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core sur certains esprits , de croire et d'enseigner qne la gale peut naître spontanément , à raison d'une cause interne quelconque, soit comme symptôme, soit comme affection critique. L'observation démontre à tout praticien judicieux que la gale se contracte constamment par une contagion qui s'opère au moyrn du contact immédiat avec des individus atteints de la maladie,, ou avec des vêtemens , des lits, des meubles, ou autres objets infccte's par l'usage qu'en ont fait précédemment les galeux.
C'est particulièrement parmi les personnes du peuple , les ouvriers pauvres , les indigens , les marins, les soldats , surtout ceux qui font campagne, qui sont réunis en grand nombre dans des lieux trop peu spacieux , comme les prisons , les dépôts de mendicité, les casernes, les vaisseaux, les divers campemens, que la gale se remarque le plus communément. Plusieurs raisons expliquent ces assertions. D'abord, la malpropreté, si difficile à éviter chez les individus dont il vient d'être parlé , et dans les circonstances où nous les supposons; viennent ensuite leur négligence à se faire jguérir , ou à suivre un traitement suffisant pour y parvenir; leur insouciance pour la désinfection de leurs vêtemens ou de leurs literies , dansle contact desquels ils s'inoculent de nouveau la même maladie, dont à peine ils venaient d'être débarrassés.
On observe , plus communément , la gale chez les personnes jeunes , les femmes et les enfans , et , eu général , chez les sujets dont le tempérament se caractérise par uue prédominance lymphatique ou bilieuse ; chez ceux où les facultés absorbantes des vaisseaux cutanés sont très - énergiques. Les vieillards sont donc plus rarement atteints de cette maladie , que les individus dont on vient de faire mention ; il en est de même des personnes douées d'un tempérament opposé à celui où le système muqueux ou bilieux est exubérant. Lorsque les vieillards et les sujets qui ne sont point naturellement prédisposés à la gale , contractent cette maladie , elle est peu active , l'éruption est moins abondante, et elle excite moins de prurit. Beaucoup d'observateurs assurent que parmi les ouvriers, ceux qui exercent la profession de tailleur sont les plus sujets à contracter la gale. Nous nous bornons à rapporter ce fait que nous n'avons point eu occasion de vérifier. Il est une autre assertion que nous ne croyons pas devoir réfuter , c'est celle de Panaroli ( Pentecost. in , n°. xxxv ) , par laquelle on voit que messieurs les capucins ne sont jamais affectés de la gale. Ce privilège exclusif ne serait -il pas dû à l'insecte pédiculaire , qui , pullulant sur la gente capucine , ne permet point à Vacants de partager sa subsistance ? Toutefois il parait que mesdames les capucines n'étaient point aussi favorisées que
leurs Frères , car nous avons traite une d'elles d'une gale bien caractérisée. Il est uu fait beaucoup plus avère' que ceux qui viennent d'être éuonce's, c'est que les vidangeurs ne sont jamais atteints de la gale. Il est évident qu'ils doivent leur préservation aux miasmes d'hydrogène sulfuré qui s'élèvent des fosses d'aisances , et dout leurs corps sont iucessammcnt imprégnés.
Les personnes de tous les rangs , qui habitent leur propre maison , lorsqu'elles jouissent d'une sorte d'aisance et qu'elles observent les préceptes de l'hygiène, dont l'un des principaux est le soin d'entretenir , sur soi" et sur ce qui nous environne , une propreté habituelle; ces personnes sont très-rarement atteintes de la gale : elles ne la contractent guère u'en voyageaut, soit dans les voitures , soit en couchant dans es lits intectés, ou en cohabitant avec des individus déjà malades.
Il est des sujets qui semblent inaccessibles à la contagion de la gale ; ils couchent , dans le même lit , avec des personnes infectées , ils les touchent sans danger. L'auteur de cet article a traité des milliers de galeux , dans les hôpitaux militaires ; il prenait le bras de tous ceux qui éprouvaient quelque maladie ; il palpait diverses parties de leurs corps, sans précaution pendant le cours de ces explorations j ayant l'attention toutefois de se laver après sa visite , avec le vinaigre ou de l'oxicrat. Jamais il n'a contracté la gale. Il ne conclut point de ces expériences , qui ont eu lieu pendant plusieurs années, qu'il soit inaccessible à la contagion de l'exanthème psorique ;le fait prouve , seulement , selon lui, que la propreté peut , dans presque tous les cas f combattre avec succès la coutagion de cette dégoûtante
La gale est endémique dans des contrées entières; au bord de • la mer on suppose qu'elle est entretenue par l'airet parla chair des poissons dont les habita n s se nourrissent ; ailleurs , l'endémie a , selon le vulgaire, sa cause dans quelque autre circonstance; mais ces théories sont évidemment fausses. Les causes qui exercent la plus grande influence dans les autres maladies endémiques, sont incontestablement, le climat et la situation particulière des lieux , la nourriture habituelle , la qualité de l'air et des eaux ; la gale est la seule maladie , peut-être , où ces causes sont absolumeut nulles. C'est toujours à la réunion des circonstances qui propagent la maladie, et qui ont été déduites plus haut , qu'il faut rapporter sa permanence dans les pays où elle règne constamment. Toutes ces causes résultent des mœurs du peuple frappé de ce fléau. Ainsi en Espagne , où le peuple , en général , ne s'assujettit point assez aux soins qu'exige la propreté, la gale est très - multipliée. Elle est endémique dans plusieurs provinces de ce royaume , telles que la Galice
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et les Asturîes , dont les hnbitans sont indigens et plongé* dans une malpropreté que l'on peut dire héréditaire. Là, vous voyez renfjnt conlraclcr la gale en naissant, et la garder jusqu'au tombeau. Car il est rare que les indigènes de ces contrées songent à se faire gue'rir d'un mal avec Jequel ils sont familiarises , puisqu'ils naissent , en quelque sorte , avec ce mal. Lorsqu'on leur parle de s'en délivrer, par les secours de J'art , ils s'en défendent , et protestent que leurs pères ajant vécu , avec la même maladie , ils ne changeront rien aux coutumes de leurs aveux.
D'ailleurs , chez de pareils hommes t le soin de se gue'rir n'aurait aucun résultat avantageux; des traitement partiels ne délivreraient les individus que d'une manière précaire , puisqu'ils seraient, incessamment , exposés à une coulagion nouvelle , au milieu d'une population généralement infectée de cette maladie , qui prend , chez la plupart des sujets , par la succession des temps , un aspect vraiment hideux et simulant l'éléphantiasis. La désinfection de ces contrées ne pourrait s'opérer qu'en masse , et par la sollicitude d'une administration paternelle.
Ce qui vient d'être dit au sujet de quelques contrées espagnoles , peut s'appliquer à d'autres élals où la gale est endémique. Par exemple, nous citerons la Pologne : l'immense population des Juifs indigens, qui pullulent dans ce rovaume, est presque lolalemcnt infectée de gale. La misère qui accable ces malheureux, leur dégoûtante malpropreté, les haillons dont ils sont couverts, et qui sont un des objets de leur négoce ) l'encombrement de leurs étroites et sales demeures , où «ont entassés hommes , femmes , enfans , et des bestiaux de différentes espèces, expliquent assez pourquoi la gale est en* démique parmi eux. Ceux de leur nation qui sont riches ou dans l'aisance, ne connaissent point celte funeste maladie, ♦ parce qu'ils ne sont point en proie aux mêmes vicissitudes.
Un dernier exemple pris en France même , confirmera notre doctrine. L'on voit plusieurs cantons de la Basse* Bretagne où la gale se perpétue , chez tous les habitans , de génération en génération. C'est encore la misère , et surtout la malpropreté qui en est souvent la suite , ainsi que l'incurie des paysans , qui entretiennent parmi eux cette maladie si incommode et si repoussante.
Cependant, depuis nos guerres civiles, dites de la Vendée, il s'est opéré une grande amélioration , en Basse - Bretagne , sous le rapport de l'extinction de la gale. Avant cette époque , d'ailleurs déplorable, puisqu'elle a vu couler des lorrens de sang français , versé par d'autres Français ; avant cette époque, •disons- nous , les parsani bas -bretons n'avaient point de communication avec d'autres habitans que ceux de leurs vil-
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Jages ou de leurs hameaux ; ils y vivaient isoles , clans des cabanes grossières et malpropres. La guerre les a nécessairement mis en contact avec des armées où ils ont , euxmêmes, e'té appelés à porter les armes ; une fois sortis de leur pay et assujétis à la vie militaire, ils ont dû se faire gue'rir. Rentres dans leurs demeures natales, ils y ont apporte l'habitude d'une santé dont ils n'avaient jamais joui , et dont ils ignoraient, par conse'quent, les avantages. De là le saiu de se garantir de la gale, ou de s'en faire gue'rir; d'où il résulte que celte affection est maintenant beaucoup moins re'pandue , moins universelle, en Basse -Bretagne, qu'elle ne l'était il y a vingt ans. Ces faits qui nous sont attestés par des observateurs e'claire's , qui ont parcouru la Bassc-Bretague , à diverses époques, prouvent qu'il n'y a plus qu'un pas à faire pour extirper la gale de cette province; et qu'il serait possible qu'elle en disparût , du moins comme maladie endémique.
Description. La marche de la gale, depuis l'instant où la contagion s'est opérée, jusqu'à celui où la maladie se manifeste par des pustules, est fort irrégulière; souvent il ne faut qu'un trèspetit nombre de jours pour que le travail soit terminé, tandis que, dans d'autres circonstances, le sujet infecté reste uu mois, et même plus , sans qu'aucun symptôme se soit déclaré. La rapidité ou la lenteur de ce travail dépendent de la saison , de la constitution du sujet, de la plus ou moins grande finesse de l'appareil cutané, ainsi que de la manière d'être générale ou momentanée de l'individu. S'il est livré à des exercices du corps, si l'action des vaisseaux cutanés est soutenue ou excitée , l'éruption se fera plus tôt que s'il vit dans un état d'inaction , ou si la vitalité de la peau est peu active. S'il a été infecté pendant la saison froide , l'invasion se fera moins promplement que pendant les chaleurs. S'il est malade ou valétudinaire , cette circonstance doit, toutes choses égales d'ailleurs, retarder la sortie des exanthèmes. Llle est, en général , plus prompte chez les jeunes gens , les femmes et les enfans , que chez les hommes adultes et les vieillards. Ordinairement, plus l'invasion de la gale est prompte , et plus les pustules sont multipliées.
Peu de jours avant la sortie des boutons qui caractérisent la gale, la personne infectée éprouve un sentiment de cuisson à ia peau ; ce phénomène a lieu précisément aux endroits où l'exanthème se manifestera. Bientôt l'on remarque, aux différentes parties qui ont été précédemment indiquées, quelques pustules très-petites, excitant un léger prurit; ce sont d'abord les interstices des doigts, le dos des mains, la partie interne des avant-bras qui se couvrent de pustules ; ces parties sont les premières affectées , apparemment parce qu'elles reçoivent ordinairement la contagion avant toutes les autres ; car Redi
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rapporte un cas où le visage avant été en contact avec un manteau infecte' , fut le lieu où la contagion s'opéra. Un fait de cette nature prouve que si le visage est ordinairement épargné dans la gale, cette partie du corps humain peut être exposée à ses ravages , dans certaines circonstances, heureusement très-rares. L'on observe que c'est presque toujours aux fesses que les enfans e'prouvent les premiers symptômes de la gale , lorsqu'ils sont porte's par de>. garde* ou des nourrices atteintes de ce mal. Les personnes qui se l'inoculent sur les lieux d'aisance, commencent à e'prouver des pustules aux fesses et aux cuisses.
Bieu!Ôt après l'éruption de la gale, le nombre des pustules augmente progressivement ; elles s'étendent chaque jour sur toutes les parties du corps, où l'on a coutume de les observer. Cette marche n'est point toujours aussi régulière; et, cher beaucoup de sujets , dans les saisons froides surtout, la gale demeure souvent plus ou moins longtemps stationnaire, et se borne à quelques pustules éparses ; ce qui trompe parfois le malade , et même le médecin qui suspend son opinion sur le diagnostic de l'exanthème. Cependant ; après vingt, trente, ou même quarante jours d'une sorte d'indolence , la maladie s'exaspère tout-à-roupj elle s'étend, et ne peut être méconnue ni de celui qui l'éprouve ni de celui qui doit la traiter. Alors, peu de jours suffisent pour que les pustules puissent être observées •ur toute la surface "du corps. Dès que la maladie s'est étendue , la peau se couvre, dans plusieurs endroits, d'une si prodigieuse quantité de petites pustules, qu'elles confluent entre elles : alors, l'appareil cutané devient rigide; en y passant U main , l'on éprouve une sensation analogue à celle que fait ressentir une petite râpe.
Lorsque la gale est récente , les pustules qui la caractérisent sont en général très'petites ; elles contiennent, à leur sommet, une liqueur séreuse ; mais si l'on abandonne la maladie à ellemême, l'exanthème prend à la longue des formes plus variées. Plusieurs des pustules grossissent, et acquièrent la dimension d'une lentille. Celles-ci contiennent une sérosité , d'abord épaisse, puis purulente. Le prurit insupportable que le malade éprouve, l'oblige à se gratter sans cesse j les grosses pustules, déchirées , laissent échapper une matière qui se dessèche , et forme des croûtes, sous lesquelles du pus s'acrumulc en plus ou moins grande quantité, selon que la maladie est ancienne et que l'éruption est abondante. Des sujets, très-irritables, se déchirent la peau à force de se gratter; d'abord ils éprouvent une sorte de plaisir, de soulagement, dans cette action; mais bientôt le sang coule, une chaleur vive, une grande irritation remplacent la première sensation ; souvent il survient de l'inflammation que caractérisent la rougeur, le gonflement, et d'où résulte de la suppuration, et par suite des ulcères qui se re-
GAL i85 couvrent d'une croûte épaisse , sous laquellele pus s'accumule. Tous les sujets gal< ux n'offrent point un appareil pustuleux aussi considérable; les vieillards, en général , et d'autres individus , par l'heureuse influence de leur constitution , sont affectés d'un nombre beaucoup moins grand d'exanthèmes; chez eux , les pustules sont discrètes. On n'observe de gros boutons qu'a des distances éloignées, sur des parties charnues, constamment couvertes par les vétemens , telles que les fesses et les cuisses. Au;>rès de ces grosses pustules, se groupent de petits boutons cristallins. Lorsque l'éruption est abondante , ces grosses pustules se remarquent aussi sur la poitrine , aux bras, aux aisselles et sur l'abdomen.
Si l'on traite les galeux par des pommades irritantes, il s'élève quelquefois sur la peau de gros boutons , et même des furoncles , qui sont d'une toute autre nature que les pustules psoriques , et n'excitent point de prurit ; ces nouveaux exanthèmes sont déterminés par l'irritation de la peau , ou bien ils se manifestent comme critiques, car ils naissent souvent après la disparition de la gale. Il parait que ces boutons, proprement dits, sont remplis d'un fluide lymphatique ; ils sont transparens et denses , mois ils se dissipent, sans suppurer et par une sorte de dessiccation; ceux qui sont phlegmoneux sont plus gros, moins ronds que les premiers , et se terminent par une suppuration plus ou moins abondante. Après la guérison de la gale , ils se dissipent par le seul secours de la uature.
La gale , ain>i que plusieurs autres éruptions , disparait quelqurfois pendant la durée d'une affection fébrile aiguë , mais c'est pour se reproduire , avec une véhémence nouvelle , après la guérison de la maladie à laquelle elle avait cédé momentanément. Quelques auteurs ont essayé d'expliquer ce phénomène. VVichmann s'est perdu dans des abstractions plus dignes d'un sophiste que d'un médecin philosophe. Nous n'entreprendrons point une tâche audessus de nos forces. C'est l'expérience qui fournira aux savans les matériaux nécessaires pour établir à cet égard une doctrine rationnelle.
La gale peut disparaître aussi par l'effet d'un traitement intempestif , fait avec le secours des remèdes astringens. Cet accident est surtout à craindre lorsque la maladie est ancienne , que les
{►ustules sont purulentes ; lorsque l'exanthème se reproduit , emal n'est pas grand; mais souvent il se fait une métastase funeste sur des organes dont la lésion peut compromettre la vie.
Parmi les ouvriers , les soldats , les marins et les indigens , l'on voit beaucoup d'individus qui gardent pendant fort longtemps la gale , sans vouloir se faire traiter, soit par une imprévoyance condamnable , soit que , devenus presque insensibles au supplice que font éprouver le prurit et ses suites, ils jugent inutile de se soumettre à la gêne d'un traitement;
foit enfin parce qu'alors ils goûtent, en se grattant, une sorte de volupté. Cette dernière supposition n'est point paradoxale. L'auteur de cet article a vu plus d'une fois des militaires ajourner l'époque de leur traitement, afin de prolonger une source de jouissance dont la guérison de la gale devait les priver.
Cependant il résulte divers accidens graves , cl funestes parfois , de cette négligence et des autres motifs crapuleux, qui font que les individus dont ou vient de parler s'habituent à couserver la dégoûtante maladie qui nous occupe. D'abord la peau subit des altérations remarquables; elle s'endurcit singulièrement, et ne laisse plus de passage à la transpiration j elle se couvre de croûtes pustuleuses , sous lesquelles le pus s'amasse , et produit des ravages tant locaux qu'internes. Les petites pustules cristallines sont alors fort rares; on ne voit , sur toute la surface du corps , que de gros boulons croûlcux et déçoûtans : les mains en sont couvertes , et présentent un aspect hideux ; leurs mouvemens sont fort restreints , et le tact est presque entièrement aboli. Lorsqu'elle est arrivée à ce période, la gale n'excite presque plus de prurit ; cette sensation n'a désormais lieu que dans les pustules cristallines qui naissent de temps à autre. Mais les malades maigrissent , s'affaiblissent ; ils deviennent pâles , jaunes , ils u'ont ni sommeil ni appétit. Si l'art ne répare bientôt ces désordres , ils s'accroissent encore j la fièvre hectique , la phlhisie pulmonaire , des bydropisics , des cachexies , des engorgemens squirreux , des ulcérations cancéreuses, soit externes, soit internes, peuvent être déterminés par les progrès des gales chroniques. Les maladies aiguës ne sont pas moins à craindre dans cet état j la matière purulente, accumulée sous les croûtes dont la peau est couverte , peut, par une métastase funeste , être transportée sur les organes les plus importa ns à la vie, et y déterminer de redoutables inflammations; ou bien l'apoplexie, la paralysie , l'hypocondrie, l'épilepsic , des vésanies, des spasmes, des convullions,etc Lors même qu'il ne s'est point opéré de métastase, ta seule phlegmasie prolongée, aggravée de l'appareil cutané, peut se communiquer au cerveau, aux viscères de la poitrine et de l'abdomen , à raison de la sympathie qui suflit pour transporter l'irritation de la peau aux organes que nous venons dedésigner.
Chez des sujets où la gale a fait les progrès dont on vient de parler, la plus légère maladie aiguë peut devenir mortelle ; car elle se compliquera et s'aggravera , infailliblement , avec l'affection culauée chronique qui détermine incessamment l'état adynamique , et prédispose à l'état ataxique.
Les accidens graves qui résultent de la gale dégénérée , et dans l'état chrouique , ne se montrent point , ordinairement, chex les peuples parmi lesquels la gale est endémique. L'habitude héréditaire modifie puissamment , sans doute, les dé-
sordres qoi résultent de la maladie. En effet ces hommes éprouvent à peine le prurit et les autres incommodités ordinaires aux galeux ; et ils vivent, dit-on , à peu près autant de temps que ceux qui n'ont point l'infirmité qu'ils portent constamment. Cependant ils sont moins grands, moins robustes , plus indoîens , plus décolorés; leurs facultés physiques et morales sont plus bornées ; leurs vieillards sont hideux, et arrivent prématurément à la décrépitude.
Division. La plupart des auteurs ont divisé la gale en deux espèces et en plusieurs variétés; et ils attribuent à toutes ces maladies des causes diverses.
La gale qui se caractérise par une foule de petites pustules cristallines , qui excite un vif prurit , etc. , constitue une espèce qui a été nommée gale miliaire , gaie canine , gale sèche. Les mêmes auteurs reconnaissent que cette espèce est essentiellement contagieuse.
Ils font une seconde espèce d'une gale qui abonde en gros boutons , larges , contenant une grande quantité de matière puriforme , dont les croûtes s'agglomèrent entre elles , et recèlent l'humeur qui coule des pustules. Cette espèce a reçu le nom de gale humide , gale boutonnée , grosse gale , gale pustuleuse; elle peut, selon certains palhologistes , résulter de la contagion , comme elle peut se développer spontanément à l'occasion d'une disposition humorale interne, ou être l'effet d'un mouvement critique.
Ces deux espèces sont les principales , et forment plusieurs variétés , que les partisans de cette doctrine désignent par des épithètes , qui seules prouvent l'erreur où ils sont tombés , puisqu'ils considèreut comme des espèces ou des variétés des maladies qui sont, évidemment , des complications.
Ces variétés sont les gales dartreuses , scorbutiques , syphilitiques , scrofuleuses , etc.
Lorsqu'un sujet est atteint de la gale et en même temps d'une dialhese scorbutique, des écrivains célèbres, tels que Bartholin , ont donné à l'exanthème le nom de gale scorbutique , prétendant que la gale est le produit de l'affection scorbutique, et qu'elle ne reconnaît point d'autre cause.
On a fait le même raisonnement au sujet des gales syphilitiques , dartreuses et autres.
Ne doit-on pas s'étonner que Baldinger et surtout Quarin aient essayé de consacrer de semblables inepties , au sujet delà gale dite vénérienne ? Nous sentons d'autant plus la nécessité de combattre des erreurs aussi graves, nue les jeunes gens studieux, iéduitspar l'autorité du nom qui les consacre , les adoptent avec confiance, ainsi que nous l'avons fait nous-mêmes pendant les premières années de notre initiation à la médecine pratique , et jusqu'à ce que l'expérience ait pu nous donner assez de mo-
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tifs pour nom affranchir du jonçdc ces vaine? abstractions qui détournent «le la route, si importante à suivre dans l'étude de l'art de guérir.
La plupart des médecins praticiens , asservis et par les préjugé- puisés dans leurs études , et par l'autorité des auteurs qu'ils ont pris pour guides, embrassent, pour l'ordinaire , les théories spéculatives dont nous venons de parler avec une juste défaveur ; cependant leur expérience leur fait voir chaque jour la fausseté de ces théories. Pour nous , qui n'adoptons aveuglément aucun système , quelle que soit la réputation de sou auteur , et qui , suivant l'exemple du législateur de la médecine , prenons toujours la nature pour sujet de nos études, et ne croyons qu'aux (ails observés au lit du malade et constats par l'expérience , nous rejetons toutes les hypothèses au moyen desquelles on a voulu diviser la gale en espèces et en variétés ; et toutes celles dont on s'étaye pour prouver que celte affection procède quelquefois de certaines maladies avec lesquelles on la voit se compliquer. L'élude d'un très - grand nombre de galeux , observés depuis vingt cinq ans, tant dans les hôpitaux militaires et civils que dans la pratique particulière, nous a fourni la preuve que la gale forme un genre particulier de maladie , qui ne se divise point en espèces , encore moins en variétés; que celte affection présente, dans la forme et la quantité des boutons , diverses modifications, soit à raison de son ancienneté, soit à l'occasion des circonstances purement relatives au tempérament, à la situation individuelle du malade , et au traitement qu'il a subi ; que les gales miliaires , canines, sèches , humides, pustuleuses, boutonnées , grosse gale , etc. , peuvent se rencontrer, toules à la fois , sur le même sujet ; qu'elles procèdent de la même cause, appartiennent an même genre, et se guérissent par ' le même moyen , modifié toutefois selon la gravité , l'ancienneté des symptômes et les complications qui ont lieu avec diverses maladies ; que ce que les auteurs nomment gale vénérienne scorbutique , dartreuse , critique , etc. , ne sont que des complications; la dernière exceptée, parce qu'elle n'existe point dans l'acception que lui donnnent ceux qui la décrivent. L'erreur des pathologistes sur la gale critique vient, sans doute , de ce qu'ils ont donné ce nom à un exanthème d'un autre genre qu'ils ont pris pour elle, parce qu'il était prurigineux. Peut-être aussi a-t-on considéré comme critiques des gales qui , inoculées précédemment , ne se sont manifestées qu'à la fin d'une maladie aiguë ; ou bien que les gales contractées immédiatement après la maladie , venant à se manifester pendant le cours de la convalescence, ont été jugées critiques par des médecins qui ignoraient la véritable cause de l'affection psorique.
Nous l'avons dit, nous n'admettons point de gales critiques : si cependant il eu pouvait exister, nous emploierions, pour les expliquer , une hypothèse qui nous semble ingénieuse et qui est fondée sur une analogie incontestable. M. Ranque, médecin d'Orléans , dans un mémoire sur un nouveau procédé pour la gurrison de la gale% explique de la manière suivante les gales criliques : « Où se forment , s'écrie l'auteur, comment se développent et se multiplient ces insectes dégoûtans , qui pullulent sur la tête d'un malheureux, qui dans les angoisses d'une fièvre maligne vient d'échapper à la mort ? Où étaient ces milliers de germes avant d'éclorc ? Par quelle puissance étonnante les voit-on, dans un instaut, passer du néant à la vie et de la vie à la mort ? où vont se cacher ces animaux, quand , dans certaines maladies , on les voit disparaître tout-à-coup pour se remontrer bientôt plus forts et f>Jus nombreux ? Peuvent -ils nier cependant que ces animaux n« soient souvent le résultat d'une crise bienfaisante ? Non , sans doute, quoiqu'il leur paraisse difficile d'en expliquer la géne'ratiou instantanée. Eh bien I pourquoi se refusera croire que dans des circonstances semblables , la nature, au lieu de pous à la tète, puisse déterminer subitement le développement de milliers d'insectes qui se creusent un asile dans la peau, s'y propagent et y produisent des milliers de pustules qu'on appelle gale ? Certes , si je ne me trompe , i ! y a entre ces deux phénomènes l'analogie la plus grande. La seu'e différence que je puisse y trouver, c'est que dans la maladie pédicutaire , les insectes se voient à l'œil nu , tandis que, dans les affections psoriques, ils ne se découvrent qu'à l'aide de bons instrumens , ces animaux étant très - petits et se cachant profondément dans l'intérieur du bouton qui leur sert de repaire. »
Causes. Nous venons de voir, parla manière dont les pathologistes ont divisé la gale , qu'ils attribuent, à cette maladie , des causes diverses et que peu d'entre eux en connaissent la véritable origine. Ne doit-on point s'étonner de l'insouciauce que les plus habiles médecins ont apportée dans une étude aussi importante , puisqu'elle seule peut guider le praticien dans le traitement de la maladie , qui , jusqu'ici , osons le dire , a été la partie honteuse de l'art de guérir. Dédaignant l'étude des causes spécifiques de la gale , les maîtres de fart out abandonné le traitement de cette affection aux empiriques et aux charlatans. C'est à ce dédain bien mal entendu qu'il faut attribuer l'incertitude dans laquelle sont encore beaucoup de praticiens sur la nature , la cause et le traitement de la gale. Un médecin ingénieux qui a porté le flambeau de l'observation sur l'étude de toutet les maladies de la peau, notre habile col-
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laborateur, M. Alibert, est destine à fixer nos idées sur tout ce qui concerne la gale, dans son grand ci bel ouvrage consacre' à la description des maladies de la peau. L'auteur de ce livre, dont les neuf premières livraisons ont été accueillies par une acclamation universelle , n'a point encore parlé de la gale , dont il s'occupe chaque jour avec ce zèle si louable qui l'anime pour les progrès de son art : en attendant qu'il satisfasse à l'empressement général , nous allons exposer ce que notre expérience, et la recherche de quelques savans modernes nous ont appris sur la cause de la gale.
Il n'est point d'absurdités qui n'aient été dites et qui n'aient été préconisées sur ce sujet. La plus grande , la plus vague incertitude agitait l'opinion des médecins lorsqu'ils voulaient expliquer tes causes de la gale. Ce n'a été que vers la ftp du dixseptième siècle , à l'époque de la publication de l'ouvrage italien 'de Rédi, que des faits constatés par une judicieuse observation ont répandu 1rs premiers rayons de lumière sur cette matière importante. Insensiblement, des raisonnemens appuyés de preuves incontestables, ont remplacé les théories humorales , les conjectures absurdes , chez un petit nombre de médecins philosophes, parmi lesquels il faut citer Linné et Morgagni ; l'erreur a longtemps encore régné parmi le plus grand nombre : aujourd'hui même elle a des sectateurs.
Avant l'époque dont nous parlons, les médecins, n'ayant point étudié la nature et les causes des diverses maladies qui affectent l'appareil cutané, leur supposaient , à toutes , une origine commune. La cause bannale de ces maladies , et celle de la gale , en particulier, étaient attribuées aux altérations, aux acrimonies de nos humeurs , à un sang corrompu , à une dépravation de la lymphe. Galien découvrait la cause de la gale dans une humeur mélancolique ; Aviccnnc, dans une humeur âcre et chaude ; d'autres l'attribuaient , suivant la doctrine chimique qu'ils professaient alors sur les élémens de notre organisme , à des acides ou à des alcalis prédominans dans nos humeurs. Van Helmont, dont l'imagination féconde n'était jamais en reste, s'en tire par une abstraction ; selon lui, la gale est due à un ferment particulier.
Les médecins humoristes spécifient encore d'autres causes: ce sont des diathèses herpétiques, scorbutiques, scrofuleuscs, syphilitiques , etc.
De nos jours on a assigné à la gale un air froid et humide, pendant toute unesaison ; on a reproduit l'opinion des anciens , qui supposent que la gale dépend d'une dégénération particulière de l'humeur bilieuse ; opinion (ondée sur la corrélation que l'on imagine exister entre l'appareil cutané et le système hépatique. On a insinué, toujours d'après d'antiques et spéculatives
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opinions, que celte maladie pourrait bien n'être qu'une dégénération de la lèpre des Grecs , du serpigo , de la lèpre des Israélites , e'teiute depuis tant de siècles , de l'éléphantiasis , etc. Ces conjectures sont défendues par des suppositions frivoles , au moyen desquelles la dégénérescence des maladies qui viennent d'être nommées , se serait opére'e, par l'effet des méthodes curatives , par la diversité des tempéramens , par l'influence des climats , par la manière de vivre , par les différences des vètemens , etc.
Une théorie métaphysique a longtemps prévalu dans nos écoles , et prévaut encore aujourd'hui parmi beaucoup de médecins : l'existence d'un virus spécifique de nature psorique , que l'on suppose résider dans la partie séreuse du sang, lequel est porté à la peau par l'office des vaisseaux exhalaus , et dont le contact détermine la gale. Celte hypothèse n'est soutenue par aucune démonstration • aucuu fait ne l'appuie ; elle est purement abstraite.
Ceux des médecins qui rejettent ce système et tous les autres que nous avons indiqués, car il eût été fastidieux de les exposer en détail, reconnaissaient pour cause occasionnelle delà gaje, l'action d'un insecte qui s'introduit entre l'épidémie et la peau , et y détermine une phlegraasic d'où résultent les phénomènes qui caractérisent la gale. Cet insecte, bien connu de nos jours , est décrit dans le Gênera crustaceorum et insectorum , de M. P. À. Latreille. Le savant académicien pla^e , ainsi que tous les entomologistes , l'insecte de la gale dans la famille des acares ; il en fait la seconde espèce d'un geure qu'il nomme sarcopte , sarcoptes scabiei ( sarcopte de la gale ). Linné range l'insecte de la gale dans la classe des aptères {aptera), goure des milles ou cirons ( acarus )/ il lui donne le nom d'acarus scabiei ( acare de la gale). Cet acare a reçu de Geoffroy le nom de ciron de la gale ; de de G^cr , celui de mille de la gale. Fabricius l'appelle acare de la gale. Voici la description que M. Latreille donne de cet iuseetc, qu'à juste titre il nomme sarcopte : presque rond, les pattes courtes, tirant sur le roux ; les quatre patlcs de devant terminées par une petite tête ; les quatre pattes de derrière garnies de longues soies.
Nous l'avons dit, au commencement de cet article, on avait anciennement soupçonné l'existence d'un iusecte dans la gale. Ln auteur arabe du douzième siècle , Avcnzoar , avait remarqué « qu'il s'engendre , sous l'épiderme , dans une certaine maladie , des animalcules semblables aux pous , qui en sortent vivans quand on écorthe la peau ; et qui sont si petits que l'œil peut à peine , les apercevoir. » Cette remarque ne fit rien alors pour l'avancement des connaissances , au sujet de la cause de
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la çale ; mais elle e'taît destinée à donner, plusieurs siècles après, une direction philosophique aux recherches des observateurs doue'* du génie expérimentateur. En effet , vers le milieu du seizième siècle , un médecin anglais qui s'occupait de l'histoire des insectes, Thomas Moufet , ayant lu l'observation d'Aveuzoar , fut conduit a des découverte* , au moyen desquelles il reconnut que les cirons, qu'il supposait être les plus petits des animaux , prennent ordinairement leur origine ou sur le vieux fromage , ou sur la vieille cire , ou sur la peau humaine; qu'ils ne présentent à l'œil d'autre forme que celle d'un point rond ; que leur petitesse est telle, qu'ainsi que le dit rtpicure, ce serait un seul atome plutôt qu'un compose' d'atomes ; que ces animaux se trouvent sous l'épiderme , y creusent des galeries, et occasionnent par là une démangeaison très - vive ; que ce prurit se fait surtout sentir aux mains et quand on approche au feu les parties que les insectes ont attaquées. Moufet ajoute que les gens du commun retirent ces insectes avre la pointe d'une épingle, mais que cette opération est insuffisante pour en détruire la race ; qu'elle laisse subsister la cause, et avec elle la maladie qui en est l'effet. Il conseille de tuer les cirons avec des lotions ou des onguens {Voyez l'ouvrage de Th. Moufet, Theatrum insectorum, in - fol. 1 558). a II parait , d'après la manière dont s'exprime Mm Tel , dit M. Gales dans son intéressante dissertation sur le diagnostic et les causes de la gale , qu'il ne s'était pas aidé du micros» cope : aussi ne donne-t-il point de figure du ciron de la gale; le chapitre cité de son ouvrage est le seul qui en soit dépourvu. » Nous partageons l'opinion de M. Gales avec d'autant plus de raison , que du temps de Moufet , le microscope n'était point encore connu. Cet instrument fut inventé après la publication des travaux de ce savant; on l'a attribué au célèbre médecin hollandais Drcbel , auteur des thermomètres , et qui naquit plus d'un demi-siecle après Moufet. Cependant il est certain que les microscopes sont dus à un autre physicien que Drebel , qui eut le seul mérite de perfectionner cet instrument , alors fort imparfait.
Le livre de Moufet était à peine publié, que les Allemands se livrèrent à l'observation des mittes dont il avait fait mention. Kircher (Sertit, peslis , lib. cap. 7) crut voir de semblables insectes dans les bubons pestilentiels ; Hafenreferf Aosodochium, cutis affectus), fait mention des cirons indiqués par Moufet ; mais Hauptmann qui avait.étudié avec la loupe ces insectes: les décrivit en 1657, et en donna ,1e premier, une figure dessinée d'après nature; mais ces dessins sont inexacts; le ciron de Hauptmann n'a que six pattes.
La doctrine relative aux insectes, considérés comme cause
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de la gale, ne fut point le résultat de ces premières recherches. C'est François Redi , célèbre médecin italien , qui florissait vers le milieu du dix-septième siècle, qu'on peut regarder comme le véritable propagateur de cette doctrine , qu'il éclaira
Î>ar l'exposition de nouveaux faits, bien constatés, et tels que es savans ne purent les révoquer en doute ; on peut consulter ses Œuvres diverses, publiées à Venise en six vol. m- 8°. , en 17 il. «C'est, dit M. Galès (mémoire cité plus haut), dans les ouvrages de Redi , que l'insecte de la gale humaine se trouve, pour la première fois, observé et décrit avec une exactitude presque égale à celle des modernes entomologistes.
La description de l'acare de la gale humaine / publiée , en i685, par Redi , fut l'ouvrage, non du docteur Giovan Cosimo Bonomi , qui l'adressa , en forme de lettre , à son maître Redi, mais bien celui d'Hyacinthe Cestoni , naturaliste et pharmacien de Livourne,qui lui donna le titre de Osservazioni intorno atli pellicellidel corpo umano , insieme con alire nuove osservazioni. Ce morceau intéresse trop l'histoire et la science pour que nous nous dispensions d'en faire mention ici. Nous transcriront la lettre de Bonomi à Redi, dont nous prenons la traduction dans la thèse de M. Galès. a Tandis que , guidé par vos vues et sous vos auspices , je faisais des expériences sur les insectes, je lus , par hasard, dans le dictionaire de l'Académie délia Crusca, aue le ciron est un très - petit ver qui se fopnc sous la peau des galeux , et dont la morsure cause une extrême démangeaison ; ayant trouvé depuis que Giuseppe Lorenzo adopte cette opinion , j'eus la curiosité de vérifier le fait par moi-même. Je communiquai ce dessein à M. Hyacinthe Cestoni : il m'assura avoir vu plusieurs fois de pauvres femmes, dont les enfans étaient galeux , tirer avec la pointe d'uue épingle , des plus petites pustules , avant qu'elles fussent mûres et purulentes, je ne sais quoi qu'elles écrasaient sur l'ongle , non sans un petit craquement , et qu'à Livourne les galériens se rendaient réciproquement le même service. Il ajouta qu'il ne savait pas avec certitude si les cirous étaient effectivement des vers : ainsi nous résolûmes tous deux de nous en ^éclaircir ; nous nous adressâmes donc à un galeux , en lui demandant l'endroit où il sentait la plus forte démangeaison : il nous montra un grand nombre de pustules qui n'étaient pas encore purulentes. J'en ouvris une avec la pointe d'une épingle très-fine; et, après avoir exprimé un peu de la liqueur contenue , j'en tirai un petit globule blanc presque imperceptible. Nous observâmes ce globule au microscope , et nous reconnûmes avec toute la certitude possible que c'était un ver, dont la 6gure approchait de celle des tortues j de couleur blanchâtre ; le dos d'une couleur un peu plus obscure , garui de J7. i3
quelques poils longs très-fins. Le petit animal montrait beaucoup de vivacité dans ses mouvemens. Il avait six pattes , la tête pointue et armée de deux petites cornes ou antennes à l'extrémité du museau. ( Ici, renvoi à la figure , conforme à la description ).
« Nous ne nous en tînmes pas à cette première observation ; nous la répétâmes un grand nombre de fois sur diverses personnes attaquées de la gale , d'âge , de tempérament et de sexes différons , et en diverses saisons de l'année j nous trouvâmes toujours des animaux de même figure. On en voit dans presque toutes les pustules aqueuses j je dis presque toutes , parce qu'il nous a été quelquefois impossible d'en trouver.
a II est par fais très -difficile d'apercevoir ces insectes sur la superficie du corps , à cause de leur extrême petitesse et de leur couleur semblable à celle de la peau. Ils s'introduisent d'abord par leur tête aiguë, et ils s'agitent ensuite, rongeant et fouillant jusqu'à ce qu'ils se soient entièrement cachés sous l'épiderme , où il nous a été facile de voir qu'ils savent se creuser des espèces de chemins couverts ou de routes de communication d'un lieu à un autre ; de sorte qu'un seul insecte produit quelquefois plusieurs pustules aqueuses ; et quelque lois aussi nous en avons trouvé deux ou trois ensemble, et pour l'ordinaire fort près l'un de l'autre.
» Nous étions fort curieux de savoir si ces petits animfux pondaient des œufs; et après de longues recherches nous eûmes enfin la satisfaction de nous assurer de ce fait j rar.ajant mis sous le microscope un ciron , pour en faire dessiner la figure par M. Isaac Colonello , il vit, en dessinant , sortir de la partie postérieure de cet animal un petit œuf blanc à peine visible , et presque transparent ; il était de figure oblongue comme un pignon. ( Renvoi à la figure).
» Animés par ces succès , nous recommençâmes à chercher ces œufs avec la plus grande attention , et nous en trouvâmes beaucoup d'autres en différens temps ; mais il ne nous arriva plus de les voir sortir du corps de l'animal sous le microscope.
» Il me semble qu'on peut conclure de la découverte de ces œufs , que les cirons se multiplient comme les autres animaux par le concours des deux sexes, quoique je n'aie jamais aperça dans ces insectes aucune différence qui pût. faire distinguer le mâle de la femelle. Peut-être trouvera-t-on dans la suite cette dilférence, soit par un hasard heureux , soit par des observations plus suivies, plus exactes, et faites avec de meilleurs microscopes. »»
« En considérant ces choses mûrement et sans préventions, continue Ccstoni , il me semble qu'on peut révoquer en doute
les opinions des auteurs de médecine, touchant les causes de la gale. Parmi la multitude des anciens , quelques-uns , avec Galien , la font provenir de l'humeur mélancolique, sans qu'on sache bien encore dans quelle partie du corps réside cette humeur; d'autres, avec Avicennc, veulent qu'elle soit produite par le sang seul ; et d'autres, enfin, par l'humeur atrabilaire mêlée avec la pituite salée.
» Quant aux modernes , quelques-uns , avec Silvius Deiboe, attribuent cette maladie à un acide mordu ant exhalé par le sahj» -, d'autres, avec Van Hclmont, à une fermentation particulière; et d'autres, aux sels acres et irritans contenus dans la tymphe ou dans la sérosité , et portés dans la peau par différens conduits.
v Parmi tant d'opinions, je hasarderai aussi mes conjectures. J'avoue donc que je suis très-porté à croire que la gale, nommée par les Latins scabies , et décrite par eux comme une affection de la peau et comme une maladie très-conta-
Sieuse , n'est autre chose que la morsure des petits insectes ont j'ai parlé , lesquels rongeant continuellement la peau , y font de petites ouvertures.par où s'extravasent quelques gouttes de sérosité et de lymphe. Cette sérosité ou lymphe extravasée forme les pustules aqueuses dans lesquelles ces vers , continuant à ronger , causent une extrême démangeaison ; et lorsque le malade se gratte, il augmente le mal et la démangeaison même : il déchire non-seulement les pustules aqueuses, mais encore la peau et les petites veines dont elle est parsemée, d'où s'ensuivent de nouvelles pustules , des plaies et les croûtes qui se forment sur les plaies : en effet, on ne voit jamais de ces plaies dans les endroits du corps où les doigts ne peuvent aisément atteindre , lors même que ces endroits sont tout couverts de gale ; la seule morsure des cirons ne produirait que des pustules aqueuses. Au reste , ces petits animaux se glissent sous la peau partout le corps , mais ils se rassemblent en plus grande quantité dans les articulations , parce qu'ils s'introduisent et se nichent avec facilité dans tous les plis de la peau. En quelque
Ïiartic qu'ils soient d'abord logés , il s'en trouve bientôt dans es mains et surtout dans les doigts ; car en grattant les parties où l'on sent la démangeaison , les ongles rencontrent des cirons qui ne peuvent être entamés parce qu'ils ont la peau trèsdure , et ces cirons se glissant sous les ongles et se faisant des routes sous la peau, se nichent plus facilement entre les doigts que partout ailleurs, et s'y font des espèces de nids où ils déposent leurs œufs en si grande quantité , qu'un petit nombre de cirons suffit pour en couvrir bientôt tout le corps.
i» Il me semble que ce que j'ai dit jusqu'ici peut servir à expliquer pourquoi la gale est si contagieuse. Les cirons passent
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aisément d'un corps à un autre par le seul contact de ces corps ; car ces petits animaux ayant une extrême agilité , et n'étant pas tous continuellement occupés à se creuser des passages sous l'épidémie , il s'eu trouve souvent quelques-uns sur ia superficie de la peau, et ils sout très-prompts à s'attacher à la première personne qui se présente, et en quelque petit nombre qu'ils aient été reçus, ils multiplient prodigieusement en pondant des œufs. Il ne faut pas non plus s'étonner de cè que la gale se communique par le moyen des linges et au très hardes qui ont servi aux personnes galeuses, car il peut y rester quelques cirons. Ils vivent même hors du corps jusqu'à deux ou trois jours , comme j'ai eu lieu de m'en assurer plusieurs fois par l'observation.
» On comprend aisément aussi comment la gale se guérît par les lessives, les bains et les onguens composés de sels , de soufre, de vitriol, de mercure simple , précipité , sublimé, et d'autres semblables drogues corrosives et pénétrantes; car ces drogues s'insinwnt dans les cavités les plus profondes , dans les labyrinthe* les plus reculés de la peau , et y tuent infailliblement les cirons , ce qu'on ne peut jamais faire en se grattant , quoiqu'on se fasse des plaies assez considérables , parce que les cirons ne peuvent guère être entamés par les ongles , et qu'ils échappent par leur extrême petitesse. Les médicameus internes n agissent pas non plus sur ces petits animaux , et l'on est toujours forcé de revenir aux onguens dont je viens de parler, pour parvenir à une parfaite guérison.
» Il arrive souvent aussi qu'après avoir fait usage des remèdes externes pendant dix à douze jours , et s'être cru totalement guéri , on voit bientôt reparaître la gale comme auparavant ; cela vient de ce que l'onguent n'a tué que les cirons vivans et n'a pas détruit les œufs déposés dans les cavités de la peau, comme dans des nids, où, venant à éclore , il renouvellent le mal ; c'est pourquoi on fait très-bien de continuer l'usage des onguens pendant quelques jours après que la gale a disparu. Cette pratique est d'autant plus faede , qu'on peut composer ces onguensavec des parfums très-agréables , comme avec la pommade jaune de fleurs d'oranger ou de roses incarnates mêlées d'une quantité convenable de mercure précipité rouge. »
Le récit qu'on vient de lire excita la curiosité d'une foule de savaus dans tous les états de l'Europe; ils firent des recherches pour constater l'existence de l'a rare de la gale humaine ; partout ces recherches furent couronnées de succès , mais leur résultat se borna à constater un fait que nièrent la plupart des médecins. Ceux qui ne pouvaient douter de la réalité de l'existence des insectes de la gale , ne voyaient en eux qu'un
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des effets de la gale , et non la cause de cette affection. Un très- petit nombre de bons esprits adopta la nouvelle doctrine , avec des restrictions toutefois, car ils ne supposaient point
?ue la gale fût toujours causée par la seule introduction de insecte. Du nombre de ces médecins sont Bonani , Borelli , Dcidier , Etmuller , Linné' , Langius , Mead , Morgagni , Pringle, Pallas , Richard. Redi , Rivinus , Vercellom , etc. Ai rètes par une sorte de préjugé, ils se croyaient obliges de concéder quelque chose aux partisans de 1 ancien système , afin qu'il leur fût permis de croire à ce qui était de la dernière évidence. On se convaincra , en lisant là lettre suivante , de Morgagni, que ce grand observateur avait acquis la preuve de l'existence de l'acare , comme cause de la gale , mais qu'il se croyait obligé à des restrictions, afin de ne point se donner le tort de fronder tout à-fait l'opinion, régnante.
a Ne croyez pas , dit Morgagni , dans sa 55e épitre , que je m'oppose plus que l'équité ne le comporte, à ce système qui admet des animalcules dans la gale. Je suis convaincu , et je dois l'avouer , que cette maladie leur doit son origine beaucoup plus qu'où ne pense , et qu'il est une infinité de cas où on est loin de croire que ces animaux puissent s'y trouver , et où cependant leur présence est incontestable. Pour vous le prouver, je vous citerai l'observation suivante : J'eus occasion de donner des soins à une dame d'un rang élevé, et dans le temps que j'exerçais la médecine dans mon pays. Après plusieurs crises qu'éprouva cette dame à la fin d'une maladie trèsgrave et très-longue , j'en remarquai une qui était entièrement psoriqire, et qui se manifesta par une éruption très-abondante sur tout le corps, mais particulièrement sur les mains. Le prurit que ressentait cette malade était assez violent pour l'empêcher de goûter le moindre repos. Comme les vésicules qui formaient cette éruption étaient remplies de sérosités et ressemblaient à celles où l'on découvre des insectes , j'en fis ouvrir une par la domestique , et, après m'être armé de mes lunettes, je l'examinai avec attention. Je ne fus pas longtemps sans y reconnaître un animalcule errant , et présentant la forme
3uc les modernes ont si bien décrite ; je ne me contentai pas 'examiner une seule vésicule ; je répétai mon expérience sur plusieurs; dans toutes je trouvai des insectes plus ou moins pleins de vie. Je m'assurai qu'aucun des gens qui approchaient de cette dame n'avait la gale j je pense que ces petits insectes s'étaient accrochés aux vètemens de l'un d'eux , et étaient parvenus jusqu'à la malade. »
Cestoni et un très-grand nombre d'observateurs après lui avaient constaté l'existence de l'insecte de la gale, et en avaient donné des descriptions , plus ou moins fidèles , lorsque Linné
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en traça les caractères avec une précision inconnue jusqu'à lui. Cependant Linué avait confondu l'acare de la gale humaine avec les cirons du fromage et de la farine. De Geer publia à Stockolm.en 1778, un Mémoire in-40, intitulé : Mémoire pour servira l'histoire des insectes, dans lequel il releva Terreur de Linné , et donna au ciron de la gale humaine la description suivante , qui parait être d'une extrême exactitude. « Dans les ulcères produits par la galey sur les mains* et autres parties du corps humain , on trouve de très-petits insectes du genre des mites, et qui n'ont pas été inconnus aux naturalistes. Ces mites sont même la caiise de cette vilaine maladie... La mite, ôtée de dessous Pépiderme , ne se donne d'abord aucun mouvement , mais peu à peu elle commence à remuer les pattes et à se mouvoir, quoiqu'assez lentement : Mite arrondie, blanche, à courtes pattes roussâtres , avec un très-long poil aux quatre postérieures, et dont les quatre tarses antérieurs sont en tuyau, terminé par un petit bouton. » On voit que cette description se rapporte exactement à celle de M. Latreille. Notre précieux ami, M. Bosc, et M. Duméril, tous les deux membres de l'Académie des sciences , et qui ont eu l'occasion d'étudier l'acare de la gale humaine, ne lui donnent point d'autres caractères.
Nous terminerons ce qui concerne l'histoire du sarcopte, car c'est désormais le seul nom dout nous nous servirons pour désigner l'insecte de la gale humaine; nous terminerons cette histoire, en rapportant ici le résultat des travaux d'un homme qui , depuis longtemps , s'est occupé , avec autant de zèle que de succès, de la gale , sous le double rapport de sa cause et de son traitement; c'est de M. Galès mie nous voulons^parler. Cet expérimentateur, alors attaché en qualité de pharmacien à l'hôpital Saint-Louis, y consacra trois mois , en 1012, à faire des observations microscopiques sur les sarcoptes recueillis dans les pustules des galeux qui vont se faire traiter dans cet établissement. Dès la première expérience , il eut l'occasion de vérifier l'observation de Linné et de de Geer, relativement à l'immobilité dans laquelle reste pendant un certain temps l'insecte qu'on vient de retirer de dessous l'épidcrme. « Je plaçai , dit M. Galès, sous le microscope, dans un verre de montre, une petite goutte d'eau distillée , et dans laquelle je m'assurai préalablement qu'il n'y avait aucun animalcule visible ; je délayai, dans cette eau, avec la pointe d'une lancette, le fluide exprimé d'un bouton de gale que je venais d'ouvrir j mais ce fut en vain que je scrutai de l'œil le plus attentif toute l'étendue de la liqueur : pendant plus de dix minutes , je n'y pus découvrir que des ombres informes , et dont aucune ne ressemblait à quelque chose d'animé. Le même petit appareil , préparé dans deux autres verres , ne m'offrit rien de plus.
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J'allais terminer la séance, presque rebute* de mon peu de succès , quand l'idée me vint de remettre sous le microscope et d'examiner de nouveau le fluide contenu dans le premier verre , qui , depuis le moment où je l'avais retiré, était resté exposé à la chaleur du soleil. Je fus alors agréablement surpris de voir un insecte vivant , qui , remuant vivement les pattes , cherchait à se dégager de l'espèce de vase où il était embourbé, et qui , bientôt parvenu dans la partie limpide de la liqueur, montra si distinctement toutes ses formes , qu'un des témoins de l'observation, M. Patrix, alors élève interne de l'hospice de perfectionnement de la Faculté de médecine , en dessina sur-le-champ la figure d'une manière très- ressemblante. Je présumai que , paralysé par la fraîcheur de l'eau , le petit animal n'avait pu d'abord faire aucun mouvement pour sortir de la matière purulente où il se trouvait plongé , et qu'il avait eu pour cela besoin d'être ranimé par la chaleur » . Dès ce moment, M. Galès se servit, pour ses expériences , d'eau qu'il faisait tiédir à vingt-quatre degrés, ce qui lui réussit et abrégea son attente, l'animal se remuant beaucoup plus promptement. M. Galès a observé que le sarcopte se rencontre plus communément dans les plus petits boutons , dans ceux qui offrent une sérosité limpide , et qui excitent le plus de prurit. Il parait certain que l'insecte cherche toujours à s'éloigner des pustules purulentes, et qu'il s'enfonce dans les chairs , pour éviter de séjourner dans ces pustules. C'est ce qui fait qu'on ne trouve point le sarcopte chez tous les galeux, lorsqu'on n explore que les boutons purulens. M. Galès a cependant souvent rencontré cet insecte dans des pustules purulentes , et même dans les croûtes qui résultent de ces pustules , lorsque le dessus de ces croûtes était encore humide. « Pulvérisées, dit notre auteur, elles ne présentent le plus souvent que l'image d'une agglomération de cadavres d'insectes , dont la forme , quelquefois , est même aisée à reconnaître. » Ce fait, selon nous, explique pourquoi les sarcoptes , par un instinct naturel , fuient les pustules purulentes, puisqu'ils n'y peuvent vivre aussi longtemps que dans les pustules cristallines ou dans les parties saiues de l'organe cutané.
M. Galès a observé, avec le microscope , plus de trois cents sarcoptes vivans ; tous lui ont offert la même forme , à la grosseur près et à l'exception des pattes, que tantôt il a vues nu nombre de six , et tantôt de huit ; différence qui est relative au plus ou moins grand degré de développement de l'insecte , et qui a été constatée par plusieurs entomologistes , tels que Leuwenhoeck ,de Geer, etc. M. Galès, sur le grand nombre de ces insectes qu'il a étudiés, en a vu un seul ayant neuf nattes ; il regarde ce fait comme résultant d'une monstruosité. Il avoue qu'il n'a pu découvrir sur ces animaux la différence du sexe,
si ce n'est qu'il a remarqué qu'un grand nombre d'entre eux a l'abdomen sensiblement plus gros que les autres. Il croit que ces individus sont les femelles, d'autant plus qu'elles portent souvent, sous les poils qui terminent la partie postérieure , de petits corps ovoïdes et transparens qu'il présume être leura œufs.
L'insecte observé , avec une scrupuleuse exactitude et en si grand nombre, par M. Gales , ne ressemble point exactement a ceux dontCestoni, Et m ni 1er et de Gecr lui-même nous ont laissé le dessin. Les sarcoptes, vus par le premier, ressemblent, au contraire, parfaitement, à la mite de la farine , dont de Geer a donné la figure. Mais ce qui prouve bien , selon M. Gales, que ces deux insectes ne sont point de la même espèce , ainsi que l'avait cru Linné, c'est que la mite de la fanne, placée par M. Gales sur la peau humaine , n'y entre point , tandis que le sarcopte y pénètre et y détermine la gale, ainsi que notre auteur l'a observé sur lui et sur des enfans qu'il a inoculés au moyen de ce procédé. Nous rapportons ici l'observation qui lui est personnelle. M. Galts, immédiatement avant de se coucher, plaça , sur le dos de l'une de ses mains, vers l'origine du poignet, plusieurs sarcoptes vivans. Il avait, au préalable, fait chauffer légèrement la partie de la peau où devait se faire l'expérience : les animalcules furent recouverts d'un verre de montre fixé par un bandange. Trois heures après cette application, l'auteur se réveilla, et sentit, à l'endroit où il avait placé ses nouveaux hôtes, nn petit chatouillement assez agréable , qui lui annonça qu'ils agissaient. Le lendemain matin il éprouvait déjà une vive démangeaison ; trois petites pustules miliaires , dont le caractère n'était point équivoque, prouvèrent à M. Gales qu'il s'était inoculé la gale: dès-lors il songea à se débarrasser d'une maladie qu'il n'avait plus intérêt de conserver. Les résultats de l'expérience furent communiqués à MM. Bosc , Olivier, Duméril , Latrcille . tous de l'Académie des sciences , et à M. Richerand , professeur à la Faculté de médecine. Ces savans reconnurent , dans les pustules qu'ils observèrent en cette occasion , celles de la gale.
Les expériences relatives à l'inoculation, faites sur des enfans, ont encore été plus authentiques et plus concluantes ; en voici le résumé : Trois enfans , inoculés de la même manière que l'avait été M. Gai es , furent bientôt couverts de gale ; mis en contact avec trois autres enfans sains , ceux-ci contractèrent la maladie : tous furent conduits au cabinet de physique de la Faculté de médecine de Paris ; là , ils furent explorés par ce que la médecine a de plus illustre en France. M. Galès, qui avait eu la précaution de faire ces inoculations en présence Je M. le docteur Duchanois , administrât Au- des hospices , et
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de plusieurs médecins distingue'» , retira en leur prësence les sarcoptes des pustules de ces cnfans inoculés par les deux me'thodcs dont il vient d'être fait mention. Cette expérience prouve incontestablement qite le sarcopte de la gale n'est pas, comme on l'avait cru, un effet de celte maladie , mais qu'il en est la cause occasionnelle.
M. Gales , en publiant le résultat des observations microscopiques dout nous venons de parler , ainsi que celui de ses inoculations , ajoute que les unes et les autres ont été constatées par des savans naturalistes et médecins , dont le témoignage ne peut laisser nul doute sur la vérité des assertions de l'auteur. Ce sont MM. Leroux , doyen de la Faculté de médecine; Bosc, Olivier, Latreille, de l'Académie des sciences; Pelletan , Duméril , Deyeux , de la même Académie , et professeurs de la Faculté de médecine ; Dubois , Desormeaux , Thillaye, Kicherand , professeurs à la même Faculté; Delaporte et Alibert , médecins en chef de l'hôpital Saint-Louis, rte.
Notre observateur zélé ayant fait dessiner avec le plus grand soin le sarcopte de la gale humaine , depuis la larve jusqu'aux insectes , ayant acquis leur plus grand degré de développement, a bien voulu nous communiquer ses figures, que l'on pourra voir dans les planches qui accompagnent cet article. Nous attestons que les figures offrent la ressemblance exacte des objets qu'elles représentent, lesquels ont été le but de nos recherches particulières , avant que nous nous décidassions à composer cet écrit.
Les travaux de M. Gales prouvent incontestablement l'existence du sarcopte dans la gale ; ils sont aussi «la preuve que cette maladie s inocule par le contact de cet acare : ces travaux confirment les recherches, les expériences et les opinions des médecins naturalistes qui considèrent le sarcopte comme l'unique cause occasionnelle de celte maladie , tels que Cestoni, Rivinus, Wichmann , Osiander, Pringle , Guldner, etc., et tous ceux des médecins modernes qui , ayant étudié la gale dans une longue pratique, ont adopté la nouvelle doctrine, dont l'expérience leur a montré la solidité.
11 nous reste maintenant à répondre aux objections de ceux qui, reconnaissant dans la gale, ou dans plusieurs cas de cette affection , l'existence d'un insecte , soutiennent qu'il est l'efïct et non la cause de la maladie ; qu'il ne se présente point dans • toutes les gales, et qu'il n'est point l'agent de la contagion.
Pour répondre à ces difficultés , nous dirons , d'après les expériences de M. Gales, que nous venons de rapporter, d'après une foule d'autres qu'il a faites depuis et qui ont été répétées
Ear l'auteur même de cet article, que les sarcoptes , déterminant i gale lorsqu'ils sont déposés sur les corps d'individus non
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affectés de cette maladie, ne peuvent plus être considères comme un effet, mais bien comme une cause, et qu'une opinion spéculative contraire , doit disparaître lorsqu'elle est combattue par des faits indubitables ; qu'il n'est pas constaté qu'on ne puisse trouver les sarcoptes chez tous les individus galeux; que, partout où on les a cherche's avec soin , ils ont été rencontrés; que cet insecte , tendant par instinct à fuir les pustules purulentes , s'y rencontre rarement vivant , et qu'il se loge dans les parties saines, pour y déterminer de nouvelles pustules; que le sarcopte est véritablement l'agent de la contagion , puisqu'il produit infailliblement la gale lorsqu'il; est appliqué sur la peau d'un sujet sain , tandis que l'inoculation , au moyen du contact des chemises et autres vêtemens des galeux , n'est pas toujours certaine, parce que ces objets ne recèlent pas toujours l'insecte de la gale; que nous voyons constamment cette maladie prendre naissance chez les personnes qui vivent dans un état de saleté habituel , état qui favorise la multiplication des autres insectes qui s'attachent au corps de l'homme, et que, par analogie , Ton est autorisé à supposer être la cause de la production des sarcoptes ; que les individus vivant dans l'aisance , observant sur eux et dans leur demeure , les règles de la propreté, sont infiniment moins sujets à la gale , qu'ils ne contractent que dans un contact imprudent avec les galeux ou avec les effets dont ils ont fait usage ; que si l'insecte n'était pas le seul agent de la contagion, les individus dont on vient de parler seraient aussi sujets à la gale que les premiers; que le contraire est bien manifeste dans la classe opulente de la société, à laquelle la gale est presque inconnue; privilège qui n'est du qu'à l'habitude où sont les individus de cette classe , de changer fréquemment de linge , de se baigner, de se laver, de ne se servir d'aucun vêtement étranger , etc. ; que ces mêmes individus deviennent aussi sujets à la gale que les premiers ,*s» des circonstances fortuites les obligent de prendre les mêmes habitudes. Par exemple, lorsqu'ils s'enrôlent dans les troupes armées , lorsqu'ils se livrent à la débauche , à toutes les crapules, ou que, par un revers de fortune, ils tombent dans une profonde indigence ; que cependant ces mêmes hommes , si peu sujets à contracter la gale, ne sont point exempts des diverses affections prurigineuses , herpétiques , syphilitiques , scorbutiques et autres que l'on suppose être souvent susceptibles de déterminer la gale.
On a objecté, contre la doctrine que nous défendons, la propriété contagieuse qui se conserve pendant si longtemps dans les vêtemens des galeux. Comment, a-t-on dit, le sarcopte qui se nourrit sur l'homme, vivrait-il pendant plusieurs mois tans prendre d'alimens ? Tout le monde sait que les in*
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sectes analogues pullulent au milieu de la saletë. Pourquoi le sarcopte ne se comporterait-il pas de même ? D'ailleurs, les œufs qu'il dépose dans les vètemens dont il est question , peuvent s'y conserver fort longtemps, jusqu'à ce qu'ils trouvent l'occasion d'éclore par le contact immédiat du corps humain. M. le professeur Duméril, qui a mis une complaisance extrême à faciliter nos recherches sur la gale et à nous communiquer le résultat de ses travaux sur le même sujet, nous a assuré avoir remarqué , plusieurs fois, sur des cadavres d'hommes indigens et qui vivaient dans la malpropreté, des œufs de poux et de punaises, déposés sous les ongles de leurs pieds. Souvent, en disséquant, M. Dumérit a eu l'occasion de faire la même observation j il en induit que le sarcopte de la gale peut aussi déposer ses œufs sur diverses parties des corps où ils se conservent , en attendant l'occasion favorable pour éclore.
L'histoire de la gale, chez les animaux, nous fournira de nouveaux argumens en faveur de notre opinion. Cette histoire est beaucoup plus avancée que celle qui intéresse l'homme. Les travaux de MM. Bosc, Huxard, Latreille, Geoffroy de Saint- Hilaire, Duméril et VValz sur la gale des animaux, ne permettent plus de douter que cette maladie ne soit constamment chex eux le produit d'un insecte de la même famille que le sarcopte de la gale humaine. Ces naturalistes ont rencontré des insectes dans toutes les gales des animaux ; ils les ont étudiés et décrits : nous avons fait graver la figure de quelques-uns de ces insectes dans les planches qui accompagnent cet article. Les dessins nous ont été fournis par M. Bosc qui a fait luimême , d'après le vivant , ceux du cheval et du chat. Nous nous sommes bornés à trois acares d'animaux : celui du cheval, du mouton et du chat. Nous aurions désiré pouvoir y joindre celui du chien , mais il ne nous a point été possible de nous le procurer pendant que l'on gravait nos planches.
L'opinion populaire veut que les hommes qui se mettent dans un contact trop immédiat et trop fréquent avec les animaux affectés de la gale , soient eux-mêmes susceptibles de contracter cette maladie de l'animal infecté. On cite de fréquens exemples de ces sortes de contagions. Cependant les essais d'inoculation , faits par les savaus , n'ont jamais réussi à introduire l'acare de la gale des animaux sur l'homme. Un fait contradictoire à ces expériences semble devoir suspendre encore l'opinion. Ce fait nous a été communiqué par MM. Duméril , Geoffroy de Saint-Hilaire, Bosc et d'autres naturalistes ; ils nous ont assuré qu'un quadrupède, rapporté par le capitaine Baudin du continent océanique, le phascolome, était infecté de gale, lorsqu'il fut placé à la ménagerie du jardin des plantes ; il fut écrasé par l'éléphant ; et son gardien , chargé
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d'en conserver la dépouille, contracta , par l'effet de ce coutact, une cale très-manifeste. Les pustules qui caractérisaient la maladie du phascolomc, contenaient des insectes beaucoup plus gros que le sarcopte de In gale humaine ; ils ne dégénérèrent pas sur l'homme dont il est question , et déterminèrent des pustules plus grosses qu'à l'ordinaire , causant un prurit insupportable et produisant de la rougeur à la peau. Le soufre, qui est le véritable spécifique de la gale humaine , fut le seul moyen qu'on employa pour faire cesser celle dont nous rapportons ici l'exemple , et son usage fut suivi d'un prompt succès.
Cette analogie entre la cause de la gale des animaux et celle de l'homme, nous parait être un argument péremploire contre l'incrédulité de ceux ou qui révoquent en doute la propriété contagieuse des sarcoptes, ou même l'existence des ces insectes dans la gale humaine. Cette espèce , de la famille des acares , n'est pas la seule qui s'introduise sous la peau de l'homme, et y détermine une éruption prurigineuse. La mile des faucheurs, de de Gecr,ou ara rus aulumnalis de Shauw, qui se rencontre dans les herbages et les champs , pendant l'automne , est la cause de ces éruptions psoriforme* , dont on voit les eofans souvent attaqués , lorsque, à la campagne, ils vont jouer dans les endroits où cet acare se rencontre. M. le professeur Duméril a observé de semblables éruptions chez plusieurs enfans, particulièrement sur les siens ; mais elle cède promptemem aux lotions appropriées qui font périr l'insecte au bout de quelques heures. M. Bosc a vu fréquemment le même accident ; ainsi que M. Duméril, il lui a reconnu la même cause. Plusieurs observateurs assurent avoir vu des chiens contracter la gale de leurs maîtres, et réciproquement. Le fait que nous venous de rapporter, relativement au phascolome, peut justifier de semblables assertions , qui n'acquerront cependant un caractère authentique, qu'après avoir été vérifiées par des expériences bien faites • car la différence qui existe entre les acares propres à chaque animal, semble être un préjugé pour faire croire qu'ils ont tous une destination spéciale. La mite de la farine , celle du fromage , qui ont une si grande ressemblance avec le sarcopte humain , ont été vainement inoculées sur l'homme. M Huzard qui, de nos jours, a répandu sur l'art vétérinaire tant de lumières, a fait une foule d'infructueux essais sur ces inoculations. Il est vrai que M. Huzard s'est plus particulièrement attaché à l'acare du cheval, lequel est tellement gros qu'il s'observe facilement à l'œil nu , voyageant en quelque sorte sur les différentes parties du corps des chevaux gâteux. Nous dirons à cette occasion que M. Huzard n'a nul doute sur la cause de la gale qu'il attribue à l'insecte sur tous les animaux, comme sur l'homme.
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Noas avons cru devoir insister sur les recherches de la vraie cause de la gale, parce que cette connaissance doit influer puissamment sur la méthode curative.
Nous pensons donc, d'après ce qui vient d'être expose' et d'après notre expérience personnelle , qu'on peut diviser les causes de la gale en prédisposantes et en occasionnelles. Les causes prédisposantes sont la malpropreté , soit dans les vêlemens, soit dans les habitations , comme étant susceptibles de favoriser la propagation des insectes. La cause occasionnelle est la présence des sarcoptes agissant dans l'appareil cutané.
Complications. La gale se complique rarement avec les maladies aiguës , ou du moins elle demeure stationnaire pendant la durée de celles-ci ; cl sou éruption n'a lieu qu'après la cessation de la fièvre. Les complications qui occupent le plus l'attention du médecin , sont celles qui ont lieu avec les maladies chroniques. C'est avec les symptômes du scorbut ou de la syphilis qu'on observe le plus ordinairement ceux de la gale. Ces complications ont lieu chez des hommes peu soigneux de remédiée aux désordres qui surviennent dans leur santé; tels sont les soldats, les marins, les ouvriers pauvres et les indigent. C'est aussi dans les hôpitaux que Ton rencontre ces complications. Lorsque la gale marche de concert avec la syphilis, chaque maladie conserve son caractère , ses symptômes particuliers; et c'est ordinairement la syphilis qui détermine le* accidens les plus graves. On reconnaît la complication de la gale avec le scorbut par la couleur violette que Ton remarque souvent aux postules de la gale , par des taches livides et croûteuses qui se voient sur la peau , par le mauvais état des gencives, et enfin par la réuuion des symptômes généraux qui caractérisent la diathèse scorbutique. La gale peut exister en même temps qu'une affection herpétique, et celle-ci s'exaspère ordinairement parla présence d'un auxiliaire aussi redoutable. Si l'affection dartreuse est considérable, les pustules de la gale ne tardent point à simuler les formes de l'éruption herpétique ; les pustules cristallines sont plus grosses qu'à l'ordinaire , et tendent incessamment à deveuir purulentes.
Peut-on ranger parmi les complications la gale qui se déclare chez un sujet scrophuleux ? Nous voyons deux maladies à la fois, mais nulle coïncidence entre elles.
Les gales anciennes déterminent , ainsi que nous l'avons dit ailleurs, des cachexies , des hydropisies , diverses affections organiques. Ce sont alors autant de complications dont la cause est connue } mais la gale peut survenir alors que ces mêmes maladies ont été déterminées par des causes qui lui sont toutà-fait étrangères : cette complication, d'un genre bien différent de la précédente, ne doit point échapper au médecin, puis-
qu'elle exige un emploi différent des moyens thérapeutiques.
Diagnostic. Le vulgaire et même les gens de l'art peu exercés confondent la gale avec une foule d'éruptions anomales, de maladies qui ont un caractère particulier, comme des boutons syphilitiques, darlreux, scorbutiques, des exanthèmes miliaires, des clous ou furoncles critiques.
Dès qu'une personne éprouve quelque éruption cutanée , accompagnée de prurit, c'est toujours aux interstices des doigts que le praticien porte ses regards; en effet, ces parties sont constamment un lieu d'élertion pour la gale, et c est presque toujours là que l'éruption psorique commence. Au contraire , les autres maladies psoriformes affectent rarement la peau dans ces endroits , ou bien n'y déterminent qu'un très-petit nombre de pustules.
Beaucoup de personnes éprouvent , pendant les chaleurs de l'été, des éruptions accompagnées d'un prurit vif et fréquent, qui se caractérise par des pustules assez semblables à celles de la gale, mais qui en diffèrent en ce qu'elles sont moins nombreuses; qu'elles n'incommodent guère que pendant la journée; qu'elles cèdent, ou au moins diminuent sensiblement par l'usage des bains, tandis que ces moyens semblent favoriser la sortie de nouvelles pustules chez les galeux.
Les exanthèmes qui résultent des diverses éruptions cutanées, contiennent pour la plupart une liqueur aqueuse , mais elles ne présentent point, comme les pustules delà çale, ce sommet cristallin qui les distingue : la base des premiers boutons ne conserve pas la couleur de la peau , comme font ceux de la gale ; les uns sont rouges dans le voisinage de la peau , ou sont entièrement vésiculaircs, et n'impriment point à la peau cette dureté qu'elle acquiert dans la gale.
Aucune éruption n'excite un prurit aussi vif et aussi constant que l'exanthème psorique; celui-ci seul a la propriété d'augmenter considérablment et chez tous les sujets la démangeaison pendant la nuit.
Dans la gale seule , les pustules cristallines se convertissent en gros boutons puriformes.
Les autres éruptions ne contiennent aucun insecte. Les sarcoptes existent toujours dans les pustules psoriques ou sous l'épidermc environnant.
La propriété contagieuse n'existe dans aucune des éruptions psoriformes ou prurigineuses : la gale est éminemment contagieuse.
La plupart des autres éruptions, particulièrement celles qui surviennent à la suite de maladies aiguës, celles qui, pendant les chaleurs, simulent le plus la forme psorique, guérissent spontanément, tandis que la gale ne fait que s'exaspérer, si
on ne lui oppose un traitement convenable , c'est-à-dire celui qui a la propriété' de faire mourir les insectes qui l'entretiennent. Les sarcoptes tendent nécessairement à se multiplier et par conséquent à augmenter le nombre des pustules de la gale.
La gale seule, de toutes les affections qui peuvent se confondre avec elle , se guérit par l'usage extérieur du soufre, soit en lotions, soit en vapeur, soit qu'on le combine avec des corps gras.
Les éruptions critiques , celles surtout qui ont la forme miliaire , et que très-inconsidérément les empiriques ignoraus nomment gales critiques, diffèrent de la vraie gale en ce qu'elles se développent pendant la durée de l'état fébrile, tandis que l'exanthème psorique 11e se montre jamais qu'après la cessation de la fièvre et à la fin de la convalescence, bien que l'infection soit souvent antérieure à l'invasion de la fièvre.
Les gales anciennes qui couvrent la peau de pustules croûteuses , oui déterminent de gros boutons purulens sur toute la surface du corps, se distinguent encore des autres affections de la peau par les petites pustules cristallines qui naissent dans les intervalles qui n'ont point été envahis par des croûtes ou de gros boutons.
La nature psorique de ces croûtes se reconnaît encore par l'observateur attentif qui , au moyen de la loupe ou du microscope , y remarque les débris des sarcoptes morts, qui sont comme agglomérés à la partie interne de ces croûtes.
La gale dont le traitement a été longtemps négligé, détermine des accidens qui ne sont jamais dus aux autres exanthèmes psoriformes ; tels sont l amaigrissement , l'ictère, la pâleur de la peau, les affections du poumon, rhydropisie, la fièvre hectique , l'apoplexie , l'hypocondrie , etc.
Les éruptions cutanées qui ne sont point de nature psorique, ne produisent jamais de dépôts critiques : la gale au contraire en occasionne à la suite d'un traitement brusque , lorsque la maladie est ancienne. Elle en occasionne même par le défaut de traitement, par la résorption des matières puriformeâ longtemps retenues sous les croûtes : cette résorption peut avoir lieu sans cause extérieure, pu bien parle passage rapide d'une température sèche ou chaude à une température froide ou humide.
Pronostic. Le pronostic de la gale simple n'a rien de fâcheux. On peut prédire une très-prompte guérison, si le malade se traite convenablement. La gale dans l'état simple est une affection fort incommode, mais elle n'est nullement dangereuse. La gale négligée, devenue chronique, peut occasionner des squirres, des cancers , des cachexies et tous les autres ac-
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cidcns dont nous avons déjà fait mention. Il est faux qu'elle dégénère jamais en dartre, ainsi que des hommes étrangers à la pratique Pont prétendu.
La t»;t ;e dégénérée, lorsqu'elle est traitée par des moyens rénercussifs, ou même qu'on la guérit trop promplement, peut avnir des suites mortelles, parce que l'humeur puriforme qui s'élabore dans les pustules et s'amasse sous la peau peut se diriger sur un organe intérieur. La suppression intempestive de cette sécrétion et de son excrétion peut se comparer à celle d'unexntoire ; elle est quelquefois plus funeste, à raison de son abondance.
Les sujets d'un tempérament bilieux , les vieillards , gue'rissent moins promplement de la gale que les enfans , les individus jeunes et Joués d'un tempérament sanguin ou lymphatique. Les personnes valétudinaires , malsaines, guérissent
f>lus difficilement que celles dont ta santé est intacte, et dont a constitution n'est point altérée. Pendant la saison chaude , la transpiration rendant la peau plus souple, les médicamens y pénètrent plus facilement que durant l'hiver; c'est la raison qui explique la promptitude remarquable avec laquelle la gale se guérit pendant l'été, et la lenteur avec laquelle elle cède , l'hiver, aux mêmes moyens thérapeutiques.
Du traitement de la gale. Il serait facile de composer un livre sur le seul traitement de la gale, si l'on voulait exposer toutes les méthodes curatives qui ont été préconisées, à différentes époques, contre cette maladie. Les recettes des empiriques , celles des charlatans, sont innombrables. D'ailleurs , presque tous les auteurs qui ont fait mention de la gale , ont imaginé un moyen de la combattre. Plus cet exanthème est dégoûtant *»t désagréable, plus l'on s'est évertué à rassembler des procédés propres à le guérir promplement.
Avant l'époque actuelle , et tant que la cause de la gale a
Su être attribuée à quelques vices des humeurs, le traitement e cette maladie s'est composé de moyens internes et externes combinés. Il y a bien peu d'années qu'un médecin n'aurait point osé faire l'application des derniers , sans avoir , au préalable , préparé son malade , par l'usage interne de bols f de poudres , de pilules , de tisanes et de purgatifs, dont on continuait l'usage , pendant plus ou moins longtemps. Maintenant encore , la plupart des personnes qui traitent la gale , observent scrupuleusement cette méthode toujours inutile dans la gale simple, et souvent nuisible, qui a toujours l'inconvénient de prolonger la maladie et de lui donner le temps d' tendre ses progrès. f
! . traitement de la gale a, de font temps , fourni un heureux •liment à la cupidité des charlatans; il leur suffit, pour ios-
pirer de la confiance aux malades , d'annoncer qu'ils ont découvert un remède précieux , et qui guérit en peu de temps la gale , pour se, voir entourés de dupes qui ne doutait point de l'efficacité d'un remède dont la recette est pour eux un mystère. Ce qui favoiHse l'elîronterie des charlatans , c'est qu'en effet, la plupart du temps, leurs drogues guérissent la gale , non pas aussi promptement qu'ils le promettent; mais le temps qu'a duré le traitement , parait toujours avoir été court à l'homme qui ne souffre plus. Leurs remèdes guérissent , disons-nous ; la raison eu est bien simple , c'est que toute substance qui est susceptible de Taire mourir le sarcopte détruit la gale; et l'expérience prouve que les moyens les plus simples ont ce pouvoir. La brique pilée, ou l'ardoise pulvérisée, mêlée avec uue huile ou une graisse , guérissent celte maladie , par la seule irritation que ces premiers corps excitent à la peau. De même toutes les substances végétales, âcres, vireuses, narcotiques , aromatiques ; la plupart des minéraux , dans leur état simple , ou bien combinés avec des corps gras , ou avec des acides , produisent le même effet , celui de détruire l'insecte de la gale. Ce qui vient d'être dit de la brique et de l'ardoise pulvérisées , n'est point une assertiou vague. M. Coste, premier médecin des armées et membre du conseil de santé militaire , a fait, il y a plus de quarante ans, des expériences à ce sujet , qui toutes ont été suivies de succès. C'est de ce respectable doyen de la médecine militaire que nous tenons ce fait , que, depuis , d'autres ont confirmé par de nouveaux essais. Tout le monde sait que les soldats , eu se frottant avec de la poudre à canon humectée d'eau et encore mieux d'alcool, parviennent à se débarrasser de la gale. Si des moyens aussi grossiers étaient prônes par des charlatans, qui sussent les déguiser sous des noms mystérieux , ils feraient fortune , aussi bien que la célèbre quintessence antipsorique , par exemple , qui , plus dangereuse, n'est pas plus rationnelle.
Les distributeurs des remèdes secrets sont ordinairement trop adroits pour se boruer à recommander des remèdes externes; ils y joignent, comme de puissans auxiliaires , des médicamens internes , qui , dans le fait , n'ajoutent rien à l'eflicacit^de leurs topiques, comme ils n'en tempèrent point l'action pernicieuse.
Nous avons dit nue toutes les substances irritantes , appliquées sur la peau de manière à pénétrer jusqu'au repaire des sarcoptes, guérissent la gale, en faisant mourir ces insectes. C'est ainsi que, dans tous les temps, ou a employé » contre la gale, avec plus ou moins de succès, des onguens ou des lotions composés avec uue multitude de corps simples , pris dans les 17. 14
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trois règnes de la nature, avec des terres calcaires ou alcalines, avec la plupart des oxides métalliques , tels que la chaux , la potasse, la soude , le zinc, l'antimoine, l'arsenic, le plomb, le cuivre, le mercure, l'argent, etc.
Souvent le véhicule était plus actif que la substance qui donnait le nom à la lotion ou à l'onguent , et aurait suffi seul pour opérer la guérison ; tels sont les acides minéraux, les eaux spiritueuscs , etc. Mais ces compositions étaientpurement empiriques ; le hasard , plutôt que la combinaison, les avait fait trouver, et l'aveugle ignorance les a perpétuées.
On ht dans des auteurs, d'ailleurs estimables , des receltes tout-à-fait insuffisantes contre la gale ; ce qui prouve que cette maladie a souvent été confondue avec d'autres exanthèmes. En effet, quelle efficacité peut-on supposer, par exemple , à la moelle distillée , conseillée par Kunratz ; aux bains froids de Dover ; à l'usage interne de la bouse de vache , distillée sur de l'esprit de vin , comme ou le conseille dans les Ephémérides des curieux de la nature , cent, vu , obs. xxu ; aux excrémens de chien ( album grœcum ) , administrés à l'intérieur par un médecin suédois ou danois ; à l'eau distillée d'excrémeus humains dont parle Dorncrellius ; au pissat d'âne; à la fiente de renard, de coq ; aux os de seiche; à la décoction de scordium que propose Quarin ; aux lotions de sang de vipère, recommandées par d'autres médecins ?
D'autres auteurs ont mieux jugé l'étiologie de la gale, en proposant pour guérir cet exanthème des moyens dont l'effet se dirige contre l'insecte qui le produit , bien que leur méthode soit ou trop violente ou trop peu active. C'est ainsi que Baldinger faisait usage d'uu onguent composé d'acide nitrique et de fleurs de soufre; Lcntin , d'une décoction d'écorce de peu' plier, avec addition d'acide sulfurique ; plusieurs médecins , d'acide sulfurique pur en lotions; Sala , de l'onguent de nicotiane, avec l'acide sulfurique; Borelli , de l'alumine purifiée; Zacutus Lusitanus, à l'exemple de Pline, d'une pommade d'amandes amères; Beireis, de bains de mer , précédés de frictions sèches ; Trécourt , d'une décoction de soufre et d'arsenic ; Pilargue, de fourmis mises en poudre avec un peu de sel ; le même auteur, de la suie unie à de la crème de lait ; Freitag , d'une solution de mercure dans de l'eau forte ; Heister, d'un amalgnme de plomb et de mercure; Dulaud, de l'eau mercuriellc en lotions, de frictions d'opium, de bains avec la décoction de feuilles de chêne, de lotions avec l'esprit de vin , avec la teinture de cantharides contenant du camphre en dissolution.
D'autres auteurs ont conseillé de vernir tout le corps avec le baume noir du Pérou. Une pommade, composée d'un mc*-
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lange du charbon avec la graisse , a été employée contre la g/Ie. L'onguent d'ellébore , de la pharmacopée de Londres. « servi au même usage. Marianus Sanctus , médecin du seizième siècle, guérissait la gale avec la pommade suivante, à laquelle il donnait le nom tiunçuentum nobile ad sca- Ifiem :
Vin généreux , une livre ; soufre , trois onces ; sd marin , trois onces j saponaire , quatre onces ; cire , une once ; èneens, deux gros. Faites bouillir jusqu'à évaporation de la moitié du vin.
On se frottait la paume de la main avec cette pommade.
Nicolas Myrepsus employait dans la même maladie un onguent composé de beurre rance, d'arsenic, de térébenthine, de propolis , de soufre vif, de litharge , de mastic , d'encens et de benjoin. 11 en faisait uu autre , avec de l'huile , du vinaigre . de la plombagine et du mercure.
, Scribonius Largus se servait , comme antipsorique , d'un mélange de poix liquide, de soufre vif, d'alun et de cire. Le même Scribonius Largus indique, contre la gale, la décoction d'orge , dans le vinaigre ; il y mêlait parfois un peu d'encens. Il employait aussi la décoction d'écorce de saule dans le vinai-
5re. Il faisait encore usage, pour remplir la même indication , e céral rosàt et de céruse , ou d'une décoction de racine de patience dans le vinaigre , à laquelle on ajoute deux onces de pulpes d'oignons, une once de soufre vif, une once et demie d'encens maie : le tout mêlé en consistance de miel épais.
En Danemarck , on se sert encore aujourd'hui , pour guérir la gale, du goudron. Le malade se couvre tout le corps do cette substance: en se séchant, elle forme une croûte trèsmince , qui se détache vers le huitième jour ; alors , dit-on , l'affection psorique est guérie.
Les médecins anglais faisaient autrefois digérer l'axonge avec le suc de scabieuse , et se servaient de ce mélange comme d'un antipsorique.
Jasser composait une pommade dont il suffisait de se frotter les paumes des mains pour se guérir de la gale. Voici la composition de cette pommade : soufre dépure' , sulfate de zinc , de chaque une partie ; axonge lavée , huile de laurier , de chaque deux parties. C'est cette même pommade dont les Allemands se servaient déjà dans le quinzième siècle, mais sous un autre nom , qui , depuis , a porté celui de Schmucker , chirurgien en chef des armées prussienues , lequel en a beaucoup étendu l'emploi parmi les militaires de sa nation.
Manget unissait le soufre aux alcalis fixes, et mêlait le tout avec des corps gras. Son ongueut doré était composé d'huilé de tartre, de soufre, de mercure douxf de soufre doré d'ânes 14.
timoine mêlés au baume de soufre ( solution de soufre «fois l'huile) et à l'huile de térébenthine*
Nous trouvons dans des livres anciens la recette suivante t du lierre, de l'origan, de la sauge, du raarrube, du pouliot. On mettait toutes ces plantes dans du vinaigre ; on en faisait une décoction , dent on se frottait pour guérir la gale.
Ces moyens et une multitude d'autres que nous passons sous silence n'étaient point sans de graves inconvéniens pour la plupart , et les autres étaient infidèles.
De nos jours on traite la gale d'une manière plus rationnelle; le soufre , employé de tout temps et sous toutes les formes, est , de toutes les substances, la plus efficace contre l'affection psorique ; il attaque plus souvent et plus promptement le sarcopte ; il le fait périr, détruit ses œufs, non-seulement sur le corps humain , mais dans les vêtemens et les meubles où cet insecte vit longtemps , jusqu'à ce qu'il puisse s'introduire sous l'épidcrmc de l'homme.
On a modifié le soufre de diverses manières; on l'a associe' à une foule de substances tant minérales que végétales ou animales ; on l'a donné, à l'intérieur, en frictions, en vapeurs et en lotions. Son usage interne est tout-à-fait nul , quant à la curation de la gale. Administré comme topique, il réussit ordinairement plus ou moins promptement, selon la méthode de l'employer, et selon que la gale est plusou moins ancienne ; car les gales récentes ne résistent jamais aux préparations sulfureuses, quelles qu'elles soient. Les gales compliquées , celles qui, par leur ancienneté, ont causé de notables altérations à la peau, se sont transformées en croûtes pustuleuses, ainsi que nous l'avons exposé dans la description de la maladie ; celles-là sont souvent rebelles à la plupart des traitemens faits au moyen de pommades ou d'onguens.
Nous venons de parler d'une manière générale des méthodes curatives anciennes , et qui ont été abandonnées par les praticiens; exposons , avec plus de détail, celles qui sont encore usitées de nos jours.
On a essaye souvent l'tmploi exclusif des substances végétales, âcres, vireuses, caustiques, ou rendues telles par l'art, comme spécifique de la gale; ces essais ont prouvé l'insuffisance de la plupart de ces moyens. L'opium , dont on a vanté les bons effets, est maintenant abandonné; on n'emploie plus la racine d'aunée , autrefois très-recommandée. L'herbe aux gueux ( clematis vitalba ) est une des plantes qui a le plus souvent réussi à guérir la gale. Un médecin d'Avignon , M. Vicary, l'employait , avec succès , il y a une quarantaine d'années ; il faisait couper cette herbe en très-petits morceaux; on la pilait ensuite dans un mortier, et sur la fin on y ajoutait un
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pen cVlmilc d'olive. Le malade se frottait toutes les parties affectées avec ce mélange , et gticïissait très- promptement , lorsque la gale était récente. Ce moyen était populaire en Provence , à l'époque dont nous parlons ; mais il a l'inconvénient d'exciter une telle initation a la p«au , qu'elle s'enflamme et devient comme érysipélateuse. M Vicary annonce qu'une seule de ces frictions , suivie le lendemain d'un bain d'eau de savon , avait guéri des gales récentes.
Peut-être serait- il convenable de faire des expériences nouvelles , afin de fixer l'opinion sur les propriétés antipsoriques de cette plante. Il en est de même tlt la racine de dentela ire {plumbago Europœa> Lin.). De toutcs<es substances végétales , celle-ci a paru la plus efficace contre Ja gale. La Société royale de médecine avait proposé, en i-78, pour sujet d'un prii, d'indiquer la meilleure méthode pour guérir promptement et sûrement la gale contractée par communication , comme il arrive dans les casernes, les ateliers , les hôpitaux et les prisons.
M. Sumeire, médecin à Marignane, en Provence, adressa à la Société un mémoire dans lequel il proposait, pour remplir ses vues, l'emploi de la racine de dentelaire préparée selon un
Procédé nouveau usité par l'auteur ; car cette racine , dont âcreté est si violente , était d'un usage populaire dans le pays où M. Sumeire exerçait la médecine. Le nouveau procédé avait l'avantage de conserver à la plante toute son activité antipsorique , et de diminuer singulièrement son àcreté qui avait souvent déterminé de violens accidens.
Garidcl , médecin , qui a écrit l'Histoire des plantes des environs d' Aix, parle de celle-ci en ces termes : « Plusieurs font bouillir toute la plante dans l'huile d'olive ; ils en oignent ensuite ceux qui ont la gale, de même que ceux qui ont la teigne. Il est vrai que cette plante produit dans quelques-uns de bons effets; mais j'en ai vu de très-méchans dans plusieurs , surtout dans un de mes amis , qui , ensuite d'une telle onction , fut attaqué d'une inflammation universelle de la peau , avec une fièvre ardente , que je guéris , par trois saignées et par l'usage des émulsions que le malade prenait soir et matin. Il avait appris ce remède d'un chasseur qui guérissait ainsi la gale de ses chiens ; n'est pourquoi je conseillai de laisser ce remède aux chiens. » On lit dans les mémoires de l'Académie des sciences, année I7%i p. 47 1 8 a La dentelaire est un caustique si fort, qu'une fille, qui s'en était frottée pour guérir la gale, fut écorchée vive. ». M. Sumeire évitait les effets violens dont il est question , par la manière dont il préparait son remède ; elle leud à diminuer l'âcreté et l'action de la racine de dentelaire, eu conservant ta vertu. Ecoutons M. Sumeire lui-même : o La manière de
S réparer notre remède est de piler, 'jans un mortier de marbre, eux ou trois bonnes poignées d la racine de dentelaire j il en faut davantage en hiver que r^ans les belles saisons , et quel-
Î[ues-unsy ajoutent une petit e poignée de sel : on verse, sur a racine pilée , au moins u je livre d'huile d'olive bouillante ; on les agite ensemble pen jaut trois à quatre minutes; on met le tout sur un linge; et ^ quand l'huile est passée, on exprime un peu fortement la r acine , dont on ne laisse qu'une partie dans le linge qu'on jie en forme de nouet.
« La manière d^ s'en servir, est de tremper dans l'huile bien chaude le nouet. , avec lequel on remue un peu la lie qu'y a l.nsse'e l'etpresrôon de la racine. On frotte avec ce nouet toute la superficie fa corps. Il faut frotter un peu fortement , et il faut toujours que l'huile soit bien chaude ; on réitère les frictions de c\ouzc heures en douze heures , et on les continue tant qu'il paraît des restes de gale. La première friction fait pousser quelquefois tout ce qu'il y avait de gale cachée sous la peau; on éprouve alors beaucoup de pieolemens et de démangeaisons «ni*, les frictions suivantes dissipent à coup sûr. Le* pustulea
al ors bientôt desséchées se détachent , et tout le vice ga-
l.Cux est emporté. . . . Ordinairement trois ou quatre frictions suffisent pour la guérison entière. Cette méthode n'exige aucune précaution , aucune préparation préliminaire. ... Et l'on a constamment observé que la gale ainsi traitée n'est plus sujette à revenir. »
« Le remède que je publie, dit M. Sumeire, n'est pas nouveau , mais la manière de l'administrer, laquelle a eu le plus heureux succès , est nouvelle. . . . L'e(Tet trop violent qu'on a reproché à la dentelaire, et qui est, comme l'on sait, d'emporter et d'écorcher la peau, ne vient que de la mauvaise manière dont on s'en est servi ; comme lorsqu'on touche la peau avec cette plante quand on s'en frotte , ou lorsqu'on la fait bouillir dam l'huile avec laquelle on veut se frotter comme il arrive dans le cas que cite Garidcl.
» Il en est de la dentelaire comme de tant d'autres remèdes qui n'étaient dangereux que parce qu'on n'avait pas trouvé le point juste qui en modifie leur action , et qui n'en laisse précilément que le degré qui produit l'effet utile. ... Il y a plus de quarante ans qu'un charlatan , qui passa dans ces cantons , enseigna la manière de se servir de la dentelaire , telle que je viens de l'exposer. Depuis , elle a toujours été pratiquée , du moins dans ce pays , avec un succès qui ne se démeut jamais. On prétend que cette plante n'est pas moins bonne pour la teigne. . . . On peut citer, pour prouver la certitude de ce remède, une expérience ancienne, constante et universelle dans ce canton de la Provence. Un particulier de ce pays, fils aioc
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de celui à qui le charlatan dont j'ai parle' avait fait connaître son procède , a la re'putation de l'administrer mieux que tout autre, et a guéri plus de cent galeux dans l'espace de dix ans, toujours avec un succès égal. Je ne rapporterai qu'un cas que je viens de voir. Un chasseur de ce pays avait pris la gale d'un de ses chiens; il l'avait communiquée à sa femme et à un enfant qu'il a , âgé de trois ans. Ils avaient cette maladie de puis plus de trois mois. Je leur conseillai le remède de plum- Logo. Je fis venir le guérisseur de la gale , et j'ai été témoin que dans deux jours ils ont été tous guéris parfaitement.
Les expériences faites à Paris, par les commissaires de la Société royale de médecine, MM. de Jussieu , Lallouette , Jeanrov et i II lie, confirment les opérations, de M. Sumeire sur les propriétés antipsoriques de la dentelaire , au moyen de laquelle ces médecins guérirent tous les galeux qu'ils avaient choisis pour sujets de leurs expériences. Il y avait parmi leurs malades plusieurs sujets dont les gales étaieut enracinées et opiniâtres; elles cédèrent facilement à l'action de la dentelaire. En lisant le savant rapport rédieé, à l'occasion de ces expériences , par M. le professeur Halïé , nous avons remarqué que le remède qui nous occupe détermine constamment une éruption trèsconsidérable de boutons , qui ne tardent pas à se dessécher. . Ces boutons ne peuvent point être dénature psorique ; ils sont le produit de la vive irritation causée par la dentelaire. Cette propriété irritante, quelque modifiée qu'elle soit par le mode de préparation du remède , peut causer des accidens graves chez des sujets fort irritables , et doit exiger, de la part du médecin qui prescrirait l'usage de la dentelaire, des précautions minutieuses. Il nous semble que l'addition du camphre à la préparation de M. Sumeire , ne serait pas sans de grands avantages.
D'après les expériences des commissaires de la Société royale de médecine, il parait convenable d'abandonner à la nature , après un certain nombre de frictions , ceux des boulons qui, nés pendant le traitement , persisteraient pendaut trop longtemps. M. Sumeire en agissait ainsi. Voici une de ses observations qui vient à l'appui de cette opinion : « J'ai vu , dit ce médecin , un homme âgé d'environ vingt-cinq ans, attaqué depuis deux mois de la gale, qu'il avait prise d'un de ses camarades et qu'il avait communiquée à sa femme : ils en avaient l'un et l'autre beaucoup aux aisselles , avec de gros boutons fort rouges dans les parties, et une grande quantité au ventre , aux bras et aux cuisses. Je les ai fait frotter de la manière (jue j'ai indiquée dans mon mémoire. La première et la deuxième friction ont excité une certaine irritation à la peau , et ont fait sortir de nouvelles pustules , comme il arrive ordinairement. À la troisième friction , l'irritation et la démangeaison ont cessé ; il a
fallu huit frictions pour détruire le gros du mal ; il n'est reste" que quelques boulons aux aisselles, qui se sont desséchés d'euxmêmes, sans plus y loucher par le remède. »
La recette que nous avous donnée précédemment a subi des modifications avantageuses de la part de M. Sumeire. Cet auteur ajoute une poignée de sel pulvérisé sur la racine , avant d'y jeter l'huile bouillante. Au lieu de la partie ligneuse de la racine de dentclaire, M. Sumeire a cru avantageux de n'employer que l'écorce, et à la même dose.
M. Bouteille, médecin à Mauosque , faisait usage de la dentclaire avec beaucoup de succès; mais il avait renoncé à la recette de M. Sumeire, pour en adopter une, selon lui plus avantageuse. Voici sa préparation : on prend les feuilles» les tiges et les sommités dé la dentclaire , qu'on met dans un vase de terre , et sur lesquelles on verse de très-bonne huile d'olive , à la hauteur d'un doigt. On exnose le tout, pendant six heures, à la chaleur du soleil ou à celle des cendres chaudes, et l'on se contente de passer l'huile. Toutes les parties affectées de gale doivent être enduites de cette huile les unes après les autres , et trois fois chacune; il convient ensuite de les recouvrir de papier brouillard, pour absorber l'huile superflue.
LVffet de cette méthode, ainsi que celle de M. Sumeire, dit M Hallé (Rapport déjà cité), est d'appeler les boutons à la peau , et de les sécher, sans rétropulsion. On continue jusqu à ce que cet effet soit complet, ce qui arrive en une semaine ou deux au plus, et jamais on n'en a reçu le moindre inconvénient.
La méthode qui vient d'être indiquée est plus longue dans «es effets que celle de M. Sumeire; mais elle diminue l'âcreté et la causticité de la deutelaire, sans en atténuer les propriétés anlipsoriques.
Nous terminerons cette digression sur la dentelaire, en rapportant les conclusions de M. Hallé, au sujet des expériences qu'il avait été chargé de faire au nom de l'illustre compagnie à laquelle il appartenait : qu'il est démontré que la racine de dentelaire, préparée comme il convient, guérit décidément la gale ; qu'elle a une manière d'agir évidente et exemple des dangers de la rétropulsion; que tous les inconvéniens qu'on lui a reprochés se réduisent à uuc irritation purement locale et plus ou moins vive, selon la manière de préparer la racine; qu'on peut remédier à ces accidens , et que cette irritation peut être considérablement diminuée, sans que l'efficacité du remède soit détruite; que , dans les cas ordinaires, et dans les gales récemment communiquées et sans complication, elle peut guérir sans préparations intérieures, et plus promptement que les autres manières connues; que, dans les cas les plus dif-
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ficiles , en ayant égard à l'âge, aux forces, à la délicatesse des malades, à la gravité et à l'opiniâtreté de la maladie , à la nature des acciaens qui pourraient survenir, et proportionnant à ces circonstances la force, le nombre et les intervalles des frictions, suspendant et reprenant à propos le traitement, variant même la préparation , suivant les cas ; ce remède peut préseuter de grands avantages , et, moins désagréable que le soufre , moins à craindre que les mercuriaux , avoir des succès égaux à ceux des méthodes plus longues etplus embarrassantes.
Lorsque M. Hallé manifestait cette dernière opinion , les procédés de MM. Alihcrt et Dupuytren , par des lotions de sulfure de potasse étendu d'eau , avec addition d'un acide affaibli; ceux de MM. Jadelot et Gales, l'un par les bains de sulfure de potasse, l'autre par la vapeur du soufre, et dont nous ferous mention plus bas, n'étaient point encore connus. Toutefois nous pensons que la dentelait r mérite l'attention des praticiens qui, dans bien des circoostances, pourraient en faire un emploi très-avantageux.
M. Ranque, d'Orléans, dans un Mémoire volumineux, dont le titre a déjà été cité plus haut , préconise la recelte suivante : graines de staphisaigre ( delphinium staphisagria , L. ) , une demie once; extrait de pavot indigène {papaver somniferum , L. ) , deux gros ; eau , un litre. Faites bouillir pendant trois quarts d'heure; n'exprimez pas; agitez la liqueur toutes les fois que vous vous en servirez.
Dans les cales invétérées , sur des sujets peu excitables , M. Ranque ait avoir joint, combiné à cette composition, le inuriate suroxigéné de mercure, à la dose de six grains par litre de décoction.
Si l'on en croit le livre de M. Ranque, son remède mérite la préférence sur tous ceux qui jusqu'ici ont été employés contre la gale.
La staphisaigre, dont on s'est servi de temps immémorial contre les poux, est devenu tout-à-conp l'antidote antipsorique par excellence. M. Ranque a été conduit à cette erreur par une première erreur; il a cru reconnaître que le sarropte de la cale est du genre pediculus. Cela posé , notre auteur n'a rien imaginé de meilleur pour le combattre qu'un moyen généralement usité contre sou analogue. Séduit par cette lumineuse idée, M. Ranque a cru guérir, avec une promptitude , une sûreté incomparables , tous les galeux qu'il a traités. Nous ne révoquons point en doute les observations qu'il a publiées : il se peut que la staphisaigre, aidée d'un narrotique, ait pu endormir, à Orléans, les sarcoptes de la gale; mais à Paris le charme a été détruit, et les expériences tentées par divers praticiens , particulièrement à l'hôpital Saint-Louis , ont été
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toutes contraires aux faits annoncés par M. Ranque. Sur douze malades soumis au nouveau traitement , dans cet hôpital , uu seul a été guéri au bout de dix-neuf jours. Les autres ont, pendant le traitement infructueux, éprouvé divers accidens , tels qu'une irritation vive, un prurit douloureux, de la rougeur à la peau , de nouvelles éruptions, des douleurs aux membres , de l'insomnie , de la céphalalgie, de la fièvre, de la constipation , des embarras gastriques , des ulcérations sur toute la surface du côrps.
Ces essais malheureux ont fait renoncer à une méthode funeste, qu'il convient de laisser dans l'oubli. La staphisaigre ne surchargera plus la pharmacopée antipsorique; elle est rendue à sa première destination , celle d'empoisonner la gent pédiculaire.
Le tabac (nicotiana tabacumt L. ) est une des substances végétales dont l'emploi a eu le plus de succès dans le traitement de la gale. Boerhaave employait le tabac, et fait l'éloge de cette plante comme un excellent spécifique antipsorique. Déjà Dodoens, médecin hollandais du seizième siècle, connaissait cette propriété du tabac, et vante celle plante , dans ses écrits , comme étanl fort employée de son temps contre la gale. Lémery avait aussi reconnu et indiqué les vertus antipsoriques du tabac. M. Coste, premier médecin des armées , employait, il y a plus dequaraute ans, l'infusion vineuse de tabac pourguérir les militaires galeux confiés à ses soins, à l'hôpital de Calais. En 1786, feu Becu , médecin de l'hôpital militaire de Lille, fit, dans cet établissement, de nombreuses expériences, toutes concluantes en faveur de la propriété antipsorique du tabac. L'auteur de cet article a souvent employé la décoction de cette plante dans les hôpitaux militaires, et atteste qu'elle guérit parfaitement fa gale. Par ce moyen, l'exanthème psorique disparaît ordinairement au bout de huit jours pendant l'été ; mais l'hiver le traitement dure souvent quinze jours. Cependant l'infusion de tabac irrite beaucoup la peau j elle y cause des éruptions considérables , quelquefois des inflammations vives. Les sujets irritables éprouvent, pendant le traitement, des lassitudes dans les membres , des malaises , des coliques, des verliges,des vomissemens , et ces accidens obligent quelquefois de suspendre le traitement.
On ne peut doue se dispenser d'apporter de grandes précautions dans l'administration de ce remède, qui ne peut convenir à tous les sujets.
La préparation du tabac se faisait d'abord dans l'huile ou la graisse; c'est ainsi que Dodoens, G. Bauhin , Matthiole, J. P. Frank et d'autres administraient cet antipsorique. D'autres , comme M. Coste, faisaient préparer une infusion vineuse de tabac. Feu Becu employait la décoction aqueuse, bien plus éco-
namîquc, et tout aussi avantageuse. Voici son procède', qui fut, pendant un certain temps , adopté par le gouvernement pour le» hôpitaux militaires, et pour les troupes traitées à la caserne ou dans les camps. On prend deux livres de feuilles sèches du meilleur tabac , du plus âcre. Après les avoir hachées, on le» met infuser, pendant deux heures au moins , dans seize livres d'eau bouillante, ou bien on les fait bouillir légèrement dans dix-huit livres d'eau , pour être réduites à seize comme l'infusion. On fait dissoudre dans Peau, avant d'y avoir mis le tabac, une once de sel ammoniac , ou deux onces du sel marin. Becu ajoutait ces substances salines afin de faciliter l'extraction des principes du tabac ; elles forment d'ailleurs une espèce de sou ssavon avec la partie huileuse de la plante , ce qui rend l'acliou dû remède plus douce , sans en diminuer l'énergie.
Cinq ouecs de cette infusion suffisent pour un jour; on l'emploie chaude. Le malade doit faire trois lotions par jour ; il prend de l'infusion dans le creux de sa mnin , ou bien il en imbibe une éponge, et s'en frotte les parties affectées de gale , ayant soin d'approcher du feu s'il fait froid. Ces frictions doivent durer huit à dix minutes , et doivent se pratiquer après la digestion. Lorsqu'op se frotte après le repas, surtout sur l'abdomen, il survient des nausées et des votnissemens.
Quelques bains tièdes sont convenables pendant le traitement, afin de détendre la peau, d'en diminuer l'irritation et s'opposer aux divers accidens qui résultent de l'absorption du principe âcre du tabac.
Les lotions de tabac guérissent toutes les gales , sans jamais opérer de rétropulsion ; celles qui sont très-anciennes et compliquées exigent des précautions communes à toutes les méthodes, cl dont il sera fait mention plus loin.
D'après les calculs de Becu, fondés sur de nombreuses observations, il faut quarante livres de tabac en feuille pour la guérison de cent galeux , et deux livres et demie de soude , ou vingt onces de sel ammoniac.
Dans la Lorraine et dans les Vosges , on emploie vulgairement le remède suivant contre la gale : Seconde écorce de l'aune noir (aunus nigra baccifera) , qu'on renferme dans nu nouet , et qu'on (ait bouillir dans de l'huile de chenevis ou de navette. On se frotte les parties affectées avec ce nouet. M. Percy , qui a fait connaître ce moyen dans une topographie médicale des provinces de Lorraine , adressée à l'ancienne Société royale de médecine , ajoute que ce remède guérit en huit ou dix jours au plus tard.
Une foule de végétaux peuvent être employés avec succès comme anlipsoriques; nous en indiquerons ici quelques-uns? auxquels cette propriété a été reconnue par des expériences.
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Outre la dentclaire , laclématite , l'aunce , le tabac , l'aune, dont il a de'jà e'té fait mention, on peut encore citer les renoncules {ranunculus , L.), les anémones (anémone , L.) » les tithymales (euphorbia, L.), les scabicuses (scabiosa, L.), la vermiculaire brûlante (sedum acre, L. ), la moutarde sénevé {sinapis nigra , L. ) , le poivre du Pérou {schinusmolle , L.), la coloquinte (cucumis coloçynthis,L.) , le fruit du fusain ( evonjrmus europeus, L.), le poivre de Guinée ou corail des jardins ( capsicum annuum , L. ) » la racine de pyrètbre ( anthémis t pyrethrum, L.) , celle du jonc odorant (acorus calamus, L.), les feuilles de noyer (juglans regia, L.), celles de cornouiller ( cornus mas, L.), de ronce ( rubus fruticosus , L.) , de figuier (ficus carica , L.), de laurier (Jaurus nobilis , L.), d'oléandee (nerium oleander, L.),de curage (polj-gonum hjrdropiper^.), la sabine ifuniperus sabina , L.), la rue : ruta graveolens , L.), la camélée (cneorum iricoccum, L.)» etc. Ces substances se préparent en décoction, en infusion vineuse, spiritueuse ou aqueuse, ou mêlées en poudre avec des corps gras. Toutefois, elles n'ont point toutes, au même degré, la propriété antipsorique. Il en est même beaucoup d'entre elles , qui sont des moyens trèspeu sûrs , et dont l'emploi du moins ne peut convenir que cher certains sujets, et dans des gales légères et récentes.
Le camphre a été souvent fort utile contre la gale , soit comme propre à calmer la violence du prurit naturel, ou l'irritation causée par les applications , les lotions et les frictions caustiques. Ce médicament n'est pas seulement propre à l'usage palliatif que nous lui assignons ici , on emploie le camphre avec succès comme spécifique de l'affection psorique. Un médecin auquel nous nous sommes associés avec tant d'avantage , pour nous , dans quelques importans travaux insérés dans ce Dictionaire ; notre excellent ami , M. Vaidy, médecin principal des armées , et professeur-adjoint à l'hôpital d'instruclion de Paris, a obtenu de nombreuses guérisons de la gale par le seul usage d'un liniment camphré , composé de deux gros de camphre trituré avec deux onces d'huile d'amandes douces. On en fait frotter toutes les parties aflectées de pustules. Ce fut à Varsovie, en 1807, que M. Vaidy commença ses expériences; toutes ont été heureuses. Ce moyen n'est pas plus expéditif que les autres ; mais il est sûr : il a l'inconvénient d'être plus cher. Mais les personnes qui peuvent faire une dépense, d'ailleurs peu considérable, le préféreront à la plupart des autres, parce qu'il n'en a pas les inconvéniens , et qu'il calme à merveille les douleurs résultantes de l'exanthème psorique. ^f. Vaidy a été conduit à l'emploi du camphre dans la gale, parce qu'il connaît le pouvoir de cette substance pour faire mourir les insectes , et qu'il attribue la cause matérielle de la
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gale à la prësence d'un acare. Les expériences très - curieuses de M. Astier, pharmacien priucipal des armées , démontrent jusqu'à quel point le camphre exerce un pouvoir délétère sur les insectes. M. Astier arrête, au moyen de cette substance, ta fermentation de toutes les liqueurs; celle du vin se suspend autant que le chimiste le juge convenable. Avec une légère addition de camphre, le bouillon se conserve dans son état primitif, pendant un temps indéfini.
M. Vaidy est, nous le croyons , le premier qui ait fait usage du camphre comme spécifique de la gale.
Pcyrilhe avait proposé le liniment ammoniacal comme moyen curatif de la gale. M. Gallée, membre du conseil de santé des armées, lorsqu'il était premier professeur de chirurgie à l'hôpital militaire do Hennés , a fait de nombreuses expériences sur ee liniment j toutes ont été couronnées de succès; il n'est point de gale qui ait résisté à ce moyen. M. Gallée augmentait la dose de l'akali selon le nombre et l'ancienneté des pustules et la force mi sujet. La cure est très-prompte ; mais ce remède a l'inconvénient de produire de violentes cuissons , surtout lorsque la peau est déchirée ou ulcérée. Dans ces circonstances , les baiussont fort opportuns. On préviendrait sens doute ces accidens , en ajoutant du camphre au liniment ammoniacal. Les succès obtenus à Rennes par M. Gallée , ont engagé la plupart de ses disciples à adopter ce procédé, qui s'est fort répandu dans nos armées.
L'arsenic, allié à d'autres substances, mêlé avec de la graisse, ou dissous dans de l'eau , est encore recommandé , de nos jours, contre la gale , et guérit cette maladie. Mais les charlatans seuls font usage de cette substance si éminemment délétère. Us font dissoudre douze grains d'arsenic dans deux livres d'eau pour faire des lotions sur toutes les parties malades. On a vu plusieurs empoisonnemens résulter de ces lotions : nous ne citerons qu'un cas rapporté par feu Petit , chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon : le malade , après des frictions arsénicales , fut pris de coliques cruellem» nt douloureuses ; il éprouva des tremblemens convulsifs dans tous les membres , des vomissemens consécutifs et très-violens , etc. Il convient donc de proscrire l'arsenic de la thérapeutique ■ de la gale , déjà si riche ou du moins si variée.
Les lotions avec l'eau véi»éto- minérale sont souvent employées par les charlatans ou par le vulgaire ; elles répercutent la gale , et sont très-infidèles , d'ailleurs , comme poison du sarcopte. La solution de l'acétate de plomb a encore l'inconvénient de noircir , de crisper singulièrement la peau , qui , dans cet état , ne peut donner passage à la transpiration.
La pommade oxigénée, dite tiAlyon , est fort infidèle dans le traitement de la gale : c'est un moyen toujours très- long et