MANIPULE
(Explication du P. Lebrun. )
Le manipule a été originairement appelé mappula, qui signifie une petite serviette ou mouchoir. Les s d'Allemagne l'appelérent fanon (1), qui en allemand signifie étendue, servietle, nappe, ou mouchoir. Les Eglises d'Angleterre et de France le nommérent simplement mouchoir, sudarium.
Bède (2), l'ancien Ordre romain (3) et Amalaire(4), le nomment ainsi, et ils disent qu'il sert à essuyer le visage. — -
Du mot mappula on a peut-être fait manique, qui se ve dans des ancieus Ponti-
icaux du 1x° siècle (5). Il est néanmoins plus vraisemblable qu'on a tiré manipula et manipulus de manus, main, à cause qu'on l'a porté sur le bras, ou plus communément sur le poignet ou à la main méme. Ce qui a fait dire à un ancien vocabulaire que le manipule est un ornement de la main (6).
Le manipule a succédé à l'orurium, qui B'élait anciennement qu'un mouchoir, comme nous allons voir en parlant de l'étole; et ce manipule ou ce mouchoir était un linge long et étroit, qu'on portait communément sur le bras ou à la main gauche, ainsi que le représente one miniature faite sous Charles le Chauve au 1x* siècle. Ou y voit que ces peliles servielles longues el étroites nt déjà des franges aux extrémités. Au x le, ces franges étaient d'or en quelques églises. A la fin du xr' siècle on s'en servait encore comme d'un mouchoir, selon les de Chartres (7); et même au commen- Cement du xu° on ue laissait pas d'en pouvoir essuyer les yeux, selon Étienne d'Autun (8), qui fut évéque en 1113; mais on garuit enfin si fort ce manipule ou ce mou- «ho.r, que quarante ou cinquante ans après on se sourenail seu:cment que les ancieus l'avaient appelé mouchoir, et qu'9u s'en servait autrefois pour s'essuyer. C'est ainsi qu'en parle Robert Paululus, dans le traité
0) Raban. Maur. L 1, eap. 18, Sacram. nu. Trevir.
2) lu Martyrol.
(3) Le plus auc en Ordre romain , écrit avant l'an 800, parie d'ua monchor donné par le sous-diacre en cérémouie à l'évéque au commeucement de la messe.
€. 21, de sudario.
i istius manipule dans un. Missel manuscrit de Ceuta ans, où sont des préparations.
Pontifical. manuscrit de Toul,
iL cinquaute aos, l'évêque, aprés avoir douvé le mampule aux sous-Ulacres, di : n be-lione hàrum mvmipularun subrixe te, Domine, deprecamur, etc.
(6) Meutpulus est oruaueutuu tnanus, Will, Brito io
'ucab.
(7) « In sinistra manu ponltar quzdam mappula, qu &zpe Bueuteu oculorum pituitam tergat , et oculorum lippludmem rewoveal.» ho Caruut, serm. de siguific. tidum. sacerd.
(8^ « Mappula qua solent siccari stillicidia oculorum excita, nos ad vigilandum. » Stepb, Aduen., de Sacram. 4l
des Offices ecclésiastiques, qui a été Jougtemps attribué à Hugues de Saint-Victor (9
Le manipule était donc dés lors un jur ornement, nullement propre à essuyer it visage. Et de là vient que vers l'an 1195, le cardinal Lothaire, connu depuis sous le nox du pape Innocent Il, ne parle plus de na.
nipule que comme d'un mouchoir ratif, propre à essuyer non le corps, mais l'esprit et le cœur, pour en bannir la crainte du travail, et y faire naître l'amour des bonnes œuvres (10;. L'Eglise nous a toujours inspiré Celle pensée, soit que le man:pule ait ête sans ornements, soit qu'il ait été orné; et elle a fait dire pour ce sujet depuis six ou sept cents ans clle prière en le prenant: Que je mérite, Seigneur, de porter le mani- Dule de douleurs et de larmes, pour recercir avec joie la récompense du travail (11).
M est visible, et plusieurs anciens Missels ne laissent pas lieu d'en douter 12), que ceite prière est faite sur les versels : Euntes ibant et flebant. mittentes semina sua : Venientes autem venient cum exsultatione portantes manipulos suos (13). Manipulus signifie puiguée, ce qu'on porte à la main. Or, ce verset du psaume présente à l'esprit deux sortes de manipules ou poignées : l'une, de ccux qui sèment ce qu'ils ont pris dans leurs mains; l'autre, des moissonneurs qui recurillent On séme dans ce monde par le travail et les souffrances, et l'on porte dans l'autre avre joie les manipules ou les poiguécs, c'est-àdire le fruit de ce travail. Ainsi le manipule de co monde est un manipule de douleur, et celui que nous porterons dans l'autre sera un manipule de joie. L'Eglise, suivant celle allusion, veut donc que ce mauipuie qu'on a mis à la main ou au bras gauche, el qu servait autrefois à essuyer les larmes el là sueur du travail, nous fasse souvenir qu'il faut travailler et souffrir en ce monde, pour ävoir part aux récompenses éternelles.
Observations sur le mouchoir qu'on a substitué aa
wauipule.
Lorsque le manipule fut si orné qu'il ne put plus servir à s'essuyer, on introduisit uu xu siècle un nouveau mouchoir. Eudes de Paris ordonna dans sun synode, veis lar., c. 10.
(9) « Ad extremum sscendos fanonem in sinistro bracive pouit, queu et manipulum et sudariu appellaverea, pr quem olim «udor et narium sordes extergebumtur. » Le Offic. Eccl., l. v, cap. 5; et Honorius, L. 1, exp. 208. «|n'sinisra maou qum iam ponitur mappia, qut ulus vel sudarium »ppellatur, quo sudorem meur 3betergat, et soporeun coruis excutiat, ul depalso tade v.d torpore, bonis operibus diligenter in à es.
(1t) «Merear, Domine, portare niauipuluim ff éd is, ut cum exsullatioue recipiam mercedem labont.»
(12) Les anciens Missels de Châlons-sur. Marne, de Siisi- Paul de Léon, de Fécamp, et tous ceux de Pari», jexqu 4615, fasssient dire simplement en prensot le uan uk Venientes autem venient, elc.; el c'est ce que l'as dit eucore aux chartreux, eu leur donaant le manet leur cousécration.
(13) Psalm. exxv, 6.