DES NOMS ET DES PARTIES DE LA MESSE
(Explication du P. Lebros.)
La messe est le sacrifice de la nouvelle loi (4), par lequel les cbrétiens rendent à Dieu le culte supréme, en lui offrant le corps et le sang de Jésus-Christ sous les espèces du pain et du vin, par le ministére des prétres
Comme Jésus-Christ, en inslituant ce sacrifice, dit simplement à ses apôtres : Faites ceci en mémoire de moi, sans donner à celle action aucun nom particulier, l'Eglise, depuis les premiers siècles, lui en a donné plusieurs, tantôt pour faire connaflre ce qui s'opère dans ce divin office, et tantót pour en cacher les mystères à ceux qui n'étaient
as du nombre des fidèles. On l'a nommé la iturgio (5), c'est-à-dire le service; la synaxe (6), Ou la collecte (7), c'est-à-dire l'assemblée; les offices des divins sacrements (er Jes solennels ou les divins solennels (9), sacrifice (10), l'oblation (11), la Supplication, les vénérables (19), les saints, les divins (13), les redoutables mystéres. Mais, depuis torze cents ans , l'Eglise grecque s'est fixée au nom deliturgio ; et l'on voit depuis le méme temps, dans saint Ambroise (fb) et ailleurs, que l'Eglise latino a donné le nom de messe
cet office divin.
Ce mot de messe (15) vient de l'ancien mot latin missa pour missio (16), qui signifie renvoi, parce qu'on renvoyait autrefois de l'assemblée avant l'oblation ceux qui ne devaient pas assister au sacrifice. Saint Augustin, saint Avitus de Vienno et saint Isidure de Séville ont marqué trop clairement celte origine pour pouvoir en douter (17).
Alleluia, Sabaoth, Hosanna, n'ont point eu cclal de messe. Ji ue se trouve dans aucun écrit qui soit sûrement des ruis. premiers siècles.
(18) Cuume on lit dansssint Cyprien remissa pour remis-
sio : remissam pecculorum (de Bono pat., p. 146, ep. i6et. 73 Ox.); et dans saint Jérône collecta pour cullectie. (Epist. Paulæ, et 60.
(f) Saint jeden ‘exprime pas autrement le resvei de ceux qui devaient sortir de l'église avant l'oblatlou, car
r dire : On annonce le renvoi aux Caléchunènes, les rie a cette sorte : Fit meissa ce-
demeureront, 1 (Serm. 49, si. 357) : et su
lechumenis,
Isidore, vers l'an 600, dit que c'est de ce renvoi que viet a
. Origit ,
us MES
. Apres que les empereurs (1) eurent embrassé le christianisme et donné à l'Eglise la liberté de célébrer solennellement les divins offices, on. permil aux catéchumènes (2) d'assisier aux instructions et aux prières. Mais on avait soin de les faire sortir de l'é— glise, et de les renvoyer lorsqu'on voulait commencer l'oblation du saint sacrifice. C’est ce qui fit appeler ce divin office la messe, ou le renvoi.
Il était difficile de trouver un mot qui marquát plus sagement ce que l'Eglise voulait faire secrètement pour les seuls fidéles, et qui en mémetemps en donnát uneplushaute idée, puisque ce mot de messe ou de renvoi indiquait l'office où l'on ne pouvait admettre que ceux qui élaient censés avoir conservé où recouvré la grâce du baptôme. Les chréliens non baptisés, tels qu'étaient les catéchumènes, les chrétiens i tous étaient renvoyés au; fidèles, pour ne laisse:
mystères que ceux qui s'étaient conservés purs, ou qui s'étaient purifiés par la pénilence.
C'est par indulgence que l'Eglise, depuis longtemps, laisse assister à la messe plusieurs chréliens qui en auraient été exclus autrefois. Mais elle a encore soin de faire avertir au próne, que diverses personnes doivent être renvoyóes; et elle fait assez souvent entendre qu'elle ne souhaiterait d'y admettre que ceux qui ont conservé la grâce du baptême, et ceux qui l'ont recouvrée, ou qui travaillent à la recouvrer par la pénitence. Ainsi, le scul mot de messe ou de renvoi doit faire penser à plusieurs de ceux qui vont assister à ce divin office, qu'ils mérileraient souvent d'être renvoyés euxmémes ; el qu'ils doirent être dans de vifs sentiments d'humilité et de douleur pour travailler à recouvrer l'innocence qu'ils ont perdue, et à mériter le nom de fidèles dont ils sont honorés. .
Quoique la messe soit toujours essentiellement la méme, diverses circonstances lui ont fait donner les divers noms de messe publique, solennelle, haute, grande, privée, basse ou petite.
599, où se servit du mot de missæ au plarier, et de misserum solemnia, your marquer le sacrifice de la messe, C'est ce qu'on ‘voit dans saint Céssire d'Arles, qui dit : Tunc [inl missae, quando munera offeruntur , el corpus et Domini consecrantur ( Serm. 81 ); dans l'Histoire TTripartite, traduite par Epiphane vers l'an 510, et quelques années aprés dans le concile de Vaison ; et dans Grégoiede Tours. Socrate avait déjà emyioé le mot de Eee au pluriel igniller la messe des fidèles ; et
pbage traduisant ces endroits, met missas faceré où celérare (Hiat. Tripart. lib. iv, cap. 15). Cette expression au pluriel venait saus doute de ce que la messe des chréliens élait composée de deux assemblées et de deux renvois : l'un des catéchumèues avant l'oblation ; l'autre des files aprés l'action de grâces, qu'o appelle la postcomtanion.
u Aa commencement du quatrième siècle.
On appelait caléchumènes ceux qui croyaient en Jésos-Christ, mais qui n'avaient pas encore reçu le bap- Mme et qui se faisaient catéchiser, c'est-à-dire instruire,
Un en parlera ailleurs.
(3 'ement parler il n'ya point de messes priés. Le prêtre agit toujours comme ministre public de
VEgiise. ll ne change rien dans le canon ni daus les autres
Depuis douze cents ans, la messe qui s'est dite dans une église où l'on invitait tont le monde, hommes et femmes, a élé appelée mésse publique, pour la distinguer des messes appelées quelquefois privées, qui se disaient dans des oraloires pai ers, ou qu'on disait pour les moris, auxquelles on n'invitait que les parents et les amis, ou de celles qu'on célébrait dans les églises des monastères (3). Celles que saint Ambroise (4), les prêtres d'Hippone (5) sous saint Augustin et Théeloret (6), disaient dans des maisons ou dans une cellule, n'étaient point censées publiques, non plus que celles quo le concile d'Agde (7), en 506, permettait de dire daus des lieux de la campagne éloignés de la paroisse. Le second concile de Vaison (8), en 529, ordonne qu'aux messes des morts on dira le Sanctus dela méme maniére qu'aux messes publiques ; el saint Grégoire le Grand écrit à l'évéque de Rimini de ne point dire des messes publiques (9) dans les monastères, de peur de troubler la retraite des serviteurs de Dieu par le concours dcs hommes el des femmes.
On appelle la messe grande ou sotennelle (o quand on la célèbre avec plus d'appareil et de cérémonies : baute, quand lo prêtre et le chœur chantent; et, par la raison opposée, la messe a été appelée basse, lorsqu'elle se dit sans chant; el petite, parce qu'elle est célébrée sans l'appareil et les cérémonies de la messe solennelle. Mais on y dit également toutes les prières, et l'on n'y omet rien de ce qui appartient au sacrifice.
Nous traiterons successivement de la messo basse, de la messe chantée, de la messe pontificale et de la messe solennelle.