‹ Dictionnaire alphabêtico-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 319 sur 480 · RA · texte numérisé non relu

RA

Première demande. — SawcriwICETUR n- MEN TUUM, que votre nom soit sanctifid. Nous ne demandons pas que Dieu acquière quelque degré de sainteté, il est la sainteté même. 1l renferme toutes les perfections, el ne peut rien acquérir de nouveau; mais nons souhaitons que son saint nom soit sanctifis, c'est-à-dire, selon le langage de l'Ecriture , qu'il soit célébré, loué et glorifié.

Premièrement, sanctifier, selon les Hébreux, c'est célébrer, comme on dit sanctiflor le jeûne et le sabbat, au lieu de célébrer le jedne et le sabbat, pour marquer qu'on révère ces jours et qu'on les distingue de tou: les autres par un culte particulier : ainsi, sanclifier ou célébrer le saint nom de Dieu, C'est le distinguer de tout autre nom, le relever au-dessus de tout autre, et n'en parler jamaisqu'avecla vénération la plus profonde.

Secondement, sanctifier le nom de Dieu, c'est louer et glorifier Dieu comme l'auteur de tous les biens, comme toute sainteté et toute vérité. Nous souhaitons que toutes les créatures publient sa puissance et ses infinies perfeclions, comme il est dit dans la Sagesse (3) : Ils ont chanté, Seigneur, votre saint nom. Qu'ou publie que tont honneur et toute gloire lui appartiennent (&) ; que tous les enfants de l'Eglise aient en vue sa gloire dans toutes leurs aclions, et qu'enfin on puisse chanter partout avec les anges que Dieu est suint, saint, saint.

Seconde demande. — ADYENIAT REQNUM TUUM, que votrerégnearrive. Afin queDicu soit généralement glorifié, il faut qu'il règne dans lcs esprits et dans les cœurs des hommes comme il régne dans le ciel sur les esprits bienheureux. Nous souhaitons que le règne de Dieu s'accroisse tous les jours, qu'il s'élende par son Eglise dans toute la terre, que les infidèles et les hérétiques se convertissent à lui et se réunissent à son Eglise, que les pécheurs ne laissent plus régner le péché dans eux, que Dieu ràgne seul dansle cœur des fidèles comme il règne dans tous les esprits bienheureux, et qu'enfin son règne soit parfait par la réunion de tous les élus dans le ciel.

Troisième demande. — Fiat voLuwrAs TUA SICUT IN COELO ET IN TERRA, que voire volonté soit faite en la terre comme au ciel. Dieu règne où sa volonté s'accomplit. Nous souhaitons qu'elle s'accomplisse sur la terre comme elle s'accomplit dans le ciel, c'est-àdire que les hommes ne veuillent faire que ce que Dieu veut qu'ils fassent ; qu'ils aiment et qu'ils respectent tout ce qui vient de Dieu, qu'ils se soumettent à sa divine pro— vidence avec une résignalion par!

qu'ils exécutent les ordres de sa lonté comme ils s'exécutent dans le ciel par les saints anges (5), qui se disposent à entendre parfaitement toutes les volontés de Dieu par promptitude à exécuter celles qu'ils connaissent.

xz, D.

(4) Soli Deo honor et gloria. I Tim. », 17.

(5) Facientes verbum ilius ad audiendam vocem sermosum ejus. Psal. cut

Saint Augustin fail remarquer, dans tous ses sermons sur le Pater, que ces trois premières demaudes conviennent à celte vie ct à la vie éternelle, et que les quatre derniéres ne conviennent qu'à ceux qui sont dans celle vie: parce qu'en effet les bienheureux sóuhailent que le saint nom de Dieu soit sanctifié, que son règne arrive, ct que sa volonté soit faite sur la terre comme elle l'est dans le ciel ; au lieu qu'ils ne demandent rien par rapport aux quatre derniers articles, parce qu'ils n'ont pas besoin de nouvelles grâces, qu'ils n'ont pas d'ennemis, el qu'ils n'ont ni tentation ni maux à craindre.

Ces besoins el ces craintes exprimés dans les quatre dernières demandes sont de notre état; mais nous faisons les trois premières dans ce monde, parce qu'elles tendent à notre propre sanctification , et que, lirant avantage de la communion des saints dans laquel'e nous sommes, et qui est un objet de notre foi (1), nous vivons dans le ciel comme en étant en quelque maniére citoyens.

Nous demandons par la première que Dieu soit sanclifié en nous, c'est-à-dire que nous puissions le gloriler par nos désirs, par nos paroles et par nos actions; car cest ainsi que nous le glorifions (2) ct le portons dans notre corps et dans notre espril, comme parle saint Paul. Nous souhaitons donc de pouvoir rendre gloire dans nos cœurs à son saint nom, de craindre le péché comme déshonorant Dieu, ct de travailler de toutes les waniéres qui nous sont propres à le faire glorifier par tous les hommes.

Secondement, nous demandons que son règne vienne dans nous, qu'il prenne dès à présent possession de notre áme, ct que, nous faisant renoncer à l'amour de la vie présente et de tout ce qui peut nous atlacher à ce monde, nous ne désirions rien plus ardemment que d'avoir part au royaume éternel avec les justes.

Troisièmement, nous demandons que sa sainte volonté se fasse, c'est-à-dire qu’elle soil faite en nous ; que nous puissions faire avec amour sa volonté, dit saint Cyprien; qu'il nous secoure dans le combat continuel de la chair contre l'esprit, et dans tout co qui s'oppose à sa loi sainte; que nous ne voulions dans toutes les choses de cette vie que ce qui peut contribuer à notre salut (3), et que nous acceptions avec soumission et de bon cœur tous les événements qui nous affligent.

Voilà de quelle manière nous faisons ces trois deman es pour notre salut : les quatre derniéres renferment les moyens de faire

(1) Nostra autem conversatio in cœlis est. Philipp. 11,

(3) Glorificate et portate Deum ia corpore vestro.'I Cor.

(3) Ilæc est enim voluntas D.1 sanctficalio vestra. L'Thess. iw, S.

(3) Notre Vulgate a traduit le mot epiousion [A dianum dans saint Lue, et par era islam dans sut Matthieu. Dons l'a ne ate avant saint Jérómg. on lisait quotidianum daus saint Mat: hieu comme daus saint Luc * ce qui a été suivi par tous Les Pères latins, sait Cy-

DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES. sa

saintement et éternellement les trols premières. Nous allons voir le rapport qu'elles ont entre elles. La première de ces quatre demandes a rapport à la première que now avons expliquée; la seconde a rapport à li seconde, ct les deux dernières sont liées à la troisième

$ V. Explication des quatre dernières demandes de Par

Quatrième demande, — PaxEw nostacx QUOTIDIANUM DA NOBIS HODIE, donmnez-ow aujourd'hui notre pain quotidien. Puisque e nom de Dieu doil être sanclifié , c'està-dirs que Dieu doit être loué et glorifié comae l'auteur de tous les biens, c'est à lui qu nous devons demander notre pain.

Le mot de pain se prend, dans l'Ecriture, tantôt pour ce qui est nécessaire à la vie corporelle, tantôt pour les besoins dela n:

spirituelle, et tantôt pour la divine enc ristie, qui est le pain par excellence, dont Jésus-Christ a dit : Le pain que je cous donmerai c'est ma chair (&). Toutes ccs nourri tures sont un pain quotidien, car nous aro tous les joues besoin de nourrir l'àneetie corps : et l'eucharislie est un pain quolidies pour l'Eglise, si elle ne l'est pas pour eque fidéle en particulier. mot quotidien répoud au lerme original (5; epivusiot, qu, selon les Pères grecs (6), signifie ce qui et nécessaire à noire subsistance , ou qui dat être ajouté à notre substance : ce qui cosvient à ces trois sortes de pain. Mais li prière que nous faisons renferme-l-elle la demande de ces trois sorles de nourrilare, ou ne se rapporle-t-elle qu'à l'une des tros! C'est ce qui a besoin de quelques réflexions, comme remarque saint Augustin (1).

Nous ne pouvons pas dire que Jésos-Chrsl veut que nous demandions ici principat ment les besoins du corps, comme sont k vivre et le vétement, puisque Jésus-Chni nous dit dans ce même chapitre (8): Y vous mettez point en peine de ce que re mangerez ou de quoi vous vous rélires® qu'il ajoute Is : Cherchez premiéremeni " royaume de Dieu et sa justice, et toutes lt autres choses vous seront données comme pe

mécbants aussi bien qu'aux bons.

Nous ne pourons ds dire non plos 4**

Jésus-Christ nous ordonne de demasder o spécialement l'eucharistie; car, outre eU Jésus-Christ a fait cette prière losgtez»

avant l'inslitation du divin sacrement, &* prien, saint Augustin et les autres; el c'est [ oin méme chose, puisqu'il est indifférent de dire le pa? -4 omient à nôtre subsistance, où le pain dosi Does me

in psal. cxz vu, et Theophylact. in cay. vt Mattb. etia 7) L. n de Serm. in moute, cap. 7.

(9) Mau. vi, 51.

9) Ibid. 53.

(10) Aug. serm. 36 in Mt.

973 on

doit étre dile tous les jours par tous les chrétiens qui ne communient pas tous les jours; et elle est dite plusieurs lois dans la journée, le soir et la nuit, quoiqu'on ne communie pas alors.

li reste donc que, par le pain quotidien, nous enlendions principalement les biens spirituels qui doivent nourrir notre áme ur la vie élernelle, et dont nous avons soin continuellement. La vie de l'âme consiste dans l'union qu'elle a avec Dieu pour qui elle est faite. Quand elle est séparée de Dieu, elle est dans la mort. Ainsi sa nourriture, son soulien el tout ce qui la fait vivre, c'est ce qui la remplit de Dieu : c'est la foi (1), la connaissance et l'amour de Jésus- Christ; parce que cette connaissance et cet amour nous donnent la vie, en nous détachant de tout ce qui peut donner la mort à notre áme : c'est sa parole, c'est la méditation de ses lois saintes et le goüt qu'il nous y fait trouver; c'est enfin la grâce qui nous est nécessaire pour observer ses commandements. Voilà le pain quotidien qu'il convient aux enfants de Dieu do demander continuellement, parce qu'ils en out besoin sans cesse. Quand on se dispose à communier, on entend alors par le pain quotidien la divine eucharistie, la chair sacrée de Jésus-Christ, par laquelle toutes les autres grâces sont données; on entend ce pain par excellence qui nous soutient dans nos langueurs, ct nous

ortifle dans le chemin que nous devons faire pour arriver à la vie éternelle. C'est aussi pour demander ce pain céleste que l'Eglise nous fait dire à la messe l'oraison dominicale avant la communion. L'eucharistie élait véritablement un pain quotidien pour les premiers chrétiens; elle l'est encore pour un grand nombre de personnes qui ont le bon-

eur de la recevoir tous les jours, el tous les fidèles devraient s'appliquer à vivre de telle manière qu'ils pussent mériter chaque jour le méme bonheur.

Enfin, après avoir eu principalement en vue nos besoins spiriluels, nous pouvons demauder les besoins de la vie temporelle, tels que la nourriture, le logement et le vétement; mais il faut les demander comme on demande du pain, c'est-à-dire ne demander que ce qui cst purement nécessaire. Il faut les demander hodie, pour aujourd'hui, afin d'éloigner toute avarice et toute sollicitude pour l'avenir. li faut les demander pour nous tenir dans uue continuelle dépendance de Dieu en toutes choses. En effet, à l'égard de tous ces besoins, toutes nos préroyances deviendraient inutiles, si Dieu ne nous secourail. Car, dit Jésus-Christ (2), en quelque abondance qu'un homme soit, sa vie ne dépend point des biens qu'il possède. En quelque état que nous soyons, pauvres ou riches, nous devons mettre uniquement notre confiance

(1) Justus autem meus ex ide. vivit. Hebr. x, 38. (2) Videte et cavete ab omni avaritia, quia non in abuncujusquam vita ejus est ex hls quie possidet. Luc,

au, 15.

(3) la mano Dei prosperitas hominis. Ecch. x, 5. (4) Psal. au

URA 9n

en Dieu, et vouloir dépendre absoiument do la puissance et de la bonté du souverain Seigneur, qui peut en un inoment faire cesser l'indigence du pauvre (3), et réduire lc lus riche dans l'état oà était Job sur son umier. Le prophéte-roi nous fait bien enlendre cette confiance el cette dépendance, lorsqu'il dit (4): Toutes les créatures attendent de vous que vous leur donniez leur nourriture en leur temps. Vous la leur donnez, et elles la recucilient. Vous ouvrez votre main, et elles sont rassasiées de vos biens. Vous dé. tournez les yeux, et elles entrent dans le trouble. Vous en retirez l'esprit, et elles tombent dans la défaillance, et retournent dans la poussière d où elles ont été tirées. Il faut donc tous les jours demander à Dieu notre pain comme des indigents. Ce pain est une grâce et non une dette. Nous devons bénir le Scigneur quand il nous donne peu commo quand il nous donne beaucoup, parce que la privalion nous est souvent plus utile quo l'abondance.

Cinquième demande. — pimirre NODIS DE- BITA NOSTRA, SICUT ET NOS DIMITTIMUS DEBI- TORIBUS NOSTRIS; remellez-nous nos deltes comme nous les remettons d ceux qui nous doivent: Nos dettes (5) sont nos péchés. lis sont appelés dettes, parce qu'ils nous rendent redevables à la justice de Dieu, à laquelle il faut satisfaire en ce monde ou en l'autre. Et, par les deites que nous nous engageons do remeltre, il faut aussi entendre principalement les offenses, plutót quo les delles d'argent ou d'autres choses, suivant la remarque de saint Augustin (6). Jésus- Christ nous le marque assez clairement lorsqu'à la fin de celte prière il nous dit que (7), si nous remellons aux hommes leurs péchés, le Père céleste nous remettra les nôtres.

Ainsi, c'est avec raison qu'on exprime ordinairement celle demande en ces termes :

Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Mais on doit remarquer en premier lieu que, quoique par les dettes il ne faille pas entendre précisément les dettes d'argent ou d'autres choses, il ne faut pas aussi excluro les offenses qui peuvent se commettre à l'occasion des delles; mais qu'il faut entendro généralement tous les toris qu'on peut nous aire par rapport à nos biens, à notre honneur et à nos personnes.

ésus-Christ veut nous engager ici à être rdieux envers tous nos fréres. La règle qu'il veut que nous nous prescrivions en demandant à Dieu qu'il nous remelte nos dettes n'est pas restreinte. 11 faut que nous remettions les injares quon nous a faites, de quelque nature qu'elles soient, et il y a toujours, à l'égard méme des dettes d'argent, des règles qu'il faut observer pour remettre Yolfeuse et pour être miséricordieux comme

(5) Dimitte nobis peceata nostra, siquidem et ipsi dimittimus oui debenti nobis, Luc. t1, 4.

(6) L. u de Serm. in monte, c. 8.

(1) Si enim dimiseritis hominibus peccata eorum, dimittet et vobis Patcr ccelestis delicta vestra. Matth. vi, $4.

Lui

Jésus-Christ nous engage à l'être, si nous voulons que Dieu le soit à notre égard.

Premièrement, ce'ui qui ne veut pas nous payer ce qu'il nous duit nous fait injustice; il faut lui remettre cette offense dans le fond ‘du cœur, sans en conserver de ressentiment.

Secondement, quand nous exigeons la dette par des voies légilimes, comme nous avons droit de le faire, soit pour avoir soin de notre bicn, soit pour porter le débiteur même à remplir son devoir, il faut le faire sans dureté, par les voies les plus douces, et exercer en cela méme la miséricorde.

Troisièmement, quand celui qui nous doit devient si indigent qu'on ne peut le coutraindre à payer sans le réduire à une extréme nécessité, il faut alors non-sculement pardonzer l'injustice qu'il nous a faite de ne nous avoir pas payé quand ille pouvait, mais il faut lui remettre la delle méme, parce que nous ne pourrions l'exiger sans blesser la charité, ct par couséqueut sans pécher contre la miséricorde que uous voulons que Dieu exerce envers nous.

Enfin il ne faut jamais perdre de vue ce ue Jésus-Christ a dit, à l'égard méme des (elles d'argent, daus la parabole qui a une liaison nécessaire avec la cinquième dcmande du Pater. Le serviteur à qui le maître avait is une somme trés-cousidérab!e voutut impitoyablement sc faire payer une petite somme qui lui élait due; el le maître en colére lui dit (1) : Méchant serviteur, ne fallait-il pas que tu eusses pitié de cclui qui était serviteur comme toi de lu méme manière gue j'ai eu pitié dc toi?

I fout remarquer en second lieu avec *aint Augustin que (2), « des sept demandes jue. Notre-Seigneur nous ordonne de faire cn priant, celle sur laquelle il a appuyé davantage est celle qui regarde le pardon des péchés : eu quoi il nous à marqué qu'un des plus sürs moyens que nous ayons de nous «&ivrer de nos miséres, c'est d'étre misérirordieux ; aussi est-ce la scule demande de 1 Oraison dominicale où nous prions Dieu comme si nous composions avec lui; car nous lui disons : Remeltez nous nos dettes comme nous les remeltons à ceux qui nous doivent. Si, dans ce traité que nous faisons avec lui, nous agissons de mauvaise foi et que nous mentions, nous ne lirerons aucun fruit de notre prière : Cor, dit-il, si tous pardonnes aux hommes les o[fenses qu'ils commettent contre vous, votre Père, qui est aux cieux, tous pardonnera aussi celles que tous commettez contre lui; mais, si vous ne leur pardonnez pas, votre Père ne vous purdonviera pas non plus. » ll nous rend les arbitres de l'arrêt qu'il doit prononcer, et il nous donne le choix de sa houlé ou de sa rigueur, selon que nous userons envers nos frères de l'une ou de l'autre.

{1) Serve nequam, nonne ergo oportuit el te misereri

cola el, Sent et ego tl mises saw? Mauh. au, (3) L. n de Serm. in monte.

ê Mibi vindicta, et ego retribasm. Rom. au, 19. |) Momo boœinl

ceservat iram, et a Dco quaerit mede-

DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES. «x

Une troisième remarque importaote es que celte demande a un rapport nécessaire à la seconde, daus laquelle nous désirong que le règne de Dieu vienne en nous; ear toute la peine que nous sentons à remetire les offenses vient de ce que nous voulons régncr ct dominer sur nos frères. Si nous se désirons sincèrement d'autre règne dans ao cœurs que celui de Dieu, nous ne cherche.

rons que son honneur et sa gloire, nos rougirons de nous compter pour quelque chose, nous lui abandonnerons tout ce qui nous regarde, el nous serons bien éloigtes de vouloir exercer sur Dos frères la veafrance que Dieu seul s'est réservée 31.

"homme, dit le texte sacré (&), garde sa celére contre un homme, et il ose demander à Dieu qu'il le guérisse! Il est sans miséricorde

our un homine semblable à lui, et il demondt le pardon de ses péchés! Lui qui n'est que che garde sa colère, et il demande miséricorde à Dieu! Qui osera prier pour lui ? Quand méme, pe les calomnies les plus sensibles et les plos humiliantes, on noircirait notre réputation d'une manière irréparable, il faudrait encore 6touffer tous les ressentiments contre cer qui nous porleraient des coups si doulosreux. Or comment nous mettre si fort audessus de tous les mouvements de l'amosrpropre, si Dieu ne règne absolument daas nous, et ne possède toule notre âme? Le pardon des olfenses est donc une suite dela seconde demande.

Erin, comme le désir da règne de Dieu est le désir même de la vie éternelle, le pardon des offenses est une suile du désir du règne de Dieu, parce que c'est l'amour de nos frères qui nous fait jouir par avance de la vie biesheurcuse. Nous vivons tous d'un même esprit en Jésus-Christ, comme membres de diviu chef : notre union est notre vie;et, comme celle union ne se fait que par l'amoar, nous ne vivons ensemble que par l'amoer; ainsi nous nous faisons mourir nous-méue:, et autant qu'il est en nous nous donsoss là mort à uotre frère eu lui ôlant cette vie qu'il a en nous, el que nous devons togs avoir dans le corps de Jésus-Christ où nous vivons lous ensemble. Nous reconnaissons, di saint Jean (5), que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons es [rires; et celui qui n'aime point son frère de meure dans la mort : tout homme qui hai ses frère est homicide; et vous savez que nul he micide n'a la vie éternelle résidant en lu.

Nous avons donc en nous la vie el le rige de Jésus-Christ, en aimant nos frères et es pardonnant les offenses. Sans cette disposi lion, nous demandons no:re condamoalis à Dieu, qui ne doit pas uous pardoswr, puisque nous ne pardonnons pas.

Sixième demande. — Er NE nos wotci AN TENTATIONEM, €i ne nous induisez poisi en

lam! Ia hominem similem sibi non habet isericordat, et de peccatis suis deprecatur | Ipse cain caro sit, reser iram, et propitiationem petit a Dco! Qui» exurabst ure ét lictis illius? Eccli. xxvn, 5,

(5) Juan. ui, 14.

fentañon. Les lentations auxquelles nous sommes exposés nous empéchent souvent d'aceomplir la volonté de Dieu ; c'est pourquoi nous demandons de n'être point induits en tentation. Expliquons tous ces termes pour en bien comprendre le sens.

Tenter, c'est ordinairement éprouver pour tonnaltre ou faire connaître quelque chose.

On peut tenter un homme, premièrement, pour lâcher de connafire sa disposition, quand on l'ignore. Dieu ne tente point en telle maniére, parce que tout est d découvert dues yeux (1).

Secondement, on peut tenter un homme, c'est-à-dire l'éprouver, pour faire connaître sa vertu. C'est ainsi que Dieu éprouve quelquefois les justes, pour leur donner lieu de mériter la gloire, et les faire servir d'exemple. C'est ainsi qu'il a tenté Abraham (2), Job, Tobie (3) et plusieurs autres. Mais ces deux manières de tenter ne conviennent point À ce que nous demandons dans notre prière.

La tentation s'y prend en mauvaise part, puisque nous demandons de n'y étre pas induils; et il faut remarquer avec soin comment il peut convenir à Dicu d'induire en lentation.

On peut induire quelqu'un en tentation, premièrement, en le portant au mal; secondement, en ne délournant pas les tentations lont il va être attaqué; troisièmement, en le laissant sans les secours qui l'empécheraient de succomber à la tentation.

Nous n'avons garde de demander à Dica qu'il ne nous porte pas au mal : nous savous lous qu'il ne nous tenle pas de celle matiére (9), et qu'il ne peut nous induire en lenation que dans les deux derniers sens; ainsi nous demandons, à cause de notre frarilité, que Dieu ne nous laisse pas entrer en lentalion. C’est la prière que Jésus-Christ dit aux apôtres de faire (5); cl c'est en ce sens que saint Cyprien et plusieurs autres Pères "Xpliquent ces paroles : Ne nous induisez point en tentation; c'est-à-dire ne souffre Pas que nous soyons tentés.

Mais comme cette vie est une tentation tonliuuelle, et que nous ne pouvons pas espérer d'éviter toutes les tentalions, ayant à tomballre contre le démon, le monde et la thair, nous demandons aussi que Dieu ne nous laisse pas saccomber à la tentation en 1003 abandonnant à nous-mêmes. Nous ne nous éloignons de la volonté de Dieu, et nous ne succombons à la tentation, qu'en manquant de lumière et de force. La grâce de Dien est toute notre ressource pour faire le bien et pour vaincre les tentations : « et

tomme nous sommes victorieux quand Dieu nous assiste, dit le pape Innocent 1e", il est nécessaire que nous soyons vaincus quand il ne nous assiste pas; » ainsi, si Dieu (6)

11) Omni

ni m d autem nuda et aperia sunt oculis ejus. fari Abrabam Deus. Gen. xxn, 1.

n Necesse fuit ut tentatio probaret te. Tob. xm,

(41 Deus enim intentator malorum est, ipse aotem neinem tentat : unusquisque vero tentatur a coucupiscen- Và sua. ac. 1,15, 13. Concupisceoua que non est ex

nous laisse à nous-mêmes, il nous induit en tentation, non en nous y poussant, mais en nous abandonnant, dit saint Augustin. Nous demandons donc que Dieu ne nous abandonne pas et ne nous laisse pas succomber à la tentation. Nous savons qu'étant fidèle à ses promesses il ne nous laissera pas tenter au delà de nos forces (7); et nous espérons qu'il ne permettra la tentation que pour nous en faire sortir avec avantage.

Septième demande. — Sen riBERA NOS A MALO, mais délivrez-nous du mal. C'est ici la Conclusion de la priére et la demande qui doit nous procurer l'effet et le fruit de toutes les autres. Nous trouvons continuellement des obstacles aux dispositions que ces de— mandes supposent en nous; loule notre ressource est que Dieu nous préserve du mal, non de quelque mal en particulier, mais gónéralement de tout ce qui peut nous empécher de sanctifler le saint nom de Dieu, do désirer son régne, de faire sa sainte volonté, de recevoir les biens qui nous sont nécessaires, de pardonner les offenses, et d'obtenir le pardon des nôtres, et de nous préserver de tentation, Jésus-Christ nous fait demander ici ce qu'il demanda lui-même pour ses apôtres la veille de sa mort; présertez-les du mal (S), c'est-à-dire préservez-les de tout ce qui nuirait à leur salut.

Il ne faut donc pas restreindre ici le mot de mal pour l'appliquer au péché, au démon ou à quelque autre objet particulier. Le péché est sans douteun malet le plus grand de tous les maux ; mais ce n’est passeulement da péché qu'on demande ici la délivrance; nous avons déjà demandé d'étre délivrés de nos péchés, et méme de la tentation qui nous porterait au péché. Le démon est aussi un mal : il est appelé dans l'Ecriture le malin (9).

Mais nous ne demandons pas seulement d'être ‘

délivrés des attaques du démon; car il y a d'autres causes qui nous portent au mal. Il faut prendre le mot de mal généralement pour lout ce qui nous détourue des vrai,

iens, soit en nous faisant tomber daos de nouveaux péchés, soit en renouvelant lcs fâcheuses impressions que les péchés passés ont laissées dans notre esprit et dans nolre cœur. En un mol, nous demandons à Dicu de nous délivrer des maux, quels qu'i's soient, qui nous détournent de notre salut, et qui mettent en nous des opposilions à sa sainte volonté.

$ VI. Rubrique et. remarques sur ce que le peuple dit. Sed Las nos a malo, elle prêtre Fépoud': Ama.

Aux grandes messes le clergé et le le, et aux messes bases e minis our le andan, atat Bad era nos a malo, et le prêtre répond à voix basse : Amen.

1. Dans l'Eglise grecque. etautrefois avant Charlemagnedans les églises des Gaules le pré.

Patre. I Joan. n, 18.

(3) Orate ne intretis in tentationem. Loc. xxa, 40. ub) Non cogendo, sed deserendo. Aug. serm. 57, in Ul. 1x.

(7) Non patietur vos tentari supra id quod potestis, sed nd etlars cum tentatione proventum, ] Cor x, 13." (8) Sed vt serves eos a malo. Joan. xvn, 15.

19 Maliguus non tangit eum. Joau. v. 18.

9179 DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES. te

tre et le peuple disaient ensemble l'oraison dominicale (1). En Afrique au contraire, selon lo témoignage de saint Augustin (2), le peuple l'écoutait seulement : c'est ce qui s'observait à Rome au temps de saint Grégoire. « Chez les Grecs, dit ce saint pape (3), l'oraison dominicale est dite par tout le peuple, et chez nous par le prêtre seul. » L'Eglise romaine avait jugé à propos que le prêtre récilât seul le Pater à haute voix, dans la vue, ce semble, que tout le monde l'entendit plus distinclement; et, dans la suite, afin que le peuple y prit également part, on lui a fait réciter la dernière demande qu'il doit dire comme une espèce de récapitulation de Yoraison dominicale : car c'est comme s'il disait : Délivrez-nous du mal, Seigneur, afin que vous soyez toujours glorifié en nous, que vous y Tigniez seul, que nous fassions votre volonté, que nous obtenions de votre bonté les biens spirituels el temporels, que nous méritions le pardon de nos péchés par l'amour sincère de nos frères, el que notre faiblesse ne soit point exposéc aux tentations.

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