FERVEUR
DES MOYENS D'EXCITER KT DE NOURRIR SA FERVEUR DANS LES OFFICES PUBLICS.
{Traité de l'Office divin, de Collet.) $1. Défauts qu'un chanoine doit éviter.
1. Défaut de vocation : il est très- funeste “et frès-commun; comment y remédier. —
2. L'esprit de servilité et d'intérét. Sentiment de saint Bernard. — 3. Le commerce du monde : il est dangereux en tout sens.
‘Avec qui un chanoine se doit lier. — &. L'attachement trop vif à des occupations d'ailleurs innocentes. — 5. Etudes d'un chanoine : leurs bornes ct leurs règles.
Un auteur dont l'ouvrage est répandu partout a traité celle malière avec toute la force de son style. Je profiterai de quelquesunes de ses idées; mais je laisseraj à l'écart ce qui pourrait avoir trop de rapport à l'école rigide dans laquelle il avait été nourri. Seulement avant que d'entamer les moyens positifs, je dirai un mot des obstacles qu'une personne destinée au cheur doit bannir, pour s'acquitter comme il faut de l'auguste fonction dont elle est chargée. Or ces obstacles, qui out des variétés infinies, parce que pus passions sonl sans nombre, el qu'il n'y en a point qui ne puisse écarter l'esprit de priére, je les réluis à quatre priucipaux : le commerce du monde; l'attachement trop vif
à des objets, qui quoique bons et saints e eux-mêmes, enchaînent puissamment le cœur et l'imagination ; le défaut de pureté de vucs dans l'acquit des divins offices ; el souvent, et trop souvent le défaut de vocation. Cammencons par ce dernier vice, qui en produit une infinité d'autres.
1. On sait que, selon l'ordre commun de la providence, Dieu, tout riche qu'il est en miséricordes, n'accorle les grâces qui sanctifient dans un élat qu'à ceux qu'il y a appelés. Ceux qui s'y ingérent conire sou ordre ne sont à scs yeux que des intrus, des mercenaires, des voleurs. Toute l'Ecriture est pleine d'anathémes lancés contre les faux prophètes qui courent de leur propre mouvement. On a recueilli ces textes, et millo autres semblables, dans un nombre infini de volumes, C'est par là qu'on débute dans loutes les retraites des jeunes ecclésiastiques. Les séminaires en retentissent. La vocation, sa nécessité, ses marques s'y trouvent écrites jusque sur les murailles. ll n'y eut jamais de matière sur laquelle on püt moins faire valoir le commode, mais dangereux prétexte d'ignorance. L'homme le plus mal appelé ferait souvent un discours solide, pour prouver qu'on doit l'être.
Malgré tant de lumiéres, rien de plus commun dans lous les états que le défaut de vo cation. Mais j'oserais presque assurer qu'il est plus commun en matière de prébendes, qu'en toute autre. Un enfant y est destiné dès le sein de sa mére. Son cher oncle est chanoine; sa famille est nombreuse, il n'en est pas l'aîné, ou s'il l'est, il n'a point de talent pour le monde; il n'est pas riche, et sa condition demande qu'il fasse des études. 1l n'en faut pas davantage ; sa vocation est décidée On le coriduit à l'autel comme un bœuf qui doit étre immolé, et qui ne sait ce qu'on veut faire de lui (1).
Cela n'engage à rien, dit-on. En fait de canonicals, ce qui est bon à prendre est bon à láisser. On voit tous les jours des chanoines qui ne le sont que pour un certain temps, ct
(1) Quasi bos ductus ad victimamn... et ignorans quo: ad vincola, . trahatur, P ot. vu, 32.
Dicrioxmaine pgs WirEs sacnés. ll
. Nu DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES 12
qui par ce moyen ne laissent pas de soulager beaucoup leurs familles.
C'est ainsi qu'on raisonne dans le monde, et c'est ainsi qu'on s'abuse. Rien n'engage davantage qu'une démarche qu'on ose régarder comme n'engageant à rien. Elle engage le salut éternel des parents qui possè-
lent par héritage le sanctuaire (1), qui lui donnent un ministre ou mauvais, ou dou- ‘teux, qui mettent sur leur propre compte une foule d’offices trés-mal récités, et quelquefois entièrement omis. Elle engage les patrons, et quelquefois les supérieurs ordinaires, qui, par crainle, par ménagement, ou par d'autres semblables motifs, donnent les mains à l'ipiquité. Enfin elle engage le pourvu, qui souv avec l'âme la moins ecclésiastique qui ait jamais été, court une carriére dont Dieu l'avait exclu, ne remplit bien aucune de ses fonctions, el se prépare un trésor de colère pour le jour du Seigneur. Je le dis avec confiance, parce que je ne le dis que d'après l'Ecriture et la tradition, qu'on retranche ce défaut primitif : et si tous ceux qui sont députés au chœur ne sont pas édifiants, parce qu'on peut étre appelé ct négliger sa vocation, il y en aura beaucoup moins de scandaleux.
Mais comment retrancher ce premier obstacle? Par quelles voies un jeune homme de douze ou quinze ans connafira-t-il s'il est appelé ou non àla vie de chanoine? Convient-il que dans un âge si tendre il ait d'autre volonté que celle de ses père et mère?
Faut-il que, sous prétexte d'un défaut trèsincertain de vocation, il manque une place qui ne se trouvera plus ? Ne sufit-il pas de le prendre, pour ainsi dire, à l'essai, et de lui faire quitter après de justes épreuves un emploi, dans lequel on commencera de voir qu'il ne se sanctificrait pas?
Ji est fácheux que ces sortes de raisons no
araissent décisives que quand il s'agit de "affaire du salut. Car en matiére d'affaires temporelles les prudents du siècle ne s'y fieraient pas, et de mille à peine s'en trouverait-il un qui, sur ces frivoles motifs, voulüt abandonner à des enfants d'une sagesse tràséquivoque la gestion d'une somme assez modique. Serait-il donc surprenant qu'ils entendissent un jour ces paroles : Je vous juge par voire propre aveu, méchant serviteur (2); vous vous êtes servi de deux mesures differentes (3), et jamais vous n'avez pris un poids moins juste que lorsqu'il était question de mes iniérét;?
C'est donc à ceux qui font de parvil'es objections à les résoudre. Nous nous contenterons de leur dire en deux mots, 1* qu'à parler en général un père, surtout quand il n'est que médiocrement à Dieu, est un mauvais arbitre de la cause de ses enfants; et ce qoi est plus fâcheux, c'est que la ten- " (0 Hareditate possideamus sanctuarium Del. Pal. Axa, fl.
2) Ex ore tuo te judico, serve nequam. Luc. xix, 92.
3) Abominato est apud Dominum poudus et pondus. Proverb. «x, 125.
(4) Ant rex Israel ad Ein ei Remansit vir unos, per auem posonus interrogare inum ; sed ego oh eum ,
dresse naturelle et la cupidité qui avcuglent le père séduisent souvent l'oncle, méme ecclésiastique. 2 Que pour ne point faire de faux pas dans une roule où i's tirent tou conséquence, les parents, quand il s'agit de la destinalion de leurs proches, doivent beaucoup consulter Dieu par la priére et par toutes les bonnes œuvres dont ils sont capables. 3* Que de plus ils sont obligés de s'adresser à un homme sage, droit, éclair de lui exposer ce qui est à charge, et ce q est à décharge; de lui donner du temps pour examiner son candidat; d'attendre en paix son arrét, et de le suivre avec une parl soumission. 1l y a encore des Ananies sur la terre , et si on ne les trouve pas, c'est qu'on ne les cherche guére, souvent méme qu'on les fuit, et que quelquefois on va jusqu'à les haïr, parce qu'ils n'annoncent que de fácheuses et incommodes vérités (4). On suit donc la route batlue : on étudie le moment où un bénéfice doit vaquer. On met en campague lous ses amis. On meudie et. on ohlient de fausses attestations. On profite de l'imbéciilité d’un vieillard mourant pour cn obtenir une résignation. Le courrier part à tire d'aile. 11 apporte des provisions en bonne forine. La vocation vient quand elle peut. Le bénéfice esl servi comme il platt à Dieu. C'est à quoi les parents ont le moins pensé, c'est à quoi le pourvu pense le moins.
2. Ceux qui ne sont pas dans une si fàcheuse position, et qui ont pris les plus sages mesures pour ne se pas engager témérairement, ont encore des écueils à craindre et des obstacles à surmonter. lis doi servir le Seigneur tous les jours de lcur vi mais pour le servir d'une manière digne de lui, il faut. qu'ils se roidissent sans cesse contre l'amour de l'intérét propre. Ils ne doivent pas chanter les louanges de Dieu pour vivre (ce serait, au jugement des saints (5), un horrible renversement de l'ordre mais vivre pour chanter les louanges de Dieu. L'Ange dc l'école nous dit qu'un chanoine qui va à l'office principalement pour la rétribulion se rend coupable de simonie, el un théologien de nom croit même qu'une intention seconduire n'en excuse pas (6). Mais en s'en tenant, comme on le peut faire avec la plupart des doclcurs, au sentiment de saint Thomas, il est sûr qu'un prêtre qui, dans ane action aussi importante que l'est celle de l'office public, ne se con-
duit que par des vues mercen ne peut la faire comme il faut ; que, de: de l’onction sainte qui soutient les vrais adorateurs,
il ne manquera pas de succomber sous le poids d'un murmure qui n'a que les apparences de la priére; et que, plus à plaindre que le labourcur, qui a du moins l'avantage de travailler avec goût, il doit dès les premiers moments soupirer pour la fiu d'un quia poa prophetat mihi boum, s:d malun. MI Beg. F8) Qui exangeliz t at manducet, perverso bimis orliat Cerlestibus Lerrewa mereatur. S. Bernardus, lib. de Vus és
Morib clericor. cap. 5 (6) Floreat. de Coq, Tract de Just. la-&*, pag. 180.
exercice qui accable le corps sans consoler l'esprit. Or quel office peut-on attendre d'un homme si mal disposé? Point d'autre que celui qu'on aurait de cinq ou six gagistes abandonnés à eux-mêmes, c'est-à-dire un office plus propre à irriter Dieu qu'à fléchir sa justice.
3. C'est à peu prés ainsi qu'il faut juger du ministère de ces hommes qui, moins chanoines que séculiers, donnent au monde, et souvent au monde le plus profane, tout le temps que le chœur ne leur arrache pas. A force de voir le siècle et les enfants du siècle, ils en prennent l'esprit, les maniéres , les inclinations. Ils épousent ses intérêts, ils parlent son langage, ils réglent leur marche sur Ja sienne. Dès lors l'esprit de Dieu, dont ils n'étaient que médiocrement fournis, les quitte, comme il quitta Saül. L'idée du monde Jes suit jusque dans le sanctuaire. lls y portent ses fausses bienséances et sa mondanité. Ils s'y occupent de ses nouvelles, de ses alliances, de son gain, de ses pertes. Leur extérieur annonce en loute manière et la langu qui les consume, et le feu étranger qui
s dévore. Qu'attendrede cesgens-là?ce qu ils donnent presque tous les jours : des scénes humiliantes, des scandales qui, sans étre du dernierordre, n'en sont pas moins scandales.
Quand méme l'amour de leur réputation , plus fort que tout. autre amour , leur ferait saaver les apparences, que seraient-ils, aprés tout, je ne dis pas devant Dicu qui veut étre servi seul (1), je dis devant ceux qui ont quelque porlion de son esprit ? Mais que sont-ils souvent aux yeux du monde même?
"Tout injuste qu'il est, il sait leur rendre justice, et mettre entre eux el de vrais chanoines une énorme différence. 1l les accable de polilesses; il ne les voit, ce semble, partir qu'avec regret ; il paraît ne se consoler de leur absence, que par l'espoir du retour : il le stipule avec des empressements auxquels ilne manque que la sincérité. A peire suntils retirés qu'on les fronde comme ils méritent de l'être. Leurs vanités, leurs airs tfop libres , leurs discours moins précautionnés, leur peu de religion, leur incapacité connue, leur propreté étudiée , en un mot tous leurs défauts réels ou présumés sont mis sur le lapis, et on leur fait moins de gráce qu'à des ennemis déclarés. Ainsi ils se perdent devant Dieu, et ils ne se retrouvent pas devant les hommes. {ls courent à perte d'haleine après un fantôme , e! tout fantôme qu'il est, ils ne peuvent l'atleindre. Mais à quoi leur servirait une conquête aussi sûre, aussi solidement appuyée qu'elle est imaginaire?
Je ne leur demande, pour le bien approfondir, qu'un peu de réflexion sur ces paroles de celui qui est le témoin fidèle (2), et dont la bouche ne connut jamais le mensonge (3) :
1) Nemo potest duobus dominis servire. Math, vi, 21. (4) Hac dicit Amen, testis ldelis et verus , qui est priueiyium ereaturæ Dei. Apoc. 11, 14.
(5) Qui péssatun sou feci, nec inventus est dolus in ore ejus. Í Petr. u, 22.
à (5) Maub. xvi, 25.
(5) Non habet amari inem conversatio illius, nec ta-uium eonvictus illius, sed Iætitiam et gaudium. Sap. vu, 16. (6) Meliora sunt volnera diligentis , quam fraudulenta
FER 4e
Quid prodest homini, si mundum universum lucretur, anime vero sue detrimentum pa-
.tiatur (b)? Que sert à un homme de gaguer
tout l'univers, s'il vient à se perdre? La plus longue, la plus éclatante fortune peut-elle le dédommager du cruel trésor qu'il se prépare pendant l'éternité?
Qu'un chanoine se délasse donc, qu'il respire un peu aprés de longs offices, rieu n'est plus juste; et je connais trop le poids accablan! de ses obligations pour lui en faire un crime. Mais qu'il ne se délasse, qu'il ne respire jamais qu'en ministre de Jésus-Christ.
Qu'un confrère verlueux soit sa ressource la plus ordinaire. {l trouvera en lui une consolation pure, que le monde ne peul donner.
La vraie piété a des charmes, des agréments infinis. Son commerce n'a rien d'amer (5;, ses cntreliens sont pleins de douceur. Avec elle les jours passent comine les heures, et les beures ne prrsissent que des moments.
Ses réprimandes ont leur grâce. Elle instruit méme en badinant, et badine toujours sans offenser. Ses plaies, si elle savait en faire, vaudraient mieux que les trompeuses caresses du monde (6). Au moins a-t-elle toujours sur lui l'avantage de la paix, avanup précieux qui la suit parloul, et que lo siècle ne connaîtra jamais (7).
ll n'y a point de chapitre, quelque peu nombreux qu'il soit, quelque mal composé qu'on le suppose, qui n'ait un ou plusieurs sujets de celte espèce. N'épargnez rien pour mériter d'être admis à leur commerce. Ils ont droit de vous melire à l'épreuve : que nulle épreuve ne vous rebute. Tous les trésors de l'Inde ne payeraient pas un ani sage: les perles qu'on peut douner en échange contre lui ne se trouvent qu'aux extrémités de la terre (8). Il relèverg votre courago abattu, il afferinira vos pas, il vous soutieudra dans la pénible carriére que vous devez fournir. A l'aide de ses c.nseils, de son exemple, et dela gráce qui se meltra de la partie, vous deviendrez un de ces justes, dont la lumière se fortifie ct devient un jour parfait (9).
Que si par hasard il ne se trouvait dans le corps dont vous éles membre aucun homme qui approchät de celui que l'Espril-Saint,
ont j'ai emprunté les paroles, vient do vous dépcindre, osez crupécher Ja prescription : faites-vous le chef d'une école jusque-là inconnue: apprenez à vos anciens ce que vous auriez dà apprendre d'eux. D'abord vous aurez des railleries à essuyer. On vous trailera de misanthrope, d'homme farouche. On vous fuira, comme on fuyait Francois de Sales , lorsqu'il parut pour la première fois dans le Chablais. Mais quand on aura enfin remarqué que votre vertu se soutient, que vous marchez toujours sur lamémo
oscula odientis. Proterb. xxvu, 26
(1) Pacem meam do vobis, non quomodo mundus dat. Jon. xiv, 7. Da servis tuis illam quam mundus dare non potest pacem. Orat. pro pace.
(8) Amico fideli uulla est comparatio. Eccli. vi, 48. Procul et de ultiuis finibus pretium ejus, Prorerb. xxxi, 10.
(9) Justorum semita quasi lux splendens, procedit et erescit usque ad perfectum diem, Proverb, wv, 18.
ligne, que vous n'étes point de ces dévots inquiets qui vont pécher à droite et à gauche lcs défauts du prochain, pour lui en faire un service en temps et lieu ,qui regardent comme prouvée toute accusation faite contre celui qui leurdéplatt; qui enfin veulent tout savoir, pour avoir le plaisir de tout censurer : lors, dis-je, qu'on aura unc fois bien remarqué que votre dévotion n'est sévère que pour elle-même; qu'el'e est ennemie des mauvaises histoires ; que, bien loin de triompher, dansl'occasion,de celles qu’elle est forcée d’entendre, elle les étouffe avec soin (1), et que personne n'a sur sa tendresse des droils plus certains que ceux qui l'ont le plus outragée ; dés lors, sans étre ni prophéte , ni fils de prophéte (2), j'ose assurer que le préjugé tombera. Avec le temps vous serez, pour quiconque n'a pas abjuré la vertu, un centre d'unité. Le vice ou baissera les yeux devant vous, ou peu à peu rougira de scs excés.
Insensiblement vous devicndrez ce corps autour duquel se rangent les aigles (3).
Mais dussiez-vous rester aussi seul que Vest le pélican dans sa solitude (&), fuyez lo monde et tous ceux qui l'adorent. Si vous n'avez soin de mettre entre lui ct vous un chaos immense (5). il sera pour votre cœur co vent brülant qui desséche jusqu'à la racine du bien (61. Bientôt vous en ferez votre capital: la prière ne vous sera plus qu'un accessoire importun.
&. Mais, ne nous y trompons pas, il est des occupalions qui, quoique saintes en ellesmémes, peuvent l'éteindre ou la rendre trèslanguissantc. Peut-être serai-je moins suspect qu'un autre sur l'article de l'étude : clle fait, avec un trés-petit nombre de tendres ct vertueux amis, ina consolation et mes dé:ices. Je sais cependant, et j'ai toujours oui dire, qu'elle est en plus d'un sens dangereuse pour la piété. Ne parlons point de l'orgueil qui ne marche que rop souvent à sa suite (7): j'ose dire que, pour l'anéantir, pour le couper jusque dans ses fibres les plus déliées , il ne faut à l'homme le plus prévenu en sa faveur qu'un sentiment tant soit peu réfléchi de ce qu'il éprouve en lui-même. Dès ors, malgré la fierté de sa contenance extéeure, il se dira tout naturcliement : «Ce que je sais n'est rien en comparaison de ce que j'ignore. Ce que je crois savoir, comneni le sais-je, et pour combien de temps ?
Vingt fois j'ai déconvert après coup que ce qui m'avail paru aussi clair que les premiers principes ne devait qu'à la faiblesse de esprit son évidence prétendue. Vingt fois vu in'échapper desconnaissances que j'avais regardées comme un fonds inaliénable. A le bien prendre, toute ina vie se passe à apprendre et à oublier. Lo premier me coüte
(1) Audistl verbum adversus proximum tuum? commonatur in te, fldeus quoniam voo 16 disrumpel. Eccli. + (3) Non ‘sum prophrla, et non sum ülius propheLe. 4Amos vu, 14.
(5) Ubicumque fuerit corpus, illic congregabuntur et im. Malih. xviv, 28.
(4) Similis factos sum pelicano solitudinis. Psalm ci. 7. Vo der. vos el uos chaos magnum (ürmatum est. Luc. xu
extrémement, lesecondsefaitarecune facilité qui tient du prodige. Au bout d'un temps , et ce temps est toujours trés-court, mes plus belles connaissances ressemblent à une illusion fugitive, qui ne laisse après soi que des idées confuses. C'est un songe que je ne puis me rappeler qu'en gros, et dont toutes les parties m'échappent en détail (8). 1l est donc vrai, et il est vrai dans un sens trèsétendu, que tout n'est que vanité, qu'aflliction d'esprit (9), et que le sort d'une feinmelette qui court à Dieu de toutes ses forces vaut infiniment mieux que tous les talents de cet orgueilleux phiosophe qui, en m'étalant d'un style pompeux les richesses immenses de la nature, semble douter s'il est obligé d'honorer son auteur. »
5. J'avoue néanmoins qu'il est des étud.s dont un homme destiné au chœur peut s'occuper ; j'irai plus loin, sans qu'il m'eu coüte: j'ajouterai qu'il en est qui ne peuvent que lui être très-uliles. Je mets de ce nombre celles qui peuvent lui procurer l'intelligence des psaumes, l'instruire exactement des cérémonies de l'Eglise, lui découvrir l'esprit et les vues qui l'ont portée à les établir, le mettre en état de la venger contre les uova- Leurs anciens et modernes. Rien de plus saint, de plus salutaire pour un chanoine, ou plutôt pour tout ecclésiastique obligé aux divins offices, que ce genre d'étude. Cependant, étrange faiblesse de l'homme! il peut y trouver un germe de déchet et d'affaiblissement. ll est à craindre qu'il ne s'y porte avec trop d'ardeur ; que sou imagination échauffée ne l'érige peu à peu en satant, je veux dire en disserlateur ; que la dévotion ne le cce à la curiosité son enncwie; qu'il ne porte partout, et jusqu'aux pieds du sancluaire, la difficulté qu'il n'a pas résolue ; et qu'au lieu de vivifler son chant par l'ouclueux souvenir des découvertes qu'il a faites, il ne s'occupe entiérement de celles qui lui restent à faire.
Que si une étude aussi proporlionnée à son élat ne laisse point d'avoir ses dangers , que n'aurail-il pas à craindre, je ne dis pas de celles qui lui seraient opposées (un homme de bien en est incapable), mais de celles qui luiseraient absolument étrangères ? Quelle paix, quelle tranquillité d'esprit porterait-il au chœur, si, livré du matin au soir aux profondes discussions de la géométrie, il ne sortait jamais que suivi d'un nombreux cortége d'aziomes, de théorèmes, de corollaires ? Où a vu plus d'une fois, jusque dans la célébration du plus auguste de nos mystères, de tristes effets des distractions d'un esprit absorbé dans scs propres recherches. On ne quilte pas toujours l'autel pour aller écrire un beau vers, mais on n'y cst souvent que de
(6) Ignis est usque ad. perditionem devorans, et otauia eradicans genimins. Job. xxxi, 12.
11) Scientia inflat. 1 Cor. a
(8) Disit re: li omniom, ei mente confusus Ignoro qua videri: 'aniel. "7.
19) Dedi cor meum ut scirem prudentiam stque ductris
nam... et agnovi qued in his quoque esset labor, et spiritus, Eccles. v, 11.
corps : l'esprit elle cœur restent à la maison. Ils se trouvent où est leur trésor: leur trésor n'est que dans les livres.
Mais quoi | veux-je donc ou rappeler le système de l'illustre réformateur de la Trappe, système contre lequel je me suis moiméme déclaré (1); ou fronder d'illustres écrivains qui ; quoique très-engagés à l'office public, ont enrichi d'ouvrages de toute espèce la république des lettres ? Non, le ton du censeur me conviendrait mal. ll n'appartient qu'au maître de juger ses domestiques. Qu'ils se tiennent fermes ou qu'ils viennent à tomber, c'est son affaire (2), et moins celle d’un pécheur comme moi que de tout autre. Ce que je puis dire, c'est, 1° qu'à parler en général, ce qui se fait par obéissance est moins suspect que se qui se fait id goût; 2* que la grâce forme, quand il ui plait, des Rancé et des Mabillon, des hommes si pleins de Dieu que les plus belles connaissances ne seraient pour eux qu'un sel affadi, s'ils n'y trouvaient à chaque pas et sa gloire et le principe de leur amour; 3° qu'il est à craindre que des travaux de plus d’une espèce, après avoir beaucoup coûté devant les hommes, n'aient été la matière d'un grand compte devant Dieu. Pour mo disait à peu près un vertueux prélre, rais mieux n'avoir fait que le traité Du don. heur d'un simple religieuz (3) , que douze ou quinze gros volumes que je pourrais nommer.
Qu'un chanoine cultive donc son esprit, mais jamais de manière à dessécher son cœur. Qu'il mette entre la fin de son travail et le commencement de l'olfice assez d'intervalle pour n'y porler ni la douleur de renoncer à une occupation favorite, ni la soif empressée d'y retouruer au plus tôt; qu'il coupe, par une pieuse lecture de quelques minutes , deux occupations (rop disparates ; qu'il se dise à lui-même qu'au jugement de Dieu un homme de sa profession ne répondra nisur l'histoire ni sur la métaphysique, mais sur l'acquit des devoirs propres de son état.
Je me suis peut-être lrop arrêté sur une matière où, par un abus contraire, l'abus que je blâme n'est pas fréquent. Mais je sais qu'il se trouve, el c'en était assez pour que j'eusse droit de le combattre. Faisons un pas en avant, et aprés avoir écarté les défauts qui affaiblissent l'esprit de prière, parcou- Fons quelques-unes des vertus qui le font
V, cap. Ill de Obligat. religios. art. 2.
is es, qui "judicas alienum servum? Domino uo stat aut cadit. Rout, xiv, 4.
(5) Cet ouvrage est de dum Robert Morel, qui a donné gusiees autres ouvrages de piété, awisi que nous l'appreudt
hilippe le Cerl. Ce dernier, parlaut de l'Histoire de Polybe, que dom Viucent Thuillier a depuis donnée av les notes du chevalier Follard, dit que les sages réform teurs de la congrégalio. de Saint-Maur ne pouvaient pi oir qu'un de leurs religieux traduirait uu livre qui inspire de l'amour pour la projession militaire, si dangereuse pour des chrétiens, qui doivent se sanctifier par les exercices de La pénuence. Cependant ce même écrivain fait de l'Anliquité expliquée et représentée en figures , que bicu des ge n'oseut ouvrir, le plus important de tous les ouvraues
lu P. Montfaucon." N'y aurait-il point là poudus et a dus? Puisque j'a l'occasion de parler du chevalier Fol-
ec
éclore, qui le développent, qui l'entre-
tiennent.
$ lI. Moyens de nourrir dans un chanoine l'esprit de
prière.
1. Premier moyen, demander à Dieu l'esprit de prière, ei le demander arec ferveur. — 2. Second moyen, une vraie et sincère humilité. La vérité bien consultée nous conduira.—3. Troisième moyen, une grande idée de la majesté de Dieu. — k. Quatrième moyen, un grand amour pour lui et pour le prochain. — 5. Cinquiéme moyen , une vive reconnaissance des bienfaits que nous avons reçus de Jésus-Christ. — 6. Sirième moyen, une dévotion sincére à la trés-sainte Vierge.
L'auteur que j'ai cité au commencement de cel article propose quatorze moyens d'attirer ou de conserver l'esprit de prière ct de ferveur, si nécessaire à un homme dont presque toute la vie doit se passer à chanter les louanges de Dicu et à invoquer scs u séricordes. Je me bornerai à cinq ou six qui m'ont paru les plus essentiels. On s'attend bien que je ne les proposerai que d'une manière très-abrégée.
1. Le premier et le plus important est de demander à Dieu ce don précieux , qui esl la source de lous les autres. 1l l'a promis dans l'ancienne loi, comme un apanage de la nouvelle (5) ; et celle-ci, il semble qu'i l'ait établie que sur la prière. Veillez et priez. Priez sans cesse, et priez avec ferveur. Demandez, et vous obtiendrez tout ce que vous aurez demandé (5). Voilà come l'abrégé de la morale du nouveau Testament; c'est sur ce fondement que portent la loi et les prophètes, parce qu'il conduit à l'amour, qui est l'accomplissemenl des prophètes et le terme de la loi. C'est donc un grand art que celui de prier; il faut méme qu'il soit le plus important de tous, puisqu'il décide de notre sorl , qu'il semble disposer de la toute-puissance de Dieu (6), ct qu'il est en quelque sorte lui-même tout-puissant ; c'est la riche épithète que Théodoret a cru lui pouvoir donner : Omnipotens oratio, cum sil una, tamen omnia potest.
Ce qu'il y a de plus consolant , c'est que, par une disposition particulière de la miséricorde de Dieu, la grâce de la prière est celle qu'il a le plus prodiguée. S'il avertit les justes et les pécheurs de demander, il aide les uns et les autres à le faire comme il faut (7). Pour désirer de vivre, il n'est poiut
jouterai qu'il mourut à Avignon le 25 mars 1751, aprés avoir fait une professiontrés-expresse de soumission
vestrum plenum. Joon. x 16) La Placette, tom. I, pag. 315.
(1) Deus impossibilia non fubeL: sed iubendo monet et
nécessaire d'être déjà vivant. La prière d'un coupable ne serait-elle donc qu'un nouveau péché , et les premiers efforts qu'il fait pour apaiser son juge ne serviraicnt-ils qu'à l'aigrir davantage? Ce cruel et désespérant sysème blesse peut-être moins la foi qu'il n'outrage la raison.
Mais n'abusons point du sage principe qui lui est opposé. On peut prier, souvent méme on a quelque volonté de le faire : on est touché à Ia vue de ceux qui le font comme il faut , on leur porte une sainte envie. Malgré ces désirs dont l'enfer est tout plein, on ne lroure en soi qu'une sécheresse affreuse, qu'un assoupissement qui, dans l'ordre de Ja nature, annoncerait une mort prochaine, el qui, dans l'ordre de la grâce, annonce quelquefois une mort consommée. La vérité aurail-elle donc voulu nous endormir? Ses promesses ressembleraient - elles aux superbes annonces de cette vaine philosophie qui flatta scs sectateurs d'un bonlieur solide, et ne leur tint jamais parole? Non, l'erreur ne peut é're sur son compte. En établissant le pouvoir de la prière, elle en a fixé les conditions, et ces condilions ne sont rien moins qu'arbitraires. Les grandes faveurs, les faveurs qui décident de l'éternité, doivent être appréciérs selon leur juste valeur. On ne les obtient que par la ferveur, par une persévérance importune, par un généreux détachement de tout ce qui peut blesser les
eux de celui qui les accorde.
À la lueur de ces principes, qui ne passeront jamais, il est aisé de voir que l'esprit de priére est aussi rare qu'il pourrait et qu'il devrait être commun. Un homme qui ne s'arrache d'entre les bras du sommeil que lo plus tard qu'il est possible ; qui, dans l'inervalle du trajet de sa maison à l'église, ne pense que faiblement à Dicu ; qui, dans la
elle saison, aime beaucoup mieux passer À la porte du temple le moment qui précède l'office, que d'en profiter pour sc préparer à la grande action qu'il va faire; un homme qui, en ne manquant à rien d'extérieur, croit faire beaucoup, parce qu'il en voil d’autres qui font encore moins; qui souvent, dès le sanctuaire, se soulage, cn entamant une conversation déplacée, de la violence qu'il s'est faite pendant une heure ; qui, de retour chez lui, ne pense qu'à réparer des forces qu'il n'a pas prodiguérs ; qui laisse à des coromencanis le soin et la pratique d'élever leur cœur à Dicu pendant le cours de Ja journée ; un homme qui donne tout ce qui lui reste de temps libre, tantôt à l'ennui, tantôt à des exercices qui vont mal avec son état, tantôt à des visites plus que superflues ; un homme enfin qui sans cesse affaiblit ses
facere quod et petere qnod non is , ct adjuvat. ripe tm metu el Gral. cap. 45.
(1) Dirigalur oratio mea, sicul incensum, in conspecut. tuo. Psalm. xvur. Data sunt. censs multa, ut daret de orsliouibus sanctorum owniuu. Apoc. vni.
(3) Mettez cet bomine au nombre de ceux qui sont stériles, 2 dont les travaux u'out. poiat de succès. Jerem. gu, 20.
(3) Dowine, d»ce nos orare. Luc. xi, 1.
forces, qui ne pen:e ]emais à les réparer, qui ne s'est point fait à remplacer par uue lecture salutaire ce qui lui manque du cóté de l'oraison : un homme de ce caractère pourra bien articuler des paroles et former des sons ; mais il n'y aura rien, ni daus le son, ni dans la parole qui devant Dieu le distingue de l'instrument qui résunne à côté de lui. Il ne s'entendra lui-même (out au plus qu'en philosophe, et il ne sera point entendu du ciel. Au lieu de cet encens qui devail monter jusqu'au tróne de la gloire (1), il n'offrira qu'une légère vapeur, que le méme instaut verra naître et so dissiper. Le monde, qui ne peut juger que des apparences, applaudira peut-être à sa régularité el à son exactitude. On le proposera comme un modèle pendant sa vie; après sa mort, une épilaphe pompeuse anuoncera aux siècles futurs son inflexible résidence; mais qu'il est à craindre que son juge n'ait dit de lui, et dans un sens plus fácheux , ce qu'il disait autrefois d'un roi de Juda : Scribe virum istum sterilem , virum qui in diebus suis non prosperabitur (2) 1
Que faire pour prévenir un si grand mal?
S'écrier, mais souvent, inais du fond du cœur : Daignez, Seigneur, daigmez m'apprendre à prier (3). une adresse infinie, J'ai des ressources sans nombre, lorsqu'il s'agit de pourvoir à mes besoins temporcls.
Je troure, pour les développer dans toule leur étendue, des cxpressious el des larmes Mon cœur n'est muel que lorsqu'il est question de lui par rapport à vous. Je ne suis pas, ó mon Dicu, encore assez aveugle, assez endurci pour ne pas senlir ma inisère.
Je vois, et je ne vois qu'avec horreur une partie de mon indigence (4). Malgré ce senliment , je ne trouve en moi qu'un malheureux qui, submergé dans les eaux de la mer, ne fait que de languissants efforts pour gagner le rivage. Sauvez-moi, Dieu de bonté (5). Apprenez-moi du moins à vous demander mon salut. Je ne préteuds justifier ni ma faiblesse, ni mon ignorance. Plus coupable qu'un de vos apótres, depuis le temps que je suis à votre école, j'aurais dû appreudre le chemin qui conduit à la vie. Peutétre avais-je trop compté sur mes forces Peut-être que, faute de connaître le prix de ce que j'avais commencé à vous demander, je me auis arrélé trop Lôt. Peut-être qu'au ieu de trois flèches il eût fallu en tirer jusqu'à sept, pour détruire sans relour mon implacable ennemi (6). Je reconnais ma méprise. Je sens, à n'en pouvoir douter, que, dans l'accablement où je me trouve, il no me reste d'autre parti que celui de lever les yeux vers le ciel (7). Rendez-vous propice à
(1) Ego vir videns paupertatem meam. Thren. m, t (5) Salvum me fac, Deus, quoniam intraverunt aqux vsque ad animam meam. Psalm. .
(0) Si percussissesquinquies, aut sexies, sive septies, percussisses Syriam usque ad cousumptionem. IV Reg. xm. 18. (7) In nobis quidem non est tauta fortitudo ut [o huic mods rosier, quæ mt super Latin) [i ignoremus quid agere debeamus, hoc solum babemus residui, ut eulos nostros dirigamus ad te. Il Paral. x1,
mes vœux. Hälez-vous de me secourir. Faites Tuire sur moi quelques rayons de l'esprit qui renouvelle la face de la terre. Puisse-t-il former en moi ces gémissements que vous exaucez toujours!
2. Il entre dans ces réflexions, qui toutes sont tirées des livres saints hn eaucoup d'humilité. C'est qu'en effet l'humilité do cœur est un des plus sûrs moyens d'obtenir Y'esprit de priàre et les gráces qui y sont attachées. Il serait inutile de se répandre en
roles, pour prouver une vérité aussi re-
ftue qu'elle est capitale. Il n'est point de fidèle qui l'igaore dans la spéculation. Tous savent que dans la priére nous sommes par rapport à Dieu ce qu'est par rapport à nous un pauvre qui nous demande l'aumóne : Mendici Dei sumus, dit saint Augustin. Il n'y a personne, pour peu que le cœur soit chez lui d'accord avec les lèvres, qui ne dise comme le prophéte-roi :. Ayex pitié de moi , Seigneur, parce que je suis dans l'in gence el que vous éles le seul qui puissiez m'en tirer (2). Or, la présomption, la confiance en soi-méme, l'orgueil, en un mot, ne va pas bien avec les cris d'un homme qui expose sa misère. Jc déteste un pauvre plein de luiméme, dit le Saint-Esprit par la bouche de Y'Ecclésiastique : c'est un monstre à mes yeux; je ne puis le sou[frir (3). Au contraire, et C'est le méme Esprit de vérilé qui nous en assure, la priére de celui qui est véritablement humble perce les nues ; elle ne s'arréte point qu'elle n'ait. été jusqu'à Dieu; elle n'en sortira point que le Très-Haut ne l'ait regardée d'un œil favorahle (5). Oui, Seigneur, disait Judith (5), les soupirs de ceux qui joisnent l'humilité à la douceur ont toujours trouvé grâce devant vous. Jamais vous n'avez rebuté les vœux qu'ils ont osé vous adresser. Vous les exaucez en quelque sorte avant qu'ils aient commencé à ouvrir la bouehe : leurs désirs, la disposition de leur cœur, tout vous plait de leur part, tout est couronné (6).
Nous sommes quelquefois surpris des grâces dont Dieu a comblé, je ne dis pas ses amis, cela serait moins frappant, mals des pécheurs qui l'avaient longiemps et cruellement abandonné. Un moment de réflexion sur les sentiments dont leur priére élait animée diminuera un peu notre élonnement.
Il n'y a rien dans leurs gémissements qui ue porte l'empreinte de la plus profonde humilité. L'enfant prodigue s'écrio à haute voix qu'il ne mérite plus le tendre nom de fils. 11 se croil heureux d'élre trailé comme les va-
(1) Salny Augustin conseille à ceux qui n'ont pas le ta», lett de parler éloquemment d'employer beaucoup les paroles de l'Ecriture. Quanto enim, dit-il, se pauperiorem, sentit in suis, lanto eum oportet in istis esse ditiorem, lib. av de Doctr. Christ. vum. 8.
(3) Inclina , Domine , aurem tnam , et exaudi mc; quoniam inops et pauper sum ego. Psulm. Lxxxv, 1. Ego autem mendicus sum et panper. Psalm. xxxix, 18.
(3) Tres species odivil anima mea, et aggravor salle tnimz illorum ; panperem superbum... Eccli. xxv, 3 ei 4. fe) Orstio tnvnllianis se penetratit nubes; et uon dis-
let, donec Altissinus aspiciaL. Eccli. xxxv.
(5) Humilium et raansuetorum semper tibi | yt €atin, Ju fur. 1x, Respexit in orationem honum, et mon su revit prece« eorum. Psalin. ct.
t FER 22
lets qui sont au service de son père. Il a péché contre le ciel et contre la terre; il veut que le ciel et la terre soient témoins de son. repentir et de sa confusion (7). La femme pécheresse fait encore plus par ses aclions que le prodigue n'avait fait par ses paroles. "est au milieu d'une nombreuse asse:nblée, et chez un homme qui n'avait que du mépris pour elle, qu'elle va trouver le médecin qui doit guérir ses plaies. Il n'y a ni censurc, ni mauvais jugement, ni bienséance humaine qui l'arréte. Elle annonce publiquement par : ses larmes, et la honte de ses écarts, et l'ex- * cès de sa douleur. Son silence en dit plus que n'en auraient dit ses paroles. Mais si elle triomphe d'elle-méme, on peut diro qu'elle triomphe de son juge. Elle désarme sa colère. Ses péchés, et elle en avait beaucoup commis, lui sont pardonnés. Sa justification est le fruit de son amour, mais d'un amour plein d'humilité (8). Je ne fais qu'indiquer l'exemple du publicain. Ce ne fut pas l'abondance de ses paroles qui le justifia : co seul mot, Mon Dieu, soyex propice à un pé.
cheur comme moi, lui valut sa gráce. C que ce seul mot parlait d'un cœur humilié.- Un homme qui n'osait lever les yeux (9), qui se tenait au bas du lemple, qui se frappait la poitrine comme un coupable qui atlend son arrét, publiait par son alliludo seule que son péché était toujours devant lui. Mais ce n'es! pas sculement chez des coupables qui avaient besoin d'une miséricorde singulière, que l'on trouve des exemples de celle profonde humilité qui doaue des ailes à la prière, et qui l'élève jusqu'au trône do Dieu. Ces hommes que la droite du Tout- Puissant protégera toujours, qui semblaient avoir des droits acquis sur tout ce qu'ils gouraient demander, qui traitaient avec leur eigneur comme un ami lraile avec son ami: ces hommes que Dieu consullait en quelque sorte sur ses projets, et dont il paraissait attendre l'avis, n'ouvraient la bouche qu'en. tremblant lorsqu'il s'agissait de demander des grâces. Timides, incertains, frappés et comme anéantis à la vue d'euxmémes, Jene suis, disaient-ils, je ne suis, 6 mon Dieu, que cendre et. poussière : oserai- . je élever ma faible voix? Souffrez, Seigneur, que le dernier de vos serviteurs puisse encore vous dire un mot. Je vois que j'ai besoin de toute votre indulgence, mais dans une affaire où il s’agit de votre gloire, me sera- Lil permis de rompre encore une fuis le silence, etc.? Ainsi parlait le Père des croyants (10);. el nous n'aurions point de
(6) C'est le sens que donnent quelques interprètes à ces paroles du psaume ix : Desiderium pauperum exaudivit Dominus : praeparationem cordis eorwn ezaudivit auris tua.
(7) Pater, peccavi in calum et coram te ; jam non sume igous vocari filius uos : fac me sicut unum de mercena-
ri , 19.
) Vide Luc. vn, a versu 57.
(9) Publicanus a longe stans nolebat nec oculos ad covlum levare; sed percutiebat pectus suum , dicens : Deus, pronitius esto ihi peecatori. Luc. xm, 3.
(10) Loquara Dominum meuu, cum sim pulvis et cinis. Ne, quieto , indigneris, Domine, si loquar... Obsecro, na rravcaris, Domine, sl loquar adbuc semel. Gems, xvin, £l, 30 er 53.
peine à retrouver ces mêmes sentiments dans tous les justes qui l'ont suivi. Quelle humnilité, mais quelle leçon pour des hoinmes qui, en plus d'un sens, sont au-dessous d'Abraham, et qui, à le bien prendre, demandent beaucoup plus qu'il ne demandait alors!
Mais une leçon si importante, si difficile, ne s'apprend bien qu'aux pieds du Fils de Dieu. Qu'un jeune ministre des autels ose s'approcher de lui et l'interroger, peut-être qu'effrayé des réponses de celle vérité essenliel'e, il aura plus besoin d'être muni “contre le découragement que fortifié contre l'orgucil.
La vérité lui dira quesa naissance est presque en tout semblable à celle des plus vils animaux; que, comme eux et plus qu'eux, il vient d'une origine impure; que le moment qui l'a vu homme l'a vu criminel aux yeux de Dicu, fils de colère et de perdition. -
La vérité lui dira que ce n'est que par mi- -^éricorde qu'il a été affranchi d'un si déplorable état ; qu'à peine a-t-il eu l'usage de la raison il s'en esl servi pour s'y replonger: qu'il s'est abandonné aux passions
s plus capables de le déshonorer ; qu'il s'est dégradé à un point qu'il n'aurait pas osé faire subir à son plus mortel ennemi.
La véritélui dira qu'il n'a rien qu'il n'ait recu ; que ses plus beaux talents pourraient bien servir à sa condamnation; que ceux qui le flattent davantage, comme l'esprit, les gráces, la naissance, lui sont communs avec un nombre infini de réprouvés; que plusieurs d'entre eux ne le sont aujourd'hui ou ne le seront un jour que parce qu'ils eu ont été trop richement partagés (1).
La vérité lui dira qu'il est un étranger sur la terre, qu'il s'avance à grands pas vers la maison de son éternité; que comme il n'était pas il y a moins d'un siécle, il ne sera plus en quelques années; que la pourriture sera sa sœur ; que les vers le dévoreront jusqu'à ce qu'après avoir tout consumé, ils se consument eux-mêmes.
La vérité lui dira qu'il n'y a aucun moment où il sache bien ce qu'il est aux yeux Qu souverain Juge; qu'il peut se croire plein de vie el étre déjà mori; qu'au moins il n'est pas bien sûr de sa justification, et quil doit touj craindre, méme à l'égard
les misères qui lui ont été pardonuées (2).
La vérité lui dira qu'il marche comme un aveugle, sans trop savoir où aboutira sa course ; que quand il aurait vécu dans l'in-
(1) Voyez saint Chrysostome,, liv. n doce. Je ve veux dire que ce que dii we sont ui les talents, m les grands eu mais le non-usage ou l'abus qu'on en fi
(3) Sunt. justi atque. sapientes... et tamen nescit homo utrum amore an odio digous sit. Eccli. x. Terribilis vox : totus Infremui. S. Bernard. De ptopitisto peccato noli esse sine metu, Rceli, v, 5.
(3) Disputante illo (Paulo) de justitis, et eastitate, et judicio futuro, tremefactus Felix, ete. A. ?5.
. (4) C'est une expression de feu M. Brun:
Crespla de Soissons. Elle doit. comme hien d'autres sem blable«, s'entendre ez æquo ei bono. Mais on ne la vérille que trop souvent.
(3) Scraphim... duabus lis vclobant f iem ciue, Hebr.
qui damnent:
nocence, quand il serait déjà prét à saisir l'heureux rameau qui porte fa gloire, il peut dans un instant devenir, comine David, Salomon et tant d'autres, un criminel du premierordre; quepeut-étre son impénitencecst prévue, el en conséquence sa réprobaliou ürrétée, !
Ces maximes, dont un orateur plus fameux encore par son humilité que par ses talents, me donna autrefois la première idée; ces maximes, qui allaient jusqu'aux inoelles du séculier le moins vertueux, ne feraient-elles donc aucune impression sur l'ecc'ésiastique ? Hélas! il n'est que trop souvent plus difficile à ébranler qu'un autre, et rien de plus commun que de le voir s'endormir au bruit de nos anathémes. Quelques paroles de saint Paul sur la justice, la chastelé et le jogement à venir, déconcerlérent Félix, qui n'élait qu'un paren (3); si c'eût été un prêtre, il aurait pu dire: Voilà un homme qui parle bien ; mais il n'eüt pas cligné les yeux (+).
3. Rien n'est plus propre à faire naltra cette profonde humilité qu'uno haute idée de la grandeur de Dieu, une sérieuse considération de son infinie sainteté, une crainto religieuse de sa majesté. Celui devant qui nous nous présentons avec des manières si libres, si aisées, quelquefois si profanes, est celui-là méme dont les sérapbins ne peuvent soutenir les regards (5), et devant lequel les puissances sont dans le tremblement. C'est lui qui, selon le sublime langage de l'Ecriture, mesure les eaux de l'Océan dans le creux de sa main, qui de cette main soupèse les cieux, qui de trois doigts soutient la masse énorme de la terre, qui met dans la balance el les montagnrs et les collines. C'est lui devant qui tous les peuples du monde ne sont que comme une goutle d'eau, que comme ce faible grain qui ne peut donner la moindre inclinaison à la balance.
C'est lui qui fait les Îles comme uu peu de poussière ; qui ne trouve rien digne de lui, hi dans l'encens, ni dans tous les cèdres du Liban; qui, assis sur le globe de la terre, ne voit tous les hommes que comme do vils insecles, cumme le néant méme. C'est lui qui anéantit les princes, qui réduit à rien les juges de la terre, qui par un souffle les dessèche et les emporte comme la paille f$) C'est lui qui touche les montagnes et les réduit en cendres; qui déplace la terre et ébranle ses colonnes; qui donne ses ordres au soleil, et le soleil ne se lève point (7). Mais c'est lui encore qui de son sanctuaire,
suam. Isai vi, $. Vide Menochium bic (6) Quis ineusus est | ugiilo «quas , et cœlos palmo ponderavit? Quis appendit tribus dizitis molem terre, ot liil es, et colles iu statera? Ecce gen-
non sufficiet ad succendeduti, et animolia ejus uon su(fi-. cientad holocaustum. Ürnnesgentes quasi non sint, sic sunt. Graines; et quasi uibilum et inane reputat sunt ei... Qui Sedet super gyrum terrz, ci liabitatores cjusquasi locusta. Qui dat secretorom serutatores quad non sint, judices. terra velut inane fecit. faa. xt , 12 el sn
(7) Qui tsagit montes, et fumigant. Psalm. au. Qui eominovel terram de loco suo, et columnæ ejus concu- Viuntur, Qui pricipit soli, ct non. oritur, elc. Job. ix.
comme d'pn tribunal où il veul étre re- ' douté (1), prononce des arrêts de vie et do mort; et comme autrefois sur le Calvaire, sanctifie d'un côté un pénitent qui le prie avec bumilité, ct réprouve de l'autre un malheureux qui jusqu'au dernier moment ferm ses yeux à la lumière. :
Ces idée, de grandeur, de sainteté, de juslice, si elles étaient tant soit peu approfondies, ne pourraient manquer de pruduirc, dans l'ecclésiastique comme dans le séculier, une impression de respect, de'fraycur; de saisissement. L'invisible paraftrait ce qu'il est (2). Bien loin de s'avancer jusqu'au pied
' de son autel, comme n'auraient osé le faire les empereurs du temps de saint Ambroise, et comme le font les feinmes mêmes (3), surtout dans les campagnes où elles ont da crédit, à peine se croirait-on en süreté au bas du temple. On mettrait, s'il était possibie, entre l'arche et soi plus de distance “que n'en mitentre la montagne et lui le peuple d'Israël, lorsqu'il plut à Dieu de lui intimer ses ordres (4). ll est vrai qu'on n'ou- -blierait pas qu'il est le Dieu des misérieordes, mais on oublierait encore moins qu'il est le Dieu de sainteté ; que son nom est grand et terrible ; qu'une religieuse frayeur est devant lui le commeneement de la sagesse (5); que son trône est de flammes ardentes ; qu'un fleuvé rapide de feu sort de devant sa face (6) ; qu'il porte encore la foudre dont il frappa, pour uu léger manquement derespect, cinquante mil!e Belhsamites; qu'il a toujours à ses ordres des millions d’an ui n'attendent de sa part qu'un clin d'eil pour “obéir (7), et qu'ils. n'obéissent jamais plus volontiers que lorsqu'il s’agit d'arracher l'ivraie d'un lieu qu'elle déshonore (8).
A la vue de ces grands objets, le cœur le "plus languissant semble se réveiller. Il croit apercevoir en lui quelque étincelle du zè:e qui f.isait sécher un prophéte, et qui dès le malin immolait à une juste vengeance tous les pécheurs de la terre (9). ll se forme dans ses entrailles un feu doni il a peine à retenir l'impétaosité (10). Aveugle qui ne voit pas qu'il est le coupable , qu'il se juge par sa propre bouche , qu'il doit étre le premier objet de son indgnation (14) et que ce n'est souvent que sa dissipation et sun peu de recueillement qui font croire aux laïques que «e qu'on leur dit de la sainteté du ‘temple et du r«spect qui lui est dû n'est bon que pour <ffrayer les enfants. L
(1) Pavete ad sanctuarium meym: ego Doginus. Levit. xxu, 2. t
(2) Fide Mo muit. Hebr. xu, 24 e
(3) Laici secus altare, quo sancta mysteria celebrantur, later clericos, tam ad vigllias quam a4 wissas, stare penitus non nræeumant; sed pars illa qua a cancellis versas altare dividitur, choris tantuin psalleutium pateat clericorum. Concil. Turon. u, an. 551, can. à.
(9)Non enim portabant quod dicebatur : Et sl bestia. user monten, lapidabitur. Hebr. xu, 20. Vide Exod. #8) Sanctam et terribile nomen ejos : initium sapientize Vimor Domini. Psal. cx , 9.
(5) Thronus ejus flaumue ignis : rotz ejns igois aecensa. Fiuvius igneus rapidusque egrediebatur a facie ejus. Pad. m, 9.
qiiem tanquam. videns suni.
Qu'ii commence désor ar sa propre réforme. S ontaire ne l'écarle pas
docteur, de la basilique publie au moins, par son position extérieure, que
“est ferrible à ses yeux:
comme la maison de Di
: ciel (12). Son siècle, sans
tres, lui fournira des mod toucher. En voici un qui de simplicité beaucoup
dont l'élévation n'a rien ble au secours ordinaire é
« Je connais, disait le p.cua ex scopruiquie archidiacre d'Evreux (13), je connais des personnes qui, dans unedisposilion respectueuse ct dans une vue pénétrante de Ja majesté de Dieu, ont, pour toul ce qui regarde son €ulte, une vénérntión inconcevsble. J'aurais de la peine à en rapporter toutes les particularités, parce que peu de gens sont capables de.les bien comprendre. Je dirai sculcment que tous les lieux et toutes les. choses qui sont consacrées au service de Dieu, comme les temples, les chapelles, les ornements, les cimetiéres.... et généralement tout ce que l'Eglise approuve, sont pour élles l'objet d'un. respect inexprimable. Elles se donneraient bien de garde de faire de nos églises un passage , et elles n'y entrent que pour rendre leurs adorations à la majesté supréme. Si elles font voyage, el qu'elles passent devont nos sacrés lemples, elles ne maoquent pas de descendre de cheval pour dooner à Jésus-Christ, résidant en ces saints lieux, des marques de vénération poar lui.
Elles sont saisies de frayeur au moment qu'elles ÿ.entreut : el si elles sont obligées. d'y dire quelques paroles, elles le font à voix. basse, et d'une manière qui marque assez combien elles sont pénétrécs de la présence de Dieu.
Quelque part qu'elles se trouvent, si elles entendent dire quelque chose qui regarde sa grandeur, dans l'instant elles se sentent précipitées dans un ablme d'humiliajion et d'anéantissement devant cet Etre infini, ete.» Que ces sentiments sont beaux ! qu'ils sont bien assortis à l'esprit de foi, et qu'ils doient pleinement enfapter l'esprit de priérel Vaignez, mon Dieu, m'en remplir et en remplir avec moi lous ceux à qui vous avez confié le glorieux emploi de chanter vos louanges el de célébrer vos miséricordes.
(7) Millia millium ministrabaut ei, et decies millics cen- Lena millia assistebant el. Idem, ibid. 10.
(8) Vis imus, et colligimus ea? Malth. xit, 28.
(3) Tabescere me fecit zelus meus. Ps«du. oxvut. In-ma« lutino iuterficiebam owes peccalores terrae. Psalm.
(10) Factus estin cordemeo qu exaestuans, clau + susque in ossibus meis ; et deleti, ferre uon sustinens. Jerem. xx, 9.
LU Tu es ille vir. 1I Reg. xu, 7. Ex ore tuo te judico.
uc. xix, 33.
(12) Pavensque (Jacob), Quam terribilis est, Inquit, locus iste ! Non est hie aliud uisi domus Dei et porta coeli. Genes. xxvut, 17. .
(15) Voyez ia nouvelle Vie de ce grand serviteur de Dieu (H. M. Boodón) t. Il, FE 330, ou plutôt son Trañé du respect dà à la saintelé des églises.
i. Mais, après ir commencé par la craiute, il faut qu'ils s'efforcent de monter jusqu'à l'amour. C'est lui qui consacre, qui epnnoblit toutes les vertus, qui leur doone un prix qu'elles n'out point par clles-mémes. Qui ne l'a pas, eût-il la foi qui transporte les montagnes, demeure dans la mort.
Qui l'a pleinement opère de grandes choses : qui ne fait rien se flatto inutilement de l'avoir (1). Or cet amour, quelle cousolation, quel feu ne doit-il pas répandre dans la prière ! Quelle confiance, quelle vivacité de sentiment et d'expressions, quelle tendresse n'a pas un homme qui demaade à celui qu'il aime ; qui sait que celui Tu nime est en état de lui donner plus qu'il ne demande, el qu'il n'est jamais plus content que quand il donne !
Nous arqgs vu les saints parler à Dieu avec crainte : suivons bien leur manière de prier, el nous verrons qu'elle fut topjours mélée de cette confiance sainte que donne J'amitié. Ils osaient donner à Dieu leurs uvis, et vouloir en quelque sorte reclifier les siens. Ils faisaient plus, ils s'oppesaient à ses desseins, et Moïse l'empécba plus d'une fois d'exécuter la résolution qu'il avait prise de perdre son peuple. Telle cst l'assurance qu'iuspire l'amour. ll peut tout, il ose tou! : il ne peut et n'ose jamais que dans l'ordre.
Mais à qui l'amour devrait-il être plus naturel qu'à un prêtre, si dans l'ordre de la grâce il y avait quelque chose de naturel ? lia toutes les raisons d'aimer qu'ont les autres hommes : il en a un très grand nombre que les autres hommes ne partagent point avec lui. Le ciel, la terre et tout ce ls renferment, m'invitent à votre amour, disait saint Augustin (2) ; et ils y invitent comme moi tous les enfants d'Adam, mais d'une maniére si vive, si pressante, qu'ils ne laissent à la langueur aucune excuse qui puisse diminüer sa faute.
Si cela cst ainsi du séculier même, de quel voile un ministre de l'autel couvrira-t-il la sienne? Le sanctuaire, füt-il impénétrable au reste d'Israël, est nuit el jour ouvert pour lui. Les grâces qui n’y distillent que goutte à goutle pour le peuple, y coulent pour lui comme l'eau des fontaines. La dignité dont il est revétu est la mesure des faveurs qui lui sont destinées. Chaque jour il peut se couvrir tout entier du sang de Jésus-Christ, Chaque jour il peut joindre à son talent le talent que son frère plongé dans les embarras du siécle manque de faire profiter. Chaque joor interrogé sur ses dispositions, il
(1) Amor magna operatar, si est : aut si operari renvit, mor non est. S. Gregor.
August, lis. x Confess. cap. .
3,5) Donine, tu omnia nosti , Lu scis quia amo Le. Joon. (À) Non dubi», sed certa conscientia, Domine, amo te. Percusisi cor meum verbo tuo , cL ainavi te. Sed el cæduin et terra, eic. , ul supra.
48) Quid tibi sum ise, ut amari t^ jubezs a me; et uid
peut se mettre en état de rendre, comme saint Pierre (3), témoignage à son cœur ; ou de dire, avec saint Augustin (k): Je vous aime, Ó mon Dieu, ma consciente m'en répond, et je suis sür qu'elle ne me fait point illusion. Votre voix a frappé mon cœur, et mon cœur vous a aimé. Faites, Dicu de miséricorde, que je vous aime de plus en plus.
Vous m'en avez fait une loi. Vous me menacez, si je suis infidète, de votre colère et des plus grands malheurs. Y ca aurait-il donc pour moi un plus grand que celui de ne vous pas aimer ($) ? Mais cufio cet amour qui devrait me coûter si peu, il faut que votre grâce, el la plus signa'ée de vos grâces, le produise en moi. Je n'ai bes: i d'étude ni de leçons pour aimer do faibl viles créatures. Leurs plus minces bienfaits m'enlèvent, me dérobent à moi-même. Je les étourdis et j'étourdis la terre du bruit de ma reconnaissance. ll n'y a que vous, 6 le plus tendre des pères, le plus fidèle des aris, le plus puissant des protecteurs ; il n'y a que vous que j'oublie avec la plus énorme facilité. Je suis au milieu des flammes, et par un miracle diabolique j'y suis aussi froid
uc toutes les glaces du nord (6). Ayez pitié
le mon état ; ayez-en pitié selon votre grande miséricorde : après le coupable abus que j'ai fait de celles dont vous m'avez si souvent comblé, une wiséricorde commune ne ino suffirait pas : Altius autem lu misereberis cui misertus eris, et misericordiam præstabis cui misericors fueris; alioquin. calum et terra surdis ioquuntur laudes tuas (7).
Je m'écarterais insensiblement si, en dunnant quelque aliment à l'amour, on pouvait s'écarler. Mais qu'a-t-on à craindre vis-à-vis de ceux qui veulent connalire el remplir leurs obligations, quand on ne fait que leur répéter celle maxiue constante, qu'on sait prier lorsqu'on sait bien aimer, et que la ferveur de la charité est la voix et le cri du cœur (8)?
Mais celte vraie, cello sincère charité estelle bien commune parmi ceux mêmes qui, par leur état, y sont le plus particulièrement appelés , el qui, comme nous le disiens il n'y a qu'un moment, ont plus secours pour y parvenir? Jugeons-en par ses caractères. L'Esprit-Saint qui les a tracés n'a pu ni voulu nous séduire. Selon lui et sclon ceux qu'il a rem, de ses lumières, la charilé est d'une attention extrême à ne rien faire qui déplaise à l'objet qu'elle aime. Elle sc porle avec ardcur à tout ce qui peut lui plaire (9). Elle s'en entreticnt avec un plai- Bir infini, et croit toujours n'en avoir point dit assez (10). Elle chérit tout ce qui a quel-
faciam, irascaris mihi, et mineris ingentes miseris? Pa. vane ips2 ext, si non ameus le ? Agit.
a. Drabolicoquodam mirsculu luter Lot igaes frigescimus.
(T) Augustinus, ilsdem lihro x «t cap. 6, num. 8.
(8) Tacebis, si amare destiteris… Flagrantia charitatis clamor est cordis. August. Enarrat. xxvn, dh.
(9) Nunquid clarius. permittit aliquid malifacere ei que diligis t .. Dilectio vacare non potest, mai et molt uihil ojeretur, et quidquid potest bont operetur. Axgast. pra(at. in psulm. xvi.
(19) Vis «cire si D um perfecte diligis, vel sliuJ plus.
que rapport avec lui (1). Quelque dégoût qu'elle en cüt d'ailleurs, elle sacrifie toutes ses répugnances, et c'est en ce sens qu'elle est patiente, pleine de bonté, sans jalousie, sans enflure, sans ambition, sans intérêt, sans ombre d'emportement, et que, bien loin de s'entretenir du mal de son frère, elle n'ose - pas même le soupçonner (2).
Si. en rentrant dans votre cœur et après l'avoir sérieusement éludié, vous y trouvez ces grands traits qui caractérisent la dilection , il n'y a rien que vous ne puissiez attendre desiniséricordes de Dieu. Votrearidité, vos sécheresses ne m'effraient point. Je n'y vois que des épreuves, qui à la vérité vous conduisent par un senlier pénib'e, mais qui vous conduisent infailliblemeut au terme.
L'incertilude , l'obscurité dle la voie par laquelle vous marchez, cst un artifice de la gráce, qui ne vous dérobe son opéralion que pour nourrir voire humilité, et par elle doubler vos mérites. Si saint Paul eut besoin do l'ange de Satan pour ne s'enfler pas à la vue de ses révélations, combien plus avez-vous besoin d'ignorer volie état, et le peu de grès que vous avez pu faire dans la charité?
Mais au fond, vous reconnaisscz-vous dans le portrait qu'on vient de présenter à vos yeux? Ne parlons ni d'enflure, ni d'ambition, Di d'intérét, passions funestes, dont la redoutable tyrannie s'assujeltit aujourd'hui
resque toutes les conditions. Dornons-nous à l'amour du prochain, amoursans lequel le grand commandement ne peut être rempli, amour qui est une preuve de la mission de Jésus-Christ et de la vérité de son Evangile ; amour qui est l'une des dernières grâces quus Dieu mourant nous ait demandées (3).
r cct amour, qui seul justifie l'homme (3), et sans lequel l'homme ne peut étre justi est-il la plus frappaute vertu de ceux q sont destinés au chœur ? Ignore-t-on ‘ans les chapitres ces menées secrètes qui font échouer l'homme sage et ses avis ? N'y conpaît-on jamais ces termes offensants, ces plaisanteries grossières, qui ne donnent pas une trop bonne idée de l'esprit de ceux qui les foni, et qui en donnent une fort mauvaise de leur cœur? Ne viole-t-on point, molgré la rcligion du serment, le sccret promis , ct ne le viole-t-on que pour louer dans le public le zèle et la prudence de ses confrères ? Les dissensions, les aigreurs mutuelles ne transpirent-elles jamais dans le lieu , où il ne faut porter son présent qu'aprés unc réconciliation solennelle ? Soulient-on ses droits avec cel esprit de paix qui sacrifierail volontiers la robe, aprésavoir. sacrifié le manteau ? Ne va-l-on devant les
Deo smes. Attende si de Deo plus quam de aliis rcbus engitas ; quia de illo plus cogitas quod ptas amas. S. Bona-
ventura, conc. n de S. Maria Magdal. Ubi est thesaurus
turas, ibi cor tuüm; ‘Matth. vi. .
(1) Redeat unusquis ue ad cnr suum : si ibi invenerit fraternam charitatem, securus sil. August. tract. 5 iu Epist. Joann.
(2) Charitas patiens esl, benigna est: charilas nonæmulatur, hon agit perperam, non fufltur, etc. I Cor. xi, & et
P5) nogo te, rater, ut umm sint, «icut. tu, Pater, in
tribunaux séculiers qu'après avoir inutilement épuisé tous les moyens d'éviter une contestation publique ? La partie adverse ne Vest-elle que de nom pendant le cours d'un procès ? L'œil toujours simple, toujours en garde contre lui- méme, ne voit-il plus en elle que les biens qu’il a plu à Dieu d'y mettre; du moins n'y voit-il de maux que ceux qu'il faut iudispeusablement déférer à la justice ?
Je ne parle point des communautés qui presque toutes sont obligérs aux divins offices. Un écrivain, à qui sa colère a douné do l'esprit, aprés* avoir répété d'après cent aulres qu'on y entre sans se connaftre, qu'on y vit sans s'aimer, qu'on y meurt sans se regretter, soutient, par surabondancede droit, que celui qui l'a dit le premier a flatté le
ortrait. Ces proverbes, comme une infi autres qui sont devenus le!s en naissant, n'ont de juste qu'une certaine harmonie.
Qu'un homme fier el farouche comme Ismaël, et peut-être l'auteur, mérite, en frappant tout 1» monde, que tout le monde lui . porto son coup (5), rien n'est moins surprenant, moins repréhensible. On peut, sans manquer à la charité, humilicr l'urgueil : on le doit méme , quand on est cn place, et la piété le fait toujours avec de justes ménage ments. Mais que les cris d'un mécontent Soient des preuves décisives contre tout le corps à qui il appartient, c'est vouloir per suader qu'il n'y a que division dans les familles, qu'infidélité dans la magistrature ; parce qu'il se trouve des ménages mal assortis, des femmes infi.iéles, des juges qui, comme celui de l'Evangile (6), ne craignent ai Dieu ni les hommes.
Mais enfin, quelque déplacés que soient les reproches d'un coupable à un homme qui peut-étre l'est beaucoup moins que lui, il y à toujours de la sagesse à en profiter : et c'est en ce sens qu'un ennemi pointilleux nous sert plus qu'un ami que sa tendresse aveugle. Nous l'avons dit, el c'est la vérité, les enfants du siéele se pardonnent les plus criants excès, et ils font aux serviteurs de Dicu un crime de leurs plus légères imperfections. C'est à ces derniers à veiller beaucoup sur eux-mêmes ; à n'entretenir de leurs peines que celui qui peut seul en adoucir l'amertume ; à se bien souvenir que' les hommes les plus accomplis ne sont , comme le disait saint Augustin, que de malheureux vases d'argile, qui se choquent les uns les autres; que plus ces vases de chair sout à V'étroit, plus il faut dilater ceux de la charité (7) ; que partout où il y aura de l'homme
ily aura bien de la misère; que, puisque dans que famille qui n'est composée que do
me, el ego in le;... ut. credat mundus qula tu me misisii- Joann. xvii, 21.
(4) Filioli, diligite alterutrut ignam Joanne sententiam). Praeceptum Domini est; et si solum flat, suflicit. Hieronym. Comment. in cap. vi Epist. ad Galatas.
(5) Mic erit ferus homo: manus ejus contia omnes, ot manus omnium contra eum. Genes. xvi, 12.
(6) Judex quidam erat... qui Deum non timcbat, et hominem non reverebatur. Luc. xvni, 2.
(7) Lutes vasa quie faciunt invicem "augustins : sed ai angustiantur vasa caruis, dilatentur spatia charitilis. dugissh
st DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES. *
- trois ou quatre personnes, il faut ou vivre en guerre ou se pàrdonner bien des choses, il ,N'est pas possible que dans une communauté oü chacun apporte son génie et ses idées, tout le monde ait la même facon de penser ; -qu'après lout c'est un très-pelit mai, et un mal qui passe bien vite , que celui de n'étre compté pour rien ; que Saül serait vraisemblab'ement un grand saint s'il n'avait pas eu le malheur d'être mis à {a tête d'un grand peuple , el que si l'on aime mieux pendant sa vie être archevéque de Lyon que chartreux, on aimerait mieux, comme Alphonse de Richelieu, mourir simple chartreux qu'archevéque de Lyon. Sur ces principes, qm ne demandent qu'un peu de raison et l'humilité, on aura la paix du cœur, la charité qui en est le lien, l'esprit d'oraison qui ‘en est la suite.
. .$ A ces moyens, qui ont toute la séve ; d'un arbre planié le long des eaux, et qui ne peuvent manquer de produire leur fruit en son temps (1), je n'en joindrai plus que deux : "une vive reconnaissance envers Jésus-Christ, ‘un tendre amour pour l'Eglise qu'il s'est acquise par son sang.
L'office divin, tel qu'il est en usage dans les sociétés chrétiennes, consiste partie en louanges, parlie en demandes. Quoi de plus propre à inspirer l'esprit de louanges, que
les bienfaits infinis ? quoi de plus capable
de porter, d'enhardir à faire ds demandes assaisonnées de gémisscments, que des maux sans nombre?
Pour commencer par la reconnaissance
jue nous devons tous à Jésus-Christ, il no aul, pour s'en pénétrer, qu'un voup d'œil sur les gráces dont il nous a comb'és comn:e simples fidèles, et sur celles dont il nous comble tous les jours en qualité de prétres.
Les unes et les autres sont l'effel d'une charité, que l'Esprit-Saint regarde lui-méme comme excessive (2). ?
Avant la miséricorde infinie, qui a porté ce soleil levant à venir d'en haul répaudre sa lumière sur nous (3), nous étions comme le
.reste des homues, et nous étions par état des enfants de colère (4), éloignés de Dicu , et en quelque sorte sans Dieu (5). Nous vivions au gré du princo des puissances qui sont dans l'air ; nous n'avions de règles que celles de l'esprit qui agit encore aujourd'hui sur les incrédules (0). A l'exemple de ces impies dont l'Ecriture nous fait un portrait si hideux , nous marchions par des sentiers pénibles (7), et le terme de ces sentiers no pourait étre que celle seconde mort de
aquelle on ne revient jamais (8). Dans ces
(1) Tonquam ligaum quod | lantatum est sceus decorsos aquarum, qui us suum dabit in Lempore suo. Paul.
, d) Propter nimiam charitatem suam qua dilexit nos.
(5) Per viscera misericordie Del austri, la quibus vis'tavit uos Orleus ex alto. Luc. 1, 78. :
4) nature (ses, ud intelligi Chrysostomus, nativitate) Ali iræ, sicut el citer. Epltes. u, 3.
(5) Éraus illo in teupore sine Christo... et siue Deo in uc inundo. [bid. 13.
(6) Aliquando ambulasus... secunlum princip m potes-
jours de ténèbres et d'ignorance le moindre défaut de l'homme était l'inutililé de sa vie. ll, est vrai que la terre avait de temps en temps des guerriers qui, comme Alexandre, portaient la gloire de leur nom jusqu'au ut de l'univers ; des philosophes qui, comme Platon, semblaient s'élever jusqu'au sein de la Divinité : des législateurs qui, comme Solon et Lycurgue, avaient policé les nations. Saint Paul ne l'ignorait pas, et néanmoins de son temps il adoptait ce que David avait assuré du sien, que tous étaient égarés , qu'ils n'étalent bons à rien ; qu'il "t en &vait point, pas méme un seul, qui fit le bi. 1! trouvait dans leur gosier un sépulcre ouvert, sur leur langue l'artifice et la fourberie, sons leurs lèvres le venin des aspics, le fiel et l'imprécation (9). .
Telle était la situation des choses, lorsqu'il plut à Dieu de prendre à son côté, dans la personne de son Fils, une victime capab'e de rétablir les choses et de changer l'ordre de nos destinées. Ce pénible ministère no coüte,rien à l'Agneau sans tache : il est prêt à tout, pourvu qu'il efface lcs iniquités du monde. Consubstantiel à son Père, eugendré dans la splendeur des saints, il couvro sa gloire des apparences du péché. 1l n'attend pas que sa seconde naissance l'ait introduit dans le monde, pour commencer son office de médiateur. Du sein de sa mèreil S'écrie : Je sais, mon Dieu, que la loi no vous offrira jamais ni holocaustes, ni sacrifices qui puissent expier le péché. Le sang des taureaux vous dégoüle; l'odeur de l'encens vous est en horreur. L'homme même, quoiqu'il ait l'honneur de porter votre image, ne peut racheter son frère. Mr voici pour suppléer à son impuissance. C'est de mui qu'il est écrit, à la téte du livre de vos décrets, que je dois accomplir jusqu'à un iota toutes vos volontés. Je souscris de tout mon cœur à vos arréts les plus rigoureux : il n'en passera pas un point qui ne soit scrupuleu= sement accompli (10).
ll a tenu paro!e, ce divin Saureur, et co n'est point à titre gratuit, mais par une fldélilé sans exemple, qu'il a mérité ce no:
glorieux devant qui lout genou fléchit au ciel, sur la terreet dans les enfers. Sa naissance, sa vie, sa mort n'ont été inarjuées au coin des souffrances et do l'humiliation que parce qu'elles ont été marquées au coin da l'obéissance. Mais et l'obéissane^ ct les humiliations demandent de lout fidéio un tribut élernel de reconnaissance. Dès qu'il croit au ltedempteur, il croit avec touto l'Rglise, dans le plus magnifique de sos symbu—
tatis aeris hujus, deuliæ, etc. Ibid., . HN
m Lassati sumus in via iniquitatis et perdizionis , et. ambnlavimus vias di lüciles. Sap. v, T.
(8) Fiuis illorum mors est, Jon. vi, 21. Fac est mors secunda. Apoc. xx, 44. .
(9) nn declinaverunt , simul inutiles facti sunt , ete. Bom. m, 12.
(10) Ideo ingrediens mundum dicit : Hostiam et oblatlonen noluisti, Corus autem opusstl wihi... Tuuc divi: Ecce. venio, In capite libri scriptum est de me, ut beau, Deus, voluntatem tuam. /^sain. xxx, 7; Hebr. x e£ v ei vi.
qi qui nunc operatur iu ülios diffi-
les, que c'est pour lui el pour son salut (1) que le Fils de Dieu est descendu des cicux, qu'il s'est incarné, qu'il est mort dans le sang, dans les opprobres, dans l'ignominie.
C'est cn conséquence de cette foi, contre laquelle les portes de l'abime ne prévaudront jamais, que le vrai fidèle osera, en s'appro-
riant avec s; Paul le saug et la mort de ésus-Christ, lui dire avec une douce et tenire confiance : Souvenez-vous, aimable Saureur, que je suis la cause de votre séjour sur la terre. C'est moi, oui, c'est moi-même que vous avez cherthé jusqu'à vous épuiser de lassitude. C'est moi pour qui vous avez réuni dans le dernier moment loutes les douleursqui l'avaient précédé. C'est moi pourq vous êtes mort, el que vous avez rachelésur la croix. Ne permellez pas que lant de grâces me soient inutiles (2). 11 y va de mon salut, mais il y va do votre gloire. Terre, n'ensevelissez point le sang du juste, et que ses cris ne soient point étouffés dans votre sein (3). J'y joindrai les miens, Dieu de bonté. Pour animer ma langueur, je profiterai du spectacle que m'offre pariout votre croix, ct qu'elle m'offre particulièrement dans le lieu où je dois plus souvent prier. J'y contemplerai des yeux de la foi ce visage indignement déshonoré , celte lêle couronnée d'épines, ces cicatrices dont l'amour vous couvrit et que l'amour vous fait encore aujourd'hui garder; ce cólé que mes péchés ont ouvert, el que par un prodige de miséricorde ils n'ont ouvert que pour moi. J'y apprendrai de vous que vous ne vous éle8 chargé des douleurs qui m'étaient dues que pour mc donner la gloire; que vous ne vous êtes soumis à la mort qu'afin de me faire vivre élernellement; que vous n'êtes descendu daus le tombeau que pour me faire régner dans le ciel. Serais-je assez malheureux pour perdre des trésors d'un si grand prix , ou assez iugrat pour les dédaigner (4)?
Ce n'est là qu'une faible idée, qu'uno légère esquisse des sentiments que la vue des bienfaits de Jésus-Christ produira dass le cœur d'un vrai fidèle. Qu'il les étudie ces bienfaits, qu'il les médite, el il reconnaîtra que c'est d'eux qu'on peut dire avec l'apôtre bien-aimé, que si on les rapporlail chacun
(1) Credo in... Filium Dei unigenitum , qui propter nos bomines et propter nostram salutem descendit de coelis, etr, Sgmbol. Nicen. ui
(3) Quærens me sedisti lacsus , redemisti crucem sus, etc. Prosa pro De[unct. On attribue cette belle prose sn cardinal Malabranca, appelé aussi Orsini, mort en 1 a
(5) Terro, ne operias sanguinem ( justi ), negue invesisl io te locum latendi clamor (ejus). Job. xai, 19.
(4) Videlis vulnera quæ inflixistis, ognoscitis latus quod pepugidis: quoniam et per vos el piopier ros perium est. Angus. . 1 de Symbolo ad catechum. n. 8. En clavorum » quibus aflixus pependi : en perfusum vulneribus latus. Suscepi dolores tuos , ut tlbi gloriam darem : suscepi mortem Lam, ut Lu reguares iu celo. Cur quod pro te pertali perdidisti? Cur, ingrate, redemptionis las muners renuisti? S. Cæsarius apud Augustinum in append. serm. 149. .
(5) Sont autem et alia multa quæ fecit Jesus ;. que si seribantar per singula, nec ipsum arbitror mundam capere posse eos qui scribeadi sunt libros. Joan. xxi, 25.
(8) Sacerdotes sui ipsius vicarios reliquit. Concil. Trid. sess. 14, cap. 5
le monde entier ne pourrait res qu'il en faudrait écrire (5).
M faut cependant l'avouer, ces gráces don! chacune vaut le sang de l'Homme-Dicu ne sont que l'abrégé de celles qu'il a prodiguées à ses ministres. Je ne prélends pas les détailler ici : cent autres l'ont fait, o: du moins l'ont tenté. On sait, et p'ât à Dieu qu'on ne l'oubliát jamais, on sait qu'ils sont, je ne dis pas les successeurs de Jésus-Christ (dans un sacerdoce éternel il n'y a point do succession), mais les vicairesde sa charité (6). Que” toules leurs fonctions sont saintes, el que celle sainlelé en demande une de leur pe qui surpasse celle de Moïse et d'Elic (7).
ue c'est à eux à sanclificr leurs frères et à faire d'un peuple brut un peuple parfait.
Que leur màltre ne les regarde pas comme des servileurs, mais comme des amis intimes (8). Qu'il en a fait scs ambassadeurs avec ua pouvoir si plein, que tout ce qu'ils lient sur la terre est lié dans lé ciel (9). Qu'il leura confié la science de ses plus profonds mystàres, el qu'ils voient à découvert ce que Ja multitude ne voit qu'en paraboles (10). Qu'il les a honorés de son nom, de celui méne qu'il ne porte que comme Dieu (11). Qu'ils ónt par étal, et que par conséquent ils auront toujours droit de s'élever contre toute hauleur qui osera elle-même s'élerer contre Dieu (12). Que c'étaient des hommes commé cux qui, par la seule vertu de leur ministère, ont déconcerté les Valens, amené à la péhitence les Théodose, frappé de terreur ct presque de mort es Guillaume d'Aquitaine (13).
A la vue de tant de faveurs est-il bien difficile de s'associcr à la reconnaissance du roi-prophéte? ct quand une fois on a bieri pris ses sentiments, en coüte-I-il beaucoup pour répéter d'après lui que le Scignçur est bon, que sa miséricorde est éternelle, qu'elle doit sans cesse étre chantée par Ceux dont il a brisé les chaînes, qu'il a délivrés de la lyrannie de l'ennemi, qu'il a rassemblés des quatre parlies du monde pour s'en formet une nation sainte, et la ruvétir du plus auguste sacerdoce (15)?
Mais à la vue de tant. de faveurs se hornc-1-on à la reconuaissauce? et ne joint-oü
le tangere christos ureos. Î Purel. xvi, 22, Diis non detrahes. Ezod. xxt. Je ne fais point de remarque sur ce pluriel : je crois qu'on hreuteud ici et daus quelques autres eudruis semblables. E
(12) Destruentes omnem altitadinem extollentem se a. vcrsus scientiam Del. I €or. x, 5. .
(13) Ce qni se pases sok entre saint Basile et l'hérétique Valeus, suit entre saint Auibroise et le vertueux Th dos», est connu d. tot: le moude. On trouvera fort si long, dans la Vie de saint Berpard, ce qui se passa entre lui el duc d'Aquitaine. La Légende de Paris l'a très-bien rendu,
(14) Confitemini Domino... dicarR quos redentt... de ma« nu inimici, et de regionibus ebitgregavit eos, ele. Paul, cvi, 1 e 2. Genus electum, regale sacerdotium, ete. T Peiri u, 9.
pas comme salurellement aux actions de gi si recommandées par saint Paul, ce loads primitif, cette partie essentielle de la
riére, les demandes et les supplications (1)?
ui sans doute : on homme bien persuadé qu'il porte les plus grands trésors dans un vaisseau fragile (2); qu'il est comptable de son taleot, et qu'il doit le faire valoir; que la mesure de sa recette sera la mesure de son jugement (3j; que les petits obtiennent miséricorde; que lcs riches et les puissants seronl puissamment tourmentés (5) : un bomme qui juge si bien sent à peu près, comme Job, les flèches du Tout-Puissant qui le pénètrent (5), el ses terreurs qui l'assiégent. Et que peut-il dire alors, que dit-il en effet, si ce n'est ce que répela si souvent l'apôtre du Chablais dans la retraite qui précéda sa consécration : Sauvez-nous , Seigneur; si vous n'y mettez la main, nous ne pouvons mauquer de périr?
Mais ce n'est pas seulement par rapport à ses propres besoins, que le ministre public de la priére doit tenir ce langage ne peut aimer l'Epoux sans aimer son Eglise, ni aimer celle-ci sans s'intéresser à sa triste si- {uation. Pour peu qu'il ait encore des yeux pour voir el un cœur susceptible d'aflliction, il ne pourra se dissimuler, ni les pertes de cette Mère commune des fidèles , ni le scandaleux triomphe de ceux qui la persécutent.
8es douleurs sont celles d'une femme qui est dans les travaux de l'enfantement (6). Un sanglier féroce, sorti de son propre sein, la ravage avec une fureur qui ne connaît ni compassion ni bornes (7). Ses mystères ne sont plus que des fables puériles; ses lois, qu'une police introduite par la superstition, adoptée par le préjugé; son législateur, qu'un philosophe plus heureux qu'un autre; scs martyrs, qu'une troupe de furieux ou d'insensés; ses vierges, qu'un amas d'inuliles colombes; ses confesseurs, malgré le puissant génie qui les fit respecter de l'antiquité païeune, que de frivoles dissertateurs; son Dieu, s'il en est un, qu'une idole qoi habite dans les cieux, qui, sans dessein, sans vue, a fait l'homme comme l'insecte, et qui regarde du méme œil la marche de l'un et de l'autre (8); sou tout, qu'un assemblage monstrueux, qui n'a que trop longtemps subsisié, el qu'il faut détruire jusqu'aux fondements (9). Assur, le fier Assur l'a entrepris. J'en viendrai à bout, s'est-il dit à lui-même
(1) Obsecro... fieri obsecrationes, orationes, postulatio- Bes, gratiarum actiones, | Timot, 'u, 1 (3) Hab" mus theseurum latum lu vasis fictilibus. 11 Co-
av, 7.
(3) Cuin crescunt dons , rationes etiam crescunt donofom S, Gregor. hom. 9 in Evang.
(4) Horreude e cito apparebit vobis ; quoniam jodicium durimimusm bis qni prassuot , flet. Exiguo enim concedilur misericordia : potentes sulem potener Lormenis pa- Uentur. Sap. vt, 6 et 7. .
(5) Sagiiæ Domisi in me suat... et errores Domini militaet contre me. Job. v1, 4.
lis, Psal. cvxvi, 7
et a-t-il dit aux coufidents de son orgueil ; je Vébranlerai, je l'enérerai de sa place, et nul D'osera ni remuer l'aile, ni jeter uo seul cri en sa faveur ,10). Celse et Porphyre n'ont fait contre elle que d'impuissants efforts : elle lombera sous mes coups.
Mais ce n'est là qu ane partie de nos maux.
Percons la muraille, et peotétre en trouverons-nous de plus dép'orables dans le sancluaire. S'il ne nous offre des hommes assez criminels pour adorer le soleil (11), ne nous en offrira-t-il point d'assez coupables pour n'adorer que la fortune? Y découvrirons-nous au moins quelques vestiges de celle émotion sainte qui faisait frémir le grand apótre (12) à la vue d'une ville idoátre; sentent-ils par contre-coup la plaie cruelle qui défigure leur mère? On la frappe jusque entre leurs bras, penseat-ils à repousser l'hommo ennemi? Ne leur arrire-1-il Jamais de se joindre à lui, ou par faiblesse, ou par des motifs plus fácheux encore que ne l'est celui de la faiblesse? Le déiste trouve-l-il cn eux de redoutables adversaires ?
Une indigoation mue:te ne fait-elle pas souvent Ja plus grande partie de leur zèle? Du mo:ns parlent-ils autant à Dieu qu'ils parlent aux hommes? Agissent-ils efücacement auprès de cc Maître toujours juste, mais souvent terrible, pour fixer parmi eux le royaume de Dieu qui s'éloigne peu à peu, el qui va chercher au loin des peuples moins indignes d'en profiter (13)? La douleur m'arréte dans un si triste délail, et la violence que je me fais pour le supprimer redouble a douleur (14). Suppléez à monimpuissance, ministres sainls qui ne sütes jamais flécbir le genou devant Baal. Oubliez vos inléréts pour ne vous occuper que de ceux de l'Epouse humiliée, ou plulôt mettez tous vos loléréts à venger les siens. Une humble et vive prière peut tout aujourd'bui, comme du temps du premier martyr. Si elle ne fait pas toujours un fidèle d'un disciple de Spinosa, elle adoucit quelquefois sa fureur. Elle ferait toujours beaucoup, quand elle ne servirait qu'à forifier votre foi, qu'à vous faire dire de temps en temps avec le pieux et res-
ectable archevéque de Cambrai (15): «O glise romaine, 6 cité sainte, Ô chère el communc patrie de tous les vrais chréliens?...
O mère, quiconque est enfant de Dieu est aussi le vótrel Après tant de siècles vous êtes encore fécoude. O Epousc, vous enfantez
Psalm. cxx181, T (10) Disit eaim Asne :In. Sorten sis germians populorum , et principes eorum ius sum... eL in venit quasi dum manos. ire. pu Serin 'anam, et aperiret et ganai . Isi. x, P (L1) Fode porielem.… Et Introdaxit me in ariem domes Doxini interius : et ecce in ostio Domini iuter vestibulum vigiati quinque viri... adorabant ad orien vu, 8 et 16.
(13) Inchabetur spiritos ejus in Ipso, videns idololetris itam civitatem, Act. xvn, 16.
(13) Aufereiur a vobis regaum Del, et dabitur geoti &cienti fructas ejes. Matth. xxu, 45.
(14) Obmutoi, et bumiliatos sum; et silni a bonis, et dolor meas renovatos est. Psalen. xxx vm, S.
(a9 M. de Féseloa. ll mouret à Cambrai le 7 jaavier 1715, Agé de 65 ant.
sans cesse à votre Epoux dans toules ies patties de l'univers. Mais d'où vient que tant d'enfants dénaturés méconnaissent aujourd'hui leur Mère? Serions-nous arrivés à ces derniers temps où le Fils de l'homme trouvera À pie de la foi sur la terret... O Eglise, d'où Pierre confirmera à jamais ses fréres! que ma main droite s'oublie elle méme, si je vous oublie jamais; quo ma langue se sèche ‘en mon palais, et qu'elle devienne immobile, si vous n'éles pas jusqu'au dernier soupir de ma vie, le principal
objet de ma joie ei de mes canliques. »
. J'allaisfinir cetarticle, qui peut-être n'est déjà que'trop long, quand je me suis aperçu ue je n'y avais rien dit de la trés-sainte ierge. Je ne veux étre ni du nombre de ses #évots indiscrets, ni moins encore du nombre de ceux qui, par leur discrétion prétendue, dégradent son culte, et que'quefois méme lui enlèventses plus beaux priviléges.
Pour fonder sur son crédit ma plus juste confiance, il mo suffit d'envisager sa double ualité de mére trés-sainte du Fils de Dicu, le mère lrès-lendre des fidè!es. Le premier de ces deux titres offre à mcs yeux sa gloire et sa puissance; le second me développe son, cœur, ses favorables dispositions, sa bonne volonté. Que l'hérétique les traite de superstition et l'esprit fort d’amusement , en seront-ils moins réels, moins efficaces? Sans confondre les choses, sans toucher à la distance infInie qui est entre l'ouvrier et son plus bel ouvrage, ne pourrai-je pas chanter avec l'Eglise que Marie est mon espérance, arce qu'elle est la mère des iniséricordes? Erzindtai-je de dire avec cct homme fameux qui fut le prodige de son siècle, et que l'hérésie qui ne respecle rien, respecta toujours (1), eraindrai-je de dire avec saint rnard que la sainte Vierge est à sa manière la médiatrice du genre humain; que €'esl elle qui a obtenu la réparat et le ralut du monde; qu'elle ouvre à qui elle veut, quaud clle veut, comme elle veut , les trésors de la piété, l'ablme de la miséricorde; qu'il a plu à son Fils d'on faire le canal de ses grâces; que. ce n’est que par elle que Vhorame en recoit les influences (2), et qu'il n'est permis de douter de son crédit qu'à ceux qui l'auront inutilement invoquée (3).
M est vrai qu'en tenant ce langage je eombattrai la stupide sécurité qui se (latte d'allier le culte de la Mère avec l'offense du Fils, et qui se croil à couvert en portant une livrée qu'elle déshonore. Je dirai à haute veix que pour trouver grâce devant celte - (1) Bernardus admirabili religionis studio, et sacrarum Yueraraui periis.… in movendis etiam affecilbus piis noa. segnis, nec inefüicax , simul tamen fexivus et jucundus mt. David CI lane sinceræ atque
hytrœus. Bernardus, vir.
wfacatae pietatis... litteris homanioribus non leviter tínztus, scientia theologica instructissimus... elegans ac eruitus. Gail. Cate. Utinam tales mulos, imo vel unum taem hodie baberemes... qualem Beraardum fuisse constat | Georg. Carleton.
(8) 1psa ext medistrix nostra; | em perquam suscipltus misericorJiam tuam , Deus. Bernard. serm. de 4ssumpt. Hiec est que totius muodi reparstiouem oblinüit , sáiaLem omnium impetravit. Id. serm. 1 de A. .. Divi- 2 pietatis abyssum, cui vult, et quomodo vult, et quando vu, eroditer sperire. Idem super Salve, Regina. Christus.
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qui en est la dispensatrice, il faut tendre à imiter son humilité, sa soumission, sa purelé, et surlout cet inviolable amour, qui du méme glaive perca son cœur, et cel:
premier- né. Mais pour parler ai je n'aurai pas besoin de nouveaux avis. La:
tradition , en m'instruisant d'un point, ne m'a pas laissé ignorer l'autre. Que ceux qui affectent de ne m'entretenir que du second ne me dérobent point le premier. L'un n'est n moins nécessaire que l'autre. Pour suivre les leçons d'un grand mare, est-il inutilo de savoir qu'il sc livre avec une extrême bonté à ses disciples, qu'il anime leurs cfforts naissanis, ct que de sa plénitude il supplée à ce qui leur manque?
Ces idées réunies n'ont rien que de eonsolant, rien qui ne doive encourager lc ministre du culle public à demander, par i'intercession de cette augusta reine, l'esprit da prière dont il a si grand besoin. Qu'il l'iavoque dans ses sécheresses, dans ses langueurs, dans ses perplexités MA Elle sera pour lui ce qu'est au pilote timide, incertain, déconcerlé, l'étoile favorable qui le remet sur la voie et qui dirige sa course. Rois, peuples, princes, juges de la terre, exaltez son bonheur. Jeunes hommes, filles, vieillards, enfants méme, célébrez ses grandears.
Que son nom soit toujours sur vos lèvres, et qu'il ne s'efface jamais de volre cœur (5).
Puissiez-vous surtout l'avoir toujours p: ésent, vous qui, dés vos plus tendres années, avez élé destinés au service des autels. Votre route est seméz de. piéges que vous ne connaissez point encore; marchez sur scs pas, el vous ne vous égarercz jamais. A sa suite, il n'y a ni erreur ni désespoir à craindre :
à l'ombre de ses ailes vous ferez votre route sans vous fatiguer : sous sa prot; ct'on vous arriverez au terme (6). Elle sera votre consolation dans les peines qu'auront tou.
jours à essuyer ceux qui veulent mener une vie cachée cn, Jésus-Christ. Elle sera votre appui dans ce déluge de tentations.qui inonde lous les âges, et celui de la jeunesse plus qu'aucun autre. Elle sera pour vous cetlo tour de David, ce rempart des braves d'Israël, que le fort armé n'entama jamais.
Je ne fais avec tant d'assurance ces magnifiques promesses que parce que je les trouve dans le langage de l'Eglise et do la tradilion. Je pourrais, sans blesser le vrai , les confirmer par des exemples. J'ai toujours remarqué dans les vrais serviteurs de la sainte Vierge une vertu douce, humble, compalissante, précaulionnée, ennemie de Votum nos. babere voluit per Mariam. Id. serm. in Nut. B. V. n. 7. Redemptutus genus bumanum , prelium uuiversum contulit per Mariam. Id. serm. de Assumpt.
(5) Sileat misericordiam tuam, Virgo beata, si quis est invente te in necessilatibus meminerit defuisse,
4) Ia periculis, H i dubiis, Mariam.
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(5) Reges terra et omaes populi, principes et omnes judices terrm, etc. Psalm. cxzviu. Non recedat ab ore fía, noa recedata corde. Bern. ubi supra,
(6) Ipsam sequens non devias; ipsam rogans non d Risse mm ratto Bie d Wroplis, pervean. Idem, lé, n. 17. ,! ,
la médisanee, clc. Je n'ai vu dans les autres qu'une dévotion dure, fière, inducile, mépr sante. Je fus frappé, dans le comtat Venaissin, de l'union charmante. de la paix, de la régularité, qui réguaiont dans un chapitre.
La lelé semblait elle-même avoir gravé ur le (ront de chacun de ceux qui ient. 1l n'y en avait pas uu seul qui ae s'anponcát comme s'annoncent les enfants de Dieu. J'y vis une tendre dévotion À la Mère de Dieu : ma surprise cessa. Ses féles y élaicnt célébrócs avec sentiment.
A l'exemple de Charlemagne, on y honorait ses images (1). Chaque jour, à la maison, el quelquefois dans les promenades, ou y récitait des prières à son honneur. Le ehapelet n'yélait ni superstitiou ni dévolion populaire. L'on en pensait ce qu'en ponsa loujours un des plus savants évêques qu'ail jamais eus l'Eglise de France, l'illustre M. Huet (2).
Je sens tout le désordre d'uue partie do ce que je viens d'écrire. Heureux si, pour me justifier, je pouvais dire que ke cœur n'est maitre de ses senlimonis ni do ses expressions. Mais, hélas! ami de la vertu saus étre vertueux, je mérite ici plus que jamais le reproche que faisait saint Paul à ceux qui enseigoaient les autres, et ne s'enscignaient
as eux-mémcs (3). Puissent ceux qui auront I^ patience de me lire m'obtenir une étincelle du feu dont je voudrais qu'ils fussent cmbrasés.
C'est surtout aux pieds du Fils de Dieu et dans sa maison qu'ils le puiseront, ce feu sacré qui consume le vivil homme et qui purifie le nouveau. Qu'il nous soit permis, en finissant, de reprocher encore une fois à la plupart de ceax qui récitent en particulier, qu'ils profiient (rop rarement du trésor qui leur est ouvert. J'ai vu avec une joie mélée de confusion, en Lorraine et en Provence, des séculiers, distingués par leur naissance et par leurs emplois, passer tous les jours, et le soir et le matin, un temps considérable devant l'arche sainte, el s'y rendre dignes de ces gráces qui élévent l'homme au-dessus de l'homme (5). Sins sortir de la ca, itale, je trouverai chaque jour et à chaque heure da jour, dans ce temple superbe que la piété d'un grand roi a érigé au Dieu des batailles, cent vieux guerriers qui, malgré les glaces de l'âge et les blessures dont ils sont cou-
veris, donnent au Seignear lout le temps.
qu'ils ne peuvent refuser à leurs besoins ; qui, en quittant les parvis deSion, ne se consolent quo par l'espérance d'y rentrer au plus 1ôt, età qui les moments qu'ils y passent, coulent avec la rapidité des torrents. Ce se-
(1) J'ai vn, dans la célèbre abbaye de l'ancienne Corbie, l'oratoire de ce religieux empereur. Il y a su milien une image en relief de la sainte Vierge. Un savant bénédictio me ft remarquer ve cela prouvalt l'ancienneté de la dévotion à la mère de Dico. Je lui fis observer que cela donnait des lumières pour expliquer les livres Carulins.
(2) Huet récit tous les jours le chapelel en trois fois : un tiers le matin, un tiers à midi ct uu tiers le soie aux coups de l’Angelus, eic. D'Olicet, Listoire de l'Académie, tom 1, pag. 357.
N Qui ergo allum doces, (e ipsu non daces. Row. m,
rait à nous, ministres du Dieu vivant, à donner ces besux exemples. Si jusqu'ici nous y.
avons manqué, au moins ne rougissons pas de les suivre. 1! est plus vrai dujourd hui que du temps de David, qu'un seul jour passé dans la maison de Dieu est infiniment plus doux que mille autres passés dans la maison des pécheurs (3). Quel malheur s'il était aussi plus vrai que les publicains noas
récéderant dans le royaume des cieux (o Nous dirons volontiers avec saiat Paul :
Confidimus de vobis, dilectissimi , meliora et. viciniora saluti; tametsi ita laquimur (7).
Mais il ne faut pas oublier que ce grand apóire ne le disail qu'à ceux qui avaient des entrailles de miséricorde, el qui joignaient la prière à l'aumóne. Non enim injustus Deus wt obliviscatur operis vesiri, e£. dilectionis quam ostendistis in nomine ipsius, qui ministralis sanctis, et ministrastis.
Je n'avertis point qu'il est trés-bon de finir son office. 35d la prière Sacrosanciæ. Je sais que nos frères séparés, et Bu!lus entre les autres, la regardent comme un tissu de blaspbèmes : Blasphema pontificiorum formula. Je sais méme que quelques personnes, qui d'ailleurs ont horreur des dogmes anglicans, en parlent avec mépris. Mais je sais aussi qué des gens infiniment plus éclairés qu'eux en pensent bien différemment. l:s préjugenl en sa faveur, non-senlement parce qu'elle est autorisée par l'Eglise, mais parce qu'elle ne renferme rien qui ne puisse être justifié par l'Ecriture. Quoil me disait un jour à ce sujet le R. P. le Quien de l'ordre de Saint-Dominique, homme si connu et si estimó dans la république des lettres, quoi?
saint Paul aura pu, dans un serment qui esl le plus grarid acte de la religion, prendre à témoin Dieu et ses anges (8), sans craindre de manquer au Créateur, cn lui associant en quelque sorle la créature; et un prétre, qui connait l'intentim de l'Eglise, et qui sait qu: son culte hausse et baisse selon les ebjets qui le terminent, oscra lui faire un procès sur une prière que les plus saints pontifes ont récitée, dont les plus verluegses communautés se font un devoir, etc.? Je ne sais s'il est dangereux d’être trop savan! , mais je sais qu'il est un ordre de pré: tendus savants qui est bien dangereux. Daiguez, Seigneur, leur donner, ct à nous avce eux, l'aimable et paisible simplicité qui caractérise vos brebis. Qu'elles n'aient ni em pressement pour les pâlarages que le pa«teur lear interdit, ni dégoût pour ceux qu'il juge à aMopos de leur présenter. Fiat, fiat.
. cr, 48.
(4) J'en pourrais citer un exemple qui fait ua bonneuriufioi à la religion. Je le supprime, perce que M. le marquis de **, qui l'a donué, vit encore, el qu'il et écrit: Ane mortea ne laudes bominem quemquam. Eccli.
xi S0.
(5) Melior est dies una ia atriis tiis super millia. Psalm. xxxmin, 10.
(6) Amon dico vobis quis pyblicagi... præcedent vos ja regnum Dei. Malih. xxi, St.
(7) Hebr. vi, 9 eL 10... Pim. cv, 48.
(8) Tester coram Deo et Cbrieto Jesu, et cloctis angelis ejus. D Tim. v, 21.
u FIA
FETE. Voy. Bnéviaine, RUBBIQURS.