De la prodence du confesseur
En quoi doit paraître la prudence du con- Fesseur ?
En quatre choses principales, dont la premiére regarde les iüterrogations qu'il faut faire avantelaprès la coufession ; la seconde quand il faut accorder, différer ou refuser
Vabsolution; la troisième, la manière d'enjoindre les pénitences ou satisfactions ; et La quatrième, la manière différente de traiter avec les pénitents qui se présentent, conformément aux. disposilions qui se rencontrent eneux.
1* De la prudence du confessewr dans les interrogaticus qu'il duit faire.
Quelles interrogations faut-il faire avant la confession?
Wi y en a six ou sept
La première est de demander au pénitent s'il est de la paroisse, parce que pour absoudre il faut avoir la juridiction. La seconde , de quelle condition, s’il est juge, marchand, laboureur, artisan, marié ou non, ecclésias— tique, bénéficier , elc. , pour reconnaître s'il s'accuse des péchés de sa condition, en quoi la plupart manquent pour l'ordinaire. La troisième , depuis quel temps il a été à confesse, pour mieux reconnaître la force et la violence de ses habitudes, et le lieu où il s'est confessé ; s'il n’a rien oublié et s'il est bien satisfait de celle dernière confession et des autres il a ac-
récédentes. La quatrième, s' compli la pénitence enjointe ou satisfait aux restitutions du bien ou de l'honneur du prochain, au casqu'il y (üt obligé. La cinquième, s'il a eu querelle ou haine contre son prochain, s'il s'est réconcilié. La sixième, s est bien préparé pour faire celle confessio, c'est-à-dire 1° s'il a fait et bien fait son examen, parce que la plupart ignorentla ma— niére de le bien faire, et sonvent par la faute des confesseurs ; 2 s'il s'est excité à la douleur et repentauce de ses péchés, lui ea faisant concevoir l'importance. La septieme, s'il sait les choses nécessaires à salut; au cas qu'il ne les süt pas, les lui apprendre sur-lechamp, si le temps le permet, ou lui donner heure et jour pour l'en intruire, oul'adresser à quelqu'un pour cet effet, li sant voir qu'il n'est pas capable d'absolution , jusqu'à ce qu'il les sache. Enfin il est quelquefois nécessaire de s'informer quel âge il 8, pour connaltre s'il est capable de censures el de péchés réservés, s'il est obligé au jeüneou non, s'il n'est point tombé dans certains péchés qui se commettent d'ordinaire à certain áge.
Mais si l'on (rouvait des personnes si grossières qu'on ne puisse absolument leur faire apprendre ce qu'elles doivent savoir?
11 faudrait se contenter de leur faire produire uu acle de foi sur les priucipaux mystères, c'est-à-dire de la Trinité, de l'lncarnation el de l'Eucharistie.
Suffit-il qu'un pénitent sache ces trois mystères principaux ?
Oui, cela est nécessaire, de nécessité de moyen ; mais de nécessité de précepte il est encore obligé de savoir le Symbole, le Pater. le Décalogue. Voilà pourquoi il faat lui demander s'il les sait; et, s'il se trouve qu'il les ignore, l'obliger de les apprendre au plus 161, lui enjoignant d'assister quelques jours au caléchisme par pénitence.
Est-il nécessaire de faire toutes ces demandes à tous les pénitents qui se présente ?
Non, mais seulement à ceux que l'on ne connaît point du tout, que l'on n'a point encore confessés, et qui paraissent ne pas connaltre suffisamment la matière de ces interrogations.
Quelles interrogations faut-il faire après la confession?
- Quand le pénitent s’accuse de lui-même, et qu'il a dit tout ce qu'il avait en la mémoire, i! faut l'interroger, 1° sur quelque péché contre les commandements de Dieu, qu'on doute probablement qu'il aurait commis , sans songer à s'en accuser; 2* sur quelque péché de sa condition , qu'il pourrait aussi avoir commis el dont il ne se serait pas confessé ; 3° il faut (si l'on doute probablement qu'il ait encore quelque péché qu'il ne découvre point par honte, crainte, oubli ou malice) lui demauder s'il n'a plus rien à dire, et lui présenter adroitement el en peu de mots,
importance de l'intégrité de la confession , Jui ouvrant tout d'abord son cœur, afin d'exciter sa coüflance.
Æst-il toujours nécessaire d'interroger foule sorte de pénilent ?
Oui, généralement parlant, parce qu'il y en a trés-peu qui n'en aient besoin, et souvent méme les personnes qui sembleraicnt devoir être exemptes de ccs, interrogations sont celles qui en ont plus grand besoin , comme sont ces gens du monde qui d'ordinàire ont de l'esprit pour toutes sortes d'affaires, excepté pour celle de leur salut ; et bien que l'opinion de quelques docteurs ct Ja pratique de certains confesseurs soient contraires, néanmoins si nous voulons considérer que les confesseurs ne sont pas seulement juges, mais encore médecins , nous concluons que par la charité au moins ils doivent aider les pauvres malades à découvrir leurs maladies spiriluelles, incomparablement plus dangereuses quo celles du corps.
Mais si dans un jour de presse et de grande foule, on trouvait des pénitents fort grossiers, qui eussent besoin de plusieurs interrogations, qui demandassent un long temps, et portassent préjudice aux autres, lesquels pourraient cependant s'impatienter,que faudrait-il faire?
1I faudrait tâcher de leur faire irouver bon de remettre leur confession à un autre jour plus commode , leur en faisant goüter l'importance et la nécessité, avec le plus de cordialité qu'il sera possible.
Que faut-il observer pour bien faire ces interrogations ?
Il faut pour cela éviter ces deux extrémi tés de trop ou trop peu demander; et 1° $’abstenir de toute demande curieuse, impertinente, inutile et superflue, omettant les péchés qu'on a sujet de croire que le pénitent n'a point commis, el commençant par les moins honteux et difficiles à confesser, surtout quand il s'agil des péchés contre le sixième commandement, ne touchant point d'abord le mal, mais y venant de loin, pas à ne par-plusieurs demandes, en sorte que
"en melle, s'il se peut, le pénitent en tel état que de soi-même il se trouve engagé à
PEN we
déclarer le péthé qu'auparavant il u'osait, dire. Mais il ne faut pourtant pas étre trop réservé à demander ce que l'on voit bien que le pénitent pourrait avoir raisonnablement oublié, eu égard à sa qualité, à ses inclinalions et au temps qu'il a laissé passer sans aller à confesse, prenant en cela le loisir nécessaire, sans y mettre trop d'empresse-, ment. »
2» |l fait se servir, dans ‘es interrogations, de certaius termes qui ne puissent pas cho-, quer le pénitent et d'un ton de voix qui nous fasse entrer plus facilement dans son cœur et d'où il prenne occasion d'avoir en nous plus de confiance. . :
Ne faut-il pas faire aussi d'interrogations.
pendant la confession du pénitent? ,
Nón, quand il s'accuse de soi méme, d'au-, lant que cela le trouble et lui fait perdre la mémoire de ce qui avait à dire; mais il.
faut attendre qu'il ait tout dit pour suppléer, par lesdemandes à ce qu'il aurait pu oublier. Mais jamais il ne faut l'arré'er ni l'interrom-. pre, sinon en trois ou quatre rencontres. — ,
Quels sont ces cas auxquels on peut interrompre le pénitent, et l'interroger pendant qu'il s'accuse ?
1° Quand il parle obscurément; 2* quand.
il.ne dit pas l'espáce ou le nombre de scs péchés : F s’il n’explique point assez les, circonstances qui changent l'espéce, ou qui aggravent notablement le péché; &° quand il est nécessaire, de l'averlir de quelque salisfaction, restitution ou réconciliation à faire, pu de quelque occasion prochaine à retra:
cher, si on craint qu'à la fiu ou ne s'en souvienne pas. à
Si le pénitent dit qu'il ne peut s'accuser et qu'il le faille interroger?
Pour lors le confesseur doit tácher de lui faire dire un péché par lui-méme, ct , s'il so, peut, le plus grief qu'il ait fait; ensuite lui. en demander un autre, puis un troisième, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien dire, et enfin l'interroger de ce que communéme.:t une personne de sa condition peut commettre. . D
Comment peut-on découvrir les péchés d'un, pénitent?
On peut se servir de l'un de ces deux moyens : le premier est de l'interroger des lieux où il a demeuré, des personnes qu'il a; fréquentées, des exercices auxquels il s'est appliqué, et des vices el mauvaises habitudes auxquels il a été le plus enclin. Le second e»t de l'interroger sur fous les commande-, ments de Dieu et de l'Eglise et sur les péchés qui se commettent ordinairement en sa coudition, el sur ceux auxquels il peut avoir participé, examinant les circonstances du temps, du lieu, de la durée, el, suivant ce vers :
Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando t
Et pour le faire plus facilement, il serait bon que le confesseur se (üt formé dans l'esprit une liste de tous les péchés, au inoins des rincipaux, qui se peuvent commettre contre les commandements de Dieu et de l'Rgliss,
et particulièrement des péchés des conditions parliculiéres; qu'il cüt rédigé cette liste par écrit pour s'en rafraîchir la mémoire par la lecture qu'il en pourrait faire de temps en temps, et se facililer par ce moyen l'examen qu'il est souvent obligé de faire de ses pénitents. (Le formulaire de la confession générale contenue dans la plupart des Manuels peut servir à cet effet.)
Comment se doivent entendre toutes. ces circonstances, Quis, quid, ubi, etc.?
Quis signifle la cireonstance, 1* de la
Personne qui a péché , si elle est sacrée ou laïque, publique ou prisée; 2*la personne avec qui il a péché, si elle est sa parente, si elle est mariée, etc.; 3* la personne contre qui il a péché, si c'est un clerc, e. g., qu'il a frappé, ou son père, etc.
Quid signifie la quantité, si elle est notable ou non ; le dommage causé par le péché, ou la mauvaise suile, elc.
Ubi signifie le lieu où le péché a été commis, s'il est sacré ou profane, public ou seeret.
Quibus auziliis : cela marque les personnes ct les moyens dont on s'est servi pour mal faire, si, v. g., on s'est servi de choses saintes pour des superstilions ou des maléfices ; si on a contraint ou incilé les autres à pécher, si on a participé à leur mal.
Cur marque la fin et le motif de celui qui agit, comme serait le cas de celui qui commelirait un homicide pour faire un adultère ou un larcin.
Quomodo marque la manière dont la chose s'est faite, si c'est librement, avec adverlance Qu non.
Quando regarde le temjs, comme sion faisait un péché en un jour de féte par mépris de la même fête, ou qu'un jour de dimanche on eût des distractions volontaires pendant la messe, ou qu'on eût déjeuné un Jour de jeûne.
S'il se trouve des choses difficiles à répondre? .
ll faut élever son cœur à Dieu et demander lumière au Saint-Esprit; si nonobstant cela on ne se trouve pas assez éclairé, il faut demander du temps au pénitent pour y penser el pour en conférer, s'il est besoin, et le lui faire trouver bon. Que si le pénitent témoigne une grande répugnance de cequ'on le renvoie sans absolution, el que d'ailleurs il paraisse avoir un véritable regret de ses fautes, ou pourra lui donner l'absolution, dit le Rituel d'Arras, si ex animo promittat. se acturum. quidquid difficultate explicata judicabit necessarium.
De la prudence du confesseur dans les c M d ferar où refiacr fabsoluron, "auti a
Quelle est la seconde chose où doit paraître la prudence du confesseur ?
C'est à connaltre quand et à qui il faut accorder, différer, suspendre ou refuser l'absoon à
Est-il propos de suspendre quelquefois lo bénéfice de l'absolution aux pénilenti? f Qui, et le confesscur y est obligé en plu-
sieurs cas, pour plusieurs raisons : 1* pour l'honneur du sacrement ; 2 pour son intérét ropre; 3 pour l'intérél du pénitent méme.
e dis pour l'honneur du sacrement, parce que c'est lui faire injure que de l'appliquer sur une maliére qui n'est point disposée; c’est profaner le sang du Fils de Dieu et communiquer les choses saintes aux indi- [16 et faire un aussi grand mal que de aptiser un enfant mort, que de donner la sainte communion à un excommunié, et d'appliquer l'extréme-onction à un cadavre.
Je dis en second lieu, pour l'intérét p:
du confesseur, parce qu'étant dispensateur il ne doit pas dissiper; étant l'homme de Dieu, il doit prendre ses intéréts en maia; étant médecin, ÿ doit quelquefois apporter le fer el le feu où ilest nécessaire, pour ne pe coopérer à un tel sacrilége, et s'engager la dampation éternelle avec son pénitent.
Je dis enfin, pour l'intérêt du pénitent, parce qu'il importe grandement de ne point abuser les pécheurs par une absolution trop précipitée, afin de les obliger d'apporter plus de soin pour l'amendement de leur vie.
Comment cela se pourrait-il prouver ?
Cette vérité est si claire dans l'Ecriture, dans les Pères et dans les conciles, qu'il faudrait fermer les yeux pour ne le point remar-
uer.
L'Ecriture sainte : Nolite projicere margarilas vestras ante porcos. Ko ite dure sanctum canibus. Nemini cito manus imposueris, et ne communicaveris peccalis alienis; ce qui s'entend aussi bien de la pénitence que de l'ordination ; Quodcunque ligaveris super terram, quodcunque solveris, etc. Or qu'est-ce que lier, sinon refuser l'absolution , comme délier c'est l'acoorder? .
Les Péres offrent partout la méme doctrine. Saint Cyprien va jusqu'à ne pas accorder l'absolulion aux apostats au lit de la mort (Non. desperatione indulyentiæ, sed ri-
ore discipline. S. Aug.), el on la refusa en
rance jusqu'au xiv*siécle à ceux qui étaient condamnés à mort par la justice. Dans ces derniers siècles, saint Charles, dont la doctrine et la pratique sont approuvées de toute l'Eglise, iovective, dans tous ses avertissemeuts aux confesseurs, contre ceux qui soat si indulgents à accorder l'absolution à toutes sortes de personnes, et il marque les cas en particulier auxquels on doit la différer ou la refuser. Ce qui a été suivi après lui par tous les évêques, quand dans leurs Manaels ils ont énuméré ceux à qui ils voulaient qu'elle fût différée ou refusée. Et si à ces enseignements nous voulous ajouter l'expérience, nous verrons que le plus grand mal du chrislianisme est venu de ce relâchement : Facilitas enim. veniæ incentioum iribuit delinquenti (Conc. Trid.). :
Consideremus etiam ne mos et. ipsum deleriorem (aciamus,cujus miseremur injuste (Amb. in ps. CXXXVIII). .
Duoniam comperimus fedissime pro suis peccatis homines agere. penitentiam, wt quoties peccare libuerit, toties a presbyteris se reconciliari expostulent, ideo pro coercenda
tam ezsecrabili praesumptione, etc. (Conc.
Tol. ni, can. 11).
Qui pro peccatis gravibus leves quosdam et innsitatos tmponunt penitentie modos , consuunt pulvillos sub omni cubito manus et faciunt cervicalia sub capite universe etatts ad capiendas animas (Conc. Cabil. 11, can. 31).
nter cetera unum est quod sanctam mazieme contristat Ecclesiam, falsa videlicet pænilentia; ideo confratres nostros admonemus ne falsis penitentiis laicorum animas decipi, et in infernum pertrahi patiantur (Conc. Lat. sub Inn. II, an. 1139, can. 92).
In injungendis parvis panitentiis sibi caveant sacerdotes : secundum enim qualitatem culpe et possibilitatem confitentis debet esse qualitas penitentie; alioquin quod minus est, Mood ab eis (Syn. Par. sub Od. 1175, c.6,59).
Quels sont les cas auxquels il faut suspendre ou refuser l'absolution.
Le Manuel en donne sept ou huit priuci-
aux.
Quel est le premier ?.
C'est le défaut de contrition, c'est-à-dire de douleur véritable et de ferme propos de s'amender de ses péchés. Videat autem sacerdos diligenter quando et quibus conferenda, vel neganda, vel differenda sit absolutio. Ne absolvat eos qui talis beneficii sunt incapaces, quales sunt qui nulla dant signa doloris,
Comment peut-on reconnattre si le pénitent a douleur de ses péchés?
On ne peut pas donner la règle certaine ni de marque infaillible pour cela, il n'y a que l'esprit de Dieu qui puisse découvrir ce secret, comme c'est lui seul qui le produit dans l'âme du pécheur; néanmoins comme vn confesseur ne doit point donner l'absolution sans avoir quelque assurance morale et quelque conjecture probable de cette douleur, voici des marques qui pourront mora-
t la lui faire connaftre, et dont il pourra se contenter : 1* quand le pénitent se met en certaine posture extérieure du corps qui témoigne l'humilité et la confusion, et qu'il se sert de certain ton de voix, de cerlaine facon de s'énoncer pleine de douleur et de regret de ses fautes, si d'ailleurs on n'a des preuves et des conjectures suffisantes d'hypocrisie ; 3" quand il a fait par avance quelque chose pour demander pardon à Dieu et lui satisfaire; 3° quand, avant que de se présenter, il a tâché de produire des actes de contrition , et a pour cela considéré quelque puissant motif pour s'y exciter, et prié Dieu pour ce snéme sujel.
Mais si le pénitent n'avait produit aucun acte de contrition ?
Il serait bon de lui donner un peu de temps pour s'y exciler, de lui suggérer quelque motif de repentir, lui disant d'implorer la grâce du Saint-Esprit, de penser aux jugements de Dieu, au paradis qu'il a perdu, à l'enfer qu'il a mérité, à la mort qu'il a causée à Nolre- Seigueur ; el pendant qu'il s'exciterait au regrel de ses fautes, on pourrait entendre une autre personne.
Comment peut-on reconnaitre si le pénitent
PEN. auto
a le ferme propos de ne plûs retourner à ses péchés?
1* S'il est disposé à éviter toutes les occasions prochaines du péché, comme le lieu, le temps, les emplois, les personnes qui le font tomber d'ordinaire; 29* quand il veut bien se réconcilier avec ses ennemis, qu'il renonce à la haine el au désir de vengeance dans son cœur et qu'il est prêt à leur donner dans l'occasion des témoignages exlérieurs de bienveillance et de char quand, ayant fait du tort à son prochain, il cst prét à le réparer en la manière qui lui sera prescrite; ^* quand enfin il accepte volontiers la pénitence qui lui est imposée, et qu'il promet d'exécuter fidèlement les choses qui Jui sont ordonnées ou conseillées pour se défaire de ses mauvaises habitudes, nonobstant la difficalté qu'il pourrait y avoir.
Quel est le second cas pour lequel on doit refuser l'absolution
Quand le pénitent, étant en haine et inimitié contre son prochain, ne veut pas se réconcilier de cœur avec lui : Qui odia et inimicitias deponere nolunt. Rit. rom.
Comment pourra-t-on reconnattre s'il y a encore de la haine et de l'inimitié dans le cœur?
1* Quand le pénitent dit qu'il ne veut point de mal à son ennemi, mais qu'il ne lui peut vouloir du bien , ou qu'il ne lui veut ni bien ni mal, si ce n'est que dans l'explication il ne déclare qu'il est prét à lui rendre les devoirs généraux , comme le saluer, prier pour lui, l'assíster en ses nécessités, elc.; 2° quand daas la confession, il parle encore avec chaleur de son ennemi ; 3* quand il ne peut le voir ni le souffrir, non pour aucune antipathie naturelle, par crainte ou par lesse , mais pour je ne sais quelle mauvaise disposition qu'on pourra reconnaître, s'il ne peut entendre dire du bien de lui, s'il se réjouit de ses disgráces , ou si, quand on lui en parle, il s'emporte encore avec colère; k° quand il ne veut pas se soumettre à lui rendre les devoirs généraux, au moins autant que sa condition le permet, c'est-à-dire les mêmes qu'il devait lui rendre avant l'inim selon sa condition, frère à frère, voisin à voisin; 5° quand, ayant le tort et étant l'agresseur, il ne veut pas se soumettre et faire satisfaction à celui qu'il a offensé.
Quel est le troisióme cas?
C'est le défaut de restitution ou de réparation du tort fait à autrui , quand on l'a pu, pour tout ou du moins pour partie. Tels sont ceux qui, par les pratiques et trafics injustes, usures, larcins , fraudes, fausselés, monopoles, usurpation et autres voies pareilles, ont acquis du bien ou causé du dommage, soit à l'Eglise, soit au public, soit à des particuliers : Qui aliena, si [á sunt , restiluere nolunt. Et la raison pour laquelle il faut leur refuser l'absolution, aussi bien qu'à ceux dont il est question dans les cas précédents, c'est qu'ils sont censés ne vouloir pas sortir de l’état du péché. .
Quel est le quatrième cas pour lequel il faut suspendre ou refuser l'absolution ? .
ot quand le pénitent est dans l'occasion
au
prochaine du péché, et qu'il ne veut point la quitter : Qui prarimam peccandi eccasionem deserere nolunt. Rit. rom. .
Qu'appelez-vous occasions prochaines du péché?
Ce sont toutes Jes choses qui en peuvent être les causes, ou parce qu'elles y portent d'elles-mémes et qu'elles sont telles de leur nature, par exemple, retenir chez soi une femme avec laquelle on péche, garder des mauvais livres, des tab'eaux lascifs, se vétir immodestement, etc. ; ou parce qu'elles sont telles à l'égard du pénitent, à cause qu'il est iel'ement accoutumé à s'y laisser emporter, que le confesseur a sujet de croire qu'à raison de ses mauvaises habitudes, il ne s'abstiendra jamais de retourner au péché, tant qu'il demeurera dans les mémes occasions , comme sont pour plusieurs personnes cer— taines conditions, certains exercices dans lesquels depuis longtemps elles offensent Dieu, et qu'il est presque sûr qu'elles l'offenserout toujours en y demeurant; comme sont ?ncore, pour d'autres personnes, les jeux, les cabarets, les comédies, les romans inpudiques, etc.
Qui sont donc ceux à qui on doit refuser l'absolution, pour les occasions prochaines du péché dans lesquelles ils peuvent étre engagés?
1* Les serviteurs et servantes, ou autres personnes libres, qui demeurent dans une maison oü se trouve quelque autre personne qui est cause qu'ils tombent ordinairement dans les péchés d'impureté, s'ils né consentent à en sortir; 2* les maîtres et maltresses qui, connaissant le mal, ne les con:
édient point l'un ou l'autre, ou tous les
eux ; 3° ceux ou celles qui fréquentent des maisons ou des personnes qui leur seraient occasion ordinaire de commettre celle sorle de péché, s'ils ne renoncent à cette fréquentation ; #° ceux qui, allant au cabaret , ont coutume de "u enivrer óu d'y commettre des péchés mortels, comme le blasphémo , des paroles ou des actions obscènes et déshonuêtes, de dérober ou d’incommoder notablement leur famille, pour fournir à leur débauche, s'ils ne renoncent au cabaret ; 5* ceux qui, jouant aux jeux de hasard, sont sujets d'ordinaire à y jurer, blasphémer , prendre querelle, y tromper, y perdre excessivement , et dérober pour jouer, s'ils ne renoncent aux jeux ; 6* les personnes du
sexe qui s'babillent immodestement, et ne.
veulent pas s'en abstenir, comme aussi les
pères et mères ou les maris qui y consentent; ,
ceux qui ont des tableaux Jascifs, provoquant à des pensées impudiques, s'ils ne les
veulent quitler ou les brûler: 8' ceux qui, ont des livres hérétiques ou d'autres impu- .
diques ; 9° ceux qui, reconnaissant que Ics danses et le théâtre seraient pour eux occasiun de tomber ordinsirement dans des péchés d'impureté, ne voudraient pas s'abstemir d'y aller; 10° ceux enfin qui sout dans des métiers ou des conditions qu'ils disent ne pouvoir exercer sans péché mortel, à moins de quilter ce métier ou de se corriger du saurais commerce qu'ils v font ; comune
nu sont pour plusieurs la guerre, le négoce, les offices d'avocat, de procureur, etc.
Ne suffit-il pas que le pénitent promette au confcsseur de quitter l'occasion prochaine da péché, pour avoir l'absolution f
Si c'est pour une premiére fois, et que le confesseur espère probablement que le péaitent tiendra sa promesse, on peut la lui accorder, quoiqu'il soit toujours meilleur et plus assuré de le faire sortir de l’occasion avant que de l'absoudre ; mais quaud le pénitent qui a promis en ses confessions précédentes de quitter cette occasion n'en a rien fiit, le coufesseur ne doit plus s'y fier, mais différer l'absolution jusqu'à ce qu'il se soit éluigné de ces occasions , et qu'il ait méme vécu quelque temps sans les reprendre.
Mais si le pénilent dit qu'il espère avoir asses de force, et que Dieu lui fera la grâce de ls préserver de tomber dorénavant dans le péché, nonobstant l'occasion ?
1 faut lui représenter que c'est tenter Dieu et avoir. une fausse confiance en sa bonté, que de demeurer en tello oceasion , ayant éprouve que nonobstant ses bonnes résolutions et ses promesses précédentes, il n'a pas laissé d'y retourner.
Que faut-il faire à l'égard des personnes qui ne seraient pas de condition libre pour se sparer, comme seraient des frères el sœurs, ow d'autres proches parents demeurant en la séms maison, et Lombant ordinairement duns les péchés d'impureté à l'occasion les uns des autres?
1° Si le confesseur peut trouver quelque expédient et le faire agréer à son péuitent, sans occasion de scandale, par exemple, si C'est un garcon , de s'éloigner el de prendre une condition ou un parti quelconque bors de la maison, il le faudrait faire. 2* Si cela ne se peut, il faut pour le moins leur eajoindre d'éviter soigneusement toute familiarité, toute privauté, et méme de se trouver uls ensemble, de brüler les lettres d'amour, S'il y en a. 3° Leur ordonaer d'avoir souveat recours à la prière, et suriout leur recommander la dÉvotion à la sainte Vierge, les éprouver longuement, s'il se peut, avant que de leur donner l'absolution, et les faire ven e souvent à confesse , el (ous deux au même confesseur, si la chose es! possible.
Mais (dira quelqu'un ) si E quitte celle maison où il y a occasion proci .ma fortune est perdue, et me voi'à réduit d la pasvreté? .
ll faut répondre : 1° Querite primum regnum Da , et hec omnia (c'est-à-dire les vélements el la nourritgre ) adjicientur cob s (Matth. , VD. 9° Que quand Dieu permettrait qu'on tombát dans la pauvreté, il vaut mieux vivre el mourir pauvre comme Lazare et aller en paradis comme lui , que d'être he.reux comme le mauvais riche, et lui t compagnie daus l'enfer. Quid prodest homi si.universum mundu n lucretur, ani:e «e.»
siu? detrimentum patiutur?
Mais (dira un mullre) je ne puis conjédier cette servante, parce qu'elle est fort ute à mon ménage?
AA cela il faut opposer la maxime du Fils de Dieu : Si oculus tuus dezter scandalizat te, erue eum. et projice abs te. Quand elle vous serait aussi chère que votre œil et Que votre main droite, il faul la couper.
Quel est le cinquième cas auquel le confesseur doit refuser l'absolution
C'est le scandale public. Qui publicum scandalum dederunt, nisi publice satisfaciant et scandalum tollant. Rit. rom.
Quelles sont les gone ecandaleuses auxquelles, à raison de leurs scandales, il faut srefuser l'absolution ?
1° Les concubinaires publics; 2° les usuriers publics; 3° les renieurs et. blasphémateurs publics ; &* ceux qui ont des haines et des inimiliés publiques; 5'tous ceux qui soul aux autres une occasion d'offense, à moins d'avoir ôté le scandale et satisfait au public.
Quelles sont les satisfictions ou réparations qu'il f1ut exiger deces pécheurs publics avant que de leur accorder l'ubsolution ?
11 faut, s'ils sont malades, les obliger à demander publiquement pardon à toute l'assemblée qui se trouvera dans la cham-
brequand on leur portera le viatique ou l'extréme-onction, du scandale qu'ils ont donné; que les concubinaires cbassent Jeurs concubines, que les usuriers restituent ou donnent caution valable pour les sommes dont ils peuvent être redevables, et que ceux quiont des ennemis se réconcilient publiquement. Que s'ils se présentent à cunfesse étant en bonne santé, ct qu'ils aient un véritable dessein de se convertir, il faut avoir recours au supérieur , pour apprendre de lui la manière dont ils doivent satisfaire au scandale du public.
Quel est le sirième.cas
Quand le pénitenl a quelque cas réservé, pour lequel on lé duit renvoyer au supérieur, excepté à l'articlede la mort, oà tout prétre & pouvoir d'en absoudre : Neque etiam eos absolvat quorum peccata. sunt superioribus reservata. Quod si paenitens aliqua. censura vel casu. reservato sit ligatus, non absolvat.
Quel est le septième cas? .
C'est l'ignorance des principaux mystères de notre religion, dont la connaissance est nécessaire, non-seulement pour ceux qui les ignorent , mais méme four les pères et mères, les maltres et maltresses qui négligent de les enseigner à leurs enfants, qui wont pas soin de les envoyer à la messe.
Boneant (requenter parochi suos parochianos accedentes ad sacramentum. penilentie cumhac ignorantia fideinostrerudimentorum, omnino imparatos esse ac indispositos ad absolutionem consequendam, atque adeo confessiones esse invalidas (Rit. Par. Cathal.).
Quel est le dernier cas pour lequel on doit suspendre l'absolution?
C'est le péché d'habitude, v. g., de jurement, d'impureté, de travail les jours de fé— tes et les dimanches, de gourmandise, de colère, de larcin, elc., Qui peccata sua derelinquere, aut vilam in melius emendare nolunt. lit. rom.
Faut-il refuser l'absolution à toutes sortes de pénitents pour des péchés d'habitude?
Non, mais seulement quand, aprés s'en être confessé deux ou trois fois, et avoir été averti de temps en temps de s'en corriger; il n'a fait aucun effort pour cela, ou quand on reconnalL que le péché se commet et so continue plutôt par malice que par faiblesse et infirmilé.
Les Manuels de Châlons, de Périgueux, el autres, traitant des cas pour lesquels il faut renvoyer les pénitents, les expriment en celte sorte : V ideat diligenter, etc., ne absoh cal eos qui talis beneficii sunt incapaces; quales sunt. qui nulla dant signa ceri et supernaturalis doloris, et vitam in melius emendare nolunt, qui odia el inimicitias ex corde non deposuerunt, et omnem ad quodvis peccatum mortaleaffectum, qui in confessione admoniti articulos fidei et alia ad salutem necessaria addiscere neglexerunt, aliena, cum possent, non restituerunt, qui prozimam peccandi occasionemactu non deseruerunt, qui vitiosos habitus,v. g.blasphemie, luxurie, etc.. a confessoribus correpti, corrigere nonstuduerunt, aut qui publicu'n. scandalum dederunt , nisi publice satisfaciant et scandalum tollunt Juzta prascriptum nostrum.
Que doit fatre le confesseur pour rendre ce refus ou délai de l'absolution profitable aua pénitents ? -
IL faut, 1* leur faire voir l'énormité de leurs péchés, et leur exposer doucement etaffectueusement les raisons qui l'ebligent à différer ou refuser l'absolution ; leur représentant que le péchémortel est une chose si énorme, qu'autrefois l'Eglise ordunpail que celui qui avait commis un péché mortel füt privé de l'absolution et de la communion, non pas quelques jours seulement, mais trois, sept, quinze, vingt ans tout entiers, quelquefois jusqu'à la mort, selon la qualité du péché; que si en ayant commis un grand nombre, on les prive de cette grâce pour quelques jours seulement, c'est afin de la leur donner ensuite plus efficacement et plus
rfaitement ; que c'est pour leur donner lo de considérer ei de ressentir les offen.
ses qu'ils ont faites à Dieu, d'en faire quelque pénitence, d'en oblenir de la divine mi— séricorde une véritable repentance et une gráce puissante pour s'en corriger; qu'on ne veut pas se rendre participant do leurs crimes, en leur donnant l'ábsolution trop légèrement, avant que de s'être assuré s'i's sont dans une véritable volonté de les quitter; qu'on a grand sujet d'en douter, vu qu'après l'avoir promis tant de fois à leurs confesseurs, ils ont toujours persévéré dans leurs vices, qu'on n'ose donc plus s'en fier à leurs paroles, mais qu'on veut juger par les effets et par le témoignage de leurs aclions s'ils ont un vrai désir de renoncer au démon el au péché, et de se convertir à Diea.
2 Leur imposer des exercices de pénilence qui aient quelque proportion à la qualité de leurs péchés, el leur prescrire des moyens pour s'en préserver à l'avenir : €. g., autant de fois qu'ils tomberont dans tel ou tel
péché, de jeüner le lendemain, de s'abstenir de vin, faire quelque aumóne, baiser la terre, coucher sur la dure, etc.
3° Leur donner un certain temps, qui pour l'ordinaire doit, étre fort court, pour exécuter les choses enjointes, et leur dire de revenir ensuitele trouver,pour voir quel effort et quelle violence ils auront faite sur eux-mémes, afin de leur accorder ou différer encore l'absolution, suivant leurs dispositions présentes.
Mais si vous ne me donnez l'absolution (dira le pénitent) j'irai à d'autres confesseurs.
Allez, à la bonne heure, la confession est libre jaime mieux qu'un autre sc charge de ce poids-là que moi, liberavi animam meam, je ne veux pas me damner pour autrui.
Mais vous scandaliserez, parce qu'on s'apercevra que je ne reçois pas l'absolution?
Point du tout: car la bénédiction vous mettra à couvert, en disant : Misereatur et Indulgentiam (ce que le prêtre doit faire la téte couverle, dit le Rituel de Chálons, ne astantes adverterepossint absolutum non esse. Mais, en lui donnant cette bénédiction , il faut bien l'avertir que ce n'est pas l'absolulion).
Mais je ne communierai pas à Páques ?
Non, soumettez-vous humblement à ce que je vous dis, puisque le canon Omnis utriusque sczus, qui oblige tous les chrétiens de communier à Pâques, donne pouvoir au confesseur de différer et de remettre la communion tant qu'il le juge à propos.
N'y a-t-il pas d'autres personnes auxquelles on. doit refuser l'absolution?
Oui, outre celles qui viennent d'étre énumérées, il y en a encore de deux sortes :
les premiéres sont les personnes mariées qui vivent en dissension et séparation sans cause légitime, pendant qu'ils persévérent dans celle mauvaise volonté ; les seconds sont les ecclésiastiques mal pourvus de leurs bénéfices ou qui enont d'incompatibles sans cause légitime, ou qui ne résident pas sans légitime excuse, ou qui font métier de ne point dire l'office ou ne pas porter l'babit ecclésiastique (Man. de Trèves, de Liége, S. Francoisde Sales, en ses Avertissements aux confesseurs).
Les derniers sont ceux qui, par violence, tromperie et fausse promesse, ayant ravi l'honneur d'une jeune personne ou d'une veuve, ne veulent pas promettre de l'épouser si elle est de leur condition et qu'il n'y ait point d'empéchement, ou ne veulent pas lui donner de quoi la marier honnétement si elle est de condition inégale. Lo Manuel de Périgueux ajoute les faux dimeurs. Qui oblationes decimarum altari ejusque ministris aut injuste. detinent, aut. ingrate. denegant.
Leur peut-on refuser l'absolution pour des péchés véniels dans lesquels on retombe souvent?
Non, parlant à la rigueur, parce que les péc hés véniels n'étant. point matière nécessaire du sacrement, le pénitent peut ne les plus confesser ; mais néanmoins lorsqu'il se irouve des pénitents qui viennent souvent à
confesse sans reconnaître en eux aucun amendement et sans avoir fait aucun effort de leur part, on peut prudemment leur susendre ou leur refuser le bénéfice de l'absoution, pour les obliger d'être plus sur leurs gardes (principalement si ce sont des péchés d'attache et d'habitude, où qui conduisent plus prochainement au mortel, ou qui nous éloignent davantage de la perfection que Dieu demande de nous en |” ü sommes). Et l'expérience a fait voir que cette remise a servide puissant aiguillon à plusieurs personnes pieuses, qui étaient tombées dans un relâchement notable, pour se relever avec plus de courage, par la cossidération de leur infidélité.
Quand donc il ne se trouve aucune raison de différer l'absolution?
Il faut, après tout l'examen fait, 1° exciter les pénitents à la plus grande contritioa qu'il est possible, pardes motifs pressants et proportionnés à leur capacité; 2* leur proposer les remàdes à leur mal, les exhorter à les embrasser de bon cœur, et les instruire comment ils doivent vivre à l'avenir ; 3° leur imposer la pénitence , et enfin leur donner Y'absolution , touchant laquelle il est boa sculement de remarquer avec le Manurl d'Arras, que, pour éviter les inconvénients qui pourraient arriver à ceux que l'on rcavoie sans absolulion, il faut en prononcer les paroles à voix basse et qui ne soient pas aisément entendues. Ob hanc causam, comsultum est, formam. absolutionis cum precibus eam comitantibus submissiore semper — «oce pronuntiare.
3° De la prudence du confesseur dans 'inpacition itiom des
itlences.
ences.
Quelle est la troisième chose où doit paraître la prudence du confesseur ?
C'est en l'imposition des pénitences
Quelles conditions doit avoir la pémitence que le confesseur enjoint ?
Le saint concile de Trente en demande trois : la première, qu'elle soit proportioanée, c'est-à-dire qu'on n'enjoigne pas des choses légères pour des Déchés énormes, mais que la satisfaction réponde en quelque sorte à la grandeur des péchés; la srconde, qu'elle serve de châtiment pour la vie passée; et la troisième, qu'elle soit un préservatif du futur, c'est-à-dire, qu'elle soit, comme oa l'appelle, médicinale.
Pourquoi le concile demande-t-il que les satisfaction et pénilences soient proportionnées
1° Parce que la justice de Dieu ne peut souffrir que ceux qui sont tombés depuis leur bapléme soient reçus en sa grâce avec la méme facilité qu'auparavant; 2* parce la crainte des peines et des châtiments les pécheurs ct leur sert de frein pour les empécher de retomber dans leurs péchés; 9* parce que l'uu des principaux fruits de la satisfaction , c'est de détruire les habitades du vice par les actions des vertus qui leur sont contraires; &* parce que ces eevres de pénitence peuvent très-efficacement apaiser la colère de Dieu; 5* parce qu'elles
au PEN
nous rendent coniormes à Jésus-Christ salis-. faisant par ses souffrances pour les péchés du monde, et que sans celie conformité nous ne devons point espórer de part à sa gl fin parce que la promesse de l'h leste ne nous est faile que sous celle condition, si (amen compatimur, ut et conglorificemur.
Pour faire que les pénitences soient proportionnées, à quoi faut-il avoir égard ?
A deux choses principales : 1° à la qualité du péché; 2° à du pécheur.
Que faut-il considérer dans le péché?
1» La grièveté : car un larcin, par exemple, de cent écus, mérile plus de peine qu'un larcin de cinq sous; 2° la durée; 3° le nombre; 4° le scandale.
Du côté du pécheur que faut-il considérer?
1° Sa dignité, potentes enim potenter tormenta patientur, dit l'Ecriture; or, le confesseur doit conformer son jugement à celui de Dieu; 2° sa science ou son ignorance, qui
ut rendre le péché plus ou moins grief; [pm profession, avec laquelle certaines pémitences sont incompalibles et pourraient causer une telle fatigue, que pour ce motif on pourrait les adoucir : par exemple, on doit pour l'ordinaire donner pour péuitence &ux pauvres de prendre en palience leur pauvrelé et tout ce qu'ils y soulfront ; &* sa complexion, tant spirituelle que corporelle , parceque les uns peuvent porter plus, les autres moins; 5 ses commodités, parce que ceux, par exemple, qui sont en service et en sujétion, ne peuvent faire ce que d'autres personnes libres pourraient faire: par excmple, ordonner à une servante de faire pèlerinage, ou à un pauvre de faire l’aumône, scrait une pénitence indiscréte ; 6* la cou!
tion, qui doit faire adoucir les pénilences suivant qu'on la reconnaltra plus ou moins graude; 7° s'il a déjà fait quelque chose par avance pour satisfaction de ses fautes ; 8° la disposition et la bonne volonté à faire tout ce que le confesseur demandera.
Quelles sont les pénitences que le confesseur doit imposer ?
Avant que de répondre il faut supposer que nous pouvons salisfaire à Dieu pour nos
échés en trois façons ; 1* par les maladies, les afflictions , les pertes de biens et autres peines qui nous sont envoyées de la part do
ieu ; 2° par les peines et'les mortifications volontaires quo nous prenons de nous-mémes; 3° par les œuvres salisfactoires qui nous sont imposées au sacrement de pénitence.
Cela posé, quelle sorte de pénitence doit enjoindre un con/fesseur au sacrement de pénifence?
Toutes ces pénilences se rapportent à trois chefs , au jeûne , à l'aumóne et à l'oraison, sous lesquels sont comprises toutes les autres plus particulières que l'on doit imposer selou la portée et la disposition du pénitent.
Qu'entendez-vous par le jeûne?
Toutes les mortifications corporelles, comme s'abstenir quelques jours de chair ou de vin; jeüser certains jours, comme les
merceglis, vendredis et samedis, et 1e faire même au pain et à l'eau; se priver do quelque repas ou demi-repas, ou de quelque morceau; veiller un peu plus tard ou se lever plus malin; se priver quelques jours d'aller en compagnie ou de prendre quelque récréa- ' lion, se renfermer en son cabinet et y garder quelque temps le silence, se prosternet contre terre un intervalle de temps, ou méme y coucher ; porter le citice quelques jours, être certain temps sans aller à cheval.
ui doit-on principulement enjoindre ces pénitences ?
Aux sensuels el à ceux qui traitent trop mollement et délicatement leurs corps, comine les ivrognes, les lubriques, les paresseux, les gens de bonne chère, les mondains, etc.
Que comprend l'aumóne ?
Toutes les œuvres de miséricorde spiri-' tuclles et corporelles, comme visiter ceux qui sont en prison , les consoler , les nourrir un certain temps ; visiler les pauvres de la
aroisse ; iustruire ou faire instruire ses enanis el ses domestiques ; distribuer aux pauvres tant par jour, ou par mois, ou par années, selon ses moyens ; donner les vieux habits, les vieux meubles qui ne servent de rien; contribuer à l'ornement des autels, à la fabrique des églises et surtout de la paroisse. t
Qu'est-ce que comprend l'oraison ?
Prier Dieu tous les jours soir el malin, et S'il se peut en commun, sinon en particulier, et toujours à genoux, devant quelque picuso image qu'on devra avoir auprés du lit avec de l'eau bénite. Et parce que cette pénitenco est une des principales ct des plus ordinaires qu'il faut enj re, il est bon de remarquer que quand on l'impose, il faut détern:iner et rescrire les prières qu'on devra faire : " exercice chrétien et certain nombre de Pater el d'Are, les litanies, les commandements de Dieu; et surtout d'y faire, ce que recommandent si expressément les Manuels aprés saint Chrysostome, le renouvellement doe promesses du baptéme; prier Dieu pour les morts les lundis et quelques autres jours de la semaine; visiter à certains jours les églises où il y a des exercices de dévotion, principalementen Carême el pendantl'Avent ; assister à la messe cerlains jours de la semaine, y demeurer à genoux else tenir quelquefois éloigné de l'autel; assister à la messe de paroisse et au prône ; dire les sept psaumes pénitentiels , reciter le chapelet , faire de petits pèlerinages qui ne préjudicient point aux devoirs de la paroisse et de sa condition, et les faire seul et en silence ou priant Dieu ; aller à confes.e certains jours vu taut de fuis l'année; faire dire quelques messes, visiter certains jours lesaint sacrement , l'accompagner quelquefois quand on le porte aux malades; aller au caté-, chisme, se faire enróler en quelque confrérie de la sainte Vierge ; porter toujours un chapelet et le dire souvent avec dévolion ; lire quelque bon livre le plus souvent qu'on pourra, ou au moins les dimanches et fêtes
De quoi se doit donner de garde le confesseur dans l'inposition des pénitences ?
1* De s'appliquer les aumônes qu'il aurait enjointes au pénitent en faveur des pauvres, ni de recevoir la rétribntion des messes qu'il lui aurait ordonné de faire dire en sati tion de ses péchés, pour les dire lui-même ou les faire dire par un autre, comme il fut ordonné au synode de Paris en 1175, ni de rien exiger ou demander pour l'administration de ce sacrement. C'est ce que recommandent tous les Manuels, et celui de Périgueux ajoute de plus la défense de recevoir méme €c qui leur sera présenté; 2* ne pas imposer de pénitences publiques pour les péchés occulles, quelque griefs qu'ils puissent étre; 8° ne pas donner des pénitences mélécs et embrouillées de diverses sortes de prières on d'actions, par exemple, cinq Pater, trois thapelets, une hymne, un psaume ; ou bien donner tant d'aumóües, jeüner tant de jours et faire dire ant de messes, parce que le
pénitent en perd aisément la mémoire ct de- .
meure en scrupule ; 4° que l'accomplissement des pénitences ne découvre pas le péuitent, et ne scandalise personne.
Si le pénitent fait difficulté d'accepter ce qui lui est enjoint?
Il faut examiner les raisons qu'il oppose, et, si elles sont justes , modérer ou changer Ja satisfaction , selon que la prudence le dictera.
S'il s'en trouve de si déraisonnables et de siridiculesqu'ils nevoulussent accepter aucune pénitence , ou qu'ils voulussent différer de la faire en l'autre monde?
. l| faudrait avec toute la douceur possible
leur faire voir le peu de disposition qu'ils
ont pour se présenter à la pénitence, qui demande du pécheur unc préparation d'csprit à recevoir tout ce que le confesseur lui ordonnera de faire, et au reste leur demander comment , ne pouvant rien souffrir en celte vie, ils souffriront lcs peines du purgatoire en l'autre; mais, s1 nonobstant tout cela ils persistent encore, il est bien à craindre qu'i's ne croient pas même qu'il y ait un purgaloire. Tutius esi imponere minorem debito, quam majorem... quia talis defectus in purga-
torio supplebitur. S. Thom., opusc. 65.
4" De la prudence et de l'adresse du confessenr à traiter avec les pénitents conformément à leurs dispositions et conditions différentes.
Quelle est la quatrième chose où doit paraltre la prudence du confesseur ?
C'est à reconnafire l'esprit, la disposition et le caractère du rénitent, s'il est effronté eL insolent, s'il est honteux, limoré, scrupuleux, ignorant, souple, revéche, afin do
ouvoir, en qualité de médecin, app'iquer le remède à tous ces maux; > à trailer autrement les hommes que les femmes, les petits que les grands, etc.
Comment faut — il se comporter avec ceux gui ont dela honte à déclarer leurs péchés?
A faut les rassurer, leur dire que nous ne sommes pas des anges, non plus qu'eux; que nous sommes lous pécheurs; que l'ou ne
s'élonne pas d'entendre de grands péchés, parce qu'on sait bien que lafragilité humaise est grande, que les tentations de l'esprit malin sont fréquentes et violentes, que c'eu chose humaine de pécher, mais quc ce serait chose diabolique de demeurer daus son péché faute de le confesser; que la confession est une chose si secréte, qu'un confesseur qui craint lant soit peu Dieu aimerait mieox être brûlé tout vif que de révéler la moindre faute qu’il a entendue en confession ; qu'enfin Dieu nons commande de confesser nos péchés aux prêtres, et partant qu'il le faut faire pour l'amour de lui, et en l'honneur de la confusion qu'il a subie sur la croix en présence de ses ennemis, et qu'il vaut bic mieux avoir la honte de confesser son péch:
à l'oreille d'un seul homme, que d'être confondu devant tous les anges et les hommes et devant Dieu au jour du jugement, et d'étre ensuite damné pour l'éternité.
Si au contraire le pénitent est e[fronté et téméraire ?
: M faut lui représenter fortement , mais toujours avec douceur, qu'ilest devant Dies, que c'est aux pieds de Jésus-Christ, son juge souverain, el non pas d'un homme seulement qu'il vient se prosterner; qu'il doit se regars der comme un criminel de lése - majesté divine, qui a mérité la damnation ; qu'il est question ici d'une action très-importante, où il s'agit de sonsalutéternelet d'appliquer à son âme le fruit du sang de Jésus-Christ ; qu'à l'heure de la mort il ne rendra aucoa compte plus sévère que celui des mauvaises confessions qu’il aura faites.
Si on voit le pénitent craintif et en quelque défiance d'obtenir le pardon de ses péchés ?
I faut le relever et lc forti&er, lui représentant que Dieu a un très-grand désir de lui pardonner; qu'il prend un grand plaisir dans la pénitence des grands pécheurs ; qne plus notre misére est grande, plus la miséricorde de Dieu est glorifiée en nous; que Notre-Seigneur a prié son Pére pour ceux qui l'ont crucifié, pour nons apprendre que quand nous l'aurions crucifié de nos propres mains, il nous pardonnerait trés- volontiers, si nous lui demandions pardon; qu'il fat tant d'estime de la pénitence, que la plus légère de toutes , pourvu qu'elle soit vraie, lui fait oublier toute sorte de péchés, au point que si les damnés et les démons mêmes la pouvaient avoir, tous leurs péchés leur seraient remis ; que le plus grand tort qu'on peul faire à la bonté de Dieu, à la psssion et à la mort de Jésus-Christ, c'est de n'avoir pas confiance d'obtenir le pardon de nos fautes, et qu'enfin nous sommes obligés par article de foi, de croire ta rémission des péchés, afin que nous ne dostions point de la recevoir lorsque nous avnes recours au sacrement que Notre-Seigneur a institué pour cct effet, en y apportant les dispositions requises.
i on le voit en perplezité, ne sachant ru Lien dire ses péchés, pour n'avoir su examiner sa conscience?
M faut lui promettre son assistance, el
Fassurer que, moyennant l'aide de Dien, en ne laissera pas pour cela de lui faire faire une bonne et sainte confession. Et dans les choses ou l'on reconnalt qu'il a peine à s'accuser, il faut l'encourager fortement, lui adresser par intervallo quelquesunes des paroles suivantes ou autres Semblables : Allons ! courage, mou cher frère ou ma chère sœur; croyez-moi, Dieu vous fait une grande grâce de vous bien confesser :
Poursuivez généreusement, et n'épargnez rien pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui est mort pour l'amour de vous. Donnez gloire à Dieu et confusion au diable; oh ! quelle consolation vous aurez à l'heure de la mort et dés le moment qui suivra une si bonne confession] Ne le faites pas néanmoins pour votre salisfaction particulière ; mais pour donner contentement à Notre- Seigneur et à sa très-sainte Mère, qui se réjouissent avec tous les anges el les saints quand une áme s'accuse humblement de ses péchés, avec résolution de les quilter et de se donner parfaitement à Dieu.
Comment faut-il se cofiporter en ce sacre— sent à l'égard des enfants? .
1° I! faut les accueillir gracieusement , avec toute la tendresse possible, et les traiter et caresser avcc un amour maternel, à l'exemple de Notre-Seigneur, a(in de ne pas leur donner pour ce sacrement une aversion qu'il serait ensuite difficile de guérir. 2* IT ne faut jamais les entendre plusieurs à la fois , commeil se fait en quelques lieux, mais seul à seul, l'un aprés l'autre ; et s'il en est chez qui l'on remarque quelque étincellederaison, quicommencent, parexemple, à avoir honte el à rougir du mensonge, de Ja désobéissance, elc., ct qui d'eux-mémes, ou par les questions qu'on leur fait, s'accusent de quelque péché, on peut enassurance, dit le Manuel d'Arras, leur donner l'absolution, etiamsi, ajoute-l-il, de eorumdem capacitate non adeo constet. Quan! à ceux qui n'ont aucun usage de raison, bien qu'il soit lrés-bon de leur faire toutes les demandes
ue l'on fait aux adultes, de leur faire dire le Confiteor, afin de les former et de les accoutumer de bonne heure à la confession , le prêtre néanmoins ne doit pas leur donner l'absolution ; mais.au lieu de l'absolultion , il pourra, si la commodité lui permet, leur donner la bénédiction, qui se trouve dans vedit Manuel d'Arras, ct dans celui de Périgueux, en ces termes :
Domine Jesu Christe , qui dizisti : Sinite parvulos venire ad me, talium enim est regnum celorum , super hunc partulum tue benedictionis gratiam infunde ; ut gratia , etate et sapientia apud Deum et homines proficiens , salutem. consequatur. eternam , in fiomine Patris +, et F ilii, etc.
Comment faut-il se comporter avec les femmes ?
ll faut 1° poser pour fondement la maxime de saint François Xavier, que la confession des personnes de ce sexe aussibien que leur conversation, est un peu chatouilleuse et flissante, là où l'on fait de trés -graudes
PEN 129a
pertes pour bien peu de gain. Voilà pourquot, afin d'éviter le malheur de plusieurs qui, après avoir commencé par, l'esprit, ont fini misérablement par la chair, on ne doit pas entendre leurs confessions dans des lieux relirés ou dans des chapelles obscures, mais en des lieux exposés à la vue de tout le monde, et où doit se trouver un cicrge allumé lorsqu'on cst obligé de les confesser le soir ou le matin. 2* On ne«doit jamais exiger d'elles, quelque vertu qu'on leur trouve, aucun vœu de chasteté, ni mémeles admettre à en faire aucun sans le conseil de l'évêque, comme il est ordonné dans un synode provincial de Cambrai. 3° Il ne faut pas s'engager en de longs entretiens avec celles, pas méme sous prélexte: de piété, fussent-ciies des religieuses cloftrées , parce que pour l'ordinaire cette multitude de paroles ne sert qu'à lier le cœur du confesscur et de la pénitente d'une chaîne que bien souvent. il leur est ensuite difficile de rompre : et tant s'en faut que la dévotion s'entrelienne par de semblables discours, qu'au contraire elle s'évapore bientôt.
Comment faut-il se comporter avec les infirmes?
Voyez l'art. IxrinuEs
Comment faut-il se comporter avec un muet? )
On peut lui donner l'absolution, méme bors les cisde nécessité, pourvu qu'il déclare ses péchés en la meilleure fagon qu'il pourra par signes, el qu'il témoigne en avoir du re-
ret.
Comment avec un sourd ?
Si le pénitent est. tout à fait sourd, ou qu'il ait l'oreille si dure qu'il faille faire une trop grande contention de voix, le confesseur n'est pas obligé de crier pour la faire entendre, mais il doit ouïr la confession de son pénitent, et lui donner l'absolulion, quand il voit des marques de douleur,
arce que ces personnes sont censées faire eur confession entière en la manière qu'ils peuvent, ce qui suffit pour les absoudre.
Comment faut-il se comporter avec les personnes qui sont d'une autre paroisse ?
Régulièrement parlant, il no faut pas les recevoir sans la permission de leur propre curé ou de l'ordinaire : si pourtant il se rencontrait des personnes venues de dehors à l'occasion de quelque fête solennelle de patron, dédicace, ou autres, ou arrivées
our affaire d'un autre diocèse et qui eussent a dévotion de se confesser et de communier, on pourrait lear accorder l'absolution en qualité de pèlerins et de voyageurs, pourvu que cela ne se fit pas par malice ct à dessein
le se soustraire à la juridiction de son propre curé ; car en ce cas, pour ne pas priver les fidèles du fruit de leur dévotion, ja coutume reçue et approuvée uuiversel- Jement interprèle la permission tacite des pasteurs et des ordinaires en leur faveur.
Comment faut-il se comporter avec des personnes scrupuleuses ?
1* Il faut avant toute chose que le confesscur reconnaisse que le pénitent est frappé
de cette maladie. 2* Le mal étant découvert, il faut se donner de garde de devenir scrupuleux avec lui, c'est-à-dire de traiter sa Conscience avec doute el appréhension; mais aprés avoir une fois bien examiné les diíficullés qui se rencontrent, el avoir re-; commandé toute l'affaire à Dicu, il doit répondre hardiment et confidemment, et agir avec autorité. 3* Il faut bien prendre garde de ne pas vaciller dans les conseils qu'on lui donne, mais demeurer ferme dans ce que l'on a jugé étre plus expédient pour la gloire de Dieu et son salut. &* ll doit tácber de lui persuader et lui faire avouer véritablement qu'il est scrupuleux en tel et en tel cas, et par conséquent incapable en cela de se conduire soi - méme, puisqu' une conscience scrupuleuse , étant dans l'erreur et dans l’aveuglement, ne peut pas juger sainement des choses, ct qu'ainsi il doit croire le confesseur et capliver son jugement, s'il veut ‘guérir de son mal. 5° Comme les scrupuleux ont coutume de faire grand cas des choses où il n'y a pas de mal, particulièrement des mauvaises pensées auxquelles ils s'imaginent avoir donné consentement lors méme qu'ils en ont plus d'horreur, il faut que le confesseur témoigne tout au contraire n'en faire pas d'état, le faisant passer légèrement sur ce point dans son aceusalion.
Enn, si le scrupule regarde la validité des confessions, et que le pénitent s'imagine n'avoir fait en sa vie confession qui vaille, si le confesseur voit, par la connaissance qu'il a de sa conscience depuis longtemps, qu'il n'y a nul fondement de s'inquiéler , il doit lui commander de demeurer en repos, el quelque instance qu'il lui fasse, il ne doit pasacquiescer à une nouvelle confession générale.
Comment faut-il se comporter quand ily a Ges restitutions à faire, et que les pénitenis y consentent ?
Jl faut bien se garder de s'offrir à eux pour prendre la chose, et la restituer pour eux, mais leur dire qu'ils la doivent méttre entre les mains d'un homme de bien, auquel ils aient confianoe, afin qu'il les acquitte de cette obligation. Si néanmoins ils prient le confesseur de s'en charger, il doit l'accepter afin qu'il ne soit pas contraint de se découvrir encore à d'autres qu'à lui ; puis écrire ou leur faire écrire lo nom de ceux à qui elle est due, et le lieu de leur demeure. Et enfin, pour ne donner aucun lieu à la calomnie ni au soupcon, il faut tirer un acquit des personnes auxquelles on aura fait la restitution, pour le montrer en cas de besoin.
1V. De la diserétion du cnnfesseur ou du sceau de la
confession.
Quelle est la troisième disposition éloignée nécessaire au confesseur aprés la bonté et la prudence qui viennent d'étre expliquées?
C'est le secret de la discrétion, pour ne parler jamais à qui que ce soit, ni directementni indirectement, expressément ni tacitement, des-péchés qu'il a entendus en la con-
fession, non pas méme au pénitent , si ce ^ le péaitent lui en parle le premier, qu'il soit besoin d'en conférer avec d'autres pour le bien du pénitent et l'éclaircissemeni des difficultés.
Que faut-il obsercer en cas qu'il fallái ea communiquer avec d'autres?
Trois choses : 1° que ce soit par La permission du pénilent, si on le juge expédieat ; 2 se donner biende garde de nommer jamais le pénitent ni de dire qu'on a entendu ce péché-là en confession, ni de le proposer à d'autres qu'à ceux qui en peuvent donner la solution; 3* qu'on en communique de telle facon, en tel temps, cn tel lieu, et avec telles circonstances,que celui de qui l'on prend avis ne puisse avoir la pensée de connaitre ai méme soupçonner le pénitent.