‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 236 sur 411 · Chapitre premier. — Idée et définition de l'office divin · texte numérisé non relu

Chapitre premier. — Idée et définition de l'office divin

1. — La prière est essentielle à la vraie religion , et pratiquée par les anciens justes. '— '± Le Fils de Dieu en a fait une loi, qu» les premiers fidèles ont exactement suivie. —3. Différents temps destinés à la prière. — /•-. Rigueur des premiers offices. — 5. On les diminue. — 6. Conséquences des principes qu'on vient d'établir. — 7. Différents noms qui ont été donnés à l'office. — 8.

devant Dieu que je suis déjà entré en payement, et que je ne compte être quitte envers vous que lorsque le Père des miséricordes dis|iosera de celui qui est avec le plus tendre respect, elc.»Que jenie trouTerai bien di^.lomm?<*»J de mes peines si ce bel exemple peut être suivi!

OFF

.S'a définition. — 9. Nombre des heures qui le composent. — 10. Raisons que l'Eglise a eues de le partager.

1. La prière, qui suppose un sentiment réfléchi de nos besoins, et une parfnile confiance en celui qui peut les soulager, est si essentielle à la religion, qu'on peut regarder comme fausses toutes celles à qui l'esprit d'oraison est étranger. Le législateur de la nation choisie, formé sur le modèle des justes qui l'avaient précédé, connut tout le prix de ce saint exercice. Il s'en servit en quelque sorte contre ])ieu même, et plus d'une fois il arrêta sa fureur qui ne demandait qu'à éclater. David ne lut un prince accompli que parce qu'il sut offrir au Très- Haut des vœux dignes de lui. Le feu sacré qui s'allumait dans son cœur pendant sa méditation répand encore et sa lumière et sa chaleur sur ceux qui étudient ses cantiques. La prière du jour, quoiqu'il y revînt jusqu'à sept fois, ne sulfisait pas à son ardeur : il se levait au milieu de la nuit pour célébrer la grandeur de son Mattre ; et il ne la célébrait que pour le rendre attentif à ses besoins et à ses gémissements. Salomon marcha sur les traces de son père. Les jours où il s'humilia en priant furent les jours de sa gloire ; et ce ne fut (]ue parce (jne déjà près du bout de sa carrière, il eut h; malheur de s'arréler, que son salut est devenu un problème aussi effrayant qu'impossible à résoudre. Daniel priait trois fois par jour , Esdras quatre. Et qui doute que ces prières , dont le texte sacré nous a conservé la mémoire, ne fassent coupées par bien d'autres qui n'ont jamais transpiré'?

2. Le Fils (le Dieu, qui devait former un peuple d'adorateurs en esprit et en vérité, apprit aux siens, par ses exemples et par ses paroles, le grand art de prier. Leur chute dans un tcuips où ils se flattaient d'une fidélité à toute épreuve fut pour eux une vive leçon du besoin qu'auront toujours les chrétiens de joindre la prière à la vigilance. Ils ne lardèrent pas à en faire usage, et ce fut par une prière unanimci et constante qu'ils se disposèrent à recevoir le Saint-Esprit. Ils apprirent aux autres ce qu'ils avaient euxmêmes appris de leur divin Maître. Les précieux monuments qui nous restent d'eux se terminent presque tous à l'amour et à la prière qui l'obtient. Celte semence féconde germa et produisit le centuple chez les premiers fidèles. Dans le temps que la fureur des tyrans leur défendait d'avoir des temples, ils savaient s'en faire de la mer et de la terre, des déserts et des campagnes, des pri-

(t) Ciim ab oniniliiis fugnremur alque op|irimerennir,

nitiiloniiiius lune mioque feslos liies egimns. yi\ivis lociis,

agor, soliludo, iiavis, ilabulum, carcer, instar lempli ad

jacros convenliis perageiidos fiiil. Dionys. .\lexaiid. apud

Tiiisph.

(2) Votiez l'Apologéiique de Terlulticn, où il appelle CCS asseniljlil'es AiUelucani cœtm. l'iine, lib. x, epist. 97. Origène conlre Celse.

(ôj Maiie, liora tertla, sexla, nona, respere, noclis meilio, per ordinem Psalierium caiitabant. Hieroiiym. in Epiiapli. sanctœ l'aulie.

(i) Illam doceat et assuescat suo exeniplo ad oraliones

OFF Si

sons mômes où Néron et Domiticn les enchaînaient (1). Leur prière, comme leur foi, s'aniionç lit dans tout l'univers. Amis et ennemis, tous concouraient à la publier. TertuUien dans son Apologie célébrait celles de leurs assemblées qui devançaient l'aurore (2j ; le philosophe Celse leur en faisait un crime; Pline le jeune en informait les empereurs.

'3. Mais quoique la vie des premiers chrétiens ne fût pour ainsi dire qu'une prière continuelle, il y avait néanmoins des temps qui lui étaient plus particulièrement destinés. Saint Basile, saint Jérôme, saint .^mbroise, parlent des sept heures que nous appelons aujourd'hui canoniales. Cassien , après avoir dit que les moines d'Egypte et de la Tbébaïde ne s'assemblaient, à l'exception du dimanche, que le soir et la nuit pour chanter ensemble les psaumes à la louange de Dieu, observe que ce doux et glorieux emploi réunissait six ;fois par jour chacun des monastères de l'Orient, de la Palestine et de la Mésopotamie. Les vierges consacrées au Seigneur étaient dans le même usage (3). On le voit en plusieurs endroits de saint Jérôme. Mais rien n'est plus frappant que ce qu'il écrit à Léta. Il veut qu'on mette auprès de sa fille, qui ne faisait que sortir de l'enfance , une personne sage qui par son exemple lui apprenne à se lever la nuit pour réciter des psaumes, à chanter le matin des hymnes, à se tenir en faction, comme une guerrière de Jésus-Christ, à l'heure de tierce, de sexte et de uone ; et enfin à couronner la journée en offrant, à la lueur d'une lampe, le sacrifice du soir {'*).

4. Cette multitude de prières a longtemps subsisté dans l'Eglise, et elle y a subsisté avec tout ce qu'elle a de dur pour la nature ; je veux dire la longueur des offices et l'obligation d'en faire une partie pendant la nuit. Un concile de Tours tenu après le milieu du sixième siècle veut que vêpres et matines n'aient jamais moins de douze psaumes, et que celles-ci en aient trente pendant le Carême (5). Les antiennes allaient à proportion ; et les unes et les autres étaient suivies d'un grand nombre d'oraisons. A l'égard de l'office de la nuit, il se disait dans un bon nombre d'églises à l'heure où il se dit encore la veille de Noël. Ce pieux usage s'est soutenu longtemps. Le meurtre de deux chanoines, assassinés pendant qu'ils allaient à matines, l'arrêta à Rouen et à Chartres (6). Il ne .subsiste plus aujourd'hui que dans la métropole de Paris (7), et dans la plupart des communautés religieuses.

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