SECONDE PARTIE
DE l'office public.
(Trailé de t'OlBce divin , de Collet.) Les chanoines et les religieux députés au chœur ont deux obligations à remplir : l'une (!e dire l'office , l'aulre de le dire avec les solennités que l'Eglise a prescrites. Ce que nous avons dit dans la première partie les regarde conuTie tous les autres ecclésiastiques qui sont sujets aux heures canoniales; mais ils ont des pouvoirs bien plus étendus; et ils peuvent se perdre en faisant beaucoup plus que ne font ceux qui récitent en particulier. Ce sont ces devoirs, aussi sérieux qu'ils paraissent méconnus, que nous allons développer. Nous marcherons d'un pas sûr dans cette route épineuse , parce que nous n'y marcherons qu'à la suite de plusieurs docteurs qui nous y ont précédés. Jamais matière n'a été plus consultée et plus souvent éclaircie que celle qui regarde l'office public. Un pieux chanoine de l'Eglise de Noyon a rédigé ces décisions (5), et il en a fait un corps de règles qui coule peu , que l'on peut
part. Il, cap. l, art. 3, soct. 5.
(4) Théorie, eh. 6, § 2, q. 9, pag. 199
(b) Recu-il de décisions iiiiporiantes sur les obligalimis des chanoines, sur l'usage que les bénéficiers doivejit faire de.s revenus de leurs béuéUces, cl sur la pluralité des binéSces, par M. du Candas, chanoine, etc. A Nojoa, che» Pierre RocUer, 17tSl.
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porter parlout, qu'il est aisé de consulter (l;iiis SOS iloulcs. C'est . à mon sens, nn vrai service rendu à i'KsIise. La réiiiiioii liicii entendue de ce qu'un élat iuiportaul doit à Dieu et se doit à lui-mètnc , sera toujours quelque chose de précieux pour ceux (|ui aiment à connaître et à suivre l'oidie. Cet aveu est reconnaissance de notre part. H nous aurait fallu beauroup de temps iiour chercher des résolutions dispi rsées dans un assez grand nomlircdc volumes : il nous en faudra très-peu pour les 'uivre ().i8 à pas. Si quelquefois nous nous en éloignons , ce ne sera jamais qu'avec tous les égards que mérilenl ceux qui les ont données.
Chapitiie premier. Combien il eut important (jiic l'office public se fasse avec piété et avec décence.
i. Motifs généraux de faire l'office d'une manière (lif/nc de Dieu. — •!. Motifs particuliers Il rj va du sidut de ceux (pti y sont obligés. — .'}. Il y va de leur intérêt, — 4. de ceux de la religion , — 5. de l édification dru peuples, — (i. de leiirsanctific'ition. — 7. Fautes prinripides à éviter dans les offices publics. — 8. Moyen général de les éviter. — 9. On n'exige rien des petits chapitres dont ils ne puissent s'acr/uitter.
Quoi<|uc je ne prétende pas faire une conférence de piélc, je crois pourtant devoir exposer en peu de mots, et les raisons qui doivent engager un chapitre à s'acquiller dignemenl des saints offices, cl les fautes qui s'y glissent plus ordiuairemenl , el les moyens de faire l'un et d'éviter l'aulrc.
1. Je pourrais d'abord faire valoir quelques-uns des niolifs dont on s'e>l toujours servi pour soutenir dans le long et pénible cxerci<e de la prière publique ceux ((ue la Providence y a engages. Quoi de plus propre «à toucher un ((cur chrétien (|ue de se dire que la periuis<ion que son Maître lui donne de le voir et de lui (iirler toujours est .un de ses plus glorieux pritiléges ; que la nécessité dont il s'atllige aurait été pour les Paul, les Antoine, loSlylite, l'uniciue objet de leur ambition; que c'est de la portion de Marie <)u'il se pl.iinl; que l'exercice qui l'ennuie, qui le dégoûte , est lélernel el consolant emploi des esprits bienheureux; qu'un prince , accablé du soin d'un |ieu|)le aussi nombreux que le sable de la nier, ne connaissait de jours fortunés que ceux qu'il passait dans la maison du Seigneur; (lu'il soupirait après le moment où il lui serait permis d'y paraître; qu'il y préludait dans le temps à la partie qu'il devait faire pendant l'éternité; qu'il se dédommageait de ses absences forcées par la composition et par le cjianl de ces cantiques sacrés que l'Esprit- Saint a dictés et qu'il a ménagés à son Eglise; (pie le feu qui le consumait s'est perpétué de kièrle en siècle dans tous ceux qui ont véritablement aimé Dieu; et que, malgré le l'roid
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t<îrrible qui règne de nos jours, il est encore des l'héba'ides où de pieux solitaires, mal nourris et grossiôreincnl velus, trouvent, dans la multiplicité des offices du jour el de la nuit, non des raisons tie souhaiter qu'où en réforme l'excessive longueur, mais des motifs de la plus douce cl ile la pins solide consolation. Kt pourquoi, disait à Augustin toujours flotlanl la jilus aimable des vertus, ponrquoi seriez-vous le seul à ne pouvoir pas ce que tant d'autres trouvent possible, aisé, délicieux"?
Mais laissons à l'écart ces grands, ces sublimes motifs. Disons, cl lout le monde pourra l'entendre, qu'un chanoine et toute autre personne destinée au cbu'ur, doil s'acquitter dignement de celte auguste fonction , parce qu'il y va de sou salul, de l'inlcrèt de l'Eglise el du sien propre, du bonheur el do l'édification des peuples.
■2. Il y va de sou salut. Il ne s'agit pas d'une aelion qu'il puisse bien ou mal faire sans que cela tire à conséquence. Il peut eu dire ce que disait le grand apôtre du ministère de l'Evangile , que malheur à lui s'il ne s'en acquitte pas comme il f.iut; que c'est pour lui un engagement nécessaire; que c'est un emploi qui lui a été confié (î). Heureux , si, connue le môme apôtre, il pouvait ajouter qu'il ne s'y est point ingéré de lui-ménie , qu'il ne l'a point brigué, el qu'il met sa gloire à le ri raplir gratuitement (2). Quelle réflexion plus capable de saisir l'esprit et le cœur, d'y répandre la frayeur el le trouble, que celleci : Pour se sauver, il faut remplir les devoirs de sa profession : c'est la voix du christianisme entier? Dans l'étal ou la Providence m'a mis, mon grand, et en un sens mon unique emploi est de chanter les louanges de Dieu d'une manière qui soil digne de lui. Jo ne suis chanoine, ni pour dévorer celle multitude de volumes que l'oisiveté ou l'envie de paraître eiifanle tous les jours; ni moins encore pour me f.iire dans une province la frivole réputation de galant homme; ni même , hors le cas d'une destination spéciale, pour tonner dans la chaire contre Judas et ses prévarications. Ce que Dieu demande de moi, lanl qu'il me laissera dans le pénible et laborieux métier qu'il m'a fait prendre, c'est que je le fasse de manière à soutenir un jour ses regards el ceux de mon ennemi. C'est là-dessus que je serai jugé. Mes absences, mes infirmités prétendues , la dissipation de mes yeux , l'égarement trop volontaire de mes pensées, les lectures, peut-être bonnes, mais étrangères , tout cela me sera imputé. On ne me passera pas même une poslura moins modeste , ni un dégoiit un peu consenti. Ce sont des défauts : le Juge des justices saurait-il les dissimuler? Ces principes ne sont pas bien propres à rassurer. Il est encore temps de parer aux conséquences , Juravi et statui : j'en prends aujourd'hui la résolution. Bénissez- la. Seigneur; affermissez l'euvrage de vos mains. A quoi serviront
(1) NecessiUs iiulii iiicuinbil : \x niilii si nou evaiigelizavero... dispensutio milii crediia est. 1 Cor. ix. 16.
(2) yiirp est ergo inerces niP3?ut... sine sumplu ponav EvjiigelRim. Ibirt. . IS
019 DlCTIONNAUŒ DES CEREMONIES ET DES niTES SACRES
mes taibies cfforis, si vous ne défendez mon esprit, mon imagination , mon cœur, comme un homme armé défend une citadelle? iVài Dominns cuslodieril civitatem, frustra vigilat qui custodit eam
armes à l'ennemi qui vous poursuit. Que voire modestie , votre exactitude ferme la bouciie à la calomnie (7). Consacrés par état au culte de rEtcrnel, quel malheur pour vous si à votre occasion son nom était blas— 3. 11 y va pour ceux qui sont obligés à phémé parmi les nations (8)1 Le recueille
l'office public, et plus encore pour des cha iioincs , de leur intérêt et de ceux de la religion. Et d'abord il s'agit de leur propre intérêt. C'est ordinairement des fruits de leurs bénéfices qu'ils tirent leur subsistance. Or, nous lavons dit et prouvé, les fruits ne leur appartiennent qu'autant qu'ils s'acquittent bien de leurs fonctions. Qu'ils aient des mœurs pures , qu'ils résident exactement,
ment du simple fidèle fut, dans les premiers temps , une preuve de la vérité de notre foi qui enleva aux idoles leurs plus fiers adorateurs (9) ; et nous savons que de nos jours la modestie constante d'un saint prêtre a ouvert les yeux à un protestant. Perpétuez ces miracles : un peu d'attention sur vous-même, un peu d'amour en viendra à bout. Si ce qu'on vous demande souffrait de grandes
qu'on voie en eux un goût marqué pour les difficultés, vous ne devriez pas l'omettre (10), cérémonies; qu'ils entrent les premiers dans parce que vous vous y êtes engagé : un essai de le temple, qu'ils en sortent les derniers, qu'il quelques jours vous apprendra que c'est la
ne leur arrive jamais d'y dire un mot mal à propos : s'ils n'y font pas leur partie, autant qu'ils peuvent la f.iire au souverain jugement de celui qui sonde les reins et les cœurs, ils ne sont qu'un or réprouvé (1). Mis dans la sévère balance di)nt parlait un prophète (2) , ils y seront trouvés d'un poids trop léger. Il fallait faire ce qu'ils ont lait, mais il ne fallait pas omettre ce qu'ils ont omis (3)
chose du monde la moins difficile. La grâce et l'onction de l'Esprit vous l'apprendront encore davantage.
5. Il y va de l'édification et du salut des peuples. C'est surtout en leur faveur que l'Eglise a établi ses cérémonies. Elle savait que, quoique le vrai culte soit celui qui se rend en esprit et en vérité, la faiblesse humaine a besoin d'êlre soutenue par le minis-
4. Mais il y va encore moins de leur propre tère des sens; et que comme le spectacle de intérêt que de celui de la religion. Ils ne la nature conduit au Créateur, le spectacle peuvent ignorer le violent orage qu'a formé de la religion , la religion elle-même de-
conlre elle l'impiété déguisée sous le titre fastueux de philosophie du bon sens. Le Juif érigeait des tombeaux à ceux que ses pères avaient massacrés (V) : le séculier d'aujourd'hui renverserait volontiers les tombeaux de ses pères , pourvu qu'il renversât avrc eux le sanctuaire où ils sont placés
venue en (luelque sorte maniable, conduit à celui qui est l'auteur et le consommateur de la foi. Or celte fin, l'Eglise l'obtient toujours lorsque la décence, le respect, la piéié accompagnent son culle extérieur. Quand on voit un nombreux clergé marcher d'un pas grave, s'avancer vers le chœur les yeux mo-
L'insaliable cupiilité fait oublier à un père destement baissés, faire devant l'autel la géque c'est à la subsistance de son propre fils nudexiou jusqu'en terre, ou une inclination qu'il en veut. Il ne se contente pas de cher- respectueuse;suivre,àrexempled'Israël(ll), cher l'iniquité où elle est, il fouille jusque le mouvement général, comme si la même dans la maison du juste pour y en trouver main l'imprimait en même temps à tous ; des traces (3). Il n'eSaminepas si, pour jeter s'accorder si bien , soit dans le chant , soit la première pierre sur le coupable, il fiiut dans la psalmodie, qu'on ne juge de la mulélre innocent (6). Adultère , rapacité , hor- titude des voix que par la mesure de leurs reurs de toute espèce, il se pardonne tout, forces; garder une médiation constante et et ne pardonne rien aux ministres de la religion, qu'il hait encore plus qu'eux. Comme l'aspic, il n'a point de venin pour lui-même; il le garde tout entier pour ceux qui l'incommodent. Or, c'est des offices publics qu'il prend acte plus volontiers. Ce n'est pas qu'il ne s'en dispense avec la plus scandaleuse facilité; mais c'est qu'il y trouve de plausibles prétextes à son indomptable fureur. \'ous la détestez cette fureur : faites tous vos efforts pour ne la pas servir. Ne prêtez point des
(I) Argenluni l'eprobum vocale cos. Jerem. \i, 30.
{•2) Appensus es ia slalera, et inveulus es minus liabens. Daniel, v, 27.
(3) Hsec oporluit facere, et illa non omilterc. MaUh. xxiu, 23.
(1) Vœ vobis qui sedificalis monumenta proplielarum; paires auleui vestri occiderunl illos. Luc. xi, 47.
[5) Ne insidieris, el qua;ras impiclalem in donio justi. Prov. xxiv, 13.
(6) Qui sine peccato est veslrum, prinius . lapiJem niiliJt .loau. vin, 7.
(71 Obslruclum est os lo(|uenlium iiilipia. Psahn.LSii, 12. (8) Nomen IJeiper vos blaspliemalur iiiler génies, siciit toiipiuin fst. «oni ii, 'H
uniforme ; se couvrir et se découvrir tous à la fois ; marcher dans les processions publiques aussi recueillis que dans un désert, où nul objet ne pourrait partager l'attention : lors, dis-je , qu'on voit toutes ces choses, on découvre la grandeur du maître auquel elles se rapportent; et fût-on anglican, si la fureur de contredire ne possède pas, ou en est altendri (12). Quelle différence dans ces offices, où il n'y a ni dignité, ni concert, ui recueillement, ni modestie, et peut-être en-
(9) Voyez les Mœurs des premiers Chréliens, par l'alibé Fieury.
(10) Pater, et si rem grandem dixisset libi prnpheta, certe facere debueras : quanlo niagis, etc. IV Reg. v, 13.
(11) ligressi sunl populus Israël quasi vir unus. I Rcg. XI. 7.
(12) ln.processionesolemni quandoque abundanliusflevi, cum qui forte una aderant, coniradicendi sludio, et prœjudicio caci, immodlco riau dlHluerent. Rellgio Mfedici, sect. 3, pag. 8, edil. Argenlorali 16.Ï2. L'auteur de cet ouvrage, lequel était anglais, le donna d'abord en sa langue maternelle. Un lullierien modéré le traduisit eu lalin, et le lit imprimer à Strasbourg.
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corc moins île piélédans le cœur que d'cxac- «iluiie dans les cérémonies ! Je n'en Irncerai pas le portrait. Plaise à Dieu que dans le inonde il n'y ait pas une église qui en fournisse un modèle.
0. J'ajouterai donc que la sainteté des offices publics intéresse le salut des peuples et leur vrai bonheur, qui en dépend beaucoup. Je ne puis ni ne veux examiner jusqu'à quel point ceux qui , sur la monlaçne , sont chargés des olfices publics , doivent prier pour ceux qui combattent dans la plaine. Un écrivain qui a caché son nom a attaqué sur ce point l'auteur de la Prière publique. Au moins faut- il avouer que la cotnmunion des sainls rend les fidèles participants des bonnes œuvres qui se font dans l'Eglise ; et qu'il y a dans l'office un grand nombre de prières qui, comme le souhaitait saint Paul, ont pour objet la paix et la pros-
fiérilé des empires, la sanctification des rois, a justice et la sainteté des sujets. Or cette grande opération ,.. qui quel(|uefois demande tant de grâces par rapport à un seul Augustin, sera-t-elle l'effet d'une prière dont le moindre défaut est d'être languissante '? Des liomiiies qui ne savent pas prier pour euxmêmes seront-ils bien sûrement exaucés pour ce genre de péché qui va à la mort , et dont l'apôtre chéri nous a donné une <i terrible idée (1) ? Des cris confus, qui n'ont de sensitde que l'ennui qui les étouffe , que le dégoût qui les accompagne , s'élèveronl-ils jusqu'aux nuées '? Y seront-ils cet encens de bonne odeur que le Dieu jaloux reçoit volontiers ■? J'en fais juge la tiédeur même. Serait-ie à des vœux aussi faibles qu'elle accorderait des grâces signalées?
7. Je ne dirai qu'un mot sur les fautes qui peuvent se faire dans les offices publics, lin prenant le contrepied de ce que je disais il n'y a qu'un moment, il sera aisé de les découvrir toutes. Les plus frappantes aux yeux de ceux qui ont de la religion, et peutêtre plus encore aux yeux de ceux qui n'en ont point, sont l'ignorance des cérémonies , que les séculiers du premier rang apprennent quelquefois pour avoir le plaisir de nous trouver en défaut ; la mollesse et l'indécence de la posture , si contraire à l'anciennepratique ^2j; la rapidité dans le chant ou dans la psalmodie ; l'anticipation d'un cô;é sur l'autre ; l'évagaiion des yeux , toujours inutile, souvent dangereuse ; la malpropreté rebutante des ornements ; la pro-
(1) Est l'eccalum ad niorlcm : non |iro iilo dico ul rogel quis. I Joan. v, 16. Yoijez ce que j'.ii dit sur ce passjge, loin. II de Kelig. cap. 2, an 8, el moins mal, lom. .\, part. ic, cap. 2, a. 19.
(ij Pierre Damien a fait un traiié contre ceux qui sont as^is dans le temps de l'oflice. Eccc. dil-il, tibi seruphiin ietleie non audei, sedel livmu litteus. 11 \eut que cela soit défendu, même aux 1jii|uls de l'un el de l'autre sexe . Prohibendmn e»(, non modo clericis.scd eiiam laicis ulritisqiie sexiis , ul nisi, skia mos est, iiiler tiocUirni lectiones oflkii nemo sedeaC. Tliéopliile Renaud dit <iu'en Espagne ou ne sait encore aujourd'liui ce que c'est que d'èlre assis pendant l'office. G raucolas, dans son 'l'railé de l'Ollice divin, p. 263, prétend que Vusage des bancs dims les église» e>,l un ubiis, que l'hiléiél el la ne de quelque léqer profit a Ul fabrique des églis^'s oui iiin oduii dans les derniers
prête trop éîuii'i de la personne ; la substitution d'une lecture qui plaît à un exercice qui ennuie ; l'excessif ménagement de sa santé, qu'un zèle indiscret ne doit pas ruiner, mais pour laquelle on ne tremble guère que quand il s'agit de Dieu. Je ne parle point des indispositions du cœur, qui ne sont peut-être pas les moins rares , el <iui sont toujours les plus funestes. J'en laisse le jugement à ce Maître formidable , qui la lampe à la main visitera un jour Jérusalem ('!), et qui pourra bien ne trouver que du foin et de la paille (V) dans des magasins qu'on croyait richement fournis.
8. Pour éviter ce maliieur, il y a un moyen aussi précis, que les suites en sont étendues: et ce moyen, qui a sanctifié les élus de tous les temps , c'est de ne faire aujourd'hui que ce qu'on sera bien aise d'avoir fait un quart d'heure avant sa mort. Mais cette leçon si courte, ce n'est ni la philosophie qui l'enseigne, ni les forets de la nature qui la pratiquent. Elle ne s'apprend bien qu'aux pieds de la croix du Sauveur ; el ce n'est guère là qu'on fait ses principales études. L'exemple de nos voisins nous rassure, une comparaison tacite d'eux avec nous nous fait croire que nous sommes bien , parciî qu'ils sont mal; nous voyons trop leur indigence, nous ne voyons pas assez la nôtre. Mettons sur nos yeux un collyre salutaire ; il est encore un médecin qui guérit \cà aveugles , ou qui règle la vue : approchons-nous de lui avec foi, nous serons éclairés. Bien loin de nous faire rougir par un rebut humiliant, il se fera un plaisir de dissiper nos ténèbres (•')). Alors nous le servirons dans la sainteté cl la justice tous les jours de notre vie (6). En entrant dans nos temples, ceuxniémes qui avaient peine à le croire reconnaîtront que le Dieu de majesté y fait sa résidence ("7). On nous trouvera tels qu'était Salomon devant l'autel du Seigneur (8). Attendris , enchaînés par nos exemples , les peuples rendront gloire au Père qui habite dans les cieux (9). Les moins vertueux se reprocheront leur tiédeur, au lieu de nous faire un crime de la nôtre.
9. Mais vcux-je donc qu'un chapitre peu nombreux, souvent composé en grande parlie de vieillards el d'infirmes, réduit d'ailleurs par le malheur des temps à la plus incommode médiocrité, fasse l'office avec cel air de dignité et de grandeur qu'on admire dans la première église de Paris'? Non sans doute ;
temps.
(5) Scrutabor Jérusalem in lucernis. Sophon. i, 12.
(4) Si quis autem superaedilicat... auruin, argentuni, lapides preticsos, ligna, fœnum, stipulam, uniusciijusque opus manil'esluiu erit. I Cor. lu, 12 et 13.
(o) Accedite .id i.um, el illumiuamini ; et faciès veslra non confundenlur. Psalin. xxxiii, 5.
(6) lu sanctilate et juslilia coram ipso, omnibus diebui nostris. Luc. i, 73.
(7) Vere Dominus est in loco isto, et ego nesciebam. Gènes, xxviu, 16.
(8) Ftexis genibus , et palmis in cœtum extensis. 111 Kfg. ïi.
(9) Ut... glorificeut Palrem veslruin, qui iu cfelis es!. M.-mU V, 10.
il n'y cul jninais de loi pour l'impossible. Je no lui demande donc, ni celte multitude d'officiers, ni ce grand nombre d'ornements, ni celle confusion de voix de tout genre, qu'on fait si bien valoir dans les grandes ciithédrales. Je demande, et je suis sûr que la religion qui connaît la mesure de ses droits, ne nie désavouera pas , je demande que l'église la plus pauvre soit tenue aussi proprement qu'elle pourra l'être ; que son linge, ses ornements, ses livres soient ménagés avec soin et respc( t ; que le peu d'enl'anls de chœur ([ui s'y trouvent soient bien formés ; que les cérémonies, et principalcmenl celles qui ne reviennentqu'unefois par an.soienlloujours préparées ; que chacun se fasse une règle d'arriver plutôt un quart d'heure avant le commencement de l'office qu'une minute après; qu'on ne traîne point sur ce qui doit se dire rondement, qu'on ne coure point sur ce qui doit êlre dit avec gravité ; qu'on évite, en baissant les stalles, ce fracas énorme qui rappelle les ténèbres de la semaine sainte ; qu'on n'y souffre jamais, ni dans la musique, ni sur l'orgue, ces airs profanes qui respirent toute autre chose que la piété (1) ; qu'il n'y ait au chœur que ceux que leur état et leur sexe n'en excluent pas, et que de tous ceux .jui le composent il ny en ait pas un seul qui n'annonce par son recueillement profond et par tout son extérieur que le mouvement de ses lèvres n'est qu'une faible expression du mouvement de son esprit (2). Or, la vertu dit qu'en tout cela il n'y a rien que d'aisé : je me contente de dire qu'il n'y a rien d'impossible.
Cbap. II. — De l'obligation des chanoines par
rapport à l'office en général.
[Voficz ce clia|iilre à l'art. Chanoines.)
Chap. III. — Ve robligation des chanoines par
rapport à certains offices.
(Vnijez ce chapitre à l'art, cité.)
Chap. IV — Des causes qui exemptent de la
résidence.
(Voyez ce cliaiiitre h l'art, cité.)
Chap. V. — Suite de la même matière.
{ Vutjez ce chapitre a l'art, cité.)
Chap. ^ I. — Des peines, soit d'un chanoine
gui mangue à l'office, soit de ceux qui le
favorisent.
(Voyez ce chapitre à l'art, cité.) Chap. VU. — Ors moyens d'exciter et rf« nourrir sa ferveur dans les offices publics. (l'oi/fs ce ch.Tpitre à l'art. Fekxecb.) TITltE QUATlilÉME.