Premier moyen, demander à Dieu l'esprit
de prière, et le demander arec ferveur. — 2. Second moyen , une vraie et sincère humilité. La vérité bien consultée nous y conduira. — -i. Troisième moyen, une grande idée de la majesté de Dieu. — k. Quatrième moyen , un grand amour pour lui et pour le prochain. — 5. Cinauième moyen , une vive rtconnaissiince des hienfaitx que nous avons reçus de Jcsus-Chrisl. — G. Sixième moyen, une dévotion sincère à la très-sainte \ ierge. L'auteur que j'ai cité au commencement de cet article propose quatorze moyens d'attirer ou de conserver l'esprit de prière et de ferveur, si nécessaire à un homme dont presque toute la vie doit se passer à chanter les louanges de Dieu ei à invoquer ses miséricordes. Je me bornerai à cinq ou six qui m'ont paru les plus esscniicls. On s'attend bien que je ne les proposerai que d'une manière très-abrégée.
1. Le premier et le plus important est de demander à Dieu ce don précieux , qui esl la source de tous les autres. 11 la promis dans l'ancienne loi , comme un apanage de la nouvelle (i) ; et celle-ci, il sr-mhle qu'il ne l'ail établie que sur la prière. Veillez et priez. Priez sans cesse, et pries avec ferveur. Demandez, et vous obtiendrez tout ce que vous aurez demandé (5). \o\\-À comme l'abrégé de la morale du nouveau Testament; c'est sur ce fondement que portent la loi et les prophètes, parce qu'il conduit à l'amour, qui est l'accomplissement des prophètes et le terme de la loi. C'est donc un grand arl que celui de prier; il faut tiiême qu'il soil le plus important de tous , puisqu'il décide de notre sort , qu'il semble disposer de la toute-puissance de Dieu (6), ctqu'il est en quelque sorte lui-même lout-puissant ; c'est la riche épithètc que Théodorel a cru lui pouvoir donner : Ùmnipoiens oratio, cum sil una, tamen omnia potest.
Ce qu'il y a de plus consolant , c'est que , par une disposition particulière de la miséricorde de Dieu , la grâce de la prière est celle qu'il a le plus prodiguée. S'il avertit les justes et les pécheurs de demander , il aide les uns cl les autres à le faire comme il faut (7). Pour désirer de vivre, il n'est poiul
lard, j'ajouterai qu'il mourut à Avignon le 25 mars 1751, après avoir fait une profeiisionlrès-expresscdesouniissioa à toutes lesdiîcisionsde l'Eglise. L'arclie\êiue d'Avisnop, ayant su ( en 1755 ) que j'avais d'abord quelque peine à le croire, m'en donna un cerliGcat bieu et dùnienl légalisé. La parole de cet illustre prélat m'aurait suffi.
(i) EOundani super domuiu David, et super habitalores Jérusalem, spirilum Rratia; et precum ; et aspicient ad me, etc. Zachur. xii, 10.
(5) Vigilate et orate. Malth. xxvi, 4t. Sine intermlssione orale. Thessal. v, 1". Spirilu ferventes, oralioni instantes. Jlom. xii, 11 et 13. Orationi insuie, vigdantes in ea. Coloss. iv, 2. Petite , et dabilur vobis; quaerile, el invenielis, etc. Malth. mi. Petite, et accipietis, ut gauJium ve^trum sit plénum, .toan. xvi.
(6) La Placetle, lom. I, pag. SIS.
(7) Deus iniiiossibilia oou <ubel: sed iubeado oHwet et
nécessaire d'élre déjà vivant. La prière d'un coupable ne serait-elle donc qu'un nouveau péché , et les premiers efforts qu'il fait pour apaiser son juge ne serviraient-ils qu'à l'aigrir davantage? Ce cruel et désespérant système blesse peut-élre moins la foi qu'il n'outrage la raison.
Mais n'abusons point du sage principe qui lui est opposé. On peut prier, souvent même on a quelque volonté de le faire : on est touché à la vue de ceux qui le font comme il faut , on leur porte une sainte envie. Malgré ces désirs dont l'enfer est tout plein , on ne trouve en soi qu'une sécheresse affreuse, qu'un assoupissement qui , dans rordre de la nature, annoncerait une mort prochaine, et qui, dans l'ordre de la grâce, annonce quelquefois une mort consommée. La vérité aurait-elle donc voulu nous endormir? Ses promesses ressembleraient - elles aux superbes annonces de cette vaine philosophie qui Qalta ses sectateurs d'un bonheur solide, et ne leur tint jamais parole? Non, l'erreur ne peut être sur sou compte. En établissant le pouvoir de la prière , elle en a Gxé les conditions , et ces conditions ne sont rien moins qu'arbitraires. Les grandes faveurs, les faveurs qui décident de l'éternité, doivent être appréciées selon leur juste valeur. On ne les obtient que par la ferveur, par une persévérance importune , par un généreux détachement de tout ce qui peut blesser les yeux de celui qui les accorde.
A la lueur de ces principes, qui ne passeront jamais, il est aisé de voir que l'esprit de prière est aussi rare qu'il pourrait et qu'il devrait être commun. Un homme qui ne s'arrache d'entre les bras du sommeil que le plus tard qu'il est possible ; qui , dans l'intervalle du trajet de sa maison à l'église, ne pense que faiblement à Dieu ; qui , dans la belle saison , aime beaucoup mieux passer à la porte du temple le moment qui précède l'ofûce, que d'en profiler pour se préparer à la grande action qu'il va faire ; un homme qui, en ne manquant à rien d'extérieur, croit faire beaucoup , parce qu'il en voit d'autres qui font encore moins; qui souvent, dès le sanctuaire, se souliige, en entamant une conversation déplacée , de la violence qu'il s'est faite pendant une heure ; qui, de retour chez lui , ne pense qu'à réparer des forces qu'il n'a pas prodiguées ; qui laisse à des commençants le soin et la pratique d'élever leur cœur à Dieu pendant le cours de la journée ; un homme qui donne tout ce qui lui reste de temps libre, tantôt à l'ennui, tantôt à des exercices qui vont mal avec son état, tantôt à des visites plus que superflues ; un homme enfin qui sans cesse affaiblit ses
faccre quort possis et pelere quod non possis , et adjuvat ut (lossis. Tiid. sess. 6 , cap. 11, ex Auqttst. lib. de Nul. et Grnl. cap. 43.
(1) Difigalur oralio mea, sicut incensum, in conspectu tuo. Psalm. .xviii. Data snnl ei incensa muUa, ut daret do oi'alionibus sanctorum omnium. Apoc. vjii.
(2) Mettez cet liomme au noml)re de ceux qui sont stériles, et dont les travaux n'ont point de succès. Jerem. ziii, ôO.
(3J Doiuin?, dtice nos orare. lue. xi, 1.
forces , qui ne pense jamais à les réparer, qui ne s'est point fait à remplacer par une lecture salutaire ce qui lui manque du côté de l'oraison : un homme de ce caractère pourra bien articuler des paroles et former des sons ; mais il n'y aura rien, ni diins le son , ni dans la parole qui devant Dieu le distingue de l'instrument qui résonne à côté de lui. il ne s'entendra lui-même tout au plus qu'en philosophe, et il ne sera point entendu du ciel. Au lieu de cet encens qui devait monter jusqu'au trône de la gloire (1), il n'offrira qu'une légère vapeur, que le même instant verra naître et se dissiper. Le monde , qui ne peut juger que des apparences, applaudira peut-être à sa régularité et à son exactitude. On le proposera comme un modèle pendant sa vie ; après sa mort, une épilaphe pompeuse annoncera aux siècles futurs son inflexible résidence ; mais qu'il est à craindre que son juge n'ait dit de lui , et dans un sens plus fâcheux , ce qu'il disait autrefois d'un roi de Juda : Scribe vi- Tum isluin slerilem , virum qui in diebus suis non prosperabilur (±) 1
Que faire pour prévenir un si grand mal? S'écrier, mais souvent, mais du fond du cœur : Daignez, Seigneur; daignez m'apprendre à prier (3). J'ai une adresse infinie, j'ai des ressources sans nombre , lorsqu'il s'agit de pourvoir à mes besoins temporels. Je trouve, pour les développer dans toute leur étendue, des expressions et des larmes Mon cœur n'est muet que lorsqu'il est question de lui par rapport à vous. Je ne suis pas, ô mon Dieu, encore asseï aveugle, assez endurci pour ne pas sentir ma misère. Je vois , et je ne vois qu'avec horreur une partie de mon indigence (4). Malgré ce sentiment , je ne trouve eu moi qu'un malheureux qui, submergé dans les eaux de la mer, ne fait que de languissants efforts pour gagner le rivage. Sauvez-moi, Dieu de bonlé (5). Apprenez-moi du moins à vous demander mon salut. Je ne prétends justifier ni ma faiblesse, ni mon ignorance. Plus coupable qu'un de vos apôtres, depuis le temps que je suis à votre école, j'aurais dû apprendre le chemin qui conduit à la vie. Peutêtre avais-je trop compté sur mes forces Peut-être que, faute de connaître le prix de ce que j'avais commencé à vous demander, je me suis arrêté trop tôt. Peut-être qu'au lieu de trois flèches il eût fallu en tirer jusqu'à sept , pour détruire sans retour mon implacable ennemi (6). Je reconnais ma méprise. Je sens, à n'en i)ouvoir douter, que, dans l'accablement où je me trouve, il ne me reste d'autre parti que celui de lever les yeux vers le ciel (7). Rendez-vous propice à
(i) Ego vir videns paupertatem meani. Tliren. m, 1 (b) Salvum me fac, Dens, quoniam intraverunt aquœ usqiio ad animaui nieam. Psalm. Lnvni, 1.
(6) Si percussissesquinquies, aut sexies, sive septies, percussisses Syriam usque ad consumptionem. IV Reg. xni, 18.
(7) In nôbis quidem non est tailla fortitudo ut possimns liuic nmllitudini resisiere , qua; irruit suner no». Sed cui» ignoremus quid agere dcbeamus, lioc soluni habemus residui ul oculos nosiros dirigamus ad te. Il Parai, xx ,
FER
FER
mes vœux. Hâlcz-vous de me secourir. Faites luire sur moi quelques rayons de l'esprit qui renouvelle la face de la terre. Puisse-l-il former en moi ces gémissements que vous exaucez toujours!
2. Il entre dans ces réflexions, qui tontes sont tirées des livres saints (1) , beaucoup d'humililé. C'est qu'en effet l'humilKc de cœur l'Sl un des plus sûrs moyens d'obtenir l'esprit de prière et les grâces qui y sont attachées. Il serait inutile de se répandre en paroles, pour prouver une vérité aussi rebattue qu'elle est capitale. Il n'est point de fidèle qui l'ignore dans la spéculation. Tous savent que dans la prière nous sommes par rapport à Dieu ce qu'est par rapport à nous un pauvre qui nous demande l'aumône : Mendici Dei sumus, dit saint Augustin. Il n'y a personne, pour peu que le cœur soit chez lui d'accord avec les lèvres, qui ne dise comme le prophète-roi : Ayez pitié de mui , Siiyneur, parce que je suis dans l'indigence el que vous êtes le seul qui (missiez m'en tirer (2). Or, la présomption, la confiance en soi-même, l'orgueil, en un mot, ne va pas bien avec les cris d'un homme qui expose sa misère. Je déteste un pauvre plein de luimême, dit le Saint-Esprit par la bouche de l'Ecclésiastique : c'est un monstre à mes yeux; je ne puis le souffrir (3). An contraire, et c'est le même Esprit de vérité qui nous en assure, la prière de celui qui est véritablement humble perce les nues ; elle ne s'arrête point qu'elle n'ait été jusqu'à Dieu ; elle n'en sortira point que le Très-Haut ne l'ail regardée d'un œil favorable (♦). Oui, Seigneur, disait Judith (5), les soupirs de ceux qui joignent l'humilité à ta douceur ont touiours trouvé grâce devant vous. Jamais vous n'avez rebuté les vœux qu'ils ont osé vous adresser. Vous les exaucez en quelque sorte avant qu'ils aient commencé à ouvrir la bouche : leurs désirs, la disposition de leur cœur, tout vous plaît de leur part, tout est couronné (6).
Nous sommes quelquefois surpris des grâces dont Dieu a comblé, je ne dis pas ses amis, cela serait moins frappant, maïs des pécheurs qui l'avaient longtemps et cruellement abandonné. Un moment de réflexion sur les sentiments dont leur prière était animée diminuera un peu notre étonncment. Il n'y a rien dans leurs gémissements qui ne porte l'empreinte de la plus profonde humilité. L'enfant prodigue s'écrie à haute voix qu'il ne mérite plus le tendre nom de fils. Il se croit heureux d'être traité comme les va-
(1) Sailli Auf;usliD conseille h ceux qui n'ont pas le lalenl de parler èloquemment d'eni|iloyer beaucoup les paroles de TEcrilure. 0«um<o enim, dil-il, se pauperiorein sentit in suis, taïuo eian oporlel in islis esse duiorem , lib. IV de Doetr. Cbrist. num. 8.
(2) Inclina , Domine , aurem Uiam , et exaudi me; quouiam inoi*» et pauper siini ego. Pi,ulm. lx\xv, t. Ego autem mendicus stmi et pauper. Psutm. xxxis, 18.
(3) Très species odivil anima mea , el aggraver valde aninise illorum ; pauperem superbum... EccU. xxv, 5 ei i.
(*) Oralio buniilianlis se penelrabit nubes ; et non discedel, donec Allissimus aspicial. Eceli. xxxv, 21.
(5) Humilium ellmansuelorum semper tibi placuit depri'caiio. Judith, ix. Hespexii in oratiooem tiumilium, et non sprevil preces eorum. Piulni. ci.
lets qui sont au service de son père. Il a péché contre l6 ciel et contre la terre; il veut que le ciel et la terre soient témoins de son repentir el de sa confusion (7). La femme pécheresse fait encore plus par ses actious que le prodigue n'avait fait par ses paroles. C'est au milieu d'une nombreuse assemblée, et chez un homme qui n'avait que du mépris pour elle, qu'elle va trouver le médecin qui doit guérir ses plaies. Il n'y a ni censure, ni mauvais jugement, ni bienséance humaine qui l'arrête. Elle annonce publiquement par ses larmes, cl la honte de ses écarts, el l'excès de sa douleur. Son silence en dit plus que n'en auraient dit ses paroles. Mais si elle triomphe d'elle-même, on peut dire qu'elle triomphe de son juge. Elle désarme sa colère. Ses péchés, el elle en avait beaucoup commis, lui sont pardonnes. Sa jusliGcalion est le fruit de son amour, mais d'un amour plein d'humilité (8). Je ne fais qu'indiquer l'exemple du publicaiu. Ce ne fut pas l'abondance de ses paroles qui le justifia : ce seul mol, Mon Dieu, soqex propice à un pécheur comme tnoi, lui valut sa grâce. C'est que ce seul mol parlait d'un cœur humilié. Un homme qui n'osait lever les yeux (9), qui se tenait au bas du temple, qui se frappait la poilrine comme un coupable qui attend son arrêt, publiait par son altiluciu seule que son péclié était toujours devant lui. Mais ce n'est pas seulement chez des coupables qui avaient besoin d'une miséricorde singulière, que 1 on trouve des exemples de cette profonde humilité qui donne des ailes à la prière, et qui l'élève jusqu'au trône do Dieu. Ces hommes que la droite du Tout- Puissant protégera toujours, qui semblaient avoir des droits acquis sur tout ce qu'ils pouvaient demander, qui traitaient avec leur Seigneur comme un ami traite avec son ami : ces hommes que Dieu consultait en quelque sorte sur ses projets, et dont il paraissait attendre l'avis, n'ouvraient la bouche qu'en tremblant lorsqu'il s'agissait de demander des grâces. Timides, incertains, frappés et comme anéantis à la vue d'euxmêmes , Je ne suis, disaient-ils, ;'e ne suis, ô mon Dieu, que cendre et poussière : oseraije élever ma faible voix? Souffrez, Seigneur, que le dernier de vos serviteurs puisse encore vous dire un mot. Je vois que j'ai besoin Je toule votre indulgence, mais dans une affaire où il s'agit de votre gloire, me serat-il permis de rompre encore une fois le silence, etc.? Ainsi parlait le Père des croyant» (10); et nous n'aurions point de
(fi) C'est le sens que donnent quelques iuti.rprètes à ces paroles du psaume i\ : Desiderimn pauperum exaudivit Dominas :prœpttrationein cordis eorwn exaudiiit auris tua.
(7) Pater, peccavi in cœluni et rorani le ; jam non suni dignus vocari tilius tuus : tac me sicut unuui de mercenariis tuii. Luc. xv, t9.
(8) Vide Luc. vu, a versu 37.
(9) Publicauus a longe slans uolebal nec oculos ad coflum levare; sed percuiiebal pectussuum , dicens : Deus , propitius eslu niihi peccatori. Luc. x\hi, ij.
(10) Loquarad Dominuuimeuui.cum sim puUisel cinis. Ne, quaeso , indigueris, Domine, si loquar... Obsecro, nii irascaris, Oooiine, si loquar adbuc semel. Gènes, xvui, i7, 30 el 32.
peine à reirouver ces mêmes sentiments dans tous les justes qui l'ont suivi. Quelle humilité, mais quelle leçon pour des hommes qui, en plus d'un sens, sont au-dessous d'Abraham, et qui, à le bien prendre, demandent beaucoup plus qu'il ne demandait alors 1
Mais une leçon si importante, si difficile, ne s'apprend bien qu'aux pieds du Fils de Dieu. Qu'un jeune ministre des autels ose s'approcher de lui et l'interroger, peut-être qu'effrayé des réponses de celte vérité essentielle, il aura plus besoin d'être muni contre le découragement que fortifié contre l'orgueil.
La vérité lui dira que sa naissance est presque en tout semblable à celle des plus vils animaux ; que, comme eux et plus qu'eux, il vient d'une origine impure; que le moment qui l'a vu homme l'a vu criminel aux yeux de Dieu, fils de colère et de perdition.
La vérité lui dira que ce n'est que par miséricorde qu'il a été affranchi d'un si déplorable état ; qu'à peine a-t-il eu l'usage de la raison il s'en est servi pour s'y replonger; qu'il s'est abandonné aux passions les plus capables de le déshonorer ; qu'il s'est dégradé à un point qu'il n'aurait pas osé faire subir à son plus mortel ennemi.
La vérité lui dira qu'il n'a rien qu'il n'ait reçu ; que ses plus beaux talents pourraient bien servir à sa condamnation ; que ceux qui le flattent davantage, comme l'esprit, les grâces, la naissance, lui sont communs avec un nombre infini de réprouvés; que plusieurs d'entre eux ne le sont aujourd'hui ou ne le seront un jour que parce qu'ils en ont été trop richement partagés (1).
La vérité lui dira qu'il est un étranger sur la terre, qu'il s'avance à grands pas vers la maison de son éternité; que comme il n'était pas il y a moins d'un siècle, il ne sera plus en quelques années; que la pourriture sera sa sœur ; que les vers le dévoreront jusqu'à ce qu'après avoir tout consumé, ils se consument eux-mêmes.
La vérité lui dira qu'il n'y a aucun moment où il sache bien ce qu'il est aux yeux du souverain Juge ; qu'il peut se croire plein de vie el être déjà mort; qu'au moins il n'est pas bien sûr de sa justification , et qu'il doit toujours craindre, même à l'égard des misères qui lui ont été pardonnées (2).
La vérité lui dira qu'il marche comme un aveugle, sans trop savoir où aboutira sa course ; que quand il aurait vécu dans l'in- '
(1) Voyez saint Chrysoslonie , (iii. iv, chap. 1, du Sacerdoce. Je ne veux dire que ce que dit ce saint docteur. Ce ne sont ni les talents, ni les grands emplois qui damnent: mais le non-usage ou l'abus qu'on en fait.
(2) Sunt jusli alque japientes... pl tameu nescit homo ulrum aniore an odio dignus sit. Eccli. ix. Terribilis vox : lotus infremui. S. Bernard. De propiliato peccato noli esse sine melu. Eccli. v, 5.
(3) Disputante illo (Paulo) de justitia, et castitate, et judicio ftiluro, tremet'actus Félix, etc. Act. xxiv, 25.
(4) C'est une expression de feu M. Brunet, abbéde Saint- Crespin de Soissons. Elle doit, comme bien d'autres semblable!, s'entendre ex œqiio et bono. Mais on ne la vériûe que trop souvent.
IS) Serapliim... duabus alis velabanl façiera eiui!. Uebr.
nocence, quand il serait déjà prêt à saisir l'heureux rameau qui porte la gloire, il peut dans un instant devenir, comme David, Salomon et tant d'aulres, un criminel du premierordre; quepeut-étre sonimpénilenceest prévue, et en conséquence sa réprobatiuu arrêtée.
Ces maximes, dont un orateur plus fameux encore par son humilité que par ses talents, me donna autrefois la première idée; ces maximes, qui allaient jusqu aux moelles da séculier le moins vertueux, ne feraient-elles donc aucune impression sur l'ecclésiastique? Hélas 1 il n'est que trop souvent |>lus difficile à ébranler qu'un autre, et rien de plus commun que de le voir s'endormir au bruit de nos anathèmes. Quelques paroles de saint Paul sur la justice, la chasteté et le jugement à venir, déconcertèrent Félix, qui n'était qu'un païen (3) ; si c'eût été un prêtre, il aurait pu dire : Voilà un homme qui parle bien ; mais il n'eût pas cligné Us yeux (4).
3. Rien n'est plus propre à faire naître cette profonde humilité qu'une haute idée de la grandeur de Dieu, une sérieuse considération de son infinie sainteté, une crainte religieuse de sa majesté. Celui devant qui nous nous présentons avec des manières si libres, si aisées, quelquefois si profanes, est celui-là même dont les séraphins ne peuvent soutenir les regards (5), et devant lequel les puissances sont dans le tremblement. C'est lui qui, selon le sublime langage de l'Ecriture, mesure les eaux de l'Océan dans le creux de sa main, qui de cette main soupèse les cieux, qui de trois doigts soutient la masse énorme de la terre, qui met dans la balance et les montagnes et les collines. C'est lui devant qui tous les peuples du monde ne sont que comme une goutte d'eau, que comme ce faible grain qui ne peut donner la moindre inclination à la balance. C'est lui qui failles îles comme un peu de poussière; qui ne trouve rien digne de lui, ni dans l'encens, ni dans tous les cèdres du Liban; qui, assis sur le globe de la terre, ne voit tous les hommes que comme de vils insectes, comme le néant même. C'est lui qui anéantit les princes, qui réduit à rien les juges de la terre, qui par un souffle les dessèche et les emporte comme la paille (6). C'est lui qui touche les montagnes et les réduit en cendres; qui déplace la terre et ébranle ses colonnes; qui donne ses ordres au soleil, et le soleil ne se lève point (7). Mais c'est lui encore qui de son sanctuaire,
suam. Isaice vi, 2. Vide Menocbium bic.
(6) Quis niensus est pugillo aquas , et cœlos palmo ponderavil? Quis appendit tribus digitis molem terr» , et IIbravit in pondère montes, et colUs in statera? Ecce génies quasi stilla situlae , el quasi momenlum staterae repulatse sunt. Ecce insulae quasi pulvis exiguus. Et Libanus non sufficiet ad succendenduni, el animalia ejusnon suflicientad holocauslura.Omnesgentes quasi nonsint, sic sunt corameo; et quasi nihilum elinane repulat» sunt ei... Qui sedet super gyrunUerra, elbabitatoresejus quasi locustae. Qui dat secretoruin scrulalores quasi non sint , judiecs terras velut inane fecil. Uai. xl , 12 et seqq.
(7) Qui tangit montes, et fumigant. Psalrn. au. Qui eoramovel lerram de loco suo, et coluninss ejus concutiuntur. Qui praecipii soli, el non oritur, elc Joli- u.
FER
FER
comme d'un tribunal où il veut être redouté (1), prononce des arrêts de vie et de mort; et comme autrefois sur le Calvaire, sanctifie d'un côté un pénitent qui le prie avec huiiiililé, et réprouve de l'autre un malheureux qui jusqu'au dernier moment ferme ses yeux à la lun)ière.
Ces idées de grandeur, de sainteté, de justice , si elles ctiiicnt tant soit peu approfondies, ne pourraient manquer de produire, dans rpccicsiastiqiie connue dans le séculier, une impression de respect, de frayeur, de saisisscinent. L'invisible paraîtrait ce qu'il est ('2). Bien loin de s'avancer jusqu'au pied de son autel, comme n'auraient osé le faire les empereurs du temps de saint Ainbruise, et comme le font les femmes mômes (3), surtout dans les campagnes où elles ont du crédit, à peine se croIrait-on en sûreté au bas du temple. On mettrait, s'il était possible, entre l'arche et soi plus de distance que n'en niitentre la montagne et lui le poupie d'Israël, lorsqu'il plut à Dieu de lui intimer ses ordres (V . Il est vrai qu'on n'oublierait pas ([u'il estleDieudcs miséricordes, mais on oublierait encore moins qu'il est le Dieu de sainteté ; que son nom est grand et terrible ; qu'une religieuse frayeur est devant lui le commencement de la sagesse (5); que son trône est de flammes ardentes ; qu'un lleuvc rapide de feu sort de devant sa face ((3) ; qu'il porte encore la foudre dont il frappa, pour un léger manquement de respect; cinquante mille Bclhsamites; qu'il a toujours à ses ordres des millions d'anges, qui n'attendent de sa part qu'un clin d'oeil pour obéir {!), et qu'ils n'obéissent jamais plus volontiers que lorsqu'il s'agit d'arracher l'ivraie d'un lieu qu'elle déshonore (8).
A la vue de ces grands objets, le cœur le plus languissant semble se réveiller. Il croit apercevoir en lui quelque étincelle du zèle qui f.iisail sécher un prophète, et qui dès le malin immolait à une juste vengeance tous les pécheurs de la terre (9). Il se forme dans ses entrailles un feu donl il a peine à retenir l'inipétuosilé (101. A\eugl(; qui ne voit pas qu'il est le coupable , qu'il se juge par sa propre bouche , qu'il doit être le premier objet de son Indignation (H), et que te n'est souvent que sa dissipation et son peu de recueillement qui font croire aux laïques que ce qu'on leur dit de la sainteté du temple et du respect (|iii lui est dû n'est bon que pour elTrayer les enfants.
(1) Pavele ad saocluarium nipum : ego Dominus. Levit. XXVI, 2.
(2) Kide M"yses. . iuvisibilim lanqiiani vidcns susli- ■iiit He. r. XI, 24 et 27.
(3) l.aici socus allare, qiio sancl i mjsloria celebranUir, InliT cli'Hoos, lam ad vigilias ciuain U'I luissas, ilaie |>eiiilus non lusesumaDl ; sod pars illa qiix a caiirellis versus allare dividilur, clioris lanluin psalleiiliuin patoat clerlconim. Concil. Turon. », an. Sb7, cun 1.
(i) Non eniin porlabanl quod dicebalur : El si beslia teligeril monlcni, lapidabitur. Hebr. xii, 20. Vide Eiod. xix. 13.
(b) Sanctum il lerriblle nomeii ejus : iiiilium sapienliae limer Donnini. Psatm. ex , 9.
(6) 'l'Iironusejus fijiiimae ignis : rnlce cjiis ignis accensus. Fuiviiis igneus rapidusque egrediebalur a laeie ejus. Maiiiel. vu , 9.
Qu'il commence désormais son jugement par sa propre réforme. Si une illusion involontaire ne l'écarté pas, comme un saint docteur, de la basilique des martyrs, (ju'il publie au moins, par son attitude et sa composition extérieure, que le li« u où il enire est terrible à ses yeux ; qu'il le regarde comme la maison de Dieu cl la porte du ciel li). Son siècle, sans en parcourir d'autres, lui fournira des modèles capables de le toucher. En voici un qui réunit à beaucoup de simplicité beaucoup d'élévation, mais donl l'élévation n'a rien que de très-possible au secours ordinaire de la grâce.
n Je connais, disait le pieux et respectable archidiacre d'Evreux (13), je connais des personnes qui, dans une disposition respectueuse et dans une vue pénétrante de la majesté de Dieu, ont, pour tout ce qui regarde son culte, une vénération inconcevable. J'aurais de la peine à en rapporter toutes les particularités, parce que peu de gens sont capables de les bien comprendre. Je dirai seulement que tous les lieux cl toutes les choses qui sont consacrées au service de Dieu, comme les temples, les chapelles, les ornements, les cimetières.... et généralement tout ce que l'Eglise approuve, sont pour elles l'objet d'un respect inexprimable. Elles se donneraient bien de garde de faire de nos églises un passage , cl elles n'y entrent que pour rendre leurs adorations à la majesté suprême. Si elles font voyage, et qu'elles passent devant nos sacrés temples, elles ne manquent pas de descendre de cheval pour donner à Jésus-Christ, résidant en ces saints lieux, des marques de vénération pour lui. Elles sont saisies de frayeur au moment qu'elles y entrent : et si elles sont obligées d'y dire quelques paroles, elles le font à voix basse, et d'une manière qui marque assez combien elles sont pénétrées de la présence de Dieu. Quelque part qu'elles se trouvent, si elles entendent dire quelque chose qui regarde sa grandeur, dans l'instant elles se sentent précipitées dans un abirac d'humiliation et d'anéantissement devant cet Etre infini, etc.» Que ces sentiments sont beaux 1 qu'ils sont bien assortis à l'esprit de foi, et qu'ils doivent pleinement enfanter l'esprit de prière I Daignez , mon Dieu , m'en remplir et en remplir avec moi tous ceux à qui vous avez confié le glorieux «îinploi de chanter vos louanges et de célébrer vos miséricordes.
(7) Millia miltium ministrabant pi, et decies oilllies cenlena millia assislebanl ci. Idem. ibid. 10.
(8) Vis iimis, el colligiiuus ea? Mallh. xiii, 28.
(9) Tabescere nie fccii zelus meus. Psatm. cxviu. lu raalulino inierliciebam oiuues peccalores lerrs. Psatm. c, 8.
( 10) Faclus est in corde meo quasi ignis exsestuans, clau siisque in ossibus nieis ; el defeci , ferre non susUoens. Jerein. xx, 9.
(11) Tu es ille vir. II Reg. xn, 7. Ex ore luo le judico. Luc. XIX, 22.
(12) Pavensque [Jacob) , Quara lerribilis est, ioquil, locus iste ! Non est hic aliud nisi domus Dei el porta cœli. Gènes, xxviii, 17.
(15) Voyez la nouvelle Vie de ce grand sorvip Dieu (H. M. Boudon) t. II, pag.230, ou plulôl^^du respect dû à la sainteté des églises.
ï. Mais, après avoir commencé par la crainte, il faut qu'ils s'efforcent de monter jusqu'à l'amour. C'est lui qui consacre, qui ennoblit toutes les vertus, qui leur donne un prix qu'elles n'ont point par elles-mêmes. Qui ne l'a pas, eût-il la foi qui Iransporle les montagnes, demeure dans la mort. Qui l'a pleinement opère de grandes choses : qui ne fiit rien se flatte inutilement de l'avoir (1). Or cet amour, quelle consolation, quel feu ne doil-il pas répandre diins la prière ! Quelle conGance, quelle vivacité de sentiment et d'expressions, quelle tendresse n'a pas un homme qui demande à celui qu'il aime ; qui sait que celui qu'il aime est en élat de lui donner plus qu'il ne demande , et qu'il n'est jamais plus content que quand il donne !
Nous avons vu les saints parler à Dieu avec crainte : suivons bien leur manière de prier, et nous verrons qu'elle fui toujours mêlée de celle confiance sainte que donne l'amitié. Ils osaient donner à Dieu leurs avis, et vouloir en quelque sorte rectifier les siens. Ils faisaient plus, ils s'opposaient à ses desseins, et Moïse l'empêcha plus d'une fois d'exécuter la résolution qu'il avait prise de perdre son peuple. Telle est l'assurance qu'inspire l'amour. 11 peut tout, il ose tout : il ne peut et n'ose jamais que dans l'ordre.
Mais à qui l'amour devrait-il être plus naturel qu'à un prêtre, si dans l'ordre de la grâce il y avait quelque chose do naturel ? Il a toutes les raisons d'aitner qu'ont les autres hommes : il en a un très-grand nombre que les autres hommes ne partagent point avec lui. Le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferment, m'invitent à votre amour, disait saint Augustin (2) ; et ils y invitent comme moi tous les enfants d'Adam, mais d'une manière si vive, si pressante, qu'ils ne laissent à la langueur aucune excuse qui puisse diminuer sa faute.
Si cela est ainsi du séculier même, de quel voile un ministre de l'autel couvrira-t-il la sienne ? Le sanctuaire, fût-il impénétrable au reste d'Israël, est nuit et jour ouvert pour lui. Les grâces qui n'y distillent que goutte à goutte pour le peuple, y coulent pour lui comme l'eau des fontaines. La dignité dont il est revêtu est la mesure des faveurs qui lui sont destinées. Chaque jour il peut se couvrir tout entier du sang de Jésus-Christ, Chaque jour il peut joindre à son talent le talent que son frère plongé dans les embarras du siècle manque de faire profiter. Chaque jour interrogé sur ses dispositions, il
( 1 ) Aoior magna operatur, si est : aut si operari renuit amoc non esl. S. Gregor.
(2) Std ei cœlum et te.-ra, el omnia qua; in eis snnt, ecce undique niihi dicunt ni le aniem ; nec cessant dicere omnibus, iia lu sint inexcusabiles. Auqu&t. lib. x Confess. cap. 6.
(3) Domine, lu omnia nosti , lu scis quia amo le. Joan.
(4) Non dubia , sed certa consclenlia, Domine, amo te. rercussisli cor meum verho mo , el amavi te. Sed et cœium el terra , elc. , lU supra.
(tJ) ûuid libi sum iiue, ui aiuari le jubeas a me ; el aisl
peut se mettre en élat de rendre, comme saint Pierre (3), témoignage à son cœur ; ou de dire, avec saint Augustin (4) : Je vous aime, ô mon Dieu, ma conscience m'en répond, et je suis sûr qu'elle ne me fait point illusion. Votre voix a frappé mon cœur, et mon cœur vous a aimé. Faites, Dieu de miséricorde, que je vous aime de plus en plus. Vous m'en avez fait une loi. Vous me menacez, si je suis infidèle, de votre colère et des plus grands malheurs. Y en aurait-il donc pour moi un plus grand que celui de ne vous pas aimer (5) ? Mais enfin cet amour qui devrait me coûter si peu, il faut que votre grâce, et la plus signalée de vos grâces, le produise en moi. Je n'ai besoin ni d'étude ni de leçons pour aimer de faibles el viles créatures. Leurs plus minces bienfaits m'enlèvent, me dérobent à moi-même. Je les étourdis et j'étourdis la terre du bruit de ma reconnaissance. Il n'y a que vous, ô le plus tendre des pères, le plus fidèle des amis, le plus puissant des protecteurs ; il n'y a que vous que j'oublie avec la plus énorme facilité. Je suis au milieu des flammes, et par un miracle diabolique j'y suis aussi froid que toutes les glaces du nord (6). Ayez pitié de mon état ; ayez-en pitié selon voire grande miséricorde : après le coupable abus que j'ai fait de celles dont vous m'avez si souvent comblé, une miséricorde commune ne me suffirait pas : Altius autem lu misereberis cui misertus eris, et misericordiam prœstabis cui misericors fueris; ulioquin cœlum et terra siirdis loquuntur laudes tuas (7).
Je m'écarterais insensiblement si, en donnant quelque aliment à l'amour, on pouvait s'écarter. Mais qu'a-l-on à craindre vis-à-vis de ceux qui veulent connaître et remplir leurs obligations , quand on ne fait que leur répéter cette maxime constante, qu'on sait prier lorsqu'on sait bien aimer, et que la ferveur de la charité est la voix et le cri du cœur (8)?
Mais celte vraie, cette sincère charité estelle bien commune parmi ceux mêmes qui, par leur étal, y sont le plus particulièrement appelés , et qui, comme nous le disions il n'y a qu'un moment, ont plus de secours pour y parvenir? Jugeons-en par ses caractères. L'Esprit-Saint qui les a tracés n'a pu ni voulu nous séduire. Selon lui et selon ceux qu'il a remplis de ses lumières, la charité est d'une attention extrême à ne rien faire qui déplaise à l'objet qu'elle aime. Elle se porte avec ardeur à tout ce qui peut lui plaire (9). Elle s'en entrelient avec un plaisir infini, et croit toujours n'en avoir point dit assez (10). Elle chérit tout ce qui a quel-
faciam, irascaris mibi, el miueris ingénies miserias? Parvaoe ipsa est, si non ameiu [et August.
(6) Diabolicoquodam miraculo iuier lot ignés frigescimus. Chrysost.
(7) Augusiinus, iisdem libre x et cap. 6, num. 8.
(8) Tacebis, si aniare destiteris... Flagranlia charilalii clanior est cordis. .liigiisl. Enarrat. in ps. xxxvn, 14.
(9) Niinquid chariUs permiuit aliquid mali Cacere ci qupiu diligis?.. Dlleclio vacare non polesl, nisi el mali nihil opereliir, el quulquid potest boni operelur. Aiigust. prttfdl.in psulm. \xxi.
tlO} Vis scixe si Dcum iierfecle diligas, vel aliuJ ijIus
FER
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que rapport avec lui (1). Quelque dégoût qu'elle en eût d'ailleurs, elle sacrifie toutes ses répugnances, et c'est en ce sens qu'elle est patiente, pleine de bonté, sans jalousie, sans enflure, sans ambition, sans intérêt, sans ouibre d'emportement, et que, bien loin de s'entretenir du mal de son frère, elle n'ose pas môme le soupçonner (2).
Si, en rentrant dans votre cœur et après l'avoir sérieusement étudié , vous y trouvez ces grands traits qui caractérisent la dilection , il n'y a rien que vous ne puissiez attendre des miséricordes de Dieu. Votre aridité, vos sécheresses ne m'effraient point. Je n'y vois (]U(: des épreuves, qui à la vérité vous conduisent par un sentier pénible, mais <|ui vous conduisent infaillibletiienl au terme. L'iiiecrtilude , l'obscurité de la voie par laquelle vous marchez, est un artifice de la grâce, i|ui ne vous dérobe sou opération que pour nourrir votre humililé, et par elle doubler vos mérites. Si saint Paul eut besoin de l'ange de Satan pour ne s'enfler pas a la vue de ses révélations , combien plus avez-vous besoin d'ignorer votre état, et le peu de progrès que vous avez pu faire dans la charité?
Mais au fond, vous reconnaissez-vous dans le portrait (ju'on vient de présenter à vos yeux? Ne parlons ni d'enflure, ni d'ambition, ni d'intérêt , passions funestes , don! la redoutable tyrannie s'assujettit aujourd'hui presque toutes les conditions. Bornons-nous a l'amour du prochain , auioursans le(|uel le grand commandement ne peut être rempli , amour qui est une preuve d(; la mission de Jésus-Christ et de la vérité de son Evangile ; amour qui est l'une des dernières grâres qu'un Dieu mourant nous ail demandées (3). Or cet amour, qui seul justifie l'homme ('»), et sans lequel l'homme ne peut être justifié , est-il la plus frappante vertu de ceux qui sont destinés au chœur ? Ignore-t-on dans les chapitres ces menées secrètes qui font échouer l'homuie sage et ses avis ? N'y conuaft-on jamais ces termes offensants , ces plaisanteries grossières, qui ne donnent pas une trop bonne idée de l'esprit de ceux qui les font, et qui en donnent une fort mauvaise de leur cœur? Ne viole-t-ou point, malgré la religion du serment , le secret promis , et ne le viole-t-on que pour louer dans le public le zèle et la prudence de ses confrères ? Les dissensions, les aigreurs mutuelles ne transpirent-elles jamais dans le lieu , où il ne faut porter son présent qu'après une réconciliation solennelle ? Soutient-on ses droits avec cet esprit de paix qui sacrifierait volontiers la robe, après avoir sacrifié le manteau ? Ne va-t-on devant les
tribunaux séculiers qu'après avoir inutilement épuisé tous les moyens d'éviter une contestation publique? La partie adverse uo l'est-elle que de nom pendant le cours d'un procès ? L'œil toujours simple , toujours en garde contre lui-même, ne voit-il plus en elle que les biens qu'il a plu à Dieu d'y mettre; du moins n'y voit-il de maux que ceux qu'il faut indispensableineut déférer à la justice ?
Je ne parle point des communautés qui presque toutes sont obligées aux divins offices. Un écrivain, à qui sa colère a donné do l'esprit, après avoir répété d'après cent autres qu'on y entre sans se connaître, qu'un y vit sans s'aimer, qu'on y meurt sans se regretter, soutient, par surabondance de droit, que celui qui l'a dit le premier a flatté le portrait. C<s proverbes, comme une infinité d'autres qui sont devenus tels en naissant , n'ont de jusle qu'une certaine harmonie, tju'un homme fier et farouche comme Ismaël, et peut-être l'auteur, mérite, en frappant tout 1.' monde, que tout le monde lui porte sou coup (5) , rien n'est moins surprenant, moins repréhensible. On peut, sans manquer à la charité, humilier l'orgueil : on le doit même , quand un est en place, et la piété le fait toujours avec de justes ménagements. Mais que les cris d'un mécontent soient des preuves décisives contre tout le cor|)S à qui il appartient, c'est vouloir persuader qu'il n'y a que division dans les familles, qu'infidélité dans la magistrature; parce qu'il se trouve des ménages mal assortis, des l'cmmes infidèles, des juges qui, connue celui de l'Kvangile (6), ne craiguent ni Dieu ni les hommes.
Mais enfin, quelque déplacés que soient les reproches d'un coupable à un homme qui peut-être l'est beaucoup moins que lui, il y a toujours de la sagesse à en profiter : et c'est en ce sens qu'un ennemi pointilleux nous sert plus qu'un ami que sa tendresse aveugle. Nous l'avons dit, et c'est la vérité, les enfants du sièule se pardonnent les plus criants excès, et ils font aux serviteurs de Dieu un crime de leurs plus légères imperfections. C'est à ces derniers à veiller beaucoup sur eux-mêmes ; à n'entretenir de leurs peines que celui qui peut seul en adoucir l'amertume ; à se bien souvenir que les hommes les plus accomplis ne sont , comme le disait saint Augustin, que de niaiheureux vases d'argile, qui se choquent les uns les autres ; que plus ces vases de chair sont à l'étroit , plus il faut dilater ceux de la charité (7 ; que partout où il y aura de l'homme il y aura bien de la misère; que, puisque dans une famille qui n'est composée que de
Deoames. AUende si de Deo jilus quam de aliis rébus cogilas; quia de illo plus cogilas qund plus amas. S. Boiiavenlura, conc. ii de S. Maria Magdal. Ubi est thésaurus luus, ilii cor luum. Malth. vi.
(ij Redeat unusquiique ad cnr suuni : si ibi invencrit frateniamcUariialum, securus sii. AugustAracl. 3 iu Efikt. Joann.
(-2) Ctiariias paiiens est, beuigna est : charitas nonaemulatur, noa agit perperam, non hiflatur, etc. I Cor. \i, i et fcqq.
(5) Kogo te, Paler, ut unum siot, sicut lu, Pater, iu
me, et ego in le;... ul credat mundusquia tu me misisii. Joann. xmi, 21.
(4) Filioli, diligile allerulrum... (dignam Jeanne senlenliam). Praeceptum Domini est; et si solum fiai, sufficiL Bieromim. Comnent in cap. n Episl. ad Galutas.
(5) Hic erit férus lioiiio : mauus ejiis contra omnes, et marins ouiniuiii coulra eum. Gènes, xvi, 12.
(6) Judex quidam eral... qui Deum non timcbat, et homiuem non reverebatur. Luc. xvni, 2.
(7) Lutea vasa quae faciunt inviceni augustlas : sed si angusliaulur vasa caruis, dilaleolur spaliachariiaiis. August,
SI
trois ou quatre personnes, il faut ou vivre en guerre ou se pardonner bien des choses, il «'est pas possible que dans une communauté où chacun apporte son génie et ses idées, tout le monde ait la même façon de penser ; qu'après tout c'est un très-petit mai , et un mal qui passe bien vite , que celui de n'être compté pour rien ; que Saùl serait vraisemblablement un grand saint s'il n'avait pas eu le malheur d'être mis à la tête d'un grand peuple , et que si l'on aime mieux pendant sa vie être archevêque de Lyon que chartreux, on aimerait mieux, comme Alphonse de Richelieu , mourir simple chartreux qu'archevêque de Lyon. Sur ces principes , qui ne demandent qu'un peu de raison et d'humililé, on aura la paix du cœur, la charité qui en est le lien, l'esprit d'oraison qui en est la suite.
5. A ces moyens, qui ont toute la sève d'un arbre planté le long des eaux, et qui ne peuvent manquer de produire leur fruit en son temps (1), je n'enjoindrai plus que deux: une vive reconnaissance envers Jésus-Christ, un tendre amour pour l'Eglise qu'il s'est acquise par son sang.
L'ol'fice divin , tel qu'il est en usage dans les sociétés chrétiennes, consiste partie en louanges, partie en demandes. Quoi de plus propre à inspirer l'esprit de louanges, que des bienfaits infinis? quoi de plus capable de porter, d'enhardir à faire des demandes assaisonnées de gémissements, que des maux sans nombre?
Pour commencer par la reconnaissance que nous devons tous à Jésus-Christ, il ne faut, pour s'en pénétrer, qu'un coup d'œil sur les grâces dont il nous a comblés comme simples fidèles, et sur celles dont il nous comble tous les jours en qualité de prêtres. Les unes et les autres sont l'effet d'une charité, que l'Esprit-Sainl regarde lui-même comme excessive (2).
Avant la miséricorde inGnie, qui a porté ce soleil levant à venir d'en haut répandre sa lumière sur nous (3), nous étions comme le reste des hommes , et nous étions par état des enfants de colère (4), éloignés de Dieu , et en quelque sorte sans Dieu (5). Nous vivions au gré du prince des puissances qui sont dans l'air; nous n'avions de règles que celles de l'esprit qui agit encore aujourd'hui sur les incrédules (6). A l'exemple de ces impies dont l'Ecrilure nous fait uu portrait SI hideux , nous marchions par des sentiers pénibles (7), et le terme de ces sentiers ne pouvait être que cette seconde mort de laquelle on ne revient jamais (8). Dans ces
(1) Tanquani lignum quod pljnlatum eslsccus decursus aquaruin, quud frucluiii suum dabil in teiiiuore suo. Psalm, 1,3.
(2) Propter niniiam charitalem suaai qiia Oilexit nos. Ephes. II, 4.
(3) Perviscera misoricordiae Dei nosLri, in quiltus visilavit nosOri.ns e\ alm. Luc. i. 78.
(4) Kraniiiii nalnra (.seii, ut vitfiligil Clinjsostomut, nalivilatf) lilii ir,p, siciit ci ia>hTi. Epliés. ii,ô.
(5) E'aiis illu III ii'h][ion; siiiu UiribLo... et sine Deo in boc niiiiido. lOid. 11.
(6J Aliquando ambulastis... secundum priDc^cm potes-
jours de ténèbres et d'ignorance le moindre défaut de l'homme était l'inutilité de sa vie. Il est vrai que la terre avait de temps en temps des guerriers qui, comme Alexandre, portaient la gloire de leur nom jusqu'au bout de l'univers ; des philosophes qui, cunmie Platon, semblaient s'élever jusqu'au sein de la Divinité ; des législateurs qui, comme Solou et Lycurgue, avaient policé les nations. Saint Paul ne l'ignorait pas , et néanmoins de son temps il adoptait ce que David avait assuré du sien , que tous étaient égarés , qu'ils n'étaient bons à rien ; qu'il n'y en avait point, pas même un seul, qui fit le bien. 11 trouvait dans leur gosier un sépulcre ouvert, sur leur langue l'artifice et la fourberie, sous leurs lèvres le venin des aspics, le fiel et l'imprécation (9j.
Telle était la situation des choses , lorsqu'il plut à Dieu de prendre à son côté, dans la personne de son Fils, une victime capable de rétablir les choses et de changer l'ordre de nos destinées. Ce pénible ministère ne coûte rien à l'Agneau sans tache : il est prêt à tout, pourvu qu'il efface les iniquités du monde. Consubstantiel à son Père, engendré dans la splendeur des saints, il couvre sa gloire des apparences du péché. Il n'attend pas que sa seconde naissance l'ait introduit dans le monde, pour commencer son office de médiateur. Du sein de sa mère il s'écrie : Je sais, mon Dieu, que la loi ne vous offrira jamais ni holocaustes, ni sacrifices qui puissent expier le péché. Le sang des taureaux vous dégoûte; l'odeur de l'encens vous est en horreur. L'homme même, quoiqu'il ait l'honneur de porter votre image, ne peut racheter son frère. Me voici pour suppléer à son impuissance. C'est de moi qu'il est écrit, à la tête du livre de vos décrets, que je dois accomplir jusqu'à un iota toutes vos volontés. Je souscris de tout mon cœur à vos arrêts les plus rigoureux : il n'en passera pas un point qui ne soit scrupuleusement accompli (10).
Il a tenu parole, ce divin Sauveur, et ce n'est point à litre gratuit, mais par une fidélité sans exemple, qu'il a mérité ce nom glorieux devant qui tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers. Sa naissance, sa vie, sa mort n'ont été marquées au coin des souffrances et de l'humiliation que parce qu'elles ont été marquées au coin de l'obéissance. Mais et l'obéissance et les humiliations demandent de tout fidèle un tribut éternel de reconnaissance. Dès qu'il croit au Rédempteur, il croit avec toute l'Eglise, dans le plus magnifique de ses symbo-
tatis aeris huiiis, spirims qui nuncoperalur in filios dlffldpnliï, cic. Ibid., 2.
(7) Lassati siimus in via iniquitaiis et perdilionis , el ambiilavimns vias dtiliciles. Sap. v, 7.
(8) Fllll^ illorum mors est. Rom. vi , 21. Hac est mors secuiida. Apoc. XX, 14.
(9) Onines declinaverunt ,simul inutiles facli sunt, etc. Rom. m , 12.
(10) Idi'o ingrpriiensmundtimdicit : Hosliam et otjlalioiieni iioluiili, Corpus auii-iu :ipijsli inilu... Tuiicdisi: Ecce venio. In capite libn scripluni est de me, ut faciani, Deus, voluDtaiem luam, i'jo/m.xxxix, 7; Uebr. xetvetn.
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les, qup c'est pour lui et pour son snlul (1) que le Fils de Dieu est desiemlu dos cicux, qu'il s'est incarné, qu'il est mort dans le sang, dans les opprobres, dans l'ignominie. C'est en conséquence de celte foi , contre laquelle les portes de l'abîme ne prévaudront jamais, que le vrai Gdèle osera, en s'appropriani avec saint Paul le sang el la mort de Jésus-Christ, lui dire avec une douce el tendre confiance : Souvenez-vous, aimable Saureur , que je suis la cause de votre séjour sur la terre. C'est moi, oui, c'est moi-même que vous avez cherché jusqu'à vous épuiser de lassitude. C'est moi pour qui vous avez réuni dans le dernier momi'nt toutes les douleursqui l'avaient précédé. C'est moi pourqui vous êtes mort, et que vous avez rachelésurla croix. Ne pertiietlez pas que tant de grâces me soient inutiles (2). Il y va de mon salut , mais il y va de votre gloire. Terre, n'ensevelissez point le sang du juste, et que ses cris ne soient point étouffés dans votre sein (•'{). J'y joindrai les miens. Dieu de bonté. Pour animer ma langueur, je profiterai du spectacle que m'offre partout votre croix , et qu'elle m'offre particulièrement dans le lieu où je dois plus souvent prier. J'y contemplerai des yeux de la foi ce visage indignement déshonoré , cette télé couronnée d'épines, ces cicatrices dont l'amour vous couvrit et que l'amour vous fait encore aujourd'hui garder; ce côté que mes péchés ont ouvert, et que par un prodige de miséricorde ils n'ont ouvert que pour moi. J'y apprendrai de vous que vous ne vous êtes chargé des douleurs qui m'étaient dues que pour me donner la gloire; que vous ne vous êtes soumis à la mort (]u'aQii de me faire vivre éternellement; que vous n'êtes descendu dans le tombeau (jue pour me faire régner dans le ciel. Serais-je assez malheureux pour perdre des Irésors d'un si grand prix , ou assez ingrat pour les dédaigner (V)?
Ce n'est là qu'une faible idée , qu'une légère esquisse des sentiments que la vue des bienfaits de Jésus-Christ produira dans le cœur d'un vrai fidèle. Qu'il les étudie ces bienfaits, qu'il les médite, et il reconnaîtra que c'est d'eux qu'on peut dire avec l'apôlre bien-aimé, que si on les rapportait chacun
(t) Credo in... Filium Dei unigeiiiluin , qui propter nos hominesci propler nosUani saluleiii descendu de cœlis, etc. Symbol. Nicœn.
{2) (iusren^ me sedisli lassus, redemisU crucem passus, etc. Prosa pro Delunct. On attribue ciHte belle prose au cardinal Malabranca, appelé aussi Orsiui, mon en 129i.
(3) Terra, ne operias sanguinem ( justi ), neque invenial in te locum latindi clamer (ejus). Job. xm, l'J.
(i) Videtis vuluera quse inflixistis, .ngnosciiis latusquod pupugistis; quoniam et per vos el propter vos apertuin est. AiigusL, iib. u île Symbolo ad caiccliuni. h. 8. En clavoruni vesligia, quibus alBxus pependi ; en perfissum vulneribus lalus. Suscepi dolores tuos , ut libi gloriam darein : suscepi niortem luam, ul tu regnares in cœlo Cur quod pro te perluli perdiJisti? Cur, ingrate, redemptionis luK mnnera reiuiisli? S. Cœsaiius upiid .iiigustiimm in appeiid. serm. 149.
(5) Sunt aulera et alla multaquae tecit Jésus; quse si scrîbaulur per siiigula.nec ipsum arbitrer mundum capere posse cos qui scribendi sunt libros. Joan. xxi, 2ï.
(6) Sacerdoles sui ipsius vicariosreliquit. Coiicil, Irid. iett. u, cap. S.I
en iiailiculler, le monde entier ne pourrait coiileiiir les livres qu'il en faudrait écrire (5).
11 faut cependant l'avouer, ces grâces dont chacune vaut le sang de l'Homme-Dieu ne sont que l'abrégé de celles qu'il a prodiguées à ses ministres. Je ne prétends pas les détailler ici : cent autres l'ont fait, ou du moins l'ont lente. On sait, et plût à Dieu (ju'on ne l'oubliât jamais , on sait qu'ils sont, je ne dis pas les successeurs de Jésus Christ (dans un sacerdoce éternel il n'y a point de succession;, mais les vicaircsde sa charilé(G). Que toutes leurs fonctions sont saintes, et que celle sainteté en demande une de leur part qui surpasse celle de Moïse etd'Elie(7). Que c'est à eux à sanctifier leurs frères et à faire d'un peuple brut un peuple parfait. Que leur maître ne les regarde pas comme des serviteurs, mais comme des amis intimes (8). Qu'ilen a fait ses ambassadeurs avec un pouvoir si plein, que tout ce qu'ils lient sur la terre est lié dans le ciel (9j. (ju'il leur a confié la science de ses plus profonds myslères.et qu'ils voient à découvert ce que la multitude ne voit qu'en paraboles (10). Qu'il les a honorés de son nom, de celui même qu'il ne porte que comme Dieu (11). Qu'ils ont par état, et que par conséquent ils auront toujours droit de s'élever contre toute hauteur qui osera elle-même s'élever contre Dieu (1-2). Que c'étaient des hommes comme eux qui, par la seule vertu de leur ministère, ont déconcerté les Valens, amené à la pénitence les Théodose, frappé de terreur et presque de mort les Guillaume d'Aquitaine (13).
A la vue de tant de faveurs est-il bien difficile de s'associer à la rccoimaissance du roi-prophète? et quand une fois ou a bien pris ses sentiments, en coiile-t-il beaucoup pour répéter d'après lui que le Seigneur est bon, que sa miséricorde est élornelk-, qu'elle doit sans cesse être chantée par ceux dont il a brisé les chaînes, qu'il a délivrés de la tyrannie de l'ennenii, qu'il a rassemblés des quatre parties du monde pour s'en former une nation sainte, el la revêtir du plus augusle sacerdoce (li)"/
Mais à la vue de tant de faveurs se borne-t-on à la reconnaissance? et ue joint-on
(7) Qualem, quaeso, oportel esse euni qui pro civitala ipsa lola, inio pro universo lerrarum orbe leg.itus intercedil? E |uidem neque Movsis, npque lili;e tidiiciam satii esse putaverim. Clirysost. tiU. vi de Sacerd. cap. 8.
{H) Jam non dicam vos serv<is, sed aniicus. Joan. xv, 13.
(9) Pro t.hristo legatioiie lungimur. Il Cur. m, 20.
(10) Vobis datum est nosse mjsleria regiii cœlorumrillis auteiii non est datum. Maillt. xm. 11.
(U) Noiite tangere clirislos ineos. l Parai, xvi, 22. Diis non detrahes. Exod. xxi. Je ne tais point de remar^ (pie sur ce pluriel : je crois qu'on m'entend ici el dans quelques autres endroits semblables.
(12) Destruenles omnem altiiudiuem exlollenlem seadversus scieniiam Dei. U Cor. x, 5.
(13) Ce qui se passa soil entre saint Basile el l'iiérélique Valens, soit entre saint .imbroise et le vertueux Théodose, est connu de tout le monde. On trouvera fort au long, dans la Vie de saint Bernard, ce qui se passa entre lui et la duc d' .aquitaine. La Légende de Paris l'a très-bien rendu.
(U) Conlilemini Domino... dicantquos redemit... de manu inimici, et de regiombus congregavit eos , etc. P$al. CM, l el i. Geuuseleclum, regale sacerdolium, etc. I Peiri II, 9.
pas comme naturellement aux actions de et a-t-il dit aux confidents de son orgueil; je
grâces si recommandées par saint Paul, ce l'ébranlcrai, je l'enlèverai de sa place, et nul
fonds primitif, cette partie essentielle de la n'osera ni remuer l'aile, ni jeter un soûl cri
prière, les demandes et les supplications (1)? en sa faveur f 10). Celse et Porphyre n'ont fait
Oui sans doute : un homme bien persuadé conire elle que d'impuissants efforts : elle
qu'il porte les plus grands trésors dans un tombera sous mes coups,
vaisseau fragile ("2); qu'il est comptable de Mais ce n'est là qu'une partie de nos maux.
son talent, et qu'il doit le faire valoir; que la mesure de sa recette sera la mesure de son jugement (3); que les petits obtiennent miséricorde; que les riches el les puissants seront puissamment tourmentés (Y) : un honmie qui juge si bien sent à peu près, comme Job, les flèches du Tout-Puissant qui le pénètrent (5), et ses terreurs qui l'assiègent. Et que peut-il dire alors, que dit-il en effet, si ce n'est ce que répéta si souvent l'apôire du Chablais dans la retraite qui précéda sa consécration : Sauvez-nous , Seigneur; si vous n'y mettez la main, nous ne pouvons manquer de périr?
Mais ce n'est pas seulement par rapporta ses propres besoins, que le ministre public de la prière doit tenir ce langage : il ne peut aimer l'Epoux sans aimer son Eglise, ni aimer celle-ci sans s'intéresser à sa triste situation. Pour peu qu'il ait encore des yeux pour voir et un cœur susceptible d'affliction, il ne pourra se dissimuler, ni les perles de cette Mère commune des fidèles , ni le scandaleux triomphe de ceux qui la persécutent. Ses douleurs sont celles d'une femme qui est dans les travaux de l'enfantement (G). Un sanglier féroce, sorti de son propre sein, la ravage avec une fureur qui ne connaît ni compassion ni bornes (7). Ses mystères nu sont plus que des fables puériles; ses lois, qu'une police inlroduile par la superstition, adoptée par le préjugé; son législateur, qu'un philosophe plus heureux qu'un autre; ses martyrs, qu'une troupe de furiiux ou d'insensés; ses vierges, qu'un amas d'inutiles colombes; ses confesseurs, malgré le puissant génie qui les fit respecter de l'antiquité païenne, que de frivoles dissertaleurs; son Dieu, s'il en est un, qu'une idole qui habite dans les cieux, qui, sans dessein, sans vue, a fait l'homme comme l'insecte, et qui regarde du même œil la marche de l'un et de l'autre (8); son tout, qu'un assemblage monstrueux, qui n'a que trop longtemps subsisté, et qu'il faut détruire jusqu'aux fondements (9). Assur, le fier Assur l'a entrepris. J'en viendrai à bout, s'est-il dit à lui-même
(1) Obsecro... fieri ol)secraliones, oraliones, poslulaliones, graliarum acliones. I Timolh. ii , 1.
(2) Hab( mus lliosaurum isLuin in vasis ficUlibus. II Comtli. IV, 7.
(3) Cum cresciinl clona , raiiones eliam crescunl donorum S. Gregor. hom. 9 in Evantj.
(4) Horrende el cilo apparebii vobis ; (luoiiiam judioium durissimum his qui prsesuul , liel. Exiguë euim conceditur niiscriconlia : polenles aulem poieuler tormenta palientiir. Snp vi, 6 el 7.
(5) SagiUae Domini in me sunt... et terrores Doraini mililant conlra me. Job. m, i.
(6) Ibi doloros ni p:irturienlis. Psalm. cxxvi, 7
(7) Exteriiiiuavil o.im aperde silva , otsingularis férus depaslusesl eam. Psadn. iaxix, 14.
(8) Nubes laiibuluMi eius, nec iioslra consida-al. ./o(». ïii, 14.
(a) Eiiuauite , cxiaanile usquc ad tuudanicnluiii iu ca.
Perçons la muraille, et peut-être en trouverons-nous de plus déplorables dans le sanctuaire. S'il ne nous offre pas des hommes assez criminels pour adorer le soleil (11), ne nous en offrira-t-il point d'assez coupables pour n'adorer que la fortune? Y découvrirons-nous au moins quelques vestiges de cette émotion sainte qui faisait frémir le grand apôtre (12) à la vue d'une ville idolâtre; sentent-ils par contre-coup la plaie cruelle qui défigure leur mère? On la frappe jusque entre leurs bras, pensent-ils à repousser l'homme ennemi ? Ne leur arrive-til jamais de se joindre à lui, ou par faiblesse, ou par des motifs plus fâcheux encore que ne l'est celui de la faiblesse? Le déiste trouve-t-il en eux de redoutables adversaires ? Une indignation mue'.te ne fait-elle pas souvent la plus grande partie de leur zèle? Du moins parlent-ils autant à Dieu qu'ils parlent aux hommes? Agissent-ils efficacement auprès de ce Maître toujours juste, mais souvent terrible, pour fixer parmi eux le royaume de Dieu qui s'éloigne peu à peu, et qui va chercher au loin des peuples moins indignes d'en profiter (13)? La douleur m'arrête dans un si triste détail, et la violence que je me fais pour le supprimer redouble ma douleur(14).Supplé('zà mon impuissance, ministres saints qui ne sûtes jamais fléchir le genou devant Baal. Oubliez vos iiUérêls pour ne vous occuper que de ceux de l'Epouse humiliée, ou plutôt mettez tous vos intérêts à venger les siens. Une humble et vive prière peut tout aujourd'hui, comme du temps du premier martyr. Si elle ne fait pas toujours un fidèle d'un disciple de Spinosa, elle adoucit quelquefois sa fureur. Elle ferait toujours beaucoup, quand elle ne servirait qu'à fortifier votre foi , qu'à vous faire dire de temps en temps avec le pieux et respectable archevêque do Cambrai (15) : « O Eglise romaine, ô cité sainte, ô chère et commune patrie de tous les vrais chrétiens?... O mère, quiconque est enfant de Dieu est aussi le vôtre 1 Après tant de siècles vous êtes encore féconde. O Epouse, vous enfantez
Psalm. cxxxvi, 7
(10) Dixil enim Assur :\n fnrlUuiline absluli (erminof
populorum , el prineijies corum de|M'3ed.ilus sum... et invenil quasi niduui iii^mus luea... oi non l'uil qui mov«ret penuaui, el apcriret os, ei garuiii-el. Isai. \, 15 el 14.
(11) Fodepji-ieleui...El iuiioduxil me in airium domug Domini inlorlus : elecce in oslio Uomini inter veslibulum cl allare, quasi viginli quinque viri... adorabanl ad orUini sobs. Ezech. VIII , 8e( H>.
(li) Incitabauir spirilus ejus in ipso, videns idololalria dcdilani civilalem. Acl. xvii, 16.
(13) Aulerelur a vobis regmim t)ei, et dabitur genti facieiili IVuclus ejus hiallh. xxn, 43.
( 14) Obmului, el liumiliauis suni ; el silui a bonis, et doter meus renovalus esl. Vsalm. xxxviii, 5.
(13) .M. da Féiielon. Il mourut à Cambrai lo 7 jaavier 1715, âgé de 63 au».
sniis cesse à volrc Epoux dans toutes les par» lies de l'univers. M.iis d'où viiMit que tant d'enfants dcih'ilurés niécoun.iisscnt aujourd'hui leur Mère?.... Serions-nous arrivés à ces derniers temps où le Fils de l'homme trouvera à peiue de la (oi sur la terre?.... 0 Eglise, d'où Pierre confirmera à jamais ses frères! que ma main droite s'oublie ellemême, si je vous oublie jamais; que ma Janajue se sèche en mon palais, et qu'elle devienne immobile, si vous n'êtes pas jusqu'au dernier soupir de ma vie, le principal objet de ma joie et de mes cantiques. »
<i. J'allaisûnircetarticle.quipeut-êtren'est déjà que trop long, quand je me suis aperçu que je n'y avais rien dit de la très-sainte > ierge. Je ne veux être ni du nombre de ses dévots indiscrets , ni moins encore du nombre de ceux qui, par leur discrétion prétendue , dégradent son culte, et quelquefois mêfiie lui enlèvent ses plus beaux privilèges. Pour fonder sur son crédit ma plus juste confiance, il me suffit d'envisager sa double qualité de mère très-sainte du Fils de Dieu, de mère très-tendre des fidèles. Le premier de ces deux litres offre à mes joui sa gloire et sa puissance; le second me développe son cœur, ses favorables dispositions, sa bonne volonté. Que l'hérétique les traite de superstition et l'esprit fort d'amusement , en seront-ils moins réels, moins efficaces? Sans coiil'ondre les sources , sans toucher à la dislance infinie qui est cnire l'ouvrier et son plus bel ouvrage, ne pourrai-je pas chanter avec l'Eglise (jne Marie est mon espérance, parce qu'elle est la mère des miséricordes? Craindrai-je de dire avec cet homme fameux qui fut le prodige de son siècle, el que l'hérésie qui ne respecte rien, respecta tout'ours (i), craindrai-je de dire avec saint Bernard que la sainte Vierge est à sa manière la médiatrice du genre humain; que c'est elle qui a obtenu la réparation et le salut du monde; qu'elle ouvre à qui elle vcul, quand elle veut, comme elle veut , les trésors de la piété, l'abîme de la miséricorde ; qu'il a plu à son Fils d'en faire le canal de ses grâces; que ce n'est que par elle que l'homme en reçoit les influences (2i , et qu'il n'est permis de douter de son crédit qu'à ceux qui l'auront inutilement invoquée (.i).
Il est vrai qu'en tenant ce langage je combattrai la stupide sécurité qui se'llatle d'allier le culte de la Mère avec l'offense du Fils, et qui se croil à couvert en portant une livrée qu'elle déshonore. Je dirai à haute vo;x que pour trouver grâce devant celle
(t) Kernanius adniirabili religionis siudiii, pt s.icrariiin lillorarum peniia... in movendis eliam ;iff*-iiilnis niis iidn segiiis, iiec iiiefficax , simul lani.n Irslivus pt jucumlus esl. David Chytrœus. Beniaivliis, vir plane sinceia; aiiiue lulucata; pielaiis... liueris tiunianionbiis non leviier linclus, sciemia lheolot;ica insiruclissimus... clp^ans ac erumius. Gttit. Cave. Ulinam lali-s mutins, imo vel uniim lalem hodie liaberemus...qiulem Beniardum fuisse, eonslal' Georg. Carleton.
(2) Ipsa est niedialrix nostra; ipsa est perquamsuscininius iiiisericordiam luani , Deus. Bernard, scrm. 2 de Aseumyl. Haec est qiise lolius miiiidi reparatiouem oblinuil Balui,-.n omnium impetravlt. [U. serm. i de Assumiit. Diviuae pieialis abyssum, cui viill, el quomodo vult, el nuando VU)!, rroditwr aperire. Idem super Salve, Kegiaa. Chrislus
FFR
qui en est la dispensatrice, il faut tendre à muter son humilité, sa soumission, sa pureté, et surtout cet inviolable atnour, qui du même glaive perça son cœur, et celui de sou premier- né. Mais pour parler ainsi, je n aurai pas besoin de nouveaux avis. La tradition , en m instruisant d'un point, no m'a pas laissé ignorer l'autre. Que ceux (jui affectent de ne m'enlrclenir que du second ne me dérobent point le premier. L'un n'est pas moins nécessaire que l'autre. Pour suivre les leçons d'un grand maître, est-il inutile de -savoir (|u'il se livre avec une extrême bonté à ses disciples, qu'il anime leurs efforts naissants, et que de sa plénitude il supplée à ce qui leur manque?
Ces idées réunies n'ont rien que de consolant, rien qui ne doive encourager le ministre du ciille public à demander, par l'intercession de cette augusle reine, l'esprit do prière dont il a si grand besoin. Qu'il l'invo(iue dans ses sécheresses, dans ses langueurs, dans ses perplexités (4). Elle sera pour lui ce qu'est au pilote timide, incertain, déconcerté, l'étoile favorable qui le remet sur la voie et qui dirige sa course. Rois, peuples, princes, juges de la terre, exaltez son bonheur. Jeunes hommes, filles, vieillards, enfants même, célébrez ses grandeurs. Que son nom soit toujours sur vos lèvres, el qu'il ne s'( fface jamais de votre cœur (5). Puissiez-vous surtout l'avoir toujours présent, vous qui, dès vos plus tendres années, avez été destinés au service des autels. Votre route est semée de pièges que vous ne connaissez point encore; marchez sur ses pas, et vous ne vous égarerez jamais. A sa suilej il n'y a ni erreur ni désespoir à craindre : à l'ombre de ses ailes vous ferez votre route sans vous fatiguer : sous sa protection vous arriverez au terme (G). Elle sera votre consolation dans les peines qu'auront toujours à essuyer ceux qui veulent mener une vie cachée en Jésus-Christ. Elle sera votre appui dans ce déluge de tentations qui inonde tous les âges , et celui de la jeunesse plus qu'aucun autre. Elle sera pour vous celte lourde Uav.d. ce rempart des braves d'Israël, que le fort armé n'entama jamais.
Je ne tais avec tant d'assurance ces magnifiques promesses que parce que je les trouve dans le langage de l'Eglise et de la tradition. Je pourrais, sans blesser le vrai , les confirmer par des exemples. J'ai toujours remarqué dans les vrais serviteurs de la sainte Vierge une vertu douce, humble, compatissante, précautionnée, ennemie de lolum nos habeie voluit per Mariam. Id. serm. iiiNat. B. Y. n. 7 Rediinplnrnsgenus bumanum , pretium univorsum coniulil per Mariam. Id. serm. de Asswnpl.
(3) Sileat misericordiam tnam, Virgo beala , si quis est qui in\ocaiitem le in necessiiatibns memineril defuisse. Idem, ibid.
H) In periculis, in angusliis, in rébus dubiis, Mariam cogita, respice stellain Idem, hom. 2 super Missus est.
(5) Reges lerrîe et omnes populi, principes et omnesiudices terra-, etc. e:^alm. c\Lvni. Non recédât ab ore Maria, non recédai a corde. Bern. ubi supra.
((>) Ipsain seciuens non de\ias; ipsam rogans non desperas ; ipsain cogilaiis non erras ; ipsa teBeuie , non corruis ; ipsa proiegeme, non ineiiiis; ipsa duce , nonfatigas; ipsa propiiia, [lervenis. Idem, iind. n. 17
la médisance, elc. Je n'ai vu dans les autres qu'une dévotion dure, fière, indocile, méprisante. Je fus frappé, dans le comtat Venaisgjn, de l'union charmante, de la paix, de la régularité, qui régnaient dans un chapitre. La sainteté semblait elle-même avoir gravé ses traits sur le front de chacun de ceux qui le composaient. Il n'y en avait pas uu seul qui ne s'annonçât comme s'annoncent les enfants de Dieu. J'y vis une tendre dévotion à la Mère de Dieu : ma surprise cessa. Ses fêles y étaient célébrées avec sentiment. A l'exemple de Charlemagne, on y honorait ses images (1). Chaque jour, à la maison, et quelquefois dans les promenades, on y récitait des prières à son honneur. Le chapelet n'yétdit ni superstition ni dévotionpopulaire. L'on en pensait ce qu'en pensa toujours un des plus savants évêques qu'ait jamais eus l'Eglise de France, l'illustre M. Huet (2).
Je sens tout le désordre d'une partie de ce que je viens d'écrire. Heureux si, pour me justiûer, je pouvais dire que le cœur n'est maître ni de ses sentiments ni de ses expressions. Mais, hélas I ami de la vertu sans être vertueux, je mérite ici plus que jamais le reproche que faisait saint Paul à ceux qui enseignaient les autres, et ne s'enseignaient pas eux-mêmes (3). Puissent ceux qui auront la patience de ine lire m'obtenir une étincelle du feu dont je voudrais qu'ils fussent embrasés.
C'est surtout aux pieds du Fils de Dieu et dans sa maison qu'ils le puiseront, ce feu sacré qui consume le vieil homme et qui puriGe le nouveau. Qu'il nous soit permis, en finissant, de reprocher encore une fois à la plupart de ceux qui récitent en particulier, qu'ils profilent trop rarement du trésor qui leur est ouvert. J'ai vu avec une joie mêlée de confusion, en Lorraine et en Provence, des séculiers, distingués par leur naissance et par leurs emplois, passer tous les jours, elle soir et le malin, un temps considérable devant l'arche sainte, et s'y rendre dignes de ces grâces qui élèvent l'homme au-dessus de l'homme (k). Sans sortir de la capitale, je trouverai chaque jour et à chaque heure du jour, dans ce temple superbe que la piété d'un grand roi a érigé au Dieu des batailles, cent vieux guerriers qui, malgré les glaces de l'âge cl les blessures dont ils sont couverts, donnent au Seigneur tout le temps quils ne peuvent refuser à leurs besoins ; qui, en quittant les parvis deSion, ne se consolent que par l'espérance d'y rentrer au plus tôt, elàqui les moments qu'ils y passent, coulenl avec la rapidité des torrents. Ce se-
(1) J'ai vu, dans la célèbre abbaye de l'ancienne Corbie, i'oratoire de ce religieux empereur. Il y a au milieu une image en relief de la sainte Vierge. Un savant béuédicUii me fit remarquer que cela prouvait l'ancienneté de la dévotion à la mère de Dieu. Je lui fis observer que cela donnait des lumières pour expliquer les livres Carolins.
(2) Huel récitait tous les jours le chapelet en trois fois : un tiers le matin, un tiers à midi et un tiers le soir aux coups de l'Ângelm, elc. D'Otivet, Histoire de l'Académie, lom. II, pag. 367.
(3} Qui ergo alium doces, te ipsuiu non doccs. Rom. ».
rait à nous, ministres du Dieu vivant, à donner ces beaux exemples. Si jusqu'ici nous y avons manqué, au moins ne rougissons pas de les suivre. Il est plus vrai aujourd'hui que du temps de David, qu'un seul jour passé dans la maison de Dieu est infiniment plus doux que mille autres passés dans la maisou des pécheurs (5). Quel malheur s'il était aussi plus vrai que les publicains nous précéderont dans le royaume des cieux (6)1 Nous dirons volontiers avec saint Paul : Confidimus de vobis , dilectissimi , meliora et viciniora saluti; tametsi ita loquimur (7). Mais il ne faut pas oublier que ce grand apôtre ne le disait qu'à ceux qui avaient des entrailles de miséricorde, et qui joignaient la prière à l'aumône. Non enim injustus Deus ut obliviscatur operis vestri, et dileetionis quam oslendislis in nomine ipsius, qui ministratis .sanctis, et tninistrastis.
Je n'avertis point qu'il est très-bon de finir son office par la prière Sacrosanctœ. Je sais que nos frères séparés, et Bullus entre les autres, la regardent comme un tissu de blasphèmes : Blasphéma pontificiorum formula. Je sais même que quelques personnes, qui d'ailleurs ont horreur des dogmes anglicans, en parlent avec mépris. Mais je sais aussi que des gens infiniment plus éclairés qu'eux en pensent bien différemment. Ils préjugent en sa faveur, non-seulement parce qu'elle esl autorisée par l'Eglise, mais parce qu'elle ne renferme rien qui ne puisse être justifié par l'Ecriture. Quoil me disait ua jour à ce sujet le R. P. le Quien de l'ordre de Saint-Dominique , homme si connu et si estimé dans la république des lettres , quoil saint Paul aura pu, dans un serment qui est le plus grand acte de la religion, prendre à témoin Dieu et ses anges (8), sans craindre de manquer au Créateur, en lui associant en quelque sorte la créature; et un prêtre, qui connaît l'intention de l'Eglise, et qui sait que son culte hausse et baisse selon les objets qui le terminent, osera lui faire ua procès sur une prière que les plus saints pontifes ont récitée, dont les plus vertueuses communautés se font un devoir, etc.? Je ne sais s'il est dangereux d'être trop savant, mais je sais qu'il est un ordre de prétendus savants qui est bien dangereux. Daignez, Seigneur, leur donner, et à nous avec eux, l'aimable et paisible simplicité qui caractérise vos brebis. Qu'elles n'aient ni empressement pour les pâturages que le pasteur leur interdit, ni dégoût pour ceux qu'il juge à propos de leur présenter. /^ «a/ , fiât. Ps. cv, 'i8.
(4) J'en pourrais citer un exemple qui fait uu honneurinfini il la religion. Je le supprime, parce que M. le marquis de "■, qui l'a donné, vit encore, et qu'il est écrit : Ante mortem ne laudes lioininem quemquam. Eccli. XI, 50.
(5) Melior esldies una in atriis tuis super millia. Psalin. xxxvni, 10.
(6) Âmendico vobis quia publicani... procèdent vos ia regniim Dei. MalUi. ixi, 31.
(7) Hebr. \i, 9 et 10.. .P«a/m. cv, i8.
(8) Tester coram Deo el Chrislo Jesu , et electis aogftlis ejus. I Tint. v. SI.
riA
FETE. Voy. Bréviaihe, Rcbriquks.