L'ordre et U nombre des Kyrie n'ont
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pas nns«i toujours été les mêmes. Au temps de saint Grégoire, on disait autant de fois Chrisle que Kyrie (I). Dans le rit ambrosien on dit trois fois Kyrie après le Gloria in exceUis{2}; et durant plusieurs siècles, lorsqiii' le pape disait la messe, on lui demandait s'il voulait changer le nombre des Kyrie, et les chantres continuaient jusqu'à ce qu'il fît signe de cesser (3). L'usage pré-eiit, qu'on sait depuis plusieurs siècles, est trèspieux; on dit neuf fois Kyrie ou Chrisle, pour imiter le chant des anges, «qui composent neuf chœurs, et l'on dit trois fois Kyrie au Père, trois fois Chrisle au Fils, et trois fois Kyrie au Saint-Esprit, pour adorer également les trois personnes de la très-saiute Trinité.
§ II. t'esplicalioQ et l'origine du'Kyrie.
Kyrie eleison sont deux mois grecs qui signilienl, Seigneur, ayez pilié , et il est clair par là que celte prière a commencé en Orient.
Dans les Constitutions apostoliques, qui contiennent les rites de la plupart des Eglises grecques des quatre premiers siècles, on voit que cette prière se faisait premièrement pour les catéchumènes (4). Du diacre criait : Catéchumènes, priez; que les fidèles prient pour eux, et qu'ils disent Kyrie eleison. Le diacre récitait tout haut diverses demandes pour les catéchumènes : Qu'il plût à Dieu de les éclairer des lumières de l'Evangile, de les remplir de sa crainte et de son amour, de les disposer au sacrement de la régénération, pour les laver de toute tache, et d'en faire une demeure où il daignât habiter, pour les préserver de tout mal. A toutes ces prières, les enfants, qui composaient un chœur, disaient Kyrie eleison, et tout le peuple répétait ces paroles.
On faisait aussi des prières pour les pénilents. Toute l'Eglise disait de même pour eux Kyrie eleison, et l'on a retenu dans la suite celte prière pour tous les ûdèles. Dans la conférence entre Pascenlius Arien et saint Augustin, dont ^ igile de Tapse est apparemment l'auteur, il est dit (5) que les Eglises latines gardaient des mots grecs et barbares, afin qu'on invoquât également la divine miséricorde dans les langues étrangères aussi bien que dans la latine.
Cette prière, ayez pitié, qui est le com-
(I) rotiez- pfîi.s bas, col. 266.
l'I) Miss. Ambr. 1492, IbiS et 1669.
(3) Ut ei aium:it, si \u!i muuire numerum litaniae. Ordo roiii. 1, p. 9. P'irh de Crassis in Cucrem.
(i) Coiislil. aposlol. I. Mil, c. 6.
(5) Uiia rogalur ut miserealur a cunctis Latinis et Barbaris unius Del iialura, ut a laudiLius Dfi unius nec ipsa lingua bai'bara sii. ullalenus aliéna. Latine enim dicitur Domine, miserere. Augusl. lom. II, Append. pag. 44.
(li) nominp, miserere nostri ; te enim e\S|iertavimus. Isa. xxxiii, 2. Audi, Doniiue, et miserere Baruch. m, 2.
(7) ilullli. XX, 50.
(8) Mallli. XV, 23.
(9) SU'ierunt a longe, et elevaverunt vocem suam, dicentes:Ji su praeceptor, miserere nostri. Luc. y\u, 13.
(10) At ille muUomagis clamabat : Domine, fili David, miserere mei. Marc, x, 48.
mcncement des supplications de la messe, est la plus ancienne (C), la plus commune parmi les nations, cl la plus répétée dans l'Evangile. Tous les chrétiens doivent avoir un saint empressement d'unir leurs voix pour dire à Dieu avec les plus vifs sentiments d'un cœur contrit : Seigneur, nous ne saurions jamais vous dire assez souvent , ai/ez pitié de nous, à cause do la multitude de nos péchés, et de la grande miséricorde que nous attendons de votre bonté. Nous vous demandons celte grâce avec les cris des aveugles de Jéricho (7), avec la persévérance de la Chananée (8), avec l'humiliié des dix lépreux (9), avec l'empressement des autres personnes que vous avez daigné écouler, quand elles ont persisté à crier : Seigneur, ayez pilié de nous (10), Kyrie eleison. Celle prière a toujours paru si belle et si touchante, que Us Eglises des Gaules, qui ne la disaient pas encore à la messe Van 529, ordonnèrent, au second concile de Vaison, qu'on la dirait à l'avenir, non-seulement à la mtsse, mais aussi à matines et à vêpres (11).
Le troisième canon de ce concile nous apprend que cette prière était déjà en usage à Rome, en Italie, et dans toutes les provinces d'Orient au commencement du vi' siècle, de sorte que plusieurs auteurs se sonl trompés, quand ils ont dit que saint Grégoire l'avait introduite à Rome, puisque ce saint p.ipe n'a occupé le saint-siége que plus de soixante ans après le concile de Vaison. Quelques personnes éloignées de Rome s'étaient trompées sur ce point au temps mêmede ce saint pontife. C'est ce qui l'obligea de répondre à des siciliens (12), qu'il n'avait pris des Grecs ni le Kyrie eleison, ni les autres rites dont on parlait; qu'ils avaient été établis avant lui ; qu'il y avait même en ce point de la différence entre l'usage des Grecs et celui des Romains; que les Grecs chantaient tous ensemble le Kyrie; que dans l'Eglise de Rome les clercs commençaient et le peuple répondait; qu'on y disait Chrisle eleison autant de fois que Kyrie, ce qui ne se faisait pas ainsi chez les Grecs; et que dans les messes de chaque jour, c'csl-à-dire des jours ouvriers, où l'on omettait diverses prières, on y retenait toujours le Kyrie et le Chrisle eleison, comme une prière qui intéressait davantage tous les fidèles.
(11) Et quia tara in Sede aposlolica,quam etiani per tolas orientales atque ilalicas provincias dulcis et nimium snlutaris consuetudo est intromissa, ul Kyrie eleison frequentius cum grandi affectu et conipunctibne dit-atur, piacuil eliam nobis ul in onmilius ecclesiis noslris isia tam sancla consuetudo et admalutinuni, et ad missas, et ad vesperam Deo propitio intromittatur. Conc. Tas- an. 529, can. 3.
(12) Cui ego respondi : (}uia in nullo eorum aiiani ecclesiani secuti sumus... Kyrie eleison autem nos neque diximus, neque dicimus, sicut a Gr.Tcis dicitur : quia m Graecis siuml omnes dicunt ; apud nos autem a clericis dicitur, et a populo respondetur, et totidem vicibus eliam Chrisle É^dsoii dicilur, quod apuj Grœcos nullo modo dicitur. la quolidianis autem missis alla qnse dici soient tacemus, lantummodo Kiirie eleison et Cliriste eleison dicimus ul ia bis deprecaliouis vocibus paulo diulius immoremur.itfr. vi:^ episl. 64.
DlCTIONSAIRE DES RlTKS SACRÉS IL