‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 68 sur 411 · LAVABO · texte numérisé non relu

LAVABO

( Explication (lu P. Lebrun. ) •

§ I. Rubrique et remarques.

Le prêtre tenant les 7nains jointes va nu côté de l'Epître, où il lave ses mains, c'està-dire l'extrémité des doiijls, le ponce et l'index, en disant : Lavabo, etc., jusqu'à la fin, avec le verset Gloria Patri, qu'il omet aux messes des morts et à celles du temps depuis le dimanche de la Passion jusqu'au samedi suint. Tit. VU, n. C.

1. Le prêtre à l'autel tient par rcspert les mains jointes, lorsqu'il n'est pas obligé de s'en servir pour agir, ou de les tenir élevées à cause de quelques prières.

2. Il va se laver les mains au côté de l'Epître qui est plus à portée de la sacristie et de l'endroit où on tient l'eau, et où il y avait autrefois une piscine ou lavoir, c'esl-à-dire Une pierre creusée, propre à recevoir l'eau, cl à la faire écouler.

Il y a plusieurs siècles que les évêques ont fait cette ablution avec plus de cérémonie. Le sixième ordre romain (1) marque que l'évêque s'assied sur un siège; que deux acolytes à genoux étendent et tiennent une serviette sur lui, de peur que quelque goutte d'eau ne tache sa chasuble, et qu'un troisième acolyte se tient aussi à genoux au milieu des deux autres, pour lui verser de l'eau. Ces acolytes se tenaient apparemment à genoux, pour tenir plus aisément la serviette sur les genoux de l'évêque assis ; et les prélats ont continué de se faire donner de l'eau et l'essuie-main par deux personnes à genoux, quoiqu'ils ne s'asseyent pas.

3. Cette ablution s'est faite originairement pour une raison mystérieuse, à laquelle on en a joint dans la suite une naturelle et de bienséance. La raison mystérieuse que la plus ancienne exposition de la liturgie nous a apprise, est que, dès le commencement de la messe des fidèles, qui est celui du sacrifice, l'Eglise veut montrer que les prêtres

(1) P-ig. 74.

(i) Ctynf. Calecli. Myst. c. b.

(3 Lib. vm, c. 11.

(4) Cel ordiuaire s'énonce ainsi... Oremus. Deinde incipienlibus in clioroOfferloriimi, quimini.'.tratHri siml ablmnl inwms. L'Ordre romain marque aussi que l'évêque se lave les nvjius après rOiCHiMS ( OrU. xiv, p. 301); el il ajoute ( p. 303) qu'après renceusement, pour une grande propreté, il pi!ul se laver les doigis, quoique cela ne s'observe pas cumrnunéiueni dans l'LgIisede Konie. Opnieer d'Amslerdaui, dans son livre de Oj]icio «lissir, composé en ISliS, ei imprimé "a Anvers en 1570, mei Pordo mtssœ tel qu'il elaii usité alors dans ces églises, et on y lit pour L-s messes basses: Sialim posi Oiïerlonmi sacerdos lavai maiius. etc., eic.

doivent se puriQer des moindres taches du péché. Saint Cyrille de Jérusalem, au milieu du iv siècle, ne donne point d'autre raison de cette ablution : « A'ous avez vu, dit-il (2), qu'un diacre donnait à laver les mains au prêtre qui ofOciait, et aux autres prêtres qui étaient autour de l'autel ; pensezvous que ce fût afin de nettoyer le corps? Nullement : car nous n'avons pas accoulumé d'être en tel état, quand nous entrons dans l'église, que nous ayons besoin de nous laver de la sorte pour nous rendre nets. Jlais ce lavement des mains nous marque que nous devons être purs de totis nos péchés, parce que nos mains signifiant les actions, laver nos mains n'est autre chose que purilicr nos œuvres. » Les Constitutions apostoliques marquent (3) aussi que « l'eau qu'on donne en cet endroit aux prôlres pour laver leurs mains est un signe de la pureté qui convient aux âmes consacrées à Dieu. »

Les Ordres romains, qui ont éié suivis à Rome jusqu'au xv' siècle, donnent lieu de croire qu'on n'a eu que cette raison en plaçiint le lavement des mains d'abord après avoir dit Oremus avant l'offr.indo du peuple et rOblalion : car jusqu'alors rien ne peut avoir sali les mains des évêques el des prêtres, depuis qu'ils se les sont lavées en prenant les habils sacrés. L'Ordinaire du Monl- Cassin vers l'an 1100 (4-), le quatorzième ordre romain, et des Missels du xvr siècle ne marquent le lavement des mains qu'eu cet endroit.

k. Depuis le ix" siècle, les Eglises de France et d'Allemagne ont placé le lavement des mains après la réception des offrandes , et après l'encensement, deux cérémonies qui peuvent salir les mains, el les faire laver par une raison naturelle et de bienséance. 11 y a même eu pour ce sujet deux ablutions, l'une après avoir reçu les offrandes avant l'oblation de l'huslie, el l'aulre après lencensement. Durand, en 1286 (o), fait mention du double lavement des mains, que les évèiiues, les chartreux (C) et les chanoines d'Arras ontconservé (7). Le sixième Ordre romain (8) pour les églises de France, Amalaire (9j el llaban Maur (10) marquent la première ablution après l'Offrande, et la raison de proprelé qui la faisait faire.

5. La rubrique ne prescrit aux prêtres que l'ablution de l'extrémité des doigis. Cet

(S) Ration, I. iv, c. 28.

(15) Statut, aut c. 43, § 23.

(7) A Arras, avant l'oblatioa, le prêtre et le diacre se lavent les mains. A Narbonne, selon l'ordinaire manuscrit, le diacre se les lavait autrefois après avoir clKiiilé l'Lïangile. A Reims, les diacres et les sous-diarrcs qui servent à l'autel, les lavent pendant la Préface. A Metz, le prêtre ue se lave les mains qu'après le Saiictus ; it selon le rit de Milan, If jirétre lave srs doigts imiiiédialeu.eut avant ces mots de la l^onsécration, qui jnidie quant piilticlur.

(S) Ut poiilil'ex qui cuiilealeui pauem acceptunis est a tcrreno pane, qucm jani a laicis acce[iil, niaiius lavauJo expurgel. Oïd. vi, p. 74.

(9) Ue Eccles. olSc. 1. m, c. 19.

(lO)Delusiil.Cler.l. 1, C. u/t.

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tis.iRc est très-aiickn en plusieurs églises ; et il est loiiclé sur deux raisons ; l'une iiatuicllc, l'iiulre myslérieusc. Lu raison naturtllc est qu'on a principalemonl en vue de tenir forl propres les deux doigis qui doivent loucher le corps de Jésus-Clirist. Or on ne le touche qu'avec rexlréiuilc du pouce el de lindex de chaque main. La raison mystérieuse de cet usaj^e nous a été donnée depuis plus de douze cents ans par l'auteur de la Hiérarchie ccclihia.ttique. « Celte ablution, dit-il (1), ne se fait pas pour efficer les souillures du corps, elles ont été déjà lavées, mais pour n»ar(juer que l'ânie doit se purifier des moindres taches : c'est pour ce sujet que le prêtre lave seulement l'extrémité des doigts, et ion pas les mains. »

6. En lavant les mains on dit le ijsanme Lavabo, qui convient jiarfailenient à celte action. Quelques églises ont jugé à propos de ne dire que quelques versets de ce psaume. I\Liis le Missel romain , qui le fait achever, est en cela conforme aux aocieiines liturgies (2j de saint Chrysoslome et (le saint Basile, où il est marciué qu'eu lavant les mains, on le dit depuis le verset L'ivabo jusqu'à la fin.

7. Le psaume est terminé par Gloria Patri, comme le sont ordinairement tous les autres iisaunies. Mais on omet ce verset awx messes des morts et au temps de la Passion, parce que cette hymne de gloriflcation est un chaut de joie, (jui ne convient pas avec les marques de deuil; et l'on s'eu abstient surtout au temps de la Passion, parce qu'où est alors tout occupé des souffrances de Jésus-Christ, réservant à un autre temps à célébrer l'égalité de la gloire dont il jouit avec le Père et le Saint-Esprit.

§ II. Du psaume Lavabo. Iiilroduclion S ce psaume : savoir si ces i>aroli-s que Jil le pièlrc : Je sitis enivé avec mon innocence, s'acconleiu avec l'huimlilii chréueurie.^ègleii Uela vrulehuuiilïlé.

Plusieurs personnes proposent! sur ce psaume une diliiculté dont la résolution dépend de quelques réflexions sur l'Iiumililc, qui peuvent éclaircir divers <'ndroits de l'Ecriture, et qu'il paraît plus à propos de détacher de l'explication des autres versets du psaume. David, qui a composé ce psaume, dit avec une sainte hardiesse qu'il s'est approciié du Seigneur avec son innocence : Eijo autem in innocintia mea inyressus sum; cl l'Eglise met ces paroles dans la bouche de tous les prêtres à la messe. On demande si ce langage peut s'accommoder avecriiumililé chrétienne, qui doit nous rendre vils et méprisables à nos yeux, el nous remplir de confusion et de crainle.

Pour résoudre cette difficulté, il feut marquer le vrai caractère de l'humilUé, et ôter la fausse idée que la plupart ont de cette vertu. L'humilité ne consiste ni à ignorer

(1) Viomjs. 1. de Ecoles. Hier. c. 83.

(2) Ltturg. S. CItnjs. Euchol. Grœo. p. 60.

(5) Disciie a me, quia miiis sum, et Immilis corde. Valtli. SI, "29.

(4) Nou sum aposiolus? nonne Cliriitum Jesum Dominum uostrum vidi ? I Cor. n, i.

ce que l'on est, ni à déguiser ce que l'on connaît évidemment dans soi-même. Jésus- Christ, qui est véritahleiiient humble, cl qui veut être notre modèle (3), ne pouvait s'einpéchcr de voir ses divines perfections, cl ne les cachait pas toujours aux autres.

L'humilité du Sauveur consislait à voir et à reconnaître en son huiuanité comme dépendant de la divinité tout ce qui eft dépendait véritablement: à laisser croire de son étal aux hommes tout ce qu'il leur plairait; à attendre avec soumission l'heure el le monienl de sa inanifeslalion ; a ne rien dire que ce «lue sou Père voulait qu'il révélai; à souffrir le mépris des lnnnmes, et à se livrer avec une parfaite soumission aux peiues les plus vives el aux humiliations les plus ignominieuses. Voilà le parfait modèle qu'il nous a laissé.

Mais Jésns-Christ si humble sait qu'il est la Filsdc Dieu, (|u'ilest \a lumière du monde; el il dit souvent qu'il est le Fils de Dieu, qu'il est la lumière el la vérilé. En quoi il apprend aux hommes qu'il y a des temps où il faul faire connaître les dons el les qualités qu'ils ont reçus de Dieu.

S.irnl Paul est PiumMe. Il se regarde comme le rebut du monde, et il consent, s'il le faul, à être anilhèmc pour tous ses frères, c'est-à-dire à être à tous les lionimcs nn objet d'horreur pour l'amour d'eux. Quelle humilité, et quelle charité tout ensemble I jMais saint Paul si humble sait qu'il est apôtre, (|u'il est inspiré de Dieu, et qn'il peut dire ('t) : Ne sitis-je pas apôtre? nai-je pas vil Jésus-CItrist Notte-Seigneiir? T\ ne caehe pas qu'il avait été ravi au troisième ciel (.ï), et il savait même qu'il pouvait se glorifier en Dieu sans blesser llVumilité chrétienne. Ce grand apôtre veut aussi que tous les fidèles soient humbles, sans qu'on se déguise le bien qu'on seul en soi. H veut qu'on connaisse son état par le ténuiignage de sa conscience; qu'on s'éprouve ((>), qu'on discerne ses œuvres pour en porter un jugement selon la vérité.

Ainsi l'huiuilité des chrétiens consiste prcmièrciuenl à craindre de ue pas voir en nous le mal qui y est, à reconnaître qu'il ne s'ensuit pas que nous soyons justes (7) parce que nous ne nous trouvons coupables de rien -.C'est le Seiijneur qui nous jujera (8); le Seigneur, dont les yeux pénètrent dans nos plus profondes ténèbres. Il faut donc nous croire vils et méprisables, el par le mal ((ue nous voyons en nous, el par les obscurités que nous ne pouvons approfondir ; et vouloir être traités comme le rebut du moude, s'il est expédient pour notre salut et pour celui de nos frères.

En second lieu, à l'égard de ce qui est évidemment bon, l'humilité consiste à ne chercher jamais à faire connaître ce bien

(5) II Cw. Tii, 1 etseq.

(6) VosuKtipsub leulale, si eslis iu fide, ipsi vos probate. Il Cor. xiii, 5.

(7) Nihil niihi conscius sum, sed non in hoc JQSliûcïlua sum : qui autem judical me, Dominus est. I Cor. », i.

(.8J OcuUDouuuimullopluslucidiores, etc. Fccli.xsui, 23

que par l'ordre de Dieu, el à ne se comparer point à il'aulres pour s'é'lcver au-dessus d'eux, comme faisait le pharisien; à confesser que ce bien ne vient p.is de nous l'I), mais de la grâce de Dieu; et à reconnaître que nous pouvons déchoir du plus haut état plus facilement que n'en sont déclins le plus sage des rois, un apôlre choisi de Dieu, et le premier des anges. Ainsi, quoique faveur que nous ayons reçue de Dieu, il faut pour être humble dire toujours avec tremblement : Que vais-je devenir. Seigneur , si vous ne me soutenez? Ne retirez point de moi votre esprit (2), ô Dieu ; fortifiez ce que vous avez fait en nous (.'i). Je ne suis que cendre et poussière, el sans voire secours , je n'ai ni fermeté ni consistance, le moindre yent m'emportera. C'est là le vrai caractère de l'humililé.

Or celui qui entre dans l'esprit du psaume XXV, comme David, est véritablement humble lorsqu'il dit : Je suis entré avec l'innocence de mon cœur : Ego autem in innocentia mea ingressus sutn; car cet homme craint d'être bientôt confondu avec les impies, si Dieu ne l'en préserve : Ne perdez point, ou selon l'hébreu , n'unissez pas mon ûme avec celles des impies. 11 dit à Dieu : Je suis dans l'innocence; mais il ajoute : Bachetez-moi, ayez pitié de moi. Quelque témoignage que lui rende sa conscience qu'il est innocent, il sent qu'il a besoin continuellement de la main du Rédempteur et de sa miséricorde. Il connaît donc ce qu'il y a de bon en lui, il le déclare, et en le déclarant, il demeure véritablement humble. Tel doit être le prêtre, qui a reçu des grâces toutes particulières de Dieu, qui s'est purifié par la pénitence et par la régularité de sa vie , avant que de monter à l'autel, et telle doit être sa disposition en disant les versets du psaume ixv, que nous allons expliquer en les paraphrasant.

§ III. Explication.

Je laverai mes mains avec ceux qui

97'2 et enarrcm

Lavabo inler innocentes manus meas ; et circumdabo altare tuum, Domine.

vivent dans l'innocence , et j'environnerai. Seigneur, votre autel.

Les mains ont toujours marqué les actions et les œuvres [U-) , et c'est ce qu'il faut purifier. Je dois me laver, non pas simplement avec de l'eau, mais je dois purifier mes actions par l'innocence de mon cœur, dans la compagnie des gens de bien, qui, par leurs exemples, me porteront à aimer et à conserver la droiture et la pureté du cœur. Les Juifs entouraient l'autel avec des hosties et des holocaustes, avec le sang des victimes; mais. Seigneur, vous ne voulez plus autour de votre autel que nos esprils et nos cœurs unis aux saints anges qui vous y adorent. Je viendrai me joindre à vos serviteurs :

Pour ouïr la voix Ut audiam voccm

(1) Quid habesquod non accepisti ? I Cor. iv, 7. (S) Fsal. i, 13.

mirabilia

pu-

qui annoncera vos landis , louanges, et pour ra- universa contertoutes vos mer- tua.

veilles.

Pour les entendre chanter, et pour ap-« prendre de vous-même vos grandeurs et la manière de vous louer. J'y viendrai pour y chanter moi-même les cantiques qui rappellent dans nos esprits les miracles de voire puissance. Un prêtre doit être le héraut des grandeurs de Dieu; il est obligé par son élat de connaître et de faire connaître ses merveilles, et de s'en remplir pour les blier.

Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison, où vous daignez établir votre gloire.

La gloire de Dieu réside, pour ainsi dire, dans le saint temple et dans toutes les assemblées où il est glorifié. Nous devons souhaiter d'être souvent dans ces lieux sainis', avec les fidèles qui s'y assemblent.

O Dieu ! ne me fai- Ne perdas cum im> tes point périr avec piis, Deus, animam les impies, ni mourir avec les hommes sanguinaires.

de- , et

Domine, dilex corem domus tui locum habitalionis gloriœ tUcB.

meam, et cum viris sanguinum vitam meam.

Ne me laissez pas vivre avec les méchants, avec qui je périrais ; avec ces hommes de sang qui ne craignent pas d'ôter la vie à leurs frères, et de les perdre par toutes sortes de voies

Dont les mains sont pleines d'iniquités, et chargées de présents.

In quorum manibus iniquitatcs suut , dextera corum repleta est muneribus.

Ils s'abandonnent au crime, et ils sont toujours disposés à faire de mauvaises actions , parce qu'ils aiment les présents qui les corrompent.

Pour moi, je suis Ego autem in inentré avec mou in- nocenlia mea ingresnocence : rachetez- sus sum : redime me, moi , et ayez pitié de et miserere mei. moi.

C'est par votre grâce. Seigneur, que j'ai mené une vie différente de celle des impics, et que je suis entré ici avecuiî cœur et des mains purifiés. Jlais je serais bientôt souillé si vous ne me préserviez de la contagion des méchants. Daignez m'en retirer par votre miséricorde.

Mes pieds ont suivi Pas meus stetit ia le droit chemin : je directo : in eccicsiis vous bénirai , Sei- bonedicam le , Dogneur, dans les as- mine, semblées.

Puisque, par les effets de votre divine bonté, j'ai déjà marché dans la voie droite, je vous en louerai dans le lieu saint, dans les assemblées des justes.

(5) Psal. Lxvn, 29.

Orig., lioui. in lib. Reguiu.

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