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PRÉFACE

Publier, dans l'ordre alphabétique, si commode pour tous, un ouvrage qui amuse et instruise même, sans blesser jamais ni la vérité, ni la morale, tel est le but que nous nous sommes proposé ici.

Notre livre est une honnête distraction de l'esprit, qui ne peut toujours être tendu ; il convient à tout le monde; il est rempli d'anecdotes piquantes, de traits singuliers et caractéristiques, d'historiettes, de saillies, de naïsretés, etc.

C'est un recueil aimable, propre à charmer

l'intelligence sans dépraver le cœur: car nous sommes de ceux qui pensent que la littérature est faite pour polir et adoucir les mœurs, et que, s'il y a mille manières de récréer ses lecteurs, il n'y en a qu'une seule qui soit convenable: c'est celle qui consiste à amuser sans froisser la pudeur. Un récit est d'autant plus attrayant qu'il s'appuie sur l'intérêt du sujet en ne sortant pas des bornes d î la décence, dont ne devrait jamais s'écarter an auteur qui se respecte.

C'est ce que tous les écrivains ne comprennent malheureusement pas; et l'on a pu constater avec regret que beaucoup d'entre eux ont voulu s'attirer la publicité au prix du scandale.

L'art pour Varl est pourtant aujourd'hui un mot vide de sens ; on en a fait aussi bonne justice que de cet autre paradoxe célèbre : Le beau, c'est le laid.

L'art redeviendra ce qu'il aurait toujours dû être : une tendance vers le beau et un moyen d'y

arriver; et le beau est toujours resté, malgré les sophismes , l'idéalde la conception , la perfection dans la forme.

La bonne littérature, malgré toutes les attaques qu'elle a eu à supporter, a triomphé des entraves; bonne justice, espérons-le, sera bientôt faite de ces doctrines sans pudeur ni vergogne qui, dans de coupables desseins , cherchent à pervertir le goût resté pur de la masse. La corruption dans le goût mène à la corruption morale ; les prédicateurs de la dépravation le savaient bien ! . . .

Voici donc ce Dictionnaire amusant, appelé à provoquer des sourires sans fiel , et à égayer l'esprit sans laisser de remords.

ABDICATION. Vertu de circonstance. — Avant-scène d'une déposition. — Acte qu'un souverain signe d'aussi bonne grâce qu'un voyageur cède sa bourse quand on lui présente un pistolet. Les abdications les plus célè* bres dans l'histoire sont celles de Sylla(79 avant J.-C); Dioclétien et Maximien (305); Charles-Quint (1556;; Marie Stuart (1567); Christine de Suède (1654); Charles IV, roi d'Espagne (1809) ; Gustave IV, roi de Suède (1809); Napoléon Ier (1814); Victor-Emmanuel Ier, roi de Sardaigne (1821); Charles X et son fils Louis-Antoine (1830); Louis-Philippe (1848); Charles-Albert, roi de Sardaigne (1848)

ABSENCE. L'absence diminue les faibles passions et augmente les grandes , comme le vent éteint les bougies et allume le feu.

L'attente d'un retour ardemment désiré

Donne à tous les instants une longueur extrême ;

Et l'absence de ce qu'on aime , Quelque peu qu'elle dure, a trop longtemps duré.

ACTEUR. C'est un homme qui étudie sans cesse l'art de revêtir un autre caractère que le sien ; de se passionner de sang-froid ; de dire autre chose que ce qu'il pense , avec autant de naturel que s'il le pensait réellement; enfin , d'oublier sa propre place à force de prendre celle d'autrui.

— La figure, dans un acteur ou une actrice, fait presque la moitié de son jeu. Un acteur qui n'était pas dépourvu de talent, mais dont l'extérieur n'était rien moins qu'héroïque, débutait au Théâtre-Français dans le rôle de Mithridate. Dans la scène où Monime dit à

ce prince :

... Seigneur, vous changez dévisage,

un plaisant du parterre cria : « Laissez-le faire. »

— Mllc G , danseuse célèbre de l'Opéra, était

d'une maigreur extraordinaire. Un jour qu'elle figurait un pas de trois avec deux autres danseurs, Wlle A...., une de ses camarades, connue par son esprit malicieux, se mit à dire : « Voilà deux chiens qui se disputent un os. »

— Un acteur subalterne, obligé de remplacer dans le moment un chanteur, qu'un accident empêchait de jouer, chanta et fut sifflé. Sans se déconcerter, regardant fixement le parterre, il lui dit : « Je ne vous conçois pas, Messieurs; devez-vous imaginer que, pour 1 ,800 fr. que je reçois par année , j'irai vous donner une voix de 2,000 écus? » — On finit par l'applaudir dans le reste du rôle.

— Un acteur de l'Opéra chantant d'une voix mal assurée un monologue qui commençait par : Je viens , un plaisant ajouta : « Du cabaret. — Ma foi, oui! » dit l'acteur, et il fut applaudi.

— Le célèbre acteur D jouant dans une tragédie

d'un ton de voix trop faible , un des spectateurs cria : «Plus haut! — Et vous, plus bas! » répondit l'acteur. Cette réponse excita des huées qui firent cesser le spectacle. Obligé de faire des excuses au public , D...., s'avança sur le bord du théâtre et dit : « Messieurs, je n'ai jamais tant senti la bassesse de mon état que par la démarche que je fais aujourd'hui. »

— A une représentation du Tartuffe, dans laquelle on croyait voir A..., célèbre acteur, faire le personnage de Tartuffe, on voit paraître D..., médiocre comédien. Tout le monde murmurait , et il lui fallut une fermeté inébranlable pour continuer son rôle malgré les huées qui se renouvelaient à tout instant. On ne sait comment il y put tenir. Quand il eut prononcé ce vers :

La vérité , mon frère, est que je ne vaux rien ,

les pieds, les mains, les cannes, les voix, tout dut lui faire connaître qu'on pensait ainsi sur son compte. Après avoir attendu avec patience la fin du brouhaha, il reprit la tirade de grand sang-froid. Cela alla assez bien jusqu'à cet autre trait :

Je vois qu'il faudra que je sorte.

Mille exclamations, des 'oui furent répétés de toutes les parties de la salle. Il soutint cela sans se déconcerter, et son courage ne se démentit pas jusqu'à la fin de la pièce.

— Dans une des pièces de l'ancien théâtre italien, qui n'étaient que des canevas que les acteurs remplissaient sur-le-champ , Carlin , qui faisait le rôle d'Arlequin , entendant son maître faire la plus amère satire des hommes, lui demanda: « Et les femmes, Monsieur, qu'en dites-vous? — Les femmes? Ah! c'est encore pis.

— Si bien, dit Carlin, que, si nous n'étions ni hommes ni femmes , nous serions parfaits. »

— Le Kain fut trouvé un jour chassant sur les terres d'un grand seigneur. Le garde l'aborde et lui demande de quel droit il venait chasser en 'ce lieu. « De quel droit ?

Du droit quun esprit ferme et vaste en ses desseins A sur l'esprit grossier des vulgaires humains.

— Ah ! c'est autre chose. Excusez , Monsieur, dit le garde; je ne savais pas cela. »

— La célèbre Clairon , connue par sa vie licencieuse et par ses talents , gâtée par les applaudissements et les adulations de la société, se croyait indépendante de toute subordination. Ne voulant pas paraître sur la scène avec un acteur qui lui déplaisait , et que les gentilshommes de la chambre du roi, chargés de la police des spectacles, n'avaient pas voulu renvoyer, elle fit man-

quer le spectacle. Elle fut, en conséquence, condamnée à passer un mois en prison. Avec une dignité théâtrale , elle répondit à l'inspecteur qui lui signifiait cet ordre : « Monsieur, je ne peux me dispenser de me soumettre à l'autorité du roi ; il peut disposer de mes biens, de ma liberté, de ma vie même ; mais il apprendra qu'il ne peut rien sur mon honneur. — Mademoiselle , vous avez raison , répliqua l'inspecteur : où il n'y a rien, le roi perd ses droits. »

— Une des premières chanteuses de l'Opéra rencontrant une chanteuse des chœurs qui tenait par la main une jolie petite fille : « Le joli enfant! lui dit-elle; à qui est-il? — A moi, Mademoiselle. — Mais il me semble que vous n'êtes pas mariée ! — Non , Mademoiselle , mais je suis de F Opéra ! »

— Un jour Mllc C... oublia son rôle au moment où elle disait : Tétais dans Rome, alors. Comme le souffleur ne fut pas assez prompt pour lui dire la suite, elle, sans se «déconcerter, lui dit : à Eh bien ! maraud , que faisais-je dans Rome ? »

— la mère de Mlle X..., actrice du Gymnase, lui dit un soir dans la coulisse : « Tes l'aimable , les l aimée , Ces t'honnêle, las Ion talent %à toi, qu'as-tu zà craindre ? »

— La mère de Mlle P..., actrice qui a presque été princesse allemande , est une custos ad limina , comme dit Virgile, c'est-à-dire portière. Se disputant avec une de ses locataires qui avait perdu un serin : « Eh ben !

lui dit-elle en sortant de sa loge , eh ben ! oui , le vHà vqC zoizeau , je Vai V écrasé ! »

— Le parterre de Marseille avait adopté l'usage de jeter des sous sur le théâtre lorsqu'un débutant lui déplaisait : c'était une manière humiliante de le congédier. Un acteur traité avec cette rigueur ramassait chaque sou qui tombait, saluait le parterre, disant : «Dieu vous le rende! » et reprenait son rôle. Le parterre finit par être touché , par applaudir le débutant et par le redemander pour un autre jour. Bientôt il devint un des meilleurs sujets de la troupe, et un de ceux que le public voyait avec le plus de plaisir.

— Quand Mlle Raucourt eut rempli le rôle de la Statue dans Pygmalion , elle reçut ce compliment épigrammatique :

Au comble de ton art te voici parvenue, Raucourt , à Pygmalion fais-en remercîment :

Car ton triomphe assurément ,

Est le rôle de la Statue.

— R.... de l'Opéra est modeste. Un inconnu l'aborde sur le boulevard du Crime : « Ai-je, lui dit-ii, l'honneur de parler au célèbre R... ? — Oui , Monsieur)), fit celui-ci.

— D... répétait un rôle de chevalier bardé de fer, au théâtre de l'Ambigu dit Comique. Il s'était couvert la tête d'un casque ; au moment le plus dramatique , la visière

s'est tout à coup baissée et on n'a pu la relever. Pendant qu'on l'essayait, il est sorti de ce globe de fer rouillé une voix si comiquement sépulcrale que, prise d'un fou rire , la jeune première s'est roulée par terre pendant un quart d'heure. Quant à D..., il a été délivré, après des efforts inouïs , par un serrurier, qui a exigé que le directeur le payât d'avance.

— Des comédiens passant à Plombières, à l'époque des eaux, y donnèrent des représentations qui furent très courues. L'un d'eux ne se bornait pas à remplir ses rôles, il faisait aussi des pièces , et voici le couplet qu'il vint un jour chanter à la fin d'un vaudeville de sa composition , qui avait obtenu le plus grand succès :

Nous n'frons point la prier1 commune Au parterre d'être indulgent ; Il peut bien nous garder rancune , Puisque nous gardons son argent.

Messieurs , sans y mett' de finesse , Vous amuser fut not' désir ; N' vous gênez pas , sifflez la pièce , Pour peu qu'ça puiss1 vous divertir.

Le public de Plombières prit bien la chose, et au lieu de siffler il applaudit.

— Une troupe de comédiens ambulants venait de jouer Le Misanthrope dans une petite ville de Normandie ; l'acteur qui avait joué Alceste, et qui l'avait joué de moitié avec le souffleur , s'avance après la représentation :

« Messieurs, dit-il en saluant profondément, nous aurons l'honneur de vous donner demain Le Philosophe sans le savoir. — Non pas, non pas, s'écrie le maire tout furieux, vous venez déjouer Le Misanthrope sans le savoir, et vous jouerez demain, s'il vous plaît, Le Philosophe en le sachant. »

— La Cour étant à Fontainebleau, Grassot, Ravel, Hyacinthe et Luguet, après une représentation, risquèrent chacun dix louis au whist et les perdirent ; après quoi, ils se mirent à pouffer de rire, a Morbleu ! leur dit le juif Doilingen , peut-on rire ainsi quand on perd son argent? — Oui, Monsieur, lui répondit Ravel, nous perdons , nous autres , notre argent comme nous le gagnons. »

ACTIONNAIRE. Voici un mot d'un gamin de Paris , un mot énergique, vif, caractéristique , et qui a porté fruit. Deux messieurs causaient sur le boulevard , au coin de la rue de Choiseul. L'un d'eux était un grand spéculateur, développant le plan d'une affaire magnifique ; l'autre, un capitaliste ébloui, en train de mordre à l'hameçon. 11 hésitait encore cependant, mais il allait céder, il le savait. Il ne faisait d'objections ,que par acquit de conscience. Auprès de ces deux messieurs s'arrêtent deux gamins de dix à douze ans. Ils considèrent le magasin du marchand de tabac du coin ; l'un d'eux s'écrie : « Nom d'une pipe ! je voudrais bien fumer un sou de tabac. — Eh bien , dit l'autre , achète pour un sou de

tabac. — Parbleu ! le malheur, c'est que j'ai pas le sou. — Tiens, j'ai deux sous, moi! — Oh! que chance! juste mon affaire. Un sou de pipe et un sou de tabac. — Eh bien! et moi donc? — Toi?... lu feras l'actionnaire, tu cracheras ! ... » Ce fut un trait de lumière. Le capitaliste prit la fuite en mettant les mains sur ses poches. Le spéculateur lança un regard furibond sur les deux gamins et retourna devant le passage de l'Opéra.

ADAGE. Proverbe sententieux, qui peut passer quelquefois pour maxime.

— Nous-Chirvan , surnommé le Juste , roi de Perse , étant à la chasse, voulut manger du gibier qu'il avait tué; mais il n'avait pas de sel. Il en envoya chercher au village le plus voisin, en défendant de le prendre sans payer, « Quel mal arriverait-il , dit un courtisan, si l'on ne payait pas un peu de sel ? — Si un roi, répondit Nous- Chirvan , cueille une pomme dans le jardin de ses sujets , le lendemain ses favoris couperont l'arbre. »

— Voici quelques adages tirés des poètes :

— Un sot plein de savoir est plus sot qu'un autre homme.

— L'aigle d'une maison n'est qu'un sot dans une autre.

— L'homme est de glace aux vérités , Il est de feu pour le mensonge.

— Le mérite en repos s'endort dans la paresse.

— C'est un double plaisir de tromper le trompeur.

— Plus fait douceur que violence.

— Aide-toi, le ciel t'aidera.

— Pour les infortunés, espérer c'est jouir.

— L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.

— Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre.

— Le trop de confiance attire le danger.

— Le crime est oublié sitôt qu'on le répare.

— L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir. ■ — A raconter ses maux, souvent on les soulage.

— Ce n'est point obéir qu'obéir lentement.

— La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.

— Un bienfait reproché tient toujours lieu d'offense.

— Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.

— Où la guêpe a passé le moucheron demeure.

— Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes.

— Rien n'est plus dangereux qu'un ignorant ami ,

Mieux vaudrait un sage ennemi.

— On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.

— En toute chose il faut considérer la fin.

— Un tiens vaut , ce dit-on , mieux que deux tu V auras.

— Rarement de sa faute on aime le témoin.

— Qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux.

— A vaincre sans péril , on triomphe sans gloire.

— Un rapport clandestin n'est pas d'un honnête homme. Quand j'accuse quelqu'un , je le dis et me nomme.

— C'est un poids bien pesant qu'un renom trop fameux.

ADRESSE. Le mot adresse , pris dans un sens figuré, consiste dans l'art de conduire ses entreprises de manière à réussir. Quelquefois l'adresse pourrait être ap*

pelée d'un autre nom ; au reste , pour réussir dans le monde , c'est malheureusement vrai , il vaut mieux être adroit que droit.

— Un aveugle avait 500écus, qu'il cacha dans un coin de son jardin ; un voisin le vit et les enleva pendant la nuit. L'aveugle , désespéré du larcin , fut trouver son voisin, qu'il soupçonnait d'en être l'auteur. « Voisin, lui dit-il d'un air qui annonçait un homme sans inquiétude, je viens vous demander un conseil : j'ai 1000 écus, dont j'ai caché la moitié dans un lieu sûr; croyezvous qu'il soit prudent de mettre l'autre moitié dans le même endroit? — Oui dà, voisin, je vous le conseille », dit le voleur d'écus ; et, dans l'espérance d'une plus belle prise, il se hâta de remettre les 500 écus où il les avait pris ; mais l'aveugle, ayant par ce tour d'adresse fait rapporter son argent , le prit et n'en remit plus.

— Deux hommes se disputent la propriété d'un cheval. Les juges sont aussi embarrassés que Salomon, lorsqu'un des plaideurs , jetant un manteau sur la tête du cheval, demande à l'autre : « Puisqu'il est à vous, vous allez dire de quel œil il est borgne. — Du droit, répond l'autre sans hésiter. — Ni de l'un ni de l'autre », reprend l'homme au stratagème , en découvrant la tête du cheval , qui lui appartenait réellement et qui lui fut rendu.

AÉROSTAT. Bulle de taffetas qui s'élève en l'air pour amuser de grands enfants.

AGE. S'il est difficile de savoir l'âge d'une femme, il ne l'est pas moins quelquefois de connaître celui de certains vieillards qui veulent faire encore les jeunes gens.

— Le comte de Grammont, qui mourut à Paris, en 1707, à l'âge de quatre-vingt-six ans, cachait soigneusement son âge. Etant un jour au dîner de Louis XIV, ce monarque demanda au maréchal de B..., qui était aussi fort vieux , s'il ne savait point quel âge pouvait avoir le comte de Grammont. « Sire , répondit le maréchal, j'ai quatre-vingt-trois ans : le comte en a au moins autant , car nous avons fait nos études ensemble. — Que dites-vous à cela, Monsieur de Grammont? lui dit le roi. — Sire , répliqua le comte , le maréchal se trompe : ni lui ni moi n'avons jamais étudié. »

ALBINOS. Voyez Nègres.

ALCHIMISTE. Espèce de fou qui use son temps, son corps et sa bourse à chercher à faire de l'or. On peut comparer les alchimistes aux marchands de billets de loterie , qui offrent d'enrichir les autres et vivent dans la plus grande misère. On a défini l'alchimie : un art sans art, qui vous érige d'abord en savant, ensuite en menteur, et enfin en mendiant.

— Un nouvel adepte , qui se vantait d'avoir trouvé le secret de faire de l'or, demandait une récompense au pape Léon X : le Saint-Père parut acquiescer à cette demande, et le charlatan se flattait déjà de la plus

grande fortune. Lorsqu'il revint solliciter sa récom pense, Léon X lui donna une grande bourse vide, en lui disant que, puisqu'il savait faire de l'or, il n'avait besoin que d'une bourse pour le contenir.

— Un empereur d'Allemagne, ayant appris qu'il y avait un chimiste qui passait réellement pour être adepte, employa tous les moyens possibles pour l'engager à venir auprès de lui ; mais il ne reçut que cette réponse : « Ou je suis adepte, ou je ne le suis pas : si je le suis , je n'ai pas besoin de l'empereur; si je ne le suis pas, l'empereur n'a pas besoin de moi. »

ALLUSION. Les allusions et les interprétations font quelquefois aussi peu d'honneur à ceux qui les forgent qu'à ceux qui cherchent à les prévenir. Un tyran avait fait annoncer, le matin , qu'il assisterait à la représentation de la tragédie nouvelle. C'était le lendemain du jour où le monarque venait de faire tuer son cousin. Le surintendant des théâtres frémit en songeant que , dans la pièce que le maître allait entendre , se trouvait ce vers séditieux :

Le salut des Etats ne dépend pas d'un crime.

L'auteur est appelé; il essaye de prouver que ce vers ne renferme qu'une de ces maximes d'une application trop générale pour être dangereuse ; l'édile en fait sentir au poëte le rapport direct avec l'événement récent dont gémissent les honnêtes gens : le vers est changé. Mais, à

la représentation , le prince , qui avait le livret sous les yeux, lit un vers et en entend un autre. Il veut connaître le motif du changement qu'il remarque; il interroge le courtisan , qui se voit forcé d'avouer la précaution qu'il a cru devoir prendre contre une application injurieuse : « C'est vous qui la faites , interrompit le prince en fureur, et c'est vous que j'en punirai. » On ignore de quelle nature fut le châtiment.

— Vers l'an 1213, Jean-sans-Terre , roi d'Angleterre, s'étant reconnu vassal d'Innocent III, ce pape lui envoya quatre anneaux garnis de pierreries , avec une lettre remplie d'allusions singulières. 11 l'invite à considérer la forme , le nombre , la matière et la couleur de ces anneaux. «La forme, qui est ronde, représente l'éternité , et doit le détacher de toutes choses temporelles pour le faire aspirer aux choses éternelles. — Le nombre, qui est quatre, désigne la fermeté d'une âme supérieure aux vicissitudes de la fortune , et fondée sur les quatre vertus cardinales. — La matière, qui est l'or, le plus précieux des métaux , signifie la sagesse , que Salomon préférait à tous les biens. — Le vert de l'émeraude annonce la Foi; le bleu du saphir, l'Espérance; le rouge du rubis , la Charité ; le brillant de la topaze , les bonnes œuvres. » C'est le cas de s'écrier : A bon entendeur saint !

AMBASSADEUR. Personnage titré que les cours s'envoient dans la louable intention d'entretenir entre elles

— lo

des relations d'amitié, et de se surveiller réciproquement.

Le grand talent, dans un ambassadeur, est de pouvoir se plier en quelque sorte aux défauts de ceux auprès de qui il est envoyé. Aussi , quelqu'un demandait à un ambassadeur français, qui revenait de Suisse, combien de fois il s'était enivré pour le service du roi.

— Le comte de Luc, qui avait été ambassadeur de France en Suisse, dit, dans une lettre qu'il écrivait à Louis XIV, qu'il avait été sept heures à table , et qu'il avait pensé mourir. « Mais , ajoutait-il , que ne feraiton pas pour le service de Votre Majesté ? » Et il finissait par ces mots : « J'aime beaucoup mieux prier Dieu pour sa santé que d'y boire. »

— . Il y a des occasions où il est essentiel à un ambassadeur de mettre en avant une proposition singulière et même chimérique , pour juger, par l'impression qu'elle fait sur ceux qui l'écoutent, de l'esprit et de l'intention de la cour. C'est ce qu'on appelle jeter une sottise par terre pour voir qui courra après.

— François Ier, roi de France , ayant des démêlés avec Henri VIII, roi d'Angleterre, résolut de lui envoyer un ambassadeur, et de le charger de paroles dures et menaçantes. Il jeta les yeux sur un seigneur de sa cour, en qui il avait confiance. Ce seigneur lui fit observer que sa vie serait en danger s'il tenait de pareils discours à un roi aussi orgueilleux que Henri VIII : « Ne craignez rien , lui dit François Ier , si le roi d'An-

gleterre vous faisait mourir, je ferais abattre bien des têtes anglaises qui sont en mon pouvoir. — Je le crois , répondit l'ambassadeur; mais de tontes ces têtes, ajouta-t-il en montrant la sienne , il n'y en a pas une qui allât sur mes épaules mieux que celle-ci, » Cette réponse plut au roi, qui changea ses instructions.

— Le président Jeannin fut envoyé ambassadeur en Espagne. Les Espagnols se plaignirent du peu de cas que le roi de France paraissait faire d'eux en leur envoyant un ambassadeur qui n'était pas même gentilhomme. Lorsque Jeannin eut son audience , le roi lui demanda : « Etes-vous gentilhomme ? » îl répondit : « Oui, si Adam l'était. — De qui êtes-vous fils? continua le roi. — De mes œuvres », répliqua le président. Ces paroles lui méritèrent, de la part du roi, l'accueil le plus favorable.

— Un ambassadeur, dont les talents et la mémoire étaient très médiocres, ayant été choisi pour se rendre en Portugal, et instruit qu'il fallait complimenter le roi lorsqu'il serait présenté, pria son secrétaire d'ambassade, homme de mérite, de lui faire un compliment très court. Pendant toute sa route , il ne cessait de le lire, sans pouvoir s'en mettre un seul mot dans la tête. Enfin , il imagina de le faire copier en gros caractères, et de le fixer dans son chapeau , de manière à pouvoir le lire lorsqu'il serait présenté. Mais, l'étiquette étant que les ambassadeurs soient couverts, lorsqu'il eut salué, et prononcé le mot : Sire, le roi lui dit de se cou-

vrir. Obligé, sur une seconde invitation , d'obéir, il ne put ajouter un seul mot au premier.

— Un prince d'Italie à qui les saillies ne réussissaient jamais , parce qu'il y mettait plus d'aigreur que d'esprit, étant un jour sur un balcon avec un ministre étranger, qu'il cherchait à humilier, lui dit : « C'est de ce balcon qu'un de mes aïeux fit sauter un ambassadeur. — Apparemment, répondit sèchement le ministre, que les ambassadeurs ne portaient point d'épée dans ce temps-là. » Répartie un peu vive , mais que le prince s'était attirée, parce qu'en voulant mortifier un seul homme , il avait offensé les représentants de toutes les puissances.

— Un roi du Nord , dont la vivacité faisait le principal caractère , demanda un jour à un ambassadeur de France s'il haranguerait le peuple en cas qu'on le pendît ou qu'on lui tranchât la tête. Le ministre , sans se déconcerter, répondit qu'il avait toujours son discours prêt et ses gants blancs dans sa poche. « Je voudrais bien vous entendre », répartit le monarque. L'ambassadeur, s'étant mis alors dans l'attitude d'usage , parla ainsi : « Vous me voyez, Messieurs, au moment de perdre le jour. Je ne regrette point la vie; mais je vois avec peine que ceux que l'on ne devrait connaître que par des actes de charité et de justice viennent jouir avec avidité d'un spectacle cruel qu'ils ont mendié. Ces scènes tragiques sont faites pour la barbare populace ; mais les cœurs vertueux et sensibles devraient rougir d'entretenir de

sang-froid — En voilà assez, Monsieur l'ambassadeur » , dit le roi , qui reconnut alors que le but de la harangue était de lui reprocher une curiosité qui le dégradait.

— Lorsque les îles Canaries , connues par les anciens sous le nom d'îles Fortunées, furent découvertes, le pape Clément VI les donna, suivant l'usage de ce temps, à Louis, comte de Clermont. L'ambassadeur d'Angleterre à Rome, s'imaginant qu'il n'y avait que les Iles-Britanniques qui pussent être les îles fortunées , quitta brusquement l'Italie , pour avertir le roi, son maître , que le pape venait de disposer de son royaume en faveur d'un prince étranger.

AMBITION. Fille de l'orgueil. Désir excessif et déréglé de la puissance, des honneurs, des richesses ou de la gloire. Sottise sérieuse qui nous porte à nous agrandir par quelque voie que ce soit. Elle se loge dans le cœur de tous les hommes ; elle est dans le Diogène qui drape avec cynisme sa gueuserie dans ses guenilles , comme dans le diplomate qui se fait chamarrer de tous les cordons de l'Europe; elle anime le Caraïbe qui ne cherche qu'un hamac , comme Alexandre qui veut multiplier les mondes pour avoir la gloire de les conquérir.

— Le frère de lord Macartney avait servi avec distinction dans les armées, et se vantait de n'avoir jamais rien demandé à la cour, de laquelle il avait tout refusé, ne connaissant pas de plus grand bonheur que celui de

vivre en simple particulier. Le roi d'Angleterre, instruit de ces propos, voulut savoir si cette insouciance pour les honneurs et les dignités était bien sincère. Un jour il le tire à l'écart , et lui dit avec un air d'intérêt et de mystère : « Savez-vous la langue espagnole ? — Non , Sire , mais je l'aurai bientôt apprise , si cela plaît à Votre Majesté. — Oui , oui , répliqua le roi ; vous ferez bien de l'apprendre. » Le lord, d'après cette simple conversation , dans laquelle il crut s'apercevoir que le roi avait quelque vue sur lui pour quelque grand emploi diplomatique, se renferma et étudia jour et nuit avec assiduité. Au bout de trois mois, il fut en état de dire au roi qu'il savait parfaitement l'espagnol. « Ah ! tant mieux , répondit le monarque ; eh bien , je vous conseille de lire Don Quichotte dans l'original, car on assure que les traductions n'en valent rien. »

AMITIÉ. Un des sentiments les plus purs que l'homme puisse éprouver. — Nom qu'on prodigue à des ménagements réciproques d'intérêt, à un simple échange de bons offices, qui ne sont que l'effet de la politesse.

Pour les cœurs corrompus l'amitié n'est point faite.

0 divine amitié , félicité parfaite !

Seul mouvement de l'âme où l'excès soit permis.

Sans toi , tout homme est seul ; il peut , par ton appui , Multiplier son être et vivre dans autrui.

— M. S..., conseiller au Parlement de Paris, perd un ami qui , en mourant, laisse des dettes et deux enfants en bas âge, sans espérance ni ressources. Il renonce à son train et va se loger dans le faubourg Saint- Marcel , d'où , tous les jours , il venait à pied au Palais. Il est aussitôt soupçonné d'avarice et en butte à beaucoup de calomnies. Au bout de quelques années, ayant fait des économies considérables, payé les dettes de son ami et pris soin de ses enfants , il reprit son genre de vie habituel.

— M. Freind, premier médecin de la reine d'Angleterre, avait assisté, en 1722, au Parlement, comme député du bourg de Lanceston , et s'était élevé avec force contre le ministère. Cette conduite indisposa la cour, qui lui suscita une accusation pour crime de haute trahison, et le fit enfermer à la Tour de Londres. Six mois après le ministre tombe malade et envoie chercher Richard Mead, autre médecin anglais et grand ami de Freind. Après s'être informé de la maladie du ministre, il lui dit qu'il répondait de sa guérison , mais qu'il ne lui ordonnerait pas seulement un verre de tisane qu'il n'eût rendu la liberté qu'on avait si injustement ravie à M. Freind. Le ministre, voyant sa maladie augmenter, fit supplier le roi d'élargir le prisonnier. L'ordre donné, le malade crut que Mead allait lui ordonner quelques remèdes, mais il s'y refusa jusqu'à ce que son ami fût rendu à sa famille. Alors il traita le ministre et le guérit

parfaitement. Le soir même il porta à Freind , et l'obligea à recevoir, environ cinq mille guinées qu'il avait reçues pour ses honoraires en traitant ses malades pendant sa détention.

— Henri IV reprochant un jour au comte d'Aubigné qu'il se montrait l'ami du seigneur de la Trémouille , disgracié et exilé de la cour : « Sire , lui répondit M. d'Aubigné, M. de la Trémouille est assez malheureux , puisqu'il a perdu la faveur de son maître; je n'ai pas cru devoir l'abandonner dans le temps qu'il a le plus besoin de mon amitié. »

— Sous prétexte de quelque intrigue tramée contre la sûreté publique , on arrêta, sous Louis XIII , le garde des sceaux Châteauneuf ; on arrêta en même temps le chevalier de Jars, son intime ami; et tous les moyens furent employés pour l'engagera trahir le secret de son ami. On alla même jusqu'à le mettre en jugement, et les juges eurent l'infamie de le condamner à mort: ils ne furent déterminés, dit-on , à prononcer cette sentence injuste que par l'assurance positive que l'on devait faire grâce à l'accusé. On lui fit même la honte de marcher au supplice. Rien ne fut capable de l'ébranler; il n'ouvrait la bouche que pour attester la fidélité du garde des sceaux . Déjà il est sur l'échafaud , la hache est levée , lorsque les cris de Grâce! grâce! se font entendre. Le prétendu coupable voit approcher un commissaire, qui lui déclare que le roi, usant de sa clémence, lui réitère l'invitation de révéler les coupables projets de Châteauneuf.

« Cet artifice ne m'en impose pas , répond le généreux de Jars , la crainte de la mort ne me fera pas manquer au devoir de Y amitié. Je persiste à dire que le garde des sceaux est un homme probe et honnête , qui a toujours servi fidèlement son roi. » On le reconduisit en prison , d'où on le fit sortir quelque temps après, avec une honorable justification.

— Vers la fin de 1834 , deux pensionnaires de l'hospice de la Vieillesse vivaient à Bicêtre dans une grande intimité. Le mot intimité ne rend peut-être pas strictement la nature des rapports qui existaient entre ces deux hommes. Jamais, il est vrai, on ne les rencontrait l'un sans l'autre ; mais, comme Oreste et Pylade dans la tragédie d' Andr orna que , l'un tutoyait l'autre , tandis que l'autre employait toujours le vous quand il s'adressait à son compagnon. Pylade veillait sur Oreste avec une tendresse respectueuse, et, pour laisser moins de privations au vieillard qu'il entourait de ses soins , il n'hésitait pas à s'imposer de pénibles et réels sacrifices. Quand le tabac manquait dans la tabatière de son camarade , il vidait la sienne et lui en donnait le contenu ; ce qui ne l'empêchait pas , de temps à autre , d'ouvrir et de fermer bruyamment cette boîte , de façon à laisser croire qu'il y puisait; enfin, on le voyait souvent aspirer le tuyau d'une pipe vide , tandis que des tourbillons de fumée bien réels sortaient en abondance des lèvres de l'objet de tant de sollicitude. Ces innocentes ruses réussissaient d'autant mieux qu'elles trompaient un aveugle,

à moitié paralytique. Il en advenait de môme en tout et partout. Les meilleurs morceaux à table , la meilleure place au poêle de la chambrée , le linge le plus sec et le plus doux, échéaient au vieillard, sans même qu'il soupçonnât qu'il les devait au dévouement de Jacques. — Le père André, ainsi se nommait l'aveugle, restait constamment plongé dans une sombre rêverie; rarement des paroles sortaient de ses lèvres ; il tenait des heures entières , penchée sur sa poitrine , sa belle tête chauve , à laquelle les ravages de la maladie et la livrée de la misère n'ôtaient pas son caractère imposant d'intelligence et de noblesse. Du premier coup d'œil on comprenait qu'il avait connu des jours meilleurs. Du reste , il ne s'éloignait jamais des environs de Bicêtre. Sa promenade quotidienne aboutissait régulièrement à un banc de pierre , distant à peine d'un demi-kilomètre. Depuis qu'il habitait l'hospice , il n'avait pas mis le pied dans Paris. Personne ne venait jamais le voir. Il ne recevait aucun secours, et, sans le dévouement de Jacques, qui , au risque de se faire punir, mendiait quelquefois en cachette , il eût manqué de tabac : le tabac , cette puissante consolation ! ce lotus des déshérités de ce monde. Trente années auparavant, André s'estimait, à bon droit, le plus heureux bourgeois de Paris. Propriétaire d'une usine de quelque importance , créée par lui , qui prospérait, et qui, chaque année, produisait des inventaires inespérés, il voyait sa modeste fortune s'accroître ; enfin , il menait une vie heureuse et calme au sein d'une

famille qui l'entourait de ses profondes affections, seules joies réelles qui sachent combler le vide de l'âme. Jacques, de sa simple position d'apprenti, à force de travail , de probité et de bon vouloir, s'était élevé au grade de contre-maître. Les dimanches, il mettait ses beaux habits pour dîner avec son patron , passait la soirée de ce bienheureux jour à faire sauter sur ses genoux les enfants de « monsieur André », et se détournait parfois en essuyant une larme furtive , tant les bonnes paroles de Mmc André , qui le traitait presque en fils , lui remuaient le cœur. Un matin, deux personnes d'apparence simple vinrent demander à André la permission de visiter ses ateliers. L'un d'eux, surtout, adressa des questions de toutes sortes à l'industriel; quand les réponses lui plaisaient , il se frottait les mains et regardait en souriant son compagnon. André, sans se rendre compte de la nature de son émotion , se sentait ému en présence de ce singulier homme qui s'exprimait d'une façon brève, du premier mot comprenait des questions d'industrie auxquelles il semblait naguère étranger, et dont on ne supportait pas , sans baisser les yeux , le regard profond. — Quand il eut examiné l'usine entière ; longuement, à son aise, et comme s'il se fût senti chez lui: « Allons, dit-il, je ne me trompais point; vous êtes un homme comme il m'en faudrait beaucoup en France. Prenez cette croix et ce brevet; je vous nomme chevalier de la Légion-d'Honneur. » — André faillit tomber de son haut ; les paroles de l'inconnu réa-

lisaient son rôve le plus ardent et le plus inespéré. « J'ai voulu voir moi-même et j'ai vu votre établissement. L'empereur Napoléon est content de vous. Si vous avez besoin de moi , venez aux Tuileries ; écrivez-moi si je suis en campagne, et comptez sur ma protection. Donnez-moi la main ! J'aime à toucher la main d'un honnête homme... Adieu. » — Il sortit, laissant le plus heureux des Parisiens, André, qui contemplait avec des larmes cette croix donnée par l'Empereur lui-même, l'Empereur qui s'éloignait au milieu des acclamations des ouvriers ! Car ceci s'était passé au milieu de ces derniers, en plein atelier. — Le soir, il y eut banquet, feu d'artifice , illumination ; chacun vint féliciter le chevalier André, qui, s'il mit un ruban un peu trop large à sa boutonnière , n'oublia ni les pauvres ni Dieu. Il distribua d'abondantes aumônes et fit chanter à sa paroisse une messe d'actions de grâces, à laquelle il assista, en compagnie de sa famille et de ceux qui travaillaient sous ses ordres. À quelque temps de ce grand jour, André parut préoccupé. Il s'enfermait des heures entières avec Jacques ; ils conféraient mystérieusement ; ils travaillaient ensemble dans un laboratoire réservé. Après cinq ou six mois , ils montèrent un matin en voiture, et revinrent avec les papiers nécessaires pour obtenir un brevet d'invention. André, pour se montrer digne de l'estime de l'Empereur, venait de réaliser une pensée qui le préoccupait depuis longtemps, et qui bouleversait, dans un de ses points les plus défectueux, la vieille

routine d'une branche importante de l'industrie française. Le brevet obtenu en bonne et due forme , et bel et bien payé quinze cents francs, il fallait se mettre à l'œuvre. Dieu seul connaît les nuits sans sommeil que passèrent ces deux hommes , les prodiges d'intelligence et de persévérance qu'ils firent, les grandes sommes d'argent qu'ils dépensèrent ! Entre la théorie et l'exécution s'ouvre un abîme ; un frottement imprévu paralyse la machine la mieux combinée ; mille écueils surgissent là où l'on croyait nager en pleine eau ! Enfin ils triomphèrent de tout. Deux ans après la prise du brevet, la découverte d'André , complète et vivante, livrait à des prix d'une extrême modicité des produits naguère exclusivement réservés à l'opulence, et détruisait les privations auxquelles le blocus et la guerre condamnaient la France entière. Et cependant la paix pouvait venir ! André lui-même la saluerait de ses acclamations. Loin de nuire à sa nouvelle industrie , elle lui donnerait un nouveau développement. « Advienne ce que Dieu voudra ! » disait-il en se frottant les mains , comme il l'avait vu faire à Napoléon ; les treize années durant lesquelles la loi m'assure encore l'exploitation exclusive de mes procédés me rapporteront, à bas prix, un bon million, pent-être mieux ! » Le public se montre défiant pour toute nouveauté : Parmentier et mille autres ne l'attestent que trop ! Quelque grands avantages qu'il ressortît des nouveaux produits dus à André , on ne les adopta d'abord que lentement; trois à quatre années

s'écoulèrent sans que les ventes couvrissent l'inventeur, même de ses frais de fabrication. Cette période de temps écoulée , le succès arriva enfin , incontesté , décisif, lucratif. Les ateliers d'André ne pouvaient suffire aux commandes qu'on lui adressait de toutes parts. Peu à peu André apprit, non sans étonnement, qu'on se plaignait, dans plusieurs villes, de la mauvaise qualité de ses produits. Sûr de la loyauté des matières qu'il employait , sûr des soins qu'on mettait à les ouvrer, il examina les produits incriminés , et constata qu'ils étaient le produit clandestin d'une contrefaçon plus frauduleuse qu'habile. Il comprit alors pour quels motifs plusieurs de ses ouvriers avaient quitté sa maison , malgré le salaire avantageux qu'ils y recevaient. Attaqué à la fois dans sa juste réputation de probité , dans son orgueil d'inventeur et dans ses intérêts les plus graves, volé par les faussaires et déconsidéré par eux, il lui fallut recourir aux tribunaux. Le contrefacteur, comme le contrebandier et le faussaire, ses dignes confrères en police correctionnelle et en Cour d'assises, s'entoure de mystères et de ruses ; il met en œuvre , dans sa lutte avec l'inventeur mal protégé par la loi , toutes les ressources qui peuvent éluder cette loi. Ses ateliers se cachent au fond de quartiers solitaires, et jusque dans les carrières de Montmartre. Prévenu par des espions, quand les agents de la justice surviennent pour constater les fraudes, les traces accusatrices ont disparu. Pendant six mois , André put à peine surprendre deux con-

trefacteurs en flagrant délit ; en revanche, neuf autres lui suscitèrent des procès , parce qu'il avait commis chez eux des visites domiciliaires, mal fondées et injustifiables, disaient-ils. Puis ils se formèrent en coalition, intentèrent à André un procès en déchéance de brevet, avilirent le prix de leurs marchandises mal confectionnées, enfin inondèrent la province de commis-voyageurs et de prospectus qui faisaient sonner bien haut le procès en déchéance intenté , et accusaient de vol le volé. Réduit à baisser lui-même les prix de ses produits pour soutenir cette indigne concurrence , forcé d'avancer des sommes considérables pour soutenir les vingt ou trente procès qu'il faisait ou qu'on lui faisait ; harcelé , acculé, trahi par ses meilleurs ouvriers, que corrompaient à prix d'or les contrefacteurs , et qui abandonnaient leur maître pour vendre ses secrets à ses ennemis , André , à bout de ressources , dut recourir à des emprunts. Les contrefacteurs, que leurs déprédations enrichissaient, s'emparèrent de ces billets, en empêchèrent le renouvellement, mirent en campagne une armée d'huissiers, et, après trois années pendant lesquelles leur victime leur opposa une héroïque résistance , ils l'accablèrent de protêts, et lui jetèrent un jour à la face ce mot terrible : Faillite ! Le vieux négociant tomba , mais il se releva en héros : il abandonna à ses créanciers le peu que n'avaient pas dévoré les avances considérables d'argent que nécessitent les procès, laissa faire sa femme, qui se refusa à revendiquer sa dot , et se retira dans un cinquième

étage de la rue Saint- Antoine avec Mmc André , ses enfants et Jacques. Désormais il n'eut plus qu'une idée : gagner ses procès, se réhabiliter, laisser un peu de pain à sa famille et mourir. Hélas ! ce ne fut point lui qu mourut , mais ses deux enfants , frêles et douces créatures qui ne purent impunément passer de l'aisance à la misère et de la sérénité au désespoir. Un mois après que leur père les eut déposés tous les deux dans la fosse commune, un huissier entra dans le grenier et signifia à André un arrêté du conseil de l'ordre de la Légiond' Honneur : cet arrêté, aux termes de la loi , interdisait au failli André de porter l'étoile de l'honneur. A ce dernier coup , l'infortuné sentit un blasphème dans son cœur et sur ses lèvres. Toutefois, il l'étourïa, tourna douloureusement les yeux vers le ciel, où il comptait un jour retrouver ses enfants , détacha de sa boutonnière un ruban fané et le présenta à l'huissier. L'huissier sortit en pleurant. André avait employé deux ans à perfectionner sa découverte , cinq ans à la produire, et sept ans à en discuter la propriété aux contrefacteurs. Après avoir plaidé pendant ces sept années , et s'être vu traîné à travers les diverses juridictions, il gagna enfin sur tous les points. Hélas ! son brevet était périmé; ses adversaires , pendant cette longue lutte , avaient dénaturé leur fortune, pris des prête-noms, vendu leurs fonds, et recouru aux moyens trop faciles qui permettent d'éluder, en pareil cas, les reprises de l'homme qu'on a

dépouillé. Non-seulement André ne toucha rien des

dommages-intérêts considérables décrétés par les tribunaux , mais il eût été condamné comme partie civile à payer les immenses frais des procédures , s'il lui était resté quelque ressource. Sa réhabilitation et l'espoir de renouer à sa boutonnière le ruban de la Légion-d'Honneur, seuls désirs qui vécussent dans cette âme brisée , devinrent donc irréalisables. Aussi , bientôt l'apoplexie étreignit de ses doigts fatals le cerveau de l'infortuné et le laissa aveugle, paralytique, mais pas assez idiot pour avoir perdu le souvenir et pour ne pas souffrir des angoisses effroyables de la misère poussée à ses extrêmes limites. Jacques fit si bien qu'il obtint de quelques anciens amis de son patron l'admission de ce débris vivant et de sa femme à l'hospice de Bicêtre et à l'hospice de la Salpêtrière. Le jour où ils quittèrent leur grenier pour se séparer, eux qui depuis soixante ans avaient vécu sous le même toit , les deux époux se prirent silencieusement par la main et pleurèrent , tandis que Jacques sanglotait à leur côté. Toujours en larmes, ils descendirent les marches escarpées de l'escalier, et sans proférer un mot ils gagnèrent la rue , ne s'inquiétant pas des voisins qui , rassemblés en groupes , se donnaient , en guise de mélodrame, le plaisir d'assister à cette double agonie. L'aveugle s'appuyait sur le bras de sa femme , infirme elle-même depuis la mort de ses enfants. Jacques était allé chercher un fiacre. Personne ne put jamais savoir comment il s'était procuré de l'argent pour payer cette voiture. Arrivés devant la Salpêtrière, le fiacre s'arrêta. M. et M,Me

André échangèrent un dernier serrement de main , et la pauvre femme descendit, soutenue par Jacques. Elle ne demeura pas longtemps à la charge de l'hospice. Environ trois mois après son admission , on la trouva morte dans son lit. André mena dès lors l'existence solitaire que vous savez. Avait-il conservé sa raison? l' avait-il perdue? On ne le sait guère : car, malgré la loquacité particulière aux aveugles, il demeurait des semaines entières sans dire un seul mot, même à Jacques. Il y a bien des années que tous les héros de ce drame bourgeois ont trouvé le repos et la consolation dans le sein du Dieu qui veut que la couronne du génie soit ici-bas une couronne d'épines, semblable à celle qui ceignit et déchira le front de son divin fils. Tout ce que je sais sur la mort d'André, c'est que Jacques plaça sous le linceul du martyr la croix et le brevet donnés par l'Empereur à son patron , et que lui-même ne survécut guère que d'un an à l'accomplissement de ce pieux devoir. Cette histoire d'un inventeur, dont j'ai dû taire le nom et même les découvertes , cette histoire se renouvelle , à peu près sous les mêmes formes, chaque jour, sous nos yeux. Les colonnes des journaux des tribunaux regorgent de procès d'inventeurs et de contrefacteurs. Partout où surgit une idée surgit un frelon qui la vole ou qui la tue. Pour qu'on ne m'accuse point d'exagération , je vais laisser parler un magistrat. Voici comment s'exprimait, le 6 fév, ier 1857, devant la Cour impériale de Paris \ M. l'avocat général Roussel : « La loi peut présenter dans son

application des conséquences bien fâcheuses pour les inventeurs qu'elle a mission de protéger. L'article 40 de cette loi punit, il est vrai, la contrefaçon, mais les articles 30 et 32 offrent aux contrefacteurs des facilités merveilleuses pour prolonger presque indéfiniment les débats. Ils peuvent opposer successivement sept causes de nullité , trois causes de déchéance, et , si on ajoutait encore les divers motifs de chacune de ces causes de nullité , il est évident que les contestations auraient une durée dont il serait impossible de prévoir le terme , ce qui causerait un énorme préjudice à l'inventeur. Ce préjudice s'accroîtrait d'autant plus que la réparation serait, la plupart du temps, insuffisante : car cette même loi, dans son article 42, a déclaré qu'il n'y aurait pas de cumulation possible de délits , et qu'une seule peine pourrait être appliquée à tous ces délits réunis. »

AMOUR. Etoffe de la nature que l'imagination a brodée. — Echange de deux fantaisies ; privilège pour toutes les folies que Ton peut faire, pour toutes les sottises que Ton peut dire. L'amour est dépeint avec un bandeau sur les yeux pour marquer l'aveuglement dans lequel il plonge. « Les remèdes de l'amour sont, dit Craies , jeûner, attendre ou se pendre : la faim , le temps ou la corde. »

— Un Anglais voulait faire sa femme d'une charmante jeune personne ; mais elle le refusait constamment. Comme elle paraissait l'aimer, il lui demanda le sujet de son obslinaticn à ne pas l'épouser. La demoiselle lui

avoua alors que le motif de son refus était que, par un accident, elle avait perdu une jambe qui était remplacée par une jambe de bois , et qu'elle avait craint que tôt ou tard cela ne refroidît sa tendresse. L'Anglais protesta que cela ne changerait jamais rien à ses sentiments pour elle ; mais elle persista à ne pas consentir à lui donner sa main. L'Anglais prétexte un voyage, vient à Paris, et se fait couper une jambe. Lorsqu'il est guéri, il retourne à Londres , va chez la demoiselle , et lui dit qu'il n'y a plus d'obstacle à leur union, puisqu'il est également privé d'une jambe. Le mariage eut lieu. Calino, devant qui on racontait cette anecdote , s'écria : « Je les ai beaucoup connus, à preuve que tous leurs enfants sont nés avec une jambe de bois. »

AMOUR CONJUGAL. Bonheur du foyer domestique; affection moins rare que ne le disent les libertins.

— Artémise, reine de Carie, ne voulut pas que la mort la séparât de Mausole, son époux. Elle avalait chaque jour une portion des cendres de son mari, et devint ainsi son tombeau.

— Pauline , femme de Sénèque , ne voulut point survivre à son mari, dont Néron avait ordonné la mort; elle se fit, à son exemple, ouvrir les veines. C'était tout ce qu'une païenne pouvait faire. Mais, Néron lui ayant envoyé des gens pour l'obliger à permettre qu'on lui arrêtât le sang, elle porta, le reste de sa vie, une pâleur mortelle sur son visage.

— Le comte de Salis, officier de mérite, devint fou en apprenant la mort de sa femme, dont son devoir, comme militaire, l'avait séparé.

— M. Lavalette, directeur des postes à Paris, qui perdit sa place à la première Restauration, s'y rétablit quand Louis XV11I se retira à Gand , lors de la sortie de Napoléon Ier de l'île d'Elbe. A la seconde Restauration, M. Lavalette fut arrêté comme complice de la venue de l'Empereur et condamné à mort. Pendant tout le temps de son emprisonnement et de son procès, son épouse eut la liberté de le voir : tous les jours elle se rendait à la prison avec sa fille et une femme de confiance , et tous y dînaient ensemble. Un guichetier faisait le service de la chambre. Le procès de M. Lavalette était terminé: il devait, dit-on, être exécuté le lendemain de très bonne heure. Son épouse arrive la veille, à son ordinaire, dans sa chaise à porteurs ; elle propose à son mari de prendre des habillements de femme et de s'en aller à sa place, ce qui fut exécuté sans encombre. M. Lavalette, par le moyen de trois Anglais qui le recueillirent, sortit de France. Son épouse fut interrogée, puis mise en liberté. M. Lavalette obtint depuis sa grâce et sa rentrée en France.

AMOUR-PROPRE. Sentiment factice, par lequel l'on fait plus de cas de soi que de tout autre. — Rallon rempli de vent, d'où il sort des tempêtes dès qu'on lui fait une piqûre. — Tissu délicat et léger: il est facile de le

froisser et difficile d'en faire disparaître le froissement

— Un officier , chargé d'apaiser une émeute populaire, et voulant nettoyer la place des mutins qui la remplissaient , dit à sa troupe : « Tirez sur la canaille , et ménagez les honnêtes gens. » Chacun, ne voulant pas faire partie de la canaille , se retira, et l'émeute fut appaisée.

— Un docteur allemand, rempli d'amour-propre, disait, dans l'exorde d'un de ses discours : « Messieurs, si Socrate revenait parmi nous et qu'il vît l'état florissant où les sciences sont en Europe ; que dis-je, en Europe? en Allemagne; que dis-je, en Allemagne? en Saxe; que dis-je, en Saxe? à Leipsick ; que dis-je, à Leipsick? dans cette Université; alors, saisi d'étonnement et pénétré de respect , Socrate s'assiérait modestement parmi nos écoliers, et, reeevant nos leçons avec humilité, il perdrait bientôt avec nous cette ignorance dont il se plaignait si justement. »

— Il y avait autrefois, dans la ville de S..., une famille ancienne et illustre, du nom de Lauvigny, et dont le seul représentant aujourd'hui existant a passé jusqu'ici presque toute sa vie dans les pays étrangers. Un notaire du pays, nommé Planche, sans doute pour se distinguer des autres planches, dans un pays où l'exploitation du bois est très commune, acheta une petite propriété ayant appartenu à la famille de Lauvigny, ajouta ce second nom au sien , puis finit, suivant l'usage, par supprimer complètement le sien propre et se faire ap-

peler M. de Lauvigny. Il y a quelque temps, le véritable M. de Lauvigny revint à S,.., et alla rendre visite, un soir, au sous-préfet. Pendant qu'il s'y trouvait, il entendit annoncer par le domestique : M. de Lauvigny. Etonné, il s'approcha du maître de la maison, et lui demanda des explications sur ce parent qu'il ne connaissait pas : « Mais, lui répondit le sous-préfet, c'est Planche, l'ancien notaire. » M. de Lauvigny ne répliqua rien, prit son chapeau, sortit, et rentra un instant après en se faisant annoncer : M. Planche. Surpris à son tour, M. Planche s'adressa au sous-préfet, qui lui répondit que c'était M. de Lauvigny. M. Planche prit son chapeau et sortit, mais ce ne fut pas pour rentrer dans le salon.

— L'anecdote suivante prouve à quel point l'amourpropre est ingénieux à se tromper soi-même. Un jeune homme débute à l'Opéra dans l'emploi, de Dupré : il jouait dans Guillaume Tell. Il était mauvais et reçut des marques prononcées de mécontentement. À sa rentrée dans les coulisses, un ami cherchait à le consoler de cette disgrâce, en lui représentant que les pins grands acteurs avaient commencé par être siffles : « Que voulez-vous dire, Monsieur? répond le débutant; apprenez que le parterre n'a sifflé ni mon chant ni mon jeu , mais seulement qu'il s'est égayé au sujet de cette vilaine perruque que je ne voulais pas mettre sur ma tête et dont le costumier m'a forcé de me servir. »

— Un propriétaire s'est avisé de faire placer sur les

murs de sa maison une inscription répétée deux fois en grandes lettres peintes, et que voici : Il est défendu d'afficher et de s'appuyer sur ces murs. Pour afficher, passe; c'est un droit du propriétaire de ne pas souffrir que ses murs passent à l'état de quatrième page de journal; mais s'appuyer, il y a là, en vérité, quelque chose qui serre le cœur. Quoi donc ! un malheureux, brisé de fatigue près de tomber, ne pourrait, en passant, s'appuyer sur ces murs , ne fût-ce qu'une seconde, pour reprendre haleine, pour ne pas faire une chute, pour éviter d'être écrasé! Ah ! c'est de la cruauté. On en fit l'observation au propriétaire de la maison susdite , et il n'en tint aucun compte ; mais , un article inséré dans un journal ayant promis de publier son nom s'il ne faisait pas rayer la malencontreuse et inhumaine inscription, il s'empressa, par amour-propre, de la faire effacer.

AMOUR MATERNEL. Le cœur d'une mère est un chef-d'œuvre de tendresse. Quelle plume pourrait peindre toutes les scènes de douleur ou d joie qui se passent dans le sein d'une mère, ses sollicitudes pour l'objet de ses affections, ses alarmes, ses agitations lorsqu'elle est en danger de le perdre , et son désespoir lorsqu'elle l'a perdu?

— La femme d'un noble vénitien, ayant vu mourir son fils unique, s'abandonnait aux plus cruelles douleurs. Un religieux s'efforçait charitablement de la consoler :

« Souvenez-vous , lui disait-il , d'Abraham , à qui Dieu commanda de plonger lui-même le poignard dans le sein de son fils, et qui obéit sans murmurer. — Âh! mon père, répondit-elle , Dieu n'aurait jamais commandé ce sacrifice à une mère. »

— Un mot bien touchant : G***, rencontrant madame N*** : « Quoi ! lui dit-il , depuis sept ans , toujours en deuil de votre enfant ! — Hélas ! répondit la mère affligée, il est toujours mort! »

— Un trait d'une délicatesse infinie: Une mère, au moment de mourir , écrit par anticipation des lettres à son fils, afin que, les recevant plus tard aux épcques ordinaires, il ne soit pas découragé en la croyant déjà morte.

AMUSEMENTS DE L'ESPRIT.Foi/es Jeux de l'esprit.

ANAGRAMME. Art de renverser ou plutôt de transposer toutes les lettres d'un mot , pour y trouver un autre mot et un autre sens. — Une de ces bagatelles propres à exercer la patience, et à user le temps des personnes qui ne cherchent qu'à le tuer.

— J.-B. Rousseau, ne voulant point reconnaître son frère, parce que c'était un simple cordonnier, avait pris le nom de Verniettes , dont l'anagramme est: Tu te renies.

— L'anagramme trouvée dans le meurtrier de Henri III, Frères dit Jacques Clément , est : Cest l'enfer qui m'a créé.

— L'anagramme la plus remarquable est celle-ci : Pi-

late demande à l' Homme-Dieu. « Quid est veritas? Qu'est-ce que la vérité ? » Et il se lève sans attendre la réponse ; mais elle se trouve dans la question même , dont l'anagramme donne exactement : « Est vir qui adest, c'est celui qui est devant nous. »

ANECDOTES. Particularités secrètes d'histoires ou faits peu connus, qui ne circulent souvent que dans la société.

— M. de Lamartine menait de front un poëme et une affaire d'où dépendait sa fortune. On lui demandait un jour comment allait son poëme. « Demandez-moi plutôt, dit-il, comment va mon affaire. Je ne ressemble pas mal à ce gentilhomme qui, ayant une affaire criminelle, laissait croître sa barbe, ne voulant pas, disait-il, la faire faire avant de savoir si sa tête lui appartiendrait. Avant d'être immortel, je veux savoir si je vivrai. »

— Le baron de Breteuil, qui s'intéressait à M. de Clermont-Tonnerre, grondait ce dernier de ce qu'il ne se montrait pas assez dans le monde : « J'ai trop peu de fortune, répondit M. de Clermont. — Il faut emprunter : vous payerez avec votre nom. — Mais si je meurs? — Vous ne mourrez pas. — Je l'espère ; mais enfin , si cela arrivait? — Eh bien! vous mourriez avec des dettes, comme tant d'autres. — Je ne veux pas mourir banqueroutier. — Monsieur, il faut aller dans le monde : avec votre nom, vous devez arriver à tout! Ah! si j'avais votre nom!... — Voyez à quoi il me sert. — C'est votre

faute. Moi, j'ai emprunté. Vous voyez le chemin que j'*ai fait, moi qui ne suis qu'un pied-plat. » Ce mot fut répété deux ou trois fois à la surprise de l'auditeur, qui ne pouvait comprendre qu'on parlât ainsi de soi-même.

Ce trait nous en rappelle un autre : Le comte d'Argenson, homme d'esprit, mais dépravé et se jouant de sa propre honte, disait : « Mes ennemis ont beau faire, ils ne me culbuteront pas. Il ny a ici personne plus valet que moi. »

— Le duc de Lauzun, depuis duc de Biron, qui porta sa tête sur Téchafaud révolutionnaire , disait : « J'ai eu souvent de vives disputes avec M. de Calonne; mais, comme ni l'un ni l'autre n'avions de caractère , c'était à qui se dépêcherait de céder ; et celui de nous deux qui trouvait la plus jolie tournure pour battre en retraite était celui qui se retirait le premier. »

— Une conspiration fut ourdie pour ôter la régence au duc d'Orléans et la donner à Philippe V, roi d'Espagne. Toute l'intrigue fut découverte par une femme nommée Fillon. Le chevalier de Manilles était renfermé par suite des révélations de cette femme. Tout son crime consistait à n'avoir point dénoncé ceux qui lui avaient confié leur secret. Un vieux marquis de Manilles s'empressa d'aller trouver le régent, et de lui donner les preuves qu'il n'était ni parent ni ami du prisonnier. « Tant pis pour vous , répondit le duc , le chevalier est un fort galant homme. » Le comte de Laval , impliqué dans la même conspiration , fut mis à

— Ai —

la Bastille. Pour connaître ce qui se passait au dehors, il feignit d'avoir besoin deux fois par jour de son apothicaire, qui lui rendait compte de toutes les nouvelles. On dénonça ce fait au régent, qui se contenta de répondre : « Puisqu'il ne reste que ce plaisir au comte de Laval , il faut au moins le lui laisser. »

— Un Anglais débarque à Boulogne et va chez un perruquier. « Moi, lui dit-il, beaucoup délicat pour le barbe; un guinée si vous rasez moi sans couper ; si vous coupez moi , moi ferai sauter tout de suite cervelle à vous. » Le Figaro rase l'Anglais avec la plus grande légèreté. « Comment, dit ce dernier, le pistolet pas fait peur à vous? — IN on , Milord. — Et pourquoi ? — Si j'avais entamé , j'aurais achevé de vous couper le cou. »

— A la foire de Hautot-l'Auvray, vers la fin du jour, une bonne vieille brave femme offrait à quelques jeunes villageoises de leur dire leur bonne aventure. Un garçon de dix-huit ans, qui entendit la proposition de la brave femme , courut chez lui , prit les vêtements de sa sœur, qui est à peu près de son âge, et, déguisé en paysanne, il vint trouver la diseuse de bonne aventure, après avoir averti plusieurs de ses camarades et les avoir invités à se tenir à distance. « Bonjour, Madame, dit-il en arrivant auprès de la bonne femme. — Bonjour, jeune personne, répondit la sibylle. — Voulais-vous me dire ma bonne aventure, si vous plaît? — Très volontiers; et, parce que vous m'avez l'air d'une brave fille, ça ne sera que cinquante centimes. — Ça n'vaut var-

ment point la peine d's'en passer. — Jeunesse, continue la devineresse , ce jeu de cartes m'apprend que vous avez plus d'un amoureux; ce n'est pas bien. Celui que vous préférez est un blond ; mais ne vous y fiez pas, car il pourrait vous en cuire... » A ce moment, la brave femme laisse tomber une carte, et, en se baissant pour la ramasser, elle aperçoit le bas d'un pantalon, dont notre jeune homme a oublié de se priver. A cette vue, la brave femme perd la tête; elle s'imagine, sans doute, que la prétendue jeune fille qu'elle a devant les yeux est un jeune garde champêtre ou un jeune gendarme ; elle se sauve à toutes jambes et va se perdre dans la foule, laissant le jeune homme et ses camarades rire à gorge déployée de l'aventure. Dans son trouble et sa fuite précipitée , la brave femme n'a pas ramassé sa carte. Que dira-t-elle quand elle apprendra que c'est Vas de pique ? — Un citoyen habitué, par désœuvrement et par goût, à soigner lui-même le pot-au-feu domestique, prit un jour Je premier panier qui lui tomba sous la main , et s'en alla quérir, en l'absence de sa femme , le classique morceau de bœuf d'un demi-kilogramme, qui constituait, avec le potage qui en dérivait et les légumes qui l'entouraient, le traditionnel repas de la famille pour le milieu du jour. La tranche de bœuf était fort appétissante, et notre homme, satisfait delà manière dont il avait été servi, s'en revint tout joyeux au logis, bien certain d'obtenir un succulent consommé. Déjà l'eau était sur le feu et faisait entendre ce léger frémissement

qui annonce qu'elle commence à prendre le degré de chaleur convenable. Le couvercle est levé, et notre homme verse en toute hâte le contenu du panier, sans plus s'occuper de la marchandise , dont il avait pu juger la belle apparence sur l'étal du boucher. — L'eau bout et l'écume apparaît à la surface. Le cuisinier volontaire entre immédiatement dans l'exercice de ses fonctions , et s'arme de la passoire pour enlever la mousse qui surnage sur le liquide en ébullition. Il remplit son office soigneusement et consciencieusement à quatre reprises différentes; mais, chose étrange! plus il se sert del'écumoire, plus l'écume apparaît abondante. — Le moderne Vatel ne perd pas patience , il se remet courageusement à l'œuvre , et recommence à faire manœuvrer son instrument culinaire; mais la mousse surnage toujours. — Courbé en avant du feu, aspirant toutes les vapeurs de l'eau qui l'aveuglent et inondent son visage de sueur, il écume, il écume encore, il écume toujours, sans trêve ni répit , sans sentir le fléchissement de ses genoux ni la fatigue de son poignet. Inutiles efforts ! l'écume devient à chaque instant plus rapide et plus pressée. — La passoire ne suffit pas : il s'empare d'un poêlon et veut d'un seul coup enlever cette fatale mousse qui semble sortir d'un vase ensorcelé, rien n'y fait; elle continue à couvrir l'eau, qui blanchit de plus en plus. — Désespéré, il court chez M. N...., son boucher, et, l'accablant de questions , il l'entraîne de force jusqu'à son logis , où il lui montre , d'un geste tragique , le li-

quide blanchâtre qui se répand à grands flots de la marmite bouillonnante. Le boucher n'y comprend rien, d'autant moins que sa ménagère s'est servie de même viande sans qu'aucun fait extraordinaire ait été remarqué par elle à cet égard. Toutefois, il veut venir en aide à son client, et tous deux accroupis près du foyer, tous deux armés d'une énorme cuiller à pot, ils écument, ils écument encore , ils écument toujours , mais sans obtenir, hélas! de résultat. La colère s'empare du paisible bourgeois ; il accuse le boucher, il s'emporte, il l'injurie , et , furieux , il prend la marmite enchantée, et la jette, contenant et contenu, sur le pavé de la cour. Mais que s'en échappe-t-il donc ? Quel objet roule parmi les débris d'os et de viande?... Un morceau de savon à demi-fondu , que la femme , revenant la veille du lavoir de ****, avait oublié dans son panier, et que notre homme , sans y prendre garde, avait culbuté dans la marmite avec le pot-au-feu renfermé dans le même panier.

— Arthur rencontre Jules à la porte de l'Opéra. « J'allais entrer, dit celui-ci , mais je viens de perdre mon billet. — Qu'à cela ne tienne, reprend Arthur; je n'en ai pas plus que toi ; mais viens , nous allons entrer. » Et , s'avançant le premier, il dit au contrôleur, d'un ton d'autorité : « Laissez passer monsieur. » Et ils entrent tous deux. Ce que c'est que d'avoir de l'aplomb l

APPLAUDISSEMENTS. Les modernes applaudissent en battant des mains ; — ils ont même des industriels qui se livrent à cet exercice pour de l'argent: — on les appelle des Romains, — probablement parce que les Romains n'ont qu'à s'applaudir de descendre des anciens maîtres du monde et d'habiter la ville éternelle. — Nous manifestons encore notre contentement en criant : Bravo, Bravi, Brava, ou encore: Très bien, Vivat, etc. — Dans la Rome antique, on comptait trois sortes d'applaudissements qui accompagnaient les acclamations : les premiers, appelés bombi, imitaient le bourdonnement des abeilles; les seconds, imbrices, parce que leur bruit ressemblait à celui de la pluie tombant sur des toits; les troisièmes, testœ, à cause de leur rapport avec le son des coquilles ou castagnettes. — On applaudissait encore , à Rome , en se levant , en portant les deux mains à la bouche, en les avançant vers ceux à qui on voulait faire honneur : c'est ce qu'on appelait adorare , basia jactare; on levait aussi les deux mains jointes , en croisant les pouces , et l'on faisait voltiger un pan de la toge. — De ces applaudissements dépendait la vie des gladiateurs et des malheureux qui luttaient dans les cirques avec les bêtes féroces, à une époque où l'on avait besoin de sang humain pour embellir les fêtes publiques. — De nos jours, c'est en toussant qu'on applaudit les organistes, ce qui ne laisse pas que d'être fort inconvenant.

AVARICE. Amour désordonné des richesses. — Passion cruelle, qui dessèche le cœur. — Désordre social, contraire à la charité et à la justice. — Il en est de cette passion -extravagante comme du feu, dont la violence augmente à proportion de la quantité de matières combustibles qui lui servent d'aliment.

Harpagon , quelle horreur extrême !

Tes coffres sont de fer, de fer est ta cloison ; Tout est de fer dans ta maison , Jusques au cœur du maître même.

— Un Anglais , homme très riche et encore plus avare, étant dans son lit de mort , pria son apothicaire, qui était à côté de lui , de lui donner une chemise qui se trouvait dans un tiroir qu'il lui désigna. « Mon Dieu ! lui dit l'apothicaire , à quoi pensez-vous, Monsieur, de changer de chemise en ce moment? — C'est que j'ai ouï dire que ma chemise devait appartenir à ceux qui m'enseveliraient; or, celle que je vous demande est vieille et déchirée ; ce sera bon pour eux. »

— On rapporte qu'une dame mourante se leva et souffla, en rendant le dernier soupir, un bout de chandelle qui brûlait auprès de son lit.

Au milieu d un clergé près d'elle en oraison , Des cierges Berthe encor veut épargner la cire ; Elle ranime donc sa respiration Pour un souffle de plus , et par ce souffle expire.

- Deux avares passaient la soirée ensemble. « Bah! dit celui qui était chez lui, en soufflant la chandelle, nous n'avons pas besoin de lumière pour causer. » Alors l'autre ôte sa culotte. « Que faites-vous ? — Ma foi, compère, du moment qu'il n'y a pas de lumière, je puis bien économiser ma culotte comme vous économisez votre chandelle. »

— Un Anglais mourut à Londres, à l'âge de soixantesix ans, en laissant une fortune immense. C'était un homme fort extraordinaire. 11 n'avait jamais voulu se marier ; personne ne se souvenait de l'avoir vu rire. Dune avarice sordide , il n'avait jamais acheté aucune partie de son habillement ; il a usé pendant toute sa vie la garde-robe d'un oncle qui avait été aussi avare que lui ; il raccommodait lui-même ses souliers. Personne que lui n'avait mis le pied dans sa chambre à coucher pendant les cinq ans qui ont précédé sa mort, et son appartement n'avait pas été balayé pendant le même espace de temps. Il ne se mouchait jamais qu'avec un morceau de papier. Il préparait lui-même son petit ordinaire, dont le lard faisait la base. Il avait imaginé de profiter de la couenne en la coupant par petites bandes qu'il faisait sécher, et dont il se servait pour attacher ses souliers ; mais il fut obligé de renoncer à cet usage , parce que les chiens venaient lui mordre les pieds pour avoir ses courroies. Enfin, sa manière de nourrir son chat était de le frotter avec de la couenne de lard : le pauvre animal passait ensuite des heures à se lécher.

— Un auteur anglais, qui a traduit dans sa langue V Avare de Molière, fait ordonner par son avare que l'on écrive en lettres d'or cette sentence qui le charme : « Il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger. » Un moment après, il songe qu'il lui en coûterait trop, et que cette maxime sera tout aussi lisible étant écrite avec de l'encre ordinaire. Ce traducteur, comme on voit, a renchéri sur l'original.

BABILLARD. Individu si plein de paroles qu'il parle éternellement sans le moindre bon sens, et néanmoins avec une aisance et une sécurité qui font douter s'il sait lui-même qu'il ne fait que parler. Il en est de ces ignorants babillards comme de ces petites bouteilles qui ont le col trop étroit : moins elles renferment de liquide, plus elles font de bruit en le répandant.

— Un babillard voyant que le père Lacordaire ne répondait rien à tous ses discours : « Je vous incommode peut-être, lui dit-il, et vous détourne de quelques pensées sérieuses? — Non, répondit le célèbre dominicain, continuez, je ne vous écoute pas. »

BAL. Assemblée où l'on imite la gaieté par des contorsions agréables.

— On lisait dernièrement sur une affiche :

« Bal champêtre, à Paris, rue de la Lune, au quatrième, sur le derrière. Prix du billet d'entrée pour un cavalier et une dame, 10 centimes, que l'on pourra consommer en rafraîchissements dans l'intérieur de la salle, tels que petits pains, flûtes et autres liqueurs fraîches. La salle est parfaitement illuminée ; on invite les amateurs à ne point tremper leurs pains dans les lampions, ainsi que cela est arrivé au bal de dimanche dernier. »

BALOURD, BALOURDISE. Le balourd est l'homme qui donne quelquefois de l'intérêt à la sottise. — En fait de balourdises, nous en pourrions citer un grand nombre ; nous nous bornerons à en rapporter quelquesunes, en renvoyant en même temps à l'article Naïveté.

— Un personnage dont le nom est assez indifférent à connaître était inquiet de ce que devenaient les vieilles lunes quand il y en avait de nouvelles. — Il demandait si les chiens du roi allaient à pied à la chasse. — Il demandait à une dame qui n'avait pas d'enfant si sa mère en avait eu. — En parlant d'une tempête sur mer, il disait que le vaisseau avait pris le mors aux dents.

— Un laquais eut un ordre de son maître d'aller voir l'heure à un cadran solaire ; après avoir bien regardé , ne s'y connaissant pas, il apporte le cadran à son maître en lui disant de chercher l'heure lui-même.

— Un avocat a mis en tête d'un livre de droit une

épitre dérîicatoire commençant ainsi : « A la Cour de Cassation : Madame, c'est avec un profond respect que j'apporte ce tribut de louanges aux pieds de votre sacrée personne, etc. »

— Une dame dont la géographie n'était pas la principale étude se faisait lire Bajax-et; dans le moment où le lecteur dit : La scène est à Constantinople , « Ah ! ah ! s'écria-t-elle , je ne croyais pas que la Seine allât jusque-là! »

— Deux huissiers, ayant été chargés d'une exécution, furent maltraités; ils ne manquèrent pas de dresser procès-verbal et d'exagérer les excès commis contre eux : « Lesquels assassins , disaient-ils , nous maltraitant et nous outrageant, soutenaient que nous étions des coquins, des fripons, des scélérats et des voleurs; ce que nous affirmons véritable; en foi de quoi , etc. »

BEAUTÉ. Magie de la nature, dont notre sensibilité assure l'effet, dont notae faiblesse augmente l'empire, et qui nous impose tour à tour la peine et le plaisir. Solon appelait la beauté une courte tyrannie ; Platon , un privilège de la nature; Théophraste, une éloquence muette; Diogèné, la meilleure recommandation; Théocrite , un serpent caché sous les fleurs ; Bion , un bien qui ne nous appartient pas.

La différence de jugement sur la beauté varie selon les pays.

— Les Chinois exigent qu'un homme , pour être beau,

soit gros et gras, qu'il ait le front large, les yeux petits et plats, le nez court, les oreilles grandes, la bouche médiocre, la barbe longue et les cheveux noirs. Les femmes font consister le point le plus essentiel de leur beauté dans la petitesse des pieds. Sitôt que les filles naissent, les nourrices ont soin de leur serrer étroitement les pieds, de peur qu'ils ne croissent trop.

— La beauté des femmes de Cumana , dans l'Amérique méridionale, est d'avoir les joues maigres, un visage long et des cuisses extrêmement grosses. Pour cet effet, on leur presse, dans l'enfance, la tête entre deux coussins, et on leur lie fortement le dessus du genou.

— Les habitants des îles Mariannes sont fort curieux d'avoir les dents noires et les cheveux blancs.

— Chez les Arabes du désert, les iemmes se noircissent le bord des paupières d'une poudre noire , et tirent. une ligne de ce noir en dehors de l'œil, pour le faire paraître plus fendu (de même, en Europe, certains hommes se rasent les cheveux sur 1« devant pour paraître avoir le front très grand). En général, la principale beauté des femmes de l'Orient est d'avoir de grands yeux noirs, bien ouverts, et relevés à fleur de tête.

— Dans quelques autres pays , les femmes se font faire plusieurs raies bleues au visage , pour imiter les veines qui paraissent dans un teint uni et délicat.

— Un Français, voyageant dans les Alpes, attira tous les regards par sa figure ; mais on trouvait qu'il lui man-

quait un grand agrément : « Le bel homme , disait-on , s'il avait un goitre ! »

BÉGAYEMENT. Défaut de souplesse dans le mouvement des muscles de la langue et des lèvres , défaut dont une femme est rarement atteinte.

— François d'Etampes, marquis de Mauni , entra dans le cabinet de Louis XIII , qui donnait audience au cardinal de Richelieu , et répondit aux questions du roi en bégayant ; le roi , qui bégayait aussi , crut que Mauni le contrefaisait; le prenant par le bras, il voulait le faire emmener par ses gardes, Heureusement, le cardinal apaisa le roi, et lui dit : « Votre Majesté ne sait donc pas que Mauni est né bègue ! Pardonnez-lui donc , de grâce, un défaut dont il n'est pas même responsable à Dieu! » Louis XIII, honteux de sa vivacité, embrassa Mauni , et l'aima toujours depuis.

BIBLIOMANIE. Passion d'entasser beaucoup de livres, dont l'effet est de borner l'esprit, et qui n'attaque ordinairement personne autant que les gens qui en ont le moins.

— Le marquis de Méjanes, d'Arles, était connu par son goût pour cette espèce de livres qui n'ont de mérite que par leur rareté , et auxquels il mettait des prix extravagants. Instruit d'une vente qui devait se faire à Lyon , il en fit venir le catalogue , et écrivit à un de ses

amis en cette ville pour le prier de pousser pour lui à la vente, jusqu'à cinq louis, La Règle des Feuillants, petit in- 12 , sans lui donner d'autres détails; mais, craignant que cet ami ne fût à la campagne , ou ne négligeât une affaire à laquelle il mettait une grande importance, il écrivit encore à une autre personne pour lui donner la même commission, sans la prévenir qu'il en avait déjà chargé quelqu'un , la priant de pousser l'ouvrage jusqu'à six louis, et lui dit tous les motifs qui lui faisaient désirer cette acquisition. Le premier commissionnaire se rend à la vente. On expose La Règle des Feuillants : c'était un petit bouquin , de l'épaisseur d'un pouce environ, recouvert d'un vieux parchemin. Le prix en est porté à vingt sous , à trente , jusqu'à quarante ; enfin il allait être adjugé à ce taux, lorsque le second correspondant arrive , et porte le prix à six francs. Les deux concurrents, sans se douter qu'ils agissent pour la même personne, se piquent de surenchère, au grand étonnement de tous les spectateurs, qui ne pouvaient concevoir cette folie, et l'ouvrage est adjugé à 130 fr. Alors le premier enchérisseur aborde celui qui avait soutenu l'adjudication et lui demande quel est le mérite d'un livre payé si chèrement. L'adjudicataire lui fait voir qu'à la page 161 de cette édition, on trouve une faute grave, à savoir : Les religieux seront habillés de noir, au lieu de : seront habillés de blanc. Il ajoute que l'imprimeur a commis d'autres bévues de ce genre dans différents articles de la règle , et que les Feuil-

lants avaient fait acheter et brûler toute l'édition, dont on n'avait sauvé que quatre exemplaires , dont clui-ci faisait partie. Les éclaircissements se prolongeant, chacun fit voir la lettre qu'il avait reçue de la même personne, et il fut évident que, moyennant cette double commission, le marquis de Méjanes avait payé 130 fr., sans compter les frais, ce qu'il aurait pu avoir pour 40 sous.

BIBLIOTHÈQUE, Dépôt de vérités et d'erreurs, où le mauvais l'emporte malheureusement souvent sur le bon. — F^armacie et égout de l'esprit humain. — Meuble utile d'un savant ; meuble de luxe et d'apparat chez un ignorant.

— Louis XI s'entretenant un jour avec des seigneurs de sa cour sur les belles bibliothèques , on lui dit qu'un gentilhomme qu'il connaissait en avait une très considérable. « Celui-là, dit le prince, ressemble à un bossu qui porte sa bosse derrière le dos sans qu'il la voie jamais. »

BIENSÉANCE. Conformité d'une action avec le temps, les lieux et les personnes. — On est parfois très sévère sur les bienséances , quoiqu'on ait le cœur corrompu.

.... Chastes sont les oreilles , Encor que le cœur soit fripon.

BIENVEILLANCE. Qualité fort souvent équivoque

dans le monde ; ruse ordinaire des gens habiles, toujours nouvelle par le succès. Les yeux de la bienveillance sont toujours riants. Le favori à qui son maître parle sérieusement doit dire comme le comte de *** : « Je suis perdu : le prince ne m'a pas demandé des nouvelles de ma femme , et n'a point caressé ma levrette. »

BIZARRERIE. Voyez Originalité.

BONHEUR. Absence de tous les maux; possession de tous les biens. — Chimère qu'on poursuit avec opiniâtreté sans pouvoir jamais l'atteindre.

— Être de raison avec lequel on amuse l'éternelle enfance de l'homme.

— Le bonheur n'est pas chose aisée ; il est très difficile de le trouver en nous , et impossible de le trouver ailleurs.

Il n'est point retiré dans le fond d'un bocage,

Il est encor moins chez les rois ;

Il n'est pas même chez le sage ; De cette courte vie il n'est point le partage ; Il faut y renoncer, mais on peut quelquefois

Embrasser au moins son image.

BON MOT. Ainsi réputé en ce qu'il dit une chose que chacun pensait, et qu'il le dit d'une manière fine. — Sujet de plus d'une dispute, et quelquefois la base des inimitiés les plus invétérées. — Répartie vive, gaie,

animée par une pensée qui frappe, qui surprend. - Impromptu que l'occasion fait naître.

— Un orateur perd la mémoire. Un plaisant se lève et dit : « Qu'on ferme la porte : il n'y a ici que d'honnêtes gens, il faut que la parole de Monsieur se re trouve. »

— Calino, fort accoutumé à mentir, racontait une nouvelle : « Je parie contre , dit H . de Balzac. — Vous auriez tort, lui dit à l'oreille Dantan, rien n'est plus vrai. — Eh bien ! si c'est vrai , pourquoi le dit-il? »

— Romieu se présente chez le propriétaire d'un magasin de nouveautés, à Paris, qui a pour enseigne : Aux Deux Magots. « Monsieur, lui dit-il, je désirerais parler à votre associé. — Impossible, Monsieur. — Pourquoi? — Je n'en ai pas. — Mais, alors, vous trompez le public. — Comment cela? — Sans doute, puisqu'une trouve dans votre boutique que la moitié de ce que promet votre enseigne. »

— Le comte de Lauragais, bel esprit et anglomane, revenait d'Angleterre, où il avait été voyager. 11 se présente à Louis XV pour lui rendre ses hommages. Le roi, mécontent de ses observations continuelles, lui demande avec humeur ce qu'il est allé apprendre en Angleterre. Le comte , piqué du ton de la question , répond très indécemment : « A penser, Sire. — Des chevaux » , reprit le monarque vivement, et il lui tourna le dos.

— Un banquier anglais fut accusé d'avoir ourdi une conspiration pour enlever le roi Georges III et le con-

duire à Philadelphie. « Je sais très bien, dit-il aux juges, ce qu'un roi peut faire d'un banquier, mais j'ignore ce qu'un banquier peut faire d'un roi. »

— M. Millaud consultait un jour son architecte sur les moyens d'empêcher la cheminée de son cabinet de fumer. « Rien de plus aisé que de remédier à cet inconvénient : faites mettre un Anglais au haut de votre cheminée ; vous savez que ces gens-là attirent tout à eux. »

— H. de Balzac demande une chope dans une brasserie; on la lui sert dans un verre sale, qui contenait un vieux résidu de citron qui avait servi, quelques jours auparavant, peut-être, à faire un grog. « Monsieur, dit de Balzac en s'adressant au garçon , un autre fois vous me servirez le citron à part. »

— On faisait mauvaise chère chez Mme d'Aligre, et l'on y médisait beaucoup. « En vérité, disait M. de Lauragais, si avec son pain l'on ne mangeait pas le prochain , il y faudrait mourir de faim. »

— Un jour, quelques conseillers parlaient trop haut à l'audience. M. de Harlay, premier président, dit : « Si ces Messieurs qui causent ne faisaient pas plus de bruit que ces Messieurs qui dorment, cela accommoderait fort ces Messieurs qui écoutent. »

— Dans un festin, le roi de Prusse porte le toast suivant : « Au vainqueur qui m'a rendu mes États ! » Napoléon Ier lui arrête doucement le bras et lui dit : « Mon cousin, ne buvez pas tout. »

— Grassot disait de Hyacinthe, qui a le nez fort long

et les narines très larges : « Quand il me parle de près, j'ai toujours peur qu'il ne me renifle. »

BONTÉ. Attendrissement naturel de l'âme.

— Le pardon des offenses est une des plus belles maximes du christianisme. Le R. P. de Ravignan ayant appris qu'un philosophe qui avait abusé de sa confiance était confiné dans un village où, vieux et infirme, il souffrait une extrême misère , fut trouver un des amis de cet homme, et lui donna cinquante louis, en lui disant : « Portez-les lui , mais ne lui dites pas qu'ils viennent de moi : il m'a offensé, il serait humilié de recevoir mes secours. »

— Le prince de Joinville, ayant formé des intelligences secrètes avec les ennemis de Henri IV, fut arrêté. La bonté du roi sauva le coupable. 11 fit venir le duc et la duchesse de Guise , et leur dit : « Voilà le véritable enfant prodigue, qui s'est imaginé de belles folies; je lui pardonne pour l'amour de vous , à condition que vous le chapitrerez bien. »

— Le roi Charles X , se trouvant un jour à Fontainebleau , y vit une jeune fille qui puisait à grand' peine de l'eau hors d'un puiis. Le monarque, qu'elle ne connaissait pas , lui demanda ce qu'elle faisait et qui elle était. « Je puise de l'eau, comme vous voyez, ditelle , et je suis la fille d'une pauvre femme que je dois entretenir du peu que mon travail me fait gagner. Mon père a été militaire ; mais nous nous n'avons pas eu le

bonheur d'obtenir une pension. Venez demain à la cour, répondit Charles X , j'y suis en crédit, et je tâcherai de vous y être utile. — Ah ! mon cher Monsieur, répliqua la jeune lille, je crains fort que vous ne gagniez rien : le roi ôte plus volontiers qu'il ne donne. Ayez seulement la bonté de m'aider à mettre cette cruche d'eau sur ma tête. » Le monarque ne se le fit pas dire deux fois. Le lendemain il fit venir la jeune fille, qui, bientôt reconnaissant son souverain dans celui à qui elle avait parlé la veille, parut confuse et toute tremblante. « Rassurez - vous , lui dit avec douceur Charles X : j'accorde à votre mère une pension; mais, désormais, mon enfant , parlez avec plus de justice d'un souverain qui veut être le père, et non le tyran de ses sujets. »

BORGNE. Malin comme un borgne, dit un proverbe. On range , pour la malice et pour l'esprit , les borgnes dans la catégorie des bossus.

— Un borgne, rencontrant un matin un bossu, lui dit : « Mon ami, tu as chargé de bonne heure. — Tu penses qu'il est bon matin , répond le bossu , parce que tu n'as encore qu'une fenêtre d'ouverte. »

— Un particulier avait un œil d'émail , qu'il ôtait lorsqu'il se couchait. Se trouvant dans une auberge, il le donna à la servante, pour quelle le mît dans l'eau. Comme elle ne bougeait pas , il lui demanda ce qu'elle attendait. « J'attends, Monsieur, que vous me donniez l'autre. »

— Un borgne gagea contre un homme qui avait bonne vue qu'il voyait plus que lui. Le pari accepté , le borgne lui dit : « Vous avez perdu , car je vous vois deux yeux, et vous ne m'en voyez qu'un. »

BOSSU. Les bossus passent généralement pour avoir de l'esprit et de la gaieté.

— Un bossu par-devant répondit à un plaisant qui lui disait qu'ordinairement on portait son paquet par derrière , « qu'il en agissait ainsi pour se mettre à l'abri des filous ».

— « Monsieur, je ne suis pas le bossu que vous cherchez », dit un bossu à quelqu'un qui se méprenait en l'abordant , croyant le reconnaître.

— Un bossu enjoué entre dans une société où se trouve un bossu devant lequel il est dangereux de parler de bosses. Le premier dit à l'oreille de son voisin, de manière cependant à être entendu : « Ah ! mon ami , quelle bosse ! » Le voisin part d'un éclat de rire qui se communique à l'assemblée. Le second bossu jette sur l'homme à l'exclamation un regard de travers. Celui-ci, sans se déconcerter, hausse les épaules, et répond avec un sourire de pitié : « Ah ! Monsieur, quelle bosse ! — Monsieur, vous m'insultez, dit l'autre, et je veux en avoir raison: sortons! — Eh! Monsieur, quand nous sortirions , en seriez-vous moins bossu ? — Ah ! c'en est trop ! — Oh !|oh ! tu te fâches ! réplique froidement son confrère en lui tournant le dos ; frappe, si tu l'oses ! »

BRAVOURE. Fermeté de l'ame, qui nous fait nous exposer au danger par honneur ou par devoir, et quelquefois par un sentiment moins honorable. (Voyez Courage.)

— On vint dire au maréchal Bugeaud que les ennemis s'avançaient, et qu'il était essentiel de les envoyer reconnaître pour juger de leur nombre. « Nous les compterons, dit-il, quand nous les aurons défaits. »

— Ne sachant comment animer ses soldats, très mécontents d'être entrés en campagne sans être habillés , Murât leur dit : « Mes amis, consolons-nous, puisque nous avons le bonheur de nous trouver en présence d'un régiment vêtu de neuf; chargeons vigoureusement : habillons-nous ! » Le régiment ennemi fut détruit.

— « Je te donne ce que tu m'ôtes », dit un soldat qui, après avoir reçu un coup mortel , eut encore assez de force pour renverser et désarmer celui qui l'avait blessé mortellement.

— « On dit que les ennemis sont nombreux », disait un officiera Kellermann. « Tant mieux, répondit celui-ci, nous en vaincrons davantage. »

— Les Turcs, maîtres de la Morée, attaquent en 1716 l'île de Corfou , dont les Vénitiens étaient en possession. Le comte de Schulembourg, après avoir épuisé, pour défendre cette place , ce que la valeur et l'expérience peuvent fournir de ressources , se voit réduit à l'extrémité par la perte de ses dehors , que les ennemis emportent avec une vigueur extraordinaire. Dans un état si désespéré en apparence , cet officier songe à se re-

mettre en possession de ce qui lui a été enlevé. Ses réflexions ne lui présentent qu'un seul moyen : c'est d'escalader l'ouvrage le plus considérable , d'où dépend le salut de la place, avant que les assiégeants s'y soient solidement établis. îl fait préparer sur-le-champ les échelles, et, se mettant à la tête des soldats les plus déterminés, il marche à l'ouvrage, y plante l'escalade, s'en rend maître, et taille en pièces tous ceux qui sont dedans. C'est peut-être le seul exemple que fournisse l'histoire d'assiégés qui, après la perte de leurs dehors, aient pensé à les escalader et réussi à les reprendre.

— Je ne sais plus quel duc d'Autriche , allié d'un roi de France , se trouvait à l'une de ces batailles mémorables où la nationalité française se débattait contre les envahissements de l'étranger. C'était àCrécy, à Poitiers, ou à Àzincourt, peu importe : chacun de ces noms rappelle un glorieux souvenir comme celui que nous allons relever. Ce duc d'Autriche , couvert de blessures, ôta sa cotte de mailles après la bataille. Sa chemise apparut toute rougie de sang ; son ceinturon avait laissé une large barre blanche autour de ses reins : c'est à cause de ce fait glorieux que la maison d'Autriche porte, dans l'une de ses armes, de gueules (rouge) à la face d'à rgent (blanc).

— Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1760 , le chevalier d'Assas , en faisant une reconnaissance dans un bois voisin de Klostereamp en Westphalie, où était campé son régiment, rencontre une colonne ennemie qui s'avance en silence pour surprendre les Français. Il est

enveloppé et menacé de mort s'il dit un mot; mais lui , sachant que le salut de l'armée dépend de son cri d'alarme, n'hésite pas, et d'une voix forte : A moi, Auvergne! ce sont les ennemis ! s'écrie-t-il, et il tombe percé de coups mortels. On fit de magnifiques funérailles à ce soldat courageux , et le vertueux roi Louis XVI créa une pension réversible à perpétuité sur l'aîné de la famille des d'Assas, pension que les républicains, un moment au pouvoir, qui s'intitulaient patriotes, supprimèrent.

— Au siège de Rome par les Français, en 1 849, un soldat de la 5e compagnie du 2e bataillon du 66e de ligne , nommé Brazier, se trouvant tout à coup isolé dans une masure et cerné par les républicains , alors maîtres de la ville éternelle , ceux-ci lui crient de se rendre. « Pas si bête! » leur crie-t-il, et il leur tire successivement dix coups de fusil. Quand il n'a plus de cartouches pour soutenir le siège, il tire sa pipe de sa poche, la bourre, l'allume tranquillement en attendant la mort. Les républicains se jettent sur lui, le renversent, et, le poignard sur la gorge, veulent le forcer de crier Vive la République romaine ! « Vive la France ! » crie-t-il de toutes ses forces. Il va périr assassiné, quand un officier italien lui sauve la vie. « Ne le tuez pas , s'écrie-t-il , c'est un brave ! — Nous sommes tous comme cela dans mon pays », répond Rrazier.

— Voici d'autres traits ayant eu le même théâtre. Un Romain tombe entre les mains d'un détachement français. Vaincu, il veut se tuer, disant qu'il est déshonoré.

« C'est nous qui serions déshonoré si nous vous laissions faire ! » s'écrient les soldats français , et ils l'empêchent d'accomplir son fatal dessein. Il se résigne à vivre... Peut-être ne demandait-il pas mieux.

— Un Romain tombe du haut d'une maison assiégée : il ne s'est pas fait mal , mais il s'est livré lui-même prisonnier. « Ce n'est pas de jeu , cela ne compte pas, lui dirent les Français ; remontez là-haut et rebattons-nous. » Et il lui font la courte échelle pour qu'il rejoigne ses camarades. Un tambour, qui fut décoré de la croix de Légion-d' Honneur, accomplit cette action d'éclat : remplaçant un clairon et un tambour, tués successivement au même poste en sonnant et en battant la charge , il reçoit une balle dans sa caisse ; il la retourne stoïquement, et bat de l'autre côté. Une nouvelle balle lui brise le bras droit : sans sourciller, il change sa caisse de position et bat de la main gauche. Il continua jusqu'à ce que la perte de son sang l'eut abattu. — Dans un engagement, deux soldats , l'un Romain , l'autre Français , tombent blessés tous deux entre les combattants- Une cantinière de l'armée française s'élance au milieu des balles pour les secourir... Alors les combattants, d'un commun accord, cessent le feu jusqu'à ce que la courageuse femme, aidée de quelques soldats français, ait emmené les deux infortunés. «Est-ce que le nôtre est prisonnier? crie un Romain. — Non, répond la cantinière, ce serait tricher; on vous le renverra ce soir. » Le combat recommença. Dans la nuit , la cantinière et quatre soldats

français, portant le blessé sur un brancard, le déposèrent entre les mains de ses compagnons.

— Au siège de Sébastopol, en 1854, un zouave défendit lui seul un poste avancé en tirant avec une célérité incroyable plusieurs coups de fusil sur l'ennemi, et en variant les inflexions de la voix, ce qui faisait croire qu'il avait avec lui un assez grand nombre de camarades. Les Russes se retirent, lui se montre ensuite en regagnant le camp français, et montre toute la garde du poste en sa personne.

BRIGANDS. Les mœurs des brigands diffèrent suivant les pays qu'ils habitent. Les brigands anglais sont généralement polis : il est rare qu'ils dévalisent entièrement un voyageur; ils lui laissent volontiers de quoi achever sa route. — Les brigands italiens et espagnols pillent souvent le chapelet à la main ; ils tuent souvent les passants ordinaires , presque jamais les ecclésiastiques. — En France , les brigands égorgeaient les voyageurs lorsqu'on pendait pour vol ; ils se contentent aujourd'hui de dévaliser, parce qu'ils ne s'exposent plus qu'aux travaux forcés. Du reste , grâce à la vigilance de la police, les brigands sont devenus assez rares.

CAFÉ. Club de nouvellistes ; on y parle sans rien dire , on y discute sans s'entendre , on y politique sans avoir la moindre idée du gouvernement, on y médit sans aversion, on y calomnie pour parler, et l'on en sort sans savoir rien de plus que quand on y est entré.

CALEMBOUR. Espèce la plus fertile des jeux de mots ;

se varie à l'infini , prête une sorte d'esprit à ceux qui n'en

ont pas, et ne cesse de faire, depuis soixante ans, les délices du peuple. — On donne assez volontiers le nom

de calembour à ce qui n'est qu'un jeu de mots.

Faites des calembours nouveaux, A l'esprit vous pourrez prétendre ; C'est l'art de tourmenter les mots Pour empêcher de les comprendre.

Partout on fait des calembours , Personne n'ose s'en défendre ; Et voilà pourquoi de nos jours On a tant de peine à s'entendre.

— Jules Janin, voyant jouer madame Ugalde, qui est ort maigre, dit: « Il n'est pas nécessaire d'aller à Saint- Cloud pour voir jouer les eaux (les os). »

— Proudhon , renfermé à Sainte-Pélagie, voit entrer un particulier dans sa cellule , et lui demande ce qu'il

veut et qui il est : « Je suis , répond-il , le barbier de la prison. — Parbleu! dit le prisonnier, vous auriez bien dû la raser. »

— Au milieu de la saison rigoureuse, un artiste pauvre alla trouver son oncle et le pria de lui avancer quelque finance pour acheter des habits. Le parent prétendit n'avoir pas d'argent ; mais il entreprit de remonter le moral de son neveu. « Ne te décourage pas, lui dit-il: quelques privations dans la jeunesse rendent l'existence plus douce dans l'âge mûr ; ensuite, puisque tu as du talent, pauvre aujourd'hui, tu seras peut-être riche demain. Console-toi , la vie a des hauts et des bas. — Je me consolerais , dit le neveu , si c'était des hauts... de chausse et des bas... de laine. »

— Un commis fut appelé en témoignage pour attester que son patron avait fait banqueroute et s'était enfui : « Oui, dit-il aux juges, je lève la main pour certifier qu'il a levé le pied. »

— Une princesse, à la campagne, Demandait à ses courtisans :

« Où sont donc mes moutons d'Espagne ?

— Ils sont là dans vos champs bêlants (chambellans). »

— Le duc d'Orléans était très gros ; en revenant de la chasse , il dit à quelqu'un : « J'ai pensé tomber dans un fossé. — Monseigneur, il en eût été comblé », dit un homme de sa cour.

— M*** était en procès pour une mauvaise affaire. Il tomba malade et mourut. Dubois , son médecin , disait « qu'il l'avait tiré d'affaire ».

— Le même médecin disait d'un autre malade qu'il traitait, qui passait pour un malhonnête homme et qui était à l'extrémité : « 11 est bien mal, car il ne peut plus rien prendre. »

— Pendant une séance de l'Institut , le baron Gros s'amusait à dessiner une jeune Africaine qui faisait partie de l'Assemblée. « Ce dessin , lui dit Grétry, qui était placé à ses côtés , peut devenir précieux. — Oui, quand vous y aurez ajouté une pensée relative à votre art. » Grétry, s'emparant de ce croquis, écrivit au bas : « Une blanche vaut deux noires. »

- A l'inauguration du chemin de fer de l'Ouest , à Rennes, Paul de Kock payait fort cher, en compagnie de Delacroix, un fort mauvais souper. « Je n'ai jamais été à même , dit-il, de juger ce que l'on appelle un souper de roi , mais je sais maintenant à quoi m'en tenir sur les soupers de Rennes (reine). »

CALOMNIE. Mensonge qui a pour but de nuire au prochain ; inculpation quelquefois tissue avec art , mais qui , dans tous les cas , n'a que trop de chances de réussir. — Marteau de la vérité , du mérite et de la vertu.— Blessure dont on guérit rarement, et qui, quand on en guérit, laisse une cicatrice éternelle. — Manière d'assas-

siner plus sûre, rplus prudente et plus lâche qu'aucune autre.

La calomnie est l'arme la plus tenace et la plus perfide des zoïles de la plume. Elle prend l'honneur des gens comme dans un filet. Les calomniateurs ont pour complices les méchants , les jaloux , les bavards, les imbéciles , les gens d'esprit, qui , pour la gloire de faire un bon mot, sacrifient tous les jours non-seulement l'honneur de leur meilleur ami , mais encore le leur propre.

— Les uns répondent à la calomnie par le silence du mépris, d'autres par des explications au public, d'autres par des aveux narquois. Parmi ceux-ci , un auteur nous a fourni un exemple qui ne manque pas d'esprit. Un journal de Paris avait imprimé ceci sur son compte : « M. Léon Gozlan a été marin; sur le vaisseau à bord duquel il servait, il a suscité une révolte et tué le capitaine. » Notre auteur s'empressa d'écrire au directeur du journal susdit :

« Monsieur,

« Vous dites que j'ai été marin , cela est vrai : j'ai vécu trois mois sur un navire avec des Cafres tout nus, que j'ai regrettés bien souvent en face des habits noirs. Vous ajoutez qu'à bord j'ai suscité une révolte et tué le capitaine: cela est encore plus vrai. Mais vous oubliez un détail intéressant pour l'avenir : après avoir tué le capitaine , je Vai mangé.

« Agréez, etc. »

Et notre auteur ajoutait en racontant ce fait : « Quand on réclame, il faut toujours manger le capitaine. »

— « J'ai pris le parti , dit un écrivain , de ne jamais faire attention à certaines attaques; je tiens même à honneur d'être insulté par certaines gens: c'est une marque de succès, j'ai remarqué que les chiens n'aboient que contre les roues qui tournent. »

— « En dehors de l'Kglise, a dit un publiciste catholique, il n'y a qu'un auditoire passionné, dont nous méprisons les outrages et dont ne voudrions pas obtenir les applaudissements. « Chrétien résigné , ce publiciste est sans murmures ; écrivain habitué aux injustices et aux calomnies , il continue d'y répondre par ses œuvres ; le public le venge des envieux. Il trouve aussi une compensation à ses douleurs au fond de sa conscience.

— Un calife avait condamné un calomniateur à subir la peine de mort. Un grand de la cour de ce prince, s'intéressant pour le coupable, présenta au calife une requête accompagnée d'une somme d'argent de 2,000 dinars. Mais le calife se^contenta de répondre au courtisan : « Va me chercher un homme aussi coupable que cet imposteur, qui diffame l'innocence, je le ferai mourir sur-lechamp et te donnerai 10,000 dinars. »

— Un quaker, est-il dit dans un apologue, passant par un grand chemin , son cheval marcha sur un chien qui lui mordit la jambe , et faillit démonter le cavalier. Celui-ci dit froidement : « Je ne porte point d'arme, je ne tue pas; mais je te ferai mauvaise renommée. » Là-

dessus, avant aperçu des gens qui travaillaient près de là dans les champs, il se mit à crier : Au chien enragé ! Dans l'instant la pauvre bête fut assommée.

CARACTÈRE. Présent de la nature que Ton ne montre guère dans l'état où on l'a reçu.

CARACTÈRE NATIONAL. Il ne faut pas juger le caractère d'un peuple dans les révolutions. Comment se flatterait-on d'être juste si l'on appréciait l'atmosphère d'après les nuages, la mer d'après les tempêtes, et la terre souvent d'après les volcans ?

CARICATURE. Charge au crayon ou en peinture. Arme dangereuse, dont la blessure guérie conserve assez souvent la cicatrice.

CHANSON. Espèce de petit poëme lyrique fort court, que l'on chante pour éloigner quelques instants l'ennui si l'on est riche, et pour supporter plus doucement l'infortune si l'on est pauvre. — Instrument politique dont l'effet ne manque jamais en France. On disait autrefois du gouvernement français que c'était « une monarchie absolue tempérée par des chansons ».

— Méry ayant fait une chanson gastronomique sur les pâtés du meilleur pâtissier de son endroit, celui-ci crut ne pouvoir mieux lui témoigner sa reconnaissance qu'en lui envoyant un des objets qu'il avait chantés. Le

poëte marseillais fut d'abord enchanté de ï ouvrage ; mais, ô douleur! en achevant le dernier morceau, il reconnaît , dans le papier sur lequel on l'avait fait cuire au four, l'exemplaire de sa chanson dont il avait adressé l'hommage au pâtissier. Furieux , il court chez lui et l'accuse du crime de lèse-poésie.... « Eh! Monsieur, répond l'artiste sans se déconcerter, pourquoi cette colère ? J'ai suivi votre exemple : vous avez fait une chanson sur mes pâtés , et moi j'ai fait un pâté sur votre chanson. »

CHARITÉ. Amour de Dieu et des hommes. La mère de toutes les vertus. Dévouement incessant des âmes religieuses, qui ne conçoivent pas d'autre bonheur que celui qu'elles donnent.

— On lit dans l'Evangile : « Un Samaritain passant son chemin à l'endroit où était cet homme, il fut touché de compassion. Il s'approche donc de lui, verse de Thuile et du vin dans ses plaies et les bande, et, l'ayant mis sur son cheval , il l'emmena dans l'hôtellerie et eut grand soin de lui. »

— Un maître d'école, d'un caractère très violent, demandait un jour à l'un de ses élèves : « Qu'est-ce que la charité ? » Comme le pauvre enfant ne répondait pas immédiatement à sa question , le cruel instituteur lui tira les oreilles jusqu'au sang. « Aïe! aïe! s'écria la jeune victime, je crois plutôt que c'est vous, Monsieur, qui ne savez pas ce que c'est que la charité ! »

— Une femme fort pauvre , qui avait la consolation d'avoir une fille vertueuse , reçoit du cardinal Donnetun mandat de cinq cents francs. Elle le lui renvoya en lui écrivant : « Je ne demandais pas tant à Monseigneur; certainement Votre Eminence s'est trompée. — En effet, dit le cardinal , je m'étais trompé : le procédé de cette dame me le prouve. » Et au lieu de cinq cents francs il en écrivit cinq mille sur le mandat , et le lui fit remettre par l'un de ses vicaires.

— Les archevêques de Paris , avant la révolution de 1789, possédaient à Conflans, près de Paris, une maison de campagne , où fut exilé Mgr de Beaumont à l'époque du jansénisme, en 1754- ; prélat vertueux et antinovateur, il était d'une charité dont le trait suivant peut donner une idée. Etant sorti seul un jour de son château de Conflans pour se promener dans la campagne , un vieil officier l'aborde et lui fait le tableau de son infortune. « Monsieur, lui dit le prélat, je n'ai point d'argent sur moi , ni à Conflans ; venez dans huit jours à l'Archevêché , et ne soyez plus en peine de votre sort ni de celui de votre famille. En attendant , voici ma montre; elle a quelque valeur, disposez-en. »

— Saint Vincent de Paul , à qui l'on doit l'institution des Filles de la charité , l'établissement pour les enfants trouvés , et une foule d'autres fondations pour le soulagement de l'humanité souffrante , avait été nommé aumônier général des galères par Louis llïIL II y prit les fers d'un forçat , plus malheureux que coupable, et qui,

par sa présence, pouvait rendre la vie à sa famille désolée. Le saint resta plusieurs semaines enchaîné sur les galères sans avoir été reconnu, et pendant le reste de sa vie il eut les pieds gonflés de l'empreinte honorable des fers qu'il avait portés.

— En 1788, un homme, arrêté le soir pour dettes, demande un référé chez le lieutenant civil du Châtelet. Touché de ses malheurs , mais ne pouvant le dispenser des formes rigoureuses, le magistrat le laisse conduire en prison ; à peine est-il sorti que cet homme respectable se rend incognito à la prison avec la somme due, et évite au débiteur, dont il avait reconnu la bonne foi , l'horreur de passer une nuit en prison. Ce magistrat, aussi charitable qu'intègre, était M. Angray d'Alleray, qui porta sa tête sur Féchafaud révolutionnaire pour avoir envoyé des secours à ses enfants émigrés.

— Au milieu des rigueurs de l'hiver, un riche fermier d'un village de Bourgogne revenait du moulin avec un demi-sac de farine. Au détour d'un bois, un de ses voisins , armé d'un bâton , lui demande ce sac avec menaces. Le cultivateur, alerte et vigoureux, étonné d'un pareil trait de la part d'un homme qu'il connaît, saute à bas de son cheval , le saisit au collet et le terrasse en lui disant : « Tu vois qu'il ne tient qu'à moi de t' assommer. - — Assomme-moi , dit l'autre , ou donne-moi ta farine : car je meurs de faim , ainsi que ma famille. — Tu meurs de faim ! reprit le fermier ; il fallait le dire : prends ce sac, dont je te fais présent. » L'animal, se sentant dé-

— Une coquette , célèbre par ses pratiques illustres et l'éclat de ses intrigues , fut exilée au fond de la Bretagne par une lettre de cachet. Elle soupçonna M. de Harlay d'être l'auteur de sa disgrâce , et lui en fit ses plaintes. Ce magistrat, peu sensible à son malheur, prit le parti de la railler. « Vous en parlez bien à votre aise, lui dit-elle; vous seriez bien embarrassé si l'on vous reléguait aune si grande distance. — Il est vrai, répondit le magistrat, que mon embarras serait plus grand que le vôtre , car vous pouvez faire votre métier partout , et je ne puis faire le mien qu'ici. »

COULEURS (Propriétés caractéristiques des). Le rouge est l'emblème de la force, de la puissance, de la richesse, du courage, d'une bonne santé, de l'emportement, de la colère, de la violence. Vorange signifie satisfaction, calme de l'âme, sentiment du beau, de l'opulence, du goût, de l'amour-propre et du respect de soi-même. Le jaune caractérise l'homme faible et aussi l'homme pacifique, content de peu, bon fils, bon père, bon époux, détestant les disputes , les procès , et encore l'homme d'une santé chancelante. Le vert est le signe de l'espérance, d'une bonne réussite, d'un prompt retour à la santé, d'un changement de position heureux, d'une vieillesse vigoureuse, longue et exempte d'infirmités. Le bleu est l'emblème d'un caractère turbulent, avide, peu délicat sur les moyens de s'enrichir, égoïste, fanfaron, inconstant, menteur. Le violet est le signe de l'in-

nocence , de la bonté , de l'amabilité , de la facilité de pardonner, de l'amour de la retraite. V indigo signifie piété, savoir, dignité, chasteté, discrétion, bonté, humanité, charité, amour des arts. Le noir est signe de deuil , perte , malheur, mort, maladie mortelle, calamité. Le blanc annonce la candeur, le repos de la conscience, la probité scrupuleuse , de grandes richesses noblement acquises.

COURAGE. Vertu de tempérament, qui fait braver le danger et ses suites , que l'éducation et l'amour de la gloire perfectionnent , et quelquefois même font acquérir. L'homme courageux voit le danger et l'attend; l'homme téméraire s'y jette tête baissée.

— A la bataille de Minden, le corps des grenadiers de France, que commandait M. de Saint-Pern, était exposé au feu d'une batterie qui en emportait beaucoup. Celui-ci, tâchant de leur faire prendre patience, se promenait devant la ligne , au petit pas de son cheval , sa tabatière à la main. « Eh bien! mes enfants, leur disaitil en les voyant un peu émus, qu'est-ce que c'est? du canon ! Eh bien ! ça tue , ça tue ; voilà tout. »

— Le jour de la prise de Spire , Guye , étant d'ordonnance auprès du général , est chargé de s'assurer si la seconde porte de la ville est ouverte, avec ordre , dans ce|cas , d'y pénétrer pour y reconnaître la situation de l'ennemi. Guye part, franchit la porte, traverse plusieurs rues sans rencontrer personne. Arrivé sur la place où

les ennemis s'étaient rangés en bataille, il crie à leur chef de mettre bas les armes. Au môme instant, il reçoit trois balles dans ses habits; son cheval, percé de coups, s'abat sous lui. Deux Croates, le croyant hors de combat, fondent sur lui pour le dépouiller; Guye parvient à se dégager, tue l'un et l'autre avec ses pistolets, et gagne une rue détournée , où il combattait encore lorsque les Français s'emparèrent de la ville. Personne ne contesta à Guye l'honneur d'y être entré le premier.

— Au même siège , pendant que la canonnade durait encore, Lutau, aide de camp français, après avoir donné le premier coup de hache dans la porte, entre dans la ville pour reconnaître les dispositions de l'ennemi. Aussitôt il est entouré et on lui crie : « Prisonnier! prisonnier! — Comment, répond Lutau, un aide de camp prisonnier ! Impossible, mes enfants ! » Il pique des deux, lève son sabre , et fend la tête à un officier mayençais qui lui avait donné un coup d'épée dans le côté; puis il s'élance sur les ennemis, en renverse plusieurs , échappe à la fureur des autres , revient vers les siens à travers une grêle de balles qui blessent son cheval et percent son uniforme.

— A l'affaire d'Hondscoote , le 6e régiment de cavalerie française , rangé en bataille derrière les lignes d'infanterie , attendait le moment d'agir : on demande des cavaliers de bonne volonté pour porter des cartouches à quelques bataillons qui s'avançaient en faisant un feu

terrible sur les redoutes. Les cavaliers, au travers d'un

nuage de balles , s'empressent de porter des secours à leurs frères d'armes ; rien ne ralentit leur ardeur. Un d'entre eux , nommé Mandement , se porte vers les bataillons et leur dit : « Camarades , voulez-vous des cartouches ? — Non , camarade , nous ne tirons plus, nous chargeons à l'arme blanche. » En se retirant, le cavalier aperçoit dans un pré dix ou douze soldats d'infanterie. Croyant que c'étaient des Français , il marche vers eux avec sécurité, et leur offre des cartouches. « Apportez », lui crient-ils. Le cavalier franchit la haie, reconnaît son erreur, mais trop tard, et est entouré. « Rends-toi ! » lui disent-ils. En même temps ils se saisissent des rênes de son cheval et s'emparent du passage. Le cavalier fait semblant de se rendre et jette à terre son sac de cartouches. Les ennemis lâchent aussitôt les rênes pour les ramasser ; Mandement tire son sabre, frappe de droite et de gauche, et arrache le drapeau. A peu de distance il se voit entouré par un bataillon ennemi , il le traverse au milieu du feu et des baïonnettes , sans se dessaisir de son drapeau. Il distingue le capitaine , qui était en avant , et tombe sur lui à coups de sabre , en criant à haute voix ; « Voilà la cavalerie qui vient vous charger.... » Le bataillon ennemi, saisi d'une terreur panique et croyant déjà la cavalerie au milieu de ses rangs , jette bas ses armes , ses havre-sacs, et prend la fuite. Mandement se saisit du capitaine, et loin d'abandonner le drapeau , le lui fait tenir, et les ramène tous deux.

— Après la malheureuse bataille de Rosbach, les hussards noirs du roi de Prusse poursuivaient les troupes françaises avec acharnement. Un général prussien s'approche , et voit un grenadier français qui était aux prises avec six hussards ; il était retranché derrière une pièce de canon, et jurait, en combattant toujours, de mourir plutôt que de se rendre. Le général , admirant son courage, lui dit, après avoir ordonné aux siens de cesser le combat : « Rends-toi , brave soldat, le nombre t'accable; la résistance serait inutile. — Je lasserai ces gens-ci et je rejoindrai mon drapeau, ou ils me tueront. — Ton armée est en déroute. — Je ne le sais que trop; mais, Monsieur, si nous avions un général comme le roi de Prusse ou le prince Ferdinand, je fumerais tranquillement ma pipe dans l'arsenal de Berlin. — Je te donne la liberté. Hussards, suivez-moi; et toi, brave grenadier, prends cette bourse, et va rejoindre ton corps. Si le roi, mon maître, avait cinquante mille soldats comme toi, l'Europe entière n'aurait que deux souverains: Frédéric et Louis. — Je le dirai à mon capitaine; mais gardez votre argent : en temps de guerre , je ne mange de bon appétit que celui de l'ennemi , et vous , vous êtes digne d'être Français. »

— Un amiral anglais invite Jean Bart à venir le visiter sur son vaisseau. Celui-ci refuse. « Jean Bart a peur », dit l'Anglais. Ce propos est répété au célèbre marin, qui se rend de suite à bord du vaisseau amiral anglais. Après le dîner, Jean Bart invite l'Anglais à le

venir voir à son tour. Le lendemain , Jean Bart étant à son bord , s'asseoit sur un tonneau de poudre et y allume froidement sa pipe. « Que faites-vous ? s'écrie l'amiral anglais en pâlissant. — IN'avez-vous pas dit que Jean Bart avait peur ? » réplique ce dernier.

— Deux soldats , aigris par différentes querelles, s'étaient inutilement battus à l'arme blanche sans parvenir à se blesser ni l'un ni l'autre. Peu satisfaits de ce combat j ils convinrent de prendre des armes moins douteuses : des pistolets. Celui des deux à qui le sort avait accordé l'avantage de tirer le premier lâche son coup et manque son adversaire. « Tu peux me tuer, dit-il, je t'ai manqué, venge-toi. » Mais son camarade jette son arme, le serre dans ses bras et lui demande son amitié.

— Julien Collardeau , poëte français qui écrivait sous Louis Xïlï , et l'un des plus zélés panégyristes de Richelieu, fit en son honneur un poëme dans lequel il osa, à côté de l'éloge de son héros , placer celui du duc de Montmorency, que Richelieu avait immolé à son ressentiment, ïl ne craignit pas de dire aux mânes de ce guerrier malheureux :

Tes sublimes vertus , dignes d'un meilleur sort , Effacent à nos yeux la honte de ta mort.

— Boissy-d'Anglas, étant président de la Convention au 1er prairial an IÏI (20 mai 1795) , se contenta de saluer avec respect, et sans s'émouvoir, la tête sanglante

du député Féraud , que la révolte lui présentait au bout d'une pique.

— Dans la guerre de Crimée, en 1855 , un sous-lieutenant français est blessé dans un combat ; son frère , qui servait dans la même compagnie, vole à son secours : « Laisse-moi , lui dit le blessé , retourne à ton poste et fais ton devoir. » Et il expire.

— Dans la môme campagne , un sous-officier français était en patrouille avec sept de ses camarades ; attaqués par plus de cinquante Russes, ils tiennent ferme; sept sont couchés par terre ; le sous-officier reste seul. « Rends-toi, ou tu es mort, dit un Russe. — Vive la France ! » répond-il en lui brûlant la cervelle ; mais aussitôt il tombe lui-môme percé de coups.

— Devant Sévastopol , un gendarme français aperçoit cinq Russes qui emmènent cinq prisonniers anglais, liés et garrottés ; il oublie qu'il est seul , et, n'écoutant que son courage , il fond avec la rapidité de l'éclair sur les Russes, les charge avec tant de vigueur et d'adresse qu'il parvient à les mettre en désordre et à leur arracher leur proie. Cependant, encore en présence de l'ennemi , il aperçoit qu'il a laissé tomber la baguette d'un de ses pistolets ; il met pied à terre , la ramasse , remonte à cheval, et en impose tellement à ses ennemis par sa hardiesse et son sang-froid que ceux-ci, au lieu de profiter de l'avantage qu'il leur a donné sur lui , ne pensent qu'à fuir. Le gendarme ramène en triomphe les cinq prisonniers dont il a brisé les fers.

COURTISANS. Caméléons de cour ; singes du maître. Mendiants bien vêtus', mais sans dignité et sans honneur :

Leur valeur dépend de leur place : Dans la faveur des millions , Et des zéros dans la disgrâce.

— On présentait à Louis XIV un officier pour remplir une place. « il est trop âgé , dit le roi. — Sire , reprit l'officier en habile courtisan , je n'ai que quatre ans de plus que Votre Majesté, et j'ai encore vingt-cinq ans à la servir. » Le roi lui accorda ce qu'il demandait. .

— « Quelle heure est-il? demandait Louis XIV. — Sire , l'heure qu'il plaira à Votre Majesté », répondit un courtisan.

— « Oui , nous mourrons tous », disait un courtisan ; mais, apercevant Louis XIV, il se reprend aussitôt pour ajouter : « Oui , Sire , presque tous ! »

— Un jour, Louis Xî V jouant au tric-trac , il y eut un coup douteux. On discutait : les courtisans gardaient le silence. Le comte de Grammont entre: & Jugez-nous, lui dit le roi. — Sire , c'est vous qui avez perdu, dit le comte. — Eh ! comment pouvez-vous décider contre moi avant de savoir ce dont il s'agit? — Eh! Sire, ne voyez-vous pas que , pour peu que la chose eût été seulement douteuse, tous ces messieurs vous auraient donné gain de cause ? »

— Louis XIV, étant à Fontainebleau , se plaignait un jour au marquis de Cavoix, maréchal-des-logis de sa maison, de ce que les seigneurs de la cour étaient mal logés. M. de Cavoix s'excusait sur ce que le château n'était pas assez grand pour contenir une cour aussi nombreuse. « Mais , dit le roi , Fontainebleau n'est pas bâti d'aujourd'hui ; on y tenait cour du temps de François Ier. Sous Henri , mon grand-père , il y avait assez de place , de même que sous le roi mon père. — Ah ! Sire, Votre Majesté me parle là de grands rois , mais qui pourtant ne peuvent lui être comparés. »

— Créqui, à l'âge de treize ou quatorze ans, tirait au blanc avec le dauphin, qui mit à un pied du but. Créqui, qui tirait très bien , lâche son coup, et met à six pieds du but. « Ah! petit serpent, dit M. de Montausier, il faudrait vous étouflér. »

— Un prince dont les dents étaient tombées en grande partie s'en plaignait à un courtisan qui les avait très belles , et qui lui répondit en ôtant son superbe râtelier : « Eh î mon prince, qui est-ce qui a des dents ? »

— Richelieu se délassait volontiers des travaux de son cabinet par de petits jeux d'exercice. Antoine de Grammont le surprit un jour, tout seul et en veste , s'exerçant dans son cabinet à sauter contre un mur. L'adroit courtisan , témoin d'une occupation si contraire au sérieux de la dignité du ministre, s'en tira en homme d'esprit : « Je parie, dit-il, que je saute aussi bien que Votre Excellence. » Aussitôt, quittant son habit, il se

mit à sauter avec le ministre. Ce trait d'adresse fit sa fortune.

CRINOLINE. Un monsieur passait sur le trottoir de la rue Laffitte. Tout à coup il s'aperçoit que son chemin est barré , non par ces tas de pierres que jadis , sous la royauté de juillet, on appelait des Rambulcau, mais par un certain amas de soie, de dentelles et de crinoline. C'était une élégante qui cheminait majestueusement, embastillée dans une colossale cage d'acier. Le ruisseau coulait assez large au bas du trottoir, notre homme n'y veut pas mettre le pied; d'ailleurs il faut qu'il entre chez le marchand de tableaux devant lequel la dame est en extase. Il appuie donc légèrement la main sur le côté gauche du jupon Malakof , afin de se frayer un passage. La belle, offensée, le toise dédaigneusement, et laisse échapper de ses lèvres roses des épithètes peu polies. Le monsieur, qui sait vivre, retire son chapeau , et dit à la dame : « Pardon, je ne savais pas qu'en touchant à la cage, je faisais du mal à l'oiseau. »

— Un agent de police de Boston avait cité devant le juge correctionnel une jeune et belle dame fort connue, l'accusant d'obstruer les trottoirs de Washington street par un trop grand développement de crinoline. Le juge demande où est la prévenue. L'agent répond qu'elle est à la porte et qu'elle attend , mais qu'on a essayé en vain de la faire entrer, la porte étant trop étroite. Le juge

déclare le cas fort extraordinaire, et ajoute que, la Constitution garantissant la publicité des débats, il ne peut autoriser cette dame à obstruer ainsi l'entrée du prétoire. Force fut alors de recourir à la grande porte, et, comme celle-ci est très large , la délinquante put ainsi pénétrer dans la salle sans trop de froissement. L'agent dépose ainsi : « Madame occupait toute la largeur du trottoir ; j'ai été obligé de sauter une douzaine de fois sur la chaussée pour la laisser passer. Je me suis même trouvé en contact avec une voiture, et j'ai failli être écrasé. Serait-ce la ville ou la dame qui payerait une pension à ma veuve, si j'étais tué? — Le juge : La rotondité de la prévenue ne provenait-elle pas de quelque cause naturelle? — V agent : Non, Monsieur. D'ailleurs, je suis père de seize enfants, et j'ai même le bonheur d'en attendre un dix-septième le mois prochain, et jamais ma femme n'a occupé moitié tant d'espace que l'accusée. Je dois ajouter, il est vrai, que le ciel m'a toujours préservé de jumeaux. — Le juge : « 11 vous en peut encore venir. Continuez. — L'agent : « J'ai invité plusieurs fois Madame à ne pas s'arrêter sur le 'trottoir, ce qui forçait les passants et même les passantes à circuler sur la chaussée ; mais elle n'a tenu aucun compte de mes observations. — Le juge : L'affaire est embarrassante , car je ne connais pas de précédent; toutefois, attendu qu'une ordonnance municipale défend tout encombrement des trottoirs par des ballots ou paquets trop volumineux , la Cour condamne

en duel. Quelque temps après que cette loi eut été portée , deux officiers supérieurs qui avaient eu quelques démêlés ensemble demandèrent au roi la permission de vider leur querelle l'épée à la main. Gustave fut d'abord indigné delà proposition ; il y consentit néanmoins, mais il ajouta qu'il voulait être témoin du combat, dont il assigna l'heure et le lieu. Il s'y rend avec un corps d'infanterie qui environne les deux champions. Ensuite il appelle le bourreau de l'armée , et lui dit : « Un tel, dans l'instant qu'il y en aura un de tué , coupe devant moi la tête à l'autre. » A ces mots, les deux officiers restèrent quelque temps immobiles ; mais, reconnaissant bientôt la faute qu'ils avaient faite , ils se jetèrent aux pieds du roi , lui demandèrent pardon , et se jurèrent l'un à l'autre une amitié éternelle.

— Demoustier, auteur des Lettres à Emilie sur la Mythologie et de plusieurs pièces de théâtre, possédait une petite retraite à Vincennes, non loin de la forteresse. Ce fut là qu'il composa son Conciliateur, qui donna lieu à l'anecdote suivante. La veille de la lecture de cette pièce au théâtre, Demoustier alla se promener au bois de Vincennes, et, son manuscrit à la main, il répétait chaque vers et considérait de sang-froid l'ensemble et les détails. Tout à coup une voiture s'arrête, une autre la suit, et de chacune d'elles descend un jeune homme tenant une épée. « N'oubliez pas , dit l'un d'eux à son adversaire, que nous n'avons pas pris de témoins, parce que l'un de nous doit rester sur la place. — J'allais vous le

rappeler », répondit Vautre. A ces mots, Demoustier, sortant du feuillage, s'élance au milieu d'eux et cherche à les séparer. « Retirez-vous, s'écrient à la t'ois nos deux jeunes gens; qui êtes-vous, pour vous mêler de nos affaires? — Je suis Demoustier, littérateur, mais homme d'honneur avant tout. — Quoi ! vous seriez l'auteur des Lettres à Emilie ? — C'est moi-môme : je m'occupais à repasser ici une pièce que je dois lire demain au Théâtre-Français ; elle a pour titre : Le Conciliateur. Son but moral est de prouver que de tous les plaisirs dont un galant homme est avide, il n'en est point de comparable à celui de réunir deux amis que souvent une simple querelle a divisés. Je veux l'essayer. — Impossible ! s'écrient les deux adversaires. — Au moins, Messieurs, je réclame une grâce. — Laquelle? — C'est de vous faire, avant le combat, lecture d'un acte du Conciliateur. » A force d'insister, il obtient sa demande ; on s'asseoit, on écoute , et l'attention redouble à la lecture des vers suivants :

Le mal ne vient jamais que faute de s'entendre ; Une équivoque , un rien, fait naître des débats , Et puis la vanité (quel homme n'en a pas ?) Agit sur notre cœur, le pique, l'aiguillonne ; On s'aigrit , on s'emporte , enfin l'on s'abandonne A toute la fureur de son ressentiment.... Qu'un éclair de raison brille dans ce moment : Un mot avait fait naître , un mot calme l'orage , Et l'on finit toujours par s'aimer davantage.

«Assurément, Charles ne saurait douter que je l'aimais sincèrement, dit l'un des combattants avec un trouble qu'il ne peut dissimuler. — Lucien sait combien je lui fus dévoué, répond l'autre d'une voix altérée et n'osant pas lever les yeux, de crainte de rencontrer ceux de son adversaire. — Mais, réplique celui-ci, me soupçonner d'une perfidie ! — Et moi, instruire mes parents d'une dette que j'ai faite au jeu ! — Donner le nom de délateur à l'ami le plus vrai ! — Me faire un crime de l'arrêter sur les bords de l'abîme! — Ce n'est que dans le sang qu'on peut laver une telle injure ! — Voilà donc, reprend Dumoustier, le motif de vos débats : l'un compromet au jeu son repos, son honneur ; l'autre veut le sauver de ce penchant funeste, et c'est pour cela que vous voulez vous arracher la vie ! » A ces mots il les presse dans ses bras; tous deux, vaincus par cette voix si persuasive , se sentent attendris et ne tardent pas à se réconcilier.

— Un apothicaire provoqué en duel arrive sur le terrain sans témoins, « Monsieur, dit-il à son agresseur en sortant une petite boite de sa poche, je ne me bats qu'à mort. — Mais vous êtes seul , Monsieur ? — Oh ! parfaitement ; ces messieurs, dit-il en montrant les témoins qu'avait amenés l'autre, sont bien inutiles. Je suis l'insulté, j'ai donc le choix des armes. » Puis, ouvrant sa petite boîte et montrant les deux pilules qu'elle contenait : « L'une d'elles est empoisonnée, l'autre est inoffensive : choisissez, Monsieur : je suis gé-

néreux.» Le provocateur recula. L'apothicaire, qui, au fond, ne demandait pas mieux que les choses en restassent là, consentit sans grandes difficultés à ce que l'on plumât les canards.

— Ravel et Lepeintre jeune, qui était très gros, vont sur le terrain. « Mon cher, dit le premier en traçant avec de la craie un rond sur l'abdomen de son adversaire, je suis trop loyal pour profiter de mes avantages naturels, tu es dix fois plus gros que moi ; tous les coups en dehors du rond ne compteront pas. »

— M. Véron aurait reçu un coup d'épée dans son duel avec Colbrun, sans la très heureuse intervention d'une pièce de cinq francs. « A la place de Véron, dit Gérard de Nerval, toujours peu fourni d'écus, j'aurais été blessé. )>

ECONOMIE. Juste milieu entre la prodigalité et l'avarice ; quelquefois elle finit par pencher du côté de la dernière.

— On fait parfois de singulières économies. Par exemple, une grande administration supprime trente employés qui coûtaient 80,000 fr.; elle leur donne des retraites montant à 40,000 fr. ; on les remplace par

vingt-cinq honnêtes gens, auxquels on paye 70,000 fr. de traitement, et Ton se trouve ainsi avoir fait une économie de 30,000 fr de dépense en plus.

— Plusieurs particuliers chargés de faire une quête pour de malheureux incendiés, arrivés à la porte d'une petite maison, entendirent le propriétaire qui grondait fortement sa servante, parce qu'après avoir allumé la lampe, elle avait jeté l'allumette, dont l'autre bout pouvait encore servir. Après avoir entendu ces reproches, les collecteurs, persuadés qu'ils n'obtiendraient rien d'un pareil personnage, songèrent à se retirer ; cependant ils frappèrent et virent arriver à eux un beau vieillard, qui, ayant appris l'objet de leur visite, passa dans un cabinet et leur apporta mille francs. Les commissaires restèrent confondus et ne purent s'empêcher de marquer leur surprise à cet homme généreux après la scène dont ils avaient été témoins. « Messieurs, leur dit-il, vous vous étonnez de bien peu de chose. J'ai ma façon de ménager et de dépenser; l'une fournit à l'autre, et toutes deux satisfont mon goût. » 11 les quitta ensuite, plus occupé de l'allumette perdue que des mille francs qu'il venait de donner.

EFFETS (Grands) par les petites causes. On retrouve des exemples de grands effets par de petites causes dans les annales de tous les peuples. L'histoire de France en offre une foule. A quoi tient le repos des nations?... Mais il importe de voir dans tout cela la main

mystérieuse de la Providence : car, comme l'a dit Bossuet, l'homme s'agite et Dieu le mène.

— Qui croirait que c'est à la barbe de Louis VII , dit le Jeune , que la France a dû trois siècles de guerres et de ravages?... Ce prince, ayant fait brûler trois cent cinquante Champenois qui s'étaient réfugiés dans l'église de Vitry, en éprouva de vifs remords. En expiation de son crime , il se décida , entre autres sacrifices , à celui de sa barbe. Jusque-là tout va le mieux du monde; mais la reine Eléonore de Guyenne avait une telle antipathie pour les mentons rasés qu'elle divorce et offre sa main , et les provinces qu'elle avait apportées en dot, à Henri , duc de Normandie , qui se hâte d'accepter, et qui, devenu roi d'Angleterre, commença cette sanglante guerre qui ne finit que sous Charles VII , où les Anglais furent totalement expulsés de France.

— Les armées de Louis XIV étaient battues sur tous les points , et la France pouvait être envahie d'un instant à l'autre par le général anglais Marlborough, lorsqu'une querelle entre l'épouse de ce dernier et lady Mashem changea tout à coup la politique de l'Europe , et arrêta les armes victorieuses des puissances coalisées. Dans un mouvement de colère, lady Marlborough laisse tomber une jatte d'eau sur la robe de lady Mashem, sa rivale en crédit auprès de la reine Anne. Quoique offensée d'une pareille hardiesse, la reine aurait consenti à l'oublier ; mais le même jour la duchesse à l'audace de lui

refuser une paire de gants que S. M. désirait avoir.

Dès lors, plus de pardon. Marlborough disgracié est forcé de quitter son commandement, et, en apparence du moins, la France est sauvée peut-être par une jatte d'eau et une paire de gants.

EFFRONTERIE. Audace qui tient lieu de travail et de talent. Suite naturelle de l'ignorance, quoiqu'elle ne s'aperçoive pas de son origine. Ressource suprême des fripons et des imposteurs.

— Mahomet, le plus grand mystificateur de son temps, assemble un jour le peuple et lui déclare qu'il veut faire avancer une montagne. 11 l'appelle, elle reste immobile. « Eh bien! dit- il, montagne, puisque tu ne veux pas venir à Mahomet, Mahomet ira à toi! » La manière dont ces paroles furent prononcées lui tint lieu de prodige !

ÉGOÏSTE. Celui qui mettrait le feu à une maison pour se faire cuire un œuf. La maxime favorite de l'égoïste est que, pour être heureux, il faut avoir mauvais cœur et bon estomac.

— Un individu, connu par la fortune rapide qu'il avait faite dans la Révolution, et par son égoïsme, était , un jour dans une maison où l'on parlait du cimetière du Père-la-Chaise ; quelqu'un lui ayant demandé s'il le connaissait , il répondit : « J'avais toujours désiré le voir, j'ai trouvé hier une bonne occasion , et j'en ai profité. » Cette bonne occasion était l'enterrement d'un homme qu'il

appelait son ami depuis trente ans: il avait pris place dans une des voitures du convoi , par laquelle il avait eu soin de se faire ramener chez lui gratis.

EMPRUNTEUR. Classe de gens qui ne manque dans aucun pays , et qui se multiplie prodigieusement dans les grandes villes. L'un d'eux disait cyniquement que les emprunteurs sont des sangsues humaines qui circulent dans la société pour la débarrasser de son superflu et rétablir l'équilibre dans les fortunes.

— Deux Auvergnats étaient couchés dans la même chambre ; l'un dit à l'autre : « Gros Pierre ? — Eh bien! — Dors-tu? — Pourquoi? — C'est que, si tu ne dormais pas, je t'emprunterais un écu. — Je dors. »

— Un particulier dont les finances étaient presque toujours en désordre recourait souvent à la bourse de ses amis. Il se présente chez l'un d'eux, qui était toujours disposé à l'obliger, sans jamais l'en faire souvenir. « Je viens te demander dix louis , lui dit-il. — Je ne les ai pas. — 11 me les faut absolument. — Je ne les ai pas. — Eh bien ! il ne me reste qu'un parti à prendre.... un parti extrême ! — Quoi donc ? — Je vais me jeter dans la Seine. — Tu en parles bien à ton aise : la Seine

est prise mais, pour te rendre un dernier service,

voici un écu, va faire briser la glace. »

ENFANT. Espèce de fou, aux caprices duquel il faut souvent s'accommoder. Les enfants ont des ingénuités

et des saillies auxquelles on ne peut s'empêcher de sourire.

— Un enfant, entendant dire que sa mère venait de perdre un procès, s'écria en se jetant à son cou : ((Ah! maman, que je suis aise que tu aies perdu ce vilain procès qui te tourmentait tant ! »

— « Où est le bon Dieu ? demandait-on à un enfant. — Je vous répondrai, dit-il, quand vous m'aurez dit où il n'est pas. »

— On avait défendu à un petit garçon et à une petite fille de demander quelque chose à table. Le petit garçon, qu'on avait oublié, et qui craignait de désobéir, s'avise de prendre un peu de sel. On lui demanda pourquoi. « C'est, répondit-il, pour la viande qu'on me donnera. » La petite fille , au contraire , avait mangé de tous les plats, excepté d'un seul qu'elle convoitait beaucoup. Pour en avoir sans désobéir, elle fit, en avançant son doigt, la revue de tous les plats, disant, à mesure qu'elle les désignait : « J'ai mangé de ça, j'ai mangé de ça. » Quelqu'un, s' apercevant qu'elle regardait beaucoup un plat duquel elle ne parlait pas , lui dit : (< Ë"t de cela , en avez-vous mangé ? — Oh ! non » , répondit doucement la petite gourmande, en baissant les yeux.

— Un enfant pleurait et criait : on lui demande ce qu'il a. « C'est, répondit-il, que j'ai perdu une pièce de deux sous que ma mère m'avait donnée. — Allons, la perte n'est pas difficile à réparer, ne pleurez plus, en voici une autre. » A peine l'a-t-il reçue , qu'il se met

à crier de plus belle. On revient à lui : « Qu'avez-vous donc encore à pleurer? — Je pleure parce que je pense que, si je n'avais pas perdu deux sous, à présent j'en aurais quatre. »

— Une dame aimait beaucoup son fils, et se montrait très sévère, dure même, pour sa fille, qui pourtant était charmante pour le caractère et la figure. Cette dame ayant dit, devant plusieurs personnes, que son troisième enfant allait revenir de nourrice : « Tant mieux, si c'est un petit frère! s'écrie la petite fille. — Pourquoi préférez-vous un frère à une sœur ? lui demanda sa mère. — C'est que tu n'aimes pas les petites filles. » La mère sentit toute la force de ce reproche , et, embrassant sa fille , ne cessa depuis ce temps de lui rendre les caresses qu'elle lui avait toujours refusées.

— Afin de corriger un enfant du défaut de se lever fort tard , son père , pour lui faire sentir les avantages de la diligence , lui cita un homme qui , s' étant levé très matin, avait trouvé une bourse dans son chemin. « Mais, mon père , répondit l'enfant , celui qui l'avait perdue s'était encore levé plus matin. »

— Un professeur de rhétorique lisait à ses écoliers l'oraison funèbre de Turenne, par Fléchier. Un écolier qui en avait senti toutes les beautés dit malignement à un de ses camarades : « Quand pourras-tu en faire autant? — Quand tu seras Turenne », répondit l'autre.

EPIGRAMME. Sorte de trait avec lequel on blesse

plus ou moins sensiblement, suivant le tempérament que l'on rencontre ; elle doit ressembler à l'épée : courte , claire et pointue, pour plaire, punir ou défendre.

— Lorsque Rivarol apprit que le chevalier de Florian avait été reçu membre de l'Académie , il lança contre lui l'épigramme suivante :

Ecrivain actif, guerrier sage , Il combat peu , beaucoup écrit ; 11 a la croix pour son esprit Et le fauteuil pour son courage.

— Cette autre fut faite après une procession où l'on avait vu quatre procureurs (décorés aujourd'hui du titre d'avoués) porter le dais le jour de la Fête-Dieu :

Pour laver nos iniquités Le Christ mourut jadis d'un supplice barbare,

Entre deux brigands redoutés. Aujourd'hui , triomphant et vainqueur du Tartare ,

11 en a quatre à ses côtés.

— Madame du Deffant, qui recevait chez elle les beaux exprits français et étrangers, devint aveugle sur la fin de ses jours. Cette dame avait beaucoup de malignité dans l'esprit. Le chevalier de Rhulière fit circuler contre elle cette épigramme :

Elle y voyait dans son enfance :

C'était alors la médisance.

Elle a perdu son œil et gardé son génie : C'est aujourd'hui la calomnie.

— Lebrun-Tossa , homme de lettres , se mit un jour fort en colère contre un journaliste qui l'avait traité de sot; ce qui lui attira l'épigramme suivante :

C'est un sot que Lebrun-Tossa ?

— Hélas ! oui ; mais le pauvre hère Se fâche quand on lui dit ça.

— 11 est donc toujours en colère?

EPITÀPHE. Inscription mise sur un tombeau, un mausolée , ou simplement sur une pierre qui recouvre la fosse d'un mort , et relatant les vertus , les talents, les qualités ou le mérite qu'avait ou devait avoir le décédé. — Dernière des vanités de l'homme.

— Parmi les épitaphes modestes, on compte celle-ci, que le cardinal Barberin ordonna qu'on gravât sur sa tombe :

Hic jacet pulvis et cinis, postea nihil. Ci-gît poudre et cendre , et puis rien.

— Parmi celles qui roulent sur un jeu de mots , on compte celle-ci , qui se trouve dans le cimetière d'Aberconway , en Angleterre :

Ci-gît Pierre Bildish , horloger, Qui honora sa profession Par ses talents.

Si l'intégrité fut le grand ressort De ses actions , La prudence en a été le régulateur.

Humain , généreux , Sa bienfaisance ne s'arrêtait Qu'après avoir soulagé L'infortune.

Ses mouvements étaient si bien réglés Que jamais sa tête ne se dérangea, A moins qu'il ne fût contrarié , démonté Par des gens Qui n'avaient ni la choÂne, ni la clef de ses idées. Il sut si bien disposer de son temps

Que les heures de sa vie Coulèrent dans un cercle continuel D'agréments et de plaisirs , Jusqu'à ce qu'une fatale minute, Que rien ne peut retarder, Vînt avancer le terme De son utile existence.

Il a quitté le séjour des humains , Avec l'espoir de repasser Dans un autre monde , Après avoir été nettoyé Et réparé

Par Son auteur.

— Epitaphe d'un gourmand :

Ci-gît Paul le Glouton , grand ennemi des livres ; Il vécut soixante ans , et pesa deux cents livres.

— Noyou, pâtissier-poëte , se fit à lui-même cette epitaphe :

Ci-gît , dans le fond de ce trou , Le joyeux pâtissier Noyou , Qui, vivant, en a maints bouchés.

Dieu lui pardonne ses péchés.

— Ce fut le 28 juillet 1794 que le scélérat Robespierre périt sur l'échafaud. On lui fit cette epitaphe :

Passant , ne pleure pas son sort :

Car, s'il vivait, tu serais mort.

— Un nommé Montmaur avait une grande mémoire et peu de jugement; on inscrivit sur sa tombe :

Sous cette casaque noire , Repose bien doucement Montmaur, d'heureuse mémoire , Attendant le jugement.

— Epitaphe d'un procureur :

Ci-gît un procureur de science*profonde , Qui pendant soixante ans pilla le bien d'autrui ; Il pleure maintenant, s'il voit, de l'autre monde , Que tu lis sans payer ces vers qu'on fit pour lui.

— Un marchand de Paris a le chagrin de voir mourir son ami intime , suisse de l'église de. Saint-Eustache. Il veut rendre ses regrets publics , en lui composant une belle épitaphe. Mais, comme il veut la faire en vers et qu'il n'est pas ferré sur la poésie , il s'adresse à un maître d'école qui n'en sait guère davantage , et lui demande quelles sont les règles de cet art. Le magister, d'un ton doctoral , lui répond que , quoiqu'une pièce de vers dût rouler sur le même sujet, il faut néanmoins, autant que possible, que chaque vers puisse présenter en lui-même une idée indépendante ; que , quant à la rime , il était nécessaire que les trois dernières lettres du second vers fussent les mêmes que les trois dernières du précédent. Le bon homme retint bien cette leçon , et, après beaucoup de travail, il accoucha enfin du quatrain suivant :

Ci-gît mon ami Mardoche :

Il a voulu être enterré à Saint-Eustache ; II y a porté trente-deux ans la hallebarde ;

Dieu lui fasse miséricorde.

Il fit déposer cette épitaphe sur la pierre tumulaire , et c'est de là qu'est venu le proverbe : « Cela rime comme miséricorde et hallebarde. »

ÉPITRE DÉDICATOIRE. Hommage de la gratitude à la bonté ; mais le plus souvent hommage de la bassesse

à la sottise. — Moyen qu'ont les auteurs d'exploiter la vanité des gens riches.

De là vient cet amas d'ouvrages mercenaires , Stances , odes , sonnets , épîtres luminaires , Où toujours le héros passe pour sans pareil , Et, fût-il louche et borgne, est réputé soleil.

— « Le premier inventeur d'épîtres dédicatoires fut un mendiant », dit Furetières.

— Un auteur vint publier un livre à Paris ; il le dédia en ces termes à son éditeur : « Comme je n'ai d'obligation à aucun grand seigneur , ni à aucune dame de ce pays-ci , et que je désire d'ailleurs que mes écrits n'aient jamais besoin de leur protection, je ne connais personne dont les bons offices me soient aussi nécessaires que ceux de mon éditeur; c'est pourquoi je vous remercie, mon cher monsieur, de la netteté de l'impression, de la beauté des caractères et de la bonté du papier, dont vous avez décoré l'ouvrage de votre très humble serviteur. »

ÉQUIVOQUE. Mot ou expression à double sens, dont n'abusent que trop souvent les petits esprits et ceux qui cherchent à jouer sur les mots. Talent suprême des faiseurs de vaudevilles. Généralement, l'équivoque n'est supportable que lorsque le mot offre à l'esprit des idées différentes, dont l'une dans le sens propre, l'autre dans le sens figuré. Si l'équivoque s'arrête seulement au son des mots, c'est un quolibet. (Voyez ce mot.)

— Un avocat avait fait un mauvais commentaire de la

Coutume de son pays ; quelqu'un dit à cette occasion : « S'il fait bien , ce n'est pas sa coutume. »

— Un particulier que l'on croyait riche , quoiqu'il dût plus qu'il n'avait, se promenant sans rien dire , la veille de ses fiançailles, dans le salon de sa future belle-mère , elle lui dit plusieurs fois: « Qu'avez - vous , Monsieur ? » Il lui répondit chaque fois : « Madame , je n'ai rien. » Huit jours après son mariage, sa belle-mère, voyant arriver une foule de créanciers , lui dit : « Monsieur, vous m'avez trompée ! — Madame , lui répliquat-il , je vous avais avertie que je n'avais rien , je vous l'ai dit et répété plus de dix fois dans votre salon, avant mes fiançailles. »

— Un agent de change, fils d'un facteur de la poste, croyant n'être pas connu, se faisait passer pour un homme de qualité. Quelqu'un , dans le dessein de rabaisser son sot orgueil, lui dit : ce J'ai bien entendu parler de monsieur votre père : c'était un homme de lettres qui allait toujours son grand chemin. »

— Le roi complimentait un seigneur sur un magnifique habit qu'il avait fait faire pour les noces d'un prince du sang : « Àh î Sire, cela se doit », répondit-il.

— M. Thiers disait à un député dont le père avait été aubergiste qu'il était un fort galant homme , qu'il recevait bien les gens, et que sa maison était ouverte à tout le monde.

— Un huissier répondit à quelqu'un qui lui demandait comment il avait été reçu dans une maison de cam-

pagne qu'il avait été exploiter : « A merveille ! on a voulu me faire manger. » On avait lâché deux gros chiens qui avaient manqué de le dévorer.

ESPRIT. 11 y a une foule de sortes d'esprit , mais on entend généralement par ce mot l'art de bien parler ou de bien écrire , d'assembler des idées fines, ingénieuses , nouvelles , spontanées. Les gens d'esprit ne sont pas toujours doués de jugement et de raison , et ceux qui ont le plus d'esprit ne sont pas ceux qui en font le meilleur usage.

— « L'empire est aux flegmatiques », a dit Tacite. L'esprit ne conduit pas toujours au succès. «Mon ami , disait un père à son fils , vous réussissez dans le monde , et vous vous croyez un grand mérite ; pour humilier votre orgueil , sachez à quelles qualités vous devez ce succès : vous êtes né riche, mais sans vertus, sans caractère : vos lumières sont courtes , votre esprit borné. Que de droits , ô mon fils ! vous avez à la bienveillance des hommes ! »

— Pourquoi voit-on souvent l'homme d'esprit à la porte du riche, et rarement le riche à la porte de l'homme d'esprit ? — Parce que l'homme d'esprit sait le prix des richesses, et que le riche ignore le prix des lumières.

— En parlant d'un homme qui parlait très peu et à qui on croyait de l'esprit, madame Récamier disait qu'il

n'avait d'esprit que ce qu'il en fallait pour cacher qu'il n'en avait pas.

ÉTUDE. Il faut étudier pour savoir. Un prince, qui apprenait les mathématiques, s'impatientait du travail qu'exigeait cette étude : « Monseigneur, lui dit le professeur, il faut nécessairement que Votre Altesse se donne la peine d'étudier pour savoir ; il n'y a point de route royale en mathématiques. »

FAIM. Animal de dure persuasion; le seul qui se soit soustrait au ressort de l'imagination. Ventre affamé n'a point d'oreilles, dit le proverbe.

— Un particulier, dans la plus grande indigence, obtint, à force de sollicitations , une audience d'un ministre , et lui dit : « Monseigneur, mon père m'a laissé un créancier à qui il devait et qu'il n'a point payé. Depuis, j'ai payé la dette; mais ce créancier la demande encore avec insistance. Je n'ai plus de quoi payer, et, si Votre Excellence ne m'aide à le contenter, je ne sais quel remède y apporter. — Voilà, dit le ministre, un créancier bien cruel ! Quel est-il ? — Monseigneur, dit le pauvre homme, c'est mon estomac, à qui j'ai tant de fois payé

la dette que je n'ai plus rien. » Le ministre ne put s'empêcher de rire et vint au secours de l'estomac du pauvre homme .

FAT. Individu qui, dans le monde , n'admire , n'aime et n'estime que lui-même.

— Le grand Condé , ennuyé d'entendre un fat parler sans cesse de monsieur son père et de madame sa mère , appela un de ses gens , et lui dit : « Monsieur mon laquais, dites à monsieur mon cocher de mettre messieurs mes chevaux à monsieur mon carrosse. »

— Un fat conduisait dans une maison un jeune homme de sa connaissance, dont la physionomie ne prévenait pas en sa faveur. Croyant faire une bonne plaisanterie , il dit , en le présentant à la compagnie : « Permettez-moi de vous présenter monsieur, qui n'est pas si sot qu'il en a l'air. — C'est , Mesdames , reprit aussitôt le jeune homme , la seule différence qu'il y a entre nous deux. »

— Un gentleman rider se plaignait, dans une société, de la dépense que lui occasionnait la quantité de chevaux qu'il entretenait. Quelqu'un lui objecta qu'il devrait modérer cette dépense et en réserver une^partie pour se procurer le société des gens d'esprit. Il répondit avec un air de dérision : « Mes chevaux me traînent , mais

les gens d'esprit — Les gens d'esprit, lui répliqua-

t-on , vous porteront sur les épaules. »

FER. De tous les métaux le plus vil , le plus grossier, le plus plein d'alliage , le plus lugubre en sa couleur, e plus sujet à s'enlaidir par la rouille , et néanmoins le plus utile à tout. — Droit du plus fort. Métal avec lequel les spadassins liquident leurs dettes, à défaut d'or.

« Tout est à moi , car je l'achète , Et je paye en deniers comptants , Disait l'or e-n levant la tête.

— Tout beau, dit le fer, je t'arrête ; Tout est à moi, car je le prends. »

FILOU. Chevalier d'industrie qui cherche à vous prendre par adresse , ruse , stratagème , finesse, ce que le voleur proprement dit prétend vous arracher par la violence. (Voyez Voleur.)

— Un filou, ayant tout l'extérieur d'un honnête homme, dînant chez un traiteur, mit le couvert dans sa poche après le dîner. La femme du restaurateur s'en aperçut, et, par une admirable présence d'esprit, ajouta à sa carte 36 francs pour le couvert. Notre homme paya sans rien dire.

— Un jeune Anglais très bien mis cheminait sur un beau cheval : il s'arrête devant la boutique d'un horloger, et le prie de lui faire voir une montre d'or. L'horloger l'engage à descendre et à entrer dans sa boutique. « Non , réplique le cavalier , mon cheval est trop om-

brageux , et je puis fort bien choisir une de vos montres sans quitter ma selle. » Le marchand lui en présenta plusieurs , parmi lesquelles il en choisit une , et lorsqu'il fut convenu du prix, il la mit dans sa poche, et, feignant de chercher de l'argent pour payer, il piqua son cheval des deux, et s'enfuit au galop, sans dire un seul mot.

— Un filou, s' étant introduit dans la chambre de plusieurs clercs de notaire qui étaient sortis , n'y trouva à prendre que du linge et des habits , dont il fit un paquet. Descendu au premier étage , il rencontra le notaire qui sortait de son appartement, et qui, le voyant chargé d'habits , lui demanda d'où il venait. Celui-ci , sans se déconcerter, lui dit qu'il était dégraisseur, et que messieurs ses clercs lui avaient donné leurs habits pour les nettoyer. « Quoi ! dit le notaire , vous êtes dégraisseur ! Venez donc avec moi voir un habit de velours tout neuf sur lequel un domestique a répandu un peu d'huile. » Le faux dégraisseur assure le notaire qu'il enlèvera la tache de manière qu'il ne la verra plus ; ce qui est effectivement arrivé , car il n'a plus reçu son habit.

— On put lire l'avis suivant dans les journaux : — « On a une communication importante à faire au sieur François-Auguste Noël ; cette communication étant toute dans ses intérêts, il est invité à se rendre chez M. Crassus, receveur de rentes, rue Saint-Louis, au Marais, » Le lendemain du jour où parut cette annonce , M . Cras-

sus voit entrer chez lui un jeune homme de vingt-cinq ans environ, en costume d'ouvrier endimanché! » Monsieur, dit ce jeune homme, j'ai lu hier dans le journal un avis qui engage M. Noël à se présenter chez vous. — En effet, mon ami... Seriez-vous ce M. Noël? — Oui, Monsieur, c'est moi-même. — Fort bien, mon ami... Diable ! vous n'êtes pas malheureux ! au moment où vous vous y attendiez le moins, il vous arrivait un héritage. — Vraiment? — Sans doute... Vous êtes de Douai, n'est-ce pas ? — Certainement. — Et vous y aviez une tante? — Oh! oui... une bien brave femme ! — Sourde?

— Comme un pot. — Eh bien ! elle est morte ! — Pauvre tante ! — Et, comme on ignorait votre domicile, on m'a prié de tout faire pour vous découvrir. Vous voyez que cela n'a pas été long. — Je vous en remercie beaucoup. — Ainsi vous êtes M. Noël? — Je suis M. Noël.

— François-Auguste? — François- Auguste. — Né à Douai? — Né à Douai. — Agé de vingt-sept ans? — C'est bien mon âge. — Cela ira tout seul... Maintenant, voici les formalités à remplir. Vous allez prendre deux témoins , des gens établis et patentés , vous vous ferez accompagner par eux chez un notaire, et vous vous ferez délivrer un acte de notoriété qui constate que vous êtes bien M. François- Auguste Noël, âgé de vingt-cinq ans, né à Douai... Quand tout sera bien en règle, j'écrirai là-bas, et votre héritage ne se fera pas attendre. » Le jeune homme remercie et salue, se dirige vers la porte et se dispose à sortir, lorsque, revenant près de M.

Crassus : Puisque vous êtes si bon , Monsieur, lui ditil, je vais vous faire un petit aveu... Pour faire faire un acte, il faut de l'argent, et, dans ce moment, mes finances... Je suis depuis quelque temps sans ouvrage.. . — Qu'à cela ne tienne, mon garçon... Je vais vous avancer une cinquantaine de francs... Vous me rendrez cela quand vous toucherez vos fonds. » Le jeune homme part; huit jours s'écoulent, il ne revient pas. M: Crassus ne comprenait rien à tant de négligence, quand il voit arriver un matin un jeune dandy qui se présente comme étant M. François- Auguste Noël. M. Crassus reste pétrifié et croit avoir affaire à un escroc ; mais le nouveau venu est muni de papiers en bonne forme, et il n'y a pas moyen de douter. M . Crassus a eu affaire à un fripon, et il en est pour ses cinquante francs.

Le receveur de rentes ne pensait déjà plus à sa petite mésaventure , lorsque , entrant à quelque temps de là chez un décrotteur du boulevard, il reconnaît dans Y artiste qui s'apprête à rendre le lustre à sa chaussure le prétendu héritier qui s'est présenté chez lui. Bien sûr de ne pas se tromper , il saute en bas de l'estrade , et, empoignant au collet le jeune homme ébahi , il déclare à la dame placée au comptoir qu'elle a chez elle un voleur et qu'il va le conduire au premier poste , — ce qu'il exécute à l'instant même. La police correctionnelle envoya le faux Noël à Y ombre, comme disent les héros d'Eugène Sue.

— Un filou anglais suivit pendant un mois entier un

lord agioteur au café de la Bourse , à Londres , sut gagner sa confiance et son amitié , puis un beau jour feignit d'avoir un voyage à faire. Le lord tire sa montre. «Oh! le charmant bijou! s'écria le fripon; combien vous a-t-il coûté? — Cinquante guinées. — J'en donnerais bien cent pour posséder un bijou pareil. — L'horloger qui l'a fait est mort. — Je n'ose, Milord, vous faire une proposition; voici un billet de banque de 60 livres sterling, je vous supplie de me confier votre montre pour une demi-heure ; je vais la faire voir à un habile ouvrier qui , sur ce modèle , m'en fera une pareille. — Gardez le billet et la montre , je vous attends dans

une heure à la Bourse » Le filou ne se le fit pas dire

deux fois ; le lord prêta même son carrosse au rusé coquin, qui devait aller chercher un ouvrier de confiance à l'extrémité de la ville. Il se fait conduire à l'hôtel du lord , et demande à parler à milady. « Je viens, Milady, de la part de milord, dont la voiture m'a conduit ici. Il est sur le point de conclure , à la Bourse , une affaire importante , et qu'il croit excellente ; il n'a pu , sans crainte de la manquer, venir ici lui-même. S'il tardait un instant , les nouvelles qu'il a reçues pourraient se divulguer et changer le cours des effets , il perdrait une occasion rare ; il m'a donc chargé de vous demander tous les billets de banque qui sont entre vos mains. Pour vous inspirer plus de confiance, Milady, comme milord ne pouvait écrire, il m'a remis sa montre, que je vous présente comme une lettre de créance. » Milady,

donnant dans le panneau , remet à l'escroc 4,000 livres sterling en effets. 11 remonte en voiture, se fait conduire devant un passage et disparaît.

— Un filou qui avait le plus grand besoin d'une paire de souliers , après avoir communiqué à son camarade les moyens qu'il avait imaginés pour s'en procurer, entre chez un cordonnier, et en essaye plusieurs paires jusqu'à ce qu'il ait trouvé chaussure à son pied. Quand il eut fait quelques pas dans la boutique pour voir si ses souliers ne le gênaient pas, il s'approche de la porte ; son compère , qui guettait le moment favorable , lui donne un soufflet. « Attends, attends, dit l'autre, tu me le payeras ! » Et il court après lui. Tous les voisins s'amassèrent, et le cordonnier, sur sa porte, tout en riant de l'aventure , leur disait : « Il l'attrapera, il l'attrapera , il a des souliers neufs. » Le crédule cordonnier, qui croyait voir revenir bientôt sa pratique , en fut pour l'attente de ses souliers.

— A une messe de minuit , plusieurs industriels se rendirent à l'église. Le curé, précédé du suisse et suivi d'une quêteuse , fait la quête selon l'usage. Un groupe de filous , rassemblés comme par hasard , serre le curé , l'embarrasse et le fait trébucher au point qu'il laisse tomber sa bourse. Chacun parut animé d'un saint zèle pour ramasser l'argent. La quêteuse se baissa également pour aider ; un des fripons saisit le temps , se baissa et lui poussa le bras ; elle laissa aussi tomber sa bourse. Le drôle s'y attendait : il la saisit et

s'enfuit. Cette scène excita de la fermentation ; chacun des filous en profita pour se retirer avec l'argent qu'il avait ramassé.

— Un lord très avare était parti de Londres pour aller régler quelques affaires d'intérêt dans ses terres et en recueillir les revenus ; il s'arrêta en route dans une maison de campagne agréable , dont la vue était bornée , d'un côté, par un bois épais et solitaire, où le lord aperçut plusieurs fois un homme seul, qui paraissait profondément occupé , parlant avec action , comme s'il eût été avec quelqu'un. Il fut curieux de savoir ce que faisait cet inconnu ; les personnes qu'il envoya redoublèrent sa curiosité : l'étranger, disaient-elles , parlait et répondait , quoiqu'il fût seul. Il s'était plaint de leur obstination à l'épier et à l'interrompre , et n'avait point voulu les éclairer sur ses occupations. Le lord résolut de le voir lui-même ; il se rendit seul dans le bois , et, s'approchant de l'homme , il lui fit un compliment auquel on répondit honnêtement ; la conversation s'engagea, quoiqu'elle fût interrompue quelquefois par l'étranger, qui semblait fortement préoccupé d'autres objets. « Que faites-vous donc ici ? lui demanda le lord.

— Je joue. — Vous jouez ! et avec qui? vous êtes seul.

— Je conviens , Milord , que vous ne voyez pas celui avec qui je fais la partie : c'est avec Dieu lui-même. — Vous jouez avec Dieu ! La partie , en effet , n'est pas ordinaire », reprit le lord en souriant. Il ne douta pas qu'il n'eût affaire à un fou , et résolut de s'en amuser,

parce qu'il lui parut paisible. Il continua ses questions : « Et à quel jeu jouez-vous? — Aux échecs. — Et intéressez-vous la partie ? — Oui , sans cloute , Milorcl. — Vous ne devez pas gagner souvent , car enfin votre adversaire a de grands avantages sur vous.— 11 n'en prend aucun , Milord ; il veut bien n'employer que la science ordinaire à un homme, et la partie est toujours égale. — Il en résulte nécessairement perte ou gain ; comment remplissez-vous vos engagements ? — Avec beaucoup d'exactitude; nous jouons tous deux franchement , et le perdant paye toujours. — Où en êtes-vous de la partie? — Elle finit, milord, l'avantage est pour Dieu. — Et combien perdez-vous? — Cinquante guinées. — La perte est considérable; comment payerez-vous cela? Dieu prend-il votre argent? Non, les pauvres sont ses trésoriers ; il m'envoie toujours quelque honnête homme qui reçoit ma dette et en fait la distribution aux malheureux . Vous êtes venu, Milord: c'est Dieu lui-même qui vous a conduit ici ; je vais m'acquitter. » A ces mots , le joueur tire une bourse , compte cinquante guinées , les remet au lord , et se retire en disant qu'il ne veut plus jouer. Le lord , étonné , ne savait que penser de cette aventure ; il regardait l'argent , se rappelait le discours du joueur, et était tenté de se reprocher de l'avoir jugé fou. Il continua son voyage ; mais, au lieu de s'empresser de remettre aux pauvres le dépôt qu'on lui avait confié, il le garda pour lui , quoiqu'il fût im-

mensément riche. Après avoir fini ses affaires , il reprit le chemin de Londres. Il eut envie de voir encore le joueur extraordinaire qu'il avait rencontré ; il se rendit au bois et ne voulut être suivi de personne ; if y trouva l'objet de sa curiosité , et presque de sa vénération , car il était tenté de le regarder comme un saint. Il l'aborda comme une vieille connaissance , et lui demanda comment la chance avait été depuis leur première conversation : « Tantôt bien , tantôt mal , répondit le joueur ; j'ai gagné, j'ai perdu. — Et aujourd'hui , jouez-vous en* core? — Oui, Milord; nous avons déjà fait plusieurs parties. — De quel côté est l'avantage? — Je gagne ; je fais actuellement Dieu échec et mat pour la sixième fois. - Et combien gagnez-vous? — Cinq cents guinées. — C'est un beau gain; mais quand serez-vous payé? — Tout à l'heure , Milord. — Et comment Dieu s'acquittet-il envers vous? — Comme je fais lorsque je perds; il m'envoie de même des personnes qui peuvent me payer; son choix est tombé sur vous. Oh ! Dieu est d'une exactitude singulière ! » Le lord fut plus étonné que la première fois; il vit alors ce qu'il devait penser de ce joueur : il l'avait cru d'abord un fou , ensuite un saint ; ce n'était qu'un filou. Il était seul, l'autre était armé; les cinq cents guinées furent payées , et le lord ne se vanta pas de son aventure.

— Un jeune homme reçut d'un agent de change l'avis d'avoir à lui envoyer 10,000 fr. pour solder la différence

des actions qu'il lui avait donné l'ordre d'acheter. Il lui répondit: « Il y en a qui payent, d'autres qui ne payent pas : voilà la différence. »

— Un filou condamné à trois mois de prison demande la parole : « J'ai une proposition à faire aux membres du tribunal. — Si elle est conforme aux convenances, faites-la , dit le président. — Elle est parfaitement polie. Voici ce que je propose dans un but d'intérêt général... de vous changer mes trois mois de prison contre la réprimande.... — Le tribunal ne peut consentir à cet arrangement... Il vous est trop favorable. — J'abonde dans votre sens , mais vous avez tort.... vous avez un grand tort.... Je suis très sensible aux reproches. »

— Un filou dîna pendant trois mois consécutifs à crédit chez quatre-vingt-dix restaurateurs différents. Après le repas, il demandait la carte, puis, s' approchant du comptoir : — « Madame , disait-il, un accident imprévu m'oblige à vous prier d'accepter ma montre en dépôt.... Je viens de m'aperçevoir que j'ai oublié ma bourse.».. — Oh ! Monsieur, c'est inutile , répondait-on poliment et avec un sourire gracieux par-dessus le marché ; quand vous repasserez. » Il ne repassait pas. Toutefois, il se trouva qu'un traiteur récemment échaudé accepta le gage. Le filou revint un quart d'heure après dégager sa montre, et dès lors abandonna ce truc.

— Deux filous sortent d'un restaurant : ils viennent de faire un bon dîner. L'un dit à Vautre : « Tu as soldé la carte, n'est-ce pas? Eh bien, après Yaddition ,

la soustraction. » Et il lui montre quatre couverts d'argent qu'il vient de voler. « Eh bien , reprend le premier, après la soustraction, la division; partageons. »

— Parmi les filous , il faut ranger ces gens , si nombreux à Paris, qui exercent ces mille petites industries d'un rapport presque nul en apparence, telles que le commerce du papier à lettres (quatre cahiers pour un sou; il est vrai que chaque cahier n'a qu'une feuille); des allumettes chimiques; des lacets à un sou; des images à deux liards. Assurément l'homme vulgaire mourrait de faim avec de semblables moyens d'existence. C'est qu'il lui manque la qualité essentielle pour rendre de pareils états fructueux : l'art du boniment, à Faide duquel, pour ne citer qu'un exemple, on débite du matin au soir des crayons qu'on ne songerait pas à acheter s'ils étaient simplement exposés en vente, fût-ce même à moitié prix. Donnez -vous la peine d'écouter Truchot, Champeaux et Michon, jeunes trucqueurs qui font du négoce sans patente. Ils sont associés pour la vente au détail des images à deux liards. Ecoutez-les, et vous comprendrez combien il est difficile aux badauds , aux flâneurs de Paris, de résister à la séduction de leurs annonces. Chaque associé parle à son tour, sur un autre ton de voix que ses camarades, pendant que ceux-ci reprennent haleine tout en guettant s'ils ne voient pas venir les sergents de ville , auquel cas les marchandises sont vite emballées dans des serviettes qu'on emporte en courant dans la direction opposée à celle où appa-

raissent les agents de l'autorité. — Truchot (d'une voix criarde) : « Ah! tenez, tenez, regardez-moi ça; voilà une brillante collection de magnifiques et splendides gravures en taille d'ours , sur beau papier vilain, de nos premiers artistes , avant la lettre , venant d'une faillite considérable d'une des principales maisons de la capitale , coloriées par les peintres les plus célèbres de l'Europe, vivants- et morts, que vous payerez partout jusqu'à vingt-cinq centimes la pièce dans les premiers magasins de la capitale; les voilà pour deux liards.... Deux liards ! messieurs et dames ; donné , quoi ! deux misérables liards, un demi sou; jetez votre charmant coup d'œil. (Bas.) A toi, Champeaux, j'en peux plus; je vas allumer les sergents de ville. » — Champeaux (voix enrouée) : « Tout est à deux liards! Voilà le véritable Papavoine , ce scélérat qui a assassiné Henri IV dans le bois de Vincennes ! Voilà le prince Poniastowski qui s'a péri dans la Bérésina , dont il est représenté au moment qu'il s'élance dans le fleuve en prononçant ces paroles mémorabes : « La garde meurt et ne se rend pas ! » Deux liards ! n'en plusss... n'en moinss... » (Bas.) Va-z-y , Michon , je suis esquinté; je vas donner de l'oeil dans la perspective. » — Michon (d'une voix de basse-taille) : « Tout le monde en voudra, tout le monde en aura; c'est l'instant et le moment ; dépêchez-vous, car bientôt il n'y en aura plus. C'est instructif et amusant; vous avez de tout : de la géographique , de la mythologique, de la botamique , les mœurs et coutumes de tous les peuples

de la terre , d'après les relations de tous les grands bota mis tes qui ont parcouru les routes les plus anthropophages et désertes qui ont été exploirées; tout ça vient du cabinet d'un de nos plus grands amateurs de la capitale, qui s'a trouvé gêné... » En ce moment arrivent deux sergents de ville , que les associés de Michon n'avaient pas vus, bien que donnant de Vœil dans la perspective. Les agents s'approchent, saisissent Papavoine , Poniatowski, ainsi que les peuplades les plus anthropophages représentées sur les images , et conduisent au poste les trois négociants qui avaient été signalés comme ayant dévalisé les portefeuilles des marchands de gravures auxquels les quais Voltaire et de l'Institut servent de boutique. Nos trois bohémiens furent condamnés à l'emprisonnement par le tribunal de police correctionnelle.

— Étant en peine d'un dîner, un filou invite un de ses amis , présentement aussi peu fortuné que lui , et l'entraîne chez un Véfour dont il savait la mère malade. En entrant , il s'approche familièrement du maître de l'établissement et lui demande avec intérêt des nouvelles de la santé de sa mère. « Toujours la même chose... cela m'inquiète , car elle a soixante-douze ans. — A qui le dites-vous? » répond le filou. Il se pose en médecin, demande à voir la malade , qui avait les jambes enflées , et il lui ordonne , avec un sang - froid académique , trente-six sinapismes. Son compère glisse à l'oreille du traiteur ces mots sublimes : « Quelle chance vous avez ! c'est le célèbre docteur Fouillard ! » Ils dînèrent comme

chez Lucullus , et on offrit même du retour au célèbre docteur Fouillard. Il l'accepta. Quant à la malade... elle fut sauvée ! . . . Comment ? Ma foi , on n'en sait rien.

— Vous passez par hasard dans un faubourg pauvre de Paris ; vous apercevez , appuyée sur une borne , une petite fille de huit à dix ans, malpropre, déguenillée , les pieds dans des savates , les mains perdues dans de longs cheveux en désordre , pleurant , se lamentant sans bruit, donnant à sa douleur une réserve pudique qui la rend contagieuse. Tout doucement vous interrogez la petite fille , qui , d'une voix lementable, entrecoupée de sanglots, vous apprend que son père est un pauvre ouvrier, malade depuis trois mois. Sa mère a mis sa dernière robe en gage pour avoir une potion prescrite par le médecin ; la petite est allée acheter ce remède, et en revenant avec trop de hâte filiale , la pauvre enfant est tombée et a cassé la fiole qui le contenait. Vous tirez votre bourse ; puis, pendant le dialogue , d'autres passants se sont arrêtés devant l'intéressante enfant ; chacun fouille sa poche ; on improvise une souscription ; 30, 40, 50 sous, quelquefois plus , sont remis à la petite fille , qui , essuyant ses larmes , remercie, et court , non chez le pharmacien , mais chez sa mère , qui la bat si le tour a duré trop longtemps ou n'a pas produit une recette suffisante. Les sergents de ville savent à quoi s'en tenir sur ces pères mourants , ces fioles cassées ; aussi les petits filous pratiquant ces moyens n'ont pas de plus grand soin que de

se garer de ces terribles incrédules , les saints Thomas des rues de Paris. — Ceci est la variante des statues cassées des jeunes Piémontais , de la bourse perdue par de prétendus domestiques, etc.

— Qui aurait jamais soupçonné que l'on vendît des chevaux mauvais teint ? Ni vous , ni moi , ni personne probablement, et le sieur Claude P..., cultivateur, ne s'en doutait pas non plus le moins du monde ; aussi futil singulièrement étonné lorsque ayant, l'année dernière, fait baigner dans la Marne un très beau cheval noir qu'il venait d'acheter au marché , il vit de larges taches blanches se révéler sur la robe de l'animal, qui fut ainsi transformé en cheval pie. « Allons, bon, les voilà qui se mettent à badigeonner les chevaux , maintenant ! se dit le campagnard ; ces maquignons ne savent vraiment plus quoi inventer! » Pourtant, comme notre homme tenait plus à la qualité de la bête qu'à sa nuance, il n'attacha pas grande importance à ce changement de couleur. Mais, au bout de quelque temps, son étonnement redoubla lorsque ayant un jour été surpris par un orage avec sa monture , il vit les marques blanches aller toujours s' élargissant , les taches noires diminuer d'autant, et quand, au bout d'une heure de pluie battante, il se trouva posséder un magnifique cheval blanc : « Ah çà , pourquoi diable se sont-ils donc amusés à peinturlurer cette bête en noir? » sejdemanda le paysan. L'un de ces jours derniers, Claude P..., ayant par extraordinaire besoin à Paris , chevauchait crânement monté sur son

blanc bidet, quand, en arrivant près d'une ferme, le cheval se met à dresser les oreilles, à hennir, puis, malgré les efforts du cavalier, il entre au grand trot dans la cour : « Tiens, voilà Bijou ! s'écrie l'un des domestiques qui se trouvaient là. — Bijou ? reprend un autre : ça n'est pas possible, il y a longtemps qu'il est mort.... Mais oui, pourtant, c'est bien lui. Eh! not' bourgeois, v'nez donc voir, Bijou qu'est ressuscité!... » Définitivement, c'était un singulier animal que celui-ci, qui, après avoir changé deux fois de couleur, se trouvait être maintenant un revenant de cheval ! Mais tandis que d'un côté l'on discutait sur son identité, et que de l'autre le malencontreux cavalier faisait de vains efforts pour s'en aller, survient le maître de la maison, que Bijou salue par un hennissement de reconnaissance , et qui somme le voyageur de venir avec lui chez le commissaire de police du canton. Or, voici ce qui était arrivé : Le fermier en question , ayant, l'année dernière, son cheval de selle assez gravement malade , le fit d'abord traiter chez lui par un sieur X..., maréchal expert qui demeure à quelques kilomètres de là ; mais comme la distance à parcourir était assez considérable, et que l'animal exigeait des soins assidus, on trouva plus simple de le mettre en pension chez le médecin ; mais rien n'y fit , à ce qu'il paraît , car au bout d'un mois le maréchal vint annoncer au fermier que son cheval était mort , et en même temps il lui présenta une note assez rondelette que le cultivateur paya sans marchander. Quand on fut

arrivé chez le commissaire de police , auquel le fermier raconta ce qui précède , en soutenant que le cheval du voyageur était bien celui qu'il avait cru mort ; quand Claude eut à son tour raconté les diverses métamorphoses de son bidet , le magistrat envoya chercher le maréchal expert , qui se trouva tout sot en voyant sa ruse découverte , et Claude comprit enfin pourquoi son cheval avait été déguisé en noir. Inutile d'ajouter que l'honnête peintre en chevaux a été immédiatement écroué dans la prison du lieu.

FLATTERIE. Fausse louange. « Je sais que tu me flattes , coquin , disait un grand seigneur à son parasite ; mais c'est égal , cela me fait toujours plaisir. »

— Je me défie tellement des louanges, disait je ne sais plus quel auteur, que quand quelqu'un m'en adresse , je lui dis, lorsqu'il a fini : « Avez-vous besoin de quelque chose ? » Il est rare que la réponse soit négative.

— Le financier Bouret avait un petit chien qui lui était fort attaché et qui plaisait beaucoup à M. le contrôleur-général des finances. Mais pour un courtisan délié, il n'y a ni chien ni ami qui tienne. Favori n'aimait pas du tout monseigneur ; il lui était pourtant promis. Un autre que Bouret eût manqué son coup, et, qui sait ? perdu la faveur peut-être ; mais un esprit de cette trempe a des ressources inconnues du vulgaire. Il se fait fabriquer un masque ressemblant au contrôleur général , il s'en couvre le visage et endosse un habit sem-

blable au sien , appelle Favori , le caresse , lui donne du sucre ; puis , tout à coup, changeant de décoration , ce n'est plus monseigneur, c'est Bouret qui appelle son chien et le bat comme plâtre. Après deux ou trois jours de cet exercice, continué du matin au soir, Favori apprend à fuir devant Bouret le fermier-général , et à rejoindre Bouret le contrôleur-général.

— « Monsieur de Talleyrand, demandait un jour Napoléon Ier, on dit que vous êtes fort riche? —Oui, Sire. — Comment donc avez-vous fait? vous étiez loin de l'être à votre retour d'Amérique. — Il est vrai, Sire; mais j'ai acheté, le 17 brumaire, tous les fonds publics que j'ai trouvés sur la place , et je les ai revendus le 20. » On sait que c'est dans les journées des 18 et 19 brumaire que s'opéra la révolution qui mit le pouvoir entre les mains de Bonaparte.

FLEURS (Nomenclature des) avec les différents sentiments dont elles sont le symbole.

Absinthe ou Citrônelle, peines de cœur.

Acacia , amour platonique.

Acanthe ou Branc-ursine, culte des beaux-arts.

Aconit , crime.

Adonide d'été , souvenir tendre et douloureux

Adoxa musqué , faiblesse.

Agave , prudence.

Aloès bec de perroquet,

Amarante ,

Amaryllis,

Ananas ,

Ancolie ,

Anémone ,

Angélique,

Anthémis,

Argentine,

Aristoloche ,

Arrête-bœuf ou Bugrane ,

Arum gobe-mouche ,

Arum feuille en coeur,

Asphodèle ,

Aster,

Aubépine,

confusion.

constance.

très belle, je brille.

perfection.

folie.

abandon.

esprit mélancolique.

contre-temps.

naïveté.

tyrannie.

entraves.

piège.

ardeur.

regrets ineffaçables.

éloquence.

doux espoir.

Baguenaudier arborescent ,

Balsamine ,

Barbe de Jupiter,

Bardane ,

Basilic ,

Belle de jour,

Belle de nuit ou Nietage,

Bétoine ,

Blé,

Blé de Turquie ou Maïs,

Bluet des blés ,

Bouillon blanc ou Molène,

prodigalité.

impatience.

puissance.

importunité.

pauvreté.

coquetterie.

timidité.

surprise, agitation.

richesse.

abondance.

clarté, lumière.

bon naturel.

Boule de neige ou Viorne ,

Bourrache,

Bouton d'or,

Brise tremblante ,

Buglosse,

Buis,

refroidissement, énergie, inspiration, raillerie.

galanterie, frivolité, tromperie, fermeté , stoïcisme.

Cactus ,

Camara piquant , Camélia ,

Camomille romaine , Campanule , Capucine ,

Centaurée musquée , Champignon , Chélidoine , Chèvrefeuille , Chiendent , Ciguë , Circée , Ciste ,

Clématite bleue, Consoude , Coquelicot , Coquelourde , Corbeille d'or, Coriandre , Coronille , Couronne impériale ,

bizarrerie.

rigueurs.

durée.

service.

flatterie.

feu d'amour.

message d'amour.

méfiance.

sollicitude maternelle.

liens d'amour.

obstination.

perfidie.

magie, enchantement.

jalousie.

liens.

bienfaisance.

repos.

modestie.

tranquillité.

mérite incompris.

ingénuité.

dignité.

Crête de coq ,

perversité.

Cupidone ,

source d'amour.

Cynoglosse,

amitié sans pareille.

Cyprès,

mort et regrets.

Cytise,

dissimulation.

Dahlia,

abondance stérile.

Digitale ,

travail.

Dipsacus ,

j'ai soif.

Eglantier,

éloquence.

Ephémérine de Virginie,

bonheur d'un instant.

Epine noire ,

difficulté.

Epine-vinette ,

aigreur.

Fenouil ou Aneth ,

mérite.

Fougère ,

confiance.

Foulsapate ,

amour malheureux.

Fraisier,

délices.

Framboisier,

doux langage.

Fraxinelle ou Dictame ,

vous embrasez mon cœur.

Fuchsia ,

amabilité.

Fumeterre commune ,

fiel.

Fusain ,

votre image est gravée dans

mon cœur.

Gatilier ou Agnus-cactus,

Genêt d'Espagne ,

Genévrier,

Gentiane jaune,

Géranium écarlate ,

Géranium triste,

Gerbe d'or, '

Giroflée ,

Giroselle ou Les 12 divinités,

Glaïeul ,

Gratiole ou Herbe au pauvre

homme , Grenadier, Grenadille bleue , Groseillier, Gui, Guimauve ,

chasteté.

vertus domestiques.

consolation.

dédain.

bêtise.

mélancolie.

avarice.

luxe.

recevez mes hommages.

indifférence.

humanité.

concorde.

foi.

vous faites mes délices.

liaison dangereuse.

douceur.

Hélenic ,

Hellébore ,

Héliotrope,

Hémerocale rouge ,

Houblon ,

Houx ,

Hièble ou Yèble, ou Sureau ,

Hortensia ou Rose du Japon ,

pleurs, bel esprit, amour sans fin.

plaisir renaissant apathie, défense, humilité, beauté froide.

If,

Immortelle, Ipoméa , Iris de Perse, Ivraie ou Zizanie , Ixia,

tristesse, constance, caresses, bonne nouvelle, vices, tourments .

Jacinthe , Jasmin blanc, Jasmin jonquille, Jolibois ,

Jonc des champs, Jonquille, Joubarbe des toits, Jujubier,

aménité, amabilité, sympathie, gentillesse, docilité.

langueur d'amour, bienfaisance discrète, soulagement.

Kedsoura ,

Ketmie ou Fleur d'une heure ,

frugalité, vous êtes jolie.

Lauréole, ou Bois-gentil , Laurier franc , Laurier-rose , Lavande ou Aspic ,

dissimulation, triomphe, gloire, victoiiv séduction, silence.

Lierre,

Lilas,

Lilas blanc ,

Lis blanc ,

Lis jaune ,

Liseron ,

Lobélie du cardinal ,

Lunaire ( grand ) ou Monnaie

douteuse, Luzerne arborescente , Lychnis des champs,

amitié éprouvée.

première émotion d'amour.

jeunesse.

majesté, pureté.

ostentation.

faiblesse.

amour du prochain.

mauvaise paye, éloge de la vertu, penchant invincible.

Marguerite ou Pâquerette, Marjolaine vulgaire , Mauve , Mélianthe , Mélisse officinale , Menthe ,

Mille-feuilles ou Achillée, Millepertuis, Mogori ,

Momordique piquant , Morelle cerisette, Morelle douce-amère ou Vigne-vierge , Muguet , Myosotis , Myrte,

innocence.

consolation.

amour maternel.

hospitalité.

bons offices.

vertu.

guérison, santé.

oubli des peines de la vie.

parure.

colère.

beauté sans bonté.

franchise et sincérité, retour du bonheur, souvenez-vous de moi.

amour.

Narcisse, fatuité , amour-propre.

Nénuphar ou Nymphéa blanc, froideur.

Nicotiane, obstacle vaincu.

Nigelle ou Cheveux de Vénus, liens d'amour.

Œillet,

Œillet musqué (mignardise),

Œillet blanc,

OEillet ponceau ,

Œillet jaune,

OEillet panaché ,

OEillet de poëte,

OEillet dinde (Taget),

Olivier,

Onagre ou Fleurs du Grand

Seigneur, Oranger, Oreille d'ours, Orobe printanier, Ophris mouche , Ophris araignée.

amour vif et pur.

souvenir passager.

amour fidèle.

effroi.

mépris.

inflexibilité.

supériorité.

maturité anticipée.

paix.

fierté.

virginité, générosité.

variation.

besoin d'aimer.

indiscrétion,

adresse.

Palmier, Pariétaire , Pavot ,

victoire , constance.

misanthropie.

sommeil.

Pêcher,

Pensée ,

Perce-neige ou Galantine ,

Pervenche,

Phytolaca ,

Pied d'alouette,

Pissenlit ,

Pivoine,

Pois de senteur, Primevère ,

plaisir d'aimer.

souvenir, séparation.

heureux présage.

amitié solide.

bon conseil.

lisez dans mon cœur.

légèreté, étourderie.

la beauté est au cœur et non

sur le visage, délicatesse, cordialité.

Queue de cheval , Quintefeuille,

fécondité, amour maternel.

Reine des prés ,

Réveil-matin ,

Renoncule,

Réséda , ou Herbe damour,

Romarin , Ronce , Rose,

— mousseuse,

— blanche,

— de Provins,

— à cent feuilles,

— de tous les mois,

vous régnez dans mon cœur.

brusquerie.

vous brillez de mille attraits.

vos qualités surpassent vos

charmes, votre présence me ranime, injustice, envie, beauté , amour, extase de volupté, candeur.

amour de la patrie, plaisir, éclat passager.

Rose capucine,

— jaune,

— du Bengale,

— musquée,

— pompon,

— trémière, Roseau aquatique , Rue,

fantaisie, amour conjugal, beauté étrangère, affectation, grâce enfantine, beauté noble, plaisirs champêtres, bonheur domestique.

Safran ,

Sainfoin ,

Salicaire à épis,

Saponaire ,

Sauge,

Saxifrage,

Scabieuse ,

Sceau de Salomon ,

Sensitive ou Acacia pudique,

Soleil , Héliante,

Sorbier domestique,

Souci ,

Stramoine ou Datura ,

Syringa ,

usez , n'abusez pas.

choisissez vos amis.

reproche.

vous êtes bonne à tout.

estime.

amitié.

tristesse , deuil.

discrétion.

pudeur.

courtisanerie, adoration.

prudence.

inquiétude, jalousie.

artifice, déguisement.

amour fraternel.

Tammier, Sceau de N.-Dame , j'implore votre appui.

Thym , Serpolet , émotion instantanée.

Trèfle, doutes.

Troène, jeunesse.

Tubéreuse, Tulipe,

volupté, magnificence.

Urtica ,

cruauté.

Valériane ou Polémoine ,

Velar ou Herbe au chantre,

Verge d'or,

Véronique ,

Verveine ou Herbe sacrée,

Vigne ,

Violette ,

Vipérine ou Serpentaire ,

Volubilis, Ipoméa pourprée,

facilité.

hommage d'amour.

protégez-moi.

je vous offre mon cœur.

pureté de sentiment.

ivresse, attachement.

que de mal m'ont fait vos yeux!

comptez sur mon dévouement.

Xanthorée ,

utilité.

Yuca,

besoin.

Zalica , Zéphirante ,

solitude, inconstance.

GANACHE. Espèce d'imbécile qu'on peut comparer à l'incrédule de la Bible , qui a des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre , et des mains pour n'en pas faire usage.

— Un jour, Napoléon Ier, fort mécontent à la lecture d'une dépêche de Vienne, avait dit à Marie-Louise : « Votre père est une ganache. » Marie-Louise , qui ignorait beaucoup de termes français, s'adressant à un courtisan : « L'empereur me dit que mon père est une ganache; que signifie cela? » A cette demande inattendue, le courtisan balbutia que cela voulait dire un homme sage, de poids, de bon conseil. A quelques jours de là, et la mémoire encore toute fraîche de sa nouvelle acquisition, Marie-Louise présidant le Conseil d'Etat, et voyant la discussion très animée, interpella, pour y mettre fin, Cambacérès : « C'est à vous à nous mettre d'accord, lui dit-elle ; vous serez notre oracle ; car je vous tiens pour la première, la meilleure ganache de l'Empire. »

GASCON. Les Gascons sont plaisants, fins et spirituels. On leur a toujours reconnu de la présence d'esprit, de la hardiesse et de l'habileté à trouver des expédients pour se tirer d'un pas délicat. On a attribué aux Gascons

beaucoup de bons mots, de réparties qui appartiennent à des gens de tout autre pays , ce qui a fait dire avec assez de raison que tous les Gascons n'étaient pas en Gascogne.

On dit du Gascon : « Le plus brave avant et après la bataille. »

— Un Gascon dit un jour, dans une compagnie nombreuse, qu'il donnerait volontiers dix louis pour chaque innocente qu'on lui montrerait. Une dame, qui connaissait la fausse bravoure du personnage, lui dit qu'elle pourrait lui en montrer une pour rien. « Que je serais heureux de la connaître ! s'écria-t-il. — Eh bien ! regardez votre épée » , répondit la dame.

— Certain enfant de la Garonne , Devers le soir, un jour, chez Jean Serant (1), Demande un verre d'eau , s'assied , se déboutonne , Et fait du bout du doigt sonner le cure-dent. « Quelle chienne de vie ! ou le diable m'enlève , Dit-il, sur la banquette aussitôt s'étendant,

Je sens qu'indubitablement , Pour peu que cela dure , il faudra que je crève. »

Comment, crever î ici dira quelqu'un; Longtemps donc il avait ce jour-là tenu table ? Eh ! mon Dieu , non ! mais, las ! le pauvre diable Depuis la veille était à jeun.

— Un Gascon fit un jour un mémoire pour présenter

(1) Cafetier.

— iA6 —

au conseil des Cinq-Cents , et l'avait énoncé ainsi : Mémoire au conseil des 500,000. Quelqu'un lui représenta qu'il avait mis trois zéros de trop : <v Sandis ! dit l'enfant de la Garonne, je n'en mettrai jamais autant qu'il y en a. »

— Un Gascon était tellement prévenu en faveur de son pays qu'en parlant des braves de chaque province, il se mit à dire : « L'épée d'un Gascon est la clef de l'autre monde. »

— Un Gascon de la première espèce se porta sur le pré assez vaillamment. Mais, quand il vit que son adversaire mettait l'épée à la main : « C'est tout de bon, dit-il, à ce que je vois. — Sans doute, répliqua l'autre. — Je vous avoue franchement, reprit l'enfant de la Garonne, que j'ai prétendu jouer la comédie. Je né suis bon que ' pour les rôles comiques , mais je n'entends rien pour lé sérieux. » Et il ne voulut jamais mettre en liberté son coutelas. Son ennemi, le méprisant, lui donna des coups de plat d'épée, et lui dit : « Tu n'es qu'un maraud, je te défends de porter l'épée; si je te trouve jamais l'épée au côté , tu peux compter que je te ferai une croix sur le visage , que tu porteras le reste de ta vie. « Le Gascon tremblant lui dit : « Je mé soumets à cette loi de bon cœur. » Cependant il continua de porter l'épée. Son adversaire, le rencontrant dans la rue, l'apostropha d'abord, en lui disant : « Eh bien! Monsieur le faquin, est-ce ainsi que vous observez mes défenses? — Hélas! dit le Gascon, je né veux pas y contrevenir, j'allais vendre

mon épée à un fournisseur : la voulez-vous acheter?» - Un Gascon attendait une succession qui pouvait lui arriver par la mort d'un enfant qui était très malade. On lui demande : « Eh bien ! comment va le petit cousin? — Ah! ne m'en parlez pas, je l'aimé ce petit garçon , je né lé perds pas de vue ; ce matin à six heures, il était mourant; à sept heures, à l'agonie, il puait déjà; à dix heures, lé petit drôle il a failli dé mé vattre. »

■ — Un Gascon se vantait d'être descendu d'une maison si ancienne qu'il payait encore, disait-il, la rente d'une somme empruntée par ses ancêtres pour aller adorer N.-S. Jésus-Christ dans la crèche à Bethléem.

— Un Gascon, ayant reçu des coups de bâton dont il était menacé depuis longtemps , se consola en disant : « Bon ! mé voilà guéri de la peur. »

— Un gentilhomme Gascon se faisant appeler marquis à la cour du duc de Savoie , madame la duchesse lui demanda, par dérision , dans quel pays était son marquisat. « Il est, répondit le Gascon, dans votre royaume de Chypre. »

— Un Gascon, dans une auberge, dit à l'hôte : « Faites, moi cuire un œuf à la coque pour mon souper , et du bouillon vous ferez dé la soupe à mon domestique. — Diable ! dit l'hôte , le bouillon d'un œuf ne sera pas bien succulent ! — Eh bien , reprit le Gascon , mettez-en deux, je lé mangerai bien. »

— Un homme ayant pris querelle avec un Gascon, ils mirent l'épée à la main. Comme le Gascon reculait,

son adversaire lui dit : « Vous reculez , je crois ! — Qu'est-ce que ça vous fait , répond le Gascon , pourvu que je vous tue?»

— Un Gascon se tira adroitement d'une histoire dans laquelle il s'était embarqué ; il en était à un soufflet qu'il avouait avoir reçu : « Eh bien ! » lui disait l'un. « Ehbien ! » lui disait l'autre. Tout le monde attendait le dénoûment . « Eh bien ! cadédis , reprit le Gascon , l'homme fut enterré le lendemain. »

— Un Gascon racontait, dans un repas, qu'il avait eu, peu de temps avant , une dispute assez vive , et qu'elle s'était terminée par un maître soufflet qu'il avait reçu : « Un soufflet! reprit vivement quelqu'un , mais, Monsieur, cela dut avoir des suites? — Comment! des suites! dit le narrateur; cette aventure a eu, en effet, des suites terribles : j'ai eu la joue enflée pendant huit jours, et je m'en ressens encore. »

— Un autre Gascon demandait à quelqu'un de lui prêter 6 fr. : «Je n'ai que 3 livres, répondit celui-ci. — Eh bien ! donnez toujours , ce sera 3 livres que vous me devrez » , dit le Gascon.

— Un Gascon dit un jour à quelqu'un : « Prêtez-moi 10 écus, s'il vous plaît. — Mais, Monsieur, je n'ai pas l'honneur de vous connaître. — C'est précisément pour cela que je m'adresse à vous , car tous ceux qui me connaissent ne veulent pas me prêter. »

— Un homme venait de prêter à un Gascon de ses amis une somme : « Faites-moi une reconnaissance. —

— Ah ! mon ami , lui dit le Gascon , ma reconnaissance sera éternelle. »

— Un mousquetaire gascon , passant dans une revue devant Louis XIV, fit faire à son cheval un mouvement si brusque que le chapeau du cavalier vola à terre. Un de ses camarades le lui présente à la pointe de son épée : « Sandis ! s'écrie le Gascon , j'aurais mieux aimé que vous m'eussiez percé le corps que mon chapeau. » Le roi , ayant entendu cette réponse , lui en demanda la raison. «Sire, dit-il, j'ai crédit chez un chirurgien, mais je n'ai pas la même faveur chez un chapelier. »

GÉNÉROSITÉ. Désintéressement et bonté de l'âme, qui la porte à des sacrifices noblement faits , sans arrière-pensée.

— Un malheureux portier, à qui les enfants de son maître refusèrent de payer un legs de 1,000 écus , qu'il pouvait réclamer par justice, dit à quelqu'un qui lui conseillait de le faire : « Voulez-vous que j'aille plaider contre les enfants d'un homme que j'ai servi vingt-cinq ans, et que je sers eux-mêmes depuis quinze? » Il se faisait de leur injustice même une raison d'être généreux à leur égard.

— En 1645 , le prince Charles-Edouard, fils aîné du prétendant au trône d'Angleterre , ayant perdu dans ce royaume une bataille décisive, est poursuivi par les troupes ennemies. Il erre longtemps seul, et toujours au moment d'être la proie de ceux qui veulent gagner

le prix mis à sa tète. Ayant fait un jour dix lieues à pied et se trouvant épuisé de faim et de fatigue , il entre dans le château d'un gentilhomme qu'il sait bien n'être pas dans ses intérêts. Celui-ci , néanmoins , n'écoutant que sa générosité , lui donne tous les secours que sa situation exige , et garde un secret inviolable. Quelque temps après , ce gentilhomme est accusé d'avoir donné asile dans sa maison au prince Edouard , et est cité devant ses juges. Il leur dit, avec la fermeté de la vertu : « Souffrez qu'avant de subir l'interrogatoire , je demande lequel d'entre vous , si le fils du prétendant se fût réfugié dans sa maison, eût été assez vil et assez lâche pour le livrer.;) A cette question, le tribunal se lève et renvoie l'accusé absous.

— L'armée de Turenne s'étant emparée d'une forte place dans le Hainaut, quelques soldats lui amènent une femme d'une grande beauté , comme la plus précieuse portion du butin. Turenne, feignant de croire qu'ils n'agissent ainsi que pour la dérober à la brutalité de leurs camarades , les loue fort d'une conduite si honnête , fait de suite chercher le mari de la dame , et , lui remettant celle-ci entre les mains , lui dit publiquement : « Vous devez à la retenue de mes soldats l'honneur de votre femme. »

— Un jeune homme, assez mauvais sujet, est déshérité par son père. Il rentre en lui-même, gémit de ses égarements passés et ne murmure pas contre la volonté paternelle. Cette modération touche son frère ,

qui va le trouver et lui dit : « Par son testament, notre père m'a institué son légataire universelle ; mais il n'a sans doute voulu exclure que l'homme que vous étiez, et non celui que vous êtes aujourd'hui: je vous rends la part qui vous est due. »

— L'archevêque d'Auch, ayant appris que deux jeunes personnes fort honnêtes vivaient avec beaucoup de peine du travail de leurs mains, par suite de revers de fortune, et qu'elles n'avaient d'autre bien qu'un tableau de peu de valeur, se transporta chez elles, et, voulant les secourir délicatement, il leur dit en souriant et de l'air le plus affable : « Vous possédez , mesdemoiselles, un tableau dont j'ai beaucoup entendu parler ; je le vois, il me plaît singulièrement. Si ce n'était pas vous demander une trop grande grâce , je vous prierais de me le céder pour une rente viagère de 100 louis, que je m'oblige à vous faire dès ce moment, et dont je vais vous remettre la première année d'avance.»

GLOIRE. Éclat d'une bonne renommée.

— « Je n'ai eu que deux plaisirs bien vifs en ma vie, disait le maréchal de Viliars : celui de remporter un prix au collège et celui de gagner une bataille. »

— Le maréchal de Villeroi ayant perdu par sa faute , en 1706, la bataille de Ramillies contre Marlborough, un des amis de Mme de Villeroi, qui cherchait à la consoler, lui dit que grâce à Dieu le maréchal se portait bien :

« C'est assez pour moi , répondit-elle , mais ce n'est pas assez pour sa gloire. »

— L'empereur Charles-Quint avait demandé à François Ier sa gendarmerie ainsi que de l'argent , par forme d'emprunt , pour repousser avec avantage les Turcs , dont il était vivement pressé. « Pour de l'argent, lui répondit le roi , je ne suis pas banquier ; pour ma gendarmerie , comme elle est le bras qui porte mon sceptre , je ne l'expose jamais au péril sans aller chercher la gloire avec elle. »

GRANDEUR D'AME. Instinct élevé de l'âme qui nous porte au beau, au grand, à l'honnête. Elle honore la vertu dans l'ennemi même qui a su résister.

— Henri IV voulut qu'on reçût dans les gardes du corps le soldat qui l'avait blessé à la bataille d'Aumale. Un jour qu'il se promenait en voiture avec le duc d'Estrées, il aperçut ce garde, qui était à la portière de son carrosse; il se mit à dire : « Voilà le brave qui m'a blessé à la journée d'Aumale. » iMais, s' aperce vaut que cet homme versait des larmes : « Ventre-saint-gris ! lui dit-il, apaisez - vous , mon ami, je ne le dirai plus. ))

— Chamillard, disgracié par Louis XIV, s'était retiré dans ses terres. Le duc de Lorge, alors son ennemi, ayant appris cette nouvelle, dépouille tout sentiment d'inimitié et vole chez lui : « Ami, lui dit-il, oublions le

passé: vous êtes malheureux, je viens partager vos peines et vous consoler dans votre retraite. »

— Turenne commandait une armée en Allemagne ; les magistrats de Francfort crurent, au mouvement de ses troupes, qu'il se disposait à passer sur leur territoire. Pour s'épargner ce désagrément , ils lui firent offrir cent mille écus, s'il voulait changer sa direction et prendre une autre route. « En conscience, dit Turenne aux députés, je ne puis accepter votre argent : car mon intention n'a jamais été de faire traverser votre ville par mon armée. »

— Le cardinal d'Amboise, archevêque de Rouen, avait à Gaillon un superbe château pour l'embellissement et l'étendue duquel il n'avait rien épargné. Il avait pour voisin un gentilhomme qui possédait une terre dont l'acquisition aurait encore augmenté la dépendance du château. Ce gentilhomme la fit offrir à l'archevêque, en laissant entendre qu'il la céderait à un prix raisonnable. Le cardinal mande le propriétaire, l'invite à dîner, et, pendant le repas, il lui demande les raisons qu'il avait de se défaire de sa terre. Il lui répondit qu'une partie des fonds lui servirait à marier avantageusement sa fille, et que du surplus il se ferait un revenu pour le reste de ses jours. Le bon prélat lui conseilla de conserver sa propriété et d'emprunter plutôt à long terme et sans intérêts l'argent dont il avait besoin pour marier sa fille. Le gentilhomme répondit qu'on

trouvait difficilement à emprunter des fonds de la ma-

nière que le cardinal l'entendait. « Eh bien ! reprit celui-ci, c'est moi qui vous prêterai cette somme, et à un terme assez éloigné pour qu'il vous soit possible de me la rendre sans vous gêner et sans vous défaire d'une terre que vous tenez de vos ancêtres. » En même temps, il lui fit com pter la somme nécessaire, et lui fit faire l'obligation de le rembourser dans l'autre monde. Le gentilhomme fut forcé de céder à une offre qui annonçait tant de grandeur d'âme. On demandait un jour au cardinal s'il avait acheté cette terre voisine de son domaine. « L'affaire, répondit-il, s'est terminée heureusement : au lieu d'une terre, j'ai acquis un ami. »

HABIT. Que de gens peuvent dire avecSedaine : Ah ! mon habit, que je vous remercie !

De sa qualité dépendent assez ordinairement la considération et l'estime qu'on a pour un homme. Il n'en est pas moins vrai que, si l'habit de l'honnête homme a par» fois des trous, celui du fripon a toujours des taches,

HABITUDE. Seconde nature: mais il eût été mieux

de s'en tenir à la première, et il est toujours aisé de s'en rapprocher peu à peu.

— Un paysan était allé consulter un oculiste ; il le trouve à table, mangeant bien et buvant de même : <( Que faire pour mes yeux? lui demande le paysan. — Vous abstenir de vin, lui répond l'oculiste. — Mais il me semble, reprend le paysan en s'approchant de lui, ({lie vos yeux ne sont pas plus sains que les miens, et cependant vous buvez. — Oui, vraiment ! C'est que j'aime mieux boire que guérir. »

— Un ancien garçon limonadier, ayant fait fortune, se trouva en état d'acheter une charge de conseiller. Un jour, il s'endormit à l'audience. On plaidait une cause dans laquelle une petite fille avait été battue par un jeune homme ; l'avocat de la petite fille s'écria d'une voix forte : « Que pouvait faire la jeune Hortense contre ce terrible garçon? » Notre juge, entendant ce dernier mot, crut qu'on l'appelait et se mit à crier : « On y va ! » Ce que peut la force de l'habitude !

— Il y a des gens qui ressemblent à des écureuils: ils tournent toujours dans le même cercle. Cela est vrai de pas mal de boutiquiers et d'employés qui s'ennuient tous les dimanches et les jours fériés, et qu'on surprend rôdant, tristes et inquiets, devant la boutique ou le bureau fermés. Cela est encore vrai des joueurs. Le joueur attend avec une impatience indicible l'heure où pour lui la lu tte va cemmencer. 11 y pense le jour, il en rêve la

nuit. Sa vie n'a pas d'autre but. Et ce n'est pas toujours

l'amour du gain qui le rend une sorte de machine à jeu. II en est ainsi non-seulement des gros joueurs, de ceux dont l'enjeu est une fortune qui pourrait faire tant d'heureux, mais encore de ces misérables petits joueurs qui se réunissent à trois ou quatre dans un estaminet borgne, où ils consomment le moins possible , et où ils jouent une partie d'un sou, qui, se renouvelant chaque soir, à la même heure, durera autant qu'eux; que dis -je? en mourant , ils laissent leur partie à continuer à leurs descendants !

— Ceci nous rappelle cet épicier qui, après avoir vendu son fonds, s'est trouvé si malheureux de n'avoir plus à faire tous les jours la même chose qu'il a demandé à son successeur de le prendre à son service comme garçon, ne fût-ce que pour confectionner des sacs et des cornets.

HABLEUR. Bavard dont la manie est d'exagérer et d'enchérir sur tout ce qu'on peut lui dire.

Cet homme qui parle tant ,

Et cherche en vain l'art de plaire ,

Serait bien plus amusant

S'il avait l'art de se taire.

Dans sa satire sur un repas qu'il fut obligé d'accepter, Boileau parle d'un certain hâbleur

. à la gueule affamée ,

Qui vint à ce repas conduit par la fumée ,

Et , se disant profès dans l'ordre des Coteaux , À fait, en bien mangeant, l'éloge des morceaux.

HARANGUE. Petit discours généralement louangeur, aussi difficile à débiter qu'ennuyeux à écouter. Les harangues les plus courtes sont les meilleures.

— Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, appelé à la couronne par le testament d'Edouard III, étant entré dans le royaume avec de bonnes troupes, brûla ses vaisseaux et dit à son armée : « Voilà la patrie. »

— « Enfants, dit Henri IV à Ivry, si les cornettes vous manquent, ralliez-vous à mon panache blanc. » Une autre fois , le même prince harangue ainsi ses troupes : « Je suis votre roi , vous êtes Français , voilà l'ennemi! »

— Un premier président, chargé de haranguer un prince du sang dans son berceau, se contenta de lui dire : «Nous venons, Monseigneur, vous offrir nos vœux , nos enfants vous offriront leurs services. »

— Chargé de haranguer Louis XIV, un amiral lui dit: « Sire , mon grand-père , mon père et moi , sommes tous morts à votre service. — Je n'entends point les harangues des morts », répondit le roi.

— Philippe V, allant, en 1707, prendre possession du royaume d'Espagne , passe à Monthléri. Le curé du lieu se présente à lui à la tête de ses paroissiens, et lui dit : « Sire , les longues harangues sont incommodes et les

harangueurs ennuyeux ; aussi je me contenterai de vous chanter :

Tous les bourgeois de Chartres , et ceux de Montlhéri , Eurent fort grande joie en vous voyant ici. Petit-fils de Louis , que Dieu vous accompagne ; Et qu'un prince si bon ,

Don, don, Cent ans et par delà ,

JLa , la , Règne dedans l'Espagne.

Le roi, enchanté du curé poëte, lui dit : Bis. Celui-ci répéta gaiement son couplet. Le roi le pria d'accepter 10 louis pour ses pauvres; le curé , les ayant reçus, dit en prose : Bis, Sire. Le roi , trouvant le mot plaisant , doubla la somme.

— Un maire d'Amiens, haranguant Louis XIV, ne put jamais dire que Sire. Ce prince, qui n'aimait pas les longues harangues , le remercia , en disant que jamais il n'avait entendu une harangue qui fût plus de son goût.

— Bonaparte , en prenant le commandement de l'Italie , dit à cette armée découragée et dénuée de tout : « Camarades , vous manquez de tout au milieu de ces rochers ; jetez les yeux sur les riches contrées qui sont à vos pieds ; elles nous appartiennent : allons en prendre possession.» Ce qui arriva réellement.

— Dans l'expédition d'Egypte , l'armée française arrivée à la vue des Pyramides , et prête à livrer combat aux ennemis , Bonaparte s'écria : « Soldats , vous allez combattre les dominateurs de l'Egypte; songez que, du haut de ces monuments , quarante siècles vous contemplent. »

— A la bataille de Marengo , l'armée commençait à entrer en déroute ; Bonaparte accourt aux premiers rangs et s'écrie : « Français ! souvenez-vous que mon habitude est de coucher sur le champ de bataille. »

HÉRITIER. Un millionnaire étant mort, tout le monde était édifié de la ferveur avec laquelle un arrière-cousin , qui se trouvait un des héritiers , en assistant au service funèbre , lisait dans un petit volume qu'il tenait à la main , ce qu'on supposait des prières pour le défunt. Cependant, un curieux jette un coup d'œil sur le livre. Quel était ce pieux volume? Le Code civil ouvert au chapitre Des Successions.

HISTOIRE. On représentait à Yarillas, historien connu par ses mensonges , d'avoir altéré la narration d'un fait : « Cela se peut, dit-il, mais qu'importe? le fait n'est-il pas mieux tel que je l'ai raconté ? »

— Yertot, ayant à décrire le siège de Malte, attendait des documents particuliers à ce sujet. Comme ils tardaient trop à arriver, il fit son siège d'après le peu

qu'il en savait et d'après son imagination. Les documents arrivèrent enfin. « J'en suis fâché , dit-il : mon siège est fait. »

HONNEUR. Mot sans pluriel , qu'on ne doit pas confondre avec les honneurs. L'honneur des hommes croît au soleil , celui des femmes fleurit à l'ombre.

— Un maître d'hôtel fera consister son honneur à bien ordonner un service. Vatel se tua parce qu'il ne pouvait soutenir le prétendu affront de laisser manquer, dans une fête, une vingt-cinquième table d'un plat de marée.

— Un gendarme , emporté dans une bataille par un cheval fougueux, heurte Louis XIV, qui , dans un premier mouvement, lève sur lui sa canne. Le gendarme, désespéré de cet affront , présente au roi son pistolet , en lui disant : « Sire, vous venez de m'ôter l'honneur, ôtez-moi la vie. » Cette sensibilité plut au monarque, qui avança ce brave assez rapidement.

— On commande à un officier un ordre honteux. « Je puis bien sauver ma vie , dit-il ; mais mon honneur, qui le sauvera ? »

— Les Français assiégeaient une place. L'officier qui les commandait fit proposer aux grenadiers une somme considérable pour celui qui planterait une fascine dans le fossé exposé a tout le feu des ennemis. Aucun d'eux ne se présenta ; le général , étonné , leur en fit des re-

proches. « Nous nous serions tous offerts , lui dit un de ces braves soldats , si l'on n'avait pas mis cette action à prix d'argent. »

— Un soldat envoyé par Vauban pour examiner un poste, y resta longtemps, malgré le feu des ennemis, et reçut une balle dans le corps. Il retourna rendre compte de ce qu'il avait observé , et le fit avec toute la tranquillité possible , quoique le sang coulât en abondance de sa plaie. Vauban voulut lui donner un louis. «Non, Monseigneur, lui dit le soldat, cela gâterait mon action.»

HUMANITÉ. Passion des âmes sensibles, qui embrasse tout le genre humain.

— Lors de la bataille d'Austerlitz , des soldats français qui n'avaient pas mangé depuis six heures du matin , et il en était cinq du soir, étaient occupés à porter sur leurs épaules des Russes blessés. Un officier leur dit : « Camarades, il est bien temps de manger la soupe, laissez ces gueux-là.» L'un des soldats répond: «A-t-on faim quand il reste quelque bonne action à faire? Ne sont-ce pas des hommes comme nous ? »

— L'invasion de la Hollande était commencée, lorsque la Terreur, de son côté , désorganisait la France. Pour en suivre le système , la Convention avait rendu un décret portant que les Français ne feraient plus de prisonniers anglais, et qu'ils passeraient au fil de l'épée, sur une résistance de vingt-quatre heures après la sommation , les garnisons de Condé , du Quesnoy, de Valen-

tiennes , de Landrecies . Pichegru éluda ce décret fatal en ne le faisant, signifier aux garnisons par le général qui dirigeait le siège sous ses ordres que quand les travaux en furent assez avancés pour empêcher une plus longue résistance. Maisàla capitulation de Bois-le-Duc, où la garnison fut faite prisonnière sur parole et obtint les honneurs de la guerre , le vainqueur trouva dans la place six cents Anglais qui en faisaient partie et qui devaient être sacrifiés. Pichegru se concerta avec le commandant de Bois-le-Duc, qui, d'après sa capitulation honorable , devait emmener un certain nombre de charriots couverts qui passeraient sans être visités ; on y renferma les six cents Anglais, qu'autrement il eût fallu sacrifier pour se conformer au décret.

--De même, les généraux Bonaparte et Bisannet sauvèrent , au siège de Toulon , un grand nombre d'infortunés du massacre des prisons, à l'aide des chariots d'artillerie.

HUMORISTE. Celui qui met son plaisir à se fâcher contre tout le monde. On fit à un humoriste l'épitaphe suivante :

Ci-gît qui toujours se fâcha , En santé comme en maladie ; Qui la soixantaine approcha , Sans avoir souri de sa vie , Et qu'on vit terminer son sort En se fâchant contre la mort.

IDOLES. Après , pour ainsi dire , dix-neuf siècles de christianisme , l'Angleterre prépare tous les printemps , avec une grande activité , les marchandises qu'elle exporte annuellement en Chine. Dans le nombre des objets dont les négociants d'outre - Manche font là-bas une branche de commerce fort étendue , il s'en trouve qui n'auraient guère leur placement en Europe : ce sont des dieux.

I /Angle terre protestante veut exploiter l'Olympe chinois , comme elle a exploité le ciel indien , et débiter, s'il est possible , depuis Canton jusqu'à Péking , toute une mythologie de pacotille. L'industrie de Birmingham est en travail pour ce curieux enfantement. C'est là , comme on sait, que l'Inde s'est toujours fournie d'idoles. Comme les derniers troubles ont jeté un peu de gêne dans les affaires de cette industrie, on espère se dédommager avec le Céleste-Empire, et, sauf à les modifier un peu, écouler sous forme de divinités chinoises les dieux indoux restés pour compte.

Afin que l'on puisse juger de la marchandise, voici un extrait du prix-courant d'un fabricant d'idoles indiennes à Birmingham :

« Yamen, dieu de la mort, en cuivre fin, fabriqué

avec beaucoup de goût. — Chirondi, roi des démons, modèles très variés. Le géant qu'il monte est du plus hardi dessin , et son sabre de modèle moderne. — Varounin (dieu du soleil), plein de vie. Son crocodile est en airain et son fouet en argent. — Couberen (dieu des richesses). Ce dieu est d'un travail admirable ; le fabricant y a mis tout son art et tout son talent. — On trouve des demi-dieux et des dénions inférieurs de toute espèce. On ne fait pas de crédit. Escompte sur payement comptant. )> Le marchand n'oublie qu'une chose , c'est de dire si l'on trouve chez lui des dieux d'occasion. Ces idoles sont presque toutes de grand modèle , et dorées de pied en chef. Un dieu qui n'est pas d'or n'est pas un dieu pour les peuples de l'Asie. Sur les mille onces d'or qui se consomment chaque semaine à Birmingham , il en est deux cents , au moins , qui sont absorbées par cette dorure païenne. Ce n'est pas tout : Indiens et Chinois donnent au temple la même parure qu'à l'idole ; et ce qu'on ne sait guère , c'est que tout l'or que l'Europe leur envoie n'a pas un autre usage. De là vient qu'à certaines époques , les croyants de l'Asie prenant toujours pour l'ornement de leurs dieux ou de leurs temples , et ne rendant jamais, la disette du précieux métal se trouve être si grande sur nos marchés européens. De nos jours, un écrivain l'a dit, l'Asie orientale ne voulant que de l'or pour ses marchandises, l'or que l'Angleterre pompe de l'Europe ou de l'Amérique va peu à peu s'enterrer en Asie. Les piastres américaines , fondues en napoléons ,

en livres sterling, ont pour destinée dernière d'aller dorer les pagodes et les idoles de l'Inde, de la Chine et du Japon.

IGNORANCE. Il y en a de trois sortes : ne rien savoir, savoir mal ce qu'on sait, et savoir autre chose que ce qu'on devrait savoir.

— Un ignorant soutenait , dans une compagnie, que le soleil ne faisait pas le tour du monde. « Mais, lui objectait-on , comment se peut-il qu'étant parvenu à l'occident, où il se couche , on le voie se lever à l'orient, s'il ne passe point par-dessous le globe ? — Vous voilà bien embarrassés , répondit-il : le soleil reprend le même chemin, et, si l'on ne s'en aperçoit pas, c'est qu'il revient de nuit. »

— Un officier de santé, ayant à écrire une potion calmante, écrivit eau (Tanon pour laudanum.

— M. Saint-Marc-Girardin ayant annoncé, à son cours , qu'il parlerait , dans une séance prochaine , de Plaute et de l'épopée, une dame fut trouver une de ses amies, au jour fixé, et lui dit : « Hâtez-vous, la séance sera très intéressante: M. Saint-Marc-Girardin a promis de parler de pelotes et de poupées. »

IMPORTUN. Homme pour qui l'ennui des autres est un moyen de succès.

— « Mettez-moi donc à même de vous obliger, disait

un grand seigneur à un homme de mérite. — Monseigneur, j'ai déjà pris la liberté de solliciter Votre Altesse sans avoir le bonheur d'obtenir. — C'est que vous ne m'avez pas importuné. »

IMPOT. Quand il fait une grande bourrasque, le roi du Congo sort, met son bonnet sur le coin de son oreille, et, si le bonnet est emporté par le vent, il lève une taxe sur les habitants de l'endroit d'où vient le vent.

IMPUDENCE. Genre d'insolence qui souvent tient lieu de talent, et même de courage, et que quelques personnes prennent pour une grâce.

— Un capitaine de vaisseau , qui avait besoin de ia protection d'un premier commis de la marine, lui envoya une balle de café. « Allez dire à votre maître , fit le commis au valet qui la lui apportait, que je ne prends pas mon café sans sucre. » Le capitaine s'empressa de lui en envoyer une provision.

— On lit dans l'Histoire du duc de Marlborough, par James Hill : « Quelqu'un qui venait d'acheter la protection du duc terminait le marché en lui disant : — Votre Grâce peut être assurée que je n'en parlerai à personne. — Mon ami, reprit le duc en le retenant, donne-moi le double , et dis- le à tout le monde. »

INDISCRÉTION. Défaut qui devient un vice par les

dangers qu'il produit. L'indiscret, — cadran d'une horloge qui marque en dehors tout ce qu'elle marque en dedans, — lettre décachetée que tout le monde peut lire, — cause souvent la ruine des familles. Un exemple entre mille :

— Wilkins , seigneur anglais , exilé sous peine de mort s'il rentrait à Londres , rencontre le duc de Cercey, auquel il avoue qu'il y est rentré incognito pour chercher son fils; il demande le secret, le duc le promet ; mais, un instant après , il rencontre un de ses amis auquel il raconte confidentiellement la chose ; deux heures après , Wilkins fut arrêté avec son fils et son hôte. Ces deux derniers furent envoyés en exil; quant à Wilkins, il eut la tête tranchée. Le duc de Cercey sentit vivement sa faute, mais elle était irréparable.

INGRATITUDE. Vice de l'âme que la reconnaissance embarrasse.

On ne se souvient que du mal , L'ingratitude règne au monde; L'injure est gravée en métal , Et le bienfait s'écrit sur Tonde.

— Lors de la disgrâce du duc de Choiseul , Voltaire , qui n'avait cessé de l'amuser par les plus basses adulations pendant son ministère , ne fut pas plus tôt in struit de sa chute, qu'il donna les éloges les plus ou-

très aux opérations du chancelier Maupeou , ennemi déclaré du duc. Celui-ci s'en vengea en couvrant Voltaire d'un ridicule qui annonçait publiquement son ingratitude : il fit placer sur son château de Chanteloup une girouette bien mobile, représentant la tête du philosophe.

INSCRIPTION. Un financier, qui avait une fortune énorme et suspecte , demanda un jour à Boileau une inscription pour mettre sur le péristyle d'un très beau château qu'il faisait bâtir à grands frais dans une de ses terres. Le poëte s'excusa d'abord sur la difficulté de trouver un trait heureux et précis. Le financier insiste. « Eh bien , Monsieur, mettez sur la porte de votre château Haceldama. » Le publicain , qui connaissait peu l'histoire sainte et ignorait que ce mot signifiait le Champ du sang, reçut avec beaucoup de reconnaissance cette inscription, qu'il crut être très flatteuse.

— Lors des démolitions et des fouilles faites àBelleville et aux environs des carrières près de Paris, par ordre de la police , on déterra une pierre chargée de caractères romains, qui, n'offrant aucun sens intelligible, parurent autant d'hiéroglyphes. On crut cette pierre digne de l'examen de l'Académie des inscriptions et belleslettres, et elle lui fut apportée à grands frais. Les commissaires nommés pour l'expliquer ne parvinrent même que difficilement à lire. Voici les lettres qui en cou-

vraient une des faces, et de quelle manière elles étaient arrangées :

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