MÉDICALES
ABCES. Leur ouverture est devenue un point accessoire pour leur guérison. Outre le nuage phéniqué, indispensable dans certains cas, il s'ajoute de nouveaux procédés pour les vider par aspiration ou autrement. Le raclage des parois et même l'évidement, lorsqu'ils siègent dans les os, sont mis à l'ordre du jour pour en obtenir une guérison sûre et plus rapide. Mais la douleur résultant de ces procédés entraîne une autre complication : l'anesthésie. Et c'est ainsi que des opérés ont succombé à la chloroformisation pour l'ouverture d'un simple abcès.
Abcès ossifluents d'origine vertébrale. Après s'être enhardis à les ouvrir dans la partie inférieure, les jeunes chirurgiens en sont arrivés à remonter jusqu'au foyer osseux pour le tarir. Une contre-ouverture est largement pratiquée et à l'aide du grattage de l'os avec la curette tranchante on détruit ce foyer d'origine tuberculeuse et toutes les parties nécrosées. Et en traitant ensuite les trajets sinueux de l'écoulement par des injections pheniquees, un pansement local avec l'iodoforme, on parvient heureusement à les tarir. Pour guérir un abcès
GARMER. XVIII, i
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par congestion, dit M. E. Bœckel, il ne suilit pas de l'inciser dans sa partie la plus déclive, racler la poche et y pratiquer des lavages ; mais il est nécessaire, pour obtenir un résultat durable, de pratiquer aussi haut que possible des contre-ouvertures. Si même on peut arriver par Tune de ces incisions sur un corps vertébral carié, il ne faut pas craindre de l'attaquer avec la cuillère tranchante pour préparer l'action curative de riodoforme, cet agent si précieux dans le traitement des fongosités osseuses.
Le docteur P. Reclus relate ainsi de nouveaux succès de ce genre, obtenus chez des enfants à l'hôpital Trousseau. Que le foyer tuberculeux siège en arrière de la vertèbre, sur l'apophyse épineuse, latéralement et même en avant ou dans l'épaisseur de son corps, il n'hésite pas à la contourner aussi loin que possible, et des guérisons authentiques en sont résultées entre les mains de plusieurs chirurgiens. Que la fluctuation existe en arrière ou en avant, dans le dos, à l'aine ou dans le ventre même, il ne faut pas hésiter à l'ouvrir. Et après en avoir détruit, gratté la poche jusque dans ses moindres recoins, établir un drainage antiseptique avec le foyer original, et la suppuration ne tarde pas à se tarir. Tout le succès est dans l'emploi des ressources de la méthode antiseptique, une attention et des soins jusqu'à la cicatrisation parfaite de la plaie. (Gaz. hebdom., n° 31.)
Evidement. Ayant à donner ses soins en octobre 1881 à une malade pour un abcès considérable développé audessous de l'angle inférieur de l'omoplate, M. E. Bœckel incisa et racla la poche sans grand bénéfice pour l'opérée, dont le dépérissement, produit par une suppuration interminable, s'accentuait chaque jour davantage. Il pratiqua alors une contre-ouverture à la partie supérieure, qui mit à nu la troisième côte dénudée et rugueuse. Il en réséqua 4 centimètres, et le doigt, introduit par cette brèche, pénétrant dans le médiastin postérieur, reconnut une surface corrodée de la deuxième ou troisième vertèbre dorsale. Cette cavité fut évidée avec la cuillère tranchante et débarrassée des bourgeons charnus et des débris osseux dont elle était remplie. Des lavages et Vin-
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sufflation de poudre d'iodoforme avec pansement antiseptique amenèrent ensuite la guérison de ce cas en apparence incurable. (Idem.)
Raclage des parois. A la suite d'une très vive douleur de la septième côte gauche, remontant à un an chez une femme de quarante-un ans, survint une tumeur grosse comme une mandarine, avec bourrelet induré, inégal à la périphérie et fluctuation au centre.
Diagnostiquant un abcès froid consécutif à une nécrose de la côte correspondante, M. Monod pratique sur la tumeur une incision transversale de 5 à 6 centimètres. Après Fécoulement de 50 à 60 grammes de pus, il racle la surface interne de l'abcès. Le doigt, promené à l'intérieur pour s'assurer qu'elle est bien unie, sent un petit séquestre mobile enchâssé dans le tissu osseux. Il est extrait, et deux points de suture, un drain et le pansement de Lister amènent une parfaite guérison, sans fièvre, dès le septième jour. (Courrier mèd., n° 12.)
Abcès rétro-laryngés aigus primitifs. Leur siège est limité, suivant le docteur Goix, au tissu conjonctif placé sous les gouttières latérales du larynx. Ils se confondent ainsi avec les abcès rétro-pharyngés et doivent en être distingués, à cause de leur gravité encore plus grande. Ils sont heureusement fort rares, car l'auteur n'a pu en collecter que huit observations dans la littérature médicale, et dans tous les cas, sauf un, la mort en a été rapidement la conséquence, par asphyxie croissante ou dans un accès de suffocation.
Ils se manifestent par l'apparition presque simultanée de la fièvre, avec douleur laryngée, faiblesse et raucité de la voix, toux, laryngosténose et dysphagie. En saisissant le cartilage thyroïde et en lui imprimant des mouvements de latéralité, le frottement de ses bords postérieurs contre la colonne vertébrale est perçu à l'état normal. Or, dans l'abcès rétro-pharyngien, ce frottement thyro- vertébral disparaît, tandis qu'il persiste dans 1 abcès retro-laryngé. C'en est donc là le caractère distinctif.
L'administration du tartre stibié à haute dose, jointe
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à l'application de larges et nombreux vésicatoires, forme le traitement préventif; mais, dès que le pus est formé, et il a lieu très rapidement, il faut ouvrir le foyer, et à cet effet la trachéotomie s'impose parfois d'urgence. (Archiv. de mèd., octobre.)
Abcès ganglionnaire profond du cou. Ponction pharyngienne. Les dangers inhérents à l'ouverture de ces abcès par les hémorrhagies terribles qui peuvent en être la conséquence, comme Hermann et Chassaignac en ont observé des exemples, donnent au procédé employé par M. Trélat dans la clinique de l'hôpital Necker un certain intérêt pour les éviter. C'était chez un homme de quarante-six ans offrant une tumeur assez considérable, allongée sur le côté gauche du cou, siège de battements vigoureux au milieu, absents en avant et en arrière, ce qui excluait un anévrisme, et sans changement de couleur de la peau. La gêne de la déglutition commandait d'intervenir. Il s'agissait évidemment d'une collection formée en dedans des carotides et de leur tronc commun, repoussé en dehors. La tumeur, proéminente dans le pharynx, était très nettement fluctuante en introduisant les deux index dans l'arrière-bouche et pouvait être rendue plus nette en appuyant dessus au dehors.
Une incision verticale de trois centimètres par le pharynx donna issue à un flot de pus ; mais, en descendant jusqu'au quart inférieur du cou, la tumeur ne pouvait se vider complètement. Un drain y fut passé sans danger dans cette région périlleuse, à l'aide du trocart courbe. Muni de sa pointe mousse, il fut d'abord introduit dans l'abcès, et, en l'amenant à soulever la peau au point le plus déclive, la pointe aiguë remplaça la pointe mousse, et l'ouverture permit ainsi de passer un drain qui ressortait par la bouche. Tous les dangers dune incision externe furent ainsi conjures.
M Lannelongue ouvre ces abcès de même par le pharynx sans aucun accident. La dépression de leur centre au toucher suffit à indiquer le point de 1 incision, sans que jamais les aliments ni les liquides s introduisent dans leur cavité, car les deux lèvres s acco ent toujours étroitement. Une distinction doit pourtant ctre
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faite entre les trois sortes d'abcès du cou proéminant vers le pharynx, qui réclament spécialement cette ouverture pharyngienne : ce sont les abcès des ganglions pharyngiens, signalés par MM. Sappey et Gillette, et ceux qui débutent dans l'amygdale en repoussant également la carotide en dehors. Les autres, siégeant dans les ganglions extra-carotidiens, repoussent au contraire le paquet vasculo-nerveux en dedans. De là le danger de leur ponction par le pharynx. Ils doivent être ouverts au dehors, en s'assurant de la position de la carotide. (Soc. de chirurgie, mars.)
Abcès du poumon. Incision et drainage. Après le professeur Mosler, de Greisswald, qui a inauguré cette opération hardie, et malgré les insuccès constants qu'elle adonné, dans trois autres cas où il a été imité, les docteurs Feuger et Hollister l'ont renouvelée avec succès chez un homme de 34 ans, ayant un abcès fétide dans le lobe moyen du poumon droit, consécutif à un vaste kyste hydatique. Une bronchite purulente, avec fièvre et émaciation, en était la conséquence.
Après une ponction aspiratrice, une incision, faite dans le troisième espace intercostal, en avant, à 5 centimètres en dehors du sternum, permit d'explorer la cavité avec le doigt et de pratiquer une contre-ouverture dans le cinquième espace intercostal, au niveau de la ligne axillaire antérieure. La poche du kyste étant enlevée par la première ouverture, un gros tube en caoutchouc fut passé à travers la cavité par les deux ouvertures de la paroi thoracique. On fit un lavage avec une solution d'acide phénique, et un pansement antiseptique couvrit ces ouvertures.
Pendant six semaines, le malade alla très bien. A la septième semaine, on voulut enlever le tube, et il s'ensuivit une poussée intense de bronchite purulente dans tout le poumon droit et dans la partie inférieure du gauche. Enfin le malade, au bout de quelque temps, guérit complètement.
Quand une excavation pulmonaire causée par la gangrène ou un abcès a une marche envahissante, que l'évacuation spontanée par les bronches ne suffit pas et
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que la guérison ne peut être obtenue par les moyens naturels, les auteurs pensent qu'on peut recourir avec grand avantage au traitement qui vient d'être décrit. (American journ. of med. sciences, octobre 1881.)
Abcès pleural. Voy. PLEURÉSIE SUPPURÉE.
Abcès du sein après l'accouchement. Des complications alarmantes suivent assez souvent leur ouverture et leur drainage, d'après M. Després. Quatre de ses opérées à l'hôpital de la Charité ont ainsi présenté, durant plusieurs jours, une température de 40 à 41° avec des oscillations considérables, comme on en observe dans l'infection purulente. Des frissons et une légère teinte subictérique complétaient même l'analogie. On pourrait donc s'effrayer en se croyant menacé de cette grave complication. Mais il n'y a pas d'inquiétude à concevoir de ces symptômes en pareil cas, lorsque ces abcès se développent dans les deux mois consécutifs à l'accouchement. Il a observe un nombre suffisant de faits semblables pour montrer qu'il n'y a rien d'inquiétant ni de dangereux dans cet appareil symptomatique. {Revue de med., décembre 1881.)
Abcès du foie. L'ouverture large et anticipée tend à s'acclimater en France, d'après les rapports des médecins de la marine ayant constaté les succès de cette méthode dans les pays chauds. M. Rochard, inspecteur général, en rapporte deux nouveaux exemples : le premier sur un matelot traité à Cherbourg et guéri un mois après l'opération, le second chez une fille de vingt ans, habitant une ville du Midi. L'hépatite était arrivée au dernier degré : le volume de l'organe était énorme, l'émaciation extrême, le dénouement fatal prochain. Lue ponction fut faite ; un soulagement momentané suivit. Mais bientôt survint une rechute, et la jeune malade se trouva de nouveau à toute extrémité. M. Bernard, son médecin, se souvenant des observations publiées l'année dernière, suivit la méthode indiquée plus bas.
Tout se passa bien au cours de l'opération. Un mois après, la jeune fille était debout et convalescente ; sa parfaite guérison est aujourd'hui confirmée.
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Voici la technique de cette méthode :
1° S'assurer, par tous les moyens nécessaires, de l'existence, de la situation, du volume de l'abcès ;
2° Plonger dans la collection purulente l'aiguille tabulée d'un aspirateur ;
3° Placer dans la cannelure de la sonde ainsi introduite la lame d'un bistouri et faire descendre la pointe de la lame au centre de l'abcès ;
4° Pratiquer avec le bistouri clans l'espace intercostal une ouverture de 5 à 6 centimètres;
5° Laver à grande eau avec de l'eau phéniquée au centième la cavité une fois viciée ;
8° Faire un pansement de Lister.
Encouragé par cette communication, M. Véron (de Philippeville) suivit une méthode analogue, dans un ancien abcès du foie, en pratiquant avec le thermo-cautère une incision de 6 centimètres, qui donna issue à 2 litres de plus. Le soulagement fut immédiat ; mais, trois jours après, l'opéré fut pris de symptômes de péritonite suraiguë, et succombait quarante-huit heures après.
L'auptopsie constata que cet accident était dû à l'absence d'adhérence entre l'abcès et la paroi abdominale. Ce fut la raison de la méthode de Récamier, et bien d'autres cas ont été signalés qui auraient eu une issue semblable, si ces adhérences n'eussent pas été provoquées artificiellement. Ce fait montre clone qu'il en est de ce procédé comme de tous les autres ; s'il a des avantages, il a aussi des inconvénients. Cette possibilité des épanchements intrapéritonéaux en est une contreindication évidente. (Acad. de mèd.)
Abcès chroniques du périnée. Infiniment plus rares que les abcès aigus, ces tumeurs se développent lentement sous forme globuleuse à la suite d'une blennorrhagie. La glande de Cowper est presque toujours le point de départ de l'inflammation. Certains individus y sont tellement prédisposés que chaque blennorrhagie est suivie de ces abcès, comme M. Le Dentu l'a constaté. Leur ouverture en pareil cas n'est pas pressante, car ils guérissent parfois spontanément, quand ils sont peu volumineux.