IODOFORME
IODOFORME. Comme tous les médicaments à la mode, celui-ci est essayé dans tous les maux, contre toutes les maladies internes et externes. Né et employé en France dès 1855, il ne reçut que peu d'applications. Son radical, l'iode, et ses composés étaient trop en honneur pour cela. Gubler se borna à en conseiller l'usage dans une solution saturée à parties égales d'éther et de chloroforme, en en recommandant l'application locale sur les engorgements ganglionnaires, les collections séreuses, les arthrites, de même que pour la teinture d'iocle. La septicémie n'était pas alors suffisamment à l'ordre du jour pour en faire l'antidote. Mais son action sédative et cicatrisante sur les plaies fut établie dès 1868, par M. Féréol, affirmant, d'après ses observations, que l'iodoforme, appliqué à la surface des plaies, jouit souvent d'une efficacité réelle pour en amener la cicatrisation. Loin d'être douloureux, il en calme la cuisson. La découverte de ses propriétés anesthésiques dans les pansements n'est donc pas nouvelle, comme l'historique très complet du docteur Rohmer le prouve. (Voy. Pansements.)
Depuis trois à quatre ans que l'Allemagne s'est emparée de cet agent, ses effets se sont multipliés à l'infini. En chirurgie surtout, il a acquis des propriétés merveilleuses pour tarir la suppuration et cicatriser les plaies. Mosetig, Billroth notamment se le sont approprié et en ont fait leur pansement spécial, à l'exemple de Lister pour l'acide phénique. La gaze, la ouate iodoformisées ont été mises à Tordre du jour, et ce médicament est ainsi revenu en France avec une auréole allemande, pour en surfaire les propriétés, mais aussi pour en montrer les dangers, apparus par l'abus même qui en avait été fait.
C'est cette histoire peu scientifique du pansement à l'iodoforme et de ses dangers que M. Le Dentu a fait connaître en France, avec une prolixité de détails et de noms montrant bien, comme spécimen, Fimportance exagérée que la jeune école chirurgicale française attache à toutes les excentricités d'outre-Rhin. De quelle utilité raconter que des doses de 40 à 100 et même 200 grammes de poudre ont été répandues sur de larges
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surfaces cruentées, comme antiseptiques, et que des empoisonnements en sont résultés? Sur 32 cas, 11 morts ! C'est du tragi-comique, dont l'instruction est de faire pitié pour une telle pratique. Cet abus montre le peu de respect usité en Allemagne pour la vie humaine, et il est d'un mauvais exemple. Tant de bruit fait sur l'enthousiasme provoqué par l'emploi exagéré et abusif de cet agent, retour d'Allemagne, prouve que la jeune école française a plus l'œil et l'oreille à ce qui se dit et se fait de creux et de faux là qu'ici, tandis que c est le contraire de l'autre côté du Rhin, où pas la moindre mention n'a été faite des recherches françaises a ce suiet Tout l'enseignement à tirer de cet empoisonnement expérimental par l'iodoforme, jusque-là inconnu, sont les symptômes observés sur les victimes :
Malaise général, céphalalgie, inappétence; le malade est triste, mélancolique, facile aux larmes sans ressort moral. Pouls petit, mou, dépressible, de 150 a 180, incomptable même, sans élévation sensible de la temperature Saveur persistante du médicament dans la bouche Troubles digestifs, accidents cérébraux sous la forme méningitique chez les enfants, avec coma con- Sure, inégalité des pupilles. Chez les adultes depres sion extrême ou agitation, délire lypemaniaque, avec tendance au suicide, annonçant une mort imminente.
Autopsies négatives, sauf des dégénérescences viscérales reins gras, linsi que le pancréas, le foie et le cœur, de même que sur les animaux intoxiques. Une pigmentation des globules sanguins a aussi ete notée.
Cette histoire psychologique n'a donc rien a faire avec a clinique. C'est à une pratique plus humaine et slnsée qïS faut revenir pour apprécier sainement les mtotions et les effets de ce médicament. Pour son imitai e chirurgie, M. Reclus remplace ainsi la gaze fodo forcée des Allemands par la ouate saupoudrée letèreTent d'iodoforme cristallisé, dont il recouvre les Ku bourre les cavités, les trajets fistuleux. Le hématocèles incisées, certains évidements osseux, des
ment modifiés, comme dans tous les cas exigea
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pansements antiseptiques rares. Il est ainsi préférable à l'acide phénique et ses succédanés. Un fragment d'éponge fine saupoudrée d'iodoforme et enrobée de tarlatane remplit parfaitement le rôle de mèche dans les plaies anfractueuses. (Gaz. hebdomad., n° 24.) Voy. Pansements.
Les chancres mous ou indurés sont surtout rapidement améliorés par ce moyen. Après en avoir détergé la surface avec du coton ou du papier buvard, le docteur W. Whitehead applique une solution éthérée d'iodoforme, une partie pour deux d'éther. L'évaporation de celui-ci laisse un dépôt pulvérulent d'iodoforme. Une deuxième application est faite alors et recouverte d'une couche de collodion. Un chancre du méat traité ainsi a rapidement guéri. (Bristish med. journ., mars.)
Contre la vulvite aphteuse des petites filles, une couche de ouate saupoudrée et interposée entre les grandes lèvres amène une détersion rapide des surfaces ulcérées. L'ophthalmie purulente en est de même rapidement modifiée. (Voy. ce mot,)
Ses bons effets sur la suppuration l'ont fait employer à l'intérieur dans les affections chroniques des bronches pour diminuer l'expectoration et la désinfecter. A l'exemple du professeur Semmola, M. Chiaramelli l'emploie depuis quatre années, à l'hôpital des Incurables de Naples, avec de grands succès, dans la bronchite chronique. Il modifie l'expectoration et la diminue, comme dans la phthisie, dont il fait tomber la fièvre, en empêchant la putréfaction des matières albuminoïdes (Voy. Phthisie.) C'est un médicament à ne pas négliger, en l'employant avec prudence et modération.
Une grande réserve doit être mise dans son emploi externe, a cause de sa solubilité dans le sérum du sang et 1 absorption de l'iode, mis ainsi en liberté. 5 a 25 grammes introduits expérimentalement clans le péritoine de chiens et de lapins, par le docteur Falkson. ont détermine 1 élimination journalière de 2 à 25 centigrammes d'iode par les urines, avec dégénérescence graisseuse des reins, du foie, du cœur, et l'amaigrissement.
Chez l'homme, l'iodoforme est absorbé rapidement, et