‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicales [electronic resource] (volume 3)Chapitre 1 sur 157 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'année 1866 a-t-elle donné une abondante moisson de science et d'applications pratiques? C'est ce que ce présent volume du Dictionnaire a la mission d'indiquer à ses lecteurs. Je viens d'en parcourir les feuilles, et j'ose assurer que M. Garnier a coUigé et résumé avec autant d'exactitude que d'intelligence tout ce qui a été publié, dans le monde médical, qui soit digne d'être retenu. J'éprouve et je voudrais faire partager un sentiment de gratitude pour le confrère laborieux et modeste qui, glanant ainsi dans le vaste champ de la science et de l'art, nous apporte tous les ans une gerbe composée avec goût et discernement, avec un sens parfait des besoins divers et des intérêts multiples du corps médical. Les encouragements de plus en plus accentués que cette œuvre reçoit du public sont parfaitement mérités; aussi l'auteur, loin de s'endormir sur le succès, fait tous ses efforts pour le mériter de plus en plus en perfectionnant d'année en année cette publication intéressante. Le lecteur apercevra facilement les améliorations contenues dans ce volume : analyses pins concentrées, ce qui, en doimant plus d'espace, permet de multiplier les sujets, appréciations plus fréquentes, critique moins i-are , réflexions toujours judicieuses mais un peu moins timides, bibliographie plus étendue, excursions moins réservées dans le domaine purement professionnel, indications plus riches de tous les faits de la jurisprudence médicale,

Il INTRODUCTION.

voilà quelques-uns des perfeclionueinents que je dois signaler dans ce volume et qui le rendent plus digne encore que ses aînés de la faveur publique. En s'augmentaiit, cette collection devient de plus en plus précieuse; c'est bien, comme son titre l'indique^ l'histoire annuelle des progrès des sciences et des institutions médicales.

Si cette moisson annuelle, sous les rapports scientifique et pratique, laisse quelque chose à désirer pour l'abondance, l'intérêt et la nouveauté, — ce qui, au demeurant, n'est pas la faute du moissonneur, • — il n'en est pas de même des questions qui touchent à nos institutions médicales, à l'enseignement, à la profession et aux intérêts divers que ces questions soulèvent. Sous ce point de vue, l'année 1866 a été très-agitée, remplie d'éinotions, et elle a vu surgir des événements et des changements qui ont vivement occupé et qui préoccupent encore l'attention publique. Tout cela est indiqué dans le Dictionnaire, mais nécessairement avec concision et dans la mesure que comporte un ouvrage de ce genre. Il appartient peut-être à cette introduction de reprendre ces sujets et de leur donner un peu plus de développement que M. Garnier n'a pu le faire. Il me semble d'ailleurs que (juelques réflexions sur des actes de cette importance pourront offrir plus d'intérêt qu'une longue et aride énumération des principaux articles contenus dans ce dictionnaire. Enfin, et s'il était besoin d'une justification, je pourrais dire que la plupart des questions agitées dans le courant de l'année 1866 ont été soulevées par l'auteur même de cette iiitroducdon, dans le journal qu'il dirige et qu'en y revenant ici, il ne fait que compléter l'histoire médicale de l'année qui vient de s'écouler.

C'est une de mes plus anciennes et de mes plus fermes convictions que dans la grande question de l'organisation médicale tout se tient, tout s'enchaîne, et qu'il est iaipossible

INTHODLCTION. lil

d'en isoler un des éléments sans tonibur dans rincohcrencc et l'illogisme. L'organisation médicale peut être comparée à l'organisme humain où toutes les parties concourent à un fonctionnement harmonique, oii tous les éléments convergent vers un consensus général, d'où la plus petite fibrille ébranlée produit un retentissement sympathique ou réflexe sur l'économie tout entière. Les événements récents ont [mis cette vérité hors de toute contestation. Une simple question d'enseignement, nous disons trop, une simple question de professeurs a éveillé tous les problèmes de cet ensemble de questions que l'on peut désigner sous le nom A' Economie médi~ cale. A propos du remplacement de quelques vieux maîtres dans leurs chaires professorales, on a vu s'agiter les questions les plus graves de l'enseignement et de l'exercice de la médecine, les principes mêmes de la science ont été soulevés, il s'est agi de philosophie et de méthode, de l'autonomie de la médecine et de sa suzeraineté, du système protecteur de la profession médicale et de la liberté absolue. Malheureusement toutes ces alTérenccs n'ont été ni senties, ni surtout suffisamment étudiées, de sorte que, lorsque surgit ou une question d'enseignement ou une question d'exercice, les solutions presque toujoiu's partielles manquent d'ensemble et d'harmonie.

On l'a vu récemment par les discussions qui viennent d'agiter les esprits. La scène s'est ouverte par un exposé, critique sans doute, mais surtout affligé de l'état de l'enseignement dans la Faculté de médecine de Paris. Il serait peu généreux d'insister sur ce tableau, la ressemblance en a été si peu contestée que, quelques jours après, un arrêté de M. le ministre de l'Instruction publique acceptait — euphémisme administratif d'une grâce parfaite — la démission de cin(i professeurs de notre Faculté et les admettait à faire valoir leurs droits à la retraite.

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