‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicales [electronic resource] (volume 3)Chapitre 2 sur 157 · V INTUODDCTION · texte numérisé non relu

V INTUODDCTION

En pri^sence de ces cinq vacances — qui par la mort prématurée et regrettable de M. ie professeur Natalis Guillot se sont élevées à six — dans le premier corps enseignant de J'Empire, l'attention s'est très-naiurellemenl portée vers le mode suivi pour la nomination des professeurs. Le mode actuel, la présentation par les Facultés et par le Conseil académique, semble avoir beaucoup perdu même dans l'esprit de ceux qui s'étaient montrés les plus vifs et les plus persévérants adversaires du concours. Il faut dire d'ailleurs que l'opposition à ce dernier mode de recrutement des professeurs s'est toujours fondée moins sur le principe de l'institution, que sur son fonctionnement, son mécanisme et ses applications. Un système d'organisation des concours qui dégagerait l'institution des épreuves inutiles et puériles dont on l'avait entourée, en ne donnant place qu'à des preuves sérieuses et véritablement significatives, un tel système aurait aujourd'hui les plus grandes chances de rallier l'opinion encore indécise et de sauver un principe dont personne ne conteste la vérité.

Un système de ce genre a été proposé — ou plutôt rappelé dans le journal que je dirige, car il y a seize ans qu'il avait été produit, et la réflesion, le temps et l'expérience de lapréseiilation directe, n'ont fait que corroborer mes convictions sur ce sujet.

Je ne peux m'empêcher d'exprimer le regret que, dans les circonstances très-exceptionnelles que nous venons de traverser et qui ne se présenteront peul-êlre plus jamais, la presse médicale tout entière n'ait pas uni ses efforts à mes faibles efforts pour obtenir le rétablissement du concours, sous telle forme dont ou aurait voulu en faire au moins l'expérience. Les conditions — nous le savons — étaient favorables et peut-être que si , au lieu de rester hésitante ou muette, la presse médicale se fût montrée unanime dans ses

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aspinUions vers la reslauraiion du concours, die aurait hâté lo moment de cette grande conquête qui me paraît d'ailleurs inévitable.

Mais d'autres questions d'un intérêt encore plus élevé oni surgi des événements accomplis, ou qui vont s'accomplir, dans le sein de notre Faculté parisienne. Les noms qui sont sortis vainqueurs de l'urne du scrutin ont témoigné, dans la majorité des professeurs, de tendances et d'une direction d'idées qui ont suscité des observations et des réflexions de nature diverse. Tout ce qui a été publié sur ce point n'a pas toujours été apprécié avec justesse et justice, et h ceux qui ont eu la franchise de leur opinion sur les choix de la Faculté, on a |)rêté des intentions bien éloignées de leurs pensées.

Cependant, en présence de l'extension considérable que prennent de jour en jour dans la science biologique les applications de la physique et de la chimie, il est très-légitime de se demander, à propos d'une question d'enseignement, ce que doit être l'enseignement de la médecine dans une faculté de médecine, si nos écoles sont des écoles scientifiques ou des écoles professionnelles, si elles peuvent être à la fois les unes et les autres, enfin, si nos écoles sont instituées pour faire des savants ou pour faire dos praticiens. Ces questions fort opportunes ont été néanmoins trouvées indiscrètes, elles ont irrité certaines personnes qui les ont considérées comme attentatoires au progrès et comme inspirées par un esprit rétrograde ou attardé.

Pour ne pas s'égarer dans de vaines et de stéi iles discussions, il convient de prendre nos institutions médicales telles qu'elles existent et sans grand espoir d'y voir apporter les améliorations que l'on peut rêver ou désirer. Or, notre organisation part de ce principe, que l'exercice de la médecine est une profession reconnue, protégée par la loi qui en a fait un monopole dont seuls peuvent jouir ceux qui, par nu temps

VI inthoduction.

(le scolarité délcniiiiié cl par des épreuves subies dans nos écoles, ont conquis les grades que le gouvernement leur donne. Ce monopole n'est pas une faveur accordée aux médecins, c'est une garantie que la société a voulu se donner à elle-même et la protection dont elle a entouré l'exercice de la médecine, c'est pour elle et à son bénéfice.

Il s'ensuit que la profession médicale est au premier chef une profession sociale, profession dont le but, la nature et la niissiou sont la surveillance de la santé des hommes, la connaissance des moyens de porter remède aux atteintes qu'elle peut subir, et la conservation des individus et de la race par l'hygiène privée et publique.

La science qu'il faut posséder pour réaliser ce beau progranune est immense, infinie ; elle présente les afférences les plus étroites avec toutes les sciences physiques et naturelles et leur emprunte des méthodes d'étude et des moyens d'application qui la rendent de plus en plus utile et féconde.

Et cependant, au milieu de toutes ces afférences de la médecine avec les sciences, il y a une science médicale proprement dite qui n'est ni la physique, ni la chimie, qui est elle-même, qui a eu ses évolutions , qui a sa tradition et son histoire, qui est basée sur des principes dont on trouve le retentissement dans tous les âges, qui depuis Hippocrate jusqu'à nos jours n'a cessé de s'enrichir de son propre fonds, qui est l'observation, l'expérience et l'analyse ; une science de l'organisme malade, une science des maladies, la clinique, en un mot, dont les éléments principaux sont la (liagnose, la prognose et la thérapeutique ; une science qui apprend la marche, la durée et la terminaison des maladies; une science qui enseigne les indications et les contre-indications de l'emploi des moyens dont l'art dispose ; et toutes ces choses, si elles reçoivent quelques secours, quelques lumières de la physique et de la chimie, l'élève ne les apprendra ja-

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