INTRODUCTION. VII
mais dans les laboratoires de chimie on de physique, niais seulement auprès des malades et guidé par dos maîtres cxpé rimenlés.
Quelqu'un, aujourd'hui, oserait-il proposer, je ne dis pas de siipprimer, mais d'amoindrir ou de restreindre l'enseignement clinique ?
Eh bien! toute la question se réduit à ces termes : l'enseignement clinique étant la base de l'enseignement médical, dans quelle mesure l'enseignement des sciences physico-chimiques doit-il être dispensé dans nos écoles médicales?
Et qu'on ne s'y trompe pas! et que l'on aperçoive b ien par cet exemple que tout s'enchaîne dans l'organisation médicale, comme nous nous efforçons de le prouver depuis le mémorable congrès médical de \8k5 ; — ce n'est pas là seulement une question d'enseignement, c'est au premier chef, une question de profession, car selon la solution qui sera adoptée, on arrêtera ou l'on précipitera la décroissance signalée de toutes parts dans le recrutement médical.
Tl est bien certain, — et ici je demande pardon d'avoir recours à un argument direct et personnel que je n'aime guère, en général, mais je ne vois pas que celui-ci présente rien de blessant pour qui que ce soit, — il est bien certain, dis-je, que si nne école voulait exiger des élèves qu'ils soient histologistes comme M. Robin, physiologistes comme i\f. Claude Bernard, chimistes comme M. AYurtz, physiciens comme M. Gavarret, botanistes comme M. Bâillon, pharmacologislos comme M. Reguault, tous savants éminents et de premier ordre, mais qui sont trop sensés et trop modestes pour ne pas décliner leur compétence en matière de médecine pratique et de clinique; si, ajouterai-je, les professeurs de jiathologie et de cUnique ayant de leur côté des exigences plus légitimes encore, veulent très-rationnellement que les élèves ronnaisscnl la médecine comme MM. Rouillaudei Trousseau,
vin INTROnUCTION.
la chirurgie comme MM. Velpeau et Nélaton; si enfin, ces malheureux élèves ont à compter — et c'est encore bien légitime — avec les professeurs d'anatomie descriptive et chi* rurgicale, d'anatomie pathologique, de médecine opératoire, de médecine légale, d'accouchements, d'hygiène, de thérapeutique et de matière médicale; si, en outre, ces élèves, malgré cet effrayant programme, sentent encore le besoin de compléter leur éducation médicale aux cliniques officieuses et libres des maladies syphilitiques, de la peau, des yeux, de l'aliénation mentale, etc., etc; est-il un esprit raisonnable qui puisse admettre que ce soit en quatre ans, en six ans que les élèves puissent parcourir ce cycle scolaire ? Et si forcément on prolonge la durée de la scolarité, où trouvera-t-on des jeunes gens qui veuillent la subir et des familles qui puissent s'imposer de pareils sacrifices?
Ces longues et difficiles études, ces lourds sacrifices de temps et d'argent, tout cela conduit-il enfin à une carrière fructueuse^ à une profession suffisamment rémunératoire? Nouvelle preuve de l'étroite solidarité qui unit toutes les questions de l'économie médicale : toutes ces questions déj.1 si complexes d'enseignement, viennent encore se compliquer de la C|uestion tout aussi grave du degré de protection dû à la profession médicale. Il faut être placé, comme je ie suis, dans le milieu oîi viennent aboutir toutes les doléances, où \iennent retentir toutes les plaintes, où viennent frapper toutes les infortunes, pour oser dire ce que je dis ici avec une conviction bien affligée : la profession médicale se meurt ! Elle se meurt par deux causes également nocives :
D'uue part, les difficultés de plus en plus grandes des études ;
D'autre part, le défaut de protection pour la profession. Après avoir exigé d'elle — comme je l'ai dit ailleurs — et les plus grands sacrifices d'études, de temps ei d'argent qui
INTHODUCTIOX.
aient jamais été demandés à une profession libérale, on l'a livrée sans défense suffisante et sans protection efficace, à tous les parasitismes et à toutes les usurpations.
Il me serait bien agréable que ces quelques réflexions eussent j our résultat de convaincre mes contradicteurs dans la presse périodique, qu'ils se sont étrangement trompés en m'accusant d'opposition systématique à nos écoles ou de vouloir opposer une barrière au progrès scientifique. Je leur demande seulement qu'ils veuillent interroger leur conscience avec ce sentiment du bien public qui nous anime tous, et se demander si le temps serait bien choisi pour ajouter encore quelque difficulté nouvelle à tous les empêchements qui éloignent la jeunesse et les familles de la profession médicale.
A ces maux trop réels, quels remèdes opposer? Plusieurs ont été proposés, ce n'est pas ici le lieu de les indiquer. Ceux qui ont été signalés dans l'année courante sont cités dans ce dictionnaire. Celui qui me satisfait le plus, celui (|ui me semble le plus propre à maintenir, à favoriser même les aspirations vers tous les progrès des sciences, eu même temps qu'à protéger et à étendre les éludes proprement médicales, c'est le projet déjà plusieurs fois émis et dans ces derniers temps repris par M. le professeur Jeannel de Bordeaux, et qui consiste dans la création de Facultés provinciales, donnant le grade de licencié en médecine emportant le droit d'exercice, et de transformer. la Faculté de Paris en École supérieure, décernant seule le grade de docteur, lequel grade ne serait exigible que pour les fonctions de l'enseignement, les licenciés restant libres d'ailleurs de le conquérir. Dans ce système disparaîtrait, bien entendu, par extinction et en respectant les droits acquis, le titre d'officier de santé.
iMais comment satisfaire toutes les préieniions locales relativement au siège des Facultés nouvelles? Ce ne sera pas facile et chacun prêchera pour son clocher. Le plus simple