BOULEVARD SAINT-GERMAIN
Au coin de la rue llanteleuille.
INTRODUCTION
Une année comme celle-ci ne peut être stérile. Inaugurée le 9 janvier par un événement de la plus haute portée scientifique : la liquéfaction et la solidification du gaz hydrogène, découverte réalisée presque simultanément deux fois parM. Cailletet à Paris et par M. Pictet à Genève ; continuée par l'invention successive du phonographe, du téléphone, du microphone et de l'aérophone, qui vont multiplier les moyens de communication à l'infini, et terminée par le succès, à Paris, de la plus hrillante Exposition universelle qui ait encore eu lieu, en réunissant les merveilles de la science, de l'industrie et du commerce du monde entier, ainsi que leurs représentants; une telle année, marquée de si grands faits, doit, au contraire, enfanter les plus féconds résultats. Le meilleur stimulant du progrès est, en effet, dans la réunion, le contact et les rapports des individus et des objets. De la comparaison
GARNIER. a
INTRODUCTION
et do l'échange de ceux-ci, comme de la libre discussion de ceux-là dans leurs relations multipliées, par les lectures, les conférences, les associations, concours et congrès,' et jusqu'aux fêtes et spectacles provoqués par cette grande manifestation française, naîtra inévitablement une grande diffusion d'idées, de lumières et de connaissances, qui en marqueront ineffaçablement la date! Son millésime est déjà gravé dans les annales de tous les peuples civilisés. C'est pourquoi nous croyons utile et nécessaire de commencer la synthèse de l'année médicale par le souvenir mémorable de toutes les merveilles de 1878, malgré leur peu différence avec le but de ce livre.
Elle sera surtout tristement célèbre par ses affreuses calamités. La guerre en Orient , une famine comme on n'en avait jamais vu dans le nord de la Chine e la plus épouvantable épidémie de fièvre : jaune qui ait encore sévi aux États-Unis, atteignant 20,000 victimes et coûtant un milliard, sans compter ses ravages au Sénégal, sont, hélas 1 des désastres irréparables qui pèseront longtemps sur les progrès de 1 humanité. ^
Cette année marquera aussi par le réveil et le triomphe de la libre pensée scientifique et philosophique sur l'orthodoxie traditionnelle. Pour être savant, on n'en est pas moins dévot, clérical et conservateur du trône, de l'Église et de l'autel, et les croyances religieuses guident trop souvent les savants comme les politiques, dans leurs décisions et leurs choix. Des savants illustres, français et étrangers, étaient ainsi tenus éloignés de nos grands corps académiques, a cause de l'esprit libéral et indépendant qui anime leurs travaux. On voyait avec peine attendre depuis plusieurs année leur reconnaissance et leur sanction officie les Le naufrage du 16 mai a heureusement change tout
INTRODUCTION IU cela. MM. Renan, ïaine et H. Martin ont été élus et proclamés solennellement à l'Académie française, et l'illustre Darwin, que le parti clérical de l'Académie des sciences proscrivait depuis quatre ans à la porte du sanctuaire, à cause de sa doctrine de la sélection naturelle, qui admet la création sans Dieu, a été élu correspondant de l'Institut. M. Brown-Séquard a aussi été nommé professeur de médecine au Collège de France, malgré le parti clérical, qui voulait y placer M. Dareste,' dont le plus grand mérite est de produire des monstruosités à volonté. Ce sont là des victoires de la liberté de conscience et de pensée qui donnent de sérieuses garanties et de grandes espérances pour l'avenir.
Pourquoi faut-il que nous ayons à déplorer la mort de celui qui remplissait toutes ces places à la fois et bien d'autres encore ? Claude Bernard était une de ces intelligences rares qui ne se remplacent pas. Quelle différence entre ses vues larges, étendues, et les applications fécondes, pratiques de ses expériences ingénieuses, avec celles des Allemands, qui se bornent le plus souvent à démontrer expérimentalement ce qui était indiqué par l'observation clinique et admis par l'expérience ! Au lieu de ces petites vérifications de détail besoigneuses, microscopiques, n'aboutissant d'ordinaire qu'à expliquer spéculativement le mécanisme, soit d'une cause pathologique, soit d'un effet thérapeutique, dont 1 essence intime, profonde, mystérieuse, vitale, est insensible et inappréciable, le grand physiologiste français instituait des expériences neuves, originales, faciles à contrôler, à répéter, et réalisait ainsi les plus fécondes découvertes et d'utiles applications. Et, loin de se laisser entraîner à formuler des lois absolues, dès qu'un secret, une énigme était expliquée, ni s'ingénier à les généraliser ensuite par des suppositions et des hypothèses
)V INTRODUCTION
comme les Allemands, il revenait sans cesse à son sujet pour l'approfondir, l'éclaircir, le cristalliser. La glycogenèse l'a occupé ainsi jusqu'à sa mort. 11 savait que tout varie à l'infini, dans l'organisme vivant et malade, suivant les tissus, les liquides, les conditions d'âge et d'individualisme. Combien aussi l'exposition en est claire, simple, saisissante, les déductions lucides, et quelle' merveilleuse précision dans les résultats, comparativement aux longues explications obscures et embarrassées de la plupart des autres expérimentateurs .
Une preuve éclatante entre toutes de cette différence du génie français avec le génie allemand est dans la nouvelle doctrine exposée cette année sur l'action des anesthésiques. Quoi de plus incertain et de plus vague que leur affinité, leur combinaison avec la substance grise de l'écorce cérébrale, dont ils produisent la coagulation^ Cela est aussi démonstratif que la suroxygénation des -rosses cellules du centre respiratoire dans la moelle allongée pour arrêter la respiration et produire la mort subite. Et tout cela résulte soi-disant de l'expérimentation, comme si les grenouilles, en des phénomènes si complexes, pouvaient être assimilées à 1 homme !
Telle est d'ailleurs l'incertitude des constatations actuelles de l'histologie pathologique, .que, maigre le microscope et les réactifs, les observateurs ne s accordent pas le plus souvent sur le siège ni la nature même des lésions. Johnson attribue aux réactifs employés Vhypertrophie musculeuse des artères, signalée par buU et Sutton dans la néphrite atrophtque, et voici que, pour mieux en démontrer la réalité en France M. Hanot invoque l'analogie de l'hypertrophie coïncidente du ventricule gauche comme se rapportant directement a cette lésion, et cela en vertu de deux faits positifs contre un négat f de M. Rendu, soutenant Vatrophie congénitale.
INTRODUCTION V
De même, Boetcher accuse l'emploi de la méthylamine d'avoir induit en erreur Wagner et Gornil dans les lésions des vaisseaux hépatiques qu'ils signalent dans le foie gras, tandis que, se ralliant à l'opinion de Frerichs, il place la lésion principale dans les cellules. Le différend existe donc moins sur l'altération que sur son siège et les réactifs employés pour la découvrir.
Au lieu de ces élucubrations fantastiques, basées suide prétendues expériences, que faisait Claude Bernard dès 1864? Sans chercher à pénétrer le mystère intime de l'anesthésie, il montrait qu'une simple injection morphinée, en la prolongeant, pouvait en prévenir les accidents et neutraliser les dangers mortels de ses agents. C'est en suivant cette indication que les Allemands obtiennent de merveilleux résultats, mais sans rappeler, en les citant, le nom de celui à qui ils en sont redevables.
A quoi bon ce parallèle? dit-on. A montrer que l'expérimentation, devenue partie intégrante des études médicales et qui les envahit au point d'en dominer bientôt l'enseignement, compte deux méthodes bien distinctes: celle qui se préoccupe seulement de découvrir les grandes lois physiologiques, pathologiques et thérapeutiques, et celle qui se perd dans les minutieux détails d'une analyse microscopique pour en surprendre le mystère, le secret. C'est afin de prémunir les expérimentateurs français et étrangers contre les apparences trompeuses, les décevantes illusions de celle-ci, la méthode allemande, imitée par un trop grand nombre, que nous en comparons les résultats vains et hypothétiques avec ceux des grands physiologistes français : Magendie, Flourens, Longet, Cl. Bernard, Pasteur, Vulpian, dont la méthode mérite seule de prévaloir dans l'enseignement.
V1 INTRODUCTION
La diminution cl l'altération des globules rouges du sang ont été ainsi reconnues comme les causes de l'anémie essentielle, idiopathique, et l'augmentation des globules blancs, celle de laleucocythémie. Ces faits positifs ont ainsi permis de distinguer d'autres espèces d'anémies : anémies localisées, anémies par intoxication comme celle des mineurs d'Anzin, etc. (Voy. ce mot.) L'altération du sang et des humeurs, dont on se payait si gratuitement autrefois pour expliquer les cas de ce genre, est devenue ainsi sans signification précise Mais l'anémie étant la maladie du jour et se voyant partout sous diverses formes, comme la leucocythemie, on a voulu pénétrer plus avant les mystères de leur formation et de leur siège. La numération des globules aidant, son auteur, M. Hayem, exagérant la méthode d'analyse et précisant davantage, ne fait plus consister l'anémie dans la diminution des globules rouges, mais dans la quantité d'hémoglobine, ou de matière colorante qu'ils contiennent, et qui forme la richesse du sang.
Pour juger de la valeur intrinsèque de cette nouvelle investigation de l'hématologie pathologique, ii" suffit de savoir que les globules rouges, diminues dans l'anémie essentielle progressive, sont en même temps déformés, altérés, et n'ont plus l'attraction ni la capacité normale pour l'oxygène. Ils ne sauraient donc contenir la même quantité d'hémoglobine. Sa diminution n'est donc pas en réalité la cause de l'anémie, mais un effet même de la diminution et de l'altération des globules, car elle augmente proportionnellement, comme l'urée, avec leur quantité; ce qui revient a dire qu en voulant trop prouver, les histologistes modernes.... retombent presque dans le vague de l'altération gene-
raie d'autrefois. .
Il en est de même du siège de la leucocythemie, qui
INTRODUCTION VU
est à la fois dans la rate et les ganglions lymphatiques, selon son degré d'intensité, comme on le verra à ce mot, d'après la récente discussion à la Société pathologique de Londres.
L'illustre physiologiste Virchow, l'auteur de la théorie cellulaire, est ainsi dépassé aujourd'hui par Hœckel et son école positiviste, dont il est le contradicteur le plus sévère. Effet ou non des aggressions, des provocations dont il est l'objet, il vient de prendre sa retraite de la politique, où il a échoué, en refusant un siège au Reichstag lors des dernières élections , pour rentrer dans son véritable rôle, plus utile et glorieux, de savant.
L'exagération de ce positivisme actuel, à la recherche des causes finales, est surtout mise en évidence à propos du centre respiratoire, dont on s'est fort occupé cette année. Les expérimentateurs français n'avaient eu pour Lut que d'en vérifier et d'en démontrer le siège ; mais voici que les Allemands et leurs imitateurs ont voulu découvrir la cause déterminante cle la paralysie de ce centre et de l'apnée qui en est la conséquence. Or, tandis que, pour Rosenthal, c'est la suroxygénation des cellules centrales qui la produit, celle du sang suffit à M. Franck, tandis que pour d'autres c'est le contraire. Et cependant chacun édifie sa théorie à cet égard d'après ses expériences personnelles : l'un pour distinguer cet arrêt du phénomène de Cheyne-Stokes (voy. Respiration) , l'autre pour en faire le siège de la rage (voy. ce mot).
Or il est démontré que l'aconitine produit cet arrêt de la respiration avec les lésions caractéristiques de la suffocation, notamment les ecchymoses sous-pleurales, comme M.Laborde l'a observé. (Voy. Médecine légale.) Il résulte même des récentes expériences du docteur Mackensie, dont la thèse sur ce sujet vient d'obtenir la
vin INTRODUCTION
médaille d'or à l'Université d'Edimbourg, que l'aconit produit cet arrêt en paralysant l'excitabilité du système nerveux sensitif par son action primitive sur les filets périphériques, puis sur les troncs et enfin sur les racines postérieures. Le système moteur serait pris en outre d'une certaine exaltation fonctionnelle résultant soit de la fatigue ou autrement, soit de la paralysie coïncidente de l'influence inhibitoire ou d'arrêt. Les fdets du pneumo-gastrique étant paralysés primitivement, l'action réflexe est diminuée, sinon abolie. D'où il conclut que cet effet de l'aconit sur la respiration est dû à son action directe sur les fibres sensitives du nerf vague et le centre respiratoire, avec des symptômes analogues à ceux de la section de ce nerf. Il cause la mort, dit-il, par asphyxie , cette variété de collapsus résultant , d'après Brown-Séquard, d'une grande diminution de la respiration produite par une influence spéciale des organes centraux de cette fonction, alors que le cœur continue à battre avec plus ou moins de vigueur. {The Practitioner, février, mars et avril.)
A ces explications confuses, embarrassées, contradictoires, on peut juger de leur valeur. Elles équivalent, en hypothèses, à celles du docteur Gurtis sur la rage, lequel n'a pas même vérifié, contrôlé, comme appui de sa théorie de la suffocation, si les ecchymoses souspleurales, caractéristiques de ce genre de mort, se rencontraient chez les hydrophobes. Dans cet empressement, cette fougue de la jeune école expérimentale à vouloir tout préciser en des actes si complexes, des phénomènes si subtils entre la vie sensitive et motrice, volontaire et involontaire, physique et morale, en les expliquant exclusivement par des expériences, on ne peut voir qu'une sorte d'hallucination semblable à celle des systématiques, expliquant tout par leur sys-
INTRODUCTION IX
tème. Au lieu de se borner à décrire les phénomènes observés, comme tous les vrais physiologistes, ils échafaudent aussitôt théories sur hypothèses, pour formuler les lois impénétrables de la vie, sans tenir aucun compte de sa réaction. On peut voir que la pathogénie des tumeurs et la formation du rouge rétinien sont expliquées aussi gratuitement en Allemagne, tandis que la simple dégénérescence graisseuse du diaphragme, coïncidant avec celle du cœur, est une donnée bien plus positive de l'analogie d'action physiologique de ces deux organes.
Il importe d'autant plus d'insister actuellement, comme nous le faisons chaque année, sur les théories fantastiques résultant de ces expériences spéculatives, que les innovations, les réformes de l'enseignement, partout à l'ordre du jour, portent principalement sur l'extension et la multiplication des laboratoires et les perfectionnements des expériences de toute sorte. Chaque hôpital, collège ou école, faculté, université, veut avoir ses laboratoires. C'est la question principale dans la fondation des nouvelles Facultés, à Bordeaux comme à Lyon, à Lille comme à Toulouse; celle des hôpitaux n'est que secondaire. Deux nouveaux Instituts ont ainsi été ouverts en Allemagne : l'un à Strasbourg, pour l'anatomie pathologique, les dissections et les opérations chimiques et chirurgicales ; l'autre à Berlin, pour la physiologie, sous la direction de Dubois Reymond. Il est aussi question d'établir en Angleterre deux grandes Facultés de médecine avec instituts et laboratoires, dans les Universités d'Oxford et de Cambridge,
X INTRODUCTION
pour en faire de véritables centres universitaires. Partout il ne s'agit plus que d'expériences et de réactifs chimiques et animaux, de démonstrations positives. L'examen des malades et le diagnostic des maladies se font plus au laboratoire qu'à l'hôpital, hors du malade que sur lui-même.
Une véritable transformation de l'enseignement et des études médicales s'est ainsi opérée, comme cela résulte explicitement de la récente circulaire de M. Bardoux, ministre de l'instruction publique, aux recteurs d'Académie, sur l'interprétation du décret du 20 juin dernier. Si le temps d'études techniques n'est pas prolongé en droit, il l'est de fait, en exigeant la production des deux diplômes du baccalauréat ès lettres et ès sciences dès la première inscription. L'application de ces connaissances physico-chimiques à la médecine est constatée par un examen probatoire, dès la fin de la première année , et sans lequel il est impossible de commencer efficacement la seconde. Tous les autres examens, le quatrième excepté, sont dédoublés en deux parties distinctes : l'une orale, théorique, et l'autre instrumentale ou pratique. De là l'obligation, au lieu de la faculté , pour l'élève de se livrer aux travaux de laboratoire comme à ceux de l'amphithéâtre et d'en payer la rémunération.
Ces dispositions légales, graduellement exécutoires à partir de la rentrée scolaire de 1879, sont donc la consécration officielle de la direction pratique et expérimentale imprimée aux études médicales en France, à l'exemple de l'Allemagne, par le gouvernement de la République. On peut en espérer les meilleurs résultats si le corps enseignant, suivant les traditions françaises, ne va pas chercher ses inspirations m ses exemples outre-Rhin.
INTRODUCTION XI
La plus sûre garantie à cet égard serait le rétablissement complet du concours public. Son essence éminemment républicaine des épreuves publiques provoque l'émulation, développe les capacités et les met en relief, en même temps qu'il a l'avantage de n'accorder les places qu'au mérite éprouvé. C'est donc avec regret que l'on voit nos gouvernants suivre à cet égard les errements de l'Empire autoritaire, en nommant directement à ces chaires les savants présentés à son choix par les corps intéressés. On sait trop ce que cette garantie a d'illusoire avec un pouvoir central tout-puissant. Elle est bien plus efficace avec un jury indépendant. Si les administrations hospitalières trouvent cette épreuve si favorable au choix, à la sélection des médecins des hôpitaux et de leurs internes, comment l'Etat ne se croit-il pas obligé d'offrir la même garantie aux familles et aux progrès de l'enseignement ?
Il y a, dit-on, le concours de l'agrégation à la base. Oui, si l'on choisissait exclusivement les professeurs dans ce corps respectable, comme à Paris. Mais on n'a pas même tenu compte de cette distinction dans les nombreuses nominations faites cette année dans les nouvelles Facultés, et le concours des agrégés a aussi été mis de côté, réservé pour une époque ultérieure, ou centralisé à Paris, suivant le décret du trop fameux ministre Gumont, exécuté par son compère Jean Brunet ! Nous en avons relaté toutes les tristes conséquences, et il est à croire, par cet exemple, que cette fatale mesure sera définitivement abandonnée.
On concevrait un concours centralisé à Paris, si les nominations d'une Faculté à l'autre avaient lieu en France comme en Allemagne et en Angleterre. M. Lister a été ainsi récemment appelé d'Edimbourg à Londres, d'où M. Annandale est allé le remplacer dans sa chaire de
xn INTRODUCTION
clinique chirurgicale. Le professeur Wagner a remplacé également Wunderlich à Leipzig dans sa chaire de clinique médicale. Les meilleurs élèves de Paris n'hésiteraient pas à aller momentanément à Lyon, Lille ou Marseille, s'ils savaient que, en fixant l'attention parleur enseignement et leurs travaux, ils ont toute chance d'être ensuite appelés à Paris. Mais il n'y a pas d'exemple de ces mutations, qui seraient un puissant encouragement pour les professeurs de province à obtenir de l'avancement. Ce serait une innovation utile à introduire, surtout maintenant que les Facultés de médecine se multiplient et que le trio séculaire en a été triplé avec l'adjonction des deux écoles de plein exercice.
Devant l'état prospère, florissant et surtout la célébrité dont jouissent actuellement les institutions médicales dans les deux empires Voisins de l'Allemagne, sous la direction de leurs universités, une question se pose et s'agite dans les pays de self- government , où ces institutions sont laissées à leurs propres ressources. On se rappelle que ce fut le plus puissant moyen de relèvement de l'Allemagne abaissée et humiliée par Napoléon Ier. « Que puis-je faire pour redonner à la nation sa position perdue? demandait le roi de Prusse à son philosophe Fichte. — Fonder une grande université, sire. » Et l'université de Berlin fut ainsi fondée en 1810. Or on se demande aujourd'hui, en Angleterre et aux États-Unis, si la constitution de ces grandes universités centrales, dépendantes de l'Etat, dirigées et soutenues par lui, n'est pas plus favorable au développement, à la grandeur et aux progrès de l'enseignement médical, à l'avancement des études et des connaissances , que ces collèges isolés , ces écoles indépendantes , autonomes, comme elles existent à Londres et à New-York.
INTRODUCTION Xin
Deux professeurs de ces écoles libres ont traité simultanément cette question dans leurs adresses de rentrée : M. Hamilton, à l'Académie de médecine de New-York, et M. Lankester, au Collège de l'Université de Londres. Quoique de même race et dans des conditions identiques, chacun l'a résolue différemment. Le système américain, où règne encore la liberté d'enseignement, la collation des grades, des diplômes et même d'exercice, quoique condamné en principe, ne paraît pas susceptible d'autres réformes que les efforts privés des écoles d'élever le niveau de l'instruction comme partout ailleurs. L'indépendance, l'isolement est un héritage de la mère patrie. Des hommes qui pensaient à révolutionner et réformer- .tout 1-e système ont été réduits, après des luttes inutiles, au silence de la mort. Telle est l'appréciation des nobles efforts tentés dans les Etats du Massachusetts et de la Pensylvanie pour fonder de grandes universités nationales où le stage et l'instruction exigés sont à la hauteur de la science, des titres et des grades qu'on y délivre et de l'exercice de la profession qu'ils confèrent.
Tout différent est le point de vue de M. Lankester. Dans ces nombreuses petites écoles, collèges et hôpitaux de la capitale, où se trouvent peut-être les plus riches matériaux cliniques du monde entier, il ne voit qu'un enseignement divisé, disséminé, inférieur à celui des Universités d'Edimbourg et de Dublin. Nommés à des titres divers, avec des honoraires différents, les professeurs n'y jouissent que d'une notoriété limitée à un petit nombre d'élèves, sans autre espoir ni émulation que d'être promus à un service d'hôpital. Et quant aux Universités d'Oxford et de Cambridge , où des chaires médicales ont été fondées, elles sont aujourdhui dirigées par les cléricaux, qui en distraient
xiv INTRODUCTION
la plupart des revenus dans l'intérêt de leur parti.
Quelle différence donc avec la grande Université d'Heidelberg et ses riches fondations, ses hôpitaux, ses laboratoires, sa bibliothèque, son institut anatomique sans rival en Europe, et les noms célèbres, éclatants, des professeurs de sa Faculté de médecine ! Et tout cela pour une ville de 23,000 habitants. Aussi est-ce un grand malheur pour la civilisation anglaise, dit M. Lankester, qu'une véritable Université, bien dotée, où les nouvelles connaissances soient immédiatement appliquées par des hommes spéciaux et qui en font le travail de leur vie, n'existe pas à Londres et dans toutes les grandes villes, comme en Allemagne. Partisan convaincu de l'uniformité et de la centralisation des études, il recommande ainsi à ses élèves d'être les futurs défenseurs de ce système, dont la réalisation se poursuit avec plus d'activité que de succès, comme on le verra à Enseignement .
Ce n'est pas à dire que l'on veuille plus en Angleterre qu'en Amérique placer les universités ni les facultés sous l'action directe, immédiate de l'État, comme en France. Loin de là : on veut seulement que les petites écoles distinctes, séparées, fusionnent et confondent leurs intérêts, leurs biens, leurs revenus et leurs droits réciproques, pour former de grandes corporations indépendantes, autonomes, se dirigeant et s'entretenant elles-mêmes, selon leurs vues et leurs besoins, sans immixtion de l'État. C'est là en effet la plus sûre et la meilleure garantie des progrès et des succès de l'enseignement, dès qu1il a la liberté de se diriger, de se produire et les moyens de prendre tout son développement. De là le succès des universités allemandes.
Il y a sans doute plus de grandeur et de majesté, au moins en apparence, dans notre Université de France
INTRODUCTION xv
hiérarchisée comme toutes les grandes administrations de la guerre et de la marine, ayant à sa tête un grand maître, ministre de l'instruction publique, nommant et commandant les recteurs d'académie, les inspecteurs de l'Université et les professeurs des Facultés suivis d'une nuée de fonctionnaires inférieurs de divers grades. Toutes les cérémonies, les représentations officielles ont lieu par ordre, avec éclat et pompe, car elles se font aux frais de l'État. C'est grand et imposant, régulier et uniforme, excepté si quelque indiscipliné, comme M. Dareste de Ghavannes, y manque, ou si quelques élèves font du tapage. Mais, entre toutes ces individualités savantes, ces puissantes volontés, ces énergies personnelles, où est, en dehors de l'amour platonique de leur mère commune : l'Université , le stimulant, le mobile, l'intérêt qui puisse les mettre en action et les faire agir pour le progrès et l'avancement de l'université, de la faculté ou de l'école dont ils sont chargés? Chaque recteur, inspecteur, doyen, professeur ou maître ne peut juger des besoins que d'après ses vues personnelles. L'un réclame et demande pour sa chaire ce que l'autre refuse. Celui-ci fait le contraire de celui-là. Il ne peut y avoir entente entre des volontés égales, des aptitudes opposées, des vues, des idées différentes, des intérêts contraires, et, comme le grand maître ne peut voir ni connaître tous ces détails en particulier, il arrive forcément que les progrès de l'enseignement sont entravés dans leurs plus graves intérêts, que telle partie de l'enseignement est négligée et que les besoins des étudiants ne sont pas satisfaits. M. Bardoux vient ainsi de pouvoir créer, fonder une nouvelle Faculté de médecine à Toulouse, où le besoin s'en faisait le moins sentir, à cause de son voisinage de celles de Montpellier et de Bordeaux, tandis qu'il n'a
XVI INTRODUCTION
pu, à Paris, mettre M. Bail en possession de sa chaire à double titre de pathologie mentale et des maladies de l'encéphale, où il est nommé depuis deux ans bientôt, alors que M. Charcot, professeur d'anatomie pathologique à la Faculté, entraîne jusqu'aux médecins-députés à la Salpêtrière pour y voir ses hystériques et ses aliénées. Tels sont les effets exemplaires, cette année, de la puissance unitaire de la grande Université de France !
Ce n'est pas que tout soit au mieux ni dans le meilleur des mondes où la liberté règne en souveraine, comme aux États-Unis. Les contradictions légales y sont au contraire flagrantes, comme on peut s'en convaincre aux mots Exercice, Jurisprudence. Chaque Etat ayant le droit de s'administrer à sa guise, l'un condamne ce que l'autre permet, ou prescrit ce que son voisin défend. La Constitution fédérale ne protège même pas la propriété du diplôme médical, qui laisse chacun libre de s'en servir à sa guise. Une décision étrange a été rendue ainsi récemment dans l'Illinois. Aucun médecin ne pouvant exercer dans cet Etat, d'après une loi récente, sans une licence du Conseil de santé de Chicago, celui-ci s'est cru autorisé à retirer celle qu'il avait accordée précédemment au docteur Aikinpour avoir fait des annonces charlatanesques dans les journaux. Un appel fut poi'té devant le juge Williams, qui, après deux jours d'enquête, conclut que la licence accordée était une propriété, un moyen d'existence qu'un conseil n'avait pas le droit de retirer, à moins de violer le droit accordé par la Constitution à tout homme de n'être privé de sa vie, de sa liberté ou de sa propriété sans un jugement en règle. Et, làbas comme ici, les noms des médecins les plus honorables servant souvent à orner les annonces les plus
INTRODUCTION xvil
éhontées, on ne pouvait voir dans celles de Aikin une cause d'indignité.
Mais la Cour en a jugé autrement et a maintenu le droit du Conseil de santé, en raison de ses fonctions expresses « d'exclure les empiriques et de protéger les médecins honorables », qui lui ont été conférées par la législature. Le droit local est mis ainsi au-dessus de la Constitution et viole évidemment la loi inviolable de la propriété personnelle du diplôme et le droit inaliénable d'exercice qu'il confère. Aucune sécurité ni protection légale ne sont donc accordées à l'exercice médical aux Etats-Unis.
Une loi pourtant va y rendre le secret professionnel obligatoire, comme l'emploi du système décimal. Toutes les Sociétés médicales de Philadelphie pétitionnent en ce moment pour obtenir que toute personne exerçant légalement la médecine et la chirurgie ne puisse être obligée à révéler ce qu'elle aurait pu apprendre dans l'exercice de ses fonctions et se rapportant au traitement du malade ou à l'opération qu'il a dû subir. Chacun connaîtra ainsi son droit et son devoir.
L'abus même de la liberté comporte son correctif : il est toujours facile de détruire ce que l'on a édifié. Le droit des femmes à prendre leurs grades en médecine pour l'exercer, reconnu en Angleterre malgré le corps médical (voy. Enseignement) , a été annihilé en partie par les médecins eux-mêmes à la dernière séance de l'Association médicale britannique, tenue à Bath le 6 août dernier, et qui compte 7,596 membres. Par une résolution solennelle, et pour répondre à la demande de quelques-unes de ces dames, elle les a exclues poliment de ses réunions, de même que la Société du Massachusetts. Le Collège de l'Université de Londres a aussi refusé de leur ouvrir l'accès
INTRODUCTION
de ses cours de médecine, et, après plusieurs années d'expérience , la Faculté de médecine de Vienne a résolu de les en exclure à l'avenir , ceux d'obstétrique et de maladies des femmes exceptés. C'est une véritable exécution, qui remet les doctoresses à leur place, en les obligeant de s'associer et de se réunir isolément.
Remarque importante à ce sujet: par suite de l'impossibilité du Médical Council, corps officiel médical anglais, à s'entendre pour obtenir l'uniformité de conditions, d'études, d'examens et de titres que le gouvernement désire, le suffrage universel de tous les médecins tend à être consulté pour servir de base aux décisions officielles les concernant. Ce serait là un grand progrès, émanant du principe d'association, sinon de corporation, et qui mérite de triompher tôt ou tard làbas comme ici.
Aucune des grandes découvertes ou innovations qui marquent une année médicale ne s'est réalisée, malgré les longues et solennelles discussions qui ont eu lieu ici à l'occasion de l'Exposition ou ailleurs sur l'hygiène, la médecine légale et autres branches de l'art de guérir. 11 n'y a eu que des vœux ou des espérances, et l'unique bienfait sanitaire réel est Yabolition de la taxe sur la mouture en Italie. Ce sera le meilleur préservatif contre la pellagre et le plus sûr moyen de faire disparaître cette plaie sociale qui frappait au cœur l'Etat dans sa production et son pouvoir militaire. La décadence physique et morale que subit la race latine, en Italie comme en Espagne, peut bien être attribuée, en
INTRODUCTION XIX
effet, à la mauvaise nourriture féculente de ses habitants. La paresse qui les tient peut provenir, au moins en partie, de cette habitude de se gaver l'estomac qui les rend, comme le boa constrictor, occupés, les trois quarts de leur existence, au travail de leur digestion laborieuse, de toutes les occupations, la plus malfaisante et la moins productive.
Nous n'avons à enregistrer que des vues nouvelles ou des éclaircissements sur la pathologie, lïhèmatocele et le phlegmon péri-vésical, la tuberculose des muqueuses, les kystes folliculaires des mâchoires, ont été ainsi élucidés par de nombreux faits cliniques qui, pour plusieurs praticiens, en feront des affections nouvelles. Uhystéro-épilepsie a surtout été rendue évidente par les exhibitions publiques de M. Gharcot. Une variété nouvelle, Vhystérie périphérique, a aussi été introduite par M. Lasègue, dont l'ingénieuse fécondité ne cesse d'agrandir chaque année le cadre nosologique. On a même tenté d'y faire entrer d'autres variétés : la phthisie capsulaire, le rhumatisme spinal et un ulcère chronique du duodénum; mais il semble bien difficile de les admettre sans de nouvelles observations.
Vathétose a définitivement pris droit de naturalisation parmi les affections nerveuses, avec son titre américain. Des exemples d'athétose double en confirment la réalité, sans que le siège en soit encore établi rigoureusement.
On a cherché aussi à distinguer une espèce moins grave de périostite externe et de cirrhose alrophique latente. Mais ce ne sont là que des essais, car celle-ci paraît bien n'être que consécutive, accidentelle, et un simple effet diathésique. De nouvelles observations sont donc indispensables. Quant à la première, la question
xx INTRODUCTION
actuellement pendante à l'Académie de médecine sur l'ostéo-myélite pourrait bien en changer la signification.
Bien d'autres entités morbides, rares ou contestées, sont visées, mais seulement à titre de confirmation. Tels sont notamment Y angiome intra-rnusculaire, Y embolie cardiaque et le rhumatisme cérébral, rendus manifestes par des exemples remarquables.
La pathogénie est beaucoup plus riche, par la raison toute simple qu'il est plus facile de supposer, d'interpréter et de conjecturer, d'après le microscope et les réactifs, que de démontrer et de conclure cliniquement. Et comme, pour s'éclairer sur la nature des maladies, -on ne fait plus que de l'histologie pathologique, au lieu d'anatomie, tout change et se transforme, selon le globule ou la cellule examinée et.... l'optique de l'observateur. Des altérations des globules rouges du sang ont ainsi été constatées expérimentalement après les brûlures, dont les symptômes graves, la mort même y sont attribués exclusivement , de par messieurs les Allemands.
On a constaté implicitement la même altération dans Yurérnie comme dans Yanémie. La quantité d'urée •excrétée étant proportionnelle à la richesse des globules en hémoglobine, on constate l'état de ceux-ci parla quantité de celle-là.... dans l'urine, sans tenucompte de celle qui est excrétée autrement. Sa rétention dans le sang serait même une prédisposition à la fièvre typhoïde dans certains cas, d'après M. Gzernicki, comme la rétention du sucre dans le diabète provoquerait la mort subite. Valcalinité du sang serait constante, d'après M. Lépine, dans le rhumatisme chronique. Toutes ces données, si elles étaient péremptoires, se-
INTRODUCTION xxt raient sans doute de précieuses indications thérapeutiques, mais...
Voici plus fort. La pneumonie aiguë, fibrineuse, n'est, d'après M. Fernet, qu'une névrite du pneumo- gastrique dont l'effet tropho-névrotique serait un simple herpès du poumon. Imbu sans doute de la constatation de cette névrite dans la sciatique, il l'a constatée dans trois cas de pneumonie après la mort, et il le proclame sans ambage contre des milliers d'observations contraires. C'est dire que tous les anatomo-pathologistes passés. et présents se sont trompés et n'ont vu que du bleu clans les trois phases successives de l'inflammation pulmonaire. 0 tempora, ô mores!
Telle est l'influence des doctrines en vogue, que celle du parasitisme se propage partout et à tout à la voix puissante de M. Pasteur. Les recherches faites sur Yhémato-chylurie en offrent un exemple frappant. Si faibles que paraissent les observations propres à les confirmer, les ingénieuses et nouvelles expériences sur Y origine bactéridienne du charbon ne peuvent que corroborer et affermir la doctrine de la panspermie, même dans les maladies épidémiques.
Les explications de tel ou tel phénomène varient ainsi suivant les doctrines régnantes. Tout est dans tout. On expliquait autrefois le développement des maladies épidémiques saisonnières par la température et l'humidité atmosphérique, sans tenir compte des éléments de l'air. La panspermie de M. Pasteur change et éclaire tout cela. Les poussières et les germes de l'air en sont la cause. Et M. Miquel ayant constaté par des expériences directes et démontré que la température et l'humidité sont les principales causes qui augmentent le nombre des microgermes, voilà aussitôt l'explication trouvée : ce serait par eux que les épidémies se-
xxn INTRODUCTION
raient provoquées. [Acad. des sciences, juin.) Si c'est un progrès pour leur explication, on ne pourra pas mieux les prévenir ni les combattre.
Des observations d'un autre genre ont aussi été faites sur la pathogénie des embolies et des kystes; mais, n'ayant à signaler ici que les principales, nous laissons au lecteur le soin de trouver les autres.
La base du diagnostic étant une symptomatologie exacte, précise, différentielle, ce Dictionnaire a surtout pour mission d'en consigner tous les progrès. Les nouveaux instruments, les méthodes servant à cet effet, sont ainsi relatés, le microphone notamment. L'emploi du thermomètre a aussi conduit deux médecins à observer simultanément à Nice et à Paris Yhyperthermie locale des parois du thorax dans les points correspondant aux parties enflammées de la plèvre et du poumon. Ce signe de la congestion pulmonaire, se traduisant par une élévation notable du thermomètre sur la température générale, pourra servir utilement à marquer le début de la phthisie et à en suivre les différentes phases, aussi bien que celles des épanchements.
Cette découverte sera certainement un des principaux événements de l'année, si tout ce qu'en annonce M. Peter se confirme. Au lieu d'avoir à se fier exclusivement aux modifications stéthoscopiques, légères, fugaces, variables à l'infini suivant la nature, le siège et l'étendue des lésions et souvent aussi l'habileté ou la finesse d'ouïe de l'observateur, on aura un signe externe, fixe, constant, presque infaillible. Par sa simplicité et sa précision, ce signe sera un des perfectionnements les plus utiles de la nouvelle méthode d'exploration physique. Mais attendons, car il y a déjà une sourdine à ce bel enthousiasme.
INTRODUCTION
La pei'ciission douloureuse , constatée 22 fois sur 25 phthisiques par un médecin d'une exactitude rigoureuse, mathématique, est à ajouter à cette méthode.
Les hémoptysies précoces sont aussi signalées comme le signe initial de la tuberculose et les hématémèses dans le cancer de l'estomac. (Voy. Hémorrhagies.)
De même des localisations cérébrales dans les paralysies, sur lesquelles l'attention continue à s'exercer. Leur réalité, démontrée plutôt par la clinique que par les vivisections, est surtout rendue évidente par l'atrophie de la région motrice dans le cas d'absence ou d'ampution du membre correspondant, sinon de paralysie congénitale, signalée par M. Luys, l'un des premiers. Les expérimentateurs anglo-allemands n'ont donc qu'à se louer de la collaboration des cliniciens et des anatomistes français dans cette découverte , comme le montre l'analyse des ouvrages publiés cette année, pour et contre, sur ce sujet.
h'adipose localisée est aussi un signe physique de l'atrophie musculaire et même de paralysie, dont l'importance se révèle à l'œil et à la mesure. Le phénomène du genou a surtout été expérimenté dans Yataxie locomotrice et le mal de Pott. L 'immobilité du diaphragme dans la péritonite, en en indiquant la généralisation, est un signe grave, aussi bien que la teinte bronzée du phlegmon.
Telle est encore l'interprétation définitive de l'ulcération sublinguale dans la coqueluche et les ulcères des jambes comme manifestation diathésique de diverses maladies constitutionnelles. Le diagnostic des épanchements par l'analyse du liquide, Y urémie symptomatique de Y oblitération des uretères, comme Yictère dans le cancer du pancréas, sont des signes physiques qui conduisent à la certitude de la médecine.
XXIV INTRODUCTION
Nous avons surlout cherché à rendre évidents les caractères différentiels des maladies ou des lésions dont la confusion est facile entre elles, comme la syphilis avec la paralysie générale chez les aliénés, les tumeurs cancéreuses et syphilitiques du testicule, les diverses hypertrophies des ganglions lymphatiques, le phlegmon sous-périlonéal, la péritonite suppurée et les diverses obstructions intestinales. La malignité de certains enchondromes a aussi été confirmée par la Société de chirurgie.
Sur tous ces sujets et bien d'autres analogues, on trouvera d'amples développements avec des observations à l'appui.
Thérapeutique. Telle est la commodité des injections hypodermiques pour l'administration des médicaments, jointe aux avantages d'une action plus rapide que par toute autre voie et à moindre dose, que leur emploi est adopté de préférence dans tous les cas où le médicament et l'indication le permettent. V atropine, Yapomorphine et le curare ont ainsi été employés contre l'épilepsie et l'hystérie. L'action eupnéique de Y opium et de la morphine a été mise de même en évidence dans Yanémie cérébrale, Yasthme, Y empoisonnement urémique, la dyspnée cardiaque, etc. Uergotine, par son action contractile sur les vaisseaux, paraît avoir eu du succès dans Yhémorrhagie cérébrale et la méningite. Les injections stimulantes d'éther et d'alcool ont aussi reçu de nouvelles applications contre l'empoisonnement par la strychnine et bien d'autres. Celles d'acide phénique sont très-usitées en Allemagne contre les hydarthroses. Ces faits montrent qu'il ne suffit pas qu'un médicament ait échoué sous une forme quelconque pour le rejeter; il faut l'employer par les différentes voies
INTRODUCTION XXV
d'absorption avant de le condamner définitivement.
Vélectrotherapie est en si grande faveur dans la patrie de Galvagni, que l'application s'en étend tous les jours. Son emploi n'a plus de limites depuis les succès obtenus de l'électropuncture par Ciniselli contre les anévrysmes et les tumeurs. Son usage est général en chirurgie depuis la découverte de la galvanocaustie thermique. L'action excitante des courants continus sur l'absorption va lui donner le plus grand rôle en médecine. On les emploie ainsi pour rétablir les sécrétions supprimées, activer celles qui sont en souffrance et résorber les épanchements morbides. Elle remplit bien d'autres indications encore. Elle a été appliquée également à l'élimination du plomb dans le saturnisme chronique. (Voy. Paralysies.) Aussi les appareils, les piles s'y modifient, s'y perfectionnent à l'envi, comme l'indique et le montre par des planches pour cette année VAnnuario du docteur Schivardi, qui a tant contribué personnellement à en vulgariser la connaissance et à en préciser les indications thérapeutiques. Mais l'invention du téléphone fera beaucoup plus pour la physiologie, car, d'après M. d'Arsonval, il est plus sensible à l'électricité que le nerf. Un courant sans action sur la patte galvanoscopique fait vibrer le téléphone.
Il serait trop long et superflu d'énumérer ici les nombreux agents qui ont reçu de nouvelles applications, comme les frictions stibiées sur le crâne dans la paralysie générale , le seigle ergoté contre la polyurie, etc., etc. Nous nous bornerons à signaler les curieuses expériences faites sur l'action de la coca, les nouveaux diurétiques et mydriatiques , un nouveau mode de respiration artificielle et de nouvelles applications du froid avec une ceinture spéciale, dans la fièvre typhoïde, et deux exemples de succès des bains chauds
GAUNIEn.
INTRODUCTION
dans le tétanos a frigore. C'est là une indication trop rationnelle pour ne pas la remplir à l'occasion.
Après tout le bruit qui s'est fait à Paris sur le salicylate de soude dans le rhumatisme et les exagérations fallacieuses accumulées sur son action merveilleuse, il n'y a plus à recueillir que les échos lointains de son emploi comme les plus véridiques témoignages de son efficacité réelle. La simple vérité est ainsi satisfaite, et la thérapeutique en sera d'autant plus précise.
La Chirurgie, ne s'exerçant que dans un but thérapeutique, comme la branche la plus positive de celleci, a sa place marquée ici. Elle a beaucoup fait parler d'elle cette année. La discussion sur la désarticulation coxo- fémorale, qui a occupé alternativement les séances de l'Académie de médecine depuis le mois d'octobre 1877 jusqu'en juillet dernier, avec le retentissement qu'elle a eu à la Société de chirurgie et surtout dans la presse, en France et à l'étranger, suffirait à elle seule à remplir ce volume. Outre le sujet principal , traité par les chirurgiens de la marine et de l'armée, elle s'est, en effet, étendue aux deux points accessoires des pansements et de la réunion immédiate , traités par les maîtres de l'Ecole. C'est sous ces trois titres que l'on trouvera le résumé de cette discussion importante, qui marque bien les tendances de la chirurgie française et de ses principaux représentants en ce moment.
Le nouveau procédé opératoire proposé par M. Verneuil ayant pour effet de prévenir l'hémorrhagie , considérée comme la cause de l'issue fatale de cette désarticulation, voici un fait tout récent qui prouve le contraire. Une désarticulation de la hanche a été pratiquée, le 7 décembre dernier, à l'hôpital Westminster
INTRODUCTION xxvn
par M. Gould, chez un garçon de 28 ans. L'hémostase fut obtenue en introduisant dans le rectum une baguette de neuf pouces de long pourvue d'une extrémité bulbeuse servant à comprimer l'artère iliaque primitive. L'opéré ne perdit pas trois ounces de sang, et cependant il succomba le quatrième jour, sans que l'autopsie ait révélé aucune lésion de la partie comprimée. La perte du sang ne fut donc pas ici la cause de la mort. (Lancet du 21 décembre.)
Une discussion encore plus solennelle, mais moins longue, a eu lieu à Londres sur les indications et les résultats comparés de la taille et de la Uthotritie, d'après des statistiques concluantes et celle de la pratique de M. Thompson durant les 26 dernières années. Les plus célèbres chirurgiens anglais y ont pris part, dont plusieurs étaient venus exprès de Birmingham, Norwich, Manchester. On verra par le résumé que c'a été pour défendre la taille et relever les complications de la lithotritie.
Aussi les partisans de cette dernière opération ontils dû accueillir avec une grande satisfaction le progrès réalisé par le docteur H. Bigelow, de Boston, pour l'exécuter en une seule séance. La communication qu'il en a faite avec démonstration aux Sociétés de chirurgie de Londres et de Paris nous dispense de nous y arrêter. On en trouvera tous les détails et les observations à Lithotritie, avec d'autres innovations s'y rapportant, notamment Y aspiration dans la gravelle.
C'est d'Amérique que nous viennent ainsi cette année les plus grands progrès sur les affections des voies unitaires et surtout les moyens de les combattre le plus afficacement. La lutte entre la dilatation et 1' uréthrolorme contre les rétrécissements de Vurèthre s'y poursuit
XXVII[ INTRODUCTION
avec une grande vigueur, mais trop souvent sur le terrain théorique plutôt que pratique. On pourra en juger par la discussion qui a eu lieu à New- York entre les chirurgiens les plus autorisés dans cette spécialité.
Toute la presse médicale, ou du moins les organes qui se tiennent au courant du mouvement scientifique se sont occupés des nouveaux moyens d'immobilisation employés par le professeur Sayre, de New-York, contre le mal de Poil, les giàbosités et les déviations de la taille. Des discussions publiques ont aussi eu lieu à ce sujet à Londres et à Paris, dont nous avons présenté un résumé aussi exact et concis que possible, avec l'indication des ouvrages publiés. On peut y joindre l'extension continue contre les tumeurs blanches , comme s'y rattachant.
Vélongation des nerfs va en progressant, ainsi que la névrotomie. Appliquée aux nerfs ciliaires dans l'ophthalmie sympathique, celle-ci paraît surtout un grand progrès sur l'énucléation, de même qu'elle est préférable à la ligature artérielle contre Yéléphantiasis. Vétirement a été appliqué aussi à la sciatique et au tétanos .
De même de la compression élastique contre les anévrysmes; mais cette nouvelle méthode n'a pas encore passé le détroit ; elle reste localisée dans les Iles-Britanniques.
Il en fut ainsi pendant de longues années de la colotomie contre les obstructions du rectum. C'est une habitude anglaise de passer par-dessus l'obstacle quand ces vaillants pionniers ne peuvent le vaincre sur place. La gastrotomie dans le cancer de l'œsophage, l'ouverture de l'abdomen dans les étranglements internes, et plusieurs autres opérations en sont la preuve. Malgré
INTRODUCTION XXÏX
les succès invoqués par l'intervention locale, deux chirurgiens, l'un français, l'autre allemand, viennent de se prononcer pour l'opération d'Amussat contre Yobslruction cancéreuse du rectum.
A ces innovations de la chirurgie actuelle, on peut ajouter Yexcision, par la voie externe, du cancer des amygdales et de Y œsophage , Yexcision des indurations chancreuses, la fracture sous-cutanée des exostoses , la paracentèse capillaire, et surtout le pansement phéniqué, dont l'emploi comme antiseptique se généralise à tout. Renchérissant sur Lister, les Allemands en ont étendu l'usage aux brûlures, et, de Yovariotomie, le voilà introduit par eux dans la pratique des accouchements.
Tels sont les principaux caractères de la chirurgie, dite conservatrice, du jour. On peut y joindre : l'essai de rénovation et de perfectionnement du broiement circulaire appliqué aux grandes amputations ; l'usage des crins de cheval pour le drainage des plaies et des fils de baleine et de magnésium pour les ligatures. Il n'y a plus à s'occuper ainsi des grandes opérations que pour mémoire, c'est-à-dire en préciser les indications et les contr'indications, les accidents, les complications ou les succès rares et curieux, par de nouveaux fac-similé. Un second arrachement du bras, renouvelé de M. A. Guérin, se trouve ainsi aux Luxations et un cas de mort subite après la ponction du kyste, tandis qu'une guérison complète a suivi la contr'ouverture d'un phlegmon du ligament large par une ponction bien autrement périlleuse, mais pratiquée avec autant de hardiesse que d habileté. Un nouveau succès de la gastrotomie, répétée de M. Verneuil, et beaucoup d'autres faits analogues, sont relatés de même.
L'emploi des opérations véritablement thérapeutiques, comme la trachéotomie, la laryngotomie, la thora-
XXX INTRODUCTION
cenlèse, semble diminuer, au contraire, parles fréquentes récidives, les complications, les accidents et la mortalité considérable que chacun en relève. Réaction de la pratique contre l'enthousiasme irréfléchi qui a accueilli ces opérations au début. Ce n'est qu'en les pratiquant à la longue qu'on a pu en observer et en connaître les résultats. Une hernie mortelle de l'estomac a été observée ainsi après Yempycme. Les végétations pjoly pi formes deviennent bien plus fréquentes après la trachéotomie, depuis qu'on les connaît. De là les avantages de la laryngotomie inter-crico-thyroïdienne pour la remplacer.
L'invention du laryngoscope et la spécialité qu'elle a créée des maladies de la gorge et du larynx, en en éclairant le diagnostic, a aussi enhardi les chirurgiens à y pratiquer les plus graves opérations, jusqu'à l'excision entière de cet organe de la voix. Un larynx artificiel, qui a été l'objet d'une exhibition scientifique à Londres, tend ainsi à donner des connaissances positives sur la physiologie vocale et son mode de production. M. Lister, ayant été obligé d'exciser les cordes vocales, en enlevant une grosse tumeur papillomateuse du larynx, fut très-étonné que son opéré continuât à parler très-distinctement. Il découvrit à l'examen que la vocalisation se faisait par la vibration des replis arythéno-épiglottiques. Il avait constaté préalablement que le stertor de la narcose chloroformique était dû à la même vibration. Les détails de ce fait sont donc d'un utile enseignement.
Une distinction très-importante est également à signaler sur le traitement des laryngopathies syphilitiques, suivant qu'elles sont aiguës ou chroniques. Mais ce serait empiéter sur le domaine de la syphiligraphie, que les spécialistes ne cessent d'étendre outre mesure,
INTRODUCTION xxi
pour agrandir e champ de leur action, en imaginant plutôt qu'en en découvrant des formes et des localisations nouvelles. Nous lui avons déjà fait plusieurs emprunts, que l'on trouvera réunis au mot Syphilis.
Il en est autrement de I'Obstétrique et de la Gynécologie, qui se confondent et s'engendrent réciproquement, tout en étant reportées sous divers titres, même sans compter l'anesthésie obstétricale, qui s'accrédite de plus en plus.
\j engagement simultané des deux têtes dans Yaccouchement gémellaire a reçu une élucidation remarquable en Amérique, ainsi que la contraction de l'utérus en sablier, dont les observations sont très-concluantes comme causes de dystocie. La dilatation partielle a reçu aussi de précieux éclaircissements.
Quant aux vomissements de la grossesse, c'est moins à la nouveauté des moyens pour les faire cesser qu'à leur indication rationnelle que nous avons eu égard en les signalant. Que la cause en soit dans l'utérus, dans l'estomac ou dans une action réflexe, il est toujours dangereux de se laisser aller à l'empirisme en pareil cas.
La position assise dans Y opération césarienne est signalée comme offrant quelques avantages pour une issue favorable. Le succès du moins en témoigne. Et, comme la gravité effroyable de cette opération permet d'essayer tous les moyens pour en atténuer la mortalité, on peut bien essayer celui-ci.
H1 excision utéro-ovarienne, pratiquée avec succès pour la première fois par le professeur Porro, de Pavie, le 21 mai 1875, comme nous Pavons indiqué en 1876, a été répétée quatorze fois depuis avec les résultats suivants, consignés dans la thèse inaugurale récente du docteur Imbert de La Touche sur ce sujet.
xxx" INTRODUCTION
Trois ont été pratiquées à Vienne en 1876 : deux parle professeur Spaëth, avec une guérison et un décès, et la troisième par le professeur Braûn, suivie de mort'.
Quatre ont été pratiquées en 1877 : deux en Italie' et deux en Suisse. L'une à Milan, par le professeur Ghiara, l'autre à Bergame, par le docteur Previtali, ont été suivies de mort, comme celle du professeur Hegar à Fribourg et celle du professeur Muller à Berne.
Sept ont été faites en 1878, dont quatre en Italie : deux à Milan par M. Ghiara, avec une guérison et un décès ; une à Turin par le professeur Tibino, avec décès ; une à Brescia par le docteur Peroglio, suivie de guérison; deux à Liège par le professeur Wasseige, avec une mort et une guérison que nous rapportons, et la dernière à Prague parle professeur Breisky, avec mort. {Ann. univers, di med. e chir., novembre.)
Sur ce total de quinze amputations de l'utérus et des ovaires, c'est donc cinq guérisons acquises et dix morts. Sans que ce résultat puisse être considéré comme tout à fait satisfaisant, il est incomparablement plus favorable qu'avec l'ancienne méthode, qui, sur 40 opérations pratiquées à Paris, ne compte pas un seul succès, et n'en compte qu'un sur 25 pratiquées à la Charité de Lyon de 1841 à 1878. Il y a donc là encouragement pour les chirurgiens français à imiter cette nouvelle pratique, qui, en prévenant l'hémorrhagie, évite le plus grand péril.
Reste Yovariotomie. Quoique d'un emploi général, universel, elle ne cesse d'occuper les chirurgiens pour son indication précoce et le traitement du pédicule, autant que la diminution graduelle de sa mortalité. C'est ainsi qu'en Italie la dixième seulement fut suivie de guérison, comme nous l'avons signalé, tandis que les 92 suivantes, pratiquées jusqu'à la fin de 1877, ont donné
INTRODUCTION XXXIIl
56 morts et 36 guérisons. En 1878, 26 ovariotomies ont enfin donné 9 morts et 17 guérisons, soit une mortalité réduite à 35 au lieu de 61 pour 100. (Ann. univ. dimed. e chir., novembre.) On peut espérer la voir ainsi réduite à la mortalité des opérations simples, comme la kélotomie par exemple.
La médecine légale a été plus que jamais l'objet de longues et graves discussions. Un procès célèbre d'empoisonnement chronique par l'arsenic, ayant mis à nu l'insuffisance des recherches et les contradictions flagrantes des experts, a soulevé les plus graves questions sur les lacunes de la législation et de l'enseignement sur ce sujet. Tous les organes de la presse en ont retenti, au détriment de la science et de la justice. Un Congrès spécial et international s'en est suivi, qui, en éclairant cette question, provoquera probablement des réformes importantes, l'extension de l'enseignement et une révision des lois, notamment celle des honoraires médicaux.
Un procès en règle a été fait, à cette occasion, aux ecchymoses sous-pleurales, indiquées trop légèrement par M. Tardieu comme le signe spécifique de Yasphijxiepar suffocation. Toute asphyxie violente les détermine , quelle qu'en soit la cause. Les mort-nés par asphyxie les présentent, ainsi que les empoisonnés par l'aconit etl'aconitine, quiparalysent, comme on l'a vu, le centre respiratoire. On peut donc les rechercher comme signe dans toute mort subite causée par l'apnée ou l'absence tle respiration.
^ La gravité des contusions de l'abdomen, même sans lésion apparente, et l'utilité de Yexamen microscopique du sang, ont aussi été mises en évidence par des faits, ainsi que la toxicité des moisissures.
XXXIV INTRODUCTION
La jurisprudence indique les étranges variations existant à ce sujet aux Étals-Unis. Mais les condamnations infligées aux dentistes qui administrent l'anesthésie chloroformiquc , en équivalant à une défense formelle, sont au contraire un exemple à suivie.
^ L'oputhalmologie , comme la plus ancienne des spécialités, a surtout réalisé d'importantes modifications opératoires. Après la névrotomie optico-ciliaire, déjà indiquée, le procédé nouveau de strabotomie par reculement mérite surtout de fixer l'attention. S'il est moins à l'usage des praticiens que la section des muscles, il paraît aussi plus efficace et moins sujet à récidive. Un nouveau succès de Y inoculation blennorrhagique et un traitement simple et rationnel de \s.paralysie des muscles externes nous semblent aussi profitables que les recherches et les acquisitions histologico-microscopiques des Allemands, qui encombrent l'oculistique bien plus qu'elles ne l'éclairent.
Nous citerons aussi les contributions de la médecine comparée, qui servent bien mieux à l'avancement de la médecine humaine que les expériences et les vivisections sur les grenouilles, les cobayes et les lapins, les inoculations sur les chats et les chiens. Les observations sur les teignes éclairent ainsi ce sujet bien mieux que les inoculations de M. Colin sur la nature du charbon.
A cet inventaire, sommaire des principaux faits et travaux de l'année médicale, enregistrés et... prisés dans ce volume, ajoutons qu'il contient, comme tous les ans , une notice nécrologique sur les médecins célèbres, nationaux et étrangers, qui ont succombé; le programme des prix académiques à décerner, et la
INTRODUCTION xxxv
bibliographie ou l'indication des principaux ouvrages parus. Fidèle à son titre, il est donc unique à offrir, dans un si petit volume et à un prix si modique, l'analyse succincte, exacte et précise, de tous les progrès accomplis ou d'une réalisation immédiate, en laissant de côté cette science spéculative, abstraite, microscopique, s'exerçant sur les infiniment petits et dont les réalités ne peuvent se vérifier que dans un lointain avenir. Tout en tenant nos lecteurs au courant de cette science, nous nous attachons principalement aux faits d'une application immédiate, dans l'intérêt même delà pratique journalière. De là l'accueil et le succès croissant de ce Dictionnaire annuel parmi les praticiens, dont nous les remercions confraternellement.
P. Garnier.
Paris, 10 janvier 1879.