‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicales [electronic resource] (volume 5)Chapitre 31 sur 117 · EMPOISONNEMENTS · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENTS

n'en justifiant pas moins la réalité de l'embolie cardiaque. (AroMvi du méd., juin).

EMPOISONNEMENTS. Le poison trouvé dans les tissus du cadavre étant regardé comme la preuve irréfragable de l'empoisonnement pendant la vie , le professeur Ueese montre combien la valeur réelle de cette preuve est exagérée en l'absence de toute évidence clinique et anatomique, comme c'est trop souvent le cas. Un cadavre peut être empoisonné de deux manières : accidentellement par le sol dans lequel il est inhumé, ou volontairement en introduisant, après la mort, une solution toxique dans l'estomac ou le rectum, dans le tissu cellulaire ou les vaisseaux, comme dans l'embaumement. Le poison ainsi introduit ne peut-il se répandre dans les tissus par imbibition ou osmose ? La défense peut donc toujours exiger , en cas d'accusation d'un pareil crime, que l'expert prouve non-seulement la présence du poison dans l'estomac, mais que, en cas d'empoisonnement arsenical, celui-ci se trouve surtout dans le centre nerveux plutôt que dans les autres organes, suivant les expériences de Scolosuboff. (V. année 1876.) Ce n'est donc pas dans les tissus seulement que le poison doit se trouver, mais dans certains organes : l'estomac, le cerveau et le foie, en particulier, pour être une preuve irréfragable d'empoisonnement pendant la vie. [Transact. of the collège of physicians of Philadelphie, 1877.)

Toxicité des moisissures. Après avoir décanté le brou de noix qui se fait avec des noix vertes coupées en quatre et macérées dans l'eau-de-vie, un ouvrier remplit le bocal d'eau pour utiliser ce qui pouvait rester de la liqueur. Un mois après, le liquide était couvert de moisissures, et cependant les trois enfants, âgés de 7, de 4 et 2 ans, en burent chacun un verre, et voici les effets observés quelques heures après par le docteur Courbon :

Délire avec hallucination comme dans l'empoisonnement des solanées vireuses, la belladone et le datura stramonium. Le premier cherchait à saisir les objets ; l'autre, plongé dans le coma vigil, agitait les bras, et le dernier voyait des bêtes. Le pouls était fréquent, avec pupilles largement dilatées ; pas de vomissements ni diarrhée. Le plus jeune, ayant

vomi au début, était le moins malade. Tous les trois guérirent après que l'action toxique se fut épuisée, mais non sans présenter un état alarmant. (Ann. de la Soc. de méd. de Saint-Ètienne, 1877.)

La liqueur du brou de noix, usitée dans certaines provinces, est réputée comme calmant des coliques. Elle ne produit jamais d'accident, quoique contenant tout le principe de la noix. C'est donc aux moisissures que l'on doit les attribuer dans ce cas.

Empoisonnement saturnin. Masticage en plomb des meules à blé. Une seconde épidémie d'intoxication saturnine par la même cause, l'usage de farines intoxiquées, a eu lieu dans l'Hérault. La première avait eu lieu à Lodève en 1872. Celle-ci a éclaté dans l'arrondissement de Béziers, au mois d'août 1 877 , sur une surface de 20 à 30 kilomètres. 141 familles furent atteintes, comprenant 541 individus dont 412 furent malades, et parmi eux il y eut 39 morts. C'est donc là un fait grave, qui montre combien l'bygiène publique est mal surveillée en France et combien la législation laisse encore à désirer sous ce rapport.

Pendant trois mois, cette maladie étrange ne laissa que des soupçons sur sa nature. Des coliques avec constipation, crampes d'estomac, vomissements d'un vert porracé , douleurs très-vives dans l'abdomen, dont plusieurs cas éclatant soudainement et avec violence dans la même famille, montraient bien qu'il s'agissait d'accidents saturnins ; mais l'impossibilité d'en découvrir l'origine, des reebutes fréquentes, des accidents cérébraux graves, comme une céphalalgie initiale, intense et continue, de l'occiput et du front, des convulsions épileptiformes, des accès comateux cbez les femmes et les enfants surtout, un cas même de paralysie générale progressive, égaraient l'attention de la seule et unique cause du mal. Il fallut sa généralisation et certains indices pour en faire découvrir la source.

Il ne suffisait pas en effet de reconnaître que le pain était empoisonné, car la source peut en être bien différente. Dans un cas tout récent, c'était la farine qui avait été conservée dans des ustensiles en plomb. Une autre fois, c'était l'eau employée pour faire la pâte qui contenait du plomb. Enfin, dans un troisième cas, il suffisait d'avou- chauffé le four

1 EMPYEME

avec des bois de démolition empreints de couches plombières pour empoisonner le pain. (V. année 1 877.) Mais l'exemple local de Lodèvc, où la contamination des farines avait eu heu au moulin même par des meules mastiquées avec du plomb, fit découvrir directement la vérité.

C'est seulement le 20 novembre en effet que M. Ronzier- Joly, interrogeant ses clients sur la provenance de leurs farines en reçut de tous cette réponse uniforme : Nous vivons tous d'une farine que nous avons fait moudre au moulin des Cyprès. Il était bien nommé, car il suffit que M. Dumas médecin des épidémies, soumît des échantillons des farines incriminées à M. Moitessier, pour que ce chimiste y trouvât par l'analyse un abondant précipité de sulfure de plomb. Les meules du moulin, examinées par M. Broumest, constructeur hydraulique, étaient en fort mauvais état. On avait coulé du plomb dans les joints des six pièces dont se composait la meule gisante, ainsi que dans cinq défectuosités profondes de la même face, et la meule courante fut de même trouvée remplie de plomb dans ses interstices avec saillies à la surface horizontale, ce qui facilitait l'émiettement ou la pulvérisation du plomb par son usure.

L'exemple n'avait donc pas servi, malgré l'arrêté du préfet de l'Hérault défendant expressément aux meuniers le masticage de leurs meules au plomb et chargeant les maires et les commissaires de police d'y veiller. Tout cela fut lettre morte et le sera tant qu'une surveillance rigoureuse ne sera pas exercée avec sanction sévère contre les délinquants. Tout préjudice causé à autrui en connaissance de cause est répréhensible et punissable. Comment la vie, la santé, le temps et l'argent de tant de pauvres gens qui n'ont que cela, peuvent-ils être sacrifiés, sans que les meuniers, dûment avertis, en soient responsables?

Mémoire sur des maladies produites par une farine altérée par le plomb, par M. Ronzier-Joly, Montpellier.

EMPYÈME. Hernie consécutive de l'estomac. Ce fait rare, sinon unique, semble devoir attirer l'attention sur les conséquences possibles de l'empyème et les précautions à prendre pour les prévenir.

Le 13 juillet 1874, le docteur Macnab, chirurgien de l'hôpital de Suffolk, ponctionne la plèvre gauche d'une fille de

EMPYÈME

lo ans et retire par aspiration plusieurs pintes de liquide sanguin purulent. Le 19, le liquide s'étant reproduit, il pratique une incision entre les troisième et quatrième côtes, à deux pouces un quart au-dessous de la clavicule, on la fluctuation était le plus sensible. Un large tube élastique est ensuite introduit et reste en place jusqu'au 19 décembre, que l'épancbement est tari.

Pendant ces cinq mois, la malade se rétablit graduellement, ainsi que la respiration. Aucune dépression du thorax n'eut lieu, sinon au point de l'incision, et le murmure vésiculaire s'entendait parfaitement de la clavicule à un pouce environ au-dessus du mamelon. En changeant de lieu l'hiver, cette jeune fille reprit la plus parfaite santé pendant les trois années suivantes, lorsque le 9 octobre 1877, après avoir copieusement mangé, elle fut prise le soir de nausées et de renvois. La face était pâle et grippée, pouls petit et rapide, extrémités froides, abdomen rétracté, sans dureté ni douleur localisée. Un émétique mit bientôt lin à tout cet appareil effrayant en provoquant le vomissement d'une abondante quantité d'aliments.

La réaction s'étant faite, on croyait à une simple indigestion, lorsque, une heure après, les nausées etles vomissements bilieuxreparurent et continuèrent pendant la nuit, et, malgré les calmants et les boissons gazeuses, le collapsus augmenta graduellement, et la malade succomba rapidement.

L'ouverture fut réclamée par M. Macnab, qui, assisté de son interne, constata, vingt-quatre heures après la mort, un corps très-bien nourri. Le côté gauche du thorax semblait plus développé que le droit et rendait un son clair à la percussion. Aussitôt le sternum détaché, le contenu du côté gauche fit saillie sous forme de tumeur ayant le volume d'une tête d'adulte. Elle s'affaissa en la divisant, et l'on reconnut bientôt que c'était l'estomac recouvert du péritoine et d'une partie du poumon. Il occupait toute la cavité pleurale, recouvert du péritoine, sans aucune adhérence et renfermé entre la clavicule et le diaphragme. Il était congestionné et noirâtre. Une ouverture arrondie admettant les trois doigts et le pouce fut découverte dans la portion tendineuse gauche du diaphragme. Les bords en étaient mous, nets, sans rétrécissements. Le cœur était poussé à droite, sa pointe touchant à la paroi droite au-dessous du mamelon.

ENfiHONDROMES

Les recherches ne furent pas poussées plus loin; mais il est assez évident par les lésions que la production de cette hernie de l'estomac ne pouvait remontera un long temps. L'ouverture du diaphragme ne résulterait-elle pas de l'épanohemen.1 purulent? On ne peutle dire, sinon que, depuis un an, colle jeune fille se plaignait d'une vive, douleur dans le côté droit, une heure environ après chaque repas, et percevait fréquemment un gargouillement dans ce point, bien qu'il n'y eût aucune difformité. Il semble donc permis d'admettre que le processus ulcôratif du plancher du thorax se fit lentement et que la hernie de l'estomac dans la plèvre eut lieu tout à coup. (Lancet, 5 janvier.)

Empyème des sinus frontaux. Bien qu'exact et juste, ce terme est peu usité nosologiquemeut, en raison sans doute de l'ignorance où l'on est des symptômes de cette affection idiopathique. Hartmann l'applique à la sécrétion purulente, qui succède parfois au coryza aigu ou chronique, dont il rapporte deux observations. L'inflammation de la muqueuse qui tapisse les sinus frontaux, en en rétrécissant l'orifice, peut en provoquer l'empyème. De violentes douleurs frontales en sont le principal symptôme, et, comme elles cèdent ordinairement à une évacuation abondante de pus, on ne peut les attribuer qu'à sa rétention.

L'auteur a combattu cette complication .par l'emploi du procédé de Politzer et la cautérisation de la muqueuse hypertrophiée, mais il est bien préférable de la prévenir en employant contre le catarrhe nasal des bains prolongés et répétés d'eau de son tiède du nez et du front, avec inhalations du liquide. Ce moyen simple réussit à peu près sûrement. (Ueber das Empyem der Stirnholen.)

ENCIIOIVDROMES. Dégénérescence musculaire. Un exemple remarquable en a été observé et opéré parle professeur Langenbeck sur un fermier de 55 ans, Gottlieb Gallien, de Vittemberg, qui l'avait signalé huit ans auparavant par une petite grosseur de la branche horizontale du pubis gauche. Dure, légèrement élastique, immobile, d'une surface irrégulière et comme noueuse, cette tumeur était ovoïde el de la grosseur d'une tête d'enfant. Son plus grand diamètre vertical était au-dessus du pubis, proéminente en haut et

ENGHONDROMES

en avant, on bas devant la cuisse et en dedans. La cuisse en était légèrement fléchie et en rotation, bien que le fémur et la hanche parussent libres. Un large sinus existait à la partie inféro-externe, d'où s'écoulait un liquide transparent comme la synovie.

L'ablation en fut pratiquée le 9 janvier par une incision semi-lunaire commençant à trois centimètres de l'épine pubienne et se terminant près de l'épine iliaque antéro-inférieure. Tous les muscles semblaient confondus dans la tumeur et adhéraient à sa surface. Les fémoraux étaient atrophiés et en dégénérescence graisseuse. La tumeur prenait naissance sur toute la circonférence antérieure du trou obturateur, dont la surface fut enlevée avec le ciseau et le marteau.

La plaie guérit rapidement et sans complication notable, malgré l'adhérence et la dégénérescence des muscles, que le chirurgien n'avait jamais observées.

A l'examen, on trouva un enchondrome d'un blanc bleuâtre, perlé, élastique, ossifié en plusieurs endroits. Son poids total était d'environ cinq kilos. La marche est redevenue facile depuis. (Boston med. and surg. journal, juin, n° 26.)

Enchondrome du maxillaire Inférieur. Récidive mortelle. Sans être communs, des exemples de cette altération se trouvent dans le mémoire de M. Heath sur les blessures et les maladies des mâchoires; c'est pourquoi il y joint le suivant.

Une femme de 44 ans entre à University collège hospital le 11 avril 1877, portant une tumeur sur le côté gauche du maxillaire inférieur, s'étendant d'un pouce en arrière de la symphyse. Un nodule gros comme une noisette fait saillie entre les dents dans la bouche. Elle est apparue neuf mois auparavant, vingt ans après avoir reçu un violent coup sur la mâchoire. Ferme et élastique, elle est douloureuse et provoque des douleurs dans la lèvre, quoique la peau soit trèsmobile. Engorgement des ganglions.

Ces symptômes suffisaient pour faire craindre une tumeur maligne. Elle fut cependant excisée le 14 avril. Elle consistait principalement en tissu enchondromateux avec une matrice d'un blanc fibreux parsemée d'îlots de cellules rondes sar-

ENCHONDROMES

comateuses. La cicatrisation eut lieu rapidement, et4' opérée quitta l'hôpital.

Elle y rentra onze semaines après. Les bords inférieurs du maxillaire divisé étaient réunis par un tissu fibreux, mais un écartement en V existait en haut pouvant admettre le bout du doigt. Le mal avait récidivé là par une tumeur de la grosseur d'un œuf de dinde, non saillante dans la bouche. Une seconde tumeur plus grosse siégeait à la joue gauche sur le trajet de la branche du maxillaire; elle se projetait jusque dans le conduit auditif et rendait l'articulation des mots impossible. La déglutition même en était gônée. Bon état général sans gonflement des ganglions.

Une seconde opération fut faite le 1er août. Dans l'impossibilité d'extraire la tumeur par la bouche, une incision de six pouces fut pratiquée le long du bord inférieur du maxillaire, commençant à deux pouces à droite de la symphyse. La lèvre étant disséquée et relevée, la tumeur fut enlevée; mais la masse postérieure, s'étendant profondément dans la région ptérygoïde, ne put être enlevée totalement. La cavité fut injectée avec une solution de chlorure de zinc et bourrée de charpie.

La plaié commença d'abord à se cicatriser; mais, dès le quinzième jour, elle bourgeonna, avec des hémorrhagies ensuite que le cautère actuel ne put arrêter. Des douleurs locales et un écoulement fétide apparurent. La tumeur s'étendit sur le côté gauche du cou jusqu'à la clavicule. La cachexie se déclara, et l'opérée succomba dans le coma, le quarante-troisième jour après l'opération.

L'autopsie montra non-seulement la fosse zygomatique envahie parla tumeur, mais le segment droit du maxillaire inférieur et tout le plancher de la bouche à gauche. Le maxillaire supérieur n'était pas envahi, mais ses veines étaient remplies de caillots flbrineux. On en trouva aussi deux dans le poumon gauche et trois dans le droit sur le trajet de l'artère pulmonaire. La tumeur, pesant plus d'un kilogramme, était d'un jaune blanchâtre par places, rouge et vasculaire dans d'autres. Elle était principalement composée de cellules fusiformes sarcomateuses avec des portions isolées de tissu fibreux. (Lancet, 24 novembre 1877.)

D'où la preuve qu'un enchondrome peut dégénérer rapidement en sarcome malin, sans que l'amputation en

ENSEIGNEMENT

retarde la généralisation, si elle ne l'avance au contraire.

Un énorme enchondrome de l'humérus gauche, peut-être unique par son volume, a aussi été enlevé par la désarticulation du hras, le 31 mai, à l'Infirmerie de Leeds, sur un garçon de 26 ans. Le début en remontait à douze ans, et il s'étendait de l'articulation acromiale à trois pouces du coude, sous forme de tumeur globuleuse, ferme, dure et élastique au toucher, sans fluctuation sensible, mais avec un point de ramollissement en arrière. Sans douleur au toucher ni décoloration de la peau, elle est sillonnée par des veines superficielles avec un sinus veineux gros comme le petit doigt en avant. Aucune pulsation perceptible au poignet, malgré la chaleur de l'avant-bras et de la main. Supination de la main et extension des doigts impossibles.

La désarticulation fut faite par M. Atkinson en vingt minutes. Le bras ainsi détaché pesait 33 livres 6 onces. Toutalla bien pendant dix-huit jours, lorsque la température s'éleva et, malgré l'usage de la quinine, un violent frisson eut lieu le vingt-deuxième jour, et l'opéré mourut le vingt-cinquième de septicémie. (Lancet, n° 18, mai.)

ENSEIGNEMENT. Par arrêté du ministre de l'instruction publique, les circonscriptions des Facultés de médecine pour les examens annuels des officiers de santé et des sages-femmes, des pharmaciens de seconde classe et des herboristes, ont été fixées ainsi qu'il suit pour les départements en dehors de leur siège :

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