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ACADÉMIE DE MÉDECINE DE TURIN

Prix Riberi : Physio-pathologie du sang. Tous les ouvrages publiés depuis 1876, ou les mémoires manuscrits écrits en italien, français ou latin, sont admis à concourir, en étant adressés franco au secrétariat de l'Académie avant le 31 décembre 1878. 20,000 francs de récompense.

Prix Speranza : Même programme qu'en 1874. La forme populaire sera préférée. Adresser franco les manuscrits dans les formes académiques, avant le 25 mai 1878, au recteur de l'Université de Parme. Médaille d'or de 300 francs.

PROSTATE. Galvano-cautère. L'obstacle à l'émission de l'urine par l'hypertrophie de la prostate est si grave que les moyens se multiplient pour le lever. La ponction hypogastrique n'est pas une solution; ce n'est qu'un expédient. 11 faut toujours en revenir à lever ou diminuer l'obstacle. C'est ce que tente le docteur Bottini avec le galvano-cautère, qu'il emploie avec les mêmes instruments dont M. Mercier se servait avec le nitrate d'argent. Cette nouvelle cautérisation est beaucoup moins douloureuse et n'exige pas l'anesthésie ; mais aucun succès n'est cité à l'appui. (Archiv. de Lanqenbech, t. XXI.)

De nombreuses contre-indications, comme l'atonie vésicale, des urines ammoniacales et des lésions rénales, limitent par avance cette opération, qui menace d'être négligée, comme la cautérisation de M. Mercier.

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RAGE. Apnée paralytique. Le siège de cette épouvan^table maladie préoccupe encore plus les jeunes observateurs que son traitement, car, à moins d'en trouver l'antidote, il semble y avoir plus de cbances à découvrir celui-ci après avoir trouvé celui-là. De là la dissertation intéressante à laquelle le docteur Curtis s'est livré à ce sujet, d'après l'observation d'un cas de rage cbez un allumeur de réverbères, âgé de 68 ans, mordu au pouce droit, le 19 juillet, par un chat qu'il caressait. Malgré la cautérisation, la nécrose de la phalangette s'ensuivit, et, le 9 septembre suivant, cet homme demandait un lit? à l'hôpital du Massachusetts, en présentant tous les symptômes de l'hydrophobie.

Placé dans une chambre particulière, il fut soumis, après une consultation des médecins de l'hôpital, à l'usage hypodermique du curare à dose croissante, jusqu'à la production des symptômes toxiques de la parésie musculaire. Une solution de une partie sur dix de véhicule fut préparée avec des fragments de curare d'un noir brun, durs, secs, brillants, provenant de Merck, de Darmstadt. Lavements nutritifs répétés comme nourriture.

6 grains 1/2 de curare furent administrés en huit injections successives dans l'espace de dix-huit heures , et, bien que le malade se plaignît de la faiblesse qu'il en éprouvait, il eut encore assez de force ensuite, dans un accès, pour se lever, parcourir l'hôpital en courant et s'échapper au dehors. Ramené bientôt, il eut des paroxysmes violents et répétés avec délire, et, malgré cinq nouvelles injections de curare de un à deux grains chacune, soit 8 grains en six heures environ, cet hydrophobe déployait encore une force musculaire considérable dans ses accès, lorsqu'il mourut presque subitement. L'excitation provoquée par les lavements en avait fait cesser l'usage depuis vingt-quatre heures environ.

Sans tenir compte de l'autopsie ni des caractères microscopiques de ce cas particulier, l'observateur édifie une nouvelle théorie sur la nature et le siège de la rage, en n'en visant que le symptôme le plus saillant : l'apnée, l'anxiété respiratoire, c'est-à-dire l'accès qu'il assimile à la suffoca-

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tion, la lutte et l'effort suprême de celui qui se noie ou qui est saisi par une douche froide, sinon une simple aspersion. Et au lieu de voir dans ce phénomène émouvant l'expression d'une superexcitation motrice de la moelle spinale et allongée, un spasme, une convulsion, comme on l'enseigne, ou d'une excessive tension réflexe dans le foyer des nerfs présidant à la respiration, d'après M. Jaccoud, il l'attribue à une influence inhibitoire ou d'arrêt, c'est-à-dire à une paralysie subite du centre respiratoire, déterminée par l'influx centripète des moindres impressions sensorielles des nerfs laryngés et ceux de la périphérie cutanée. C'est donc le renversement de la doctrine régnante, l'opposé de l'action réflexe ou plutôt son analogue en sens contraire. Au lieu d'être excito-motrice, l'influence serait déprimante. Il explique ainsi l'insuccès des hautes doses de curare, dont l'action paralysante ne peut qu'augmenter les accidents et précipiter la mort, de même que les anesthésiques, le chloroforme surtout, par son action irritante sur la muqueuse laryngée, et le chloral , par son influence directe sur le centre respiratoire, ainsi que tous les narcotiques à hautes doses.

Cette théorie d'une apnée paralytique , produisant les paroxysmes de la rage , est d'autant plus soutenable et admissible, qu'elle est étayée sur toutes les expériences récentes et conflrmatives faites sur l'arrêt du centre respiratoire et s'accorde parfaitement avec elles. Toutes sont invoquées à l'appui, depuis la démonstration expérimentale de l'action directe de la branche laryngée supérieure du nerf vague par Rosenthal, confirmée par Cl. Bernard et plusieurs autres physiologistes éminents. Bukart a démontré ainsi récemment qu'en excitant le bout central de ce nerf, après sa dénudation et sa division, la respiration est immédiatement arrêtée, suspendue, et le diaphragme paralysé et relâché dans la position de l'expiration forcée ; c'est ainsi que M. Vulpian a mis en évidence l'action directe du chloral sur cet arrêt du centre respiratoire. Cette doctrine émane donc de la jeune école expérimentale et mérite d'autant plus d'être examinée, que son auteur, ancien interne de Voillemier à l'Hôtel-Dieu, est un de ses adeptes ardents et parfaitement au courant des travaux français, anglais et allemands, sur l'arrêt du centre respiratoire.

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Deux suppositions sont faites sur son origine et son mode de production : l'augmentation du stimulus centripète résultant d'une sorte d'hyperesthésie de toutes les parties périphériques du système nerveux, — ce qui est improbable, — ou la diminution de résistance du centre respiratoire à cette influence paralysante. C'est l'explication la plus plausible, car, dit l'auteur, cette dépression de la résistance peut résulter promptement de la diminution marquée et permanente de l'activité respiratoire chez les hydrophobes. Et, devant cet affaiblissement de la résistance, le stimulus périphérique a des effets d'autant plus exagérés.

La cause première et capitale de ce défaut de résistance locale est due, selon lui, aux changements de structure éprouvés, subis, par le centre respiratoire lui-même. Et il cite à l'appui l'examen microscopique du cerveau et de la moelle de quatre hydrophobes par le docteur Gowers, qui a trouvé les principales lésions dans le centre respiratoire de la moelle allongée (Pathological transactions , 1877), lésions confirmées depuis par le docteur Fitz. Qu'étaientelles? Probablement la suroxygénation des cellules invoquée par Rosenthal comme la cause positive de l'arrêt respiratoire. (V. Nerfs.) L'auteur ne le dit pas et ne cite même pas cette cause. C'est la seule lacune de son travail, si riche en tant d'autres preuves expérimentales aussi hypothétiques.

Cette omission mérite d'être signalée, car cette cause de Rosenthal est en contradiction formelle avec la supposition de l'auteur, que la diminution de la respiration est la cause de la paralysie du centre respiratoire, tandis que, pour le professeur allemand, c'en est l'augmentation. Aussi M. Curtis, à défaut de cette preuve positive, ne donne-t-il sa théorie que comme une suggestion. Il est vrai qu'elle est passible d'autres objections. Telle est notamment celle de l'émotion, opposée par le docteur Putnam et dont l'auteur ne tient pas compte. Et cependant son action immédiate sur l'apnée et peut-être sur l'arrêt respiratoire est bien aussi puissante que le stimulus périphérique, puisque les hydrophobes, en état de rendre compte de leurs sensations, n'en accusent aucune de l'action de boire ni d'être éventés. D'ailleurs, on le sait, le contact du verre, la vue seule du liquide, la pensée même d'avaler, suffit à provoquer l'accès.

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