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INTRODUCTION
Si la valeur, la richesse des productions médicales de 1880 en égalaient l'abondance et la variété, cette année serait assurément l'une des plus prospères et fructueuses pour l'art de guérir. On peut en douter, d'après la méthode actuelle d'expérimentation et d'analyse scientifique, suivie presque exclusivement par les travailleurs à la recherche des causes premières, occultes et cachées des phénomènes physiologiques et morbides. Au lieu d'attendre l'occasion propice d'observer directement les malades comme autrefois, on la fait naître à volonté sur les animaux. Non sur les grands mammifères se rapprochant de l'homme : cheval, bœuf ou mouton, comme le font les vétérinaires; c'est sur les petits : chien, chat, souris même ou cobaye, sinon le lapin et la grenouille, que l'on opère ordinairement, soit en les soumettant aux tortures de la vivisection pour des expériences, soit à l'inoculation ou à l'empoisonnement, au jeûne, pour faire naître une maladie, en étudier la nature ou l'action d'un remède. Et le microscope aidant avec les réactifs physico-
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chimiques, sinon la culture expérimentale, on reconnaît et l'on détermine positivement les résultats de l'opération. C'est le mot consacré.
La facilité de ce nouveau genre d'étude et d'observation en a tellement répandu le goût et la mode que l'expérimentation est devenue le critérium suprême et obligé de toute opinion ou doctrine médicale nouvelle. Un fait observé sur l'homme, une idée même, conçue à priori^ germe-t-elle dans l'imagination, que l'on se met aussitôt à expérimenter sur ces pauvres bestioles, pour en contrôler ou vérifier la justesse. Il est si commode et attrayant de se rendre compte, ipso facto, de ce que l'on a conçu ou exécuté, que chacun cède à la tentation d'essayer la nouvelle méthode. Des milliers de lapins et de cobayes sont chaque jour sacrifiés sur l'autel de la science, et, il faut bien le reconnaître, la plupart des découvertes récentes n'ont pas d'autre origine. Le parasitisme moderne des maladies de l'homme, leur transmission, leur contagiosité par l'inoculation des prétendus micro-organismes qui les constituent et l'action des médicaments sur telle fonction, tel organe Ou élément histologique, n'ont pas d'autre source. De là la généralisation, le crédit et les progrès croissants de la nouvelle méthode au détriment de l'ancienne. Elle s'accorde si bien avec l'activité dévorante, fébrile de la génération actuelle que chacun en use et en abuse à son gré, souvent à profusion, l'usage en étant rendu encore pluâ loisible aux jeunes qu'aux vieux observateurs.
De la description minutieuse du manuel de ces expériences avec les appareils et les réactifs servant à leur exécution, ainsi qûe de l'examen compendieux deleur^
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résultats, naissent en foule ces mémoires prolixes et volumineux sur des questions parfois insignifiantes et accessoires de la nouvelle école. On insiste sur la température, la sensibilité et lamotilité des victimes, c'està-dire leurs mouvements et leurs cris, comme si c'étaient des malades sérieux, de même que sur les lésions des solides et les altérations des liquides, après la mort. En s'ajoutant aux observations cliniques dont elles sont maintenant le complément ordinaire, ces études biologiques ou de médecine comparée forment la plus grande partie de la littérature médicale dont elles remplissent et encombrent les feuilles périodiques.
La plus grande découverte de l'année à l'actif de la France — si elle se confirme — est ainsi l'inoculation des animaux avec le liquide de culture, affaibli et atténué, de labactéridie charbonneuse, pour les préserver du charbon. Ainsi vaccinés, les bœufs et moutons d'Europe seraient à l'abri du charbon, comme les moutons algériens, avec autant de sécurité et d'innocuité que l'homme se préserve de la variole par la vaccine. Des expériences faites publiquement à Lyon et à Alfort par M. Toussaint ont donné des résultats assez satisfaisants pour les faire continuer et répéter ailleurs. Par les succès obtenus ainsi de la vaccination des poules contre le choléra qui les atteint et ravage les basses-cours, M. Pasteur a déjà confirmé ces nouveaux résultats, en éclairant et en élucidant de sa haute auto* rité le mode d'action de ce simple procédé d'inocUlation.
C'est dire que le charbon est toujours à l'ordre du jour. Par les expérimentations auxquelles il se prête à merveille et dont il est l'objet, il n'a cessé de tenir là
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corde dans les discussions el dans la presse médicale. En se cantonnant sur ce terrain — c'est le mot — les panspermistes s'y fortifient de plus en plus, au détriment de leurs adversaires qui semblent au contraire lâcher pied comme si le sol leur manquait. La découverte des vers de terre, charriant le germe de la bactéridie charbonneuse de la profondeur des terrains où elle a été enfouie avec les cadavres à la surface et jusque sur les herbes ou les plantes mangées par les animaux, a été comme le coup de grâce des partisans des virus et des contages aériens. La précision des expériences et des résultats de l'illustre panspermiste les a réduits au silence.
A la prophylaxie toute simple et naturelle de ce fléau, résultant de cette découverte, se joindrait une préservation artificielle. Le millésime de 1880 se relierait glorieusement par là à celui de la vaccine humaine. Mais que d'inconnues à élucider, à résoudre sur toutes ces questions 1 Ce ne sont encore que de brillantes promesses, infirmées par les résultats actuels. Un traitement sudorifique du charbon, institué d'après les données rigoureuses de M. Pasteur, a été reconnu infidèle par ses propres expériences sur des vaches; celui de la pustule maligne, qui en est l'analogue chez l'homme, n'a donné, avec les remèdes regardés comme spécifiques, que des résultats négatifs. L'importance de ces recherches justifiait néanmoins les développements que nous leur avons consacrés aux mots correspondants.
Le progrès de l'étiologie parasitaire des maladies a encore augmenté le nombre des inoculations. On trouve maintenant des microbes partout. Ils sont signalés dans
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Y anémie, La blennorrhagie, le chancre, les fièvres, la diphthérite, Yhémoptysie, la phthùie et la tuberculose; la cornée du lapin étant le seul réceptacle infaillible de celui-ci. Un microbe bactéridien de la lèpre a aussi été rencontré, et voici celui de la rage figuré par M. Pasteur. Il se reproduit par l'inoculation de la rage de l'homme au lapin, tandis que le chien et le cobaye y sont absolument réfractaires. Mais le plus curieux est l'existence authentique du phthirius chez les typhiques et que l'on avait pris jusqu'ici pour des taches bleues ou ombrées caractéristiques.
Reste à établir si les autres sont aussi spécifiques et distincts. Le crédit et la valeur des inoculations expérimentales, pour en faire la preuve, diminuant à mesure qu'on les emploie davantage sur les animaux comme réactifs, une autre éprouvette semble indispensable. Le lapin notamment, en se montrant également apte à contracter par ce moyen la tuberculose et la rage, la morve et le charbon, fait naître des soupçons et des réserves sur la valeur des résultats. De même que l'incubation de la rage est très courte, sinon nulle chez cet animal, quoiqu'il puisse en guérir, il ne mérite de crédit, d'après M. Galtier, — parvenu tout récemment à lui inoculer la morve comme réactif d'un j étage douteux chez le cheval — que s'il présente ce jetage. Au lieu de se traduire ordinairement chez lui par ce symptôme pathognomonique, elle se manifeste de préférence par des lésions analogues à l'infection purulente, restant localisées en foyers caséeux sous la peau et les ganglions lymphatiques. Il n'a donc rien de spécifique.
Gomment ne pas douter dès lors des féconds résul-
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tats prédits et attendus de cette nouvelle méthode? Le vaccin préservateur de la variole chez l'homme ne vient pas directement de celte maladie, mais du cowpox et du horse-pox, éruption considérée comme la variole de ces animaux, laquelle, spontanée ou communiquée, n'est jamais mortelle pour eux. C'est donc une maladie différente. Si la vraie rage, l'hydrophobie, inoculée au lapin, le fait mourir en quelques heures sans symptômes rabiques, rien ne prouve que ce soit la rage, dans l'impossibilité d'en vérifier la nature en la reportant sur l'homme. Les expériences faites sur le chien, qui en est le réactif par excellence, ne sont pas concluantes ; il en guérit [parfois. Le microorganisme constaté par M. Pasteur dans la salive et le sang des lapins inoculés avec la salive rabique ne permet donc pas d'affirmer ni de conclure qu'il est le ferment spécial de la vraie rage de l'homme ni de celle du chien.
Dans cette voie des expérimentations à outrance et des analyses physico-chimiques et microscopiques exagérées, où la méthode positiviste est engagée — au point absolu de subordonner la valeur des observations cliniques, pathologiques et thérapeutiques sur l'homme à son critérium exclusif, — elle nous paraît ramener directement au mysticisme , au surnaturel d'autrefois. Le procédé seul diffère. Au lieu de reconnaître son ignorance et admettre l'incompréhensible, on veut trouver à tout une explication positive et naturelle. C'est la condition absolue. Lésions d'organes ou de tissus, altérations des liquides et de leurs éléments, plasma, cellules et globules, et jusqu'aux troubles de leurs fonctions moléculaires à peine connues, sont tour
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à tour invoqués, admis, supposés plutôt que démontrés, car ils ne sont jamais apparents ni saisissables qu'après des expérimentations subtiles, indirectes, des réactions artificielles ou des analyses compliquées. Et, loin que les résultats de ces opérations délicates soient toujours identiques pour les initiés, il est fort rare d'en trouver deux qui s'accordent sur le même sujet, tant ces constatations sont imperceptibles, ténues, déliées, instables et contradictoires, ou différentes dans leurs manifestations. Presque jamais elles n'ont le caractère de preuve irrécusable, et équivalent, au contraire, le plus souvent à des riens sur lesquels on raisonne, on discute en se payant de mots.
Par exemple, n'est-ce pas en altérant souvent la sensibilité normale de l'animal par les vivisections, le jeûne, l'inoculation et la souffrance, la douleur en résultant chez les êtres doués d'une si faible résistance, que l'on obtient les phénomènes observés? Les éléments histologiques ne subissent-ils pas également des changements de forme, de couleur par les préparations techniques dont ils sont l'objet, avant d'être soumis à l'étude du microscope ou du micromètre ? Les organismes ensemencés et leur culture expérimentale dans le bouillon ou l'urine , faite par M. Pasteur , n'empruntent-ils pas à ces liquides en fermentation des éléments particuliers de conservation, de prolifération et de vie ? M. Pasteur a été conduit ainsi à les diviser en aérobies et anaérobies, suivant que l'air est nécessaire ou préjudiciable à leur conservation. La bactéridie charbonneuse, qui se détruit rapidement dans l'animal exposé à l'air, conserverait indéfiniment son germe, au contraire, quand il est enfoui dans la terre,
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d'après celte théorie. C'est de même à défaut d'une forme distincte, et par la seule différence de leurs effets, que cette bactéridie charbonneuse a été séparée de la bactéridie septique résultant de la putréfaction qui lui succède immédiatement sur place. Autant de suppositions sans démonstration péremptoire, mais simplement corollaires de certains faits observés par un esprit ingénieux en faveur de son système.
Attacher tant d'importance à ces infiniment petits, entrevus artificiellement et dont on ne connaît les effets que par induction, au point d'en modifier, d'en changer la signification suivant l'idée que l'on s'en fait, n'est-ce pas l'équivalent de la théorie, de l'hypothèse quintessenciées? C'est pourtant à l'aide de ces procédés laborieux et compliqués, où l'esprit joue le plus grand rôle à l'exclusion des sens, que l'on prétend remplacer l'observation directe et faire jaillir la lumière de l'obscurité. Nous attendrons d'y voir plus clair pour le constater, et, tout en tenant compte des efforts sérieux faits dans cette voie nouvelle, nous nous en tiendrons dans ce Dictionnaire à la pratique rationnelle et séculaire de l'observation, qui a sauvé tant d'existences et réalisé de si grands progrès.
Voici d'ailleurs une autorité qui juge le débat. L'excès des vivisections ayant soulevé des plaintes, en Allemagne comme en France , en Angleterre et en Italie, notamment à Florence, d'où le célèbre professeur Schiff a été forcé de s'exiler, des pétitions nombreuses ont été adressées à ce sujet au Reichstag, auxquelles la commission s'est vue obligée de déférer, en demandant avis à l'autorité compétente du professeur Virchow. « Elles sont indispensables au progrès de la
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science, fut sa réponse. Les progrès accomplis depuis trois siècles et ceux obtenus actuellement par les observations faites sur les animaux vivants en sont la démonstration. Les abus sont incontestables; c'est à l'autorité locale de les réprimer. Elle en a le droit et le devoir. Un acte législatif ne peut ni les régulariser ni les interdire. » L'avis a été pris en considération et forme actuellement la jurisprudence de l'Allemagne à ce sujet.
C'est aussi contre l'abus de ces expériences et surtout les conclusions hardies et assurées que l'on en tire sans fondement que nous nous élevons davantage, à mesure qu'elles s'accroissent et s'affirment. On en trouvera de nombreux exemples dans ce volume. Souvent même, nous ne les avons citées que pour en montrer l'inanité, sinon le ridicule.
L'observation clinique, en n'offrant que rarement, dans la recherche des causes et les signes des maladies, la précision objective et mathématique des altérations hislologiques révélées par le microscope et les réactifs, les analyses chimiques et la numération globulaire, est manifestement négligée aujourd'hui par les jeunes médecins. Le temps ayant consacré ce qu'il en est, on s'en tient à la tradition. On ne cherche du nouveau ou des perfectionnements que dans les éléments physiques. La température en est le principal objectif, que l'on constate de toutes les manières, intus et extra. Il ne s'agit plus de fièvre, mais de la température, comme étant l'expression exacte des combustions
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organiques. Elle est ainsi devenue l'élément principal du diagnostic, du pronostic et même du traitement. Aussi les observations fourmillent des chiffres de ses variations. C'est maintenant la caractéristique de leur valeur, notamment dans la fièvre typhoïde et le rhumatisme cérébral pour y approprier le refroidissement, que, d'après certaines observations, l'acide phénique suffirait à produire.
Et de ces combustions, qu'en connaît-on exactement? « Un jour viendra, sans doute, dit le docteur P. Regnard dans ses Recherches expérimentales sur les variations pathologiques des combustions respiratoires, où ces importants problèmes trouveront leur solution. » Les plus modestes et judicieux comptent ainsi sur l'avenir pour légitimer leurs recherches et justifier leurs expériences, mais combien d'autres, plus hardis, l'escomptent et donnent comme démontrées desimpies hypothèses? Les jeunes professeurs de la Faculté de Lyon, entrant dans cette voie des spéculateurs allemands, ont étudié cette année les modifications du sang dans les altérations des urines et réciproquement. On peut juger de leurs résultats indiqués à ces mots.
Les lésions histologiques forment de même aussi la base principale de la division, la classification des maladies. On a tant discuté et l'on ne discute encore sur la division des néphrites que pour cette raison, les histologistes étant pour la dualité contre l'unité des cliniciens, d'après la ressemblance des symptômes. On crut un moment que les lésions interstitielles ou parenchymateuses du rein allaient dévoiler le secret mystérieux de l'albuminurie. Vain espoir ! Après bien des observations et des expériences consacrées à séparer
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choses et hommes, on est forcé d'admettre une néphrite mixte ou totale, confondant les lésions et les signes des deux autres. Tissus et éléments différents sont ainsi altérés le plus souvent simultanément, comme la néphrite expérimentale par la cantharidine en est la preuve donnée par l'histologiste le plus autorisé. La fréquence de la néphrite sénile en est la confirmation, et l'on est forcé d'en revenir au point de départ. La généralisation des lésions est démontrée par l'excès même de leur localisation. De l'analyse est née la synthèse, montrant la supériorité de la clinique sur l'histologie.
La néphrite desquamative de Johnson, fondée sur ce que la lésion primitive du rein granuleux était dans l'épithélium, vient de subir le même sort en Angleterre, Des recherches ultérieures ayant établi que la prolifération intertubulaire était primitive et antérieure à l'atrophie des tubes qu'elle comprime, l'interprétation changea. De parenchymateuse , elle devint interstitielle, histologiquement s'entend! Le siège en avait changé la nature. Des spécimens soumis à la Société pathologique de Londres, le 16 mars dernier, par le docteur Saundby, montrent qu'elle n'est ni l'une ni l'autre, le tissu connectif intertubulaire nouvellement formé étant la prolifération des nucléoles épithéliaux, en vertu de l'origine mésoblastique du rein et conformément au processus nouvellement décrit dans la cirrhose par le docteur Hamilton et dans la glande mammaire par le docteur Creighton.
De là le peu de crédit à accorder aux divisions cliniques fondées sur l'histologie. La même instabilité s'observe dans le cancer et la scission éclatée récemment à la Société médicale des hôpitaux, à propos de
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l'identité de la scrofule et de la tuberculose — de par le tubercule embryonnaire trouvé à leur origine commune — montre à quelle confusion cette méthode tend à nous conduire. La clinique est heureusement trop en honneur dans l'école française pour se laisser ainsi envahir et dominer par l'esprit allemand. Les preuves éclatent d'ailleurs contre cette prétendue identité, et les succès rapportés cette année de l'excision, l'enlèvement du testicule caséeux et des ganglions du cou, sans récidive, suffisent à l'infirmer.
A défaut de pouvoir étayer ces distinctions subtiles ou ces réunions arbitraires sur des lésions histologiques appréciables, on a recours au système nerveux, dont on connaît si imparfaitement encore les fonctions. Absolument comme autrefois on attribuait hypothétiquement toutes les affections générales aux altérations des liquides que l'on ne connaissait pas. Le rôle si obscur des vaso-moteurs en particulier sert à lui faire endosser bénévolement tout ce que l'on ignore ou ce que l'on ne peut expliquer plus rationnellement. Un purpura hémorrhagique, apparu dans le cours d'une cardiopathie assez grave pour n'en pas chercher d'autre cause, a été ainsi attribué aux troubles de l'innervation, sur la foi de l'histologie constatant des dilatations capillaires, au mépris de la clinique. De là la réfutation de la même étiologie de l'œdème passif, faite par M. Ranvier. lïhémoglobinurie paroxystique, qui n'est qu'une de ces . manifestations symptomatiques ignorées dans leur essence, montre surtout à quels efforts de dialectique les histologistes exclusifs se livrent pour l'expliquer.
En vertu de ces localisations à outrance, la phlébite
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de Dance revient progressivement à l'horizon médical. On ne voit partout que cette affection au moindre gonflement inexpliqué des membres ou ailleurs. Le plus souvent, il est vrai, il se déclare consécutivement telle autre affection locale, diathésique ou cachectique, qui explique les troubles primitifs et rectifie le diagnostic. Une dame qui se meurt d'un cancer de l'estomac a été ainsi déclarée atteinte de phlébite pendant plusieurs mois. Un célèbre mort d'accidents pharyngés n'a eu aussi qu'une phlébite. C'est donc un diagnostic d'attente dont il ne faut pas trop s'effrayer.
Les histologistes nous trouveront sans doute bien sévère et même arriéré, rétrograde; mais nous avons donné des preuves à l'appui de nos critiques, et nous pourrions en ajouter bien d'autres. On les trouvera aux mots Leucocythémie, Sang, Tubercule, Tuberculose, Température, etc. Que d'espèces et de variétés morbides, de dénominations nouvelles nées de l'histologie, comme la kératite graisseuse enregistrée cette année, sont discréditées, oubliées aujourd'hui. Il n'est pas jusqu'au diabète expérimental, œuvre considérable du génie de Cl. Bernard, dont la formation, l'histoire, les divisions étaient si claires de son vivant, qui n'ait pâli depuis sa mort au critère de la clinique. On n'en parle déjà plus, sinon pour le critiquer. Il n'y a pas le moindre rapport entre l'un et l'autre, dit le docteur Cyr; l'expérimentation ne pouvait en rien reproduire sa marche ni ses symptômes chez l'homme. En en démontrant soi-disant le siège, elle nJa éclairé ni son cliologie ni son traitement. De là son inanité, au point de vue pratique du soulagement et la guérison du malade. (Archiv. de méd, avril.)
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Si, comme expérimentateur, l 'œuvre du grand physiologiste est aussi sévèrement jugée au lendemain de sa mort, que sera-ce donc quand la faveur, la mode de ce système d'expérimentations subtiles et d'analyses histologiques auront cessé? Les descriptions cliniques du diabète subsisteront au contraire éternellement, et la moindre découverte symptomatique, comme la symétrie des névralgies coexistantes, si elle se confirme, aura chance de lui survivre ; à plus forte raison de toute notion efficace sur son traitement.
On ne saurait hésiter, dans l'intérêt des lecteurs et d'après ces exemples, sur la préférence à donner aux observations cliniques, faites directement sur le malade, surtout si elles sont corroborées par l'expérimentation et l'analyse histologique, dont il convient de tenir grand compte dans ce sens. Les développements pratiques consacrés à la broncho-pneumonie, aux dyspepsies, à la fièvre typhoïde, la lymphadénie et le myxœdème, à la pleurésie, aux paralysies, au rhumatisme, au sarcome généralisé, etc., témoignent ainsi de notre choix, sans compter de nouveaux cas de cystite de la grossesse, de dermatose veineuse, d'endocardite fœtale, d'ostéite douloureuse et bien d'autres que nous ne pourrions énumérer sans nous répéter. L'étiologie traumatique de la contracture, celle de la compression des ganglions bronchiques dans le faux croup, certains accidents constatés dans les fièvres graves, comme la forme rénale, le muguet, les attaques épileptiformes, et tant d'autres remarques symptomatiques, ont une bien autre utilité pour éclairer le praticien au lit du malade que la connaissance des altérations histologiques dont on suppose qu'elles peuvent être la signification.
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La thérapeutique, par sa nouvelle définition même, s'est encore modifiée plus profondément, en se simplifiant. Limitée ou plutôt devant se limiter à l'action dynamique ou thérapique des agents médicamenteux sur l'organisme malade, elle se réduit à bien peu de chose, d'après les connaissances acquises certaines, expérimentales, sur l'essence même des maladies et le mode d'action des médicaments. Des meilleurs, comme la digitale, le mercure, l'opium, la quinine, on ne juge que par leurs effets. De là leur décomposition en alcaloïdes spéciaux et leur emploi empirique. A la pharmacologie compliquée des anciens a succédé l'emploi presque exclusif de remèdes simples. La vogue, le succès des préparations spéciales, sinon secrètes, annoncées et vendues par des industriels comme s'adressant directement à certaines maladies, n'a pas d'autre raison.
Il s'agit moins de spécifiques maintenant que de remèdes ayant une action locale, directe et précise sur tel organe ou telle fonction. C'est pourquoi la térébenthine de Chio, qui a fait si grand bruit en Angleterre contre le cancer utérin, n'a pas réussi. Elle ne pouvait agir que comme spécifique, et, d'après la science positive actuelle, il ne saurait plus y en avoir, il n'en faut plus chercher. Delà le verdict des Sociétés médicales anglaises de ne plus avoir à s'occuper de ce produit exotique.
Mais les dissolvants des calculs, les diurétiques, l'action des ferments et des peptones sur la digestion,
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sont aussi incertains. Delà le discrédit des anciens ferments animaux, que l'on tend à remplacer par de nouveaux ferments végétaux plus puissants. Les effets du ùenzoate de soude contre la diphthérite et la phlhisie, de la picrotoxine contre l'épilepsie, comme de la plupart des médicaments internes, ne sont pas d'un usage plus rationnel ni plus sûr ; c'est seulement par leur emploi externe ou direct qu'il est possible d'acquérir quelque certitude à cet égard.
De là la préférence accordée à cette méthode. L'extension croissante des injections sous-cutanées... et autres n'a que cette raison. Citons celles à'ergotine contre l'hémoptysie et celles de pilocarpine en particulier. De la tête où elles sont employées contre l'alopécie, elles ont descendu aux pieds pour en favoriser la sueur en parcourant toute la surface cutanée. Leur action sur les glandes sudorales les a fait réussir contre la congélation, et voici que le vaste champ de la dermatologie leur est ouvert par l'exemple du professeur Simon de Breslau. Ses autres propriétés sont indiquées à ce mot.
L'application locale et topique des métaux, des aimants, des bois œsthésiogènes contre l'hémi-anesthésie même de cause cérébrale et toxique, a conquis ainsi une faveur marquée. A l'école de Montpellier, cette propriété merveilleuse est même attribuée aux simples vésicatoires et à la pilocarpine. Aussi les Allemands se sont-ils empressés d'expliquer et de constater expérimentalement les effets anesthésiques de l'hypnotisme, comme le phénomène spécial et sensible de la magie et du magnétisme d'autrefois. Le mystère, le surnaturel sont soi-disant dévoilés et démontrés physiquement — on peut voir comme — à la plus grande gloire
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de l'école positiviste régnante, qui prétend mettre au jour tous les secrets de la nature.
C'est par des moyens mécaniques aussi simples que les sourds entendent, les muets parlent et les aveugles voient... quand ils ne sont pas incurables. Les succès relatés à Laryngectomie et à Surdité témoignent qu'il n'y a pas d'autre condition. Le simple lavage de l'estomac opère- des guérisons bien plus surprenantes depuis son importation à Paris, et sa facilité d'exécution, son innocuité en multiplieront bientôt les exemples dans tous les cas.... non incurables.
Le régime lacté, plus naturel et plus simple encore, ne donne-t-il pas dans maintes occasions, en apparence désespérées de maladies du foie, des reins, du cœur même, des résurrections rapides et miraculeuses? Tout est d'en bien saisir l'indication et régler l'usage (Voy. Cœur). Son effet diurétique est parfois merveilleux et bien au-dessus de tous les diurétiques indiqués à ce titre.
La méthode topique du raclage fait ainsi son chemin et les brillants succès des bains galvaniques vont faire une sérieuse concurrence à la métallothérapie. Les vulgaires cataplasmes, détrônés par l'acide phénique, reprennent même leur place en s'en additionnant un peu. N'est-ce pas merveille? Et ainsi d'une infinité de moyens externes indiqués dans ce volume.
La chirurgie subit aussi une transformation analogue. Il n'est plus question que pour mémoire des opérations les plus anciennes et usuelles : amputations,
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hernies, luxations, fractures. Une modification opératoire pour l'hémostase, un nouveau signe ou un accident consécutif, rappelés ou précisés, et c'est à peu près tout. Il ne s'agit que des opérations nouvelles, comme si l'on n'en pratiquait plus d'autres. La laparotomie est employée aussi couramment qu'une petite incision pour l'ouverture d'un abcès. L'hystérectomie, la laryngectomie, la néphrectomie, l'ovariectomie et autres excisions des organes les plus essentiels, font les principaux frais de la littérature chirurgicale. Il a fallu donc sacrifier in extenso à ces nouvelles opérations, en en résumant les principaux exemples.
La néphrectomie en particulier, dont l'origine germanique est contestée par les Américains, affirme sa légitimité par de nouveaux succès assez nombreux maintenant pour être comptés et distingués. Les indications et le manuel opératoire s'en précisent mieux et cette opération s'est enfin naturalisée parmi nous. Un cas remarquable, non par le succès mais par les perfectionnements apportés au diagnostic, en est relaté. Elle s'est de plus enrichie en Angleterre de la ponction exploratrice préalable contre les calculs et une opération nouvelle, la néphro-lithctomie, en est résultée.
Le succès, peut-être unique, d'une opération analogue et aussi délicate, la cholé-cystotomie, a été obtenu par un habile chirurgien anglais. La laparotomie, faile sous le spray ou nuage phéniqué, est si peu de chose pour lui qu'il n'hésite plus à ouvrir le ventre, non seulement contre l'obstruction intestinale quelle qu'elle soit, pour y voir plus clair, mais toutes les- fois que les autres organes y contenus sont le siège de lésions ou
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d'altérations ressortissant à la chirurgie. Les grossesses extra-utérines, les kystes hydatiques du foie y sont ainsi soumis avec succès, et c'est enhardi par eux qu'il a osé aller ouvrir la vésicule pour en extraire les calculs avec un résultat aussi heureux. Aussi a-t-il soulevé de vives protestations des médecins en faveur de la dissolution de ces calculs.
La discussion publique de tous ces faits a rétabli la priorité, peut-être ignorée en France, de notre glorieux J.-L. Petit, en faveur de la cholécystotomie. Nos confrères anglais, médecins et chirurgiens, ne craignent pas ainsi de tenir loyalement compte des travaux français, même au détriment de leurs compatriotes, en citant ouvertement les noms et prénoms de leurs auteurs. Le contraire s'observe en Allemagne où l'on passe soigneusement sous silence tout ce qui nous appartient, pour se l'approprier habilement et sournoisement. C'est le trait caractéristique et distinctif de la confraternité de nos deux grands voisins. Les Américains tiennent le juste milieu.
Grâce au nuage phéniqué, qui, d'après les listériens, annihile tous les dangers de la laparotomie, elle est devenue d'un usage journalier. En révélant la tolérance du péritoine, l'ovariotomie l'a vulgarisée au point de la rendre usuelle, comme la ponction exploratrice, pour éclairer le diagnostic. Le succès de son emploi à Paris contre un kyste graisseux du mésentère et un corps étranger du rectum semble justifier ces audaces , et c'est maintenant un précepte classique, comme on le verra, de la pratiquer au début de tous les étranglements, pour éviter plus sûrement la péritonite et la mort. On jugera, par les faits exposés, si cette
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conduite est légitime et à quels résultats néfastes elle expose dans l'obstruction intestinale. La ponction et l'aspiration exploratrices seraient plus judicieuses, car l'acide phénique n'est pas sans danger par son absorption sur ces plaies vives et étendues. Son emploi chirurgical est ainsi vivement combattu en Allemagne, comme dans son pays d'origine, surtout en injections dans les plaies cavitaires, probablement par l'abus qu'on en a fait.
Toutes ces résections partielles ou totales des organes internes, les plus profondément situés et auxquels les chirurgiens osaient toucher à peine, il y a peu d'années, ont encouragé et augmenté les résections externes des membres. Les succès en sont progressifs, d'après la statistique, aussi bien que dans l'excision de la glande thyroïde.
Des modifications dans l'appareil instrumental ont été la conséquence naturelle de ces opérations sanglantes. Le thermo-cautère remplace de plus en plus le couteau ou le bistouri, par son action hémostatique. On en trouve les indications et contre-indications à ce mot. De même de l'ignipuncture et de Vélectro-puncture modifiées. (Voy. Anévrysmes.) Les divers tissus animaux, par des perfectionnements successifs, sont appropriés aux ligaturées, aux sutures et au drainage, pour faciliter leur absorption dans la profondeur des plaies. Celles des cavités naturelles en particulier, les plaies cavitaires, sont soumises à des moyens spéciaux pour prévenir la septicémie qu'elles engendrent si fréquemment par l'absorption des liquides putrides ou putréfiés qui les baignent. De là la trachéotomie sans tube.
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Doux autres simplifications opératoires sont nées du même danger : la compression élastique contre les anévrysmes des membres et la lithotritie en mie seule séance, que l'on semble condamner en France sans examen, car elles n'ont encore ni l'une ni l'autre passé notre frontière. La tolérance de la vessie, beaucoup plus grande à une instrumentation prolongée qu'aux débris calculeux, est cependant établie par de nombreux et brillants succès des lithotriteurs anglais et américains, qui s'en déclarent hautement satisfaits. Sur 46 cas consécutifs de cette opération, sur des hommes généralement âgés, M. H. Thompson n'a eu que trois morts. Est-elle donc plus irritable en France, que l'on n'ose pas la soumettre à cette épreuve?
La cystotomle contre la cystite est une nouvelle application de ce principe si fécond en chirurgie, que, à défaut de pouvoir enlever le mal faisant obstacle à une fonction, il faut le surmonter pour rétablir celle-ci et favoriser la guérison par le repos de l'organe malade. Le succès de cette tentative est donc un encouragement pour la renouveler.
Vétirement ou élongation des nerfs se substitue de plus en plus à leur division, avec ou sans résection, surtout d'après les exemples de réunion consécutive constatée jusque sur le nerf optique par les expériences de névrotomie faites sur les animaux. Quelques applications tentées contre la sciatique et les névralgies faciales ayant réussi en Angleterre comme en Allemagne, sans autre inconvénient qu'une paralysie temporaire, semblent en faire une méthode générale. Mais les observations, rares et récentes, ne garantissent pas encore de ceux qui peuvent résulter des désordres
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considérables provoqués par le manuel opératoire. On ne doit donc y recourir qu'avec prudence et réserve et comme dernière ressource.
L'emploi de ces diverses petites opérations sera facilité par les deux nouveaux anesthésiques, dont l'action rapide et instantanée suffit à faire taire la douleur passagère qu'elles provoquent, sans les dangers ni les inconvénients de l'éther et du chloroforme.'
Des formes pathologiques nouvelles : la cystite sciéreuse, la cystocèle inguinale, Y entorse juxta-épiphysaire, les hernies propéritonéales, la périostite externe, diverses tumeurs testiculaires, ont été éclairées ou élucidées par des observations cliniques. Trois cas de luxation des vertèbres observés chez des hommes jeunes, dans le service du professeur Azam, de Bordeaux, et suivis d'autopsies, ont été, de la part de ses internes, l'objet d'une étude fort intéressante, qui devrait bien servir d'exemple. En comparant les symptômes avec les lésions pathologiques, ils en ont fait une véritable démonstration expérimentale, beaucoup plus concluante que toutes celles qui se font sur les animaux. La perte de connaissance, de la parole et autres troubles cérébraux sont ainsi prouvés par l'intensité même du shock résultant du traumatisme, de même que les troubles médullaires. La motilité, la sensibilité, l'action réflexe, les troubles oculo-pupillaires et génito-urinaires des appareils digestif, respiratoire et circulatoire, de la température, et jusqu'aux troubles trophiques, sont ainsi étudiés tour à tour, de manière à former un programme à suivre dans les autres cliniques officielles. (Revue mens., juillet.)
Mentionnons en terminant le dédoublement de cette
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publication périodique en faveur de la chirurgie, qui jouit ainsi d'un organe spécial.
En s'isolant du cadre général de la pathologie, les spécialités n'ont eu pendant longtemps qu'un domaine fort limité, sur un organe et ses fonctions, sinon une maladie unique. L'œil ou l'oreille ont été le seul champ d'exploration de certains spécialistes, sans remonter aux causes générales des lésions ni aux effets sympathiques qu'elles provoquent. La prophylaxie n'était pas de leur ressort ; c'étaient de simples guérisseurs.
Avec les progrès de la physiologie, leur rôle a bien changé, et, de leur cercle local et étroit, ils embrassent la pathologie tout entière, en remontant des effets aux causes. L'ophthalmologie emprunte ainsi à la gynécologie, et l'otologie y fait aussi excursion. Exemple : le professeur Wharton Jones a élucidé la nature et le traitement des maladies de l'oreille par les connaissances les plus positives sur la nature et le traitement des maladies des yeux, dans une leçon au Collège de l'Université de Londres (Lancet, 7 février.) Les rapports de la surdité et des affections oculaires avec la menstruation sont rendus évidents par des faits, et cette solidarité physiologique montre que toutes les fonctions se tiennent dans l'organisme vivant.
Mieux comprises et étudiées plus scientifiquement, toutes les spécialités prennent ainsi un accroissement proportionné à leur importance, grâce surtout aux
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Congrès annuels, généraux ou spéciaux, où elles sont toujours dignement représentées.
L'obstétrique y occupe le premier rang, aux mots Accouchement et Grossesse. Les bons effets de l'isolement des accouchées en ressortent avec éclat. L'institution d'une nourricerie artificielle à Paris, en provoquant des débats passionnés, nous a conduit à faire un résumé de cette question au mot Allaitement.
A ce qui précède sur la gynécologie, qui en est comme l'annexe, s'ajoute un mode particulier de traitement de la dysménorrhée membraneuse et des fibromes utérins. Une application du procédé de Muller et un nouveau moyen d'hémostase dans Yhystérectomie ont aussi leur intérêt pour cette affreuse mutilation, aussi bien que le drainage abdominal dans l'ovariotomie. Mais rien n'est plus curieux que le succès de la castration simulée chez une hystérique, car cette opération par sa gravité, en devenant plus fréquente chez la femme que chez l'homme, menacerait le genre humain. Les anomalies de la menstruation en résultant, ayant remis en question ses rapports avec l'ovulation, nous avons cru devoir revenir et insister sur la physiologie de cette fonction et celle de la génération même, éclairée par de nouvelles expériences sur le rôle des zoospermes.
L'hygiène a pris, sous l'initiative privée, un libre essor par l'étude et la discussion publique des questions les plus diverses s'y rapportant, comme on peut en juger. Celles de l'alcoolisme et de Yallaitement, des professions, de l'alimentation et de salubrité publique prennent chaque jour plus d'importance. Les administrations locales seront ainsi forcées moralement d'en exécuter les décisions scientifiques. La publica-
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tion du bulletin statistique municipal de Paris a servi dès la première année à mettre en évidence un fait de la plus haute gravité : c'est le danger de placer, de concentrer, dans un local central, des malades atteints d'affections contagieuses pour les isoler. Les populations environnantes sont menacées de la contagion, comme des exemples en sont relatés à Diphthérite et Variole. Les rigueurs de l'hiver dernier ont également démontré des accidents d'asphyxie et de détonation dans le voisinage des usines à gaz par l'infiltration souterraine de celui-ci. Il y a donc lieu de se prémunir contre ces nouveaux dangers.
Entre autres contributions à la médecine légale figure la découverte italienne des ptomaïnes au sein des cadavres, qui peut avoir une si grande portée sur les recherches chimiques. (Voy. Cadavres.) Et, quant à la toxicologie s'y rapportant, les nouvelles recherches expérimentales sur l'absorption de Varsenic méritent aussi une mention spéciale.
L'ophtealmologie s'est enrichie de la création d'une clinique nationale pour prévenir la cécité en France et d'un nouvel organe périodique, les Archives d'ophthalrnologie, sous la direction du professeur Panas. L'indication différentielle de l'énucléation et de la névrotomie ciliaire, résolue scientifiquement, est aussi un progrès considérable de l'année.
La Faculté semble d'ailleurs vouloir posséder ses organes officiels depuis l'institution des chaires spéciales. Le professeur Bail a pris la direction de Y Encéphale, avec M. Luys. La folie y sera donc traitée de main de maître, comme au mol Aliénation mentale. La Syphiliographie pourra naître aussi de ce mouvement gé-
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néral. En ce temps de spécialisation extrême, il est convenable que les spécialistes officiels marquent les grandes lignes de leurs divisions, pour se distinguer des vulgaires industriels.
La fréquence de la laryngite syphilitique, sans rappeler les autres complications démontrées par la spécificité du traitement, ni les dénominations nouvelles, ni les contributions au chancre, ni le chantage au viol, ni tant d'autres méfaits du terrible mal, nous amène directement à la laryngologie, une des spécialités les plus récentes et des mieux tenues et représentées, comme le Congrès spécial de Milan en a fourni l'exemple. Des affections nouvelles sont découvertes et traitées topiquement à l'éclairage du laryngoscope. En aidant à mieux distinguer les lésions et leur siège, il en précise les indications : celles de la trachéotomie par exemple dans le cancer et le spasme glottique. Une chirurgie spéciale en est même résultée. Le succès merveilleux de laryngectomie ne doit sans doute pas faire oublier les désastres antérieurs de cette opération; mais elle montre la toute-puissance de l'art contre des lésions non cachectiques.
Au simple index de ces travaux les plus importants de l'année, formant ici le dessus du.;, livre, pour ne pas dire la fleur, il n'y a pas à s'étonner de son ampleur. Combien d'autres cependant ont été omis à dessein, comme n'ayant pas le caractère de nouveauté et d'utilité pratique que ndus recherchons. Il contient d'ail-
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leurs, comme chaque année, les lois, décrets, arrêtés ou ordonnances concernant les intérêts professionnels et formant la jurisprudence de Y enseignement et Y exercice. Le programme des prix à décerner et les résultats scientifiques des concours et des congrès sont enregistrés , sans nous faire le porte-voix de personne. Nous annonçons ainsi le Congrès international de médecine qui aura lieu à Londres du 4 au 15 octobre prochain, dont la souscription est d'une guinée, et la prochaine réunion de l'Association française pour le progrès des sciences à Alger, à l'époque ordinaire de ses séances. Ce sont deux rares occasions pour les médecins français de faire une excursion utile et agréable à l'époque des vacances.
Contrairement au journal, dont le but et l'intérêt sont surtout l'actualité, ce Dictionnaire n'a pas à enregistrer tous les projets on propositions surgissant au jour le jour et qui ont fait tant de bruit pour rien. Tel le projet de loi sur le service de santé de l'armée et celui des pensions aux veuves et orphelins des médecins civils, la création d'une chaire d'anatomie pathologique, etc., etc. Le projet sur la vaccine obligatoire a seul été reproduit, comme ayant chance d'être discuté. Mais nous tenons à rendre hommage à la mémoire des illustres morts de la confrérie. La France a été relativement ménagée cette année, surtout comparativement à l'Angleterre. Mais la mortalité considérable de Paris classera 1880 comme une année meurtrière et épidémique.
P. Garnier.