‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicales (volume 2)Chapitre 20 sur 149 · ANILINE · texte numérisé non relu

ANILINE

AlVILINE. Analysani les effets produits sur les ouvriers qui fabriquent les couleurs d'aniline par les diverses substance employées dans cette industrie, M. Bergeron reconnaît l'innocuité des vapeurs de benzine et d'acide acétique, tandis que celles d'acide hypo-acétique donnent lieu à des accidents d'intoxication sur les voies respiratoires, Mais les émanations de nitro-benzine et d'aniline sont les plus dangereuses. Elles déterminent des symptômes fréquents, légers et peu durables de gastricité ; des céphalées et des vertiges qui disparaissent, en général, après quelques semaines d'apprentissage ; des syncopes et, enfin, des phénomènes beaucoup plus graves, mais tout à fait exceptionnels, de coma compliqué parfois de délire et de mouvements convulsifs. Par des expériences répétées sur les animaux, M. Bergeron, en exagérant quelques-uns de ces accidents, a observé que la nitrobenzine agit comme un véritable stupéfiant, et que l'aniline, au contraire, est un excitant énergique du système musculaire. De l'analgésie des membres supérieurs et même de la paralysie musculaire localisée peuvent encore en être le résultat, bien que les expériences n'aient jamais reproduit ce dernier fait morbide. Aucune action spéciale n'en résulte sur les fonctions génitales, qui participent seulement, chez quelques ouvriers, de l'état de langueur de tout l'organisme qu'amènent à la longue les vapeurs carburées.

Mais un effet constant des émanations de ces deux substances est de donner à tous les ouvriers un aspect anémique incompatible, en apparence, avec la dépense de forces que nécessite leur travail; aussi ce remarquable contraste démonlrerait-il, à lui seul, qu'il ne s'agit pas ici d'une véritable chloro-anémie, si l'absence de palpitations et de souffle cardiaque ou artériel, si surtout la rapidité avec laquelle la décoloration des tissus se produit, et la rapidité non moins grande avec laquelle les couleurs normales reparaissent, ne concouraient à montrer que, dans ce cas, l'altération du sang ne peut être bien profonde et ne doit certainement pas se caractériser anatomiquement par une diminution de la proportion des globules; il y aurait donc là, en définitive, simple décoloration des globules du sang, soit effet direct de l'action des carbures incessamment mis en contact avec ce liquide par les voies respiratoires, soit résultat indirect d'une diminution de la proportion d'oxygène dans l'air que ces ouvriers respirent, sinon du déplacement de ce gaz par les vapeurs carburées et peut-être modification consécutive

dans la forme des globules, que le microscope montre déprimés. Une véritable chloro-anémie peut survenir ensuite avec tout son cortège de symptômes caractéristiques. — Les seuls accidents qui puissent être rapportés à l'arsenic, employé en quantité considérable, sont les éruptions vésiculo-pustuleuses et les ulcérations signalées dans les industries où cet agent est employé. [Acad. de méd,, janvier.)

AiVTAGOIVISlVIE. Un empoisonnement mortel par Vopium, signalé à la Société de médecine de Strasbourg le 6 juin, sans que l atropine, antidote par excellence de la morphine, ail été administrée, montre, aussi bien que certaines prescriptions magistrales que l'antagonisme radical de ces deux substances n'est pas encore si généralement connu des praticiens qu'il no soit nécessaire de le proclamer de nouveau. (Voy. Empoisonnement.)

Opium et belladone. Deux faits, empruntés à la pratique de M. le docteur L. Blondeau, témoignent de nouveau de la réalité de leur antagonisme. — Dans le premier, c'est une jeune femme qui avala, par méprise, deux cuillerées à café, c'est-à-dire 4 0 grammes de laudanum, représentant 0='', 60 d'extrait gommeux d'opium. Avertie par le goût de ce qu'elle venait de faire, elle fut extrêmement effrayée, et avertit ses parents. On lui donna immédiatement une tasse de café, qui fut aussitôt rendue par des vomissements, ainsi que d'autres liquides qu'on essaya de faire prendre, et dont l'ingestion occasionnait des spasmes violents et très-douloureux de l'estomac. Le médecin, arrivé une heure et demie environ après l'accident, trouva la malade couchée, le visage pâle, les pupilles contractées, de telle sorte que l'orifice pupillaire n'était plus marqué que par un petit point noir ; la peau des extrémités froide, le pouls petit, lent et intermittent. La malade était dans un état d'assoupissement dont on la tirait facilement en lui adressant la parole. 10 gouttes de teinture alcoolique de belladone furent administrées dans un quart de verre d'eau sucrée, mais cette potion fut presque aussitôt vomie. On en donna de nouveau 10 gouttes, mais, celte fois, dans une quantité d'eau équivalant à une cuillerée à café, et on continua le médicament par 5 gouttes, à des intervalles assez rapprochés. 4 grammes Cje teinture alcoolique représentant une cuillerée à café de la

liqueur, et 19 centigrammes d'extrait de belladone furent ainsi administrés.

Sous rinfluence de cette médication, tous les accidents disparurent assez promptement.

Dans l'autre circonstance, les phénomènes de narcotisme, quoique beaucoup plus graves, furent aussi heureusement combattus. C'était une jeune femme qui venait de s'empoisonner volontairement. On constatait l'état suivant: yeux convulsés et renversés sous la paupière supérieure à moitié soulevée ; pupilles, aussi contractées que possible, insensibles à la lumière ; mâchoires violemment serrées l'une contre l'autre ; extrémités et nez froids; pouls faible et extrêmement lent; en6n, la sensibilité générale des diverses parties du corps était complément abolie.

Le début des accidents remontant à plus de quatre heures, et le poison devant être en grande partie absorbé, il parut inutile de provoquer des vomissements; on eut recours immédiatement à la teinture alcoolique de belladone, dont on administra, presque coup sur coup, en trois fois, une trentaine de gouttes, portées, aussi profondément que possible, dans l'arrière-bouche, avec une petite cuiller introduite en desserrant les dents avec le manche d'une autre cuiller, tandis qu'on fermait hermétiquement l'orifice des fosses nasales en pinçant vigoureusement le nez.

Cependant les accidents, loin de s'arrêter, prirent un épouvantable développement, et l'asphyxie paraissait imminente. Dans ce péril extrême, M. Blondeau insista sur l'administration de la belladone, en ne prenant plus pour guide que l'état des pupilles, dont la dilatation pouvait seule donner la mesure d'action du contre-poison. Dans l'espace de moins d'une demiheure, on fit prendre, 10 par 10, à la malheureuse femme, plus de 70 gouttes de teinture.

A peine la dernière dose eut-elle été ingérée, que les pupilles commencèrent à se dilater, et une fustigation énergique ranima la malade ; dès lors, les phénomènes d'empoisonnement se dissipèrent très-rapidement, et cette jeune femme put sortir le lendemain.

En présence des difficultés de l'administration du médicament par l'estomac dans ces deux cas, les praticiens doivent se rappeler qu'ils ont à leur disposition, dans les injections hypodermiques, un moyen plus sûr et plus rapide d'introduire le contre-poison dans l'économie. [Arch. de méd.)

Plusieurs* expériences loiulent à infirmer cet antagonisme. M. le docteur Camus, après avoir déterminé la dose minimum d'opium pour empoisonner un animal d'espèce et de force données, dont il a formé deux séries différentes, l'a injectée par la méthode hypodermique, et il a observé ainsi que la belladone ou l'atropine, s'ajoulantà l'opium ou à la morphine, loin d'en atténuer les effets, les rendaient plus graves et rapidement mortels. D'où il conclut que cet antagonisme n'existe pas. {Gaz. hebd. , août.)

Mais ces expériences soulèvent de graves objections. En choisissant d'abord le lapin, qui se nourrit impunément de la belladone, pour sujet de ses expériences, l'auteur s'est placé dans des conditions défavorables et même contraires au résultat cherché. Il a encouru la même objection en ne dépassant pas une dose minimum qu'il est toujours arbitraire de fixer sans connaître la susceptibilité particulière du sujet de l'expérience. Ces expériences ne sont donc pas décisives, et ne sauraient infirmer des résultats cliniques aujourd'hui nombreux et authentiques.

Cet antagonisme n'existerait pas davantage entre les alcaloïdes de ces deux poisons, suivant le docteur Bois d'Aurillac. Ayant injecté séparément à un chat, par la méthode hypodermique, une solution d'atropine et de morphine, il en a observé aussi des phénomènes toxiques et plus graves qu'en en administrant un seul, D'où il conclut rigoureusement que l'antagonisme n'est pas entre ces deux principaux alcaloïdes, mais dans la réunion de tous leurs principes constituants, et qu'en cas d'empoisonnement avec l'un d'eux, il faut se servir do l'autre sous forme d'extrait ou de teinture comme contre-poison. Ici du moins l'infirmation n'est pas aussi absolue; mais il est difficile de concevoir l'antagonisme d'une substance sans que son élément principal y contribue. Néanmoins ces dénégations doivent susciter d'autres expériences contradictoires pour en déterminer la valeur.

11 est permis d'en espérer la solution du concours que la Société de médecine du 6*^ arrondissement a institué sur cette question importante. Plusieurs préparations officinales contiennent en effet ces deux médicaments réunis, opium et belladone, de même que les prescriptions magistrales les réunissent encore tous les jours, notamment dans les topiques externes. Il est donc intéressant et utile do montrer s'ils s'annihilent et se neutralisent ainsi. 'Voy. Pnix.

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