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ARSENIC

ARSENIC. La question de savoir s'il est prophylactique et curatifde la phthisie pulmonaire, affirmée dans la Québec Gazette par une personne qui s'offrait d'en faire la preuve, a donné lieu à une curieuse enquête par le docteur La Rue, professeur de médecine légale et de toxicologie à l'université de Québec.

B... est un homme de quarante-sept ans, lymphatique, bien constitué, Anglais de naissance, résidant au Canada depuis

I 837. Il est intelligent et a reçu une bonne éducation. Il est marié et père de six enfants, tous bien portants, dont l'aîné a vingt-neuf ans, le plus jeune onze. La phthisie pulmonaire est héréditaire dans sa famille; son père en est mort à trente neuf ans, ainsi que quatre de ses oncles et plusieurs de ses cousins paternels ; rien du côté maternel. De \ 843 à I 8 Si, il en fut atteint lui-même, avec toux pénible, aphonie, émaciation et sueurs nocturnes. C'est alors que, sur l'annonce d'un journal, il commença à faire usage de l'acide arsénieux, dont il acheta deux onces, qu'il consomma en six ou huit semaines, en le prenant à l'intérieur cinq à six fois par jour, surtout avant son déjeuner, pour le faire expectorer, et en en fumant avec son tabac. Il recouvra ainsi la santé et continua depuis à en faire usage irrégulièrement, sans en avoir jamais éprouvé de nausées, ni vomissement, ni aucun trouble intestinal.

Invité par le professeur La Rue à faire la preuve de ce qu'il avançait, il tira de sa poche un petit flacon d'acide arsénieux pur, dont il mit la dose habituelle sur une petite lame d'argent.

II y en avait environ 3 grains, dont il avala immédiatement la moitié. Il en mêla un demi-grain ensuite au tabac de sa pipe, qu'il fuma en remplissant le laboratoire de l'odeur d'ail.

Un rendez vous fut Bxé pour mieux préciser celle curieuse expérience. Le 27 avril dernier, R... se rendit chez le professeur, qui lui pesa 2 grains d'acide arsénieux, chimiquement pur, de son laboratoire. Il les avala comme il en avait été convenu, et, trouvant la dose trop faible, il en prit une seconde. C'était donc 20 centigrammes environ. Il fuma ensuite tranquillement sa pipe sans que, surveillé par le médecin légiste, il rcjeUîl la moindre trace du poison dans les crachats. Après une heure de surveillance, aucun symptôme toxique ne se manifestant, B... demanda un cinquième grain d'acide arsénieux qu'il fuma dans sa pipe, et, pendant une demi-heure durant, il disserta sur les propriétés de l'arsenic par rapport avec ce qu'il avait entendu dire des mangeurs d'opium. Deux heures durant,

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