‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicalesChapitre 58 sur 158 · ENDOCARDITE · texte numérisé non relu

ENDOCARDITE

rieures; une autre au niveau de l'omoplate gauche. Leur nature ayant été bien déterminée, on renonça à intervenir chirurgicalement. Elle prit, en effet, un accroissement rapide; des accidents pulmonaires se montrèrent, et le malade succomba au mois d'août 1865.

L'autopsie confirma le diagnostic en montrant la véritable nature de ces tumeurs multiples des os et des ganglions lymphatiques, en voie de transformation cartilagineuse. Un thrombus d'un aspect laiteux, constitué par du cartilage gélatineux, gros comme un œuf de pigeon, se trouvait môme dans l'iliaque primitive ; dans l'iliaque externe, il avait le volume du petit doigt, se prolongeant dans les veines hypogastrique et ischiatique gauches. Celte thrombose cartilagineuse fut constatée de même dans le ventricule droit, le foie et différents vaisseaux, et s'accordait histologiquement avec ceux de l'enchondrome.

Mais là n'est pas le fait principal de cette observation ; l'hérédité nous semble bien plus capitale. Le grand'père der cet homme était mort d'une tumeur volumineuse du fémur, ayant donné écoulement, après incision, à 4 2 litres d'un liquide épais comme de la colle forte. Le père, âgé de soixante-deux ans. portait, depuis son enfance, de nombreuses et volumineuses exostoses aux quatre extrémités. Douze ans auparavant, le professeur Chelius l'a opéré d'un enchondrome du bras droit pesant deux livres ; la mère et une sœur sont exemples d'affections de ce genre; mais une seconde sœur de vingt-trois ans porte des exostoses slalactiformes considérables aux épiphyses inférieures des fémurs et supérieures des tibias. Un frère de dixhuit ans en porte aussi de nombreuses et volumineuses, aiguillées ou bosselées, sur différents points du squelette. (Virchow, Arch. XXXV, et Gaz. hebd., n° 40.)

ENDOCARDITE. Des endocardites. Thèse de concours pour l'agrégation à la Faculté de médecine de Paris, par le docteur Martineau, lauréat de la Faculté. Paris, in-8° de 4 60 pages.

De môme que les paralysies consécutives altribuées exclusivement tout d'abord à la diphthérie , notamment par M. Maingault, et que M. Gubler a depuis montré être communes à toutes les affections aiguës, graves, septicémiques surtout, l'auteur a montré que l'endocardite, loin d'être produite seulement du rhumatisme articulaire, est tributaire de beaucoup

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d'autres affections, notamment les fièvres éruptives, comme nous l'avions déjà signalé. — Voy. année 1864, Scarlatine.

ENDUITS IMPERMÉABLES. Un bon mémoire à consulter a été publié par M. fsnard (de Marseille) à ce sujet. Résultat de sa pratique depuis trois ans, il offre de nouveaux exemples de succès de cette médication contre le rhumatisme articulaire, diverses inflammations glandulaires, comme l'orchite, l'adénite, le bubon, le phlegmon mammaire, la péritonite et d'autres phlegmasies. Un exemple de péritonite localisée compliquant une hernie crurale étranglée, mérite surtout de fixer l'attention, car ce serait un nouveau moyen précieux d'éteindre, dès ses premières manifestations, une complication redoutable qui s'oppose souvent au succès du taxis et môme de la kélotomie. Mais il y a dans ce cas, comme dans tous les autres, une question d'appréciation que M. Isnard,en praticien sagace, ne manque pas d'évoquer. C'est le danger de masquer les signes du degré réel de l'étranglemeut, et d'amener ainsi une sécurité trompeuse. Conformément à l'observation de l'initiateur de cette méthode thérapeutique, M. le docteur de Robert de Latour, il a constaté, par cinq observations, qu'elle échoue le plus souvent contre l'orchite en raison de la compression exagérée qu'elle exerce sur le testicule, et que la solution gommée, saupoudrée d'amidon, est bien préférable. Des insuccès sont aussi notés dans le bubon et l'hygroma. Cette nouvelle contribution servira ainsi à instruire, élucider le mode d'action de ce résolutif et les cas où il est applicable. (Union méd. de la Provence, janvier.)

Il eût été désirable pourtant que M. Isnard précisât davantage ses observations en donnant au moins un exemple type, détaillé et irréfutable pour chaque série de maladies. C'est surtout lorsqu'un fait est nié, discuté, qu'il convient d'en montrer la réalité jusqu'à l'évidence, d'une manière irrécusable, et il appartenait à l'habile observateur marseillais de ne rien< laisser désirer à cet égard, pas plus qu'à Toulouse, à Strasbourg et ailleurs.

ENSEIGNEMENT. La création d'une commission chargé©;' de le réorganiser en France a excité partout les préoccupations du corps médical. La presse périodique a discuté cette question importante, discussion trop vite étouffée par la saisie de Y Union médicale, un de ses organes les plus accrédités. De nouvelles

Facultés ont été réclamées départ et d'autre en province; mais c'est surtout la liberté de l'enseignement qui a prévalu à Paris.

Mieux inspiré que pour la liberté de l'exercice (voy. ce mot), M. Le Fort demande pour chacun, seul ou associé, le droit d'enseigner et de fonder, à côté et en concurrence des Facultés et des Écoles de l'État, des Facultés, des Écoles et des cours libres sans aucune subvention, comme cela existe en d'autres pays voisins. Telles sont l'Université libre de Bruxelles et l'Université catholique de Louvain, en concurrence des Universités de Gand et de Liège, les nombreux Collèges-hôpitaux de Londres avec les Universités d'Oxford, Cambridge et autres. Ces institutions libres offrent un moyen facile et précieux pour l'État de recruter son personnel enseignant, et créent entre elles un stimulant d'émulation et de progrès. Il demande ainsi la création de nouvelles Facultés à Lyon, Bordeaux, Lille, Nantes et Rouen, pour tenir lieu des écoles préparatoires départementales existantes. Chacune aurait le droit de délivrer le diplôme à sa guise, mais sans que celui-ci donnât, le droit d'exercice. Un jury mixte serait chargé d'examiner les aspirants au droit d'exercice, comme en Belgique et en Allemagne pour les examens d'Étal. Les épreuves seraient ainsi plus probantes, plus pratiques, et l'enseignement de chaque Faculté serait apprécié à sa juste valeur, d'après le degré d'instruction des candidats qui en sortiraient, et dont ils feraient preuve aux examens de pratique. L'enseignement des professeurs n'en serait aussi que mieux apprécié à sa juste valeur.

Tout en désirant l'unité du titre, des études et des droits professionnels, M. Le Fort, reconnaissant l'impossibilité de pourvoir immédiatement la France de docteurs en médecine, en nombre suffisant, propose que, dans ces Facultés où les jeunes gens pourraient faire leurs études complètes, à moindres frais et dans le voisinage de leurs familles, le baccalauréat ne soit pas indispensable pour s'inscrire. Un examen témoignant d'études classiques commencées, sinon complètes, y suppléerait, après quoi les études accessoires et médicales suivraient leurs cours. Le titre délivré par ces Facultés serait celui de bachelier en médecine, ne donnant pas droit à l'exercice, titre purement universitaire et honorifique. Avec un jury combiné de ces Facultés entre elles, ce serait celui de licencié, donnant droit à l'exercice. Un an d'études supplémentaires à la Faculté de Paris, sanctionnées par de nouveaux examens, et le titre

do bachelier ès lettres pour s'y présenter, seraient indispensables pour acquérir le doctorat, titre exigé pour le professorat (Gaz. hebd., nos 6, 8, 10.)

Ce système si compliqué reproduit celui de M. Pascal (voy. Organisation, année 1864) avec ses Facultés, ses titres et ses droits multiples y correspondant, sans que l'avantage en soit bien évident. Il n'en est pas de même de la séparation des professeurs et des examinateurs, déjà proposée par M. Diday (voy. Année 4 865) ; celui-ci a l'avantage de réserver les droits des Facultés en créant des garanties sérieuses pour la pratique. Les conditions mises par l'Union médicale à la création de nouvelles Facultés et la liberté d'enseignement : de conserver et de perfectionner celles qui existent, sont réalisées par là et l'objection des dépenses écartée, puisqu'au lieu de l'État, ces Facultés nouvelles seraient à la charge des particuliers, des associations ou des communes. On peut prévoir, en effet, que Lyon, Bordeaux, Marseille, ne demanderaient pas mieux que de s'imposer à cet effet, si elles en avaient le droit. C'est ainsi que ce système fonctionne avec succès en Allemagne, en Angleterre, en Belgique. Les études en sont rendues plus sérieuses et plus complètes, et il n'y a qu'à souhaiter, dans l'intérêt de la liberté comme du progrès de la science et le salut des malades, qu'il soit adopté en France.

M. Farge (d'Angers) ne voit pas l'avantage de nouvelles Facultés, toujours inférieures, en fait comme en droit, à celle de Paris, pour remplacer les dix-huit écoles préparatoires. La décentralisation n'en résulterait pas, et il y aurait ce grave inconvénient, dans l'abolition de ces Écoles, d'arrêter le mouvement intellectuel et scientifique qu'elles impriment et maintiennent dans toute leur sphère d'action, par la nécessité pour les professeurs de se tenir au courant de la science, autant pour conserver leur autorité devant les élèves que devant les praticiens, qui recourent ordinairement à eux comme consultants, aiguillon puissant qui pique tout praticien, même au fond des campagnes. Brisez le premier anneau de cette chaîne, ôtez au praticien affairé de la ville l'attrait ou l'obligation de l'étude pour l'enseignement, le contrôle de l'élève au lit du malade et à l'amphithéâtre, et dès lors les éludes tomberont etj avec elles la valeur et la dignité de notre profession. Il conclut donc à la conservation de ces établissements pour utiliser, partout où se trouve un grand hôpital, des cliniques, des autopsies, •

des dissections, un mouvement naturel de population et quelques professeurs instruits et dévoués, cet enseignement élémentaire, immédiat et pratique, et propose d'en étendre le stage à trois années au lieu de deux. Un examen probatoire anatomique et clinique en serait la sanction pour l'admission dans les Facultés dont on peut augmenter le nombre, sans doute d'une ou deux, là où elles peuvent être vraiment supérieures et dignes de leurs aînées, mais en égalisantlesdiplômessansabaisser le niveau des éludes ni de l'enseignement. {Gaz. heb., n° 9.)

Grâce à la vapeur et à l'initiative de M. Lasègue, mieux que tous les plans et projets en perspective, une amélioration s'est réalisée ipso facto dans l'enseignement clinique de la folie. Il n'y aura plus, à l'avenir, des cours de la Faculté, que les herborisations qui se feront extra-muros ; voici l'étude des maladies mentales dirigée dans cette voie, d'autres suivront. Pour compléter l'instruction des nombreux élèves français et étrangers qui suivent ses cours à la Faculté et à la Salpêtrière , et les initier aux progrès médico-administratifs accomplis dans les asiles des départements, le brillant professeur les a conduits, au nombre de soixante-six, dans les asiles de Saint- Yon et de Quatre-Mares, où un nombreux concours de confrères aliénistes les attendait. Après une réception des plus cordiales, la visite de chacun de ces établissements a été suivie d'une conférence des médecins-directeurs. M. Morel a pris pour texte l'influence de V hérédité dans les maladies mentales ; M. Dumesnil , les l'émis-* sions clans la paralysie générale. Ajoutez déjeuner et dîner, et voilà une journée bien employée. Cette excursion scientifique, qui n'a pas même été signalée dans la presse centrale, restera comme un exemple asuivre, une innovation à féconder. — V. Prix.

D'autres innovations , des perfectionnements considérables ont aussi été réalisés dans l'enseignement de la médecine navale par un nouveau règlement. — V. Marine.

Elèves des Écoles de médecine de Bucharest. Assimilant ces élèves à ceux de nos écoles préparatoires, un arrêté ministériel du 14 juillet 1 866 les a admis à prendre le grade de docteur dans les Facultés françaises, en justifiant des inscriptions régulièrement prises et des connaissances classiques exigées pour les baccalauréats. Moyennant le payement des droits afférents à ces examens et aux inscriptions, ils pourront terminer leurs études dansées Facultés peur parvenir au doctorat.

Rien de mieux que de faciliter ainsi aux élèves étrangers l'admission dans nos Facultés. Mais pourquoi cette faculté ne s'étend-elle pas à toutes les écoles, universités, collèges, plutôt qu'à celledes Principautés-unies en particulier? Pourquoi, devant un si grand acte à accomplir, se restreindre à un si petit?...

La réforme de l'enseignement dont il est question en France, donne un certain intérêt d'actualité à une dénonciation du maître par ses élèves. Les étudiants en médecine de l'Université de Bruxelles, croyant avoir à se plaindre du professeur d'obstétrique, M. Hyernaux, sur la manière dont il faisait sa clinique, en favorisant les élèves sages-femmes au préjudice de leur instruction, ont adressé une longue pétition à la Faculté, dans laquelle les faits sont articulés et de graves abus dénoncés contre lui. Ainsi, sur 528 accouchements par an, ils n'assistaient pas à plus de 25, parce qu'ils se faisaient à leur insu ; des manœuvres se faisaient en leur absence, et qu'il s'agît de version ou d'application de forceps en leur présence, la préférence était donnée aux élèves sages-femmes pour les exécuter , etc. , etc. Tous les mystères de la Maternité, dévoilés un à un, n'étaient ainsi guère à l'avantage du maître. Mais est-il bien licite, permis de le dénoncer pour cela? Pour les partisans du respect de l'autorité , de la hiérarchie quand même, ce sera l'abomination de la désolation, une pareille coalition est le renversement de tout ordre. Et pourtant, comment ces étudiants, lésés dans leurs plus chers intérêts, leur instruction, leur avenir, pouvaient-ils réclamer autrement? Qui, mieux qu'eux, pouvait connaître ces abus et en demander la répression? Le payement des droits universitaires ne leur crée-t-il pas d'ailleurs le droit réciproque d'exiger l'exécution des règlements? Et, loin que cet acte s'élève contre eux, ne témoigne-t-il pas, au contraire, de leurs dispositions studieuses, de leur désir d'apprendre, et nedoit-il pas être interprété plutôt en leur faveur? Souvent ainsi, au lieu de s'effrayer de l'exercice de la liberté, même la plus insolite, et de la condamner à priori, on est amené à en reconnaître la justesse et la légitimité par l'examen des motifs qui l'ont fait naître. C'est ce qu'a fait sagement l'Université de Bruxelles, en nommant immédiatement un professeur adjoint au titulaire inculpé. De quel côté que le droit se trouve, la justice commande de le reconnaître et de le consacrer.

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