‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 121 sur 214 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

dynastie, Ramsès I

i4oo-

Seti l

i326-i3oo

Ramsès II

i3oo-i234

Ménephtah

Séti II

Les égyptologues ne donnent pas tous le même ordre dans la suite des Pharaons, spécialement poiu' la XVIII* dynastie. Plusieurs mettent dans cette dynastie les deux règnes précédents, d'Ahmosis I""" et d' Amenophis I". Mais cela n'importe pas à notre sujet.

Lorsque Moïse entama les pourparlers avec Pharaon, il avait 80 ans {Ex., vu, ■j); à sa naissance, la persécution battait déjà son plein, puisque lui-même fut exposé sur le Nil; en supposant qu'elle s'exerçait depuis une vingtaine d'années, on arrive à la durée d'un siècle. L'oppression des Hébreux aurait donc commencé vers lôS'j, c'est-à-dire dans les débuts de la xviii" dynastie, elle aurait atteint son maximum d'acuité sous le long règne de Thoutmès III (une quarantaine d'années), celui-ci serait le Pharaon qui mit à prix la tête de Moïse {Ex., ir, i5) et l'Exode aurait eu lieu sous Amenophis II. Les Hébreux seraient arrivés dans la terre promise 4o ans plus tard, au temps d' Amenophis III. D'ailleurs, comme les chiffres ici ne sont qu'approximatifs, on peut reculer tous les événements de manière à placer l'arrivée en Palestine sous Amenophis IV. Celte hj'pothèse, que nous suggère la chronologie biblique, n'est contredite par aucun document i)ositif et s'appuie sur plusieurs autres indices.

2) Le Pharaon oppresseur. — a) « Il s'éleva sur l'Egypte un autre roi qui ne connaissait pas Joseph. » {Ex., i, 8.) Ces mots annoncent un revirement considérable dans la politique égyptienne, et tout naturellement on pense à l'expulsion des rois Pasteurs, les protecteurs des Hébreux, par les chefs indigènes qui forment la xvii" dynastie. Cette expulsion ne se lit pas en une année, ce fut une guerre qui dura peutêtre un demi-siècle. Lorsque les princes de Thèbes, descendant peu à peu la vallée, eurent entîn emporté d'assaut Avaris, la dernière forteresse des Hyksos, et étendu leur domination sur toute l'Egypte, ils devaient prendre tous les moyens pour consolider leur pouvoir à l'intérieur, et ils portèrent leur attention sur ce peuple d'étrangers, ces Asiatiques qui débordaient déjà de la terre de Gessen. « Voici que les enfants d'Israël forment un peuple plus nombreux et plus puissant que nous. Allons! Prenons des précautions

contre lui, empêchons-le de s'accroître, de peur que, une guerre survenant, il ne se joigne à nos ennemis poiu' nous combattre et ne réussisse à sortir du pajs. » {Ex., I, 9, 10.) Une pareille mesure se comprend très bien alors que les ennemis étaient encore aux portes et qu'il y avait tout lieu de s'attendre à un retour offensif, elle est beaucoup moins Araisemblable, dans la seconde hypothèse, sous la xix' dynastie, alors que l'empire égyptien dépassait la Syrie et que jusqu'à rOronte tout tremblait devant Pharaon. De même, l'idée d'un h nouveau roi «, le changement de conduite à l'égard d'Israël, s'expliquent moins facilement sous la xix' dynastie, près de deux cents ans après la mort de Joseph, puisque dans les deux hypothèses le Pharaon de Joseph est un Hyksos.

Il est vrai que la durée du séjour en Egypte peut ici intervenir, mais cette durée, bibliqueinent pariant, est fort incertaine. Qu'on la porte jusqu'à 43o ans, ou qu'on la réduise à 2i5, c'est la première hypothèse qui est j)référable. Les 43o ans ajoutes à 143^ nous mènent à 1867, et comme Joseph ne peut être séparé d'Abraham par guère plus de 200 ans, puisqu'il est son arrière-petit-lils, cela place Abraham vers 2o5o, date que les autres documents actuels semblent indiquer (A. CoNUAMiN, Etudes, 20 mai 1908, p. 485-5oi). En adoptant les 210 ans, ce qui est un minimum, on aurait pour Abraham 1802. La seconde hypothèse, qui met l'exode sous Ménephtah, c'est-à-dire deux cents ans plus tard, doit rabaisser d'autant la date d'Abraham, ce qui est moins conforme aux autres données.

l>) Les Egyptiens « établirent donc sur Israël des chefs de corvée, alin de l'accabler par des traA'aux pénibles. C'est ainsi qu'il bâtit des villes pour servir de magasins à Pharaon, savoir Pithom et Ramsès. » {Ex., 1, II.) La fabrication des briques pour la construction de magasins publics, telle fut la cor%ée à laquelle, jusqu'à leur départ, les Hél)reux furent condamnés par les divers Pharaons qui les persécutèrent pendant une centaine d'années. La Bible a reçu ici de l'égyptologie une éclatante confirmation. Pithom, en égyptien pi-tum, la ville ou le temple de Tum, a été définitivement identifié parles fouilles de l'égyptologue suisse Xaa'ille en i88c5, avec les ruines de Tell el-maskhouta, dans le Ouadi Toumilat, à l'ouest d'Ismaïlia. Il y avait là un temple ancien dédié au dieu Tum, d'où le nom de la localité. Naville reconnut que ce temple se trouvait dans une vaste enceinte en briques, sorte de forteresse qui enveloppait une surface de quatre hectares environ. C'est dans cette enceinte qu'étaient les greniers destinés à recevoir le blé cjui servait d'approvisionnement aux troupes. Leurs traces, leur plan étaient encore conservés sous le sable, c'étaient des constructions rectangulaires, de dimensions inégales, solidement bâties en murs de briques, d'au moins deux mètres d'épaisseur (cf. Lagier, Dict. de la Bible, v, 323). Ce même endroit s'appelait Thukut (= Socoth ou Sucoth, Ex., xiii, 20) et ce nom désignait à la fois la ville et la contrée avoisinante. Quant à la ville de Ramsès, elle n'est pas encore identifiée avec certitude. Les uns ont dit que c'était Tanis, les autres pensent que Tanis, bien qu'api^elée dans quelques documents pi-ratnsès, est trop loin de la terre de Gessen, et inclinent pour les ruines de Tell Rotàb au milieu du Ouadi Toumilat. Les récentes fouilles (1906) de Flinders Pétrie en cet endroit ont mis à jour des ruines de temples, des murs en briques, travaux de la xviii<^ et de la xix« dynastie, mais rien n'indique que la ville ait eu nom Ramsès.

Un fait est certain, c'est que la xviii' et la xix' dynastie firent exécuter de grandes constructions en I briques dans la Basse-Egypte (Maspero, Histoire

EGYPTE

ancienne des peuples de l'Orient, ^«édit., 1906, p. 244), et spécialement dans la terre de Gessen. C'est aussi que ces deux dynasties présentent la même physionomie politique, caractère belliqueux des souverains, puissante organisation, guerres continuelles, longues et nombrevises campagnes en Syrie et jusqu'en Mésopotamie. On peut donc choisir dans ces deux dynasties les Pharaons oppresseurs des Hébreux. Il est même à croire que les princes de la xviii' djnastie qui furent les initiateurs de ce mouvement, qui commencèrent les travaux, de construction, tirent appel aux haljitants du pays, aux Hébreux qu'ils avaient intérêt à tenir dans un rude esclavage. La Araisemblance du lait est contirmée par un tableau figurant dans un hypogée de Gournah, près de Thèbes, et datant du règne de Thoutmès III. On y voit des étrangers, des Asiatiques, travaillant à la fabrication des briques pour le temple d'Amon, sous le regard de surveillants armés de limpitojable bâton. Tous les détails y sont représentés, on puise de l'eau, on pétrit l'argile, on porte le limon, on façonne les briques dans le moule de bois, on les cliarge, on les emporte ; ainsi peinait Israël autour de Pithom et de Ramsès. 3) La tradition. — Une tradition rapportée par Théophile d'Antioche (^c/ Autolyc, m, 20; P. G., VI, 1147), par Fl. Joskphe {Contra Apioneni, i, 26, édit. Didot, II, p. 358) et par Manétuon (dans Josèphe, loc. cit., p. 36o) place Moïse et l'Exode sous la xvuie dynastie. Voici en substance le récit de Mané- Ihon. Sur le conseil des dieux, le roi Aménophis veut délivrer le pajs des lépreux et de tous les hommes impiu-s, il en réunit 80.000 et les jette dans les carrières de Toura (au sud du Caire actuel), puis il leur concède la ville d'Avaris. demeurée déserte depuis le départ des Pasteurs. Ils s'y organisent en nation sous la conduite d'un prêtre d'Hcliopolis Orsasyph, appelé aussi Moïse. Celui-ci appelle à son secours les descendants des Pasteurs, fixés en Palestine. A eux tous ils s'emparent de l'Egypte et livrent le pays au pillage et à l'incendie. Aménophis a été obligé de se réfugier en Ethiopie, mais il en revient bientôt avec son lils Ramsès et une puissante armée, attaque les Pasteurs et les Impurs, les met en déroute et les poursuit juscju'aux frontières de la Syrie.

Malgré tout ce tpi'il y a de légendaire et d'invraisemblable dans ce récit, il est dithcile de croire que rien n'y est historique. Manéthon, qui écrivait sous Ptolémée II Philadelphe (286-247), connaissait-il Moïse par les annales égyptiennes ou par les Livres Saints, que traduisaient alors les Septante à Alexandrie, ou par les Juifs établis dans la vallée du Xil déjà depuis le v' siècle avant Jésus-Christ? il est dilhcile de le décider. En tout cas, il avait une raison pour unir le nom de Moïse à celui d' Aménophis plutôt qu'à un autre, et on ne voit pas quelle aurait bien pu être celte raison, si ce n'est la tradition. Josèphe, qui cite tout le passage de Manéthon, accuse l'historien égyi)tien d'avoir changé à dessein le nom du Pharaon, mais en cela il n'a d'autre but <(ue de mieux séparer la cause de Moïse de celle des Pasteurs.

4) Les « Ilahiri » des lettres de Tell el-Amarna . — Si les H'-[)reux sortirent d'Egypte vers i437 sous le règne d'Anu'nophis II, ils parvinrent en Palestine, après leurs 4o ans de pérégrinations dans le désert, vers i3g7 sous Améno|)his 111. Or à ce moment même, les lettres des gouverneurs des principales villes de Palestine à leur maître, le Pliaraon d'Egypte (.Vménoj)liis III ou Aménopliis IV), annoncent l'invasion du pays par un peuple d'élrangcrs (|u'elles appellent IJabiri. Le préfet de Jérusalem en particulier, Ai)dkhiba, réclame instamment du secours : « Pourquoi aimes-tu les Ilabiri et haïs-tu les préfets? » — « Le territoire du roi est perdu, si vous ne m'écoutez pas.

tous les préfets sont perdus, le roi n"a plus de préfets. Que le roi tourne sa face vers eux; que le roi mon maître fasse marcher des soldats auxiliaires. Le roi n'a plus de territoire; les Haljiri pillent tous les territoires du roi. » — « S'il n'y a pas de soldats auxiliaires, le pays du roi passe aux Ilabiri. y> (H. Wix- CKLER,Z>/e Thoutafelnvon Tell-el-Amarna. xi-doZ-ZiZ.) Les Habiri sont ainsi nommés plusieurs fois. Quel était ce peuple puissant qui envahissait alors les territoires soumis à Pharaon? On a pensé immédiatement aux Hébreux. Et d'abord notons qu'il y a correspondance philologique entre Habiri et Hibri (Hébreux), puisque l'assyrien représente souvent par ha la lettre ain qui commence le mot Hibri; en cela les assyriologues sont d'accord. Reste à savoir si pour d'autres raisons il est impossible d'identifier les Haliiri avec les Hébreux. Ici les avis sont pai-tagés; Winckler regai'de cette identification comme certaine, d'autres la contestent (cf. Delattre, Revue des questions historiques, t. XXXI, 1904, p. 353 sqq). En tout cas, il semble diiricile d'admettre qu'elle ne soit pas possible. Il est à remarquer, en effet, que si les Habiri occupèrent la Palestine, comme il ressort des lettres de Tell el-Amarna, les Hébreux, à leur arrivée, eiu-ent à les expulser, ils eurent au moins à les combattre ; or, parmi les ennemis d'Israël, on ne trouve aucun nom qui rappelle les Habiri. Si ce peuple n'était pas les Hébreux eux-mêmes, où avait-il passé? Qu'était-il devenu? (Cf. article du P. A. Coxd.vmin sur Babyloxe ET LA Bible, col. 353.)

5) La stèle de Ménephtah. — Cette stèle, découverte en 1895 à Thèbes, par Flixders Pétrie, et conservée au musée du Caire, porte une longue inscription qui est un chant triomphal divisé en deux parties ; dans la première on raconte en style poétique qu'en l'an v de son règne Ménephtah remporta une victoire éclatante sur les Libyens, ses ennemis de l'Ouest; dans la seconde, beaucoup plus courte, on dépeint la situation des peuples du Nord. Voici le passage qui nous intéresse : « Les chefs étendus à terre disent le salut, et nul parmi les nomades ne porte le front haut. Tihonou est deAasté, Khéta est en paix, Canaan est la proie de tous les maux, Ascalon est emmené, Ghézer est pris, Jamnia est anéanti, Lsraël est détruit, il n'a plus de semence, lu Syrie est semblable à une veuve d'Egypte. Tous les pays sont réunis en paix. »

Israël est ici nommé expressément, et c'est le seul document égyptien qui fasse sûrement mention des Hébreux. Cette seconde partie contient, comme on le voit, rénumération d'un groupe de peuples établis en Syrie et en Palestine. Israël est bien à sa place géographique à côté des gens d'Ascalon, de Gézer, de Jamnia; au temps de Ménephtah, il était donc fixé en Palestine, ce qui concorde bien avec la première hypothèse. Le document est authentique et clair; il cadre mal avec la seconde hypothèse. On dit que l'Israël ici nommé n'est pas l'Israël de l'Exode, mais un clan d'Hébreux déjà établis dans la Terre prouiis(>; supposition gratuite, et manifestement contraire à la Bible, On dit aussi que la mention de la stèle peut s'appli(pier à Israël récemment sorti d'Egypte et disparu, sans laisser de trace, dans les profondeurs du désert. Mais alors pourquoi le nommer après Ghézer, Jamnia, et avant la Syrie? Pourquoi le confondre avec les ennemis vaincus et soumis, alors qu'il n'aA ait jamais été ennemi de l'Egypte, qu'il avait travaillé pour elle, lui avait construit des forteresses? Pourquoi surtout le mentionner, alors que ce souvenir, loin d'être une gloire, ne rappelait à tous qu'un lamentable et Iiumiliant échec? Sans doute, supposé prouvé par ailleurs le récent départ des Hébreux, ce serait la seule explication possible.

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mais c'est le contraire qui est en question. Qu'un historien sans parti pris, sans idée préconçue, lise la stèle de Ménephtah, il placera tout naturellement Israël en Palestine, à côlé des autres peuples que mentionne le texte.

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