‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 126 sur 214 · IV. Fin de la religion égyptienne · texte numérisé non relu

IV. Fin de la religion égyptienne

I. Décadence et zoolâtrie. — A la fin du Xou- Ael Empire, l'Egypte entre dans une voie de décadence. Les nombreuses réAolutions qui boulcAersent alors ce pays jusqu'à son incorporation à l'empire romain ont leur contre-coup dans la religion. Au contact des étrangers, le bloc ancien peu à peu se désagrège. Sous la xxA^e dynastie, l'épée Aictorieuse de quelques A'aillants soldats, les Pharaons Psammétiquc, Néchao, Apriès, rétablit jiour un temps l'unité politique et jette au dehors quchjucs reflets de gloire; c'est une période de renaissance dans les arts et dans la religion. Les artistes rcAiennent aAcc succès aux anciennes méthodes. Les prêtres Acculent aussi faire rcA-iAre les institutions antiques. Mais le niAeau des idées a considérablement baissé, et, on ne sait trop sous quelles influences, l'élan qui pousse les àiues aux pratiques religieuses aboutit simplement à la zoolâtrie. Les animaux que les anciens aAaient plus ou moins mêlés à leur culte, comme symboles ou manil'estations de la diAinité, montent sur les autels et, s'ils n'en chassent pas complètement les dieux, ils les relèguent au second plan. Serpents, crocodiles, oiseaux, chats, béliers sont tiaités comme des êtres sacrés, respectés autant et plus peut-être que les statues d'Amon Rà ou d'Osiris, embaumés, momiliés, inhumés aA^ec des honneurs diA'ins. Et ce mouA'ement, qui débute sous la xxai' dynastie, A'a en progressant jusqu'à l'époque romaine. Il n'y a rien d'exagéré dans ce que raconte Hérodote à ce sujet. Les découAcrtes modernes l'on pleinement confirmé. C'est en nomlire incalculable que sont reAcnus à la lumière les animaux sacrés, gratifiés d'un luxe de sépulture qu'autrefois seuls les riches personnages pouA'aient se payer. On en trouAC d'immenses cimetières à côté des anciennes nécropoles des seigneurs et des rois ; les chats sortent des fosses pai- centaines de raille, bien euAcloppés dans leurs bandelettes d'où émerge une tête desséchée, des familles de crocodiles surgissent des caAcrnes et des trous, portant parfois dans leur sein de précieux papyrus qui ont serA'i à les bourrer, les ibis, les éperA^iers, les serpents, les poissons s'échappent des cruches éAentrées et foisonnent dans les décombres. Il semble que les hommes de ces générations, Aictinics de la plus étrange aberration d'esprit, apportaient plus de soin et de scrupule à la sépulture d'un chat qu'à celle de leur père et de leur mère.

C'est aussi à la même époque qu'apparaissent dans les tombeaux ces nombreuses statuettes en terre émaillée qu'on a appelées les répondants. Aux anciennes idées religieuses sur l'autre A'ie, restées foncièrement les mêmes, un nouvel élément s'est ajouté. On croit que les défunts, comme les AiAants, sont soumis à la corA-ée, et pour y échapper on n'a rien trouA'é de mieux que de se substituer des rempla-

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çants. Le dieu qui prétendait les obligei- ù piocher, à labourer, à moissonner, à porter de l'eau et du sable, pouvait bien, pensaient-ils, animer un individu de terre, lui inspirer un souille de vie, et pourquoi ii'accepterait-il pas la substitution? Il fallait donc emporter avec soi un nombre suflisant de ces remplaçants à bon marché, destinés à répondre au nom du vrai défunt et à exécuter tous les travaux commandés. Est-il nécessaire de faire remarquer que cette conception accuse une nouvelle chute dans la décadence morale et religieuse.

Sous les Ptolémées, cette décadence se précipite, malgré l'éclat et la pompe des cérémonies oilicielles. Les nouveaux souverains de rEgyi)te ont compris quel jiarti ils pouvaient tirer de la religion nationale pour étayer leur ^louvoir, et ils s'en font un instrument de règne. Non seulement ils lui laissent toute sa liberté, mais ils s'appliquent à eu rehausser le prestige. Ils respectent les prérogatives de la classe sacerdotale, prennent part aux processions et aux rites sacrés, restaurent les temples et les enrichissent des décors les plus somptueux. La plupart des sanctuaires encore debout en Egypte sont l'œuvre des Ptolémées. En retour le peuple ne ménage pas son respect à ces dignes successeurs des Pharaons, les prêtres leur décernent les honneurs divins comme au beau temps des Ramsès et des Thoutmès.

Et cependant ces brillantes manifestations ne sont qu'un mouvement de surface, il y manque cette spontanéité, cette sincérité qui vient de l'intime des âmes, les grandes idées religieuses ont décidément déserté les esprits. L'Egypte entière s'enfonce de plus en plus dans la fange du culte zoolàtrique. Par un renversement des rôles, l'animal n'est plus le serviteur de l'homme, c'est l'homme qui est le serviteur de l'animal. Il faut se laisser piquer par les serpents, dévorer par les crocodiles, plutôt que de leur causer le moindre mal en cherchant à se défendre. Un Romain tue un chat par mégarde, il est mis à mort par le peuple (Diouork, I, 84). Les habitants du nome cynopolite (Moyenne-Egypte) prennent et mangent un certain poisson vénéré par les habitants du nome d'Oxj'rrhynque , ceux-ci leur déclarent une guerre à mort, et prennent et égorgent le chien adoré par les cynopolites (Pi.utarque, De Iside et Osiride, ■ja). On nourrit à grands frais les crocodiles dans les lacs sacrés (Strabon, XVII, 38). L'auteur du li\Te de la Sagesse, qui vivait à Alexandrie au milieu du second siècle avant Jésus-Christ, qui était donc lui-même témoin de pareilles horreurs, n'avait à faire aucun effort d'imagination quand il disait des Egyptiens : ft En punition des pensées extravagantes, fruit de leur perversité, qui les égaraient et leur faisaiejit adorer des reptiles sans raison et de A'ils animaux, vous lexir envoyâtes une multitude de bêles stupides; pour leur a[)|)rendre ((ue ce qui sert à l'homme pour pécher sert aussi à son châtiment. » (Sap., XI, i5, iG.) Ces reproches, les générations contemporaines de l'Exode les avaient mérités, car elles aussi avaient un culte exagéré i)our les animaux, emblèmes des dieux, mais ils s'adressent à bien plus juste titre à ces Egj'ptiens des six <lerniers siècles, tjui s'abaissèrent aux pratiques les plus dégradantes du fétichisme animalier.

Telle était la religion du peu|)le. Etait-elle aussi celle de la classe supérieure? A Alexandrie et dans les autres villes où dominait l'élément grec, il semble bien que le monde pensant et lettré se délachait insensililemenl des anciennes croyances, ou plutôt qu'il tendait à les moderniser, c'est-A-dire à les gréciser. Les Grecs, c'était alors la science, la philosophie, la civilisation. L'attrait qu'on ressentait pour eux se portait aussi sur leur religion. Aussi voit-on

alors les dieux de l'Olympe entrer dans la société antique des dieux héliopolitains et thébains, Jupiter trôner dans les temples à côté d'Osiris et d'Amon, Aphrodite à côté d'Isis. Avec la marche des idées, on oublie même les anciennes divinités nationales, on n'en retient qu'un petit nombre, Osiris, Isis, Horus, Thoth, encore a-t-on soin de les transformer, de les dépouiller de leurs formes rigides et hiératicfues, de les délivrer de la gaine qui les emprisonnait, pour leur donner un peu de l'aisance et de la souplesse hellénique. Horus devient Harpocrate, sorte de bambino qui s'amuse à aller à cheval sur le bélier ou sur l'oie, les animaux sacrés d'Amon, qui aime à tenir le doigt sur la bouche, ce qui l'a fait surnommer le dieu du silence, qui se déguise pai"fois en homme vêtu à la grecque, portant un panier au bras ou la corne d'abondance. Sa mère Isis est également obligée, pour se faire accepter, de prendre les allures d'Aphrodite. Osiris doit s'effacer à Alexandrie devant le grand Sérapis ou se fondre avec lui. Sérapis est un dieu de Sinope, apporté à Alexandrie par Ptolémée II, sur la foi d'un songe, et richement installé dans un temple au milieu de la ville. Il reste le dieu favori des Alexandrins jusqu'à leur conversion au christianisme. Au premier siècle de l'ère chrétienne, la religion égyptienne est un mélange d'éléments grecs et égjptiens.

2. Rapports avec le Judaïsme. — Depuis la captivité de Babylone, l'Egypte fut i^our les Juifs le lieu de refuge. Déjà en 58^ ceux que Nabuchodonosor a laissés en Palestine commencent le mouvement. Après avoir misa mort le gouverneur Godolias, ils s'enfuient au delà du désert, pour échapper à la fureur du grand roi, et vont s'établir à Memphis, à Daphné, à Migdol, au pays de Phaturès (Jer., xxin, "j ; XLiv, i). Les découvertes de ces dernières années nous ont fait connaître une puissante colonie juive lixée dès le sixième siècle au fond de l'Egypte, à Assouan. Avant même la conquête de Cambyse (525), cette colonie était assez développée et assez riche pour se construire un temple superbe dans l'île d'Eléphantine. Ce temple, détruit et incendié par les Egyptiens adorateurs du dieu Chnouni, l'an i4 de Darius (ôoy), fut réédilié quelques années plus tard. Sous les Ptolémées, le nombre des Juifs établis à Alexandrie s'élève à cent mille, et au temps de Vespasien il atteint un million dans l'Egyitte entière. Outre le temple d'Eléphantine, ils en ont un autre en Basse-Egypte, construit par le grand prêtre Onias avec l'aide de Ptolémée Philomélor II. probal)lcmeut à Tell-el-yahoudié,près de Chibin-el-Kanàter.

Quelles intluences religieuses s'exercèrent dans un sens ou dans l'autre, pétulant ces six siècles? Se iit-il (pu hiue conqiéiiétration du judaïsme etdupaganisme, ou l>ien les deux religions restèrent-elles étrangères l'une à l'autre? A vrai dire, nous n'avons aucun document précis sur cette question, et il faut la trancher surtout par des considérations générales. En effet, remar(pions d'abord qu'aucun des deux cultes n'était à cette époque en voie de fornuUion, qu'ils avaient leur doctrine et leurs cérénumies depuis longtemi)S déterminées et réglées, il est donc à présumer (jue chacun continua à garder ses propres usages.

Au reste, les Juifs u étaient i>as synqialhiques aux Egyptiens. C'est jiar jalousie ou rivalité que les prêtres du dieu Chnoum tirent détruire le temple d'Eh'pliantine. A Tell-el-Yahoudié, les fils d'Israël ne se mêlaient ])as aux païens, ils occupaient des (juartiers à part. Ils n'avaient d'ailleurs pas l'esprit de prosélytisme et attendaient de Dieu sculcette conversion des nations que les prophètes avaient annon-

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cée. On ne trouve quelque trace de l'influence juive que dans la magie. Là, dans des grimoires où fourmillent les termes les plus exotiques, apparaissent des souvenirs bibliques. Un magicien parle de « Moïse devant lequel (Dieu) se manifeste sur la montagne ». Une amulette porte l'inscription /«o Sabaoth (Erman, La religion égyptienne, p. 817, 819).

Il serait pourtant exagéré de dire qu'au point de vue des idées la séparation fut aussi tranchée que le culte, et qu'il n'y eut aucune action réciproque. Dans les documents découverts à Assouan en igo^. on voit les Juifs prononcer sans scrupule le nom de Jahvé, jurer à la fois et sur le même ton par une divinité égj'ptienne et par Jahvé. D'autre part, les grands événements qui s'accomplirent sous les Ptolémées, la traduction des Saintes Ecritures qui, com-

mencée vers 285, dura plus de cent ans, la composition de ce livre magniûque de la Sagesse, attirèrent nécessairement sur la communauté juive d'Alexandrie l'attention du monde savant, et plus d'un païen voulut prendre connaissance de ces fameux livres qu'on disait inspirés de Dieu.

HYMNE AU soleil; PSAUME CIV

Dans son Histoire def; Anciens Egyptiens, Breaste» met en parallèle le psaume civ. célébrant la création, et l'hj'mne triomphal d'Aménophis IV (vers i4oo a\. J.-C), il ne conclut d'ailleurs à aucun emprunt ni d'un côté ni de l'autre. {A Historrof the ancient Egyptians, London, 1908, p. 2^3.)

La ressemblance entre ces deux chants est purement accidentelle.

Splendeur du Soleil. — Hymne.

Tu te lèves brillant à l'horizon du ciel,

0 disque vivant et la vie recommence; Tu brilles à l'horizon de l'Orient.

Tu remplis la terre de tes bienfaits.

Tu es beau, grand, étincelant. élevé au-dessus du monde,

Tes rayons enveloppent les terres, Tu les embrasses dans ton amour,

Tu es éloigné et les rayons sont sur terre. Tues dans lesliauteurs et le jour est la trace de tes pieds.

La Xail.

Hymne.

Tu te couches à l'horizon de l'Occident,

La terre est dans les ténèbres comme dans la mort : Les hommes se couchent dans leurs demeures.

Les tètes sont couvertes, leur nez bouché,

L'œil ne voit plus le voisin.

Ils prennent toutes leurs afïaires,

Elles sont sous leur tète,

Ils sont sans connaissance.

Les lions sortent de leurs repaires,

Les reptiles mordent, la terre est en silence,

Leur auteur s'est couché dans son horizon.

Le Le^'er. — Hymne.

La terre s'illumine, tu te lèves à l'horizon,

Ton disque brille et ramène le jour.

Il chasse les ténèbres, tu répands tes rayons,

Les deux pays (Egypte) sont en fête.

Les hommes s'éveillent, ils sont sur pied.

Tu les excites, ils lavent leurs membres. Ils prennent leur habit, ils saluent ton lever,

La terre entière est à son travail.

Les Eaux. — LLymne.

Les barques voguent au Nord et au Sud également, Toute voie est ouverte à Ion apparition,

Les poissons dans le courant dansent devant toi. Tes rayons f)énètrent la grande mer.

Psaume cia', i-4.

Jéhovah, mon Dieu, tu es infiniment grand,

Tu es revêtu de majesté et de splendeur !

Il s'enveloppe de lumière comme d'un manteau.

Il déploie les cieux comme une tente,

Dan- les eaux du ciel il bâtit sa demeure,

Des nuées il fait son char.

Il s'avance sur les ailes du vent,

Des vents il fait ses messagers.

Des flammes de feu ses serviteurs.

Psaume civ, 20-21.

Il a fait la lune pour marquer les temps

Et le soleil qui connaît l'heure de son coucher,

Il amène les ténèbres et il est nuit ;

Aussitôt se mettent en mouvement toutes les bêtes de la

Les lionceaux rugissent après la proie [forêt.

Et demandent à Dieu leur nourriture.

Psaume civ, 22-23.

Le solei) se lève, ils se retirent, Et se couchent dans leurs tanières.

L'homme sort alors pour sa tâche Et pour son travail jusqu'au soir.

Psaume civ, 2.5-26.

Voici la mer, large et vaste :

Là fourmillent sans nombre

Les animaux petits et grands ;

Là se promènent les navires

Et le léviathan que tu as fait pour se jouer dans les flots.

3. Rapports avec le Christianisme. — Il est certain que le Christianisme se répandit en Egypte dès le» 1" siècle, et qu'au m' la majorité de la population égyptienne était chrétienne: il est certain aussi qu'au V* siècle encore les païens étaient assez nomljreux dans la Aallée du Nil, et que le culte d'Isis subsista dans le temple de Philae jusqu'au vi^ siècle.

Cette conquête de l'Evangile se lit-elle sans aucune réaction de la pai't du paganisme ancien? N'y eut-il aucun compromis entre les deux religions, aucune inliltration païenne dans la nouvelle foi et le nouveau culte? Pour ce qui est de la foi elle-même, on peut l'affirmer sans aucune hésitation. L'Evangile fut reçu partout comme la vraie lumière de l'esprit, le libérateur des âmes, il fut reçu dans son intégrité, et aucun élément étranger n'en vint ternir la pureté. C'est si vrai que les nouveaux chrétiens, pour posséder plus siirement la doctrine apostolique, adoptèrent les

mots mêmes qui exprimaient en grec les principaux dogmes, alors qu'ils avaient des termes équivalents dans leur langue nationale. C'est absolument sans aucune preuve qu'on a accusé les chrétiens d'Egypte de n'avoir pris du christianisme que la surface et d'être restés païens au fond de l'àme. Pendant la persécution de Dioclétien, leur sang a coulé à flots pour la foi ; on ne meurt pas en témoignage de ce qu'on ne croit pas.

Quant à certains détails de culte, à certaines pratiques par elles-mêmes indifférentes, on ne saurait affirmer qu'en passant au christianisme les nouveaux convertis n'en aient point apporté. N'en fut-il pas ainsi partout, à Antioche comme à Eplièse, à Corinthe comme à Rome? Ces pratiques, telles que la célébration de certaines fêtes, la manière d'ensevelir les morts, étaient des usages anciens profondément ancrés dans les mœurs, on ne pouvait les supprimer

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d'un seul coup. On ne fait pas du jour au lendemain table rase de tout son passé. C'est peu à peu qu'en Egypte, comme ailleurs, se sont formés les usages chrétiens. Est-il étonnant que dans les néci'opoles on trouve les chrétiens ensevelis à côté des païens? M. Naville a exhumé dans le temple de Deir-el-bahari, à Théhes, des momies qui, à côté d'emblèmes païens, portaient des sjmboles chrétiens, la coupe et l'épi, le liain et le vin. {La religion des anciens Egyptiens, p. 266.) Mais ces momies étaient-elles celles de convertis, ou de païens à religion éclectique, comme il y en avait tant à cettï époque de transition? D'ailleurs, serait-il certain que leurs possesseurs étaient chrétiens, on peut en conclure tout au plus la persistance d'anciens usages et non la fusion des deux cultes. Les nouveaux convertis ne prennent pas tous des noms grecs et continuent à s'appeler de noms indigènes, Pachome. Horsiisi, Sclienoudi. Mais la religion tientelle dans le nom? On a trouvé à Chéras une ligurine représentant un berger qui porte un agneau sur les épaules à la manière du Bon pasteur ; cette ligurine était mêlée à d'autres qui sont nettement païennes. (Ermax, oper. laud., p. 3 18.). Admettons que nous ayons là un Arai Bon pasteur, ce qui est assez probable ; on ne pourra en déduire autre chose sinon que les deux religions ont coexisté en Egypte, fait historique depuis longtemps établi poiu" les six premiers siècles du christianisme.

Le gnosticisme est-il sorti de la religion égyptienne? On l'a dit. (Naville, oper. laud., p. 267.) Mais on voudrait en avoir la moindre preuve. Les grands gnostiques Alexandrins que nous connaissons, Basi- LiDE et son fils Isidore ; Valextix et toute son école, HÉRACLÉox, Ptolémée, Théodote, Axioxikos ; Carpo- CRATE, n'étaient pas des Egyptiens, c'étaient des Grecs, imbus de la culture hellénique, notu-ris à la fois de la doctrine des Saintes Ecritures et de la philosophie de Platon. Que savaient-ils des systèmes religieux d'Héliopolis, de Memphis ou de Thèbes? Que pouvaient-ils en savoir, à une époque où ces vieilles croyances, écrites dans des textes désormais inintelligibles, ne survivaient que dans des pratiques fétichistes grossières ou dans les grimoires des magiciens? Au reste, on cherche en vain quelque élément égyptien dans les portraits de la gnose et dans les hiérarchies des éons.

On sait que le culte d'Isis, de Sérapis et de quelques autres divinités égyptiennes, en grand honneur à Alexandrie, se répandit avec quelque succès en Europe, spécialement en Grèce et en Italie Isis, la déesse mystérieuse, exerçait une grande attraction sur les àmcs dégoûtées de la i-eligion ollicielle et éprises de nouveautés. Elle avait un tenq)le à Rome, à Pompéi, à Bénévent, à Malcésime sur le lac de Garde. On a trouvé des statues d'Isis etles inscriptions funéraires de ses dévots en Syrie, en Asie Mineure, à Délos, à Athènes, dans le nord de l'Afrique, en Espagne, en France, en Allemagne et même en Angleterre. Julien lit frapper des monnaies aux elligies d'Apis et d'Anubis. Au tenq)s de Tertullien, il n'y aA ait pas une province du vaste empii-e qui ne payât son tribut d'hommages aux dieux égvptiens.(TERTUi.L.,.-/f/i'. Aationes, II, 8, P. /., I, 696.) *

II est bien é\ ident (|ue ces cultes, mêlés à tant d'autres, n eurent aucune influence sur le christianisme, qu'ils n'apportèrent aucune entrave à sa diffusion, qu'ils contribuèrent plutôt, en favorisant le syncrétisme, à détacher les esprits de la religion d'Etal et à les préjiarer à la récci)tion de la vérité.

/es liires hermétiques . — Les derniers tenants de l'ancienne religion égyptienne sont les auteurs des livres ajipelés hermétiques. On désigne sous ce titre ■un ensemble d'écrits, moitié religieux, moitié philo-

sophiques, composés en grec dans les premiers siècles de l'ère chrétienne et attribués à Hermès ïris- MÉGisTE. Les auteurs sont tous inconnus; ils se sont abrités derrière la grande autorité d'Hermès Trismégiste, nom grec du dieu égyptien Thot, ainsi appelé à cause de son rôle d'inventeur des lettres et des sciences. Ces écrits comprennent: 1° un traité divisé en quatorze sections sous le litre gênerai Poimandrès, pasteur des hommes ; il peut être daté du 11' siècle de notre ère. C'est tantôt un discours prononcé par Poimandrès, tantôt un dialogue entre Hermès et Asclépios ou entre Hermès et son fils Tat ; 2° un autre traité appelé discours d'initiation ou Asclépios, conservé seulement en latin ; c'est un dialogue entre Hermès et Asclépios, composé sous le règne de Constantin; 3° un livre, à l'état fragmentaire, intitulé La Vierge du monde, considérations philosophiques sous forme d'instructions données par Isis à son fils Horus; 4" nn certain nombre de fragments conservés par les écrivains ecclésiastiques, Stobée, S. Cyrille, Lactance, Suidas. Ce ne sont que les débris de la littérature hermétique, qui semble avoir été immense.

On s'accorde à reconnaître dans ces écrits l'œuvre de philosophes égjptiens influencés à la fois par le christianisme, sur le point de triompher en Egypte, et ])ar la philosoj)hie grecque qui dominait alors dans le milieu païen d'Alexandrie. '( On peut dire que les livres hermétiques appartiennent à l'Egypte, mais à l'Egypte fortement hellénisée et à la veille de devenir chrétienne. On ne trouverait pas dans un véritable Grec cette adoration extatique qui remplit les livres d'Hermès; la piété des Grecs était beaucoup plus calme. Ce qui est encore plus étranger au caractère grec, c'est cette apothéose de la royauté qu'on trouve dans quelques livres hermétiques et qui rappelle les titres divins décernés aux Pharaons et plus tard aux Ptolémées. » (Méxard, Hermès Trismégiste,

p. XXIV.)

Ce n'est pas un simple plaidoyer en faveur de la religion pharaonique, ni un exposé decettc religion; c'est un système nouveau, une combinaison de diAcrs éléments, une fusion des croyances communes aux chrétiens et aux païens, en un mot le syncrétisme de toutes les idées iihilosophiques et théologiques qui se disputèrent le monde égyptien a^anl le trionqthe définitif du christianisme. Les liAres hermétiques « représentent bien l'oi^inion commune de cette population alexandrine si mêlée, sans cesse tiraillée en sens contraires par des religions de toute sorte, et faisant un mélange confus de dogmes hétérogènes ». (Ménard. loc. cit., p. ex.) Le fond de la doctrine hermétique est le monothéisme juif, avec un mélange d'idées platoniciennes et une tendance panthéistique. Cette doctrine est néanmoins assez pure pour avoir mérité les éloges des Pères. « J'estime aussi, dit S. Cyrille {Contra Julianuni, I, P^ G., LXXVI, 547). digne de mémoire TEgyplien Hermès auquel ses contenq)orains, comme marque d honneur, décernèrent, ilit-on, le litre de trois fois grand (Trismégiste) et que (|uel(iues-uus assimilent au légendaire fils de Jupiter et de Maia. Bien (|ue prêtre et passant sa vie dans les temples des iiloles, cet Egyi)tien eut, en partie du moins et dans une certaine mesure, les mêmes idées que Moïse. » Lactance en parle à peu près dans les mêmes termes {De falsa relig., 1,6, /-*. /.., VI, i3(j): « Hic scripsit libros, et quidem niultos, ad cognitionem divinarum rerum pertinentes, in quibus majestalem summi ac smgularis Dei asserit, iisdemque nominihus appcUat quibus nos Deuniet Patreni. » Au reste, comme pour les philosophes grecs, les Pères pensaient qu'Hermès, dont ils faisaient un personnage historique ancien.

ÉLECTIONS EPISCOPALES

RAait emprunté ses connaissances sur Dieu aux Hcbreux pendant leur séjour en Egypte. La vérité est en effet que les livres hermétiques doivent à la religion révélée le meilleur de leur doctrine, et que le christianisme n'a subi en rien leur influence, — A consulter : L. MÉNARD, Hermès Trismégiste, traduction complète précédée d'une étude sur l'origine des livres hermétiques, Paris, 1866.

Bibliographie. — A. Erman, Die aegypfisclie Religion, Berlin igoô (traduction française par Vidal, Paris, 190^); Ed. Naville, La religion des anciens Egyptiens, Paris, 1906; E. Amélineau. La morale égyptienne, quinze siècles avant notre ère. Etude sur le papyrus de Boulaq., n" 4; Paris, 1892; G. SleindorlT, The Beligion of the ancient Egyp- </«7is, London, i9o5;G. Maspero, //is/o/re ancienne des peuples de l'Orient classique, I. Paris, 1896; Etudes de Mythologie et d'Archéologie, Paris, 4 Aol., 1898-1900; Causeries d'Egypte, Paris, 1907; Wiedeman, lîeligion of Egypt (Dict. de Hastings. Extra-volume, 17G-197, 190^); Die Religion der alten .Egypter, 1890 ; Brugsch, Religion und Mythologie der alten .Egypter, 1888-1890; Lanzone, Dizionario di mitologia egizia, Toriiio, 1881-1886; W. Budge, The Gods of the Egyplians, or Studies in egyptian mythology. 2 vol., London, 190^; The egyptian heaven and hell, 3 vol., London. 190^; P. Pierret, Le >< Livre des morts » des anciens Egyptiens, Paris, 1907; Le panthéon égyptien. Paris, 1881; Le Page Renouf, The egyptian Book of the Dead, London, 190^; Ph. Virej-, Religion de l'ancienne Egypte, Paris, 1909.

A. Mallox, s. J.

ÉLECTIONS EPISCOPALES DANS L'AN- CIENNE FRANCE. — Aux premiers siècles de l'Eglise, l'élection des évèques appartint au clergé de la ville épiscopale, qui soumettait ensuite son choix au peuple ainsi qu'au métropolitain et aux évèques de la province. L'étude des élections épiscopales dans l'ancienne France sera partagée en plusieurs périodes: L Période gallo-romaine. — IL Période mérovingienne. — III. Période carolingienne. — IV. Période féodale. — Y. Les élections épiscopales aux A7/«, A7//e et XIV siècles.

I. Période gallo-romaine. — Pendant la période gallo-romaine, avant les invasions barbares, il était interdit de consacrer un évéque. avant que les clercs n'eussent désigné leur candidat, les principaux citoyens exprimé leur volonté et le peuple marqué son assentiment. La règle canonique émanée de saint Léon le Grand, « Celui qui doit être à la tète de tous les autres doit être l'élu de tous » (P. /., t. LIV, p. 628), était tellement rexpression de ce qui se pratiquait qu'elle passa dans le plus ancien pontifical que nous possédions, le Missale Erancorum. Le principe électif était tempéré par le contrôle du métropolitain ou, à son défaut, de l'un quelconque des évèques de la i)rovince qui, lors de la Aacance d'un siège épiscopal, déléguait à un visiteur les pouvoirs de surveiller les opérations électorales. Un procès-verbal de l'élection était dressé; c'était le decretuni ou le consensus ; le métropolitain l'examinait, puis procédait au sacre de l'élu, non sans avoir au préalable consulté les assistants qui manifestaient leur approbation par l'acclamation: Dignus est. Les pouvoirs publics n'entravaient en rien la liberté des élections épiscopales ; les seules restrictions qu'ils imposaient consistaient à exclure de la cléricature une certaine classe de citoyens que lEtat retenait jalousement pour gérer les fonctions civiles très oné-

reuses. Les seules entraves aux élections provenaient de dillicultés intérieures, des factions, des brigues, des fraudes, des tumultes, des passions de la foule. En cas de conflit, d'ailleurs, le droit canonique concédait au métropolitain la faculté de prononcer souverainement en faveur de l'un des élus, lorsqu'il y avait compétition entre ceux-ci.

IL Période mérovingienne. — La liberté des élections épiscopales disparait a^ ec les rois barbares. L'intrusion royale dans le sanctuaire devient un mal endémique; les exemples en fourmillent; les plaintes de l'Eglise et ses décrets conciliaires le déAoilent trop clairement. Tantôt c'est Tordre direct, la volonté expresse du souverain, antérieurement ou contrairement à la désignation populaire; tantôt c'est l'intercession de la reine, même quand celle-ci est une sainte comme Clotilde; d'autres fois des personnages trop bien en cour, des femmes trop puissantes sur les cœurs royaux, s'interposent si haljilement et si opportunément qu'ils emportent toutes les résistances; enfin, par un abus plus criant encore, les clercs achètent à prix d'or le sacerdoce que leur vend la royauté, et les laïques s'emparent de l'cpiscopat. Vainement, M. Vagaxdard (^Les Elections épiscopales sous les Mérovingiens, dans Etudes de critique et d'histoire religieuse, Paris, 1905, p. 123-187) a essayé de montrer ciue l'intervention abusive de la royauté dans les élections épiscopales ne fut pas aussi générale que l'avait prétendu Fustel de Coulaxges {La Monarchie franque, Pai-is, 1888, p. 523-566) et qu'elle fut uniquement le fait de certains rois de l'époque mérovingienne. La lecture des conciles, de Grégoire DE Tours, et surtout de la correspondance de saint Grégoire le Grand, amène à cette conclusion que l'intrusion de la royauté dans les élections épiscopales, la simonie et l'élévation des laïques à l'épiscopat caractérisent malheureusement l'Eglise franque ; cfr. les rectifications apportées à l'étude de M. Vacandard par M. P. Delannoy, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, t. Vil (1906), j). 35o-354.

Quelle est la responsabilité de l'Eglise dans ce lamentable état de choses ? Si elle reconnut, à bon droit, au roi le pouvoir d'exprimer ses préférences à l'occasion d'élections épiscopales, à lui qui était le premier des électeurs et dont les évèques étaient les coopérateurs naturels et indispensables dans le maniement des affaires de l'Etat, l'Eglise ne cessa pas de protester énergiquement contre les abus, surtout aux conciles d'Orléans (533 et 549), ^^ Clermont (535), de Tours (567), de Paris (vers 558 et en 61 4)- La déchéance et la dégradation furent prononcées contre ceux qui étaient parvenus à la dignité épiscopale par la ruse, les menaces ouïes promesses, ou contre ceux qui utilisaient le patronage des grands et dont l'exécrable ambition n'avait pas hésité à payer avec de l'or leur nomination et leur consécration. L'assemblée de Paris (vers 558) osa même refuser à l'avance de sanctionner les volontés royales qui s'exprimeraient en violation des droits du peuple, enjoignit au métropolitain de ne pas se laisser imposer la consécration d'un favori de la cour et déclara nulle de plein droit l'ordination d'un personnage assez présomptueux pour s'appuyer sur la seule volonté du souverain, et excommunié l'évcque qui accueillerait ce mauvais pasteur.

Si les décisions conciliaires du clergé franc furent impuissantes à déraciner les abus par suite du inau- Aais vouloir de la royauté qui les encourageait, du moins elles aboutirent à un édit de Clotaire II (18 octobre 61 4), reconnaissant le principe électif: « Au décès d'un évéque, son successeur, qui doit être ordonné parle métropolitain assisté des évèques

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de sa province, sera élu par le clergé et le peuple, et si l'élu est une personne iligne (c'est-à-dire agréée du prince), il sera, par précepte royal, procédé à sa consécration. »

L'édit de 6i4 fut appliqué par Clotaire II et son successeur immédiat, Dagobert I^', avec une assez scrupuleuse fidélité ; l'élection par le clergé et le peuple se pratiqua assez normalement. Avec les derniers rois mérovingiens s'ouvre une ère déplorable dans l'histoire des élections. Au hasard des circonstances, au gré des intrigues, on pourvoit aux vacances. L'autorité, nulle aux mains des jeunes rois fainéants, est captée par les maires du palais qui en usent très mal. Charles Martel dispose des évêchés, comme il dispose des villas; il les vend à des laïques, qui souvent ne songent même pas à recevoir les ordres, mais vont à la chasse ou à la guerre, cjuand ils ne se contentent pas de piller les couvents. Un passage d'une lettre de saint Boxitace dépeint la situation en termes réalistes : « Dans la plupart des cités de la Gaule, l'épiscopat est livré à des laïques avides ou à des clercs adultères et débauchés. »

SoLRCES. — Les textes ont été assemblés dans les grands recueils de Sirmond, Concilia antiqua Galliae, Paris, 1629; Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia, Paris, 1671; Mansi, Sacroriim conciliorinn Jiova et amplissima collectio, Florence et Venise, 1709; Maassen, Concilia Aevi Mero'>-ingici, Berlin, 1893 (.Vonumenta Gennaniae); A. Boretius et V. Krause, Capitularia regiuu Francovum, Hannoverae, 1881ï8()i {Moniiinenta Gei-maniae); E. de Rozière, Recueil général des formules usitées dans l'empire des Francs du v' au x' siècle, Paris, 1 85g- 1871 ; K. Zeumer, Formulae Merovingici et Karolini Je^-i^ Berlin, 1882- 1886 {Monumenta Gennaniae). — On trouvera dans A. Potthast, Bibliotheca historica Medii Aevi, l'indication des vies de saints méro^ ingiens qui en grand nombre fournissent des détails intéressants sur les élections épiscopales. — Voyez encore l'édition de Yllistoire des Francs de Grégoire de Tours par H. Omont et G. Collon, Paris, 1886-1898, et l'édition AesEpistolae de saint Bonifacepar Diimmler dans les Monumenta Germaniae, Epistolae, III (1892), p. aSi- 43 1.

BiBLiOGUApniE. — J. Doizé, Les Elections épiscopales en France avant les Concordats, dans les Etudes, t. CVII, 20 juin 1906, p. 72 1-737 ; A. Hauck, Die Bischofswahlon unter den Mero\'ingern, Erlangen, i883; Loening, Das Kirchenrecht im Reiche der Merovinger, Strassburg, 1878; Waitz, Die deutsche Verfassungsgescliichte, t. II et 111, Kiel, 1 880-1 883; L. Ducliesne, Les lùistes épiscopaux de l'Ancienne Gaule, Paris, 1894-1900; Boiuharlat, Zes- Elections épiscopales sous les Méro'.-ingiens, Paris, 1904; P. VioUet, IListoire des Lnslitutions politiques et administratives de la France, Paris, t. I; Tliomassin. Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise, passim ; E. Vacandard, (ne Election épiscopale sous les Mérovingiens d'après Grégoire de l'ours, dans Revue du Clergé français, i5 juin 1906, p. 171-185. — Le livre, quoiqiu; récent, de L. Cantiniau, Les Nominations épiscopales en France des premiers siècles jusqu'à nos jours. Paris, igoS.est très superficiel et ne présente aucun fait nouveau.

III. Période carolingienne. — Le zèle apostolique et réformateur de saint Boniface, les efforts persévérants de la papauté, l'aiile prêtée jiar les fondateurs <le la dynastie carolingienne. Pépin et Gharlemagne, relevèrent l'Eglise franque de l'état de déchéance dans le<iucl elle était tombée. Les élections reparurent. Le mécanisme d'après lequel elles s'opèrent est

bien connu. En cas de vacance, le clergé de l'église en deuil, par l'intermédiaire du métropolitain ou directement s'il s'agit d'un archevêché, adresse une supplique au roi pour obtenir la faculté de procéder à une élection. Après l'obtention de la concession royale, sous la surveillance du visiteur délégué par le métropolitain et investi de sa charge au nom du roi, l'élection a lieu. Les électeurs sont le clergé et les laïques de marque; quant à la foule, si elle est exclue du scrutin, son agrément, son acceptation, son consentement (consensus) lui sont demandés par acclamation. Le procès-verbal des opérations électorales, dressé par les soins du visiteur, est envoyé au métropolitain et par celui-ci transmis au roi. Le plus souvent, l'élu se présente lui-même au roi, auquel il prête serment de fidélité et dont il reçoit mainlevée de son temporel ainsi que la permission du sacre; ai>rès quoi, il comparaît devant son métropolitain et les autres évèques de la province, qui examinent s'il n'a point encouru quelqu'une des nombreuses irrégularités accumulées par l'Eglise pour parer aux inconvénients du suffrage populaire. Si l'examen qu'il subissait lui était favorable, les évèques procédaient à une seconde élection; dans le cas où cette élection lui était favorable et où son premier choix était ratifié, le candidat i^romettait obéissance au métropolitain qui lui octroyait la crosse et l'anneau; son sacre avait lieu dans les trois mois qui suivaient. Ainsi qu'on a pu le remarquer, le mode d'élection pratiqué sous les Carolingiens laissait une part considérable auroi, voire prépondérante; d'un côté, le privilège que se réservait le souverain d'autoriser l'ouverture et la tenue des collèges électoraux, de l'autre, la reconnaissance de l'élu mettaient entre les mains royales les deux bouts de l'élection. En pratique, on peut dire que nul n'était évêque sans la grâce du roi. Les ecclésiastiques qui venaient solliciter à la cour l'autorisation de procéder à une élection s'en retournaient fréquemment, emportant avec eux le nom de celui qui devait être évêque: le clergé et le peuple n'avaient plus d'autre ressource que de donner leur assentiment à la volonté du monarque régnant. Les textes, à vrai dire, contiennent toujours les termes d'élections; ils ne doivent jias être pris à la lettre et acceptés sans contrôle; en fait, sous Gharlemagne, on ne connaît guère d'exemples cjue de la nominalion directe et l'élection canonique consiste uniquement dans l'adhésion de la foule au choix impérial. Les fils et les petits-fils de Gharlemagne retiennent la méthode; ils la développent même, puisqu'ils se dispensent le plus souvent de consulter la foule et de prendre l'avis du clergé. Si l'on parcourt les listes épiscopales du ix' siècle, on n'aura que l'embarras du choix pour y relever les noms des évèques désignés par la puissance séculière.

Quoique à l'époque carolingienne la dignité épiscopale ne soit presque plus qu'un gage de la faAeur, du désir ou de la volonté du souverain, les abus sont beaucoup moins criants (pi'à l'âge antérieur; le recrutement s'opère au sein de l'Eglise, parmi les clercs palatins; les évêchés cessent d'être la proie des laïques. D'ailleurs, les rois carolingiens exeicent avec discernement leurs pouvoirs; ils ont une liaule idée de leur royauté, qui devient par l'onction du sacre un sacerdoce, une délégation de la puissance divine; ils regardentleur intervention dans le choix des pasteurs comme la mise en action d'une prérogative imprescriptible; en un mot, ils ne mésusent pas de leurs prétentions ([uoique altusives; les é\êqiies qui leur doi\ ent leur siège ne font pas tache dans les annales de riiistoire de l'Eglise, bien au contraire. Chose curieuse, l'épiscopat, tout choisi qu'il est au ix" siècle par le pouvoir laïque, n'en est pas la créature; un

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parti religieux se constitue pour atYrancliir l'Eglise de la tutelle royale et compte dans ses rangs des hommes couimeWala, Agobard de Lyon, Jonas d'Orléans. HiNCMAR, tiré de Saint-Denis, élu et sacré primat de Reims per Dei et nostrani dispositionem, selon la formule caractéristique de Charles le Chauve, écrira à Louis III: « J'ai entendu dire que quand vous octroyez la licence délire, vous désignez en même temps le nom qui doit sortir du scrutin. De tels choix ne sont pas insi>irésdeDieu; ils ne sont qu'extorqués par la puissance des hommes. » Entin, lorsque la Papauté, par une grave dérogation aux lois canoniciues, enjoindra en 869 sous Hadrien II de n'ordonner que les sujets auxcpiels l'empereur aura i^réalablement concédé l'épiscopat et dont il aura prescrit le sacre, les évéques, mis en demeure d'obéir à cet ordre, protesteront unanimement et énergiquement.

Les sources à consulter sont les mêmes que précédemment ; cfr. Alb. Werminghoff, Monumenta Germaniae historica, Concilia, t. II. Hanovre, 1904-1908. Imbart de la Tour, Les Elections épiscopales dans l'Eglise de France, du ix'' au xii' siècle, Paris, 1891; Lesne, La Hiérarchie épiscopale {jSli-8S2), Paris, 1905, p. i3-i6, io8-i23; J. Doizé. Les Elections épiscopales en France ayant les concordats dans les Etudes, t. CVH (1906), p. 737-743; t. CVIII (1906), p. 38-45.

IV. Période féodale. — Au ix' siècle s'opère peu à peu dans la société féodale une transformation qui exerce une influence profonde sur les destinées de l'Eglise. Le besoin de protection de ses biens impose à l'Eglise la nécessité de recovirir à la recommandation, c'est-à-dire à la formalité par laquelle l'évèque, lorsqu'il recevait la délivrance de son temporel, plaçait les biens de sa mense sous le patronage et la protection du roi et mettait ses mains entre celles du souverain pour lui prêter serment de ûdélité. Vainement les conciles du ix' siècle protestèrent que le serment ainsi prêté ne créait aucun lien de vasselage, n'entraînait que la sujétion et la fidélité. Sous l'empire des événements et des circonstances, au X' siècle, la tradition du temporel aux évêques équivaut à la tradition d'un fief. Les évêques deviennent, en fait, des vassaux au même titre que les laïques ; les biens ecclésiastiques passent, dans l'estime des laïques, pour la propriété de celui qui les garantit; conséquence plus grave, par une confusion presque inévitable, la remise ou la collation du temporel tend à être l'équivalent de la donation de l'évêché. Puis, comme à l'époque féodale les ducs et les comtes se substituent au pouvoir roj'al et accaparent les droits régaliens, la charge épiscopale passe, au sud de la Loire, sous la tutelle des petits suzerains. Dans un tel état de choses, l'élection disparait complètement. Le seigneur laïqne nomme son candidat, sans consulter qui que ce soit. Parfois, s'il appelle à l'église le chapitre cathédral, quekpies abbés voisins, des clercs ruraux ou encore des nobles laïques, ce n'est que pour sauver les apparences; il est bien entendu que la personne agréable sera agréée. Quant au peuple, pendant la cérémonie du sacre, il se contente de prononcer un Volumus qu'il lui serait aussi peu gracieux qu'inutile de refuser.

Le privilège délecteur, qui pis est, assimilé en tout aux droits seigneuriaux, se convertit en un bien patrimonial, en une propriété de famille, qui se transmet par héritage, qui se met dans une corbeille de mariage, s'aliène, se vend, se gage, s'échange, se concède en fief. Enfin, pour réunir à la fois le domaine utile et le domaine éminent, les seigneurs petits ou grands vouent à l'épiscopat leurs cadets ou leurs bâtards; des dynasties d'évèques se perpétuent en ligne directe, i)ar un abus plus scandaleux encore.

La désignation des évêques, pratiquée aux ix' et -, X* siècles par les puissances séculières, dégénère bientôt en une usurpation complète des prérogatives du pouvoir spirituel. Par suite de la confusion des idées, l'investiture laïque, qui prédomine partout au xi« siècle, équivaut à l'institution canonique exercée directement de nos jours par les Papes. Avant la consécration, le prélat, qui par un plaisant euphémisme est dit élu, se présente au roi ou au seigneur" de cpii relève son évêché ; à genoux, devant lui, il place ses mains jointes dans celles de son suzerain et lui rend hommage pour l'Eglise dont celui-ci est le haut propriétaire ; la main droite sur l'Evangile et la gauche sur la poitrine, il lui jure fidélité; après quoi, il reçoit le bâton pastoral et l'anneau pendant que le suzerain prononce des paroles significatives : « Accipe Ecclesiam, reçois cette Eglise. » Le duc ou le roi prétend si bien avoir conféré la charge pastorale, le soin des âmes, par la remise de l'anneau et de la crosse, que son candidat se dispense souvent longtemps de la consécration et gère les biens spirituels et temporels de l'éAêché dont il a été investi ; l'investiture seule sert de titre légal pour l'exercice de la juridiction canonique.

On conçoit que sous un tel régime les calculs humains, les ambitions, les cupidités aient recruté l'épiscopat et peui>lé l'Eglise d'une quantité de personnages ajant plus d'aptitudes pour le service de l'ost et de la chevauchée que pour celui de l'autel, et plutôt faits pour goûter uniquement les exercices de la chasse, les douceurs de la vie conjugale ou les plaisirs de la table. Il serait trop long de relater les plaintes qui s'élèvent de toutes x^ai-ts. Le mal est général. Un Hugues de Flavigxy, en 1074, avoue qu'en France presque tous les évêques sont arrivés par l'argent ou grâce à l'investiture, — perrari illic erant qui non essent aut simoniaci... aut per manum laicam investiti ; un Grégoire VII, en 1070, gémit sur le recrutement et les vices de l'épiscopat et écrit à son légat en France : Vix légales episcopos introitu et vita... invenio.

De la déchéance des mœurs ecclésiastiques à l'époque féodale, dans quelle mesure l'Eglise portet-elle la responsabilité ? La recommandation^ source de tous les maux, fut rendue nécessaire par les malheui'S des temps autant que la vassalité pour les laïques. Pour défendre ses biens, ses édifices religieux et ses monastères des déprédations et de l'incendie dont les menaçaient à tout instant les Arabes en Aquitaine, les Hongrois dans l'Est, les Normands partout ailleurs où la mer et les rivières pouvaient conduire une barque, l'Eglise fut obligée de recourir à la protection des puissants de la terre, mais dès le principe elle protesta hautement et énergiquement que ses biens, même ceux qu'elle devait à la générosité des rois, elle les possédait à titre définitif et iri'évocablement. Un écrit rédigé en synode pai' le clergé des provinces de Reims et de Rouen (858) contient ces mots catégoriques: x Nos églises ne sont pas de ces bénéfices dont un monarque peut disposer au gré de son caprice; elles nous viennent du Seigneur et lui sont consacrées ; ces biens sont l'offrande des fidèles, le tribut des servantes et des serviteurs de Dieu poiu" la rançon de leurs péchés. » Le formulaire même du serment que prête l'évèque entre les mains du roi exclut formellement le vasselage, quoi qu'en prétende la théorie royale ; il inclut clairement et imiquement la fidélité, restreinte dans son extension par le caractère sacré du clerc : fidelis adjutor ero secundum meum ministerium. La lettre synodale, mentionnée plus haut, est très précise sur ce point: « Nous, évêques, nous ne sommes pas comme les séculiers qui peuvent se lier par le vasselage; il est

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des sej-ments que l'Evangile et l'autorité apostolique nous défendent de prêter. Les mains ointes du saint chrême et qui du pain et du vin mélangé d'eau font, par la prière et le signe de la croix, le sacrement du corps et du sang de Notre-Seigneur, il serait impie de les mettre entre les mains d'un séculier. Ce serait un crime encore que la bouche épiscopale, d'où découle la grâce qui ovnre le ciel, émit des serments pareils à ceux des laïques. » Les synodes luttèrent contre les abus, les dénoncèrent sans trêve, déposèrent lesévêques intronisés par les laïques. Malheureusement leurs efforts furent à peu près vains. Que pouvaientils contre la force brutale? Si l'Eglise de France a tant souffert des prélats mondains, simoniaques, concubinaires, indignes, c'est qu'elle a presque totalement perdu le droit de choisir elle-même ses pasteurs. Vaines sont les lois ecclésiastiques qui lui reconnaissent ce droit, si les institutions laïques le lui enlèvent. D'ailleurs, si l'avilissement du clergé des x* et xi* siècles est incontestable, il ne faut pas exagérer; il exista de très nobles ligures d'évêques, en plus grand nondjre qu'on croit. Cette époque que l'on s'efforce de peindre avec de si sombres couleurs, n'a-t-elie j^as vu fleurir Cluny, Cîteaux, Clairvaux?

Le désai-roi lamentable dans lequel se trouva l'Eglise émut vivement la Papauté qui, ne reculant devant aucun sacriflce, tentant un effort quasi surhumain, entreprit la tâche immense de changer les esprits et les mœurs, et entama pour la reconquête des anciennes libertés une lutte héroïque de trois quarts de siècle, restée célèbre dans l'histoire sous le nom de querelle des //u'es<//»r(?s. Six papes moururent à la tâche: saint LÉON IX, XicolasII, Alexandre II, GnicGontE Vil, UuBAiN II, Pascal II; le septième, CalixteII, conclut la paix avec les pouAoirs laïques en sauvegardant les droits respectifs aux deux adversaires.

LÉox IX au concile de Reims (lo^g) inaugure la série des dépositions d'évêques simoniaques et les mesures de réforme; les exécutions se poursuivent dans les conciles de Rouen, Toulouse. Vienne, Tours, Avignon, Ximes, Poitiers, Autun, Paris, Lyon, Troyes, qui sont encouragés dans leur œuvre par la législation des synodes romains de 1069, 1060, io63, I0'y4> 10-5, 1078, 1080 et logy.

Pour activer la réforme et réchauffer le zèle, Rome délègue en France des légats, Hildebrand, Etienne, Pierre Damien, Hugues de Die, Lambert d'Arras, Amat d'Oloron, qui, quoi([ue traqués, trahis, vilipendés par les conteMq>orains, entravés par un violent mouvement de contre-réforme, travaillent sans relàclie à la restauration des mœurs, non sans toutefois se prémunir d'excès regrettables.

Dans un synode romain du Carême de 1076, Grégoire VII attaqua vigoureusement l'investiture et déclara nulle la nomination d'un évêque par un lai- (jue. Les sj'nodcs suivants frappèrent d'excommunication les princes assez téméraires pour enfreindre les lois ecclésiastiques. Les pouvoirs publics, surtout en AUemag-ne, ne consentirent i)as aisément à renoncer aux privilèges qu'ils s'étaient indùnu-nt attribués. Une lutte terrible éclata entre eux et la Papauté. Si celle-ci fail)lit un instant à Sutri(iiii), elle se ressaisit le 23 mars 1 1 12, et linalcmcnt gagna la bataille au concordat de Worms (1 122). Dès le début du xii" siècle, en France, les nominations royales avaient lieu plus rarement ; Louis VII y renonce, peuton dire, quasi tacitement. Les élections par les chapitres cathédraux reparaissent. Après que l'élu a été consacré et investi de ses pouvoirs spirituels par la crosse et l'anneau, il est confirmé dans sa dignité par le roi qui, sans exiger la tradition des symboles, reçoit son serment de fidélité et d'hommage, non de vassalité, lui délivre son temporel et ordonne la main-

levée des régales; c'est ce que l'on appelle, en iangçige juridique, la concessio.

Ainsi, si l'Eglise de France a connu de grandes déchéances à l'époque féodale, elle doit sa rénovation à une série de prélats qui, par leur plume ou leur parole, propagèrent les idées de réforme, à Yves de Chartres, à Humbert de Blaxche-Selve, à Hugues de Fleury, à Honorius d'Autux, à Geoffroi de Vendôme... Mais l'honneur suprême revient à Rome, qui al>olit l'investiture spirituelle et rétablit les élections. N'est-il pas réconfortant de voir une société panser elle-même et guérir ses plaies quelque profondes qu'elles aient été, une Eglise sacrifier tout à son salut?

Sources. — On trouvera l'indication des sources très nombreuses pour cette période dans Lavisse et Rambaud, Histoire générale du iv^ siècle à nos jours, Paris, 1898, t. II, p. ii5-ii6, et dans Anton Scharnagl, Der Begriff der Investitur in den Quellen und der Litteratur des Investiturstreites, Stuttgart, 1908 (ce ti*aA-ail excellent supplée tout ce qui a été écrit sur la querelle des investitures).

Bibliographie. — F. Mourret, Histoire générale de l'Eglise, t. II, L'Eglise et le Monde barbare, Paris, 1910; Lavisse et Rambaud, 0/7. c;V., t. II, p. 68-1 15- A. Luchaire, Manuel des Institutions françaises, Paris, 1892, p. 29-50 et 272-278; Histoire des Institutions monarchiques de lu France sous les premiers Capétiens, t. II, p. 52 et sqq. Paris, 1891; J. Doizé, Les élections épiscopales en France avant les concordats dans les Etudes, t. CVIII (igo6), p. 45-54 et les élections épiscopales en France et l'Investiture laïque, ibidem, t. CVIII (1906), p. 359-384; E. Vacandard, La déposition des évêques dans la Revue du clergé français, t. LV(i9o8). p. 388-4o2, 666-687; Inibart de la Tour, La Polémique religieuse et les pubticistes à l'époque de Grégoire VII dans Questions d'histoire sociale et religieuse, Paris, 1907. p. 225-266 ; Brussel, Xouvel examen de l'usage général des fiefs, Paris, 1750; Delarc, Grégoire VII et la Bé forme de l'Eglise au xi« siècle, Paris, 1889-1890; U. Robert, Cfl7/.i7e //, Paris, 1891 ; U. Chevalier, au mot. Investiture, dans le Bépertoire des Sources historiques du Moxen Age, Topo-Bibliographie, t. II, col, i5i3, Paris, 1S94-1899; Héfélé, Histoire des Conciles, t. VII- VIII; A. Degert. Un grand évêque gascon, Amat d'Oloron dans Revue de Gascogne, juillet-août 1909; G. Drehmann. Papst Léo IV und die Simonie. Ein Beitrag zur L'ntersuchungen der Vorgeschichte des Investiturstreites. Leipzig, 1908.

V. Les élections épiscopales aux XII \ XIII' et XIV siècles. — Le neuvième concile œcuménique de Lalran(ii23) rétablit les élections épiscoi)ales. « Que nul ne consacre quelqu'un évêque, si ce nest qu'il ait été élu eanoniquement « ; tel était le principe posé par le dixième canon qui, par surcroît, prononçait la peine de déposition, sans espoir de réintégration, contre le prélat consécrateur et le prélat consacré, non élu régulièrement. A qui profita le retour aux élections ? Au début, le peuple, les laïques importants, le clergé composèrent les assemblées d'électeurs; au xiie siècle, une transformation s'opère graduellement aux dépens du ])euple, des seigneurs laïques, des ecclésiasliquesdela ville ou des champs et des religieux délégués par les monastères du di(jcèse n'ai)parlenant pas au chapitre calhédral, qui tous sont peu à peu expulsés des élections par une aristocratie d'Eglise, par les chanoines.

Au xiu' siècle la révolution est accomplie; les clia- ])ilres cathédraux sont seuls détenteurs du pouvoir électif. Que les électeurs évincés de leurs prérogatives aient opposé une vive résistance et n'aient

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reculé ni devant le meurtre, ni devant les séditions, ni devant les attaques à main armée, c'est ce que les chroniqueurs ne manquent pas de nous raconter. Que cet évincement ait porté de bons fruits, la chose est incontestable. On pourrait dresser une longue liste des inconvénients que comportait la consultation du populaire, facile à égarer, à corrompre ou à flatter. A Orléans, l'élu, déplaisant au peuple, est assassiné lors de la prise de possession de son siège. Malgré l'opposition du clergé, Renaud de Martigné, personnage aussi peu recommandable que possible, l'idole d'une foule qu'il a grassement payée, gouverne vingt ans l'église d'Angers...

Aux xu* et xiii' siècles le pouvoir royal ne se désintéresse pas des élections épiscopales : il continue à autoriser la tenue du collège électoral et, si l'élu lui agrée, il conlirme le décret d'élection et permet qu'on procède à la consécration. Toutefois, son ingérence dans les nominations d'évèques n'est plus caractérisée parles abus que les âges précédents avaient connus; elle n'est ni envahissante, ni injuste.

Si l'élection tombe tout entière aux mains des chanoines, elle est minutieusement réglée : elle peut avoir lieu de trois façons : par compromis, par scrutin, par inspiration, selon que le collège électoral s'en remet au choix de deux ou trois des électeurs, préfère exprimer lui-même son vote ou accepter la candidature d'un prélat dont le nom est sm- toutes les lèvres. Si bien réglé que soit le mode d'élection des évêques, il laisse povirtant subsister la possibilité d'intrigues au sein même des chapitres cathédraux, de compétitions elfrayantes, de capitulations peu honorables de la part des élus et non exemptes de simonie, de schismes longs et désastreux en cas de mésintelligence survenant entre les électeurs, de vacances de sièges prolongées au détriment du bien des âmes et de la bonne gestion des menses. En partie pour remédier à ces inconvénients, le Saint-Siège commence dès le xii' siècle à s'immiscer dans les élections, à nommer directement les évêques ou à les conlirmer dans leurs cliarges. Au xiii' siècle, le nombre des prélats institués par les papes devient de plus en plus considérable ; au XIV' siècle, depuis Clément V jusqu'à la soustraction d'obédience à Benoit XIII (1898), les papes d'Avignon se réservent le droit de pourvoir à la presque totalité des évêchés français et l'exercent effectivement, ainsi que le témoigne copieusement et surabondamment la Ilierarchia cathoUca Medii Aevi, Munster, 1898, dressée par le P. K. Eubel d'après les Archives du Vatican. Le principe d'élection iiroclamé jadis par les conciles disparaît complètement. Les chapitres cathédraux se hasardent-ils à procéder à une élection, leurs élus sont rejetés par les Papes qui nomment des candidats de leur choix, ou sont contirmés en dignité après que leurs élections ont été cassées. Les résistances au Saint-Siège sont vaines; la centralisation de l'Eglise est tellement avancée qu'elles ne peuvent être d'aucune efficacité.

Si lu Papauté anéantit les droits des chapitres, elle s'entend amicalement avec ceux-ci; elle agrée volontiers le nom du candidat qu'ils lui soumettent avec respect, quand cela lui est loisible. Bien souvent, si elle ne tient pas compte des préférences canoniales, c'est que celles-ci sont battues en brèche par le roi qui désigne son candidat par le moyen d'ambassadeurs, de courriers ou de lettres, dont une adressée par Charles VI à Benoît XIII, que je publiai naguère {Une Lettre close inédite de Charles VI, dans le Moyen Age, 1906, p. 3oi-3o3), peut servir de modèle. En pratique, au xive siècle, il existe comme une sorte de concordat tacite entre les Papes, d'une part, et, de l'avitre, les pouvoirs publics, les grands du

royaume, les cc^latcurs ordinaires et les corps constitués, comme les Universités.

On a incriminé beaucoup la conduite des papes d'Avignon en matière d'élection; l'Eglise gallicane leur a durement reproché leur ingérence dans la gestion des fonctions épiscopales; des plaintes acerbes ont été maintes fois fornuilées par les écrivains qui depuis Guillaume Duuand de Mcnde jusqu'à la phalange des universitaires de Paris, lors du Grand Schisme d'Occident, n'ont cessé de réclamer le retour à l'ancienne discipline usitée dans l'Eglise au xiii^ siècle. Il convient d'affirmer que les nominations directes par le Saint-Siège furent un bienfait pour l'Eglise, un remède réel aux maux provoqués par les élections épiscopales. A Constance, pour ne citer qu'un exemple, du 19 août 1 3 18 au i" octobre i322, le siège demeure vacant, faute d'entente entre les chanoines. Ailleurs, les membres des chapitres, profondément divisés entre eux. ne reculent pas devant la perspective d'affliger leur église de schismes. En Gascogne, par leurs appels continuels à la cour de Rome, les chapitres ont attiré l'attention de la papauté sur la situation déplorable des églises privées de pasteurs et dont la vacance durait parfois cinq ou six ans. (A. Clergeac, Les nominations épiscopales en Gascogne aux xiii' et xiv° siècles dans Bévue de Gascogne, 1906, p. 49-57, i45-i6o.) Somme toute, si le Saint- Siège confisque le droit de nommer les évêques au détriment des chapitres, ceux-ci sont responsables de la déchéance à laquelle ils sont réduits, parce que la discorde règne dans leur sein à l'état endémique, des abus variés vicient trop fréquemment les élections et la décadence de l'autorité des métropolitains s'accuse de plus en plus.

On a encore reproché aux papes de n'avoir capté le droit de pourvoir aux évêcliés que dans un but liscal. Quoi qu'il en soit de ce reproche, les frais de provision papale étaient de beaucoup inférieurs à ceux d'une élection qui entraînait une procédure longue, compliquée et fort coûteuse, et qui trop souvent occasionnait des procès interminables.

Sources. — Les registres des papes des xixi' et xiv" siècles, publiés par l'Ecole française de Rome; Jaffé-Potthast, Regesta Pontificum Romanorum, Berlin, 1871-1874; P. Pressuti, Regesta Ilonorii Papae ///, Rome, 1888 ;Regestuni démentis Papae V, Rome, i885- 1888; Héfélé, op. cit., t. VIII-IX.

Bibliographie. — J. Doizé, L'élection épiscopale et les chapitres cathédraux au xiii^ siècle, dans les Etudes, t. CIX (1906), p. G27-656; J. M. Caffrey, Irish episcopal élections in the niiddle âges, dans The Irish theological Quarterly, t. II, p. 2o3-2i8; A. Cartellieri, Regesta episcoporum Constantiensium, Innsbruck, 1894-1902; B. Monod, L'Eglise et LEtut au^W^ siècle. L'élection épiscopale de Beauvais de 1100 à llOù. Etienne de Garlande et Galon. Paris, 1904; A. Gottlob, Die Servitientaxe im 13. Jahrhundert. Stuttgart, 1908; C. H. Haskins, Knightseryice in Xormandy in the eleventh century dans English historical Revien; t. XXII (1907), p- 630- 649; E. Roland, Les chanoines et les élections épiscopales du xi° au xiV siècle. Etude sur la restauration, révolution, la décadence du pouvoir capitulaire, Aurillac, 1909 ; Der Traktat des Laurentiusde Somercote, Kanonikus von Chichester, Hier die Vornahme von Bischofsnahlen (i254), Weimar, 1907; P. Viollet, Les élections ecclésiastiques au Moyen Age d'après Guillaume de Mandagout, dans Bévue catholique des Eglises, t. IV (1907), p. 65-91. (M. Viollet donne le résumé d'un excellent formulaire de l'électevu- au xiii^ siècle, composé avant 1 3oo par Guillaume de Mandagot et intitulé : Practica

ENERGIE

eleclionum et posialafioniiin siihtiliter composita.) C. Port, Le Ih're de Guillaume le Maire clans la Collection des Documents inédits, Mélanges historiques, t. II, Paris, 1877; K. Eubcl, Zum pâpstliclien Besenations- und Pro'>-isions<.\esen dans RômischeQuarialscJirift,t.\lUii8^',), p. i85; E. GôUer, Die Einnahmen dev apostolisclien Kammer unter Johann. XXII, Paderborn. 19 10, p. 10^-bÇ)^, G52-691 ci passim. (Cet ouvrage rectifie bon nombre d'assertions émises par A. Goltlob, op. cit., et est de I)remière importance pour Tliistoire des interventions pontificales dans les élections épiscopales.)

G. MOLLAT.

ÉNERGIE. — I. Xotion première. — II. Conservation de l'Energie. — III. Définition de V Energie par sir IV. Thomson. — IV. Transformations de l'Energie. Principe de Carnot. — V. Objections à la loi de dégradation de l'Energie. — VÏ. Application de la science de l Energie à l être vivant. — VU. La portée des principes de la science de VEnergie. — VIII. Les lois de l'Energie et les hypothèses mécanistes. — IX. L'énergétique.

I. Notion première. — Le mot énergie a été introduit dans la science au début du xix' siècle, repris et exactement défini vers le milieu de ce même xix" siècle. La notion d'énergie, qui joue un rôle considérable dans la physique proprement dite, a envahi des domaines voisins, est devenue une notion essentielle en chimie et en physiologie. On peut dire que les deux grandes lois qui régissent le monde phjsique tout entier sont les lois qui proclament la conservation et règlent les transformations de l'énergie. Ces lois qui s'imposent par leur double caractère de généralité et d'indépendance à l'égard de toute hypothèse mécaniste, ne sauraient laisser indifférent le philosophe qui s'occupe du inonde matériel; elles ont été parfois mal comprises, et le terme d'énergie lui-même a donné lieu souvent à un véritable contresens. Le public cultivé, qui parle de la conservation de l'énergie, entend la loi qu'il énonce dans un sens tout difierent du sens où l'entend le physicien. Ce principe étant invoqué, — à propos et hors de propos, — dans la discussion d'un grand nombre de jjroblèmes métaphysiques, il importe avant tout de rappeler le sens exact du mot énergie et des grandes lois où l'énergie intervient.

La définition scientifique originelle, la seule correcte, du mot énergie, est celle qu'à donnée lord Kelvin, alors Sir W. Thomsox, en iSôi. Elle implique la connaissance du premier principe de la science de la chaleur, celui de Véquivalence de la chaleur et du travail. Aussi, pour que celte définition puisse être l)ien couq)rise, n'est-il pas inutile, de rappeler Itrièvement par quel processus historique s'est élaborée celte notion inq)ortanle, à laquelle le mot est venu enfin donner corps.

Le chimiste allemand Ostwalo, — représentant le plus émineut de la doctrine appelée « Energétique », que l'on tâchera d'aj)précier plus loin, — a consacré à « Vlùtergie » un petit livre ricliede renseignements lnstori(jucs. Il croit trouA er « la première source visil)le de la notion d'énergie » dans le ])rincipe énoncé par Ahistote sur l'équilibre du le\ier.

II. Conservation de l'énergie. — i. Le levier à bras égaux, comme un fléau de balance, n'est entraîné àpenclier ni d'un côté ni de l'autre si l'on suspeiul aux cxtrémilésdesdeuxbrasdeux poidségaux: il est alors en équilibre (acquus, libra). Le levier à liras d'inégale longueur est en éipiiiibresi les jioids suspendus sont inversement jiroporlionnels aux longueius des bras. (Exemple : la lialancc dite romaine.) « Arislole, dit

Ostwald, pour tirer de là un principe plus général," imagine le levier en mouvement; il remarque alors que, pour des raisons géométriques, les vitesses avec lesquelles les deux poids se meuvent, c'est-à-dire les chemins parcourus dans des temps égaux, sont inversement proportionnels à ces poids », par conséquent les produits de chaque jioids par le chemin parcouru par le point d'attache sont égaux. Les travaux sont égau.i-.

Le travail, en effet, qui est la vraie mesure de la dépense mécanique faite, du résultat effectif d'un effort, est le produit d'une force par le déplacement qu'elle impose au point où elle est appliquée; c'est par exemple le produit d'un poids par la hauteur à laquelle on le soulève. Soulever un poids d'un kilo à deux mètres de haut représente le même travail que soulever un poids de deux kilos à un mètre. Le levier à bras inégaux est précisément l'une des machines simples qui permettent de résoudre ce problème : accomplir un même travail sous une autre forme, comme par exemple soulever de 1 millimètre un poids de i.ooo kilos, moyennant un effort de i kilo sur un point d'une barre rigide qu'on déplace de i mètre.

La remarque d'Aristote sur le levier serait, pour Oslwald, la première indication de la conservation du travail dans une transformation de travail. Comme on devait le dire plus tard au moyen âge, dans une pareille transformation « on gagne en force, ce qu'on perd en vitesse » ; mais on recueille exactement, ni plus ni moins, autant de travail qu'on en dépense. Le treuil, à l'aide duquel on puise avec un seau de l'eau dans un puits, conduit au même résultat.

2. Avec Lkibxiz, qui utilise les découvertes de Galilke, l'on francliit une nouvelle étape sur la voie qui conduit à la conservation de l Energie. Quand un corps matériel est en mouvement, il peut, en venant choquer des corps au repos, leur communiquer une partie de son mouvement et produire un travail mécanique; le travail que le corps lancé est susceptible d'acconqilir est mesuré par la moitié du produit de sa masse par le carré de sa vitesse, et, pour parler le langage de Leibniz, par la moitié de sa force vive — c'est ce qu'on a nommé depuis, avec Rankine, énergie actuelle, ou plutôt aAec TnoMsox et Tait, énergie cinétique,

D'autre part, le travail mis en réserve dans un corps matériel, la possibilité de travail que le corps tient de la position qu'on lui a donnée, peut être appelée et a été appelée par Rankine, énergie potentielle. Un poids de i kilo qu'on a hissé à 2 mètres de haut et qu'on peut en faire tomber, au moment voulu, par le déclanchement d'un ressort, représente une réserve avec la(pielle on pourra, soit monter, jiar le moyen d'une poulie, un poids égal d'un kilo à 2 mètres, soit monter avec un treuil ou une machine simi)le quelconque un ])oids de 2 kilos à un mèlrc : il tient de sa position une énergie potentielle de 2 kilogrammètres.

Or si le corps vient à tomber sans être retenu par rien, sans être assujetti à monter un autre poids, — s'il tombe, suivant rexi)ression consacrée, en chute libre, — il acquiert une vitesse qui Aa grandissant à mesure qu'il tombe : son énergie de réserve diminue à chaque instant, mais son énergie de mouvement augmente d'autant. Qu'on fasse à chaque moment le calcul de chacun des termes : on reconnaît que la sonnne des deux demeure constante : la somme de l'énergie potentielle et de l'énergie cinétique d'un corps isolé, demeure invariable. Si l'on convient d'apl)eler énergie mécanique totale la somme des deux grandeurs auxcpiellcs on a donné les noms d'énergie cinétiquevid'énergie potentielle, — on dira que Vénergie mécanique totale d'un corps isolé se conserve.

ENERGIE

La constance de cette somme des énergies potentielle et cinétique est subordonnée à deux conditions : la première est que le corps considéré ne travaille pas. S'il accomplit un certain travail, s'il agit, dans son mouvement, de manière à soulever un autre poids, son énergie mécanique totale est diminuée de tout le travail extérieur effectué. Au contraire, une impulsion qu'on lui communique de l'extérieiu* a pour résultat d'augmenter son énergie totale.

Il en résulte que si le corps considéré est un organe de machine qui fonctionne d'une manière régulièi-e. et si, par conséquent, au bout de chaque tour il reprend la même position, en la traversant a^ec la même vitesse de marche, il reprend la même énergie potentielle et la même énergie cinétique, c'està-dire la même énergie totale. Le corps ne peut donc, d'un tour à l'autre, avoir fourni à l'extérieur du travailmécanique, àmoins que ce travail mécanique, on ne le lui ait soi-même fourni. C'est là une des formes les plus simples du principe de l'impossibilité du ni oiH' entent perpétuel. Il est impossible, avec une machine quelconque à organes purement mécaniques, d'obtenir plus de travail qu'on n'en a dépensé pour la faire marcher. Le cas particulier le plus élémentaii'e est précisément le cas du levier en équilibre, où le travail dépensé poTir mouvoir un des bras est égal au travail accompli par le mouvement de l'antre.

3. Une autre restriction doit être niise au principe de la constance de l'énergie mécanique totale d'un corps isolé : c'est qu'il ne subisse, dans son mouvement, ni frottement ni choc. Ces phénomènes ralentissent ou arrêtent les mouvements, et amènent ainsi une perte d'énergie de mouvement, qui n'est pas compensée par un gain d'énergie potentielle. Mais en ce cas, se produit un phénomène physique nouveau, que ne prenait pas en considération la mécanique pure : il y a un dégagement de chaleur. Si le phénomène a pour siège une machine tournant régulièrement, quandun toxir ou plusieurs tourscomplets ont été faits, le nombre de calories ou d'unités de chaleur apparues est exactement propoi-tionnel au nombre d'unités d'énergie mécanique disparues. Il y a dégagement d'une calorie (une grande calorie, chaleur nécessaire pour échauffer de i degré centigrade le litre d'eau) pour la destruction de 425 kilogrammètres. C'est là l'énoncé même du premier principe de la science de la chaleur: le principe de réquivalence de la chaleur et du travail.

Si l'on convient d'évaluer la chaleur en unités d'énergie, à raison de 425 kilogrammètres pour i calorie, et d'appeler énergie calorifique la' chaleur ainsi mise en jeu, enregardant la chaleur comme une autre forme de l'énergie, nous n'aurons qu'à généraliser le précédent énoncé, en disant f[ue là oii disparait de l'énergie mécanique, apparaît une quantité équivalente d'énergie calorifique, et que, les organes d'une machine revenus à l'état initial après un nombre quelconque de tours complets, la somme de l'énergie mécanique totale et de l'énergie calorifique n'a pas varié ; « l'énergie » est demeurée invariable.

Si un corps est en contact avec d'autres, s'il les met en mouvement et par conséquent levu- fournit de l'énergie mécanique, et d'autre part leur cède de la chaleur, on dira que son énergie totale diminue du fait de cette double circonstance, et l'on définira sa diminution d'énergie par la somme du travail accompli à l'extérieur et de la chaleur cédée (celle-ci évaluée en unités d'énergie).

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