I. D'après la critique externe
97. 1. Etat nu témoignage traditionnel. — A la fin du m" siècle, la croyance attestée par les principaux écrivains ecclésiasticjues est que le troisième Evangile est l'œuvre de saint Luc, disciple et compagnon de saint Paul, le « très cher médecin » dont celuici parle dans son épître aux Colossicns, iv, i4; cf. II Tim., IV, II.
Clément d'Alexandrie. — C'est ainsi que Clément d'Alexandrie cite notre Evangile sous le nom de Luc, Paedagogus, II, i; Strom., I, xxi.
Saint /renée. — Saint Irénée fait de même à di- \ erses reprises. Contra Uaeres.,lU, s., 1 ;xi, 7; xiv, 1; IV, VI, i.Dans sa notice sur l'origine des Evangiles, III, I, I, on lit qu'« à son tour, Luc, compagnon de Paul » — ailleurs, III, xiv, i, il l'appelle « le collai>oraleur des apôtres, surtout de Paul », et signale (jue
ÉVANGILES CANONIQUES
le grand Apôtre en parle dans ses Epîtres, — « publia dans un livre l'Evangile prêché par celui-ci » (n*" S).
TertulUen. — Tertulliex cite également le troisième Evangile, en l'attribuant à Luc, Adv. Marcion., IV, v. Xous avons vu (n" 4) que, dans sa notice sur les Evangiles, ihid., IV, ii, il joint le nom de Luc à celui de Marc, comme étant tous deux disciples des apôtres et, à ce titre, confirmant, dans leurs Evangiles, la foi d'abord fondée sur le témoignage direct des apôtres.
Canon de Muratori. — Enfin, le Canon de Muratori (no 6) présente expressément le troisième Evangile comme composé par le médecin Luc, devenu compagnon de saint Paul en ses missions.
98. IL Valeur de ce témoignage. — \° Le témoignage traditionnel, ainsi constaté, ne se heurte à aucune difficulté sérieuse qu'on puisse lui opposer a priori. — Sans doute, s'il fallait admettre que le livre a été composé seulement aux environs de l'an loo, l'époque paraîtrait un peu tardive pour l'activité littéraire d'un compagnon des missions de Paul, rien n'autorisant à supposer que l'auteur a écrit dans un âge particulièrement avancé. Mais, nous l'avons vu (n"'' S9- 31), aucun argument plausible ne force à reculer la date de composition de l'Evangile longtemps après '^o ; au contraire, il semble qu'on soit contraint de la placer au moins très peu après cette époque; bien plus, de bons arguments inA itent à se porter plus haut encore et à mettre la rédaction de l'ouvrage avant l'année 62.
99. 2° Pris en lui-même, le témoignage de la tradition présente des garanties de yérité qu'on peut dire irrécusables. — D'un côté, en effet, ce témoignage se trouve très répandu, très assuré, nullement contesté, à une époque où l'on n'était pas encore très loin des temps apostoliques, et où il était aisé, dans chaque Eglise, de remonter aux premiers anneaux de la chaîne traditionnelle.
Surtout, la qualité du personnage auquel est attribué l'Evangile est capable d'inspirer une pleine confiance. — Ce personnage est des plus obscurs; il n'a joué dans l'histoire qu'un rôle très effacé : ce n'est donc pas une intention suspecte qui a pu lui faire rapporter notre document. « Luc, dit fort bien Renan, n'avait pas assez de célébrité pour qu'on exploitât son nom en ^^le de donner de l'autorité à un livre. « Les Efang., p. 252. N'aurait-on pas bien plutôt mis l'ou^Tage sous le couvert d'un nom illustre, de saint Paul, par exemple, dont on disait justement que cet Evangile était la prédication mise par écrit ? Etant donné qu'on songeaitseulementàun disciple du grand Apôtre, n'aurait-on pas choisi de préférence un de ses disciples les plus en vue, destinataire de quelqu'une de ses Epîtres, tel que Tite ou Timothée?
L'obscurité du personnage de Luc garantit donc son rapport réel avec l'Evangile qui lui est attribué. Or, on ne comprendraitpas que la part prise par ce disciple à la composition de l'ouvrage se fût bornée à la rédaction d'un simple document partiel, utilisé ensuite par un rédacteur final inconnu: c'est au rédacteur final que la tradition a dû avant tout s'intéresser; c'est cet auteur qu'il lui a été le plus facile d'identifier. Si, pour donner crédit au livre, on avait aouIu le faire passer tendancieusement comme œuvre d'un disciple de Paul, qui en réalité aurait été seulement responsable d'un document exploité par l'évangéliste,on ne se serait pas, semble-t-il, arrêté en si l)eau chemin et on aurait mis l'Evangile sous l'autorité du grand Apôtre lui-même.