‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 173 sur 214 · I. D'après la critique externe · texte numérisé non relu

I. D'après la critique externe

116. I. Etat du témoigxack traditionnel. — i' Vers la fin du W siècle. — Vers la fln du second siècle, la tradition reçue dans les diverses Eglises du monde ciirétien est que notre premier Evangile est l'œuvre de l'apùtre saint Mattliieu.

Clément d'Alexandrie. — Clément d'Alexandrie le cite sous ce nom à diverses reprises, Strom., I, xxi ; l.ibcr Quis dives salvctur ? xvn.

Tertullien. — Tertullien, (pii le cite fréquemmenl, introduit expressément telle ou telle de ses citations <n les présenlant comme paroles de Matthieu, Adv. ^Lardon., IV, xxxiv, xl; LJe carne Christi, xxii.

S'adressant à Marcion, il associe le nom de Matthieu à celui de Jean, et rappelle que les Evangiles de ces deux apôtres sont le premier fondement de la foi. Adv. Marcion., IV, 11 (no 4).

S. Lrénée. — Nombreuses sont aussi les citations de saint Irénée, et c'est sous le nom du même apôtre que telle ou telle d'entre elles est présentée, Contra Haeres., III, ix, i ; IV, vi, i. L'évêque de Lyon ajoute ce renseignement que saint Matthieu publia son Evangile chez les Hébreux, et dans leur langue. Contra LLaeres., III, i, 1 (no 5).

117. 2" Au milieu du w" siècle. — Papias. — Au milieu du second siècle, Papias parlait déjà de cet Evangile hébreu composé par saint Matthieu. « Matthieu, disait-il, avait écrit en langue hébraïque les Logia et chacun les interprétait comme il pouvait » (n" 10). — On a beaucoup discuté pour savoir si, dans la pensée de l'évêque d'Hiérapolis et dans celle des anciens de qui il tenait sans doute ce renseignement, le recueil de Logia, ainsi attribué à saint Matthieu, comprenait seulement des sentences, ou bien un ensemble de récits et de discours, comme nous le trouvons dans l'Evangile qui porte aujourd'hui son nom. Les critiques les plus en vue tendent maintenant à reconnaître que la notice de Papias vise, en réalité, notre Evangile actuel.

En effet, le mot /«/ta n'a pas chez les anciens auteurs ecclésiastiques le sens restreint de « discours », mais peut s'appliquer aussi à des récits : S. Irénée, Contra LLaeres., I, viii, 1,2; S. Clément de Rome, Ad Cor., LUI. Papias lui-même, à propos de l'oeuAre de saint Marc, parle de tJvtk;u twv y.jpicf./.Civ Iv/iwj, tout en prenant soin d'observer que Marc avait écrit soit les paroles soit les actes du Christ, rà i>T.b roxi Xpi^-rcO h iiyfjijzv. 'n T<py.yOi-j-y.. Renan, Les Evangiles, p. 7g, note; Loisv, L.es Evang. svn., 1. 1, p. 27-28.

D'ailleurs, ceux qui ont eu l'ouvrage de Papias entre les mains, comme Eusèbe et saint Irénée, ont appliqué sans hésitation ce qu'il dit du premier ouvrage hébreu à notre Evangile grec : or, il est tout à fait à croire qu'ils y étaient autorisés par l'exemple même de l'évêque d'Hiérapolis. Celui-ci, en effet, ne devait pas ignorer notre premier Evangile grec, depuis longtemps en circulation à son époque. A voir sa notice, on dirait que ses lecteurs eux-mêmes sont supposés bien savoir que saint Mattiiieu a écrit un Evangile, et qu'il se contente de leur apprendre que l'apôtre a commencé par écrire en liébreu. S'il n'avait pas rapporté de quelque manière à lEvangile grec ce qu'il disait du travail hébreu de saint Matthieu, on ne s'expliquerait pas qu'aussitôt après, la tradition soit unanime à attril)ucr à rai)ôlre lEvangile grec lui-même. Il est donc tout à fait à croire que l'Evangile hébreu de saint Matthieu, dont parlait Papias, était regardé et présenté par lui, sur la foi des anciens, comme l'original de notre premier Evangile grec.

M. Loisy le reconnaît. « On admet maintenant », dit-il en parlant de cette notice sur saint Matthieu, « que, dans la pensée de Papias (Holtzmann, Einleitung in das N, T., p. 477) et même de ses répondants (J^ELiciiER, Einleitung in das i\. T., 1906, p. 269), elle concerne notre premier Evangile. >i L.es L^vang. syn., t. I, p. 27. Cf. Harnack, Spriiche und Lieden Jesu, 1907, p. 124; VON Soden, Urchristliche Literaturgcschichte, p. 70; Tu. Zahn, Einleitung in das .\. T., t. II, p. 254 sq.

118. II. Valeur de cb témoignage. — La tradition, ainsi constatée à la tin et au milieu du 11° siècle. seinl)lo bien posséder une très sérieuse valeur. — Tout d'abord, elle assure (ju'il doit y avoir, au point de vue de l'origine, un i'api)ort réel entre notre Evangile et l'apôtre auquel il est attribué.

ÉVANGILES CANONIQUES

1° // doit y ai oh- un rapport réel d'origine entre notre premier Evangile et saint Matthieu. — On ne voit pas, en effet, en dehors de l'histoire, ce qui aurait pu perler les premières communautés chrétiennes à mettre l'écrit sous un tel patronage. Aucune donnée du livre n'invitait à lattribuer à saint Matthieu plutôt quà un autre. Sans doute, le premier Evangile ne se borne pas, comme les deux autres Synoptiques, à nommer Matthieu dans la liste des Douze, X, 3 = Marc, m, i^ =^ Luc, vi, i5; il le mentionne encore sous ce nom dans le récit de sa vocation, IX, f), alors que les autres évangélistes parlent à cet endroit de Lévi, lils d'Alphée, Marc, ii, i4 =^ Luc, V, 2y. Mais ce récit est aussi impersonnel dans saint Mattiiieu que dans saint Marc et saint Luc; pas un mot ninsinue que le publicain soit à identiiier avec l'auteur. On ne peut évidemment songer qu'une particularité aussi peu suggestive ait inspiré de mettre le livre au compte de saint Matthieu.

En réalité, cet apôtre n'a. dans l'Evangile même qui porte son nom, qu'une place insignitiante; nombre d'autres personnages y jouent un rôle beaucoup plus important, à commencer par Pierre et les deux fils de Zébédée. Dans l'histoire de l'Eglise primitive, le personnage est encore plus effacé. Somme toute, nous avons affaire à un apôtre d'ordre secondaire. Jamais, semble-t-il, on n'aurait songé à lui pour patronner l'ouvrage, si l'on n'y avait été amené par la vérité du fait. Le sentiment pieux, l'intérêt doctrinal ou apologétique, auraient incliné naturellement à mettre l'Evangile sous le couvert d'un grand nom, par exemple sous celui de saint Pierre, (|ui est précisément en haut relief dans ce document. Seul un témoignage historique très spécial a dû motiver l'attribution à l'apôtre obscur qu'est saint Matthieu. JuELicuEH, Einleitung in dus S'. T., p. 268; Zahx, Einleit. in dus X. T., t. II, p. 264.

119. Objection. — M. Loisy insinue que cette attribution pourrait provenir du rédacteur lui-même. A l'entendre, la substitution de Matthieu à Lévi dans l'histoire du publicain indiquerait que l'évangéliste prenait un intérêt particulier à l'apôtre et trahirait une certaine intention de recommander son œuvre du nom de Matthieu. Pourquoi aurait-il choisi cet apôtre? « Il est possible, dit M. Loisy, à la suite de Strauss, que Matthieu ait été publicain, ou qu'on ait raconté qu'il l'était; cette seule circonstance, qui faisait de lui un demi-païen, pouvait lui faire donner la préférence sur les apôtres que leurs antécédents ne permettaient guère de présenter comme auteurs d'un livre composé en grec. » Les Evang. syn., t. I. p. 142; cf. Stracss, Souv. vie de Jésus, t. I, p. 102 (n'J 211).

Réponse. — Mais ce sont là des suppositions gratuites, et de plus invraisemblables. — La manière dont saint Matthieu est représenté dans le premier Evangile, le fait qu'il n'y joue pas d'autre rôle que dans saint Marc et saint Luc, si l'on excepte le récit de son appel, d'ailleurs tout à fait impersonnel, rendent impossible d'imaginer que le rédacteur ait eu l'intention de faire prendre cet apôtre pour auteur du livre. Voulait-il justiUer la langue grecque de cet Evangile? Il aurait songé beaucoup plutôt à tel apôtre important, André, Philippe, dont précisément le nom était grec et pouvait suggérer l'idée de familiarité avec la langue grecque. A supposer qu'il eût, pour un motif quelconque, préféré le nom de Matthieu, n'aurait-il pas eu soin de mettre cet apôtre fréquemment en scène, de souligner son personnage, d'insinuer de quelque façon son identitication avec l'auteur du livre? « La première précaution des écrivains pseudonymes, a écrit fort justement M. Loisy lui-même, Le qnatr. Evang., p. 126, est de mettre en

plein jour le nom dont ils se parent. » Cf. Tu. Zahx, Einleit. in das A'. T.. t. II, p. 204.

Il faut donc le reconnaître, l'attribution du premier Evangileà saint Matthieu requiert un rapport authentique entre l'apôtre et l'œuvre qu'on lui attribue. — Ce rapport est-il celui d'une composition directe et intégrale?

150. 2° Ce rapport consiste dans la rédaction proprement dite de n.itre premier Evangile par saint Mattiiieu. — Opinion contraire de beaucoup de critiques. — Un grand nombre de critiques, estimant, pour des raisons d'ordre interne, que notre premier Evangile ne peut être l'œuvre immédiate de saint Matthieu, pensent qu'à la base de la donnée traditionnelle doit se trouver seulement ce fait que l'apôtre aura rédigé un document primitif, simple recueil de Logiu, ou Evangile rudimentaire en araméen, entré plus tard dans la composition de notre Evangile grec. — Ainsi, d'une façon générale, les auteurs déjà mentionnés comme partisans de la théorie des deux sources (n°S9, cf. 53 lin). En outre W. C. Allex, A critical and excgetical Commentarr on the Gospel according to St. Matthe^v {International Critical Commentarr), 1907, p. lxxix-lxxxiii; A. Plummer, An exegetical Commentarr on the Gospel according to St. Matthci', 190g, p. vii-xi.

Quelques auteurs, comme MM. Schmiedel et Loisv, contestent même que le recueil de Logia, utilisé par le premier évangéliste, ait été l'œuvre directe de saint Matthieu, et pensent qu'il était tout au plus basé sur un ancien document comi>osé par cet apôtre (n° 61).

Voyons d'abord si les raisons opposées à la rédaction proprement dite de l'ouvrage pao" saint Matthieu s'imposent a priori.

151. A) // n'y a pas de raisons péremptoires qui interdisent d'attribuer notre premier Evangile à saint Matthieu. — 1" objection et réponse. — Il n'est pas vraisemblable, dit-on. qu'un apôtre, pour écrire la vie du Maitre dont il a été le témoin, se soit servi de documents déjà écrits et ait même basé son travail sur celui d'un simple disciple comme Marc.

Mais il n'est pas certain cpie notre premier Evangile soit basé sur le second : il semble [)lutôt, nous l'avons vu, que l'un et l'autre exploitent des sources communes. Or, que des sources écrites aient été utilisées par l'apôtre aussi bien que par le disciple, cela tlevient moins surprenant quand on réllèchit que ces documents primitifs, ensemble de récits et recueil de discours, formaient déjà la base de la catéchèse des Eglises et représentaient comme la substance consacrée de la tratlition apostolique (n°^ 69 et 86). Pourquoi saint Matthieu n'aurait-il pu s'emparer de ces premiers documents et les compléter, suivant son dessein propre, à l'aide de ses souvenirs et de ses autres renseignements, pour en former un Evangile suivi ?

ISS. '2"= objection et réponse. — On objecte encore que notre premier Evangile a dû être écrit directement en grec : il ne peut être la traduction d'un original araméen ; et, comme l'assertion la plus caractéristique du témoignage traditionnel porte sur le fait que saint Matthieu aiu-ait rédigé son Evangile en hébreu, la valeur de ce témoignage, en ce qui regarde le rapport essentiel de l'ouvrage avec l'apètre, est par là même grandement diminuée.

Mais rien n'autorise à a llirmer d'une façon absolue que notre premier Evangile ne peut être la traduction grecque d'un original sémitique. Il est certain qu'une partie considérable de son contenu, les discours et sentences de Jésus, a existé à l'origine dans la langue araméenne, parlée par le Sauveur : on le devine encore à maintes expressions et tournures spéciales du texte grec actuel. Qu'en d'autres endroits

ÉVANGILES CANONIQUES

les expressions et tournures laissent transparaître moins nettement l'original sémitique et offrent un cachet plus spécitiquement grec qu'en saint Marc, par exemple, cela peut se comprendre même dans l'hypothèse d'une traduction : pourquoi un traducteur direct de lEvangile araméen n'aurait-il pas fait subir immédiatement aux expressions et tournures de l'original une transformation littéraire, analogue à celle que la parole de Jésus a certainement subie dans les sources grecques dont on veut que nos Evangiles dépendent? — Et, si l'Evangile araméen lui-même se trouvait basé sur des documents antérieurs, identiques ou parallèles à ceux qui ont été exploités par les deux autres évangélistes, pourquoi notre traducteur n'aurait-il pas utilisé ces documents primitifs, dans les versions ou recensions grecques qui en avaient été publiées antérieurement à la rédaction des Synoptiques?

Par ailleurs, ce traducteur a pu être, ou un disciple de saint Matthieu, travaillant avec l'approbation de son maître, ou saint Matthieu lui-même, qui, en sa qualité de chef d'octroi dans la ville cosmopolite de Gapharnaiim, devait bien connaître le grec, et, après avoir écrit pour les chrétiens de langue araméenne, aura ensuite adapté son œuvre à d'autres communautés, plus familiarisées avec le grec qu'avec l'hébreu.

1S3. S' objection et réponse. — Finalement, on trouve étonnant, si l'auteur du premier Evangile est saint Matthieu, que son récit soit généralement moins circonstancié que celui de saint Marc; qu'on y trouve fréquemment, au lieu de renseignements précis, des indications générales et vagiies; que les discours, au lieu d'être rattachés à des occasions déterminées, soient souAent détachés de leur contexte historique et groupés suivant un ordre piu-ement didactique.

Mais ces particularités se conçoivent sans peine de la part de l'apôtre, pour peu qu'on lui accorde une méthode personnelle et un l)ut particulier. Il est visible quel'évangéliste a eu un dessein principalement didactique : sauf dans les derniers chapitres, xxvixxviii, relatifs à la passion et à la résurrection, il glisse rapidement sur les faits, s'abstient de préciser leur chronologie, groupe ceux qui sont analogues, réduit leurs détails au strict nécessaire, pour mettre, au contraire, en pleine évidence les discours du Seigneur. On ne voit pas pourquoi ce dessein et cette méthode n'auraient pu convenir à tin apôtre tel que saint Matthieu. L'intérêt des premières communautés se portait de préférence sur les enseignements du divin Maître; ses sentences et ses discours faisaient l'objet principal de la catéchèse des Eglises : quoi d'étonnant si l'apôtre Matthieu a conçu le plan d'une œuvre, mi-historique, mi-doctrinale, où l'intérêt de l'histoire se trouve subordonné à celui de l'enseignement? Tu. Zaux, Einleit. in das N. T., t. Il, p. 3o3-3o5.

124. B) Le témoignage traditionnel doit s'entendre de la rédaction proprement dite de notre premier Evangile canonique par saint Matthieu. — La critique interne ne fournit donc pas de raisons péremploircs qui interdisent d'attribuer notre premier Evangile à saint Matthieu. Le témoignage traditionnel doit être apprécié en toute iiidcix'udance. — Or, à envisager ce témoignage en lui-même, il paraît certain qu'il entend ai)pli([ucr à notre premier Evangile, dans son ensemble, le bénélice de la composition par saint Matthieu.

Les plus anciens Pères, qui avaient en mains le premier Evangile grec et gardaient le souvenir d'un E\angile hébreu ou araméen, n'ont jamais fait de distinction entre l'un et l'autre, au point de vue de

l'origine directement apostolique : ils disent que saint Matthieu a écrit d'abord en hébreu, et c'est notre Evangile grec qu'ils citent sous son nom, comme si cet Evangile grec était l'équivalent de l'Evangile hébreu et procédait aussi complètement de l'apôtre saint Matthieu. Le témoignage même de Papias n'autorise pas à restreindre le travail de l'apôtre à la rédaction d'un simple recueil de Logia : nous avons vu que lui aussi se rapporte beaucoup plutôt à notre premier Evangile dans son état actuel (n° 117). Cf. Zaun, Einleit. in das JV. T., t. II, p. 206 sq.

133 C) Ce témoignage offre de sérieuses garanties de vérité. — Tout bien considéré, le témoignage traditionnel du u* siècle doit donc s'entendre de la composition proprement dite de notre premier Evangile canonique par l'apôtre saint Matthieu. — Or, ce témoignage olïre de sérieuses garanties de vérité. Dans l'hypothèse, en effet, où saint Matthieu serait seulement l'auteur des Logia, on ne s'expliquerait pas bien que la tradition du II' siècle lui ait attribué notre premier Evangile, et non le troisième, étant donné que, d'après les critiques, le recueil de Logia se trouve exploité aussi largement, sinon plus largement, dans le troisième que dans le premier (n°' 39, 61).

126. On ne s'expliquerait pas, non plus, très bien que ce recueil, s'il était l'œuvre de saint Matthieu, se soit aussitôt perdu. Le cas n'est pas le même que pour les documents que nous avons supjjosés à la base de nos Evangiles synoptiques (n° 69) : ces documents, rédigés pour la catéchèse ordinaire, devaient circuler sans nom d'auteur dans les Eglises ; leur fortune a été absorbée par celle des écrits nouveaux. Evangiles complets que garantissaient des noms autorisés. Ici il s'agirait de l'écrit d'un apôtre, de l'apôtre saint Matthieu : cet écrit n'a pas été purement et simplement inséré dans le premier Evangile, comme le montrent les emprunts qu'a pu lui faire encore saint Luc; on ne comprend pas qu'il ait été éclipsé si complètement par l'Evangile nouveau, à moins que celui-ci n'ait été également garanti par l'apôtre.

127. Pris en lui-même, le témoignage de la tradition a tout ce qu'il faut pour inspirer confiance. — Au temps de saint Irénée, à l'époque plus ancienne de Papias, on était à peu de distance de l'âge apostolique. Cet espace de moins d'un siècle était couvert, dans les diverses Eglises, par les attestations des presbytres, dépositaires de la tradition laissée par les fondateurs de ces chrétientés, eux-mêmes disciples, souvent directs, des apôtres. Cette chaîne traditionnelle n'avait qu'un petit nombre d'anneaux : il était facile de les compter et d'en vérifier la solidité. L'attribution si ancienne du premier Evangile à saint Matthieu a donc toutes chances de reposer sur des renseignements bien établis, c'est-à-dire svu- une attestation de l'apôtre lui-même ou de ceux qui reçurent son ouvrage et le mirent en circulation dans les Eglises.

128. Le témoignage de Papias offre, en j)artuulier, une garantie de premier ordre, si, comme il est hautement probable, l'évèquc d'IIiérapolis tenait son information touchant l'origine du premier Evangile, comme touchant celle du second, de Jean l'Ancien, lequel ne doit pas se distinguer de l'apôtre saint Jean

Contrôlons ce témoignage de la tradition par rcxamen interne de notre Evangile.

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