IV, II
Enfin, ce qui nous garantit que nous avons bien affaire à saint Luc, c'est que l'Apôtre, nous l'avons A'u, le présente comme médecin : or, nous pouvons précisément nous rendre compte que tel était bien notre auteur.
112. 3° L'auteur du III' Evangile témoigne d'une culture littéraire et d'une science médicale telles qu'on peut les attendre d'un médecin. — 1° L'éi'angéliste témoigne d'abord d'une s'ériiuOle culture littéraire. — Il a voulu, en effet, faire œuvre d'historien. A la façon des grands historiens grecs, Hérodote, Thucydide, Polybe, il déclare, au début de son livre, comment il l'a composé, dans quel but, et d'après quelles sources. Toutes les fois qu'il le peut, il replace les épisodes dans leur cadre chronologique, rattache les discours aux circonstances qui les ont ^ provoqués. Ses récits sont composés avec art : il sait leur donner un air de simplicité et de grandeur, exprime avec bonheur le caractère et les sentiments de ses personnages, porte sur eux ou sur les événements des jugements pleins de finesse.
Malgré le grand nombre d'hébraïsmes que contient son langage, et qu'il doit aux sources utilisées, il écrit généralement un grec meilleur que celui des autres Evangiles. Son vocabulaire est beaucoup plus riche : on y relève 3^3 mots qu'ignorent les autres écrits du Nouveau Testament. Les substantifs et surtout les Aerbes composés sont fréquents sous sa plume. Son prologue enfin se compose d'une belle phrase classique qui tranche sur le reste de son livre et montre que, là où il ne dépend pas de documents antérieurs, il sait écrire à la manière d'un véritable Grec.
Ainsi, notre évangélisle possède une culture littéraire spéciale. Cela s'accorde bien avec le témoignage de la tradition qui en fait un médecin.
113. 2° // n'est même pus sans faire preuve d'une r compétence spéciale en matière médicale. — On le dirait familiarisé d'abord avec les ouvrages de médecine les plus en vue : du moins son prologue offre de grandes ressemblances aA-ec ceux du traité Ils/s' àpya.rfii î-nzpiy.f,ç, attribué à HiPPOCRATE (46o-35o aA-. J.-C.), et du De materia medica de Dioscorides, prol)ablement contemporain de notre auteur.
Chose plus significatiA-e, on trouAe dans son ouA'rage beaucoup de termes médicaux, dont un certain nombre se rencontrent presque exclusivement
ÉVANGILES CANONIQUES
dans les traités de médecine anciens, connus de son temps. En particulier, rrj-jiy^ij.irr, -jpfxôi ij.t/y.'jw^ Luc, iv, 38, comparé à Marc, i, 3o ^ Mattli., viii, \l\\ T:v.pixJ.ù:jiJ.é.iOi, Luc, v, i8 ; k-~c h pj^u tîO v.ifjLv.ro:, Luc, VIII, 44 j ùSpuTTiy.oi, Luc, XIV, 2; kx'lùyifj, Act., \, 5, 10 ; jZ0i/>;z(5e^'jjTî5, Act., XII, 28; /.y.Or/pvj, 6r,p(oy, Tliimpv.^Sy.i, y.y-y-ir.T-i-J, Act., XXVIII, 3-6; -j^ïTOf; zai ^■jis.vzipi'ji rj-jf/oij.tvw, Act., xxviii, 8; ^orfi-ta.^ Act., XXVII, 17; «Tt-ria, Act., XXVII, 2 1 ; yziTct Starû.sTzs, Act., xxvii, 33 ; cf. Act., ni, 7; IX, 18; etc. — Cf. Hobart,, The médical language of saint Luke, 1882; Harxack, Lnkas der Arzt, p. 122-137; Zahx, Einleit. in das ?>'. T., t. II. p. 435 sq.; Jacquier, LIist. des livres du N. T., t. II, p. 445; t. III, p. 28.
Conclusion. — La confirmation ainsi apportée par la critique interne du livre au témoignage de la tradition est si complète et si caractéristique, s'étendant à la fois au rapport personnel de l'auteur avec saint Paul et à sa qualité spéciale de médecin, que, se joignant à la preuve déjà hautement rassurante du témoignage traditionnel, elle garantit avec une véritable certitude la composition de notre troisième Evangile par le disciple et compagnon de saint Paul, nommé Luc.
114. Opinions des critiques. — Contestée par Strauss (n" SU) et bon nombre de critiques liliéraux, tels que H. Holtz.manx, A. Juelicher, P. W. ScH.MiEDEL, A. LoisY (u'^ 106), Cette authenticité parfaite est revendiquée d'une façon générale par les critiques catholiques.
Elle est également soutenue par les protestants conservateurs, comme B. Weiss, Einleitung in das y. r., p. 53o sq. ; F. Godet, Introduction au 3'. T. Les trois premiers Evangiles, p. 602-610; Th. Zaiix, Einleitung in das N. T., t. II, p. 426 sq. ; F. Blass, Acta Apostolorum, sive Lucae ad Tlieophilum Liber aller, 1895; J. M. Bebb, art. Luke {Gospel of), dans le Dict. of ihe Bible, t. III, p. 162 sq. ; A. Plummer, Acritical and e.regetical Commentary on the Gospel accord ing ta S. Luke, 3* éd., 1900; IÎackham, TIte Acts of the Apostles, igoi ; V. H. Stantox, The Gospels as historical Documents, t. II, 190g, p. 24o-322.
Enlin elle est admise par un certain nombre de critiques libéraux, des plus indépendants, tels que Rbnax, Les Evangiles, p. 202; Harxack, Lukas der Arzt, der Verfasser des dritten Evangeliums und der Apostelgeschichte, 1906; Die Apostelgeschichte, 1908.
113. A consulter. — Wallon, Corxely. Vigou- Roux, Bai II- lOL, Gonoal, Jacquier, Brassac, op. cit., {n" 96); Fillion, Evongile selon saint Luc, 1882 ; Kxabe.xb.vueh, Comment, in Evangelium secundum Lucam, 1896; Girodo.v, Commentaire critif/ue etmoral sur l'Evangile selon saint L.uc, 1908; V. Rose, Evangile selon saint L.uc, 1904.