CoM-iKMATiH. — Le témoignage des Epî
tres johanniques. — Notre conclusion se trouve confirmée par ce que nous pouvons établir de l'origine des Epîtres johanniques.
Les Epitres johanniques sont du même auteur que le quatrième Évangile. — Les Epîtres sont sfirement de la même main que le quatrième Evangile, tant de part et d'autre les idées sont semblables, les particularités littéraires identiques : mêmes antithèses, de Dieu et du monde, du Christ et du diable, de la vérité et du mensonge, de l'amour et de la haine, de la lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort; mêmes associations d'idées, très spéciales (comparer I Jean, i, 6, avec Jean, m, 21; I Jean, 11, l^, avec Jean, xiv, 21, 23; I Jean, m, 16, avec Jean, xv, i3;
I Jean, v, 3, avec Jean, xiv, i5); même manière de déAelopper l'idée en une série de propositions courtes et incisives, en forme de parallélisme explicatif, ou plus souvent antithétique (comparer I Jean, 11, 10, a\ec Jean, xi, 10; I Jean, 11, 23, avec Jean, v, 28; lJean,v, 12, avec Jean, m, 36); même habitude de commencer une phrase par un pronom démonstratif et de la relier à une proposition subordonnée par une conjonction (comparer I /ea«, m, 8, 11, 16, 28, avec Jean, m, 19, etc.); même façon de revenir en arrière sur les membres antérieurs d'une phrase, par une série de reprises qui en mettent en relief les divers points de vue (comparer I Jean, m, i-io, aAcc Jean, xv, 12-17). — L'unité d'auteur de ces écrits est admise des critiques libéraux les plus réputés : Renax, Vie de Jésus, p. 538; L'Eglise chrétienne, p. 5o-5i, 7g; Harnack, Chronologie, t. I, p. 658, n. 2; Abbott, art. Gospels, dans VEncyl. hihl., t. II, col. 1818; JuKLiciiER, Einleitung, p. 194-196, 199-200.
18S. Or, elles sont l'œuvre de l'apôtre saint Jean. — L'auteur de la I" Epître se donne pour un témoin oculaire du Christ : I Jean, i, i-5; iv, i4. Dans les deux autres, il se nomme « le Presbytre » ou « l'Ancien » par excellence : II Jean, i; III Jean, i. Etant donné le milieu asiatique où ces Epîtres ont été publiées, ce Presbytre ne peut être, semble-t-il, que l'illustre Ancien d'Ephèse connu sous le nom de Jean, et que nous saAons identique à l'apôtre de ce nom.
183. Impossible ici encore de supposer une fiction littéraire. — La façon dont l'auteur de la 1"= Epilre se borne à rappeler, dans les premiers Aersets, sa qualité de témoin du Verbe de a ie, n'est pas d'un écriA'ain qui aurait a-ouIu se faire prendre pour Jean l'apôtre ; et comment croire que le ton si pénétrant, de tendresse paternelle et de douce autorité, qui caractérise cette Epître, soit après tout l'œuvre d'un faussaire?
L'hypothèse est encore moins soutenable en ce qui concerne les deux petites Epîtres. — Ce sont, en effet, des lettres adressées à des destinataires précis. A supposer qu'il faille Aoir, dans la « Dame Elue », à laquelle est écrite la seconde, le (|ualificatif symbolique d'une chrétienté, il ne s'agit jjas d'une chrétienté purement idéale, mais d'une communauté concrète et bien déterminée, comme le montrent les détails du A-. 12, où l'auteur exprime son espoir de Aisiler bientôt en personne ceux à qui il se contente pour le moment d'écrire. Il n'est d'ailleurs aucunement établi qu'il s'agisse d'une Eglise : la mention des <i fils » de la Dame Elue et des lils de sa ■( sœur »,
II Jean, i-i3, semble s'opposer à une telle interprétation. Il est encore plus difficile de Aoir dans Gains, le destinataire de la troisième Epître, un jjersonnage typique ou imaginaire : au A'. 9, Gains paraît expressément distingué de l'Eglise; au A'. 1 4, les salutations sont tout à fait personnelles. — Or, peut-on croire que des lettres ainsi conçues et ainsi adressées soient des faux littéraires? Qui donc aurait osé usurper l'autorité du fameux Presbjtre, en publiant sous
ÉVANGILES CANONIQUES
son nom, dans le milieu même où il était si aisé de vérifier les choses, des lettres adressées à des communautés connues et à des personnes déterminées ? Est-il d'ailleurs possible de songer à une composition apocryphe pour de simples billets, si peu tendancieux, presque entièrement composés de détails personnels, très vivants? II Jean, i2-i3; 111 Jean, 9-10,
Les Epitres johanniques sont donc en réalité du Presbytre, témoin oculaire du Seigneur, sous le patronage duquel elles sont mises, c'est-à-dire de l'apôtre saint Jean. Tel est donc aussi le cas du quatrième Evangile, qui a le même auteur.
184- Conclusion. — Rassemblons les données acquises tant par la critique interne du livre que par la critique externe.
Le quatrième Evangile, publié en Asie Mineure à la fin du i" siècle, prétend avoir pour auteur l'apôtre .lean, censé bien connu de ses lecteurs. Toute la tradition, même la tradition asiate, du ii*' siècle, l'a tenu précisément pour l'œuvre de cet apôtre. — De fait, la façon délicate dont l'évangéliste s'identifie à saint Jean, bien difierente de la manière ordinaire des faussaires, est de nature à inspirer confiance. D'autre part, il est historiquement démontré que Jean l'apôtre résidait à Ephèse vers l'époque à laquelle remonte l'ouvrage qu'on lui attribue. Il n'est pas moins certain que le rédacteur de l'Evangile est un Juif, et ([u'il connaît intimement la Palestine ancienne où s'est passée la vie de Jésus. Enfin, notre écrit est tle la même main que les Ej^itres johanniques, et celles-ci se réclament de l'apôtre saint Jean, sans qu'on puisse faire l'hypothèse d'une fiction littéraire.
Quiconque rapprochera ces faits les uns des autres et en pèsera la signification, ne pourra moins faire, semble-t-il, que d'être convaincu de l'authenticité joliannique de notre document.
18S. Opinions des critiques. — Cette authenticité a été niée d'une façon absolue par Baur, Kritische Untersuchangen ùher die kanonischen Evangelien, 18^7; Strauss, Das Leben Jesu fur das deiitsc/ie Volk bearbeitet, i864; et à leur suite, par J. RÉviLLK, Le quatrième Evangile, son origine et sa valeur historique, 1901, 2' éd., 1902; P. W. Schmie- DEL, art. John, son of Zebedee, dans l'Encycl. biblica, t. II, 1901, col. 25oil-2562 ; A. Loisy, Le quatriinne E\'angile, igo3. D'ajjrès ces critiques, le quatrième Evangile n'aurait aucun rapport d'origine avec l'apôtre saint Jean, qui ne serait jamais venu en Asie (n°' 227, 229). — Le plus grand noinl)re des critiques libéraux reconnaissent à notre document une authenticité partielle : il contiendrait un fond traditionnel, plus ou moins considérable, remontant au fils de Zébédée. Ainsi Renax, Weizsaecker, Harnack, Moffatt, p. Gardxer, E. X. Abbott, JuELicHER, Heitmueller, ctc. (n° 230). — Quelquesuns vont jusqu'à supposer une sorte de document primitif, qui aurait été rédigé par l'apôtre, retouché ensuite et complété par un de ses disciples : Wendt, Soltau, Briggs (no 231).
Les critiques catholiques tiennent généralement pour l'authenticité proprement dite de notre Evangile. P. ScHANz, Esangeliani des heiligen Johannes, i885; CoRNKLY, Ilistorica et critica Introductio in U. T. libros sacros. Lntrod. spec.,t. 111, 188G; Knabexbauer, Comment, in Evangelium secundum loaniiem, 1897; L. C. FiLLioN, Evangile selon saint Jean, 1887; E. Maxgenot, art. Jean (Evangile de S.), dans le Dicf. de la Bible, t. III, 1908, col. 1167-1172; P. Batiffol, Six leçons sur les Evangiles, 1897; Th. Calmes, IJEvangile selon saint Jean, 190/4; Fouard, Saint
Jean et la fin de l'âge apostolique, 1904; A. Nouvelle, L'authenticité du ÎV^ Evangile et la thèse de M. Loisy, 1906; C. Chauvin, Les idées de M. Loisy sur le quatrième Evangile, 1906; M. Lepin, L origine du quatrième Evangile, 1907; E. Jacquier, Histoire des Livres du y. T., t. IV, 1908; A. Brassac, J/a«f<eZ biblique, t. III, 1910. — Cette authenticité est également admise par nombre d'auteurs protestants : F. Godet, Comment, sur l'Evangile de saint Jean, 1881, 4* éd., 1904; B. Weiss, Einleitung in das 2Y. T., 3' éd., 1897; Uas Johannes-Evangeliuni, 9' éd., 1902; A. Resch, jiussercanonische Paralleltexte zu den Evangelien, iv Heft : Paralleltexte zu Johannes, dans les Texte und Untersuchangen, t. X, part. 4> 1896; Th. Zahn, Einleitung in das X. T., 2« éd., t. II, 1900; Das Evangelium des Johannes, 1908; Reynolds, art. John (Gospel of), dans le Bict. of the Bible, t. II, 1899; V. Stanton, The Gospels as historical Documents, t. 1, 1908; J. Drummond, An Inquiiy into the Character and Authorship of the fourth Gospel, 1908; W. Sanday', The Criticism ofthe fourth Gospel, 1900.
186. A consulter. — Fouard, Nouvelle, Chauvin, Jacquier, Brassac, Lepix, op. cit. (n" 18S).