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D'après la critique interne

L'argument de témoignage traditionnel, si probant par lui-même, trouve dans l'examen interne du quatrième Evangile une confirmation très significative et péremptoire. De l'examen attentif du livre, en effet, il ressort que cet Evangile, composé en grec et publié en Asie Mineure, a néanmoins pour auteur un Juif d'origine, connaissant intimement la Palestine contemporaine du Sauveur, et qui s'identifie lui-même au disciple que Jésus aimait, c'est-à-dire à l'apôtre saint Jean, dans des conditions qui ne permettent pas de suspecter le bien-fondé de cette identification.

159. I. L'auteur du ive Evangile est ux Juif d'origine. — Il a pour langue maternelle l'hébreu ou Varaméen. — Sa langue, en effet, offre, sous le vêtement grec, la manière caractéristique du parler sémitique : pas de liaisons savantes entre ses membres de phrase, mais des suites de propositions très simples, presque constamment reliées par la conjonction et, et souvent accouplées d'une façon sj métrique, qui donne à la phrase quelque chose de cadencé. — L'auteur connaît d'ailleurs très bien l'hébreu et l'araméen : il en cite de nombreux termes qu'il interprète très correctement à ses lecteurs : i, 38, 4'» 4'-^; V, 2; IX, 7; XIX, i3, 17; XX, 16.

// connaît bien les usages juifs. — Avec la langue, il connaît les usages des Juifs : les fêtes, de la Pàque, II, i3; vi, 4; xi, 55; xii, 12; xiii, 1, des Tabernacles, VIII, 2, de la Dédicace, x, 22 ; la loi du sabbat, V, 9, 10; XIX, 3i, 42; celle de la circoncision, VII, 22, 23; la coutume des ablutions aux repas, 11, 6; les usages concernant la fréquentation des édifices païens, xviii, 28, et les relations avec les Samaritains,

IV, g; VIII, 48.

// est familiarisé ai'ec les idées juives. — Il n'est pas moins familiarisé avec les idées juives, surtout celles qui regardent le Messie, son origine et sa destinée : I, 20, 21, 45,49; VI, i4, i5, 27, 42, 52; VII, 3i; XII, 34 ; xviii, 33 sq. Il est au courant de la Loi, de son rapport avec Moïse, de ses diverses prescriptions : I, 17, 4Ô; V, 46; VII, 5i; viii, 17; XIX, 7. Surtout l'Ecriture est pour lui l'autorité par excellence :

V, 39 ; X, 35 ; il lui emprunte la figure du serpent d'airain et la comparaison de la manne : m, 1 4 ; vi, 3i sq. ; il la cite pour justifier les prétentions de Jésus, l'idée de sa naissance à Bethléem, l'attitude des croyants et des incroyants à son égard : vi, 4^; vu,

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42; X, 34; XII, 38, 4' ; il rapporte à ses oracles prophétiques les événements de la passion et de la résurrection : vu, 38; xiii, 18; xix, 24. 28, 36, 37; XX, 8.

Un écrivain d'Asie Mineure, à ce point familiarisé avec la langue, les usages et les traditions religieuses des Juifs, ne peut être lui-même qu'un Juif d'éducation et d'origine. — Sa manière de parler des Juifs, comme d'étrangers et d'adversaires, 11, i3; v, i ; vi, 4 ; vu, 2 ; XI, 55; XIX, 4o, etc., se comprend sans difficulté de la part d'un Juif de naissance, devenu chrétien, et écrivant pour des chrétiens d'Asie Mineure, du point de vue <le sa foi nouvelle et de son entourage présent (cf. n" 9S).

160. II. L'auteur connaît intimement la Palestine CONTEMPORAINE DE JÉSUS. — 1° Il coiinaît intimement la Palestine. — f^a Galilée. — Notre évangéliste connaît fort bien la Galilée. Il n'est pas seulement capable de faire figurer dans son récit les bourgs galiléens déjà familiers aux Synoptiques, comme Nazareth, patrie de Jésus, i, 45, 46; Bethsaïde, patrie de Simon, d'André et de Philippe, i, 45 ; xii, 1 1 ; il est seul à parler, et d'une façon très expresse, de Cana, qu'il a soin d'appeler « Cana de Galilée », ii, i, II ; IV, 46; XXI, 2, pour la distinguer d'autres villes du même nom situées hors de cette province; et il précise avec beaucoup d'exactitude qu'il faut « descendre » pour aller de cette Cana, située en effet dans la région montagneuse, à Capharnaiim, dans la basse plaine qui avoisine le lac, ii, 12; iv, 47. 49> 5i. — Le lac de Génésareth lui semble particulièrement familier; il connaît les villes qui sont sur ses bords, Capharnaiim, 11, 12; iv, 46; vi, 17, 24, Sg; Tibériade, VI, a3; sa largeur, vi, ly (cf. Marc, vi, ^7:^ Matth.^ xiv, 24); la montagne qui le borde au nord-est, vi, 3. i5.

161. La Samarie. — Les renseignements personnels qu'il donne sur la Samarie sont aussi exacts que précis : sur la route de Judée en Galilée, passant par la Samarie, se trouve le puits de Jacob, non loin (à I kil., en effet, au S.-O.) du village de Sj'char (aujourd'hui Askar), iv, 5, 6, à l'entrée de cette fertile vallée de Sichem où les disciples peuvent contempler les blés en herbe dans les champs, iv, 35, au pied de ce mont Garizim sur lequel les Samaritains ont construit leur teuqile et que la femme de Samarie, sans le nommer, montre de la main au Sauveur, iv, 20.

La L'érée et la Judée. — Notre évangcliste a aussi une information particulière surlaPéréeet la Judée. — Il localise le second témoignage de Jean-Baptiste à Aïnùn, près de Salim, un endroit bien pourvu d'eau, où le Précurseur pouvait baptiser aisément ceux qui venaient à lui en grand nombre, m, 23. — Après rémoi causé par la résurrection de Lazare, il fait retirer Jésus dans la contrée voisine du désert, en un lieu appelé Ephraim, xi, 5']. — Il connaît une Béthanie au delà du Jourdain, premier théâtre du baptême de Jean-Baptiste, i, aS (cf. x, 4o). et semble la distinguer expressément de l'autre Béthanie, village de Marie et de Marthe. Olie-ci était, dit-il, près de Jérusalem, à i5 stades environ, xi, 1, 18; xii, i; cl c'est, en efTet, la distance qu'il est aisé de vérilier encore aujourd'hui.

16S. Jérusalem. — Si nous i)énétrons, à la suite de l'auteur, dans Jérusalem même, son information n'ajjparait pas moins rcmar<iuable. — Seul, il nous fait connaître les deux piscines de Bétliesda. v, 2, et de Siloé, xi, 7, dont la seconde est particulièrement bien identifiée. — 11 parle du leinph-, en homme bien au courant des lieux. Il emploie d'une façon toute naturelle l'expression : « monter au temple », vu.

14. qui convient exactement à la situation de l'édiûce, dominant la ville du haut de ses terrasses superposées. La rencontre de l'aveugle-né avec Jésus a lieu aux abords dvi temple, et l'on sait, en effet, qu'aux abords du temple se tenaient habituellement les inûrmes et les estropiés demandant l'aumône, ix, 8; cf. Act.,in, 2. Lors de la fête de la Dédicace, comme c'était la mauvaise saison, Jésus se promène sous le portique de Salomon, x, 22, 23. A l'occasion de la fête des Tabernacles, le Sauveur parle dans la salle du temple appelée « le Trésor », viii, 10.

Seul, notre auteur signale, et avec une parfaite exactitude, le torrent du Cédron, séparant la ville du jardin de l'arrestation, xviii, 1-2, alors qu'il néglige de mentionner le nom de Gethsémani, fourni par ses devanciers. — Il sait que le prétoire est la résidence du gouverneur, un édifice païen où les Juifs se gardent de pénétrer, de peur de contracter souillure, xviii, 28. — Seul il mentionne le lieu que dominait le tribunal de Pilate, et il le décrit fort exactement comme un emplacement élevé (Gabhaiha). pavé en mosaïque {lAthostrotos), xix, i3. — Seul enfin il précise que Tendroit du crucifiement était à proximité de la ville et qu'un jardin se trouvait tout auprès, XIX, 20, 4'-

163. 2° Il la connaît d'expérience personnelle. — Un écrivain capable de mêler à ses récits une topographie aussi détaillée et aussi précise, indépendamment des Synoptiques et des autres écrivains du Nouveau Testament, ne peut qu'avoir connu la Palestine d'expérience personnelle; il a même dû entrer en contact intime avec les divers théâtres du ministère de Jésus. — Cela est particulièrement manifeste dans l'épisode de la Samaritaine, où les détails topographiques, très minutieux (n" 161), sont engagés d'une façon extrêmement naturelle dans la narration, fournis au fur et à mesure de l'entretien, parfois même, comme le trait concernant le Garizim, indiqués par une simple allusion. Benan a eu raison de dire : « Un Juif de Palestine, ayant passé souvent à l'entrée de la A'allée de Sichem, a pu seul écrire cela. » Vie de Jésus, p. 493,

164. 3° Il la connaît telle qu'elle était du vivant de Jésus. — D'autre part, la Palestine ainsi connue par l'auteur est la Palestine antérieure à la guerre judéo-romaine, telle qu'elle était à l'époque du Sauveur. Or, il n'est pas vraisemblable qu'un Juif, habitant E[)lit'se à la lin du 1" siècle, soit allé, depuis la catastrophe de l'an 70, visiter la Palestine et l'étudier dans ses diverses régions, d'une façon aussi complète et aussi minutieuse. La contrée était demeurée ilévastée, prescpie déserte; la ruine complète de la ville sainte avait même mis fin aux pèlerinages annuels des Juifs de la Dispersion. D'ailleurs, c'est seulement avant la grande guerre que l'auteur a pu \o'\v Jérusalem debout, avec son temi)le, le prétoire, le Lithosti'otos, dont il parle avec une compétence si spéciale. — On est ainsi amené à conclure que notre auteur a connu personnellement les lieux où a vécu le Christ, dans l'état où ils étaient du vivant du Sauveur, et non depuis la grande catastrophe palestinienne.

163. lntj)orlance de ces constatations. — Le témoignage interne du livre se bornàt-il à ces deux points, savoir (jne le quatriènie évangélisle est un Juif d'origine, et qu'il connaît d'expérience directe la Palestine contemporaine de Jésus, nous aurions déjà une conlirmation exlrènuMnent remarquable du témoignage fourni par la critique externe. A Ephcse, à la lin du i" siècle, y avait-il, en dehors de l'apôtre Jean, un seul Juif qui eût connu de cette façon les diverses

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parties de la Palestine ancienne, et qui fût capable de composer un Evangile où les détails topographiques se trovivent mêlés d'une façon si naturelle et si vraisemblable aux épisodes de la vie de Jésus?

Mais le livre nous offre un dernier témoignage d'une précision et d'une sûreté qui ne laissent rien à désirer.

166. 111. L'ÉVANGÉUSTB s'iDKXTIFIE AU DISCIPLE AIMÉ DE JÉSUS, c'EST-A-DIRE A l' APÔTRE SAINT JeAN, ET DANS DES CONDITIONS QUI NE PERMETTENT PAS DE SUSPECTER LA VÉRITÉ DE CETTE IDENTIFICATION. 1" L'évangé-

liste s'identifie au disciple aimé de Jésus. En deux endroits : xxi, 24 et xix, '6ï).

1° En XXI, '2'i. — En xxi, i!\, nous lisons : « C'est ce disciple », savoir le disciple bien-aimé, dont il a été question plus haut, v. 20, « qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai ».

Interprétation proposée par certains critiques. — La première pensée qui vient à propos de ce passage est ciue la parole y est tenue par d'autres que le disciple bien-aimé, présenté comme auteur de l'Evangile. Il est. en effet, question de lui d'une façon impersonnelle; le verset précédent fait allusion à sa mort, et l'allusion se comprendrait bien après la mort déjà survenue ; on garantit la vérité de son témoignage, et cette garantie, exprimée à la première personne du pluriel, semble provenir d'un groupe, non d'un individu. Aussi a-t-on attribué ce témoignage aux presbytres éphésiens, éditeurs du livre (n"" 143-146). Mais ce témoignage lui-même ne peut se séparer du récit qui précède ; il fait corps avec le dernier chapitre du livre, qui a d'ailleurs toutes les apparences d'un appendice. On en est donc venu à penser que tout ce dernier chapitre avait été ajouté par les éditeurs.

Arrivé là, il semble impossible de s'arrêter à l'opinion du P. Calmes (n" 144), qui essaie de maintenir une certaine authenticité johannique à l'ensemble du chapitre final. Au jugement de la généralité des critiques, si l'appendice a été ajouté par les éditeurs, il doit être l'œuvre de ces éditeurs eux-mêmes; et si l'on n'admet pas que Jean d'Ephèse soit Jean l'apôtre, ni qu'il ait composé notre document, les éditeurs ont dû ajouter tout exprès leur morceau pour ailirmer, par un artifice littéraire, la composition de l'Evangile par Jean d'Ephèse et l'identité de ce Jean d'Ephèse avec l'apôtre Jean. H. Holtzmann, Einleitting in das .\. 7'., p. 455; Das Evangelium desJohanness p. 227 sq. ; J. Réville, Le quatr. Evang., p. 3o5 sq. ; Schmiedel. art. John, dans VEncycl. hibl., t. II, col. 2543 ; LoisY, Le quatr. E\-ang., p. 926 sq. ; S. Rei- NACH, Orpheus, p. 3 18.

C'est dans cette hypothèse que nous avons accepté de nous placer jusqu'ici. Mais le moment est venu de la discuter, et à l'examen il ne semble pas qu'elle puisse se soutenir.

167. L^n réalité, le chapitre xxi est tout entier du même auteur que le reste de l'Evangile. — Le chapitre XXI est certainement de la même main que les vingt premiers. — Il est d'abord en connexion étroite aACC le reste de l'Evangile, au point de vue de l'ensemble des idées et des divers traits historiques. L'épisode de la pêche miraculeuse se relie à l'histoire précédente par la transition expresse : « Après cela, Jésus se manifesta encore », xxi, i, et par la remarque finale : « C'est ainsi que Jésus se manifesta, pour la troisième fois, après sa résurrection d'entre les morts », XXI, i4 Les deux disciples qui jouent le rôle principal dans cette scène. Pierre et le bien-aimé, sont précisément ceux que le quatrième Evangile associe le plus fréquemment et dans le même rap-

port : xiii, 23 sq.; xviii, i5sq.;xx, 2 sq. A côté d'eux, sont mentionnés, xxi, 2, Thomas, avec son surnom purement johannique de Didyme, et Nathanaël, qui ne figure sous ce nom que dans notre document ; ce dernier personnage est même présenté comme étant de Cana de Galilée, et ce renseignement est en harmonie intime avec le récit de sa Aocation, coïncidant avec le premier voyage de Jésus à Cana, i, 45 sq. Pierre est interpellé par le Sauveur : Si'uwv "Iwayjv, a Simon, fils de Jean », xxi, lô-i^, comme dansi, 42, au lieu du Siyojv Ba/nwvâ de Matth., xvi, 1-.

168. Beaucoup plus étroites et plus significatives sont les liaisons de notre chapitre avec le reste de l'Evangile, au point de vue de la langue et du style. — Nombre de particularités littéraires, constructions de mots, tournures de phrase, qui sont caractéristiques du style des vingt premiers chapitres, se retrouvent dans l'appendice. Ainsi, èfocvipuztv îa^rcv, xxi, i (cf. vil, 4); à«';y à/j-VJ /r/w lot, XXI, 18 (cf. III, 5, I I ; XIII,

38); ,uiévzoi, XXI, 4 (cf- IV, 27; VII, i3; xii, 42; xx, 5); ûii oÎjv, XXI, g (cf. IV, i, 4o; xi, 6; xviii, 6; xx, 11); Sre oliv, XXI, i5 (cf. 11, 22; vi, 24; xiii, 12, 3i ; xix, 6, 8, 3o); S(,uwv çiv llizpoi, XXI, 7 (cf. xi, 20; xaiii, 3). Il y a une correspondance exacte entre xxi, 1 1 et xii, 3;, pour l'emploi du génitif absolu a^ec le pronom TSTiOro; suivi d'une proposition négative; entre xxi, 16 et IV, 54, pour l'association de -a/o à C£^t£oî>; entre XXI, 12 et XIII, 28, pour la façon de séparer oiSet'i du substantif par le verbe. Il y a encore un rapport très étroit entre xxi, 4 et xx, 1 4 ; entre xxi, 24 et xix, 35 ; entre xxi, aS et xx, 3o. Comme l'auteur de l'Evangile, l'auteur de l'appendice aime à ouvrir des parenthèses, à fournir des explications, des précisions, suivant des procédés et parfois avec des formules tout à fait semblables. Comparer xxi, 7 avec iv, 44 1 45 (et vu, 5, 39; XIX, 3i); xxi, 20 avec vi, 22-24 (et XI, 1-3); XXI, 8 avec xi, i8(et xviii, i-3); xxi, igavec II, 21 (et VI, 6, 72; VII, 3g; vin, 6; xi, i3, 5i ; xii. 6, 33); XXI, 8, 23 avec xi, 5i (et xi, 3o ; xii, 6, 16; xiii, 18); etc.

Il parait absolument impossible d'attribuer à une imitation réfléchie, ou à une certaine parenté littéraire, des accords aussi multiples, aussi complexes, dans le choix des expressions, dans la spécialité des formules, dans la liaison des mots et des phrases, dans la manière générale et les procédés particuliers d'exposition.

169. Enfin, il est souverainement invraisemblable que des éditeurs aient ajouté à l'Evangile qu'ils publiaient un appendice de cette nature. Leur conduite serait contradictoire. D"un côté, ils voudraient présenter le disciple bien-aimé comme auteur de lEvangile, y compris le chapitre final, puisqu'ils prennent soin de le bien relier à ceux qui précèdent, soit pour le fond, soit pour la forme, et le pourvoient d'une nouvelle conclusion visiblement imitée de la première. D'un autre côté, ils commettraient cette maladresse étrange de donner à leur addition toutes les apparences d'un appendice, puisqu'ils laissent sub sister la première conclusion du livre, au Heu de la supprimer; bien plus, de parler de ce disciple, auteur de lEvangile, comme d'un tiers, en le présentant d'une façon objective, et en emploj'ant pour leur part la première personne du pluriel. La contradiction qu'il faudrait supposer est si incroyable qu'elle condamne décisivement l'hypothèse.

170. C'est dune l'és-angéliste qui, au f. 2'i, s'identifie au disciple bien-aimé. — Le chapitre xxi étant ainsi reconnu du n^me auteur que le reste de l'Evangile, il faut donc en venir à supposer que c'est Tévangéliste lui-même qui. au v. 24, se déclare discrètement le disciple aimé de Jésus et garantit la sincérité de son propre témoignage.

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Rien ne contredit d'abord cette hypothèse. — Le A-. 23 envisage la mort du disciple comme possible, non comme déjà survenue. Or, si Jésus avait réellement adressé au disciple la déclaration qui est rapportée, si le rapprochement de cette parole avec l'annonce faite au chef des apôtres avait donné lieu à l'interprétation excessive qui avait cours parmi les frères, on peut parfaitement comprendre que le bienaimé a tenu à rétablir lui-même dans sa teneur exacte la parole du Seigneur. Il semble même que seul il était capable défaire alors cette rectification. En tout cas, la réserve avec laquelle elle est présentée lui convient beaucoup mieux qu'à ses disciples écri- A ant après l'événement. Qu'est-ce qui aurait empêché un écrivain postérieur de faire expressément allusion au fait survenu ?

171. Le V. 24 se comprend lui-même très bien sous la plume du disciple bien-aimé, auteur de l'Evangile.

— L'aoriste /iSKia; ne marque pas nécessairement une action depuis longtemps passée, mais convient parfaitement à la rédaction qui s'achève : c'est ce disciple qui a écrit ce qui vient précisément d'être écrit.

— Le présent s ij.y.prjpw se comprend on ne peut mieux du disciple rendant présentement témoignage dans l'Evangile, et ne conviendrait pas du tout pour exprimer un témoignage qu'il aurait rendu dans le passé.

— Comme dans l'Evangile, l'auteur se place par la pensée en face des Odèles auxquels il destine son ouvrage, et il se donne d'une façon objective pour celui qu'ils ont accoutumé de nommer et d'entendre nommer le disciple aimé de Jésus. Un cas analogue se rencontre sous la j)lume de saint Paul : II Cor.,xii,2sq.

17S. Que le même auteur parle ensuite à la première personne du pluriel et garantisse la vérité de son témoignage, cela parait d'abord plus étonnant; mais il est remarquable qu'au verset inamédiatement suivant, le langage est à la première personne dvi singulier : on ne comprendrait guère ce mélange, si l'appendice était ajouté par un autre écrivain ou un groupe d'éditeurs postérieurs. Au contraire, le v. 26, qui contient un témoignage sur le grand nombre des œuvres accomplies par Jésus, ne se conçoit bien que de la part d'un témoin autorisé, tel qu'était l'auteur de la première conclusion du livre, xx, 3o-3i. D'autre part, la comparaison des Epîtres johanniques, qui sont incontestablement de la même main (n" 181), montre que justement notre auteur se plaisait à employer la première personne du pluriel pour la première personne du singulier, comme une forme de langage à la fois plus mystique et plus solennelle : I Jean, 3-4, comparé au, 1 ; v, i3. En particulier, la III'' Epitre a le mélange des premières personnes du singulier et du pluriel dans les mêmes versets g-io, et l'auteur y parle de son témoignage en termes analogues à ceux qui nous occupent : III Jean, 12, comparé à 1-8 et 1 3- 14. Cf. Jean, i, i4 ; m, 1 1 ; ix, 4 ; Matth., III, i5; H. IIoLTZMAN.v, Einleitang in das .V. T., p. 455; has Evangelium des Joliannes, p. 229-230; Juelicher, Einleitung in das i\. T., p. 325, 338.

La phrase peut donc se transposer ainsi : « C'est ce disciple qui rend présentement témoignage de ces choses et qui vient de les écrire, et je sais que son témoignage est vrai (ry^r/jr,^). » Cette dernière atlirmation convient tout particulièrement, et même exclusivement, au discii)leen question, s'il s'agit, non précisément de la vérité objective de son témoignage, mais plus directement, comme il semble I)ien, de sa sincérité. Seul, en elFct, le disciple peut savoir que sa parole est sincère; en disant : « /e sais que son témoignage est véridi(iiie », l'évangéliste montre qu'il n'est autre que ce discii)le lui-même.

L'interprétation (jiu^ nous venons d'exposer est confirmée de tous points par l'examen d'un passage

analogue, mais beaucoup plus significatif, qui se trouve dans le corps même de l'Evangile, xix, 35.

173. 2' En XIX, 35. — Le passage est ainsi conçu : « Et celui qui l'a vu », savoir le fait de l'eCTusion du sang et de l'eau à la suite du coup de lance, « en a rendu témoignage {u-;j.y.prJpr,/.vj'), et lui sait qu'il dit vrai (/.y.'i ixùjoi oIÔî-j ôrt vJrfir, /r/st), afin que vous aussi vous croyiez ». — De l'avis général, ce témoin ne peut être que le disciple bien-aimé, mentionné au V. 26 comme présent non loin de la croix.

Ce passage est Lien authentique. — Impossible de voir dans ce verset, avec le P. Calmes, L Evangile selon saint Jean, p. Lo, cf. 443, une interpolation des éditeurs. Il porte le cachet du style johannique : cf. Jeun, XX, 3i; vi, 29; xiu, 19; xvi, 4, 33; IJean, 1, 3, 4; ii> i; v, i3. Il est supposé nettement par le contexte. La formule du v. 36 : « car ces choses arrivèrent, afin que l'Ecriture fût accomplie », ne peut pas se relier immédiatement au v. 34. qui raconte le coup de lance; à en juger par tous les passages analogues (xii, 38; xviii, 9, 32; XIX, 24), l'évangéliste se serait abstenu de la reprise : « ces choses arrivèrent » ; le « car » n'a lui-même de sens que comme fournissant la raison de la foi, dont parle le v. 35 : l'épisode a efficacité pour fonder la croyance, parce qu'il s'est réalisé en accomplissement des Ecritures. Le verset ne peut donc absolument pas se supprimer : il est évidemment authentique.

174. L'auteur s'y identifie réellement au disciple bien-aimé. — Or, dans ce verset, l'évangéliste s'identifie au disciple témoin. Il affirme, en effet, que le témoin « sait qu'il dit vrai ». Mais rien n'est plus essentiellement subjectif que le fait d'avoir conscience de quelque chose. Un étranger aurait pu dire : « Il affirme qu'il dit vrai », « je crois qu'il dit vrai » ; mais il ne saurait garantir : « lisait qu'il dit vrai, il a conscience d'être sincère ". En protestant de l'état de conscience du témoin, l'évangéliste montre qu'il ne se distingue pas de ce témoin lui-même.

L'emploi du verbe '■/i'/n au présent le confirme. Ce présent n'est pas contredit par le parfait ij.tii.r/.p-jç,r:/.vj, car ce dernier peut fort bien s'entendre d'un témoignage que le disciple a déjà rendu et qu'il continue de rendre. Le présent /£/£( garde sa pleine signification. Or, il ne peut s'entendre d'un témoin que l'évangéliste contemplerait hors de lui-même dans le passé; il ne se conçoit bien que si le témoin qui dit présentement la vérité n'est autre que l'évangéliste écrivant son témoignage actuellement.

La finale du verset achève de justifier cette interprétation. L'auteur déclare que le témoignage du disciple a pour but de donner la foi. A qui? Aux lecteurs de l'Evangile. Or, c'est exactement le langage que l'évangéliste tient dans sa première conclusion, quand il veut exprimer le but de son Evangile même : xx, 3i ; cf. I Jean, 1, 3; v, i3. On ne comprend cela que si le témoignage du disciple s'identifie au récit de l'évangéliste. c'est-à-dire si le disciple ténu)ignant pour donner la foi aux destinataires de l'Evangile, est l'évangéliste lui-même écrivant pour former ses lecteurs à la foi.

Chacune de ces indications, prise à part, est très significative; leur réunion constitue une preuve qu'on a le droit de déclarer péremptoire. Rknan, Vie de Jésus, p. 537; L'Eglise chrétienne, p. 52; Juelichkr, Einleitung in das N. T., p. 326; E. A. Abbott, art. Gospels, dans VEncycl. bibl., t. II, col. 1795; P. Wkrnlb, Die Anffinge unserer Religion, 2« éd., 1904, p. 456; Die Quellen des Lebens Jesu, p. i3; LoisY, Le quatr. Evang., p. 889-890.

Il est donc établi que l'évangéliste a l'intention de

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se faire prendre pour le disciple que Jésus aimait. Quelle est la personnalité exacte de ce disciple que l'évangéliste prétend être?

175. 2° Le disciple aimé de Jésus est l'apôtre saint Jean. — i" Le disciple bien-aimé n'est pas un simple type allégorique, mais un personnage réel. — Quelques critiques, ne pouvant se résoudre à admettre que l'auteur du quatrième Evangile soit en réalité un disciple de Jésus, l'apôtre Jean, et trou- Aant difficile de soupçonner en l'identification si discrète de l'auteur l'artifice d'un faussaire, ont prétendu que le bien-aimé auquel il veut s'identifier serait un disciple purement idéal, un témoin spirituel du Christ, le type du croyant parfait conçu dans son âme mystique et en lequel il s'incarne pour ainsi dire fictivement. J. Réville, Le quatr. Evang., p. 3i6-3i8; LoisY, Ze quatr. Evang., p. 126-129.

176. C'est une hypothèse insoutenable. — Il est certain, en effet, que, dans l'appendice, le bien-aimé est regardé comme un personnage très réel. Ce n'est pas d'un type figuratif qu'on peut se demander s'il doit mourir ou non. Le disciple parait d'ailleurs bien connu dans le milieu où se publie l'Evangile, et l'on reconnaît volontiers que ce doit être le fameux Jean d'Ephèse (n° 145). Or, l'appendice est de la même main que le reste de l'Evangile (n" 167 sq.). On ne peut évidemment songer que l'auteur ait envisagé le personnage comme réel dans le dernier chapitre, et comme fictif dans les vingt premiers.

A prendre seulement ces vingt premiers chapitres, on remarque que le plus grand nombre, la presque totalité des personnages sont les mêmes qui figurent dans la tradition historique des Synoptiques. Ce sont les apôtres bien connus, Pierre, André, Philippe, Thomas, Jude, Judas; c'est Jean (Baptiste), Marie de Magdala, Marthe et Marie deBéthanie, Joseph d'Arimathie, Anne, Caïphe, Pilate, Barabbas, sans compter la mère de Jésus, Joseph son père, et ses frères. Tous ces personnages apparaissent aussi vivants que dans les premiers Evangiles, avec des renseignements non moins précis sur leur lieu d'origine, leur famille, et les traits distinctifs de leur individualité. Impossible de les prendre pour de purs symboles. Or, est-il à croire que l'écrivain ait mêlé à ces personnages très réels et qu'il ait mis en relations familières avec eux une simple figure allégorique?

De fait, qu'on examine les différentes scènes où parait ce disciple, il ne se montre nulle part avec les caractères du type symbolique, partout au contraire comme un personnage très vivant. Il ne peut être le gnostique idéal, ni à la dernièi-e Cène, xiii, 22-25, où il est obligé, sur l'invitation de Pierre, d'interroger le Sauveur pour connaître le traître ; ni au pied de la croix, XIX, 25-35, où la mère de Jésus ne saurait être prise pour la sj'nagogue juive confiée à l'Eglise chrétienne; ni dans la démarche au tombeau, xx, 2-10, où il est averti par Marie-Madeleine, laisse Pierre pénétrer le i)remier dans le sépulcre, ne croit à la ])arole de Marie qu'après avoir constaté de ses yeux l'état des linges et du suaire, et ne semble pas songer encore aux Ecritures qui prédisent la résurrection. — C'est sans doute encore le bien-aimé qu'il faut voir dans le disciple qui participe à l'appel d'André, i, 35-4o, et dans celui qui accompagne Pierre dans la cour du grand-prêtre, xviii, i5-i6 : or, dans le premier épisode, il parait en anonyme et ne joue aucun rôle ; dans le second, il est appelé simplement « l'autre disciple », et se contente de négocier avec la portière l'entrée de Simon dans la cour du palais. Un personnage ainsi présenté n'est évidemment pas conçu par l'évangéliste comme un type figuratif.

Il faut donc, avec le plus grand nombre des criti-

ques, maintenir comme certaine la réalité historique du disciple bien-aimé. Qui était ce personnage ?

177. 2'^ Le disciple bien-aimé est un des apôtres. — Quelques critiques ont prétendu y voir, non un apôtre, mais un simple disciple du Sauveur. Hugo Delff, Bas vierte E\'angelium wiederhergestellt^ 1890, p. 12 sq. ; BocssET, Die Offenbarung Johannis, 1896, p. 44-47; ^'ON SoDEX, Urchristliche Literaturgeschichte, igoô, p. 217-220.

C'est là une hypothèse sans probabilité. Le bienaimé est présenté, soit dans l'appendice, soit dans le corps de l'Evangile, comme ayant participé à la dernière Cène. Or l'examen du quatrième Evangile, comme des Synoptiques, montre que seuls les apôtres assistèrent à ce dernier repas: Marc, xiv, i^, 20 ; Mat t h., -s.-Kyi, 20; Luc, xxii, i4, 'io ; Jean, xiii, 16,18; XV, 16; XVII, 18, 20; cf. VI, 71. D'ailleurs, le bienaimé n'occupe pas une place quelconque au Cénacle: il paraît à côté de Pierre, tout auprès du Sauveur. Dans tous les autres épisodes où il figure, on le voit en relation spéciale avec les principaux d'entre les apôtres, comme faisant partie du même groupe, et se trouvant sur le même rang, dans la compagnie la plus intime du Maître. Il nest pas possible qu'un tel personnage ait été un simple disciple, demeuré par ailleurs complètement inconnu.

A considérer donc les données les plus profondes du livre, aussi bien que les premières apparences (n° 14S), le disciple aimé de Jésus ne peut être qu'un apôlre, et même, pour être associé de la sorte à Simon Pierre, un apôtre éminent.

178. 3° Ce doit être un des fils de Zébédée. — Or, on ne voit que les fils de Zébédée sur qui le choix puisse se porter. Ils sont, avec Pierre, au premier rang dans l'histoire synoptique : Marc, i, lô-rg; m, 16; v, 37; IX, I ; X, 35 ; xiii, 3; xiv, 33, et parallèles. Dans le quatrième Evangile, ils ne sont nulle part nommés, si l'on excepte la mention coUectiAe: « les fils de Zébédée », au chap. xxi, 2, tandis qu'on y voit figurer expressément les principaux apôtres, Pierre, André, Philippe, Thomas. Ce double fait invite à chercher notre disciple dans l'un ou l'autre de ces deux apôtres.'

Ce qui y invite également, c'est l'association probable du bien-aimé à André, lors de leur appel, i, 35-4o. Les premiers disciples de Jésus, en effet, paraissent en relation d'origine les uns avec les autres: André trouve en premier lieu son frère Simon et l'amène au Sauveur, i, 4 ' ; il trouve en second lieu Philippe, qui était du même village de Bethsaide, i, 44 ; à son tour, Philippe trouve Nathanacl, qui était de Cana de Galilée, i, 45 ; xxi, 2. Cela donne à penser que l'anonyme lui-même était en relation étroite avec André, et sans doute aussi son compatriote. Tout s'explique, s'il est un de ces fils de Zébédée qui avaient coutume de pêcher sur le lac de Galilée, en compagnie d'André et de Pierre, Marc, i, 16-20.

Le récit final de la pêche miraculeuse donne une impression semblable. Le bien-aimé est représenté, expressément cette fois, dans la barque de Pierre. D'autre part, l'auteur énumère en tête de son récit les divers personnages de la scène : ce sont Simon Pierre, Thomas, Nathanaël, « les fils de Zébédée », et « deux autres disciples » anonymes, xxi, 2. Dans celte énumération doit sûrement être compris le personnage qui joue avec Pierre le rôle principal, savoir le disciple que Jésus aimait. Or, il n'est pas vraisemblable qu'il faille le chercher parmi « les deux autres disciples » anonymes : on ne comprendrait pas que l'auteur l'ait renfermé dans cette fornmle générale, associé à un autre disciple inconnu, au lieu de le pi'ésenter séparément et dès l'abord avec le titre spécial sous lequel il figure dans la suite du récit. Il est

EVANGILES CANONIQUES

l)ien plulôl à chercher parmi « les fils de Zébédée » : si le bien-aiiué, en effet, est un de ces deux frères, on s'explique sans peine que l'auteur, au lieu d'employer la formule singulière: a le- disciple que Jésus aimait et son frère Jacques », ait préféré dire simplement: « les lils de Zébédée ».

179. 4" // n'est autre que l'apôtre Jean. — Entre Jacques et Jean le choix ne saurait être douteux. Jacques périt de bonne heure, par ordre d'Hérode Agrippa, Jet., xii, 2. Dans l'histoire des premiers jours de l'Eglise, c'est Jean qui se trouve particulièrement associé à Pierre, comme si déjà leur sort avait été étroitement uni par le Maître: Act., i, i3; m, i, 3. i3; IV, i3, 19; VIII, i4; cf. GaL.u.^.

Ainsi l'on est conduit, d'une manière qui semble rigoureuse, à allirmer que, dans la pensée du quatrième évangéliste, le l)ien-aiiné est identique au plus jeune des lils de Zébédée, à Tapùtre saint Jean.

Cette conclusion reçoit une confirmation décisive du fait que, dans le dernier chapitre, le bien-aimé est identifié clairement au fameux Jean d'Ephèse.ce qui équivaut à son identification expresse avec l'apôtre saint Jean. RE?fAN, Vie de Jésus, p. lxv, lxvii; LEglise chrétienne, p. 52 ; Zes Evangiles, p. 429 ; L'Antéchrist, p. 568; Harnack, Chronologie, t. 1, p. 6~5; Abbott, art. Gospels, dans VEncycl. hihl., t. II, col. 1794.

180. 3" On ne saurait suspecter la vérité de cette identlûcation. — L'auteur du quatrième Evangile s'identifie à l'apôtre saint Jean. Peut-on voir dans cette identification l'artifice d'un faussaire? Cela semble impossible.

Les mêmes difficultés qui s'opposent à ce que les éditeurs du livre aient fait passer indiiment l'ouvrage pour l'œuvre de Jean d'Ephèse, identifié à Jean l'apôtre (n" 146), empêchent de supposer que l'évangéliste, s'il n'était pas en réalité cet apôtre, censé bien connu de ses lecteurs asiates, ait tenté de se faire prendre pour lui, et y ait réussi si parfaitement. Il ne s'agit pas, qu'on le remarque l>ien, d'une production apocryi)he quelconque, qui aurait été j)ubliée sous le couvert d'un personnage totalement étranger à la région, dont nul en cet endroit n'aurait connu au juste l'activité littéraire. Il s'agit d'un Evangile, présenté sous le nom de l'apôtre Jean, à ces mêmes chrétiens d'Ephèse qui ont au et entendu le fils de Zéliédée, qui savent très l)ien et peuvent très facilement contrôler si, oui ou non, l'apôtre a composé et transmis cet écrit. Dans ce milieu et à cette époque, il ne semble pas qu'on puisse concevoir la tentative audacieuse qu'il faudrait supposer, et encore moins son succès.

Ce n'est pas tout. L'iiypothèse de la fiction est encore (contredite par la façon extrêmement discrète dont se présente l'identification de l'évangéliste avec l'apôtre témoin. Les auteurs des Evangiles apocryphes ont soin de mettre en évidence ia marque de l'origine qu'ils veulent attribuer à leurs écrits, et en quelque sorte la signature des apôtres sous les noms desquels ils prétendent les faire passer (cf. n° 119). Un faussaire qui aurait voulu présenter le lils de Zébédée comme auteur de l'Evangile, ne l'aurait pas fait a])paraître dans le récit d'une manière si constamuu'ut objective; encore moins comprendrait-on de sa pjirt la façon si délicate dont les passages xix, 35 et XXI, 2/1 laissent transparaître l'attestation du discii)lo témoin.

Le témoignage du livre ne saurait donc cire suspecté. L'évangéliste est en réalité celui qu'il prétend être : le disciple aimé de Jésus, l'apôtre saint Jean.

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