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Pour les discours et les idées

568. Les discours du (juatrième Evangile sont artificiels, et les idées qui l'inspirent dans l'ensemble et dans le détail, propres à son auteur: voilà, dit-on, ce qui résulte d'un certain nombre de considérations. — Au point de vue de la forme, le style des discours mis dans la bouche de Jésus est identique à celui des discours attribués à Jean-Baptisle ou des parties propres à l'évangéliste lui-même; à la dilTércnce des Synoptiques, ces discours sont constitués par une série d'images ou d'allégories profondes ; le jeu des dialogues repose sur l'emploi par le Christ de paroles à double sens, et sur les méprises qu'elles provoquent dans son auditoire. — Au point de vue du fond, on est étonné de voir revenir sans cesse un petit nombre de jiensées essentielles sous un nombre limité d'images ; constamment l'on retrouve les mots « vie, résurrection, lumière, ténèbres, chair, esprit, monde, jugement », et dans une acception différente de celle des Synoptiques. Surtout, les idées du Sauveur et son histoire elle-même sont représentées différemment de la réalité : le quatrième Evangile reflète l'histoire du mouvement chrétien accompli depuis les temps évangéliques juscjuà son auteur; il décrit les relations extérieures de l'Eglise avec le monde romain et le monde juif, à la fin

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du premier siècle ; il représente ses institutions et sa vie intime ; il atteste sa conception récente du royaume de Dieu ; enlin, il met en lumière son idte du Christ, élaborée en sa forme dcûnitiA e. Strauss, yoiiw \-ie de Jésus, t. II, p. 3^3 sq. ; Juelicheh, Eiiilcit., p. 35o,38o; Sghmirdel. art. John, col. -ibij ; J. Réville, op. cit., p. 299; LoisY, op. cit. p, 55, 75 sq., i^i sq.. etc.

Ces allégations sont-elles fondées?

569. i"^ Style et procédé littéraire — i<* Ze sijle. — Il est très vrai que les discours du Christ et du Précurseur, relatés dans le quatrième Evangile, ont quelque chose de l'évangélisle dans leur forme littéraire, qu'ils portent son cachet personnel dans la construction des phrases, la connexion des propositions, le groupement des pensées, l'arrangement général de leurs divers éléments. Mais cela ne nuit pas nécessairement à leur authenticité : il est, en effet, assez naturel qu'en reproduisant un entretien ou un discours qu'il n'a pas sténographié, un auteur, surtout s'il écrit longtemps après l'événement, fasse subir à cet entretien et à ce discours une certaine transformation.

570. ■2" L'emploi de l'aUéi;orie. — On oppose aux paraboles et aux simples comparaisons des Synoptiques ce qu'on appelle les allégories du quatrième Evangile. Cette opposition n'est pas fondée en réalité. — La prétendue allégorie du Bon pasteur, x, 1-16, est appelée par l'évangéliste 71y.p01y.iy., « comparaison » ou '( parabole » ; et, en effet, on trouve dans les vv. i-5 un petit tableau de mœurs pastorales, que le Sauveur fait suivre d'un commentaire, destiné à en donner l'explication ou à en montrer l'application, sans que ce commentaire corresponde d'une façon adéquate et avec une symétrie parfaite à chaque trait de la comparaison. Nous avons donc affaire essentiellement à un tableau parabolique, en partie susceptible d'applications allégoriques. — 11 en est exactement de même de la soi-disant allégorie de la Vigne, xv, 1-8.

571. La plupart des paroles à double sens que l'on signale dans les discours de personnages autres que Jésus, ne se révèlent telles qu'au symboliste de parti pris. A peine faut-il excepter la déclaration de Caiphe, xr, 5o : mais justement cette déclaration est exceptionnelle, et notée comme telle par l'évangéliste, qui la justiQe par le caractère sacré du grand-prêtre et prend la peine d'indiquer sa secrète signification.

Si l'on prend les discours du Christ lui-même, on y trouve, il est vrai, un certain nombre de sentences à forme allégorique ou de paroles à sens figuré. Mais, d'abord, elles sont beaucoup moins nombreuses qu'on le prétend. Elles peuvent se ramener à une dizaine : II, 4 (cf. VII, 6); II, 19; m, 3; iv, i4 (cf. vu, 3^); iv, 32 ; IV, 35 ; vi, ■2'^, 35 sq. ; viii, 3 1-32 ; viii, 1 2 (cf. ix, 5 ; 39; XII, 35-36); xi, i i, 23; xxi, i5 sq. Ensuite, la plupart ont leur signification syml)olique révélée expressément par l'écrivain: 11, 21-22; xi, 11, i4;vii, 39; XII, 33; cf. XXI, 19. Ailleurs, il était bien inutile d'indiquer le symbolisme, tant il était simple et ressortait clairement du contexte. Nulle part il ne s'agit de signification énigmatique ni d'allusion profonde.

Fait non moins digne de remarque, un certain nombre des sentences en question ont leur analogue ou leur parallèle dans les discours mômes du Christ de la Synopse. Ainsi, le symbole de la moisson : cf. Maltli., IX, 37-38; Luc, X, 2; le sommeil de Lazare: cf. Marc, v, 89 et parall. ; les brebis représentant les fidèles : cf. Mal th., x, 6; xv, 2\ ; xxv, 33 ; 3i = Marc, XIV, 27; etc.; le Christ lumière du monde : cf. Mal th., V, l'i. — Les autres sentences ne sont pas

sans avoir elles-mêmes une certaine parenté avec diverses expressions imagées, ofTertes par les premiers Evangiles : Jean, 11, 4 ; cf. Matth.,'s.xvï, 18, 45; Marc, xiv,35,4i. Jean, ni, 3;cl'. Matth..x\iu,i ; Marc, -K, i5. Jean,i\, 32 ; cf. Matth.,iv, 4= Luc, iv, 4 ; I/eut., viii, 3.

En tout cas, il n'en est pas une qui ne réponde au mode d'enseignement habituel au Sauveur. — Le Christ synoptique a fait ample usage de l'allégorie : Matlh.,v, i3; Marc, I, 17; viii, i5 et parall.; Matth., VII, 6, i5; viii, 22; X, 38; xi, 29; xv, i3, i4, 26; Marc, XII, 10, 17; xiv, 8, 36; Luc, xii, 35 ; etc. Et cela se comprend : les deux genres, parabolicpie et allégorique, sont étroitement apparentés, étant fondés sur la raison commune de la comparaison, qui est exprimée dans la parabole, sous-entendue dans l'allégorie; rien de plus aisé que de passer d'un genre à l'autre. — Les allégories johannifjues elles-mêmes peuvent toutes se réduire à des comparaisons. Elles sont d'ailleurs mêlées de comparaisons proprement dites et de sentences strictement paraboliques : iv, 37; VIII, 17, 35; XI, 9; XII, 35; xiii, 16; xv, 20; m, 20; XIII, 10; VII, 18; XV, i3, i5; surtout : m, 8, i4; XII, 24 ; XV, 4) 6; XVI, 21-22.

27S. 3° Le jeu des dialogues. — L'on n'est pas autorisé à parler d'un procédé régulier et uniforme qui fonderait tout le jeu des dialogues johanniques sur des méprises prolongées et jamais éclaircies. Un bon nombre d'entretiens échappent entièrement à cette règle. — Les cas où nous trouvons une parole allégorique de Jésus entendue par ses auditeurs dans un 1 sens matériel sont restreints à quelques scènes : 11, J 20-2 1 ; III, 4 ; IV, II, 1 5, 33 ; vi, 34 ; viii, 33 ; xr, 1 2- 1 3, i4. — Tous ces exemples ne sont d'ailleurs pas identiques. Dans trois cas seulement, le Sauveur poursuit l'entretien sur l'idée contenue dans la sentence figurée : m, 5 sq. ; iv, i3 sq.; vi, 35 sq. L'entretien avec la Samaritaine, iv, i3 sq., est même la seule circonstance où le Maître fasse durer la méprise et ne développe pas aussitôt la vérité, d'abord présentée sous forme de symbole.

Or, on trouve également dans les Synoptiques des sentences figurées que l'entourage de Jésus ne comprend pas ou interprète même à contresens : Marc, vir, ib-i-) =1 .Matth., xv, ii-i5; .Marc, v, 39-40 et parall. ; VIII, i4-2i ^=i Matfh., xvi, 5-i2; cf. Marc, x, 89 = Maltk., XX, 22. — On peut parfaitement penser que des incidents de ce genre se sont produits beaucoup plus souvent que ne le disent les premiers Evangiles, manifestement abrégés et incomplets.

Par ailleurs, les dialogues johanniques offrent un déA'eloppement très naturel et sont mêlés d'incidents extrêmement vivants, qui leur donnent un véritable cachet de réalité.

â73. 2° Uaiformité et caractère spécial des idées. — A la variété des sujets traités diins les Evangiles synoptiques, on oppose l'uniformité et la spécialité des thèmes familiers au quatrième E\"angile.

Mais, d'un côté, on s'explique bien le caractère de variété qu'offrent les premiers documents, si l'on observe qu'ils embrassent l'ensemble du ministère galiléen, riche en épisodes, et que la tradition première a été guidée dans le choix des faits et des, sentences par les préoccupations du moment, savoir la prochaine venue du Fils de l'homme, les conditions nécessaires pour avoir part au royaume, les vertus, préceptes et conseils, destinés à former pratiquement la vie chrétienne.

D'un autre côté, il n'y a pas à s'étonner outre mesure ([ue les discours rapportés par le quatrième évangélisle et les idées mises en valeur dans ces discours offrent une certaine communauté d'esprit et de tendances, tout en appartenant au Christ de l'his-

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toire : l'écrivain s'est visiblement inspiré de considérations apol()f;:é tiques dans le choix qu'il a fait de ses épisodes; il a dû relever, dans les enseignements du Sauveur, ce qui allait mieux à son but particulier, à son goût personnel, aux besoins de ses lecteurs ; et l'on sait que ces besoins étaient nouveaux, notablement diiférents de ceux des premiers jours.

S74. En particulier, notre auteur a pu choisir de préférence, comme convenant mieux aux tendances mystiques de son âme, et s'adaptant plus parfaitement à l'idée qu'il se faisait du divin Maître, les sentences sur l'esprit et la chair, la lumière et les ténèbres, le monde, le jugement, la résurrection, la vie. Mais rien n'autorise à croire qu'il les tire de son propre fond. La plupart de ces expressions, spécialement les antithèses de l'esprit et de la chair, de la lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort, sont familières à l'apiitrc saint Paul et se présentent chez lui avec un sjmbolisme beaucoup plus net et beaucoup plus riche ; si notre évangéliste, venu longtemps après, cx*éait librement ses discours, n'aurait-il pas dépassé les tentatives de son devancier? N'aurait-il pas à tout le moins copié à fond ce modèle? En réalité, le grand Apôtre n'a fait que suivre l'exemple du Sauveur, transmis par la tradition ; et tout porte à croire que notre évangéliste a reproduit les sentences authentiques du Maître. Il est certain que les Synoptiques offrent nombre de déclarations fort semblables : J/arc,xiv, 38 ^:= MattJi., XXVI, 4 1 ; V» 1 4 ; xm, 38 ; xviii, ■; ; Luc, xii, 3o ; xvi, 8 ; Muith., V, i4-i6; vi, 22-23; Luc, xi, 34-36; xvi, 8; Marc, IX, 42; x. 3o et parall.; Matth., vu, i4; xix, 17; xviii, 8; xxA', 4(J; Luc, x, 25, 28; etc. On a le droit de supposer que ces sortes de sentences ont été prononcées par le Sauveur en nombre beaucoup plus grand et même ont servi de thème à tel ou tel de ses entretiens.

27S. 3° Rapport des idées johanniques avec les idées et les faits postérieurs â Jésus. — La question qui intéresse le plus intimement l'authenticité des discours johanniques est bien celle du rapport entre les idées qui sont attribuées au Christ dans notre document et celles que le Christ de l'histoire a pu avoir dans la réalité. En effet, si l'auteur a composé librement ses discours, il est à croire qu'il les a pénétrés des tendances et des préoccupations propres à un théologien mystique de son temps. C'est ce que prétendent les critiques symbolistes. Voyons si leur prétention est justiliée.

1° Les allusions à l'histoire posté\'aiii;éli(/ue. — Des allusions que l'on prétend trouver à l'histoire du mouvement chrétien oi)éré depuis le Christ, la plupart sont purement arbitraires. C'est, par exemple, de i)arti i)ris (jue l'on voit, dans i'avengle-né expulsé par les pharisiens, la ligure du christianisme naissant excommunié de la synagogue (11° 251); dans riiisloire du lils de l'oflicier royal, l'image anticipée de l'évangélisation des Gentils (n° S47); dans les épisodes de l'onction et de l'entrée à Jérusalem, des tableaux prophétiques du triomphe de l'Evangile (n" 338-339); dans Pierre et Marthe, des types du judéochristianisme; dans Lazare, Marie de Héthanie, Marie de Magdala, des symboles du christianisme de la gentilité (n° 3S3).

Les autres, comme celles qui visent la mission, les travaux ou les épreuves futures des apôtres, iv, 38; XIII, 36; xiv, 12; xv, 27; xvi, 2; xxi, 18, sont analogues à nombre de prédictions synoptiques, et ne pourraient être refusées au Sauveur que dans l'hypothèse, non recevable, où il aurait été convaincu •de l'avènement immédiat du royaume et foncièrejuenl ignorant de l'avenir de l'Eglise.

376. 2* Les relations de l Eglise avec l'empire romain et la synagogue. — La tin du i'''" siècle fut signalée par les persécutions dont l'Eglise fut l'objet de la part de l'empire romain. Il est très remarquable que le quatrième Evangile n'offre aucune allusion tant soit peu plausible à ces persécutions, et qu'au contraire, quand le Sauveur parle des persécutions qui attendent ses disciples, il ne signale que des persécutions juives : xvi, 2.

377. Que penser de l'attitude observée à l'égard de la synagogue? — Le Christ johannique, dit-on, parle des « Juifs » comme s'ils étaient des étrangers à son égard et à l'égard de ses disciples : xiii, 33 ; xviii, 20, 35, 36; cf. viii, 17; x, 34; xv, 25; l'auteur s'attache à faire ressortir l'aveuglement et l'obstination de ces mêmes Juifs, v, 16-18; vi, ^i, 53; vu, i, 12, etc., à réfuter leurs objections, vu, i5, 27, 4 1-42, 52, etc., à prouver contre eux la messianité de Jésus et la supériorité de l'Evangile, v, 39, 46; vi, 32, etc., en se plaçant au point de vue du judaïsme de son temps. Juelu.ueu, op. cit., p. 384; Sciimiedel, art. cit., col 2519; J. Réville, op. cit., p. 198; Loisy, op. cit., p. 5i5, 854, etc.

Tout cela est loin d'être établi. Il serait d'abord bien étrange que l'évangéliste eût fait parler le Sauveur comme un non-juif : c'eût été se contredire, car ailleurs il lui fait déclarer expressément qu'il est Juif lui-même: iv, 22; cf. g. En réalité, Jésus tient le langage qui convient à ses interlocuteurs dans la circonstance; saint Paul, tout Juif qu'il était, ne parle pas autrement: Act., xx, 19, 21; xxv, 10; xxvi, 2, 4> 7, ai ; Boni., m, 9; ix, 24; I Cor., 1, 22 sq.: etc.

La mobilité d'impressions que l'auteurattribue aux Juifs, la versatilité de leurs sentiments, leur incrédulité obstinée, en face des miracles du Christ, répondent à ce que rapportent les Synoptiques eux-mêmes et convient à l'entourage réel du Sauveur mieux encore qu'aux conte:;;porains de l'évangéliste, — Quant aux objections tirées de l'origine humaine de Jésus et de sa patrie connue, Nazareth, elles se comprennent elles-mêmes beaucoup moins bien à l'époque de l'auteur qu'au temps du Sauveur et dans son milieu.

378. 3" Les institutions de l'Eglise. — Au dire des critiques symbolistes, les discours johanniques contiendraient une théorie des deux grands sacrements chrétiens, baptême et eucharistie, qui aurait été inconnue du Christ de l'histoire et appartiendrait tout entière à l'évangéliste et à l'Eglise de son temps. Dans cette théorie récente, le baptême chrétien n'est pas seulement un baptême d'eau, mais aussi un baptême d'Esprit, et son ellicacité essentielle est de conférer une nouvelle naissance selon l'Esprit-Saint : III, 5. De même, l'effet essentiel de l'eucharistie est de communiquer la vie du Christ au croyant. Récits et discours contiendraient d'ailleurs maintes allusions aux rites de ces deux sacrements. H. J. IIoltz- .MANX, .\eutest. Théologie, 1897, t. II, p. 497 ''H-; Schmieuel. art. cit., col. 2527 sq. ; J. Réville, op. cit., p. i48, 182; Loisy, op. cit., \>. 116, 46o, etc.

Or, si nous examinons les choses, nous constatons d'abord que les prétendues allusions à la liturgie ecclésiastique sont sans aucun fondement. 11 faut un esprit de système peu ordinaire pour trouver une allusion à l'interrogation qui précédait le baptême, dans ix, 35 (cf. n" 251); à l'imposition des mains (jui l'accompagnait, dansix, 6; à l'inlerdicliou de le réitérer, dans xiu, 10; une allusion à la pratique des dimanches elirétiens, dans xx, 1,26; à la communion sous les deux espèces, dans xn, 26; au ministre auxiliaire de l'eucharistie, dans vi, 9 (cf. u" 349); ù la permanence du sacrement, dans vi, i3

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(cf. ibid.). Il est très clair, au contraire, que l'écri- A^ain n'a pas la moindre référence au rite fondamental, et bien connu, de la rupture du pain, en vi, 1 1 (cf. ibid.). Ce manque d'allusions à des pratiques familières à l'auteur est dès l'abord assez significatif : il n'engage pas à croire que notre écrivain tire sa doctrine sacramentaire elle-même des croyances de son temps.

S79. De fait, on a de bonnes raisons de penser que, dans les Synoptiques, la parole de Jean-Baptiste touchant le baptême d'Espi-it-Saint et de feu, réservé au Messie, Marc, i, 8 = Matth., m, ii = Luc, m, i6, contient déjà une allusion assez nette à l'ellicacité spiritueil'. .'.a baptême clirétien. Les textes de saint Matthieu, xxviii, 19 et de saint Marc, xvi, iG, tendent à montrer qu'en elïet le SauAcur a institué, pour les candidats au royaume de Dieu un baptême, à la fois baptême d'eau et baptême d'Esprit. Et cela est pleinement conlirmé par l'étude des pratiques {Act., II, 38; vin, 16, 36-38; x, 47-48; xix, 5) et des doctrines de l'Eglise i^rimitive {Boin., vi, 3-4, 11; I Cor., XII, i3; Il Cor., i, 21-22; v, 5, l'j; Gai., m, 2y ; VI, i5; Eph.,1, i3; iv, 24, 3o; Col., 11, 12; m, 10; Tit., m, 5-6; Hébr., vi, 4; I Pierre, i, 3, i4, ^3; 11, 2, a4 ; ni, 21 ; iv, 2 ; I Jean, 11, 20, 2^), qui sont trop bien établies pour ne pas dépendre de l'enseignement authentique du Sauveur.

380. En ce qui concerne l'eucharistie, il semble bien impossible de nier que la communion au corps et au sang du Sauveur n'ait été instituée par le Maître lui-même. Le témoignage de la iiremière Epitre aux Corinthiens, xi, 20-34, s'accorde sur ce point avec celui des Synoptiques : Marc, xiv, 21-24 ^ Matth., XXVI, 26-28 ^ Luc, XXII, 17-20. Or, il ne s'agit pas seulement de commémorer par un acte sensible la mort sanglante du Maître disparu, mais bien de s'unir, en se l'incorporant, à la chair et au sang de la victime rédemptrice, et pai- là de s'assimiler l'ellicacité même de sa rédemption, de s'approprier cette rémission des péchés et cette destination à la vie éternelle qui sont l'effet propre de la mort salutaire du Christ. Le rôle de la communion eucharistique ofTre donc une réelle analogie avec celui du baptême qui remet les péchés et A'oue à l'éternelle vie. Et puisque le baptême n'opère ces etl'ets qu'en infusant l'esprit et la vie du Christ, il est logique de penser que tel est aussi l'ellet essentiel de la communion au corps et au sang du Sauveur. Ainsi il y a harmonie entre l'enseignement du Christ johannique et les déclarations du Christ de l'histoire.

Le discours sur le pain de vie, où cet enseignement est formulé, offre par ailleurs, comme l'entretien avec Nicodème, où il est question du baptême chrétien, de bonnes garanties d'authenticité.

S81. 4" L'idée du royaume de Dieu. — Dans le quatrième Evangile, dit M. Loisy, op. cit., p. 817, 74-73» « le sentiment de la présence iuAisible du Christ au milieu des siens l'emporte sur l'attente de son retour visible ». « Dieu est déjà présent avec le Christ dans chaque fidèle et dans l'Eglise ; le royaume des cieux a fait place au règne spirituel de Jésus. » « Jean dépend de laSynopse comme de son point de départ, mais il représente l'Evangile avec une expérience de trois quarts de siècle, l'Evangile de l'Eglise organisée en royaume de Dieu sur la terre, tandis que les Synoptiques représentent encore, dans l'ensemble, l'EAangile annoncé par Jésus. » Cf. Strauss, Nom-, c/e de Jésus, t. I, p. 184 ; JiKLiciiER, up. cit., p, 358 ; ScHMiEDEL, art. cit., col. 203 1 ; J. Rkville, op. cit., p. 143, 260 sq., 3o4 sq.

38S. En réalité, si nous prenons le discours à Nicodème, m, 3, 5, Jésus parle du royaume de Dieu, non comme d'une réalité spirituelle qui viendi-ait

s'intérioriser dans l'àme du croyant, mais comme d'une réalité extérieure que l'on Aoit, d'un lieu où l'on entre. Aux vv. i5-i8, il est question du jugement et de la vie éternelle : or ce jugement est directement le jugement suprême, conditionné à l'avance par les mérites présents, et cette Aie éternelle est celle qui suivra la résurrection, bien que le fidèle y ait droit dès maintenant et la tienne déjà en quelque sorte. Un tel langage est en harmonie exacte aAcc celui du Christ synoptique.

Dans le discours rattaché à la guérison du paralytique de Béthesda, a-, 25-29, ^^ s'agit si bien du jugement dernier et de la résurrection finale qu'il est question des morts qui entendront la Aoix du Fils de Dieu et ressusciteront, soit pour la Aie éternelle, soit pour la condamnation.

Dans le discoiu-s siu- le pain de Aie, Jésus parle cinq fois de la Aie éternelle, opposée à la mort : ai, 40,47,52,55, 59, cf. 39, 5o; et quatre fois, en termes exprès, de la résurrection « au dernier joui* » : ai, 39, 4o, 44. 45. Ce contexte semble bien montrer que la Aie éternelle, dont le Sauveur parle, tout en étant censée possédée déjà par le fidèle, connue assurée et préparée par les réalités présentes, est la Aie éternelle proprement dite, qui suiAra la dernière résui'rection.

Les entretiens du Cénacle supposent, il est Arai, la réalité du royaume futur préparée dans les conditions mystiques de la Aie d'ici-bas. Mais l'union spirituelle, actuellement réalisée entre le Christ et les siens, ne porte aucun préjudice à la réalité ultériem-e de leur réunion dans le royaume. Est-ce que, dans les croyances de la première Eglise, attestées par les Epitres de saint Paul, on ne trome pas l'idée de l'union au Christ i)ar l'Esprit associée à l'attente de la parousie prochaine, sans que la première idée fasse rien jierdre à la seconde de sa force ni de son importance? Par le fait, si l'on étudie attentiAemenl nos entretiens, non seulement l'eschatologie n'en est point absente, mais elle transparaît en quelque manière à traAers tout le discours : xia-, i8-23 ; xvii, 20- 25; xA'i, i6, 20-23; xia'. 2-3, cf. 28.

S83. Tout bien considéré, l'idée du retour de Jésus et de sa réunion finale aACc les siens n'est pas présentée par notre éAangéliste dans un relief moindre que l'idée de son habitation actuelle dans l'àme du croyant. Si les Synoptiques ont reproduit avec plus d'abondance les sentences et discours eschatologiques du SauA'eur, c'est que ces déclarations intéressaient particulièrement les premières communautés chrétiennes pour lesquelles les Logia furent d'abord recueillis (n" S73). Ils ne laissent d'ailleurs pas de montrer la réalité future du royaiune ayant sa préparation et déjà son commencement dans les conditions actuelles de l'Eglise : Marc, i\, 1-9, 26-29, 3o-32; Matth., xiii, 33; Marc, x, 16; Matth., xi, 12; xii, 28; xxiii, i3; Luc, XAii, 21. Or, en cet ordre d'idées, le SauAcur a pu s'exprimer aA ec plus d'étendue que ne le manifestent nos premiers documents. La richesse de doctrine qui se constate sur ce sujet dans les Epitres de saint Paul, et qu'on a tout lieu de croire commune à l'Eglise apostolique, semble bien supposer un enseignement de Jésus analogue à celui que contient l'EAangile johannique.

284. 4° Le Verbe incarné. — Le Christ historique nous est connu par les documents qui remontent au temps de ses disciples immédiats, les premiers EAangiles et les Epîtres de saint Paul : est-ce que le Christ du quatrième Evangile a cessé d'être le Christ de l'histoire, pour s'idéaliser, se transformer et devenir le Christ de la foi?

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D'après les critiques sjnibolistes, tout l'Evang^ile jobannique serait dominé par l'idée du Logos, ou Verbe de Dieu, incarné. L'auteur aurait emprunté cette idée à l'école grtctiue d'Alexandrie et au juif Philon; il l'aurait adaptée au Cbrist, et, identiliant dans son esprit le Christ avec le Verbe, aurait conçu toute l'histoire du Sauveur en fonction de cette idée. Stkauss, .Vo<a'. vie de Jésus, t. II, p. 54 sq. ; Juelicher, op. cit., p. 3^6; ScHMiEDEL, art. cit., col. 2534 sq.; J. RÉVILLE, op. cit., p. 112 sq., 3oi; Loisy, op. cit., p. 55, g8, i54, etc.

Or, tout d'abord, la dépendance de notre auteur à l'égard de la philosophie alexandrine et philonienne est très douteuse. — Le Logos de saint Jean a un caractère hypostatique bien détîni, qui manque à celui de Philon ; ses attributs sont pour la plupart diiTérents; il semble qu'il n'y ait entre eux de commun que ce que le Logos philonien paraît tenir lui-même de la Sagesse hébraïque : Job, xxviii, 20-28; Prov., m, 19-20; VIII, 22 sq.; Bar., m, 29-38; Eccli., i, i-io; xxiv, 5-i4; Sag., VII, 25-20; ix, a, 4, 9-11; cf. Ps. civ, 24; cxxxAi, 5; Jér., x, 12; li, i5. Comme, sur tous les autres points, les attaches du quatrième Evangile sont nulles avec les données de la philosophie grecque et les écrits de Philon, on a le droit de penser que l'idée johannique du Logos se rattache essentiellement à la littérature saci-ée de la Sagesse, bien qu'elle ait pu être provoquée par les préoccupations philosophiques des milieux d'Asie-Mineure, et le terme de Logos être préféré à celui de Sagesse, comme familier aux écoles juives et chrétiennes dans ces mêmes milieux.

Notre évangéliste n'est d'ailleurs pas le premier à appliquer l'idée du Verbe à Jésus : il suppose, non seulement l'idée, mais son rapport avec la manifestation du Christ, connus de ses lecteurs : i, i, i4. C'est ce que supposent également la P*^ Epître johannique, I, I, et l'Apocalypse, xix, i3. Une croyance semblable est attestée, d'autre part, parl'Epitre aux Hébreux et plusieurs autres Epitres de saint Paul, où, à défaut du nom, figure d'une façon très claire la doctrine du Logos incarné en Jésus : Ilébr., i, 2, 3 (cf. Sag., vu, a5-26), 10 (cf. Ps. eu, 26); II, i4; V, 'j; x, 5; Rom., I, 3; IX, 5; x, 6; I Cor., i, 24, 3o; via, 6; // Cor., iv, 4; V, ig; viii, 9; Gai., iv, 4-6; Eph., iv, 9; Col., 1, i5- 17; II, 9; Philip., II,';. L'idenlilicationdu Christ avec le Verbe était donc chose reçue expressément en Asie Mineure, au dernier quart du 1" siècle, et équivalemment dans la plupart des Eglises, dès les années 5o-Go.

Or, une telle croyance, à cette époque, ne se comprend que si elle s'accorde avec les souvenirs gardés de Jésus par ses disciples : il doit y avoir une véritable proportion entre la délinition théologique de sa personne et la réalité historique de sa manifestation. On est même conduit à i)enser que la théorie a ses racines dans les propres déclarations du Sauveur.

De fait, la traduction exacte de l'ensemble des déclarations du Christ synoptifjue se trouve bien dans la doctrine de sa divinité proprement dite et de sa préexistence élernelle (voir les art. Jésus-Cuhist et Dieu) ; d'autre part, le Sauveur semble aAoir aimé prendre le langage de la Sagesse des Ecritures, comme s'il avait voulu se présenter lui-même pour la Sagesse divine : Matth., xxii, i-'i =.I.uc, xiv, 16-17 (cf. Prov.,

IX, i s(i.); Matth., xi, 38-3o; xxiii, io(cf. Prov., i, 23; vni, 4- "J> 32-36; Eccli., vi, 23-26; xxiv, 26-27; li, 23-26); Matth., VII, 24-26 z= Luc, xiii, 25-2; (cf. Prov., I, 24-33; VIII, 32-36); cf. Jean, vj, 27 sq. (Prov.,ix, 5); VI, 35 s([. (Prov., m, 18, 22); viii, 12 (Sag., vi, 23);

X, 37 (Prov., IX, 5). Son identilication avec la Sagesse hypostatique, ou le Logos subsistant en Dieu, ne

S fait donc, en somme, qu'exprimer et déllnir ce qui

était implicite dans ses discours et dans l'ensemble de sa manifestation.

Il nous faudrait maintenant examiner dans quelle mesure on peut dire que l'idée du Verbe a influencé la représentation évangélique du Christ. Nous ne pouvons que résumer ici les résultats de cet examen. D'un côté, l'humanité de Jésus n'a été ni voilée ni transligurée tendancieusement sous l'éclat de la gloire du Verbe : le Christ johannique est réellement homme, et les traits abondent qui donnent à sa vie un véritable cachet d'humilité. D'autre part, ses relations avec Dieu ne sont pas les relations pures et simples du Verbe éternel, mais bien celles d'une créature humaine à l'égard du Père Souverain qu'elle honore et qu'elle aime. Enlin, sa manifestation comme Messie et Fils de Dieu est une révélation vivante, pleine d'habileté et de mesure, analogue à celle que décrivent les Synoptiques.

Pour la solution complète de cette question, voir les articles Jésus-Ciirist et Verbe.

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