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I. — Pour les récits et les faits

S8S. 1° Le quatrième évangéliste a vovlu établir la foi par l'histoire. — De l'examen que nous venons d'esquisser il résulte, comme un fait certain, que le quatrième Evangile n'est pas la composition artificielle d'un théologien de la fin du i»"^ siècle, qui aurait exprimé sous le voile de l'allégorie historique les croyances idéales de l'Eglise de son temps.

1° Il a voulu prouver la foi. — Nous aurions pu le conclure des paroles mêmes qui se trouvent à la fin de l'Evangile, et où l'auteur révèle le dessein de son ouvrage, xx, 3o-3i : « Jésus, dit-il, a fait beaucoup d'autres signes, en présence de ses disciples, qui ne sont pas écrits dans ce livre; ceux-ci ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, croyant, vous ayez vie en son nom. »

Impossible d'interpréter ces paroles en ce sens que l'évangéliste aurait voulu seulement représenter la foi, l'expliquer ou la décrire, en une narration symbolique, qui aurait les apparences de l'histoire, tout en étant conçue uniquement en vue de l'idée théologique à figurer. LoisY, op. cit., p. 77, 94, 922. Il est très clair qu'il s'est proposé, non d'enseigner la foi, mais de l'établir. — Comment cela? En racontant les signes, c'est-à-dire les œuvres surnaturelles ou les miracles accomplis par le Sauveur, et qui révèlent sa qualité de Christ et de Fils de Dieu. Ces œuvres significatives sont aptes à fonder la foi, parce que ce sont des réalités constatées, des faits garantis. C'est pourquoi l'auteur a soin de dire que les signes ont été opérés a en présence des disciples » ; après l'épisode du coup de lance, il en a appelé également au témoin garant du récit, xix, 35; dans le chapitre final, il présentera encore le disciple bien-aimé comme garant des faits racontés dans l'Evangile, xxi, 24; cf. I Jean, i, i-3; iv, i4; III Jean, 12. Dans tout son livre d'ailleurs, il insiste sur la preuve du témoignage expérimental comme base de la foi : i, i5, 19 sq., 32- 34; II, 11; m, 27 sq.; v, 36; ix, 36-4 1; x, 25-26, 38; XI, i5, 42; XII, 37-40; xiA-, 12, 39; XV, 24; XX, 8, 20,

286. Il paraît donc certain que l'intention principale de notre écrivain est, non pas symbolique ou proprement dogmaticiue, mais l)ien apologétique. Il veut donner la foi au Christ, Fils de Dieu, par le récit des œuvres qui ont réellement manifesté sa messianité et sa divinité.

L'examen du livre répond tout à fait à cette indi-

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cation. L'auteur s'est proposé de narrer un certain nombre de miracles saillants, particulièrement aptes à révéler la puissance du Christ età faire entrevoir, de sa part, d'autres œuvres plus merveilleuses encore. Cf. i, 5o-5i ; V, 20 ; vi, 61-62. Le même point de vue apolojfétique peut se reconnaître dans les épisodes autres que des miracles.

Toute la question est donc de savoir si l'évang-éliste a entendu prouver la vérité chrétienne par le récit de faits empruntés à la réalité et dûment garantis, ou bien s'il a voulu l'établir sur des fictions pieuses purement imaginaires. Or la réponse à cette question ne saurait faire de doute.

S87. — 2° // a youlu la pvom'er par l'histoire. — L'hypothèse d'un roman apologétique doit être déclarée franchement inadmissible. Il est impossible, en effet, de supposer qu'un écrivain bien intentionné, comme on reconnaît qu'était l'auteur de notre Evangile, un croyant d'une haute élévation morale, qu'on ne peut se résoudre à traiter d'imposteur, ait prétendu fonder la foi des chrétiens asiates sur des Actions, en affectant cependant de donner à son œuvre les apparences de l'histoire, en paraissant vouloir compléter les Evangiles antérieurs, bien plus, en garantissant les faits racontés par le témoignage d'un disciple direct de Jésus, l'illustre Jean d'Ephèse, auquel il s'identifie lui-même (n°* 166-174).

Au surplus, dans l'hypothèse adverse, sa source d'information principale, sinon unique, aurait été les Evangiles antérieurs. Or, nulle part on ne voit qu'il les copie; il en omet nombre d'épisodes qui auraient fort bien servi son dessein; il ne s'inquiète pas de marquer l'accord de son histoire avec ces Evangiles traditionnels, ni de fournir des explications qui concilieraient leurs antinomies apparentes. Au contraire, en une foule de circonstances, il s'écarte de ses devanciers, jusqu'à paraître en désaccord avec eux, sans qu'il y ait à cela le moindre intérêt dogmatique ou apologétique, et sans que, d'autre part, il se préoccupe de l'impression défavorable que ces divergences pourront faire sur ses lecteurs. Une telle conduite est absolument inconcevable de la part d'un romancier chrétien qui tiendrait à donner à sa composition imaginaire les apparences d'une histoire digne de créance et capable de fonder la foi.

388. Reste alors l'hypothèse que l'écrivain ait possédé sur les faits évangéliques des renseignements ou des souvenirs indépendants, et qu'il ait puisé à celte source pour composer un Evangile parallèle, d'ai)rès sa tournure d'esprit propre et les besoins particuliers de ses lecteurs. Seule plausible après l'élimination des autres, cette hypothèse est pleinement confirmée par l'étude intime de l'ouvrage.

2° L'examen du livre révèle une tradition historique. — 1° Les détails topographiques. — L'évangéliste, nous l'avons vu (n"' 160-164), fournit, à propos des épisodes qu'il raconte, de nombreux détails topographiques, touchant la Galilée, le lac de Génésareth, la Samarie, la Judée, Jérusalem. Ces détails sont pour la plupart inconnus des Synoptiques et des autres écrits du Nouveau Testament, qui, par contre, en contiennent d autres, non moins intéressants, laissés de côté par notre auteur. On peut en conclm-e qu'il fournit les siens en toute indépendance et de son fond. Or, ils sont reconnus remarquablement exacts, autant que précis. Ce fait nous garantit d'abord que l'évangéliste n'est pas aussi insouciant à l'égard du réel qu'on se plaît à le dire, et que, par conséquent, la vie remarquable, le réalisme intense de ses récits ne sauraient être attribués à la vigueur d'imagination d'un voyant, absorbe dans sa contem-

plation et indifférent à l'histoire. D'autre part, la manière très naturelle dont les détails topographiques se mêlent au récit, au fur et à mesure de l'occasion (par exemple, dans iv, 5, 6, 20, 35; cf. n"''161, 163), tend bien à montrer que l'auteur n'est pas seulement bien informé touchant les lieux en question, mais possède des souvenirs évangéliques étroitement rattachés aux théâtres de l'activité du Sauveur,

589. 2° Les récits cl\^pisodcs communs aux Synoptiques. — Si l'on prend les épisodes qui ont leur équivalent dans les premiers Evangiles, tels que la multiplication des pains, vi, i-i5, la marche sur les eaux, VI, 16-21, Tcxpulsion des vendeurs du temple, II, i3-22, l'onction de Béthanie, xii, i-ii, et le reniement de saint Pierre, xviii, 17-27, la comparaison des récits parallèles montre avec évidence que, nulle part, notre évangéliste ne dépend véritablement de ses devanciers ; multiples sont les divergences, soit pour les détails fom-nis, soit pour les expressions. Or, ni celles qui ont quelque importance, ni celles qui sont insigniûantes, n'ont leur raison d'être dans une préoccupation tendancieuse ou un procédé artificiel; elles ne s'expliquent raisonnablement que de la part d'un écrivain qui est en possession de renseignements indépendants et peut aller de pair avec les autres évangélistes sur le terrain de l'histoire.

590. 3° Les références à la tradition synoptique. — Que notre auteur soit à même de compléter les Evari'iles antérieurs, c'est bien ce que montrent les racco. ds implicites de sa narration avec l'histoire traditionnelle. On dirait qu'il s'attache d'une façon générale à compléter les Evangiles antérieurs d'un point de vue personnel. S'il reproduit la multiplication des pains et la marche sur les eaux, déjà racontées par ses devanciers, c'est à cause de leur liaison avec le discours sur le pain de vie qu'ils ont omis et que lui tient à souligner. S'il reprend le récit de l'expulsion des vendeurs, c'est pour le situer à sa vraie place et expliquer le propos tenu plus tard par les faux témoins; ceux de l'onction de Béthanie et de l'entrée à Jérusalem, c'est à cause de leur connexion avec la résurrection de Lazare et avec la démarche des Grecs. Dans l'ensemble, l'auteur semble omettre délibérément ce que les premiers Evangiles ont déjà relaté: et on le voit bien par l'omission qu'il fait de l'institution de l'eucharistie, tout en racontant la dernière Cène.

Néanmoins il a maintes références implicites à la tradition antérieure. Jean-Baptiste fait clairement allusion à la scène synoptique du baptême, i, 3i-34. Le ministère galiléen est expressément supposé, iv, 43, 54 ; VI, 1 sq. ; VII, i sq. Bien plus, l'évangéliste note, à propos du dernier témoignage du Précurseui", que celui-ci « n'avait jias encore élé jeté en prison », m, 24; à propos de la comparution de Jésus devant Anne, que ce fut sa <( première » station, xvii, i3. Ces indications n'ont aucune portée dogmatique: il n'y avait aucun intérêt à séparer si notablement le dernier témoignage de Jean-Baptiste des deux premiers ; la scène qui se passe devant Anne aurait pu se jiasser tout aussi bien devant Caïphe. Les renseignements de l'évangéliste n'ont de Aaleur qu'en histoire et ils ne se comprennent que s'il a l'intention de compléter ses devanciers et se sent en mesure de le faire. De même, le pluriel: « nous ne savons », attribué à Marie-Madeleine dans le récit de sa visite au tombeau, XX, 2, paraît bien supposer la scène synoptique parallèle, où elle figure en compagnie d'autres personnages.

291. 4* Le cadre chronologique et topographique du ministère. — Notre assertion trouve une preuve particulièrement remarquable dans l'information donnée par l'Evangile johannique sur la durée et le

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théâtre, du ministère du Christ. D'après notre document, il y aurait eu plusieurs, probablement quatre Pâques au cours de la vie publique de Jésus, et le Sauveur se serait manifesté à diverses reprises à Jérusalem avant le voyage que motiva la Pàque linalc (n° 235)- Or, les Evangiles synoptiques, sans contenir d'aflirmations expresses qui aient pu donner à notre écrivain l'idée des trois années de ministère et des multiples séjours hiérosolymitains, offrent cependant à l'observateur attentif un certain nombre d'indications qui vont à justifier la possibilité, et même à démontrer laprobabilité du cadrejohannique.

Tout d'abord, s'il est vrai que la relation synoptique ne distingue pas, dans la vie de Jésus, à quelles époques ont eu lieu les faits, et donne simplement l'impression d'une période de temps unique, se terminant à une fête de la Pàque, il n'est pas moins vrai que la masse des faits détaillés, et qui sont pourtant, comme le montre l'inégalité même du contenu des trois écrits, un faible résidu de la réalité, d'autre part, la nécessité d'expliquer le résultat extraordinaire obtenu par l'action du Sauveur, action que nous constatons avoir été voulue par lui lente et progressive, donnent encore plus fortement l'impr -ssion que tant et de si grandes choses ne se sont pas pa -ées en un an.

S93. De fait, à étudier de près les récits synoptiques, on trouve divers indices d'une pluralité de saisons. L'épisode des épis froissés, placé au début du ministère, Marc, ii, aS = Matth., xii, i = Luc, vi, i, suppose une époque assez voisine de la moisson, donc, étant donné le climat de Palestine, la saison de printemps, ou les environs de la Pàque. La multiplication des pains, notablement séparée du précédent épisode et bien antérieure aux derniers jours de Jésus, Marc, VI, Sg = Matth., xiv, ig =r Luc, ix, i4 = Jean, VI, 10, a également lieu au printemps : les gens peuvent s'asseoir sur un gazon vert et abondant, et la circonstance de la Pàque prochaine fournit une explication topique de la foule rassembléeaux environs de Capharnoiim. Nous trouvons ainsi l'indice d'au moins deux années complètes dans la vie publique du Sauveur. Une troisième année pourrait aller de la Pàque des épis froissés à une Pàque antérieure, placée, comme le marque notre Evangile, ii, i3, entre l'époque du baptême et l'emprisonnement de Jean- Baptiste, que suivit le retour définitif en Galilée.

293- Si l'on remarque que le quatrième évangélistc, à propos de la multiplication des pains, dit en termes exprès que l'on était proche de la Pàque, vi, 4, sans qu'on puisse croire son indication déduite des données synoptiques, qu'elle précise néanmoins exactement, on peut voir dans cet ensemble de faits une preuve positive que notre écrivain est particulièrement renseigné sur le cadre chronologique du ministère.

Cela conduit à penser qu'il n'est pas moins bien informé lorsqu'il place à Jérusalem un certain nombre de ses épisodes. Plusieurs faits concourent d'ailleurs à nous en assurer. D'un côté, le quatrième évangéliste reconnaît manifestement la durée pleine du ministère galiléen, décrit par les Synoptiques, et n'accorde au ministère hiérosolymitain que quelques moments très courts, à l'occasion des fêtes. D'autre part, le fait que la vie publique du Sauveur a embrassé plusieurs années rend hautement probable, et même certain, qu'il a dû, à l'occasion des fêtes, monter à Jérusalem. Enfin, divers détails sj-noptiques paraissent supposer elfectivement des relations suivies du Sauveur avec la capitale juive, antérieurement au voyage qui amena sa mort : tels, les disciples et amis qu'il a dans Jérusalem et aux environs : Marc, XIV, 3 = Matth., xxvi, 6; Marc, xi, 2-3

etparall.; xiv, i3-i5 et parall. ; xv, 43 et parall.; Luc, x, 38-42 (rapproché de Jean, xi, i-xii, i); telle encore, sa parole de reproche à la ville ingrate, demeurée insensible à ses avances, Matth., xxiii, 3'j =: Luc, XIII, 34-

Mais si le quatrième évangéliste est capable de préciser et de compléter à bon escient ses devanciers en ce qui concerne le cadre chronologique et la topograpliie générale du ministère de Jésus, ne faut-il pas attribuer également à une information spéciale les faits qu'il raconte d'une manière personnelle et indépendante?

5° Un grand nombre de données particulières. — Il est certain que ses données ont les meilleures apparences de l'histoire et qu'en un bon nombre d'entre elles on a des raisons très particulières de voir une tradition autorisée.

294. liéthanie, l'endroit où Jean baptisait. — L'évangéliste indique comme théâtre du premier témoignage de Jean-Baptiste « Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait » : i, 28. Or, la tradition concernant le séjour du Précurseur en Pérée a toutes les garanties possibles d'authenticité : au rapport des Synoptiques, Hérode Antipas fit saisir et emprisonner Jean-Baptiste parce que celui-ci lui reprochait son mariage incestueux avec Hérodiade, femme de Philippe, son frère, Marc, vi, 17 et parall.; mais on ne s'explique bien les reproches du Précurseur à Hérode, et son arrestation par les ordres du tétrarque, que si Jean-Baptiste a séjourné dans les Etats de ce prince, c'est-à-dire dans la Galilée, au nord, ou dans la Pérée, à l'est du Jourdain. C'est précisément ce que suppose la donnée johannique; et l'on ne voit pas qu'elle ait pu être déduite des Synoptiques : ces Evangiles n'indiquent en aucune façon que le Baptiste ait exercé son ministère de l'autre côté du fleuve, comme notre auteur le précise résolument, cf. x, 4o-

S93. f-es premiers disciples, sortis de l'école de Jean-Baptiste. — D'après le quatrième Evangile, les premiers disciples de Jésus sortaient de l'école de Jean-Baptiste et avaient commence à suivre le divin Maître longtemps avant la scène des bords du lac à laquelle les Evangiles antérieurs rattachent leur appel. Cela explique bien, en eft'et, l'importance exceptionnelle accordée, dans les premiers temps de l'Eglise, au Précurseur.

Cela permet aussi de mieux comprendre la scène de leur vocation, d'après les Synoptiques, Marc, i, 16-20= Matth., IV, 18-22 = Luc, v, i-ii. L'appel de Jésus a pu s'étendre à divers moments, com[)rcndre plusieurs phases, se préciser et se compléter en des périodes successives. Les premiers évangélistes se sont contentés de reproduire le plus important de ces moments : de là un relief tout spécial donné à cet épisode. Mais ce relief ne doit pas être regardé comme exclusif. Au contraire, la vocation du bord du lac, telle qu'ils la racontent, avec la brusque invitation de Jésus, et l'adhésion instantanée des pêcheurs à qui il s'adresse, font soupçonner des rencontres antérieures, ayant servi à la préparer. Or, on conçoit que la première de ces rencontres ait eu lieu aux bords du Jourdain, où la foule était attirée par Jean- Baptiste. Les disciples seront revenus avec le Sauveur dans la Galilée, leur patrie; ils l'auront accompagné pour la Pà<iue suivante à Jérusalem, seront restés quelque temps avec lui en Judée. Mais on comprend aussi qu'à leur retour, ils aient repris leur métier sur le lac, jusqu'à l'heure décisive où le Maître leur notilie de laisser là leurs filets pour le suivre et s'apprêter à devenir à leur tour pêcheurs d'hommes.

C'est à cette vocation suprême que s'en tiennent les Synoptiques : encore une fois leur relation ne

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porte pas préjudice à celle de notre document ; au contraire, l'épisode johannique est dans la vraisemblance de l'histoire. Le fait qu'un des premiers disciples en question, l'anonyme appelé en compagnie d'André, est très probablement, pour ne pas dire certainement, identique au disciple bien-aimé. auteur de l'Evangile, est de nature à en garantir l'historicité.

396. Bethsaïde, pairie de Simon Pierre et d'André. — Dans le même chapitre, nous sommes informés que Si;non-Pierre et son frère André étaient de la ville de Bethsaïde. Or, ce renseignement ne figure pas dans la tradition synoptique. A lire même les premiers Evangiles, il semblerait que les deux frères aient habité Capharnaiim. J/o/r, i, 2g et paraît. Si notre auteur dépcTidait de ses devanciers, il aurait sûrement retenu le nom de cette dernière ville; d'autant qu'il la connaît bien, ii, 12; iv, 46; vi, 1^, 60. Comme ni la raison du sjmbolisme, ni aucune autre, ne permettent de supposer qu'il a remplacé délibérément le nom de la ville importante par celui du petit A'illage voisin, il y a tout lieu de croire qu'en disant Pierre et André originaires de Bethsaïde, il se montre écrivain particulièrement renseigné.

597. Je motif du départ de Jésus pour la Galilée. — L'évangéliste attribue le départ de Jésus pour la Galilée, qui suivit le dernier témoignage de Jean- Baptiste et doit correspondre à celui que ses devanciers racontent en tète du ministère galiléen, Marc, I, i4 = Matth., IV, 12 ==. Luc, iv, i4, à la crainte cjue sin succès n'excite contre lui la haine des pharisiens, IV, 1-3; cf. IV, 44; vu, I sq. ; xi, 8, 54- Cette donnée encore est indépendante des relations synoptiques, elle est même divergente à leur égard, et elle se trouve néanmoins en coïncidence remarquable avec elles.

D'après les deux premiers Evangiles, en effet, Jésus revient délinitivement en Galilée quand il apprend l'emprisonnement de Jean-Baptiste, Marc, i, i4 = Matth., IV, 12. Mais pourquoi ce brusque éloignement des lieux où avait baptisé le Précurseur ? Il est permis de supposer qu'un séjour prolongé en cette région devenait un péril pour le Sauveur lui-même. D'où venait ce péril? Evidemment, de ceux qui déjà s'étaient attaqués à Jean. Or, les Synoptiques ne mettent pas la mort du Baptiste sur le compte d'Hérode Antipas seulement : ils laissent entendre que la main des pharisiens n'y fut pas étrangère, Marc, ix, 11-12 :^Mntth., xvii, 12. Sans doute ceux-ci ont-ils intrigué pour compromettre, auprès d' Antipas, l'homme qui, non content de reprocher son adultère au tétrarque, les poursuivait eux-mêmes de ses anathèmes menaçants. Cela explique bien que le Sauveur, au lieu de fuir la Galilée, où règne le meurtrier du Baptiste, s'y retire au contraire, pour se dérober aux véritables ennemis à craindre, les pharisiens.

Si réelle et si profonde est l'harmonie de la notice johannique avec les données synoptiques correspondantes, qu'elle ne peut s'expliquer que i^ar une information parallèle, très exacte.

598. I.e rôle d'André et de Philippe. — A la multiplication des pains, vi, 5-8, et lors de la démarche des Grecs, xii, 20-2 1 , on voit les deux apôtres André et Philippe jouer un rôle remarquablement approprié à leur origine et à leur situation. Tous deux portent un nom à forme essentiellement grecque, et ont pour patrie la petite ville de Bethsaïde, que sa position au bord du lac de Tibériade et ses riches pêcheries devaient mettre en relations toutes particulières avec les pays environnants. On comprend dès lors qu'ils soient les premiers à recevoir la confidence des Grecs du chapitre xii; ces Grecs font partie de la caravane de pèlerins qui, chaque année, des régions voisines

de la Palestine, soumises à l'influence hellénique, et surtout des paj's situés aux confins de la Galilée septentrionale, venaient à Jérusalem célébrer la Pàque. Désireux devoir Jésus, ils s'adressent à deux apôtres spécialement qualifiés pour leur servir d'intermédiaires.

De même, l'on peut croire que l'intervention de Philippe et d'André, à l'occasion de la multiplication des pains, tient à ce que. gens de Bethsaïde, ils sont plus familiarisés a^ec la région, plus aptes à communiquer avec la foule, composée surtout de Juifs hellénistes, se rendant pour la fête à Jérusalem, donc tout désignés pour recevoir du Sauveur l'incitation à acheter des vivres, et lui signaler le jeune homme qui se trouve là avec les pains et les poissons.

299. Marthe et Marie. — Les deux sœurs Marthe et Marie, qui figurent dans une scène de saint Luc, X, 38-42, paraissent aussi dans les deux éjjisodes johanniques de la résurrection de Lazare, xi, i-45, et de l'onction du Sauveur à Béthanie, xii, i-3. Or, dans ces derniers épisodes, elles j^résentent le même caractère, la même attitude, que dans la scène du troisième Evangile, sans que cependant l'on puisse croire à une imitation littéraire de la part de notre auteur. C'est ainsi que, sans le dire expressément, il suppose Marthe l'ainée de la famille et la maîtresse de maison, XI, 5, 19, 20. Saint Luc. de son côté, laisse entendre la chose, sans la préciser, x, 38-39. ^^ y ^ donc sur cette donnée, de part et d'autre implicite, un accord très réel. Et il est d'autant i)lus significatif que l'attention de notre auteur, dans l'introduction à son récit, se porte d'abord sur Marie, qu'il nomme en premier lie\i, comme censée mieux connue par l'épisode de l'onction, xi, i.

300. L.eur résidence à Béthanie. — Le quatrième évangéliste est seul à mentionner comme lieu de résidence des deux sœurs, le village de Béthanie, à quinze stades de Jérusalem, xi, i, 18; xii, i. Or, ce renseignement, qui n'a pu lui cire suggéré par le récit de saint Luc, répond néanmoins on ne peut plus heureusement aux insinuations de son contexte. Si l'on examine attentivement, en cfTet, la narration du troisième évangéliste, on s'aperçoit qu'elle est engagée dans une série d'épisodes, xi, 5i-xiii, 21, qui supposent le Sauveur aux environs de Jérusalem, assez longtemps avant la Pâque finale, probablement à l'occasion de la fête de la Dédicace, dont parle saint Jean, x, 22, cf. l\0.

C'est d'abord la parabole du bon Samaritain : l'histoire est censée avoir pour théâtre la route conduisant de Jérusalem à Jéricho, Luc, x, 3o : or, le Maître a dû, selon sa coutume, tirer les circonstances de sa parabole des objets environnants, afin de frapper plus vivement ses auditeurs ; par conséquent il devait se trouver sur les lieux mêmes dont il évoque la pensée en son discours. Les repas pris chez les phai-isiens, Luc, xi, 3^. les invectives prononcées contre eux et les docteurs de la loi, Luc, xi, 39-54, et que justement saint Matthieu, xxiii, place à Jérusalem même, enfin l'allusion à l'accident de la tour de Siloé, Luc, xiii, l\, qui devait impressionner particulièrement les milieux hiérosolymitains, sont autant de nouveaux indices que le Sauveur se trouve à cette époque près de la ville sainte.

Il est donc tout à fait à croire que le village de Marthe et de Marie était lui-même situé non loin de la capitale juive, sans doute sur celte route de Jérusalem à Jéricho, à laquelle il vient d'être fait allusion dans la parabole du bon Samaritain. Or, cela est en accord j)arfait acec la donnée johannique, qui place la résidence des deux sœurs à Béthanie, un peu à l'est de Jérusalem. On a le droit de trouver ce rapprochement très suggestif.

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301. fa résurreclioji de Lazare et l'entrée triomphale à Jérusalem. — L'émoi que cause la résurreclion de Lazare aux portes de Jérusalem, peu avant la dernière Pàque, rend heureusement compte de l'enthousiasme qui accueille le Christ à son entrée dans la ville. Dans les Synoptiques, on est un peu surpris de la réception, si spontanée et si unanime, faite au Sauveur : qu'est-ce qui a donné naissance à ce mouvement insolite? Comment la foi messianique est-elle parvenue tout à coup à ce degré d'intensité?

Le fait nouveau a dû être amené par des événements récents, considérables, que passe sous silence la narration incomplète des premiers évangélisles. Saint I-ac. xix, 3y, y fait en quelque sorte allusion lorsqu'il montre la foule des disciples louant Dieu à haute voix pour tous les prodiges dont ils ont été les témoins, et que l'évangéliste, si l'on en juge par son récit antérieur, sous-entend. Il semble d'ailleurs difTicile d'expliquer l'entrée triomphale par l'attitude bienveillante des seuls Galiléens venus à la fête. Si le gros des partisans de Jésus s'était uniquement composé de ces provinciaux du nord, on ne comprendrait guère qu'ils aient eu pareille audace à Jérusalem, en face des pharisiens.

L'enthousiasme général de la réception ne se conçoit bien que si le Sauveur avait précédemment acquis grand renom dansia capitale mèmeouaux alentours. C'est précisément ce que suppose le quatrième Evangile, quand il fait dépendre en bonne partie l'entrée triomphale du miracle de Béthanie.

302. Art parole sur la destruction du temple, à l'expulsion des vendeurs. — Le récit de l'expulsion des vendeurs, nous l'avons vu (n° S55), fait preuve de la meilleure information, en rattachant à cette circonstance la parole sur la destruction du temple, que reprocheront au Sauveur les faux témoins. La forme sous laquelle est reproduite cette sentence convient elle-même exactement au Christ, tout en donnant la clef des modilications que lui font subir ses accusateurs.

Le rôle de Judas dans l'épisode de l'onction. — De même, le rôle attribué à Judas, dans le repas de l'onction, donne la raison du lien qu'établissent les deux premiers Synoptiques entre ce repas et la résolution suprême du traître (n'^ S58).

303. Le lavement des pieds. — L'épisode du lavement des pieds explicjue également bien la parole cjue saint Luc, xxii, 26, 28, fait prononcer à Jésus, au moment de la dernière Cène : « Que le plus grand parmi vous devienne comme le plus petit, et celui (|ui commande comme celui qui obéit; car ([ui est le plus grand, de celui qui est à table, ou de celui qui sert? N'est-ce pas celui qui est à table? Or, moi, je suis au milieu de vous comme le serviteur. » L'opposition que le Sauveur établit, dans cette sentence, entre celui qui est à table et celui qui sert, d'autre part l'appel qu'il fait à son propre exemple, paraissent supposer nécessairement que, dans la circonstance, il a réellement fait, au milieu de ses disciples assis, oflice de serviteur.

304. Je caractère de Simon Pierre. — L'attitude prêtée à Simon Pierre dans cet épisode johannique, son indignation à la pensée que le Seigneur veut hii laver les pieds, son empressement à offrir ensuite plus fju'on ne lui demande, xiii, G -9, sont très conformes au tempérament impétueux, à l'humeur vive et primesautière, qui le caractérisent dans l'histoire synoptique : Marc, viii, 82 = .Vattli., xvi, 22; Marc, XIV, 29, 68 sq., et parall. La même remarciue s'applique aux autres récits du quatrième Evangile où le chef des apôtres est en scène : xiii, 87 ; xviii, 10, 17, 25 sq.; XXI, 7. Or, il semble dillicile d'attribuer un

tel accord à une imitation réfléchie de la part de notre écrivain.

305- L.es soldats romains à l'arrestation du Christ. — Il n'est pas jusqu'au détail fourni sur la troupe qui vient arrêter le Christ, xviii, 3, et à la parole prêtée au Sauveur à cette occasion, xviii, 9, qui n'expliquent le signe du baiser indiqué par Judas et la liberté laissée aux disciples, malgré leur essai de résistance.

Dans les premiers Evangiles, Judas se croit, en effet, obligé d'indiquer d'avance à ceux qu'il conduit le signe qui leur montrera Jésus. Or, la chose est étonnante si la bande se compose uniquement de valets juifs : n'ont-ils pas vu fréquemment le Christ dans le temple? Ils sont capables, semble-t-il, de le reconnaître aisément. Mais il n'en est pas de même si le gros de la troupe, ceux qui marchent en avant et doivent avoir le rôle principal, sont, comme le déclare notre évangéliste, des soldats romains, récemment transportés de Césarée à Jérusalem pour les fêtes pascales. On comprend que Judas, devançant le bataillon, s'approche de Jésus et le trahisse par son baiser, Marc, xiv, 45 et parall., puis que le Sauveur, aux soldats qui s'approchent pour le saisir, pose la question : « Qui cherchez-vous? » Jean, xviii, 9.

La participation des soldats romains à l'arrestation du Christ paraît d'ailleurs assez naturelle, quand on songe qu'au témoignage même des Sjnoptiques, la circonstance de la Pàque, la présence de la cohorte dans la capitale, la crainte d'un soulèvement des Galiléens, partisans de Jésus, amenèrent les autorités juives à saisir Pilate de cette affaire et à tout remettre entre ses mains, comme s'il s'était agi d'un agitateur politique et d'un séditieux.

306. La défense faite par Jésus d'inquiéter ses disciples. — Si les premiers Evangiles ne signalent pas la participation des soldats romains à l'arrestation du Christ, ils parlent néanmoins d'une foule, et d'une foule nombreuse, bien armée, Marc, xiv, 43 et parall. : comment, malgré une force si imposante, la petite troupe des apôtres réussit-elle à s'échapper? La chose est bien extraordinaire, étant donné que les disciples essaient d'abord de résister et vont jusqu'à blesser un serviteur du grand-prêtre. Ce fait surprenant s'explique au mieux par l'intervention de Jésus, que signale le quatrième évangéliste. Le Sauveur veut subir seul sa passion : à sa demande réitérée, les soldats déclarent et répètent que c'est lui qu'ils cherchent; il les invite dès lors à laisser ses disciples en paix. Subjugués par l'ascendant de celui qui leur parle, heureusement surpris de le voir congédier lui-même ses défenseurs, on comprend que les soldats n'hésitent pas à obéir. Sur ce point encore, notre auteur apporte un complément de valeur au récit de ses devanciers.

En somme, la partie narrative du quatrième Evangile accuse, dans son ensemble et tout particulièrement en nombre de ses détails, une tradition historique qui marche de pair avec les Synoptiques, confirme leurs données, les explique ou les complète.

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