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XV

La Didaché établit le rapport le plus étroit entre la célébration de l'Eucharistie et les fonctions des surveillants et des diacres : c'est par l'Eucharistie qu'elle est amenée à parler de ces dignitaires; la connexion des idées est même exprimée par la particule ojj, donc. Célébrez l'Eucharistie le dimanche, votre sacrifice doit être pur, choisissez-vous donc des surveillants et des diacres dignes du Seigneur : tel est l'enchainement dans toute sa simplicité.

4. Les -pi7^jz=poi chrétiens. — Voici d'autre part les endroits des écrits du premier siècle où il est fait mention de l'ordre des Tr^iîTîvTîoît au sein des communautés chrétiennes.

Saint Luc, dans les Actes, cite à plusieurs reprises les -îiTovTîîî./; de l'église de Jérusalem (xi, 3û; xv, 2, l\, 6, 22, 16; XVI, 4; XXI, 18), sans jamais les confondre avec les Apôtres ou Jacques le chef.

Paul et Barnabe, revenant de leur premier voyage apostolique, établissent des -y.iZ-^-ip-yji à la tète des églises qu'ils avaient fondées {Act., xiv, 22).

Au ch. XX, 17, S. Paul, avant de s'embai-quer pour

la Palestine, mande à Milet les anciens de l'église d'Ephèse, rsù; -rpziZ-jripyji rv;; îzx/.yjatV.ç.

Il laisse son disciple Tite en Crète pour y remédier à ce qui manque et établir des -oîtSjte/ssu; dans les différentes villes {Tit., i, 5).

A son autre disciple Timothée, qui avait reçu l'imposition des mains du corps presbjtéral rjj irp-'y'i-jripio-j (1 Tint.. IV, i4), il écrit, en parlant des anciens : « Que les -c-To../T-oii qui président Ijien soient jugés dignes d'un double honneur, surtout s'ils s'appliquent à la prédication et à l'enseignement » (1 Tini., v, l'j; cf. 19).

Dans sa première épitre, v, i, S. Pierre, nous l'avons déjà dit, interpelle directement les anciens des églises. « Je supplie les rîîTÔvrîîîv? qui sont parmi vous, moi leur collègue, ■rjy.-rptr^-^rspoi : paissez le troupeau de Dieu qui est parmi vous, veillant sur lui, irij-xî-iCo—r, non par contrainte mais volontairement, étant les modèles du troupeau. Et à la venue du Pasteur suprême, vous recevrez la couronne de gloire incorruptible. Et vous, jeunes gens, soyez soumis aux anciens. »

Dans les communautés judéo-chrétiennes auxquelles S. Jacques adresse son épitre, se retrouvent également les -5£7 svTîîit tout comme dans l'église de la métropole Jérusalem. « Quelqu'un parmi vous est-il malade, dit la lettre, v, i4, qu'il mande les -pz7s-y7-:po-Ji de l'Eglise, afin que ceux-ci prient sur lui, l'oignant d'huile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sauvera l'infirme et le Seigneur le soulagera et, s'il a des liéchés, ils lui seront remis. »

Enfin dans la fameuse lettre déjà citée de Clément DE Rome à la communauté de Corinthe, il est aussi question des anciens de l'Eglise, k II est honteux, frères, et on rougit de l'apprendre ; oui, ce sont des choses indignes du nom chrétien, l'église de Corinthe, si ferme et si ancienne, pour faire plaisir à une ou deux mauvaises tètes, s'est soulevée contre les -ps-:- ^■jzépo-jz. )) (XLVII, 16.)

Plus loin (liv, 2) il dit encore des mêmes dignitaires: « Celui qui est généreux dira: Si cette sédition a éclaté à mon occasion, je m'en irai où il vous plaira, et je ferai ce que la communauté voudra m'imposer; mais il est nécessaire que le troupeau du Christ jouisse de la paix avec les anciens établis

ij.izy. TW za5î7T«//îv£ùy ~pi-:fi-j~ipWJ . »

Voilà les sources dont nous devons déduire le caractère des sTTtaxî-ot et des r.pi'j'i-j-ip'.i. et la nature de leurs fonctions.

(juels furent donc les irrtyzsrci et les ~pi-:l-j-ip'^i. du premier siècle ?

5. Etude comparative des i-i-y.'y-'.L et des — c£t5:/t£oîc. — Une remarque générale, c'est qu'aucun texte du premier siècle ne nomme ensemble les surveillants et les anciens comme un double ordre distinct. La formule JrtTz;-;; y.c/À r.piyZjtîpoi., OU une énumération équivalente établissant une distinction, ne se rencontre nulle part. On la lit pour la première fois dans les lettres de S. Ignace, au commencement du second siècle.

Au contraire, chaque fois que ces noms se trouvent ensemble au premier siècle, les auteurs indiquent sullisamment qu'ils désignent les mêmes fonctions. Nous avons donné cinq sources où ces noms se trouvent dans un même contexte. De ces cinq, quatre établissent directement la synonymie, et si la cinquième, la lettre de Timothée, ne met pas les mots en relation directe, elle fournit néanmoins une belle confirmation de notre thèse.

A. — Discours de Milet, Actes, xx, 17 ss. « De Milet envoyant à Ephèse, Paul fit venir les anciens de l'Eglise, n'jç T^p-jZ-yripo-Ji. Lorsqu'ils furent réunis autour de lui, il leur dit : Vous savez, etc. Veillez

ÉVÊQUES

donc sui" vous-inêiues el sur tout le troupeau sur lequel l'Esprit-Saiiit vous a établis surveillants izinx'^zo-^:, pour gouverner l'Eglise de Dieu. »

L'historien ne fait convoquer que les anciens de TEglise, et cependant il les fait appeler siii-ieillanls par l'Apùtre. Les deux noms sont donc synonymes et désignent les luémes personnages, quelle que soit d'ailleurs leur dignité.

Il ne suflit pas, pour éluder cet argument, d'ailirmer que l'orateur au milieu de son discours, négligeant une partie de son auditoire, s'adresse seulement à ceux des anciens qui sont en même temps surveillants. Cette hypothèse ne repose sur aucun fondement. La phrase est étroitement liée à la précédente par la conjonction oi/v, donc ; il manque même un nom au vocatif, qui serait nécessaire pour montrer que l'orateur ne parle plus que pour une partie de son auditoire, comme par exemple : k Et vous, surveillants, A'eillez... »

B. — Le texte de Vépitre à Tite est tout aussi clair, I, 5-7 : « Je t'ai laissé en Crète... pour y instituer des anciens, -ccj«;^t£,cî^ç, dans chaque ville...; si quelqu'un est sans reproche... : car il importe que le san-eillant Ts> îTTiTzi-iv soit sans reproche... »

11 est manifeste que les deux termes sont synonymes dans l'idée de lécrivain. Voulant insister sur les conditions requises pour le candidat à la dignité d'ancien, il donne aussitôt les qualités du surveillant modèle, ayant soin même d'indiquer le lien logique par la particule -/dp. Si les deux titres n'étaient pas sj'nonymes, l'Apùtre ne pouvait s'exprimer ainsi. Qui s'aviserait jamais de parler de cette façon : (( Etablis partout des curés vertueux, car il importe que l'évèque soit vertueux » ? Au contraire il est juste de dire : « Etablis partout des curés irréprochables, car il importe que le pasteur soit irréprochable. » S. Paul s'est exprimé dune manière analogue.

C. — Vers le même temps et sur le même sujet, S. Paul écrit la première lettre à Timotliée : « Il importe, y est-il dit, que le surveillant, rov i-cyy.'.-'yj, soit irréprochable et qu'il sache présider à sa famille, sinon comment prendrait-il soin de l'Eglise de Dieu'.^ >- III, 2, et i)lus loin v, 17 « les anciens, oi -cî7oVT£oot, qui président bien, sont dignes d'un double honneur». Comment ne pas admettre que les premiers, chargés du soin de l'Eglise, sont les mêmes que les seconds, préposés également aux fidèles, vu surtout que la description du surveillantdans cette épitre correspond trait pour trait à celle du surveillant-ancien delà lettre à Tite?

D. — La lettre de Pierre abonde trop clairement en notre sens pour qu'il faille insister. Les deux noms y sont étroitement unis, t:^cTcv7£co£ izty/.o-yj-.rii, : « Je conjure les anciens qui sont parmi vous faisant les surveillants... »

L'omission du terme s-it/^îttsj^'tî; par les codices du Sinai et du Vatican ne doit pas nous empéclier de le tenir pour authentique. Du reste l'argument garde sa valeur à défaut de ce mot : les -rpirli-^T-poi de S. Pierre, comme les J7:<7;<î7rit-;T/!£7-5.,TtC5t des Actes, XX, sont des pasteurs chargés de gouverner le trou- I)eau du Seigneur confié à leurs soins.

E. — La lettre de S. Clément de Rome nous fournil un nouvel argument. Ecrite pour ramener l'ordre parmi les fidèles de Corinthe et pour rétablir les anciens, ■nps.T^-jTip'j-j-., indignement chassés de leurs fonctions (xi.iv, 6; Liv, 2; i.vii), elle prouve longuement la légitimité des ministres qui doivent être réintégrés dans leurs droits. Cette légitimité a son fondement dans l'institution apostoli<pie et divine de ces ministres. Or voici le raisonnement : « Dieu a envoyé Jésus-Christ, Jésus-Christ a eiTV'ojé les Apùlres : ceux-ci ont institué des surveillants, imzxoT-.yji el des

diacres. » Le mot ttîît^îvtîcs; n'est pas même cité, et néanmoins ce sont eux qui ont été chassés, eux dont il faut prouver le pouvoir légitime. Cela ne s'explique que par l'identité des anciens et des surveillants.

Il y a mievix encore. Lorsque la lettre traite le point de la transmission régulière du pou\ oir, d'une part elle ne la prouve, encore une fois, que pour les surveillants, et d'autre part, elle emploie indifféremment, les deux noms : anciens et surveillants : « Les Apôtres, prévoyant que des contestations s'élèveraient à propos de la sur\"eillancc r-:; i-i7/.',-?,i, instituèrent les susdits (à savoir les siuveillants);... ceux donc qui furent établis par les Apôtres ou leurs successeurs..., ne peuvent être destitués de leur fonction. Ce n'est pas une petite faute pour nous de destituer de la surveillance, t<ç irtî^z-iTrô;, ceux qui ont bien offert les dons. » Et non sans une triste ironie, elle ajoute : « Heureux les anciens, -piit-jzîpoi., qui ont eu une sainte mort : ils n'ont plus à redouter d'être chassés de leur place. » Comment expliquer cette mention des anciens dans ce contexte, s'ils ne sont pas les mêmes que les surveillants? Il est manifeste que destituer les surveillants, les chasser de la surveillance, c'est la même chose que destituer les anciens et les chasser de leurs fonctions. *> Nous voyons en effet », dit-il, finissant par dénoncer en termes exprès l'injustice commise, « nous voyons que vous en avez destitué quelques-uns de leur ollice )>. Ces quelquesuns sont é^'idemment des anciens, puisque la particule yy-p relie intimement la proposition à la précédente, où ne sont mentionnés que les anciens, et ils sont évidemment les surveillants, i)uisque tout le contexte parle de l'institution apostolique des surveillants, de leur ofiice et de leur destitution.

Concluons. Les textes du premier siècle indiquent clairement l'identité des kr.iz/.^r.oi et des -pi7^j-:-p'yi,

G. Dignité des i~.i'7y.^y~oi.-~pi(jZjzîp'yi. — Mais ([ui sont-ils? Quelles sont leurs fonctions?

A. — Ce sont les pasteurs des coiuuiunautés, les chefs des églises, généralement établis pur les Apôtres eux-mêmes : on les voit à la tête de l'église de Jérusalem {Act., xi, 3o ; xv, 2, 4. ^, 22, 23; xvi, 4; XXI, 18), des églises instituées par S. Paul {Act., xiv, 22; XX, 17; P/iil., 1, 1 ; / Tint., m, i ss. ;iv, i^ ; v, 17; Tit., I, 7 ss.), de toutes les églises d'Asie Mineure {IPetr., V, 2); et, au témoignage autorisé de S. Clément de Rome, les Apôtres en ont établi comme chefs dans toutes les communautés qu ils fondaient {Clein. Runt., xLii, xi.iv et liv). On les trouve partout.

Associés aux Apôtres mêmes pour juger un i)oint de doctrine {Act., xv), ils prêchent la parole de Dieu (I Tini., V, 17), sont les intendants de Dieu (1 Tim., m, 5; Tit., i, 7), les luinistres de l'onction des malades {Jac, V, i4), de la liturgie, de l'oirrande, du sacrifice {Clem. Ruin., xlii; Did., xv).

C'est le moment de citer les passages des écrits apostolicjues où il est question des -^uTra.ajvst ou présidents et des c/î^^awît ou chefs.

« Nous vous recommandons, écrit S. Paul aux chrétiens de TItessalunique, v, 12, de considérer ceux qui peinent au milieu de vous el vous sont préposés dans le Seigneur. » Ce sont sans doute leurs pasteurs,

leurs STTlTXiTTÎt-TT^CÎTel^TÎOit.

Il ne faut pas hésiter non plus à les comprendre au moins au nombre des supérieurs que Vépitre aux J/éhreux nomme à trois reprises, xiii, 7, 17, 24 : « Souvenez-vous de vos chefs, riv W/'ijij.hwj \j;j.ôfj, qui vous ont prêché la parole de Dieu » ; « obéissez à vos chefs el écoutez-les. car ils veillent sur vos âmes ayant à en rendre conqtte » ; « saluez tous vos chefs ». Cf. Clkm. Rom., i, iJ; xxi, G.

EVÉQUES

Le mot Y//cùij.tJci importe un vrai pouvoir, une autorité réelle.

Ces données renversent totalement les systèmes évolutionnistes des critiques libéraux, qui reposent tous sur trois postulats :

I. A l'origine aucun chef ni pasteur, mais seulement des prédicateurs libres.

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