‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 194 sur 214 · II. II n'y eut pas d'autorités établies par les apôtres · texte numérisé non relu

II. II n'y eut pas d'autorités établies par les apôtres

III. Il y eut grande diversité d'organisation, notamment distinction des épiscopes et des presbytres.

Et cependant, nous venons de le prouver, à rencontre de ces aflirmations, les documents du premier siècle établissent :

I. Que dès l'origine les églises avaient des pasteurs et qu'elles étaient dirigées par des chefs.

II. Que ces chefs furent établis par les Apôtres quand ils fondèrent ces chrétientés.

III. Que les i-(-:y.''^-oi et les Tr/îi^fùrecît de cette époque étaient les mêmes dignitaires.

B. — Maintenant, au point de vue catholique, quelle est cette dignité : est-ce l'épiscopat ou le presbytcrat? Observons d'abord que nulle part on ne Aoit émerger au sein de ce groupe de pasteurs, qu'on trouve cependant dans chaque communauté, ni un supérieur ni même un président. (Il faut faire exception pour Jérusalem, où les Apôtres et, après leur <lispersion, Jacques ont les honneurs d'une mention spéciale, Act., xv; xxi, i8.)

Ce qui caractérise les évêques et les distingue d'avec les prêtres, c'est : i" qu'ils sont leurs supérieurs et qu'ils ont le pouvoir de conférer les ordres sacrés, 2° qu'ils ne sont jamais plusieurs à la tête d'une même église.

1° La tradition ecclésiastique est unanime à enseigner que seuls les évêques ont la plénitude de l'Ordre, nécessaire pour créer des prêtres et des diacres et assurer la transmission des pouvoirs apostoliques.

S. Jkax CHKYsosTOME(//om. 1 1, 1, iii ep. lad Tim.), S. Jkrome {Ad E\'ang., Ep. cxlvi, i, al. lxxxv), S. EpiPHANK (Ilaer., lxxv, 4), les Constitutions apostoliques (III, xx) formulent nettement ce jjrincipe. Déjà S. Clkment de Rome, ch. xliv, du moins selon l'interprétation que nous préférons, faisait valoir cette règle de la succession du ministère chrétien. Les Apôtres, qui avaient institué des surveillants et des diacres, sTrtTxorou; xai Sikzcvov;, ont légué leur mission et leur pouvoir à quelques hommes éprouvés : c'est pourquoi il y avait à la tête des églises, à la lin du premier siècle, des ministres établis par les Apôtres, et d'autres établis par ces hommes illustres, successeurs des Apôtres.

Mais au témoignage de S. Clément, les surveillants institués par les Apôtres n'avaient pas la puissance d'instituer d'autres ministres; et il n'y a aucune raison de croire que les iT:i7xcnoi-T:p!7!^-Jr£poi des écrits apostoliques aient jamais ordonné d'autres pasteurs ou des diacres par l'imposition des mains.

Un seul texte jiourrait nous être opposé : au témoij,'nage de S. Paul, Timothée reçut la grâce de la consécration en vertu de prophéties avec l'imposition des mains du collège presbytéral, roù -nps^Q'jreoio-j (I Tini.,

iv, i4).

Mais l'Apôtre a-t-il voulu par là reconnaître à ce collège le pouvoir d'ordonner ou sinqilement celui de prendre part à la liturgie de l'ordination?

Ce doute semble élucidé ^lar la II' lettre à Timothée, où il est parlé de la même grâce en ces termes : « Le don de Dieu... est en toi par l'imposition de mes mains » (i, 6). Si S. Paul, en vertu de la I" lettre, n'est pas le seul qui ait imposé les mains à son dis-

ciple, ou moins en vertu de la II' est-il le seul qui l'ait consacré. L'imposition des mains de l'Apôtre a été la cause, celle des prêtres n'a été qu'un simple cérémonial, comme l'indiquent assez les conjonctions a-z'J. et StK employées avec le génitif, la première signitiant la concomitance, la seconde la causalité.

2" La seconde caractéristique traditionnelle de l'épiscopat, c'est Vuniié : un seul évèque pour gouverner une église. S. Ignace d'Antioche fait déjà clairement entendre dans ses lettres que l'évéque occupe seul son siège; citons seulement, Philud., iv : £u ÈTTicrxiKîç v./xv. rrZ TTyîcTcjTtysic;) xal ôt«xo>ît; : il y a un seul évêqiie avec le collège des prêtres et les diacres. S. Ihknék le suppose (y/c?i'. //aer., III, XIV, 2); le concile de Xicée (canon 8), S. Cyprien {De Unitate Eccl., viii); S. Jeax Curysostome {/loin il. i. 1 in Phil.), S. Jérôme (C(>m/;i. in TH., 1) S.EpiPHANE(//aer.,Lxxv), Théodoret {Ilist. eccl.. Il, xiv) le disent en termes formels. C'est du reste un principe incontestable. A moins d'une division causée par un schisme, il n'y a pas d'exemple d'église gouvernée à la fois par devix évêques au même titre.

Or les textes du premier siècle parlent de plusieurs £7T(7i<c-ii--j;£-SjT£;:;it dans une même communauté et jamais d'un seul. Le livre de^ Actes parle en dilférents endroits d'un semblable collège à la tête des églises de Jérusalem {Act., xv, 2, 4 ; xvi, 4 ; xxi, 18), d'Ephèse (.d(c<.,xx, 17,28), de celles que fonda l'Apôtre (xiv, 28): c'est le -pe^Q-jzépicv de l'église (I Tiin., iv, i4). Philippes et les villes de la Crète possèdent également le leur {Phil., I. 1 ; Tit., i, 7.) Il en est de même dans les communautés des épîtres de S. Pierre (I Petr.. v, 1 ss.), de S. Jacques {Jac, v, 17) et de la Didaché {Did., xv), en un mot dans toutes les églises que les Apôtres fondèrent.

Ces kr.izy.oT.oi-r.p-z'lùr-p'yi sont donc les prêtres.

Cette interprétation a le mérite d'être constante et uniforme et de reconnaître aux mêmes termes, à la r.i '• ')e époque, une seule signification. Elle explique au.st pourquoi les écrits de la littérature apostolique nomment toujoui-s les diacres immédiatement après les ini'jy.or.oi, sans faire mention d'un degré intermédiaire.

Un seul texte demande au point de vue Ihéologique une note spéciale, ])rincipalenient à cause de l'application que le concile de Trente (Sess. xxiii, de Ordine, c. 4)<?n fait aux évêques: c'est celui des Actes, XX, 28. Est-ce que là le mot iTri^xoTTst ne désigne pas des évêques proprement dits?« Le Saint Synode déclare... que les évêques, qui sont les successeiu's des Apôtres, appartiennent en premier lieu à la hiérarchie et à l'Ordre, et qu'ils sont établis, comme dit l'Apôtre, par TEsprit-Saint pour gouverner l'Eglise de Dieu et qu'ils sont supérieurs aux prêtres. » C'était donc bien le sentiment des Pères du concile que l'Apôtre avait adressé ses paroles à des évêques proprement dits. On peut faire remarquer cependant qu'ils n'ont pas eu l'intention de déclarer que le sens qu'ils attachaient à ces paroles des Actes, xx, 28 est celui « que l'Eglise catholique a toujours tenu».

De fait, S. Jean Chrysostome, S. Jérôme, Tiiéooo- RET, S. Thomas (11^ Il^e, q. i84, a. 6, ad i), et même après le concile, Stapleton {Antid. Apost. in Act. ad h. l.), Cornélius a Lapide et bien d'autres écrivains ont pensé que ces paroles étaient adressées à des prêtres. Qui dira que le concile de Trente ait aouIu définitivement imposer pour ce texte une interprétation donnée en passant, et opposée à l'enseignement d'illustres commentateurs, et notamment à celui de l'Ange de l'Ecole ? Qui ne sait, comme le fait remarquer le cardinal Gotti, que dans les définitions des Conciles est seulement de foi ce qui fait l'objet de la

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(létinition et non pas ce qui en est le motif. Il n'est donc pas défendu de penser et d'admettre queS. Paul à Eplièse s'adressait à des prêtres. « Rien n'empêche de dire, observe à ce propos le Manuel biblique de Bacuez-Vigouroux (t, IV, n. 53g, éd. 9) que les prêtres sont établis pour faire l'office de pasteurs dans lEglise de Dieu. N'est-ce pas pour cette lin qu'ils sont consacrés par le sacrement de l'Ordre et investis de pouvoirs surnaturels? Il est vrai qu'ils dépen- <lent des évêques et que leurs pouvoirs sont moins étendus ; mais l'autorité peut exister sans l'indépendance... Ne leur donne-t-on pas communément le titre de pasteurs et recteurs, quand ils ont, comme ceux qui se trouvaient à Ephcse, un emploi déterminé dans le saint ministère ? »

Conclusion. — Les prêtres que les Apôtres mirent à la tète des Eglises s'appellent tantôt sTrux^TTot, tantôt T.r.i^fijTipoi. Ce n'est que dans les écrits du n' siècle que le mot £-(7zs7tî? prend la signitication (ïé^-êque que nous lui donnons aujourd'hui.

i^ II. — L'organisation des églises par les Apôtres

I. JÉRUSALEM. — Durant la période de formation, cette communauté fut dirigée par le collège apostolique.

De très bonne heure, la hiérarchie y reçut un premier développement par l'institution des sept diacres (Act., vi); bientôt après, vraisemblablement à cause du nombre croissant des fidèles et du départ des Apôtres, par la création de prêtres (Act., xi, 3o; xv). Ces prêtres, sans avoir la plénitude du pouvoir apostolique, en ont cependant une large part : sous la suprématie des Apôtres et notamment de Jacques, ils sont les pasteurs du troupeau du Christ.

Quand les Apôtres se dispersèrent, Jacquesdemeura à Jérusalem et garda tout naturellement le gouvernement de cette église, devenant seul son pasteur en chef. Il a en quelque sorte succédé au collège apostolique, soit qu'il fût lui-même Apôtre, comme nous le croyons, soit ((u'il ait été établi pour les remplacer à la direction de cette église.

Ce sera sans doute son titre de « frère du Seigneur» et du Messie, qui aura déterminé ce choix de Jacques comme chef de l'église judéo-chrétienne. Il fut ainsi le premier évcquc à siège (ixe.

Voir plus loin !^ III, les listes épiscopales.

Aucun document du premier siècle ne lui donne ce titre : rien d'étonnant, puisque le mot è-Kiry.cr.ci ne désignait alors que les prêtres.

II. Eglises de S. Paul. — Dès sa première mission, Paul, en compagnie de Barnabe, préposa des prêtres aux églises qu'il fonda (Act., xiv, 22).

A. Ephèse. — Il ne dérogea certainement pas à cette règle en prêchant la foi à Ephèse. En effet, une année environ après son départ, il mande à Milet les prêtres de celte église et leur rappelle qu'ils ont à A-eiller sur leur troupeau {Act., xx, i^, 28).

C'est encore la même organisation vers l'an G/), quand l'Apôtre écrit sa première épitre à Timothée, auquel il avait demandé de demeurer àEi)hèse (i, 3). Les qualités requises dans les prêtres et les diacres y sont énumérécs en détail (m, i ss.), apparemment parce que Timothée devait en établir. Celui-ci avait en ciFel le pouvoir d'imposer les mains, de juger les jirétres, et de leur assurer une juste rélril)ulion (v, 1--21). En un mot il instituait le clergé et veillait au maintien de la discipline; il avait la haute main sur toute la communauté.

Il y avait donc à Ephèse le ministère ordinaire des prêtres et des diacres.

Mais dans la personne de Timothée, nous nous trouvons devant une dignité nouvelle, une fonction temporaire et extraordinaire, celle de délégué de l'Apôtre. Il a le pouvoir épiscopal, seulement il ne l'exerce à Ephèse qu'à titre précaire, pour autant que son maitre l'y laisse. « Je t'ai demandé à mon départ pour la Macédoine de demeurer à Ephèse, afin d'avertir certaines gens de ne point enseigner une autre doctrine.» (I Tim., i, 3.) Bien des fois déjà il avait été chargé de missions semblables, à Thcssalonique, à Corinthe, à Philippes (1 Thess., m, 2, 3; I Cor., iv, 17; Pliil., Ti, 19 ss.). Aussi, bientôt l'Apôtre en captivité le rappelle d'urgence: « Hàte-toi de venir à moi sans délai... Amène Marc avec toi... Hàte-toi de Acnir avant l'hiver. «(Il Tint,, iv, 8, 11, 21.) Ce n'est pas là arracher un évêque à son troupeau, c'est mander un compagnon. Se souvenant des larmes versées par ce fils au moment de la séparation, il désire le voir à ses côtés à Rome (i, 4). Et comme l'hérésie est toujours menaçante à Ephèse, l'Apôtre, en relevant Timothée de sa charge, le remplace par un autre de ses disciples, Tj'chique (n-, 12).

L'histoire de cette église se continue sous l'Apôtre S. Jean. (Voir IV.)

B. La Crète. — La lettre à Tite vient pleinement confirmer ces données sur la manière dont l'Apôtre des Gentils fondait les églises.

Tandis qu'il était conduit prisonnier de Césarée à Rome, la caravane avait fait escale sur les côtes de l'île de Crète. Délivré de sa première captivité, S. Paul y vint annoncer l'Evangile. Son labeur fut béni; il y opéra un grand nombre de conversions. Mais volant à d'autres travaux, il laissa dans l'île son disciple Tite investi de toute l'autorité du fondateur. « Je t'ai laissé en Crète, se hàte-t-il de lui rapl)eler par lettre, pour que tu établisses les choses qui manquent, et que tu constitues des prêtres dans chaqueville: c'est ainsi que je te l'ai prescrit. » (i,5.)

Tite était donc investi de la plénitude de l'Ordre ; comme Timothée, il devait l'avoir reçue par l'imposition des mains, vraisemblablement de son maitre. Néanmoins il n'occupait pas de siège épiscopal, puisqu'il avait pour charge de prendre soin de toutes les communautés de la Crète et d'établir des prêtres dans les diverses villes. Aussi l'Apôtre fait-il déjà entrevoir son rappel procliain ; « Lorsque je t'aurai envoyé Artémas ou Tychique, hàte-toi de me rejoindre à Nicopolis, où j'ai résolu de passer l'hi\"er. » (m, 12.) Tite avait reçu la mission d'achever l'organisation des églises fondées par Paul. Aux derniers jours de l'Apôtre, nous le retrouvons en Dalmatie et non plus en Crète (II Tim.. iv, 10). Dans l'île toutefois, il aura été remplacé par un autre disciple chargé sans doute de continuer son œuvre.

Les églises de Crète étaient donc dirigées habituellement par un corps de pasteurs, institués par l'Apôtre ou par son disciple. Le fondateur ou son délégué en gardait du reste l'administration souAcraine.

C. PniLiri'ES ET Thessalomque ont aussi leurs pasteurs (/^//(V., i, 1; I Thess., v, 12) « qui les intruisent, étant leurs préposés dans le Seigneur ».

D. CoRiNTUE. — Trois documents du i'^'" siècle nous donnent de précieux renseignements sur les origines historiques de cette église : ce sont les deux épitresde S. Paul et la (première) lettre de S. Clément de Rome aux Corinthiens. Celle-ci, écrite moins de trente ans après la mort de S. Paul, attribue formel- UMuent l'organisation ecclésiastique aux Apôtres. Dans celles-là, les critiques soi-disant indépendants se vantent de trouver la preuve « d'une démocratie

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complète sans la moindre trace d'une organisation gouvernementale », la preuve de l'inspiration privée, de la « liberté individuelle sans aucune règle, ni autorité ». L'étude de ces documents est donc particulièrement instructive. Il est très intéressant de connaître l'état primitif de cette église de Corintbe, qui ne fut ni une des moins importantes, ni une exception parmi les communautés fondées par l'Apôtre des gentils.

a) S. Paul ne fait aucune mention d'évéques, de prêtres ni de diacres. Ce n'est pas une preuve suffisante pour prétendre qu'il n'y en avait pas. L'argument ex silentio n'a de valeur qu'après qu'il a été prouvé que mention aurait dû être faite de ces dignitaires, au cas où il y en avait. Nous fondant sur le procédé de l'Apôtre, nous pensons qu'ici comme ailleurs il avait institué des prêtres avec des diacres pour diriger la communauté. Du reste un document autorisé, la lettre de S. Clément, l'établira à toute évidence. (Voir b.)

Les « charismes » (I Cor., xiii-xa) n'excluent pas la hiérarchie. Ni le don des langues, ni celui d'intei-prétation, ni laa prophétie », niaucun autre desdons si variés de l'Esprit-Saint ne sont en contradiction avec la charge pastorale.

Prenons en effet le charisme que l'Apôtre considère comme le plus digne (I Cor., xiv), le charisme de la prophétie, doù les critiques libéraux prétendent déduire l'absence d'autorités religieuses. D'après l'épître, il consiste à édifier, à consoler et à exhorter les fidèles, à convertir les infidèles frappés d'étonnement par la faculté de lire le secret des cœurs, de remuer les derniers replis des consciences (ib.,i, 24. 25). Ceux qui en étaient doués pouvaient prendre librement la parole dans l'assemblée. En tout cela il n'y a rien qui exclue les pasteurs chargés de la direction, de la i>rédication et de l'administration des sacrements.

Nous en avons la preuve dans le contexte même. L'Apôtre ne se fait pas faute de légiférer pour le bon ordre : il trace des règles pour l'usage des charismes mêmes et pose des lois à l'effusion des dons de l'Espril-Saint. « Quand vous vous assemblez... que tout se fasse pour l'édification. S'il y en a qui parlent des langues (étrangères), que deux seulement parlent, ou au plus trois, et à tour de rôle; et qu'un seul interprète (c'est-à-dire traduise). S'il n'y a point d'interprète, que chacun se taise. Quant aux prophètes, que deux ou trois parlent et que les autres jugent. Que s'il survient une révélation à quelque autre de ceux qui sont assis, que le premier se taise ; car vous pouvez tous parler en prophétie l'un après l'autre, afin que tous entendent des paroles instructives et édifiantes. » (xi, 26-81.) « Mes frères, employez tout votre zèle à prophétiser, n'empêchez point de parler des langues. Mais que tout se fasse décemment et avec ordre. » (xi, 89-40.) « Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur convient pas de parler. » (xiv, 84.)

Nous reviendrons sur les « Apôtres », les « prophètes » et les « docteurs » de I Cor., xii, 28. (Voir F.)

Il nous semble du reste que cette épitre mentionne la hiérarchie sous le nom de otooîîwai. Aux charismes du Saint-Esprit elle compare et oppose la Aariété des ministères du Seigneur. « Il y a diversité de dons, mais un seul Esprit, comme il y a diversité de services, mais un seul Seigneur. » (I Cor., xn, 4-5.) Le Seigneur, c'est Jésus; car il se trouve placé entre Dieu le Père, qui gouverne le monde par la diversité des opérations, et le Saint-Esprit qui sanctifie l'Eglise par la diversité des charismes; de plus, dans le contexte on lit : « Jésus est (le) Seigneur » (8-6). Ces

fonctions diverses sont donc les divers degrés de l'organisation ecclésiastique.

En outre, S. Paul fait cette recommandation finale : « "\"ous connaissez la famille de Stéphanas, qu'elle est les prémices de l'Achaïe et qu'ils se sont dévoués au service des saints. Montrez de la déférence à ces personnes-là et à quiconque travaille et peine avec eux. » Il se réjouit de la présence de Stéphanas, de Fortunat et d'Achaïque, parce qu'ils ont achevé l'œuvre de la formation chrétienne à Corinthe, qu'ils ont par là fait du bien à lui-même comme aux autres. Quand on met en regard les recommandations faites aux Thessaloniciens, I Thés., v, 12, à Tite laissé en Crète, I, 5, et surtout ces paroles de la lettre de S. Clément : « Les Apôtres établirent dans les villes et les bourgs leurs prémices comme prêtres et diacres de ceux qui allaient embrasser la foi » (xlii, 4), on est bien en droit de considérer Stéphanas et ses compagnons comme des pasteurs de l'Eglise de Corinthe.

Enfin, l'Apôtre revendique hautement pour luimême l'autorité et la juridiction sur la comnmnauté. A plusieurs reprises il parle de ses commandements (I Cor., vu, 6, 17; XI, 17, 34; xvi, 1) : « Je mettrai ordre à tout le reste lors de ma visite. » En livrant un grand pécheur à Satan par la puissance du Seigneur Jésus, il exerce le pouvoir disciplinaire (iv, 21). La seconde lettre prend le même ton d'autorité : « Si je reviens, je n'userai pas d'indulgence. » (xiii, 2.) « Je vous écris de loin pour que je ne doive pas user de rigueur lors de ma venue, selon la puissance que le Seigneur m'a confiée pour l'édification et non pour la destruction. » (xiii, 10.)

Si bien que, dans cette fameuse épitre aux Corinthiens, qui exalte le plus l'utilité et la dignité des charismes, S. Paul fait le mieux voir qu'il est le chef des fidèles, muni de pouvoirs suffisants pour ])unir toute insubordination (11% x, 4-6); ordonnant et dirigeant toute la vie religieuse et ecclésiastique avec une souveraine autorité comme « Apôtre » (l" et II', I, 1), comme a légat du Christ » (II*, v, 20).

Les dons spirituels n'excluent donc aucunement l'organisation hiérarchique.

h) Et, de fait, l'antiquité nous a transmis et conservé un témoignage clair et irrécusable de l'institution d'un clergé par les Apôtres à Corinthe comme partout ailleurs, la lettre de l'église de Home à celle de Corinthe (I^ démentis), document officiel du premier siècle, dont on ne saurait exagérer l'importance. C'est la première constitution émanée de Rome, trente ans à Ijeine après la mort des Apôtres SS. Pierre et Paul, alors que vivaient encore nombreux les témoins de leur enseignement et de leurs actes. Elle établit péremptoirement l'apostolicité de la hiérarchie et le principe de l'organisation ecclésiastique.

Les fidèles de Corinthe s'étaient soulevés contre leurs prêtres et les avaient démis de leurs fonctions. C'était une occasion et une nécessité de déterminer les rapports entre la communauté et ses supérieiu's, de rappeler la source et la natm-e de l'autorité de ces derniers La lettre n'y manque point.

« Les Apôtres, envoyés par le Seigneur Jésus- Christ, nous apportèrent l'Evangile : Jésus-Christ a été envoj-é par Dieu. Le Christ est doc l'envoyé de DiEr, LES Apôtres sont ceux du Christ; l'une et l'autre mission se tirent donc régulièrement de par la volonté de Dieu. {C est le droit divin.) Après avoir donc reçu leurs instructions... ils s'en allèrent porter la bonne nouvelle de la venue du royaume de Dieu. Par conséquent, prêchant dans les bourgs et les

villes, ILS ÉTABLIRENT LEURS PREMIERS DISCIPLES... PRÊTRES ET DIACRES DES FUTURS FIDELES (xLIl). (C'CSt

la fondation et l'organisation de r Eglise par les Apôtres.)... Nos Apôtres connurent par Notre-Sei-

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gneur Jésus-Christ, que des divisions éclateraient au sujet de la dignité presbytérale. C'est pourquoi, doués d'une prescience parfaite, ils instituèhent les SUSDITS (les prêtres), et exsuite établirent ex règle que, quand ils (les Apôtres) mourraient, d'autres honiiues éprouvés leur succédassent dans leur fonction. {C est la doctrine de la succession apostolique.) Ceux donc qui furent établis par eux ou après, par d'autres hommes illustres, avec l'approbation de toute l'Eglise... ne peuvent, nous le pensons, être démis de leurs fonctions sans injustice. » (xlii, xliv.)

Il est donc incontestable : i° «jue l'organisation de l'Eglise, en principe, repose sur le droit divin par la mission des Apôtres de Jésus-Christ; a" que les Apôtres, dès les origines, ont établi une liiérarchie dans chaque communauté; 3" que celle-ci comj)renait au sein de la communauté les prêtres et les diacres ; /J" que la hiérarchie de l'Eglise avt.it trois degrés, celui des Apôtres, celui des prêtres ou pasteurs, et celui des diacres.

A notre avis, le principe de la succession et de la transmission des pouvoirs apostoliques est également proclamé. Néanmoins, dans cette interprétation, les auteurs ne sont pas d'accord : à jjremière vue la phrase paraît ambiguë et peut prêter à confusion. S. Clément dit littéralement : Les Apôtres, prévoyant des faits comme ceux de Corinthe, « instituèrent les susdits (prêtres et diacres) et ensuite statuèrent que quand //s mourraient, d'autres hommes éprouvés recueillissent leur fonction : iàv y.'^iij.rfiCjziv Siy.Sz(oivTv.i

Quels sont ceux dont on prévoit la mort et par suite la succession ouverte '.* Sont- ce les Apôtres ou les prêtres? Grammaticalement, ce peuvent être ceuxci aussi bien que ceux-là. Les mots « leurs fonctions » ne sont pas plus clairs. Apôtres et prêtres occupent une /£(Tov/î/ta. « Hommes éprou\és » les successeurs des uns et des autres doivent l'être. 11 faut donc s'en référer au contexte.

Manifestement, les Apôtres furent préoccupés de la nécessité de mettre l'autorité des pasteurs au-dessus de toute contestation. Pour ceux qu'ils établirent eux-mêmes, pas de doute possible sur leur légitimité; mais pour la suite il fallut un statut : « ensuite ils statuèrent qu'à leur mort... » La mort à prévoir, ce n'est pas tant celle des pasteurs, puisque les Apôtres sont là pour en établir d'autres en leur lieu et place, mais c'est celle des Apôtres, sources du pouvoir ecclésiastique. A la mort des Apôtres, qui leur succédera? S'ils ont des successeurs, l'autorité ecclésiastique est assurée x>oiir l'avenir ; s'ils n'en ont pas, elle est tarie dans sa source. « Ces hommes éprouvés », qui n'ont pas encore de titre spécial, sont donc les successeurs des Apôtres. Dès lors que les Apôtres se sont assuré des successeurs, aucune contestation n'est possible sur la légitimité des pasteurs établis successivement dans les diverses églises.

Non seulement l'enchaînement des idées dans le contexte, mais aussi la conclusion que Clément luimême formule si nettement, font voir la justesse de notre inter[)rétation. « Ceux donc qui lurent établis par les Apôtres ou ensuite par d'autres hommes illustres... ne sauraient être démis. » Il s'agit uumifestement de la source même du pouvoir presljytéral : des prêtres de Corinthe, les plus anciens sont encore de création ajxjstolique, les autres établis depuis sont tout aussi légitimes et aussi inamovibles parce que institués ensuite par les successeurs des Apôtres.

Ces successeurs, observons-le, ne portent pas encore le nom d'évêques; la lettre ne sait pas les désigner d'un nom propre : ce sont des « liommes illustres ». Il ne semble pas non i)lus qu'ils occupent un

siège épiscopal, la plupart étant sans doute missionnaires comme les Apôtres. Mais du reste le dogme de la succession apostolique est clairement énoncé. « Des contestations contre l'autorité des prêtres arriveront nécessairement. L^ Apôtres y ont pourvu. Après avoir établi eux-mèities les prêtres, ils n'ont pas manqué ensuite de se donner des successeurs avant de mourir : c'est pourquoi les prêtres établis par eux et ceux établis ensuite par ces successeurs ne sauraient être destitués. »

Il est superflu d'insister sur l'absolue certitude de l'existence d'un clergé à Corinthe dès les temps apostoliques. Les preuves abondent dans la lettre. Quoique la fondation de cette église ne datât pas d'un demi-siècle, depuis longtemps, m/ycZi ypd.'-iiç, les prêtres y exerçaient le ministère et plusieurs d'entre eux étaient déjà morts (xliv). « Chefs des âmes des iidèles » (lxiii), ils gouvernaient le troupeau du Christ conlic à leurs soins, prêchaient la doctrine du salut ! et offraient le sacrifice à Dieu (xliv).

Y avait-il un é\êque à Corintiie? Nous ne le pensons pas. Il s agit de hiérarchie dans toute la lettre; elle y est considérée sous bien des aspects, et pas une seule allusion à l'évêque. « Soyez soumis à vos prêtres », est-il dit; mais non pas : « Soyez soumis à votre évèque. »

Plusieurs auteurs croient trouver le triple degré de la hiérarchie au chapitre xl : « Au grand prêtre ont été confiées des fonctions propres, aux prêtres, Tcîç Upîij7i-j, a été assignée leur place propre, aux lévites incombent des services propres. » Mais les termes employés et le contexte (xli) indiquent clairement que S. Clément a en vue le sacerdoce juif et le temple de Jérusalem.

N'allons pas oublier cependant que les prêtres et les diacres de l'Eglise étaient établis par les successeurs des Apôtres, ce qui nous donne les trois degrés.

E. Disciples de l'Apôtre. — On ne saurait faire l'histoire de l'épiscopat sans consacrer un paragraphe aux disciples de S. Paul.

Dans ses courses apostoliques, le maître était toujours entouré d'un essaim de disciples, qu'il appelait « ses chers tils, ses coopérateurs, ses coserviteurs dans le Christ, ses collègues, ses aides, ses compagnons d'armes »,

Jean Marc, Silas, Timothée etTite ont été des premiers à l'assister dans la prédication de l'Evangile. Les Actes des Apôtres et les Epîtres nomment encore Gaïus de Derbé, Aristarque de Thessalonique, Sopater de Bérée, Tychique et Trophimede la province d'Asie, Luc, Dénias, Epaphras de Colosses, Clément, Lin, Jésus le Juste, Caïus de Corinthe, Artémas, Soslhène, Epaphrodite, Philémon, Archippe, Crescens, et d'autres. Un grand nombre suivaient lidèlement l'Apôtre, quelques-uns résidaient dans une église.

S. Paul leur confiait aussi des missions et en faisait ses délégués aux chrétientés. Ainsi, de bonne heure il députa Timothée aux fidèles de Thessalonique, comme un ministre de Dieu dans l'Evangile, pour les affermir dans la foi (I TJiess., m, 2, 3); il l'envoya aux Corinthiens « pour leur rappeler la doctrine de son maître dans le Seigneur, selon ce qu'il enseigne dans toutes les églises » (I Cor., iv, !■;), car TimothécH faill'œuvre de Dieu comme lui » (xvi, lo); il le délégua encore à Pliilippes (P/iit.. ii, 19 ss.).

Grâce aux épitres pastorales, nous connaissons la nature de ces missions et la dignité de ces envoyés. Il est certain que Tite et Timothée avaient re(,u la plénitude de l'Ordre, puisqu'il leur est enjoint d'achever l'œuvre d'organisation et de créer des pasteurs et des diacres (I Tim., m, i ss.; v, 17-22; Tit., i, 5 ss.).

EVÉQUES

Tychique, « fidèle ministre et coserviteur dans le Seigneur s (Col., iv, 7-8; Epli., vi, 21-22) remplaça Timothée à Eplièse (II Tim., ix, 12); le même ou Alternas aura relevé Tite de son poste (Tit.. III, 12): encore deux délégués revêtus du pouvoir épiscopal.

Silas ou Silvain occupe une place éminente. « Prophète » de l'église de Jérusalem (Act., xv, 22, 82), il devint, en remplacement de T Apôtre Barnabe, le compagnon de Aoyage de S. Paul. Puisqu'il a coopéré à fonder les églises, il a eu le pouvoir d'organiser et d'imposer les mains {Act., xv, 4o ; xvi, 19, 26, 2g; xA'ii, 4, 10; I et II Thess., i, i ; Il Cor., i, 19). Plus tard il s'est attaché à S. Pierre {IPetr., v, 12).

Lin et Clément (II Tim., iv, 21 ; Pliil., iv, 5) occupèrent successivement le siège de Rome, comme nous allons le voir. On peut bien admettre qu'ils avaient déjà reçu l'épiscopat du vivant des Apôtres.

Epapliras, ami de S. Paul, fonda les églises de Colosses, de Laodicée et d'Hiérapolis {Col., i, 7 ss.; iv, 12- .'3) : il n'aurait pu organiser ni ordonner des prêtres s'il n'avait reçu la plénitude de l'Ordre. Archippe (Col., IV, l'j; Philem., i) était peut-être revêtu de la même dignité.

Y a-t-il des raisons de croire qu'après le martyre de leur maître, Timothée soit devenu évêque d'Ephèse et Tite en Crète ? Ils ne l'étaient pas de son vivant, nous l'avons monti'é; et les conjectures de l'historien EusÈBE (//. E., III, IV, 3) ne sullisent pas pour établir qu'ils l'aient été jamais. Leur histoire finit avec les Pastorales. Peut-être ont-ils continué, à l'exemple de l'Apôtre, à fonder de nouvelles chrétientés.

Un écrivain très instruit du 11' siècle, Denys, évêque deCorinthe, rapporte vers 170 que Denys l'Aréopagite fut le premier évêque d'Athènes aux temps apostoliques (Eusèbe, //. E., III, iv, 11; IV, xxiu, 2-3). C'est un témoignage autorisé d'un fait public et facile à constater, rendu un siècle après ; on n'y découvre aucun motif d'erreur. Il est raisonnable de l'admettre.

Disons-en autant de celui d'ORiGÈXE qui atteste, d'après une « ancienne tradition », que Caras, l'hôte de S. Paul à Rome (Rom., xvi, 28), devint le premier évêque de Thessalonique (Comment, in ep. ad Boni., X, xLi). Nous ne savons à quel moment.

F. « Apôtres, Prophètes et Docteurs ». — Ce sont des personnages très intéressants : qui sont-ils? Lisons d'abord les textes qui les concernent. (Pour les Apôtres, voir l'article de ce Dictionnaire.)

A Antioche, tout à l'origine, on trouve des prophètes et des docteur s, Tip'j-f7,-:c/.i /.où ôtôàjzK/st, parmi lesquels Barnabe et Saul;i\s célèbrent la liturgie et imposent les mains à ceux-ci, parce que l'Esprit-Saint les destine aux missions (Act., xiii, i-3; cf. xv, 22, 82).

S. Paul leur reconnaît une situation tout à fait éminente. « Dieu établit dans son Eglise premièrement des Apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, puis des forces, ensuite des charismes... » (I Cor., XII, 28.) — « Jésus-Christ a fait les uns Apôtres, les autres pro/?/iè/es, d'autres és'angélistes, d'autres pasteurs et docteurs... pour l'œuvre du ministère et l'édification du corps du Christ », c'està-dire pour l'Eglise (£■/?/(., iv, 11). — Les fidèles sont édifiés sur le fondement « des Apôtres et prophètes » (ib., II, 10) ; la vocation des Gentils « fut révélée en esprit aux Apôtres et prophètes de Jésus » (ib., m, 5).

Mais surtout la Didachè (x, 7), ce petit manuel du chrétien datant du premier siècle, revendique pour les prophètes la liberté de célébrer l'Eucharistie selon leur dévotion, privilège que S. Justin reconnaît au « président des chrétiens » (I ApoL, lxxvii); elle établit leur grande autorité et leur droit à un entretien très large (xi, 'j-xii; xiii); elle les proclame les grands

prêtres des chrétiens (xiii, 3); elle laisse entendre qu'ils sont estimés plus haut que les prêtres et les diacres et leur assigne les mêmes fonctions (xv, 2) : '( Choisissez-vous donc (en vue du sacrifice eucharistique du dimanche) des prêtres, èrydzorij;, et des diacres dignes du Seigneur, des hommes doux et désintéressés et véridiques et éprouvés; car ils accomplissent pour vous eux aussi le ministère, tWj juTojpyiv.j, des prephètes et docteurs. Ne les méprisez pas : car ils sont vos dignitaires, avec les prophètes et docteurs. »

Distinguant ces prophètes revêtus d'un caractère sacré d'avec ceux qui sont « prophètes » simplement parce qu'ils ont le charisme de la prophétie, c'est-àdire de la prédication (I Cor., xiv, 28 ss.), nous pensons que ces prophètes-là sont des évéques missionnaires. C'est la clef pour interpréter les divers passages cités.

Avec la. Didachè, distinguons le clergé missionnaire et le clergé local. Celui-ci comprend les iTriVjîsrit- T:p-:7iS:.T-p'yi, prêtres ou pasteurs, et les diacres. Celuilà, composé des Apôtres, des prophètes et des docteurs, s'en va non seulement fonder de nouvelles chrétientés, mais aussi visiter et édifier les communautés existantes. Les Apôtres sont notamment les Douze, auxquels il faut adjoindre Paul et Barnabe, spécialement appelés pour remplacer les deux Jacques (Act., xiii, 2-4; xiv, 6, 18); les prophètes sont évèques et les docteurs vraisemblablement prêtres.

Le « prophète » en effet vient en dignité au second rang, immédiatement après l'Apôtre; il a le pouvoir d'ordonner, il est grand-prêtre, il jouit de la plus haute considération parmi les fidèles, étant plus estimé que les prêtres, il est même l'égal de l'Apôtre, car l'Eglise repose sur les deux à la fois.

Quant aux évangélistes, on peut croire qu'ils furent aussi des évêques missionnaires, puisqu'ils se placent entre les prophètes et les pasteurs et que Timothée fait œuvre d'évangéliste (II r/Hi., iv, 5.Cf. yic^, xxi, 8).

En confirmation de tout ceci, on peut lire le xxxvii= chapitre du 1,11° livre de l'Histoire ecclésiastique d'EusÈBE.

CoxcLUsiox sur l'œuvre d'organisation de saint Paul. — Dès sa première mission en compagnie de Barnabe, aussi bien que dans son second voyage avec Silas et toujours dans la suite, S. Paul organisa les communautés qu'il fonda, et y établit un collège de prêtres assisté de diacres pour les besoins du culte, pour l'Eucharistie, la prédication et la direction du troupeau du Christ. Généralement il choisit le clergé parmi les premiers convertis.

Quand il dut quitter avant d'avoir pu achever l'organisation, il laissa ce soin à un de ses disciples muni des pouvoirs nécessaires.

Pour lîourvoir aux nécessités ecclésiastiques qui réclamaient l'autorité apostolique, il multipliait ses visites personnelles, ou déléguait en son lieu et place un disciple revèlu des pouvoirs épiscopaux.

Il garda ses églises sous sa juridiction immédiate (II Cor., XI, 28), n'y établissant pas d'évêques de son vivant. Pour plusieurs, cette situation se prolongea jusqu'au 11' siècle.

Néanmoins il avait pourvu à la succession du pouvoir apostolique, source du ministère chrétien. A cet effet, il avait, par l'imposition des mains, communiqué la plénitude de l'Ordre à des disciples éprouvés et illustres; de plus, il avait statué qu'à sa mort, sa mission, son ministère leur serait dévolu. Aussi quelques-uns d'entre eux fixèrent aussitôt leur siège épiscopal, comme Denys à Athènes et Caïus à Thessalonique; d'autres continuèrent à prêcher l'Evangile

ÉYÈQUES

aux infldèles, à fonder et à organiser de nouvelles églises.

III. S. Pierre. — A. Eglises d'Asib Mineure. — L'épître de S. Pierre aux églises d'Asie Mineure atteste la même organisation. « Je conjure les prêtres qui sont au milieu de vous, moi leur collègue... Paissez le troupeau de Dieu confié à \'os soins..., sojez les modèles du troupeau, et à la venue du clief des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire immortelle. » (I Petr., v, i sqq.) A la tête de ces églises se trouvaient établis des prêtres tenant la place de Dieu; chacune avait ses pasteurs propres. Aucune mention d'évêque. S. Pierre est leur supérieur.

B. Rome. — Comme ce sont les Apôtres Pierre et Paul qui fondèrent l'église de Rome, nous devons bien admettre qu'elle était organisée. D'ailleurs souvenons-nous du témoignage irrécusable de l'épître de S. Clément aux Corinthiens. Au chapitre suivant, nous traiterons de i'évêque de Rome.

Le Pasteur d'HEUMAS, écrit à Rome dans la première moitié du ii' siècle, nomme « les chefs de l'Eglise » (Vis., II, 2, 6; 111,9, 7)' " ^^^ rp7îvT£/;;t qui gouvernent l'Eglise » (Vis., 11, 4); « les Apôtres et les docteurs » qui propagent l'Evangile (V/m., ix. i5, 4 ; 16, 5: af», 2); « les Apôtres et les iriTziritet les docteurs et les diacres » (Vis., m, 5, i); « les l7:(>zsro« pasteurs » (Sim., IX, 27).

IV. L'Apôtre S. Jeax. — Le nom de l'Apôtre Jean occupe une place importante dans l'histoire de l'épiscopat. Non seulement son Apocalypse est le plus ancien écrit qui fasse mention d'évéques dirigeant une église en qualité de pasteurs, mais encore son activité apostolique, selon des traditions dignes de foi, se porta, au moins durant la dernière période de sa vie, sur l'érection de sièges épiscopaix dans les villes d'Asie Mineure.

Au retour de son exil à Patmos après la mort de Domitien, il se fixa à Ephèse, où il vécut jusqu'à un âge très avancé; il y mourut vers l'an io3, sous le règne de Trajan.

A. Ses écrits, i. L'Apocalypse. — L'introduction de cette Révélation, écrite à Patmos, comprend la vision sur les sept églises d'Asie Mineure : Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. Sept lettres sont successivement adressées à l'ange de chacune de ces églises (i-ni).

Qui sont ces anges? Sont-ce les esprits célestes protecteurs, ou peut-être la personnification de la communauté, ou ne sont-ce pas plutôt les gardiens visibles, les pasteurs en chef, les évcques?

D'abord, ce ne sont pas les anges gardiens, car aux éloges adressés à ces anges sont mêlés des ])làmes, des exhortations et des menaces, ce qui ne peut aucunement convenir aux esprits célestes. En outre, dans l'Apocaljpse, les visions divines sont manifestées à S, Jean par les anges, et non pas inversement.

Ensuite, les anges ne sont pas les sjinboles des églises, car eux-mêmes sont sj-mbolisés par « les sept étoiles » que Jésus porte dans sa main, de même que les églises sont déjà symbolisées par les chandeliers, entre lesquels il se promène. Comme les chandeliers et les étoiles sont distincts, ainsi, les églises et leurs anges. Les anges sont les pasteurs en chef, vraiment envoyés du Seigneur, au sens premier du mol y//î/î(, qui brillent comme des astres dans les communautés. Peut-être les évèques n'avaient-ils pas encore le titre d'sTTiTzirîj à ce moment.

Enfin il semble que l'on connaisse même le nom d'un d'entre eux, Zoticus. nom d'homme. S. Jean écrit à l'ange de Sardes : « Tu as nom que tu vis cl lu es

mort » : allusion au nom de ^wrtxor, Vitalis, Vital, venant de ^k'w, vivre.

2. Troisième épitre. — Diotrèphes, qui aime à dominer sur les fidèles et « ne reçoit pas » S. Jean, pourrait bien être un évèque. Son autorité est telle en effet qu'il peut empêcher l'église de prendre connaissance des lettres de l'Apôtre et de recevoir les frères, qu'il a le pouvoir de « chasser de l'église, iy.rf,ihy.)T,7(v.i, ceux qui veulent exercer l'hospitalité ».

B. Tradition historique.

Mais de quel droit considérer Diotrèphes et les anges des sept églises comme des évêques proprement dits, plutôt que comme des présidents du collège presbytéral, puisque nous n'avons pas encore établi qu'à cette époque il y avait des sièges épiscopaux dans ces églises? C'est que nous savons pertinemment que S. Jean a établi des évêques dans les villes d'Asie Mineure tandis qu il résidait à Ephèse. Ce fait est avéré par une tradition sûre et certaine, et par l'existence de nombreux sièges épiscopaux en cette province dès le début du ii'' siècle.

1. S. Ignace d'Antioche atteste, en 107, que Polycarpe était évêque de Smyrne, Onésime dEphèse, Damas de Magnésie, Polybe de Tralles; quePhiladeljihie avait le sien. Aux fidèles de cette ville, il parle avec éloge « des églises qui aAaient envoyé leiu- évêque » à Antioche en Syrie (Philad., x, 2). C'est un principe pour lui que « sans I'évêque. les prêtres et les diacres, il n'y a pas d'église », et il sait que les fidèles pensent de même (Trall., m, 1-2).

Comme la plupart des églises d'Asie Mineure, sinon toutes, avaient des sièges épiscopaux tout au commencement du 11° siècle, il faut bien admettre que ces sièges pouvaient exister déjà dix à vingt ans plus tôt, à savoir du vivant de l'apôtre S.Jean. Il suffit de lire les lettres de S. Ignace pour se coua aincre que cette hiérarchie ne datait pas de la veille, qu'on ne venait pas d'innover.

2. S. Irénée rapporte que son maître Polycarpe fut établi sur le siège épiscopal de Smyrne par les Apôtres : « Polycarpe, non seulement fut instruit (dans la foi) par les Apôtres,... mais même il fut établi évêque de l'église de Smyrne par les Apôtres. » (Adv. Haer., III, m. 4.) Ce pluriel « les Apôtres » semble une figure de style pour le singulier.

Tertullien, quand il en appelle aux églises apostoliques, qui peuvent <( dérouler l'ordre de leurs évèques en une succession ininterrompue depuis le commencement, à partir du premier évèque établi par un des Apôtres », allègue comme exemple « l'église de Smyrne, (jui attribue à Jean l'institution de Polycarpe » (De Praescript., xxxii).

Parmi les évc(|ues créés par Jean, citons encore Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie. Il fut contemporain d'Ignace d'Antioche et de Polycarpe de Smyrne (EusÈBE, //. E., III, xxxvi, 2). Irénée atteste qu'il fut discii)le de Jean et ami de Polycarpe, qu'il fut » homme

ancien », IIkTTik; Iwawo-j fxi-j ww^ttï;;, Ilî/uzaorîv 6î ïry.ia',:,

yv/o-j(.'>i, v.pyy.t'^i v.v/ip (Adv. Haer., V, xxxvi, 4). On peut raisonnablement supposer qu'il fut. lui aussi, établi sur le siège d'Hiérapolis par Jean son maître.

3. Vers 180, l'auteur du fragment de Mitratori a mis par écrit une très ancienne tradition, probablement celle de l'église de Rome. Elle confirme ce que nous savons au sujet de l'activité apostolique de S. Jean. Voici comment l'origine du quatrième Evangile y est racontée : « L'auteur du quatrième Evangile est Jean, un des disciples. Pressé par ses collègues et ses évêques, eps suis, il dit : Commençons ensemble un jefine de trois jours; et communiquons-nous ce qui sera révélé à chacun. La même nuit, il fut révélé à André, un des Apôtres, que Jean écrirait tout, en son nom personnel, mais sous les yeux de tous. »

EVÊQUES

Ainsi celte tradition savait que Jean était entouré

d'évcques. I.e sigle eps est mis pour episcopis; quelques lignes plus loin il revient pour Pie, évêque de Rome. Pourquoi les évêques sont-ils nommés «. ses évêques. episcopissuis », sinon parceque Jean les avait institués. Qu'on ne nous oppose pas que certains détails du récit semblent légendaires, car il reste toujours vrai que, dès le ii' siècle, on se représentait S. Jean entouré d'un grand nombre d'évêques au moment où il composait son Evangile.

4. Clément d'Alexandrie nous fait connaître l'Apôtre S. Jean comme organisateur et créateur de sièges épiscopaux (Quis dii-es sah-etur, ^2; Eusèbe, //. /i., III, XXIII, 3-4) : « C'est une tradition au sujet de Jean l'Apôtre, dont le souvenir s'est conservé. Après la mort du tyran, il revint de l'île de Palmos à Ephèse. Quand on l'y invitait, il se rendait aussi dans les pays environnants, au milieu des Gentils, pour v établir des évêques, y fonder des églises, y recruter le clergé parmi ceux que l'Esprit-Saint désignait. Un jour, dans une ville peu distante dont on cite même le nom, il recommanda spécialement un jeune homme à Vés'éque chef de cette église... »

Le témoignage de Clément est de grande valeur, car cet écrivain était très versé dans la connaissance de la tradition. Voici en quels termes il professe, dans le premier liAre des Stromates, son admiration et son estime pour les maîtres dont il avait reçu sa science théologique : « Parmi les hommes dont il me fut donné d'entendre les leçons,... un premier. Ionien, originaire de la Célésyrie, hal)itait la Grèce; un autre, d'origine égyptienne, l'Italie; deux autres étaient d'origine orientale, soit de l'Assyrie et du fond de la Palestine... Gardant le dépôt de la vraie doctrine et la tradition reçue directement des saints Aiiôtres, Pierre et Jacques, Jean et Paul, ils arrivèrent jusqu'à nous, avec l'aide de Dieu, pour nous transmettre cette semence traditionnelle et apostolique. «(Euskbe,//. ZT., V, XI.)

Si ces maîtres de Clément ont pu lui transmettre fidèlement la doctrine traditionnelle qu'ils gardaient avec un soin jaloux, il ne leur a pas été dillicile de l'instruire de l'organisation établie par les Apôtres. L'institution des évêques par S. Jean était un fait public dont le souvenir était très facile à conserver et dont, à cette époque, l'exactitude était aisée à contrôler. D'une part, Clément comptait parmi ses maîtres un Ionien de la Célésyrie, qui pouvait le renseigner sur la tradition d'Asie Mineure; d'autre part, Jean est cité nommément parmi les Apôtres dont il avait appris les traditions par l'intermédiaire de ses maîtres.

5. D'après Tertcllien, c'était un fait universellement reconnu de son temps que S. Jean fut le fondateur des sièges épiscopaux dans les églises qu'il dirigea : « Nous avons encore les églises instruites par Jean. Que Marcion rejette son Apocalypse, toujours est-il qu'en reconstituant la succession des évêques jusqu'aux origines on établit que Jean en est le fondateur. Habemus et Joannis alumnas ecclesias. Nam etsi Apocalypsin ejus Marcion respuit, ordo tamen episcoporum ad originem recensus in Joannem stabit auctorem. >■< {Adv. Marc, IV. v.) Nous avons déjà allégué du même écrivain l'exemple de Smyrne, dont le premier évêque, Polycarpe, fut établi par S. Jean.

Concluons. L'apôtre S. Jean consacra les dernières années de sa vie à l'organisation ecclésiastique. II est historiquement prouvé qu'il donna un évêque à un grand nombre de villes en Asie Mineure,

On peut le considérer comme le principal auteur des siÈGBS épiscopaux.

§ III. — Les listes épiscopales « depuis les Apôtres »

Quatre catalogues donnent la succession des évêques sur les sièges de Rome, d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem, depuis la fondation de ces églises aux temps apostoliques. Ce sont des documents de la plus haute importance pour les origines de l'épiscopat. Il est absolument requisdeserendrecompte (le leur valeur historique. Si ces listes sont sûres, elles fournissent une preuve nouvelle et péremptoire en faveur tie l'institution apostolique de l'épiscopat.

I. Rome. — La plus ancienne liste des évêques de Rome qui nous soit parvenue, est celle de S. Irknkb. Elle se trouve insérée dans son grand ouvrage Contre les Hérésies, III, m, écrit vers 180, sous le pontificat d'Eleuthère (i-5-i8g).

Voici cette liste qui fut ensuite reprise par Eusèbe, //. E., V, VI. Elle présente la série des noms, sans données chronologiques, sans indication de la durée des épiscopats : « Après avoir fondé et organisé l'église (de Rome), les bienheureux Apôtres (Pierre et Paul) transmirent à 1° Lin la charge de l'épiscopat. C'est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres àTimothée. A Lin succède 2° ^«eHc/ef; après celui-ci et en troisième lieu depuis les Apôtres, l'épiscopat échoit à .3° Clément, qui avait connu les Apôtres. Comme il avait vécu avec eux, leur prédication retentissait encore à ses oreilles et leurs actes étaient présents à ses yeux. Et ce n'était du reste pas le dernier (témoin de l'âge apostolique); car, même à cette époque, vivaient encore plusieurs disciples immédiats des Apôtres. Sous ce Clément, et à l'occasion d'une

i grave sédition parmi les lidèles de Corintlie, l'église de Rome adressa aux Corinthiens une lettre de recommandations pressantes pour les ramener à la con- I corde... A Clément succède 4° £"*'«/•/.«/?, à Evariste sucj cède 3° Alexandre. Ensuite vient G° Sixte, le sixième j successeur des Apôtres. Puis successivement 7° Télesi phore, qui souffrit glorieusement le martyre, %° Hrgin, 1 9° P/e, 10° Anicet et 11° Soter. Enfin 12' Eleuthère. actuellement régnant, qui, le douzième depuis les Apôtres, occupe le trône épiscopal. C'est en cet ordre et par cette succession que la vraie doctrine s'est transmise dans l'Eglise depuis les Apôtres, et que la prédication de la vérité est arrivée jusqu'à nous. » Mais si ce catalogue est le plus ancien conservé, il ne fut cependant pas le premier dressé.

Sous le même pontificat d'Eleuthère. parurent les Mémoires d'HiioÉsiPPE (Eus.. H. E., IV. xxii, 3). Malheureusement ce livre est perdu, et il ne nous en reste i que quelques extraits précieux cités par Eusèbe. Hé- I gésippe, au jugement de cet historien, était un chré- I tien de race juive. L'histoire de léglise de Jérusalem, qu'il connaissait dans ses détails depuis l'origine, devait prendre une large place dans ses écrits, à en juger par les extraits conservés. « Dans les cinq livres de ses Mémoires, quinous sont parvenus, écrit Eusèbe (//. E., IV, xxii), Hégésippe laissa un magnifique monument de sa science. Il y fait voir comment il vécut en société de plusieurs évêques, au cours de son voyage à Rome, et comment il trouva partout la même doctrine. Après quelques détails au sujet de la lettre de Clément aux Corinthiens, il ajoute ces paroles remarquables: L'église de Corintlie persévéra dans la vraie foi jusqu'à l'épiscopat de Primus. Parti pour Home, je m'arrêtai à Corintlie et j'y fis un séjour parmi les fidèles, nous édifiant mutuellement dans la vraie doctrine. Arrivé à Rome, je dressai la succession jusqu'à Anicet, dont Eleuthère était le diacre. Et Anicet a pour successeur Soter, auquel succède Eleuthère. En chaque succession (c'est-à-dire dans

ÉVÉQUES

chaque série d'éi'éques) et dans chaque ville, la foi est conforme à la doctrine de la Loi, des Prophètes et du Seigneur.

L'importance de cet extrait d'Hégésippe n'échappera à personne. Il y certifie formellement qu'il dressa la liste des évêques de Rome dès le pontificat d'Anicet, qui régna, à un ou deux ans près, de i55 à i66.

On a ])ien révoqué en doute l'authenticité des paroles d'Hégésippe au sujet de la liste épiscopale de Rome. Selon quelques-uns, il faudrait lire : « Stv.rptli>,v kT.oi.r.-7'y.ixYy : je fis unséjouru^, si bien qu'Hégésippe aurait parlé de son séjour à Rome, et aucunement de liste épiscopale dressée par lui. Mais il reste certain qu'Hégésippe a bien écrit : rîvsys-.î; h Pwyyj, OMÔoyy.v t-rryir.ic/./xr.v fiéypti Avoc/iTîj, et que ces paroles doivent s'entendre de la composition d'uncatalogue épiscopal. (On peut tromer les réponses aux objections du D'' Harnack dans ma dissertation sur l'Origine de Vépiscopat, p. Sog.)

Hégésippe portait son attention sur l'unité de la foi. C'est pour s'édifier dans la vérité qu'il avait entrepris la visite des églises. L'intégrité de la doctrine était garantie par la succession des évêques, principalement par celle de Rome, but suprême de son voyage ; aussi était-ce auprès des évêques, qu'il s'enquérait de la foi des communautés; dans chaque succession, auprès de chaque siège épiscopal et dans chaque ville, il retrouvait intact le dépôt de la révélation.

Les mêmes préoccupations se retrouvent chez Iré- NÉE. Comme Hégésippe, il considère les évêques, principalement ceux de Rome, comme les porteurs de la tradition divine. C'est par la succession apostolique des évêques qu'il établit l'unité et l'apostolicité de l'enseignement de l'Eglise. Voici le contexte.

« La doctrine des Apôtres est répandue dans le monde entier, et quiconque veut connaître la vérité, peut la trouver dans toute l'Eglise. Nous pouvons énumérer ceux que les Apôtres instituèrent évêques et établir la succession des évêques jusqu'à «o«s. Aucun de ceux-là n'a enseigné ni connu de telles absurdités... Mais comme il serait trop long de donner dans ce livre le catalogue de toutes les églises, nous ne considérons que la plus grande et la plus ancienne, l'église connue de tous, fondée et organisée à Rome par les deux très glorieux Apôtres Pierre et Paul. Montrer comment l'enseignement qu'elle reçut des Apôtres et la foi qui fut annoncée aux hommes, est arrivée jusqu'à nous par la successionde ses évêques, c'est confondre tous les dissidents, n'importe lesquels... Car c'est avec cette église et à cause de son autorité prépondérante, que l'Eglise, c'est-à-dire les fidèles du monde entier, doivent être de toute nécessité en communauté de foi. En elle, les fidèles du monde entier ont gardé la tradition reçue des Apôtres. » (Adv. Haeres., III, m.)

Quelle est l'autorité historique de la listeépiscopale de Rome donnée par S. Irénce? Le livre Contre les Hérésies fut écrit vers i8o, sous le pontificat d'EIeuthère; c'est-à-dire un peu plus d'un siècle, environ cent vingt ans, après la mort des SS. Pierre et Paul. On peut i)lacer la naissance d'Irénée vers i3o, i)uisqu'il fut dans sa jeunesse le disciple de S. Poljcarpe martyrisé en i55. Son traité et les quelques extraits qui nous sont restés de ses autres ouvrages fournissent la preuve de sa grande science théologique. Avant de commencer la .réfutation de l'hérésie gnostique, il en expose longuement les divers systèmes. Il connaît bien les Saintes Ecritures; il cite l'ancienne littérature chrétienne. Sa grande autorité est attestée par son intervention énergique au[)rès de Victor, évéque de Rome, durant la controverse pascale.

Tel est l'écrivain qiii nous garantit l'historicité de la liste romaine. Comment il la composée et à quelle

source il en a puisé les éléments, il ne le dit pas. A-t-il eu sous la main la liste d'Hégésippe? A-t-il pris connaissance de la liste à Rome même? Le silence de l'auteur ne nous permet pas de rien affirmer.

Un fait est certain, c'est que l'évèque de Lyon se montre très au courant des traditions, des usages et de l'histoire de l'église romaine (.-itfr. Haer.,l, xxvii, 1,2; III, III, 2, 3; IV, 3; Eus., H,E.,\ , xx, coll. xv, xxix, 10 SS.). Il fait profession d'être en communauté de foi et de doctrine avec elle, et pose en principe que tous les fidèles doivent recevoir de cette église la tradition apostolique. Qui pourrait donc douter que lui-même, ayant entrepris, à la demande d'un de ses amis, de faire une réfutation solide des erreurs, ne se soit mis en peine de puiser la connaissance de la liste à une source absolument sûre? Il a l'intime conviction que les hérétiques ne peuvent rien objecter contre la succession ininterrompue des évêques de Rome depuis les Apôtres. C'est un fait reconnu par tous à ce moment.

Objections. — Contre l'historicité de cette liste, on objecte 1° que les plus anciens écrits, notamment l'épitre de l'église de Rome à celle de Corinthe, la lettre de S. Ignace aux Romains et le pasteur d'Hermas, ne connaissent pas d'évêque à Rome; 2° que les catalogues anciens ne sont pas d'accord sur certains noms.

Réponse. — 1. A moins d'établir que la mention de la chose s'imposait au cas où elle existait, l'argument tiré du silence n'a pas de valeur probante. Toujours d'ailleurs il disparait devant des témoignages positifs. Trop souvent les conclusions qu'on en tire reposent sur une impression toute subjective. On oublie que l'auteur a eu d'autres préoccupations, qu'il a envisagé les choses à un autre point de vue, qu'il ne veut ni ne peut tout dire.

Ici même, quelle preuve, dans la lettre de S. Ignace, de la prudence avec laquelle on doit se servir de l'argument e silentio! Elle ne mentionne aucun chef de l'église de Rome, ni évéque ni prêtres ni diacres. Néanmoins nous savons pertinemment, par le témoignage de la lettre de Clément et du Pasteur, qu'il y avait à Rome des 7r/:£(r3JT£^5t T:pr,ï7Ty.ficjct, des i:T<-zirî(, des diacres. Qu'on donne la raison du silence que S. Ignace garde sur ceux-ci, et la même raison expliquera son silence vis-à-vis de l'évêque.

N'écrivait-il pas, du reste, au même moment, aux églises d'Asie Mineure, que sans l'évêque, les prêtres et les diacres il n'y a point d'Eglise? Comment a-t-il pu décerner tant d'éloges à l'église de Rome et lui reconnaître l'autorité de la présidence (titre, et m, 1), si elle n'est pas même gouvernée par un évoque, à ses yeux l'unique centre de toute la vie chrétienne et le chef des fidèles et des ministres ?

Puis pour l'épitre de Rome, dès le second siècle les écrivains l'attril^ient à Clément parce qu'ils reconnaissent en lui révê(|ue de Rome de ce temps. Tels S. Irénée (1. c), Denys, évéque de Corinthe vers i^o, dans sa lettre à l'église de Rome (Eusèbe, //. E.. IV, xxiii, 1 1), Hégésippe {Ib., III, xvi et IV, xxii). D'après Eusèbe, « la tradition est unanime » à lui attribuer cette lettre, si connue par suite de « la coutume très ancienne de la lire en public dans plusieurs églises » (//;., III, xvi).

Enfin dans le Pasteur d'Hermas « Clément est chargé du soin d'envoyer l'écrit aux villes du dehors » {Vis. II, '1, 3) : n'avons-nous pas là une allusion à l'autorité et à l'épitre de Clément?

2. Que faut-il penser des divergences dans les listes ? Il est bien vrai que le catalogue « Libérien » ou « Philocalien », rédigé en 35/,, ne donne pas tout à fait le même ordre de succession qu'Irénée et Eusèbe, mais les divergences ne sont ni nombreuses

EVEQUES

ni notables. Il fait succéder Clément immédiatement à Lin et dédouble Anenclet en Clet et Anaclet.

Les critiques les plus érudits, sans excepter ceux qui combattent l'institution de l'épiscopat par les AiJÔtres, ne font aucune dirticultc pour reconnaître qu'il ne faut pas attacher d'importance à ces variantes. Elles doivent manifestement leur origine, non à des traditions qui auraient été dès le début opposées ou hésitantes, mais à des erreurs de copiste. (Voir DucHESNE, Le Liber Pontificalis, Paris, 1886; Light- FOOT, iS. Clément of Home, vol. I, p. 20I-345 : Early roman succession.)

Voici la preuve que Rome, à la un du n* siècle, ne soupçonnait pas l'existence d'un Clet distinct d'Anenclet. Le Petit Labyrinthe (Eusèbe,//. E., V, xxviii, 3), traité d'un prêtre de Rome contre Arlémon, édité sous l'épiscopat de Zéphyrin, appelle Victor le treizième évêque de Rome à partir de Pierre : T/5i5XKtÔ£x«To; «ro VliTpoj îv 'Pùu.r, éTTtTy.cTc:. S'il fallait distinguer Clet et Anaclet, il serait le quatorzième. Le dédoublement n'existait donc pas encore à cette époque dans le catalogue. S. Irénée donne donc la liste exacte.

Enfin il n'est pas rare de trouver, dans les plus anciens écrivains ecclésiastiques, les événements datés d'après le nom du pontife régnant. Qu'il suffise de citer comme exemples la sédition de Corinthe, l'arrivée à Rome des hérésiarques Valentin, Cerdon, Marcion et Marcelline (Irénée, Adi\ Ilaer. ,111, m, 3 ; iv, 3; I, XXV, 6; xxvii, 1,2), la venue à Rome de S.Polycarpe {Adw Ilaer., III, m, 4). la rédaction du Pasteur d'Hermas (frag. Murât., II. '^3 ss.). La liste des évêques de Rome était donc un document de notoriété publique.

Les apôtres ne furent pas d'abord mis au rang des cvèques, et S. Paul figure à côté de S. Pierre comme fondateur de l'église romaine. Plus tard, au contraire, S. Pierre fut compté comme premier évêque et S. Paul disparut de la liste.

Cette place à part pour le ou les fondateurs est bien justifiée. En effet, les Apôtres n'étaient pas des évêques au sens ordinaire du mot ; pour mieux dire, ils n'étaient pas seulement évêques, mais ils avaient une mission universelle à remplir dans le monde entier : ils fondaient et organisaient les églises. De ce fait, il leur revenait une place à part : on ne les comprenait pas dans la liste de succession, qu'on dressait à partir des fondateurs, «-à tSiv à.-n'i'j-zo'iwj. Il y a donc lieu de distinguer les fondateurs de leurs successeurs ; ceux-ci sont les héritiers de l'autorité et de la mission des premiers.

Plus tard, on commença à placer le fondateur sur la liste même, comme premier évêque. Comme il ne peut y aAoir qu'un évêque par église, la première conséquence de cette manière de voir fut l'élimination de S. Paul, qui dans la plus ancienne littérature chrétienne se trouvait intimement associé à S. Pierre dans l'œuvre de fondation et d'organisation del'église de Rome.

II. Antioche. — Les origines de cette église se trouvent au livre des Actes des Apôtres, xi, xiii-xv, XVIII. L'épitre aux Galates, chap. 11, raconte un épisode de la prédication de S. Pierre et S. Paul à Antioche.

Eusèbe nous a conserA'é la liste complète des évêques d'Antioche depuis les origines. La voici pour les deux premiers siècles : i» Evode, 2° Ignace, 3" Héron, 4° Corneille, 5" Eros, 6° Théophile, 7° Maximin, S" Sérapion. L'Apôtre Pierre n'est pas compté dans la liste comme premier évêque, puisqu'Ignace est nommé le deuxième. Cependant le siège épiscopal est nommé le siège de Pierre : « "I/^arto; zf,i xar'

'Avri6ysiy.-J Tlézpo-j Siv.5iy/ji S-Jrspoi t/,v èrt7x^::/;v x-x/rijiu/jiivi:. » (H. E., III, XXXVI, 2.) Dans sa Chronique, cet historien rapporte pour l'an 2o55 d'après la version 1 arménienne, 2o58 d'après celle de S. Jérôme, ce qui * correspond environ à l'an 42 de notre ère, que « l'Apô- ? tre Pierre, après avoir fondé l'église d'.\ntioche, partit pour Rome, y prêcha l'Evangile et devint évêque de cette église »; et pour l'an 2o58, ou 2060, qu' « Evode fut établi premier évêque d'Antioche ». Il y a ainsi, d'après Eusèbe, deux ans d'intervalle entre le départ de S. Pierre et l'institution de son successeur, qui s'est faite avant le concile de Jérusalem, vers l'an 44-

Le catalogue des évêques d'Antioche était connu au début du m* siècle. Origène en elTet parle en ces termes de S. Ignace : « Il est un martyr qui dit si bien dansunede seslettres; je veuxparler d'Ignace, après lebienheureux/'/er/'e le second évêque d'Antioche, riv uîTK Tsv jxy^.y.piov nércsy rvf; W'jziox-'^i ûvj-ioov £7T('7X5-îv, le même qui durant la persécution combattit les fauves à Rome...» (//om. j«/Hc.,vr.) Origène, qui séjourna d'ailleurs à Antioche, vers l'an 226 (Eusèbe, //. E., VI, XXI, 3, 4). connut donc la fondation du siège d'Antioche par Pierre, et le rang d'Ignace dans la série des évêques.

D'ailleurs les lettres de S. Ignace nous fournissent encore un renseignement ti'ès intéressant au sujet de l'ancienne organisation ecclésiastique de son pays. Il est évêque de « l'église de Syrie », r^î i/y.'jT,'siy:, Tf,i h Sv^tK (Eph., XXI, 2 ; Magn., XIV ; Trall., XIII, I ; Rom., ix, 2). L'emploi constant de l'expression « église de Syrie » ne nous autorise-t-il pas à conclure que toute la Syrie ne formait alors qu'un vaste diocèse, auquel était préposé l'évèque d'Antioche ? Ignace prend le nom à' évêque de Syrie : riv î:t(-zorîv Z-jpiv.: (Rom., II, 2) ; quel autre droit pouvait-il avoir à ce titre que l'extension de sa juridiction épiscopale sur tout le territoire syrien? 11 n'est ni primat ni métropolitain ; il n'est pas un évêque de Syrie, mais il en est Tévêque.

Comme le siège épiscopal était fixé dans la ville d'Antioche, on pouvait également dire « l'église d'Antioclie en Syrie, h ïy:/.\r,iiv. /j iv 'Avrioy^iv- t^4 Sj^sik; » (Philad., X, i; Polyc. ,\ii, i ; Smyrn., xi, i).

Où Eusèbe trouva-t-il le catalogue des évêques d'Antioche ? De la comparaison des listes de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, M. Harxack (Chronologie der Altchristl. Literatur, I, p. 1 18) se dit en droit de conclure qu'Eusèbe en est redevable à la Chronique de Jules l'Africain, qui finit en l'an 221. Il nous paraît probable qu'HÉoÉsippE le premier donna la liste d'Antioche comme celle de Rome, d'autant plus que, jusqu'au temps d'Eleuthère, Eusèbe fait coïncider l'accession de chaque évêque d'Antioche avec le conmiencement d'un pontificat romain.

III. Alexandrie. — D'après la tradition consignée chez Eusèbe, Marc, auteur du second Evangile et disciple de S. Pierre, se rendit en Egypte pour y annoncer l'Evangile et y fonder, le premier, des églises dans la ville d'Alexandrie : Mkoxîk... f^.yi-j... k/.x)r,7cy.; ■KoCiT'yj £7r' «vrv;; 'A'Ài-yyopuy.z ■7-jiTr,iy.zf)v.i (//. E., II, XVl). Malheureusement Eusèbe ne nous dit rien sur la source où il s'est renseigné pour les origines chrétiennes à Alexandrie.

Dans sa Chronique comme dans son Histoire ecclésiastique, cet historien donne le catalogue épiscopal d'Alexandrie depuis S. Mare, le fondateur. Voici la série des noms : i' Anianus, 2° Abilius, 3* Cerdon, 4* Primus, 5* Justus, 6° Eumènes, 7° Marcus, 8° Celadion, 9° Agrippin, lo* Julien, 11° Démétrius, contemporain de Victor de Rome. Eusèbe relate la durée de leur épiscopat et la date de leur avènement.

ÉVEQUES

en prenant pour base la chronologie des empereurs. « En la huitième année du règne de Néron, Anianus, le premier après Marc l'évangéliste, fut investi de la fonction (d'évêque) d'Alexandrie » {II E., II, xxiv); et ainsi de suite.

Pas plus que les Apôtres à Rome, Marc le fondateur n'est compris dans la série des évèques d'Alexandrie.

Au jugement des critiques, c'est à la Chronique de Jules l'Africain qu'Eusèbe a emprunté le catalogue. Ne devrait-on peut-être pas remonter aussi à Hégésippe et au pontiGcal d'Eleuthère?

On ne peut contrôler l'exactitude de la liste par ailleurs, mais rien non plus ne vient en inflrmer la valeur.

Beaucoup d'indices et de témoignages font croire que jusqu'au m' siècle Alexandrie fut le seul siège épiscopal de toute l'Egypte. On peut les trouver dans ma dissertation L'Origine de l'épiscopat, p. 34^ ss.

IV. JÉRUSALEM. — C'est cucorc à EusKBE que nous sommes redevables de la conservation du catalogue épiscopal de Jérusalem.

Dans cette église, on distingue une double période bien marquée : la période judéo-chrétienne et la période grecque. La première s'étend depuis le jour de la Pentecôte jusqu'à la dispersion de la nation juive sous l'empereur Hadrien, qui, en i35, défendit absolument à tout juif l'accès du territoire de Jérusalem.

Durant la période judéo-chrétienne, il y eut. depuis et y compris Jacques, une succession de quinze évèques ; durant la période ethnico-chrétienne on compte quinze évèques depuis le premier, Marc, jusqu'à Nacisse, qui prit part à la controverse pascale (//. E., IV, v; V, XII).

A. Eglise judéo-chrétienne. — Jacques fut, nous l'avons vu plus haut, le fondateur du siège épiscopal de Jérusalem. Qu'il ait été du nombre des Douze Apôtres, comme nous le croyons, ou non, c'est sa qualité de « frère du Seigneur », en quelque sorte successeur du Messie, aux yeux des Juifs, qiii lui a valu une grande autorité sur son peuple et l'a désigné pour gouverner l'Eglise-mère. Il souffrit le martyre avant la guerre de Judée. L'histoire lui reconnut bientôt le titre d'évêque. Hkgésippk rapporte en effet que Syméon lui succéda comme évèque. « Après le martyre de Jacques le Juste, qui souffrit pour la même doctrine que le Seigneur (c'est-à-dire pour la messianité de Jésus), de nouveau le fils de son oncle, Syméon (ils de Clopas, fut établi évêque : tous le prirent parce qu'il était un second cousin du Seigneur (ou bien, tous le i>rirent comme second évèque en sa qualité de cousin du Seigneur) : Uy.'/iv 6 h.

éOvjro TTavrî; àvs'iiiv iVra rîO Kjpt^'j Szjrsoyj. » (Eusèbe,

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